Il y a 50
ans... la rencontre historique entre Malcolm X et Fidel Castro à New York
Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/
« Tant que l'Oncle Sam est contre toi, tu sais que es tu un bon gars », ce fut un des commentaires que fit Malcolm X à Fidel Castro le 19 septembre 1960, quand ils se rencontrèrent à l'Hôtel Theresa de Harlem, pour cette seule et unique occasion.
Fidel était venu à New York pour participer à l'Assemblée générale des Nations Unies. La Révolution cubaine était au pouvoir depuis un peu plus d'un an et demi, mais l'opposition du gouvernement nord-américain au processus naissant était déjà manifeste. Un climat hostile anti-cubain se répandait à travers la presse et les déclarations des porte-paroles du gouvernement états-unien. Les gérants des principaux hôtels new-yorkais refusaient de loger la délégation cubaine. Le seul qui offrait ses services exigeait des conditions humiliantes.
En sac à dos et en treillis de combat, le Premier ministre cubain fit donc irruption à l'improviste à l'ONU et affirma sa détermination de camper dans les jardins du siège de l'organisme mondial. Immédiatement, la solidarité de la communauté latine et afro-américaine fut patente. La délégation cubaine fut invitée à se loger à l'hôtel Theresa, au plein cœur d'Harlem, le quartier pauvre du peuple noir new-yorkais. Parmi les coordinateurs de cette action se trouvait Malcolm X, dirigeant alors de Nation of Islam.
La rencontre entre ces deux leaders, dans la chambre qu'occupait Fidel, fut fraternelle et comprit de nombreuses réflexions philosophiques et politiques. On y parlait de Cuba et du peuple afro-américain, de Lumbumba et d'Afrique, du racisme et de la solidarité. Les mots du Commandant en chef scellèrent la raison qui unissait ces hommes: « Nous luttons pour les opprimés ».
Un des journalistes invités à cette rencontre historique, Ralph D.Matthews écrivit un article pour l'hebdomadaire New York Citizen-Call, qui fut publié le 24 septembre 1960. Cubadebate le reproduit pour ses lecteurs.
Pour voir le premier ministre Fidel Castro après son arrivée à l'Hôtel Theresa de Harlem, il fallait se frayer un chemin parmi une petite
armée de policiers de New York qui surveillaient le bâtiment, ainsi que plusieurs agents de sécurité états-uniens et cubains.
Mais une heure après l'arrivée du dirigeant cubain, s'entassaient Jimmy Booker du journal Amsterdam News, le photographe Carl Nesfield et moi-même dans la tempête de la chambre Caribéenne et nous l'écoutons échanger des idées avec le leader musulman Malcolm X.
Le docteur Castro ne voulait pas perdre son temps avec les reporters des quotidiens, mais il accepta de voir à deux représentants de la presse noire.
Malcolm X fut un des rares qui purent entrer parce qu'il avait récemment été nommé pour un Comité d'accueil de dignitaires en visite qui avait été mis sur pied à Harlem par le Conseil de quartier du 28ème district.
Nous suivions Malcolm et ses collaborateurs, Joseph et John X, au bout du couloir du neuvième étage. Fourmillant de photographes, frustrés de ne pas avoir pu voir le barbu Castro, et de reporters vexés d'avoir été refoulés par les agents de sécurité.
Nous passons en les frôlant et, un par un, on nous laissa entrer dans la chambre du docteur Castro. Il se leva et serra la main de chacun d'entre nous. Il semblait être de très bonne humeur. L'accueil enthousiaste que lui avait réservé Harlem semblait encore résonner dans ses oreilles.
Castro portait un treillis militaire vert. Je l'attendais aussi débraillé que les photos des magazines le laissait apparaître. A ma grande surprise, sa tenue décontractée était repassée, immaculée et impeccablement propre.
Sa barbe, dans la faible lumière de la chambre, était couleur café avec juste une pointe de rouge.
Après les présentations, il s'assit au coin du lit, et demanda à Malcolm X de s'asseoir à ses côtés et parla dans un curieux anglais approximatif. Nous qui étions autour de lui n'avons pas saisi les premiers mots qu'il prononça, mais Malcolm les entendit et répondit: « Pour vous, le centre de la vie était glacial. Et ici, c'est chaleureux. »
Le premier ministre sourit, acquiesçant: « Aaah, oui. On sent bien cette chaleur, ici ».
Ensuite le dirigeant musulman, toujours combatif, dit: « Je crois que tu trouveras que le peuple de Harlem n'est pas tant 'accro' à la propagande venue du centre-ville ».
Dans un anglais hésitant, le docteur Castro dit: « Cela, je l'admire. J'ai vu comment la propagande peut changer les gens. Votre peuple vit ici et est confronté constamment à cette propagande et pourtant il comprend les choses. C'est très intéressant. »
« Nous sommes 20 millions », affirma Malcolm, « et nous comprenons toujours ».
Des membres du parti de Castro entrèrent depuis la chambre adjacente, rendant la petite chambre encore plus étroite. La plupart des cubains fumaient de longs cigares et quand quelque chose les amusait, ils penchaient la tête en arrière et expulsaient des bouffées de fumée tout en riant.
Les gestes que faisaient Castro en parlant étaient étranges. Il touchait ses tempes avec ses doigts tendus comme s'il voulait souligner quelque chose ou se taper la poitrine comme pour s'assurer qu'elle était toujours là.
Son interprète traduisait les phrases plus longues de Malcolm X en espagnol et Castro écoutait attentivement et souriait poliment.
Au cours de la conversation, le Castro de Cuba et le Malcolm de Harlem couvrirent un vaste champ philosophique et politique.
Sur ces problèmes avec l'Hôtel Shelbourgne, le docteur Castro déclara: « Ils ont notre argent, 14 000 dollars. Ils ne voulaient pas que nous venions ici. Quand ils surent que nous viendrions ici, ils ont voulu que nous venions accompagnés »
Sur la discrimination raciale, il affirma: « Nous luttons pour tous les opprimés ». Mais il leva une main prudente: « Je ne voudrais pas intervenir dans la politique intérieure du pays ».
Et ensuite, avec une petit ton de mise en garde, en parlant toujours sur la question générale de l'inégalité raciale, le docteur Castro déclara: « Je parlerai à l'Assemblée (Générale des Nations Unies) ».
Sur l'Afrique:
« A-t-on des nouvelles de Lumumba? », Malcolm X répondit par un grand sourire au fait que soit mentionné le dirigeant congolais. Castro leva alors la main: « Nous allons essayer de le défendre (Lumumba) énergiquement ».
« J'espère que Lumumba séjournera ici au Theresa ».
« Il y a 14 nations africaines qui font leur entrée à l'Assemblée. Nous sommes latino-américains. Nous sommes leurs frères ».
Sur les noirs nord-américains:
« Castro lutte contre la discrimination à Cuba, partout ».
« Notre peuple change. Nous sommes désormais un des peuples les plus libres du monde ».
« Vous êtes dépourvus de vos droits et vous les réclamez »
« Aux Etats-unis, les noirs ont plus de conscience politique, une vision claire des choses, que quiconque ».
Sur les relations entre les Etats-unis et Cuba:
En réponse à l'affirmation de Malcolm selon laquelle « Tant que l'Oncle Sam est contre toi, tu sais que tu es un bon gars », le docteur Castro répondit: « Pas l'Oncle Sam, mais ceux qui contrôlent ici les revues et les journaux ».
Sur l'Assemblée générale des Nations unies:
« Il y aura une leçon formidable à tirer de cette session. Bien des choses se passeront lors de cette session et les peuples auront une idée plus claire de leurs droits ».
Le docteur Castro a terminé sa conversation en tentant de citer Lincoln: « On peut tromper une partie du peuple, un moment... », mais l'anglais lui manqua, et il leva les bras comme pour dire: « Vous savez bien ce que je veux dire ».
Malcolm, se levant pour les adieux, expliqua ce qu'était son organisation musulmane à un reporter cubain qui venait d'arriver: « Nous sommes des adeptes de Elijah Muhammad. Lui dit que nous pouvons nous asseoir et prier pour 400 années de plus. Mais si nous voulons nos droits maintenant, il va falloir que... ». Ici, il s'arrêta et sourit énergiquement, « Bien... »
Castro sourit. Il sourit de nouveau quand Malcolm lui renconta une histoire: « Personne ne connaît mieux son maître que ceux qui le servent. Nous avons été des serviteurs depuis que l'on nous a emmené ici. Nous connaissons tous ces petits trucs. Tu comprends? Nous savons tout ce que va faire le maître avant qu'il ne le sache lui-même. »
Le dirigeant cubain écouta la traduction en espagnol et ensuite pencha sa tête en arrière en riant de bon coeur: « Si », dit-il avec enthousiasme, « Si ».
Après les « adieux », nous avons arpenté de nouveau le couloir bondé, pris l'ascenseur qui nous déversa dans la rue, où la foule était toujours massée.
Un riverain de Harlem enfiévré lança dans la nuit un seul cri: « Vive Castro! »
Notre Octobre
par Andrea Catone, directeur de L'Ernesto, revue et courant marxiste du Parti de la refondation communiste (PRC) italien
Article datant initialement du juin 2006
Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/
Commémorer l'Octobre soviétique n'est plus depuis longtemps à la mode ni politiquement correct pour la gauche. On préfère plutôt rendre hommage à d'autres « octobre »: la « chute du mur de Berlin » en 1989 ou l'insurrection anti-communiste de Budapest en 1956 saluée par le président de la république Napolitano et par le président de l'Assemblée Bertinotti – l'un ancien communiste, l'autre leader d'un parti qui se réclame de la refondation communiste – comme la vraie révolution annonciatrice des « révolutions » de 1989-91 qui marquèrent la fin des démocraties populaires et de l'URSS, de ce long cycle historique qui traverse le « court siècle », inauguré justement par la révolution d'Octobre. La boucle semble se boucler. Le verdict de l'histoire – dit-on – a été prononcé sans discussion possible: cette révolution (mais parmi les repentis du communisme certains ont même épousé la thèse du putsch, du coup d'Etat) a produit d'indicibles horreurs et elle s'est achevée dans un champ de ruines. De là une condamnation sans appel, l'abolition de cette histoire, son effacement du calendrier des anniversaires qu'il convient de rappeler aux nouvelles générations pour leur formation communiste. Et ceux qui veulent se réclamer de l'histoire des révolutions communistes du XXème siècle ouvert par l'Octobre soviétique sont étiquetés de nostalgique, irrémédiablement incapables de lire les défis du temps présent.
C'est actuellement la tendance dominante – exceptées de méritoires exceptions – dans la culture politique de la « gauche », des héritiers de ce que fut le parti communiste italien et de la « nouvelle gauche » soixantehuitarde et post-soixanthuitarde, en Italie et dans de nombreux pays du monde. Cette situation est bien présente aux communistes qui résistent, qui n'acceptent pas l'effacement d'une histoire, d'un projet de société, d'une identité qui a marqué profondément l'histoire du XXème siècle et que l'on veut aujourd'hui condamner au silence et à l'oubli.
Contre cette tendance majoritaire et dévastatrice, qui semble tout renverser dans sa furie iconoclaste, dont ne peuvent être sauvés non seulement les bolchéviques – cela va de soi – mais pas plus Rousseau et les jacobins français et quiconque qui ait l'odeur du révolutionnaire (la seule « révolution » aujourd'hui acceptée est la contre-révolution!), la première réaction immédiate et passionnée est celle de brandir bien haut notre drapeau rouge et de crier de toutes nos forces: vive Lénine! Vive la révolution d'Octobre, qui a ouvert la voie à la libération des peuples du joug colonial et impérialiste! Vive le parti bolchévique qui a su – seul parmi les partis de la Seconde internationale – déclarer la guerre à la guerre et transformer la guerre impérialiste en guerre révolutionnaire! Vive l'Internationale communiste, qui a formé une génération de communistes capables de lutter dans la clandestinité contre le fascisme et de mener les résistances en Europe! Vive l'Union soviétique, qui avec l'armée rouge et la résistance de ses peuples a été déterminante dans la victoire contre le nazisme et le fascisme! Vive l'URSS qui après la guerre a su affronter l'impérialisme américain et a favorisé, par sa seule existence, la résistance vietnamienne, la libération de l'Angola et du Mozambique, les luttes anti-coloniales, la révolution cubaine et les luttes populaires en Amérique latine!
Vive la révolution qui, première dans l'histoire, a essayé de construire une société sans privilèges de caste, sans propriété capitaliste, fondée sur l'idée d'un développement rationnel et équilibré de l'économie par la planification!
Et cela, nous le disons et le rappelons à ceux qui veulent effacer de l'histoire le communisme du XXème siècle. Mais cela ne suffit pas, et au contraire, si cela reste seulement un cri désespéré contre l'infamie et la calomnie, cela peut être également une réaction impuissante, le signe d'une faiblesse stratégique. La commémoration comme fin en soi n'a jamais intéressé les communistes. Le jeune Gramsci dans un de ses articles passionnés accusait le parti socialiste d'avoir réduit Marx à une icône, un saint, à ressortir pour les grandes occasions, les commémorations, les anniversaires, pour ensuite le laisser pourrir au grenier tout le reste de l'année, en évitant scrupuleusement de transformer en action politique vivante sa pensée critique.
Rappeler, défendre, approfondir la mémoire historique est utile et nécessaire dans la mesure où nous réussissons à traduire cette mémoire en action culturelle et politique, en consolidation et accumulation de forces communistes, en formation politique pour les nouvelles générations. Nous ne sommes pas ici pour agiter des drapeaux ou des icônes, nous ne sommes pas les nostalgiques (même si cette « nostalgie » communiste est un sentiment qui mérite le respect) d'un paradis perdu, d'illusions non-réalisées, d'un noble rêve, d'une utopie irréalisable. Si le 7 novembre 1917 est encore une date dont nous devons nous souvenir et que nous devons honorer, ce n'est pas seulement pour rendre un hommage mérité aux furies héroïques d'un temps révolu, nous ne cherchons pas à être les avocats commis d'office de la révolution. L'Octobre soviétique n'en a pas besoin comme les communistes aujourd'hui n'en ont pas non plus besoin.
Par ailleurs, il y a un besoin urgent. En premier lieu, de se réapproprier notre histoire communiste, contre toute diabolisation, mais libres de toute mythification. Le communisme naît comme critique – critique théorique de l'économie politique bourgeoise dans le « Capital » de Marx et critique comme praxis (et l'action théorique est également une action pratique dans la mesure où elle influe sur la transformation des rapports sociaux), pratique politique pour l'abolition de l'état actuel des choses, pour la transformation des rapports de propriété bourgeois en propriété communiste. Il faut savoir se réapproprier de manière critique notre histoire communiste du XXème siècle. Ce sont les autres, le camp bourgeois et anti-communiste, qui écrivent aujourd'hui cette histoire – pour partie de façon très grossière, pour partie avec des moyens plus raffinés qui tirent profit également de centaines de milliers et de millions de documents historiques soviétiques et des pays qui furent des démocraties populaires rendus aujourd'hui accessibles aux chercheurs. Sur ce terrain, nous ne sommes pas à la traîne. Qui a essayé d'écrire en histoire sait que c'est par la sélection que le chercheur opère dans la documentation archivistique qu'il peut tracer tel ou tel cadre d'analyse. Les documents – en en vérifiant philologiquement l'authenticité – rapportent les faits, mais à l'intérieur d'une masse qui comme dans le cas russe est véritablement extraordinaire (6 millions de documents dans les Archives centrales russes) on peut sélectionner certains éléments et en omettre d'autres. Ainsi, l'histoire de l'URSS peut aussi être réduite à celle d'un immense Goulag et la famine en Ukraine dans les années 1930 peut être attribuée à un plan stalinien diabolique d'élimination physique d'une nation. Il est temps de commémorer l'Octobre en dotant les communistes des instruments adéquats pour répondre aux dénigrements et à la démolition de l'expérience historique du communisme du XXème siècle.
Mais il ne s'agit pas seulement de répondre à la diffamation historique.Le travail que les communistes peuvent et doivent entreprendre dans la connaissance de l'histoire des révolutions ne peut pas être principalement « réactif », il ne doit pas naître seulement de la réponse aux attaques. L'étude passionnée et critique de notre histoire doit savoir jouer avec plusieurs coups d'avance – pour le dire par un trait d'esprit: il ne faut attendre août 2008 pour travailler sur une compréhension solide de ce qui a emmené les chars soviétiques à Prague. Les communistes doivent se concevoir et s'organiser comme formation autonome, qui prenne l'initiative également sur le terrain dangereux et fondamental de la lutte culturelle, sans attendre que ce soient les autres qui choisissent et fixent le terrain sur lequel nous affronter.
L'histoire – dans tous ses aspects – des révolutions communistes du XXème siècle doit être étudiée et approfondie en se dotant de tous les instruments appropriés pour un travail collectif critique non seulement pour vaincre le « révisionnisme historique » mais parce qu'elle constitue un bagage d'expériences fondamentales pour la lutte politique d'aujourd'hui, ses perspectives. Pour en citer seulement un aspect: le terrain de la construction d'une nouvelle organisation économique fondée sur une propriété majoritairement publique, étatique, et dans certains cas sociale. Cette organisation économique, tant admirée aussi par les pays en développement parce qu'elle a réussi à doter l'URSS en quelques années d'un grand appareil industriel, l'emmenant à pouvoir faire concurrence dans certains domaines avec les pays capitalistes les plus avancés, n'a pas réussi à passer au stade supérieur d'une économie intensive à haute productivité. Et cela fut certainement une des causes qui ont conduit le pays d'Octobre à sa fin peu glorieuse de 1991. Mais pendant ce temps, les bolchéviques et les communistes des démocraties populaires se sont posés et se sont mesurés à la question de l'organisation et la gestion d'une économie socialisée, avec certains succès à côté de lourdes défaites. Ce grand patrimoine d'expériences, de théorisation de l'économie politique du socialisme, de pratiques, ne peut pas être rejeté dans l'oubli par ceux qui se proposent comme fin le dépassement de la propriété bourgeoise en propriété socialiste. Seuls ceux qui ont embrassé un nouveau bernsteinisme et défendent la thèse que le mouvement est tout et la fin rien – et qu'on ne peut ni ne doit rien dire sur une société socialiste, mais attendre que quelque chose émerge des contradictions seules de la société – peut éluder la référence à cette expérience. Mais les contradictions du capitalisme, comme Walter Benjamin en avait bien l'intuition, ne mènent pas inévitablement au socialisme, et sans l'action consciente et organisée, dirigée vers une fin, peuvent mener à la destruction de la civilisation: socialisme ou barbarie.
La pire conséquence de l'idéologie de la fin des idéologies et de l'élimination de l'histoire communiste est le total obscurcissement des perspectives de transformation future de la société. La tactique, dans un présent sans histoire, sans passé et sans futur, est devenue le pain quotidien d'une bonne partie du personnel politique ex-communiste ou pseudo-communiste. A bien y regarder, ce n'est rien d'autre que l'apologie du capitalisme existant. La couverture de l'oubli qui recouvre l'histoire ouverte avec Octobre vise également – et surtout – à cela: pas seulement à régler ses comptes avec l'histoire communiste, mais surtout à éluder la question de la perspective communiste. La classe politique nihiliste ex-communiste ou pseudo-communiste n'est pas en mesure et ne veut pas aller au-delà de la tactique quotidienne.
Étudier Octobre – et le rappeler aujourd'hui, comme nous l'avons expliqué, ce n'est pas chercher à agiter des drapeaux mais à construire une science communiste pour la construction d'une société socialiste – nous permet au contraire de penser et d'agir stratégiquement, sans élever la tactique en une fin en soi.
Penser en termes stratégiques et pas seulement réactifs. Ce qui nous manque aujourd'hui, ce dont nous avons besoin, cela nous conduit aujourd'hui à commémorer ce grand tournant de l'histoire que fut le 1917 russe. La grandeur de nos maîtres – de Lénine en premier lieu – est d'avoir su placer tout choix tactique à l'intérieur d'une grande perspective, mettant au premier plan la question stratégique. Penser stratégiquement signifie construire les conditions pour que ce soient les communistes qui fixent le terrain sur lequel poser les grandes questions. Réagir, répondre aux attaques et aux provocations de l'adversaire est juste et méritoire, mais la seule réaction ne nous fait pas accomplir le bond qualitatif dont les communistes ont aujourd'hui plus que jamais besoin. L'ordre du jour du monde, des grandes questions culturelles d'importance stratégique, ce ne sont pas les autres qui doivent nous l'imposer, mais c'est aux communistes de le fixer.
Commémorer aujourd'hui Octobre signifie alors penser stratégiquement pour la recomposition et la relance à l'échelle mondiale du mouvement communiste. Un élément important pour cette pensée stratégique est la construction, en coordonnant les forces et les intelligences, capables de lire notre histoire et d'analyser les contradictions mondiales et leur développement, en pensant la révolution, ce qui signifie isoler dans les contradictions de l'impérialisme les prémisses non seulement d'une résistance des peuples aux agressions, mais aussi de la possible transformation de la guerre en révolution, de la résistance nationale en transition socialiste. Commémorer aujourd'hui Octobre signifie passer de la résistance réactive à la « résistance stratégique ». On ne peut pas être seulement « anti »: anti-capitalistes, anti-fascistes, anti-impérialistes. Octobre russe ne fut pas seulement contre la guerre, « pacifiste », elle ne fit pas seulement la « guerre à la guerre », mais a transformé la guerre en révolution sociale.
Penser stratégiquement signifie savoir se doter aujourd'hui également des instruments culturels pour la transformation socialiste au XXIème siècle. Nous ne regarderons pas l'histoire du communisme du XXème siècle comme un témoignage du passé à sauvegarder des intempéries et intempérances des nouveaux barbares, comme les moines coptes qui sauvaient les trésors perdus des classiques antiques, mais comme une mine précieuse, un trésor d'expériences dont on peut apprendre, un patrimoine d'inestimable valeur où doivent s'immerger les racines de notre identité et de notre avenir. Nous ne vivrons pas ainsi plongés dans la tactique quotidienne d'un présent sans histoire, mais dans la perspective stratégique de la construction des conditions de la révolution, qui se trouve dans les choses actuelles.
100èmeanniversaire du Général Giap
Article publié par EDT premièrement sur http://vivelepcf.over-blog.fr et repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/
Les plus hautes autorités du Vietnam viennent de célébrer le 100èmeanniversaire du Général Giap, héros national, « vainqueur de Dien Bien Phu », un des principaux dirigeants communistes vietnamiens pendant les guerres révolutionnaires anti-impérialistes contre le colonialisme français puis contre l’agression des Etats-Unis.
Communistes français, nous saluons cette grande figure du mouvement communiste international, qui est également liée à l’histoire de notre pays.
La personne du Général Giap est en elle-même un point de repère historique et politique, au-delà du symbole national qu’il représente à la suite d’Ho Chi Minh.
Nous reproduisons ci-dessous un extrait du livre de notre camarade Léo Figuères, « Je reviens du Vietnam libre », publié en 1951, où il revient sur la vie et l’engagement du Général et raconte son entrevue avec lui, en pleine guerre d’Indochine.
Giap ne s’est pas montré qu’un « fin stratège » mais aussi un des concepteurs de « l’armée nouvelle » (pour reprendre le terme de Jaurès), l’Armée populaire vietnamienne, instrument de la Révolution par l’intervention des masses.
Cette armée, toujours dirigée par Giap, devait réussir à mettre en échec l’impérialisme américain et réaliser l’unité du Viet-Nam.
Après 1975, Giap est ministre et membre du bureau politique du Parti communiste vietnamien jusqu’en 1982. Il intervient dans les débats internes du Parti et ne cesse de le faire, y compris parfois publiquement dans un contexte d’évolution accélérée des orientations politiques du pays.
En 2009, il s’exprime contre la décision de laisser un groupe capitaliste chinois prendre le contrôle de l’exploitation d’un gisement de bauxite au centre du Vietnam mettant notamment en garde contre la perte de souveraineté.
Longue vie au Général Giap, grand dirigeant communiste, militant inlassable pour le socialisme dans son pays !
ARTICLE PUBLIE SUR LE JOURNAL EN LIGNE DU PARTI COMMUNISTE VIETNAMIEN :
A l'occasion des 100 ans du Général Vo Nguyên Giap (25 août), fêtés le 24 août, le président du Front de la Patrie du Vietnam (FPV), Huynh Dam, est allé lui adresser ses
meilleurs vœux de longévité.
Huynh Dam a exprimé la fierté et la reconnaissance profonde du Front de la Patrie et du peuple vietnamiens envers cet élève brillant du Président Hô Chi Minh, qui a grandement contribué à l’œuvre révolutionnaire nationale.
Le chef du FPV lui a souhaité une bonne santé et longévité. Le Général Vo Nguyên Giap demeure toujours un modèle pour les jeunes générations.
Le même jour, le Premier ministre Nguyên Tân Dung, le vice-Premier ministre et ministres des Affaires étrangères, Pham Gia Khiêm, le ministre et chef du Bureau gouvernemental, Nguyên Xuân Phuc, le président de l’Assemblée nationale, Nguyên Phu Trong, et ses chefs adjoints… ont fait de même.
Le gouvernement, a affirmé M. Nguyên Tân Dung, continuera de conjuguer ses efforts avec tout le Parti, tout l’Armée et tout le peuple pour atteindre l'objectif d'un peuple riche, un pays puissant, une société équitable, démocratique et moderne.
Après avoir informé des activités législatives au cours de ces derniers temps, M. Nguyên Phu Trong a réaffirmé la détermination de l’AN de continuer de progresser sur la voie du socialisme, conformément au choix judicieux du PCV et du Président Hô Chi Minh.
Remerciant tous ces dirigeants, le Général Vo Nguyên Giap a exprimé sa ferme conviction que sous la direction du Parti et la gestion de l’Etat, le Vietnam réaliserait de nouvelles avancées socioéconomiques et dans son intégration nationale.
Khánh Anh
EXTRAIT DE « Je reviens du Viet-Nam libre » DE LEO FIGUERES (1951).
"Une visite inespérée au Commandant en chef de l’Armée vietnamienne va me permettre de compléter mon opinion.
…
Sitôt arrivé à destination, après une longue journée de voyage, me voici introduit dans un vaste bureau tapissé de cartes. Le Général sobrement habillé d’un uniforme kaki, aux épaulettes noires sur lesquelles brillent des étoiles d’or, se tient derrière une table revêtue de serge verte.
Un visage extraordinairement jeune, malgré les 40 ans passés, de petite taille mais visiblement très robuste, des yeux mobiles et brillants, une bouche constamment souriante, tel est Vo Nguyen Giap, ministre de la Défense, Commandant en chef des forces armées du Viet-Nam et l’un des dirigeants les plus populaires du pays.
Dans la conversation, je vais pouvoir juger de la vaste culture de cet homme qui possède notre langue d’une façon parfaite.
Giap n’a pas toujours été militaire. Rien ne le prédisposait même à cette carrière puisqu’au sortir de ses brillantes études de lettres, il avait choisi d’enseigner à Hanoï en qualité de professeur libre. Il n’en restait pas moins l’un des animateurs du mouvement vietnamien de libération nationale.
Lorsque les Japonais furent introduits par Pétain en Indochine, Giap quitte la capitale, part dans les montagnes et organise la résistance. Sa femme, malheureusement, devait tomber aux mains des colonialistes et succomber des suites de tortures dans un cachot de la prison d’Hanoï.
En 1941, Vo Nguyen Giap reçoit d’Ho Chi Minh la mission de mettre sur pied les premiers groupes de partisans armés. C’est alors que commence sa vie de militaire. Très vite, il se familiarise avec l’art de la guerre. Il surmonte les difficultés et malgré les conditions très rudes de l’action dans la montagne, il arrive à organiser les premières unités de l’armée vietnamienne, puis parvient à les renforcer, à les multiplier…
A la veille de la capitulation japonaise, en août 1945, Giap se trouve à la tête d’une pêtite armée de plusieurs milliers d’hommes avec laquelle il réussit à libérer la quasi-totalité du territoire du nord Viet-Nam avant de pénétrer dans Hanoï avec le gouvernement provisoire constitué sous la présidence de Ho Chi Minh.
Devenu ministre de l’Intérieur du premier gouvernement national formé en septembre 1945, il a le mérite de mettre hors d’état de nuire les ennemis intérieurs de la République et d’abord les agents vietnamiens du Kuo-mintang.
Porte-parole de sa délégation à la première conférence franco-vietnamienne de Dalat, qui précéda celle de Fontainebleau, Giap s’y fait remarquer par sa vigueur et sa logique irréfutable pour défendre la cause de son pays. Son éloquence, sa sincérité, son patriotisme, en imposent tellement à tous ses adversaires que le cauteleux Thierry d’Argenlieu, lui-même, se croit obligé de ne l’approcher qu’avec beaucoup de marques de respect.
Durant tout le séjour en France du Président Ho, il eut la lourde charge d’assurer l’intérim de la direction gouvernementale. On se souvient encore du sang-froid avec lequel il fit face aux provocations des colonialistes durant les discussions de Fontainebleau et de la persistance qu’il mit à rechercher un terrain d’entente avec les représentants français.
Les Hauts-Commissaires en Indochine, d’abord d’Argenlieu, Bollaert ensuite, ont, au moins en apparence, essayé de voir en Giap « l’homme dur » opposé au Président Ho dont il a toujours été l’un des meilleurs disciples et compagnons de lutte. La propagande colonialiste s’est efforcée de faire de Giap un croquemitaine, un « bouffeur de français » qu’on est parfois allé jusqu’à présenter comme d’origine allemande en déformant son prénom de Vo à Von. Le Général est le premier à rire de ces sornettes.
« Je ne suis pas plus antifrançais que n’importe lequel de mes compatriotes. Je n’aime pas les colonialistes, rien n’est plus exact, mais j’aime la vraie France, celle dupeuple ».
Et il me raconte comment, en mars 1945, après le désarmement des troupes françaises par les Nippons, il collabora durant une période avec une unité française qui avait réussi à quitter la ville de Cao-Bang avant l’arrivée des Japonais.
« Nous avions créé avec les officiers français un Comité de liaison franco-vietnamien pour la lutte contre les Japonais. Tout allait très bien lorsque ces officiers exprimèrent le désir de passer en Chine, nos conditions de vie leur paraissant sans doute trop rudes.
Après avoir essayé de les convaincre de l’utilité de notre combat commun, je les fis accompagner jusqu’à la frontière chinoise. C’est ainsi que s’acheva le seul cas de collaboration des forces françaises et vietnamiennes dans la guerre contre les impérialistes japonais ».
Le généralissime évoque ensuite des souvenirs sur ses relations avec d’Argenlieu, les généraux Leclerc et Morlière, le commissaire Sainteny et d’autres personnages français. Il en parle sans âpreté, mais avec une connaissance extrême des défauts et des qualités de ces hommes qui, s’ils avaient fait preuve d’honnêteté et de bonne volonté, auraient pu en 1946 jeter les bases d’une collaboration durable entre la France et le Viet-Nam.
« La plupart d’entre eux ne croyaient ni à la possibilité d’une telle collaboration, ni à la solidité de notre gouvernement et à son influence sur les masses.
Même lorsqu’ils nous faisaient des sourires, nous restions pour eux des rebelles, et l’espoir de nous mettre hors de cause en un tournemain était dans leur tête.
De notre côté, nous avions besoin de la paix et, quoique nos concessions fussent parfois pénibles au peuple, nous avons recherché jusqu’au dernier jour les possibilités de nous entendre avec les Français.
La guerre nous a été imposée à la suite d’une longue série de violations des accords du 6 mars 1946, du modus vivendi de septembre 1946, et à la suite de multiples provocations sanglantes.
Puisqu’il n’y avait rien d’autre à faire pour sauver les conquêtes d’août 1945, nous avons fait la guerre et nous la poursuivrons désormais jusqu’à la victoire complète ».
C’est maintenant le ministre de la Défense nationale qui parle pour m’expliquer les changements intervenus dans la tactique des deux adversaires et le rapport des forces en présence.
Et longuement, patiemment, Vo Nguyen Giap répondra à toutes mes questions sur la situation militaire et ses perspectives en me disant au terme de notre entrevue :
« Nous savons que de grandes difficultés nous attendent. Nous aurons encore de durs moments à passer avant de contraindre les colonialistes à quitter notre pays. Mais quand nous jetons un regard en arrière et constatons le chemin parcouru depuis 1941, la victoire finale ne fait plus aucun doute pour nous ».
Enregistrements inédits de Nixon et Kissinger sur les agissements de la CIA et des Etats-Unis au Chili et son rôle dans la politique de terreur menant
au renversement d'Allende
Par Peter Kornbluh*,
Publié sur le site du Parti communiste péruvien (PCP)
Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net
On finit par connaître le contenu des enregistrements secrets des conversations sur le Chili entre l'ancien président Richard Nixon et son conseiller de Sécurité Nationale Henry Kissinger. Les cassettes rendent compte du langage grossier dans lequel se tramait le renversement de Salvador Allende, qu'ils traitaient de « fils de pute » et dont ils disaient vouloir « botter le cul ». Bien qu'imprécis sur les dates, un des dialogues pourrait constituer la première reconnaissance du rôle de la CIA dans l'assassinat du général René Schneider.
« C'est un Etat fasciste », déclarait le président Richard Nixon lors d'une conversation sur le Chili au Bureau ovale de la Maison Blanche. Il ne parlait pas du régime sanguinaire du général Augusto Pinochet. Au contraire, lui et son conseiller de Sécurité Nationale, Henry Kissinger, se lamentaient du triomphe de la coalition de Salvador Allende, l'Unité populaire, aux élections municipales d'avril 1971. La seule manière pour eux de comprendre la popularité croissante d'Allende était de comparer le président Chilien – un socialiste toute sa vie durant – à Adolf Hitler. « Cela ressemble à une stratégie allemande », dit Kissinger à Nixon le 6 avril 1971, pendant une réunion d'une heure. Quelques semaines plus tard, le système secret d'enregistrement de Nixon a capté le fait que Kissinger laissait entendre que les chiliens « agissent ici comme ont agi les nazis avec le Reichstag ».
Près de 40 ans après qu'elles aient été enregistrées en cachette, les cassettes de Nixon sont encore un cadeau qui attend d'être livré aux historiens et aux étudiants en histoire. Le système d'enregistrement est connu pour l'infâme conversation sur le scandale du Watergate, quand celui-ci a été découvert et qu'il a mené à la démission de Richard Nixon, face à un inévitable impeachment.
Mais les enregistrements de Nixon, 3 700 heures de conversations qui ont majoritairement eu lieu dans le Bureau Ovale pendant une période de 883 jours, entre férvrier 1971 et mi-juillet 1973, ce qui correspond aussi à une grande partie du temps durant laquelle Salvador Allende a été le président du Chili constitutionnellement élu. Et ils ont capturé les voix sans fards, parfois théâtrales, d'un président impérialiste et de ses conseillers de haut rang se référant à Allende comme un « fils de pute », discutant comment ils « botteraient le cul » et « renverseraient » Allende.
Cette semaine, aux Etats-Unis, un groupe d'histoires et d'anciens fonctionnaires du Département d'Etat, connu comme nixontapes.org, a publié près de 100 pages de transcriptions et de liens vers des documents audio de Nixon, Kissinger, du secrétaire du Trésor John Connally et d'autres hauts fonctionnaires discutant du Chili. Les enregistrements et les transcriptions nous permettent de devenir des mouches sur le mur qui écoutent les plus puissants fonctionnaires du pays le plus puissant du monde discuter de ce qu'il devait faire du pays d'Amérique Latine qui défiait l'hégémonie politique et économique des Etats-Unis. Bien que toutes les références aux opérations secrètes qu'a mené la CIA pour déstabiliser Allende restent classées (et effacées des bandes), les discussions que l'on peut désormais écouter sont un exemple de la mentalité impérialiste du président et de ses hommes.
Le problème de l'expropriation
Selon les transcriptions des enregistrements, rien ne paraît avoir contrarié autant Richard Nixon que la décision du gouvernement d'Allende d'entamer la nationalisation des entreprises états-uniennes qui avaient dominé l'économie chilienne pendant des décennies. Nixon croyait que la réponse des Etats-Unis devaient être de couper pour le Chili tous les crédits bi-latéraux, y compris les prêts bancaires pour les exportations et importations, bloquer les crédits multi-latéraux et éviter que le Chili re-négocie sa dette extérieure. « Je veux que tu saches », a dit Nixon à Kissinger, « que je ne veux rien faire pour le Chili. Rien ».
Le Département d'Etat, qui était plus sensible aux lois internationales et aux obligations des Etats-Unis avec les organismes multi-latéraux, n'était pas d'accord. Mais Nixon a trouvé un allié puissant avec son secrétaire conservateur du Trésor, John Connally, qui lui a dit que si Washington ne s'opposait pas à Allende, d'autres pays d'Amérique Latine commenceraient à nationaliser des entreprises états-uniennes. La position de Connally, Nixon l'a exprimé à Kissinger dans une réunion du 11 juin 1971, c'était que « l'effet sur le reste de l'Amérique Latine, indépendamment de ce que nous entendons du côté du Département d'Etat et du reste, sera mauvais pour nous, si on cesse de s'opposer aux chiliens et on se met à être aussi délicat avec eux ». De plus, poursuivait Nixon, « en ce qui concerne l'opinion publique américaine, les américains meurent d'envie que nous bottions le cul à quelqu'un ».
« Mes convictions à ce sujet sont très fortes », affirmait Nixon. « Tout ce que nous faisons avec le gouvernement chilien sera observé par d'autres gouvernements et groupes révolutionnaires en Amérique latine comme un signal du fait qu'ils peuvent faire la même chose et s'en sortir. Par conséquent, j'ai tendance à être pour ne rien faire pour eux ». A mesure que la réunion se poursuivait, Nixon dit à Kissinger et Connally: « peut-être devrions-nous trouver un endroit où on pourrait botter le cul à quelqu'un »
Ensuite, les trois ont discuté sur Salvador Allende, transformation son effort pour éviter une confrontation avec Washington en une sorte de manoeuvre délibérée:
Nixon: Oh, bon sang, John, il [Allende] est malin.
Kissinger: …très malin.
Nixon: C'est sûr.
Connally: Très malin
Kissinger: Donc—
Connally: Même un vrai dur à cuire.
Kissinger: —en jetant un coup d'oeil sur le dossier, lui —cela doit servir ses desseins qu'il n'y ait pas d'affrontement [avec les Etats-unis].
Nixon: C'est juste.
Seulement quelques mois plus tard, après que Allende ait décidé de créer un « impôt sur les bénéfices supplémentaires » des compagnies minières Annaconda y Kennecott et de ne pas payer des compensations pour avoir nationalisé les mines, le 5 octobre 1971, Nixon dit à Kissinger: « J'ai décidé de virer Allende ». Connally pose ensuite la question d'un coup d'Etat « la seule chose que nous puissions espérer, c'est qu'il soit renversé et, entre temps, vous pouvez y arriver en prouvant par vos actions contre lui, que ce que vous protégez, ce sont les intérêts des Etats-Unis. » Pour Nixon, les Etats-Unis ont finalement trouvé « un type que l'on peut frapper ». Il a exhorté ses assistants à « nous livrer un plan. Je vais les frapper fort ».
« Tout va bien pour le Chili. On leur botte le cul, ok? », demande Nixon à Kissinger à la fin de la réunion. « D'accord », répondit Kissinger.
L'assassinat de Pérez Zujovic
Le 8 juin 1971, l'ancien ministre de l'Intérieur Démocrate-chrétien, Edmundo Pérez Zujovic, fut tué dans un assassinat politique au grand jour. Au Chili, son assassinat a rappelé le souvenir récent du coup de force soutenu par la CIA contre le commandement en chef chilien René Schneider, moins de neuf mois auparavant, quand la CIA avait tenté d'empêcher le serment présidentiel d'Allende en créant un « climat de coup d'Etat ». A Washington, la transcription des enregistrements déclassifiées révèlent que Nixon, Kissinger et le chef de cabinet de la Maison blanche, H.R. Haldeman, avaient un intérêt particulier dans la réaction chilienne à l'assassinat de Pérez Zujovic, et on peut les écouter plaisanter sur la situation:
Kissinger: Les fils de pute, ils nous accusent, nous.
Haldeman: Ils accusent la CIA? [rires]
Kissinger: Ils accusent la CIA.
Nixon: Et pourquoi diable nous l'aurions assassiné?
Kissinger: Bien, a) nous ne pouvions pas. Nous sommes—
Nixon: Oui.
Kissinger: La CIA est trop incompétente pour le faire. Rappelle-toi—
Nixon: C'est sûr, c'est bien ça le meilleur...
Kissinger: — Quand ils ont essayé d'assassiner quelqu'un, il a fallu qu'ils s'y prennent à trois fois.
Nixon: Ouais.
Kissinger: —et il a vécu pour trois semaines après ça.
Ici, Kissinger paraît faire référence, et pour la première fois en admettant réellement le rôle de la CIA dans l'assassinat du général Schneider. Après plusieurs tentatives avortées d'un groupe de militaires à la retraite et d'officiers en activité qui avaient reçu des armes et des fonds de la CIA, Schneider fut intercepté et fut abattu en allant à son travail, le 22 octobre 1970. Il mourrut trois jours plus tard – et non pas trois semaines, comme le disait Kissinger – à la suite de ses blessures.
Selon les enregistrements, la conversation a tourné autour de la manière dont l'administration Nixon pouvait transformer l'assassinat en une occasion pour réaliser un coup d'Etat contre Allende. Le gouvernement de l'Unité populaire, informa Kissinger au président, avait utilisé l'assassinat de Pérez Zujovic pour « imposer la loi martiale et pour réaliser une forte attaque contre nous ». La réponse du Président: « Alors, on va leur donner ce qu'ils veulent – ils vont le sentir passer ». Comme c'était à attendre, Kissinger était d'accord. « Je crois que nous devons utiliser cela comme un prétexte ». Plus loin dans la conversation, Nixon et Kissinger en déduisaient que les gars d'Allende étaient derrière l'assassinat dans une manoeuvre politique destinée à l'aider à s'établir; ils étaient d'accord sur le fait que « l'assassinat prouvait » qu'Allende « était en train d'avancer vers un État à parti unique, le plus rapidement possible ».
« Je crois que ce type est en train de prendre le contrôle total de ce pays », déclare de manière erronnée Nixon. « Laisse-moi te dire que dans toutes les actions à venir vis-à-vis du Chili, je préfère la ligne la plus dure. »
** ** **
Malheureusement pour le bien de l'histoire, au moment où Allende fut renversé le 11 septembre 1973, Nixon avait déjà éteint son micro du Bureau Ovale. En juillet de la même année, durant les audiences dramatiques de l'affaire du Watergate au Congrès, un conseiller de la Maison Blanche révélait l'existence du système d'écoutes secrètes. Le Congrès a immédiatement exigé que la Maison blanche livre toutes les bandes; Nixon a revendiqué le « privilège de l'exécutif » et on lui a refusé. C'est seulement après que la Cour Suprême a rendu le verdict selon lequel on ne pouvait les dissimuler plus longtemps aux yeux des autorités légales, que le Président a livré les bandes. Celles-ci ont révélé qu'il avait menti sur son rôle dans l'assaut contre le siège du Parti Démocrate dans le bâtiment du Watergate, ce qui l'a forcé à démissionner par la suite.
Toutefois, un autre système d'écoutes secrètes ne fut pas détecté et se maintient en état de marche: celui de Henry Kissinger. Le 16 septembre 1973, le système d'écoutes de Kissinger a enregistré sa première conversation téléphonique avec Nixon après le coup d'Etat au Chili. Sa conversation (déclassifiée après pétition de mon organisation) rend compte de con attitude pendant qu'un régime authentiquement fasciste consolidait son pouvoir par un bain de sang au Chili:
Kissinger: Les choses sont en train de rentrer dans l'ordre au Chili et
évidemment les journaux hurlent parce qu'un gouvernement pro-communiste a été renversé.
Nixon: C'est pas de ça qu'il s'agit?
Kissinger: Je veux dire qu'au lieu de s'en féliciter – à l'époque de Eisenhower, nous aurions été des héros.
Nixon: Et bien nous non – comme tu le sais – notre main n'apparait même pas ici.
Kissinger: Nous le l'avons pas fait. Je veux dire que nous les avons aidé [référence à la CIA effacée] à créer les meilleures conditions possibles.
Nixon: C'est juste. C'est la manière dont on va juger la chose. Mais écoutes bien, quand les gens sont inquiets, laisse-moi te dire qu'ils ne vont pas gober les conneries des libéraux cette fois.
Kissinger: Tout à fait.
Nixon: Ils savent que c'est un gouvernement pro-communiste et que c'est ainsi.
Kissinger: Et pro-Castro.
Nixon: Oubliez le fait qu'il était pro-communiste. C'était un gouvernement anti-américain tout le temps de son existence.
NOTE: Dans les dialogues, les tirets (—) à la fin d'une phrase indiquent des interruptions, tandis que quand ils apparaissent au milieu d'une phrase, cela signifie qu'un des interlocuteurs
recommence une phrase ou une intervention incomplète. Tous les enregistrements appartiennent au site nixontapes.org
*Peter Kornbluh est auteur de Pinochet: Los Archivos Secretos. (Barcelona: 2004) Il dirige le « Chile Documentation Project » dans l'organisation à but non-lucratif « National Security Archive » à Washington D.C.
Il y a 5 ans... le dirigeant historique du PCP, Alvaro Cunhal nous quittait, bref rappel d'un engagement communiste de
toute une vie
Les 74 années d'engagement communiste d'Alvaro Cunhal et les 44 années passées à la tête du Parti Communiste Portugais ne peuvent se résumer en une phrase ou en un mot. Le choix de vie de Cunhal fut celui de la résistance.
Résistance au salazarisme, à la dictature la plus réactionnaire de la bourgeoisie, refus de se soumettre au procès, incarcération puis évasions.
Il fut celui de la révolution.
Révolution des oeillets, que le secrétaire-général du PCP avait patiemment préparé, tant dans ses lectures en prison que dans son travail d'organisation dans la clandestinité. Révolution national-démocratique comme étape vers la révolution socialiste. Front populaire sous direction communiste.
Son choix fut enfin celui de la fidélité.
Cunhal n'a jamais renié, il a toujours tenu le cap du communisme dans les plus durs moments, a toujours pourfendu les ennemis de la révolution à gauche et même au sein du PCP. Il a refusé les voies sans issue du renoncement, du révisionnisme et du liquidationnisme qui touchait alors tous les partis communistes européens. Par son aura, il a servi de point de repère aux camarades, et évité que le PCP ne se fourvoie.
Alvaro Cunhal nous a quitté, il y a 5 ans désormais, le PC Portugais lui rend hommage tout au long de cette année. Ici, un petit rappel biographique, dans les prochaines semaines, nous reviendrons plus en détail notamment sur la conception du parti d'Alvaro Cunhal, fondamental dans un projet de reconstruction des partis communistes en Europe.
AC
Alvaro Cunhal: une vie consacrée aux travailleurs et au peuple - à l'idéal et au projet communistes
Notice biographique du Parti communiste portugais (PCP)
Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net
Il y a 60 ans: affrontant les juges fascistes et en passant de l'accusé à l'accusateur, Alvaro Cunhal a été l'acteur d'un des gestes de résistance les plus significatifs au régime salazariste, dans un exemple de détermination, de courage et de confiance en l'avenir et qui, dépassant la période historique dans lequel il s'insère, inspire l'action et l'engagement des communistes dans le présent et dans l'avenir.
Dans une longue intervention – préparée en cellule, dans l'impossibilité totale de communiquer et sans papier pour prendre des notes – Alvaro Cunhal a mis en accusation la nature du régime fasciste; il a mis sur le banc des accusés « les gouvernants de la nation et son chef, Salazar »; énoncé les « conditions fondamentales pour qu'une République démocratique soit viable au Portugal »; justifié et défendu les orientations politiques et les lignes d'action du Parti communiste portugais.
L'adhésion d'Alvaro Cunhal à l'idéal et au projet communiste ne fut pas, seulement, l'adhésion à un projet émancipateur et transformateur: il faut aussi, de façon complémentaire, un choix de vie, concrétisé dans l'abandon total au Parti Communiste Portugais, et sa construction collective dont il fut le plus dévoué des ouvriers.
Personnalité singulière – dans ses dimensions politique, éthique, intellectuelle, artistique, humaine – sa vie et son oeuvre forment un tout indiossociable.
De l'activité intellectuelle d'Alvaro Cunhal est née – au-delà d'une oeuvre artistique significative – une production théorique qui s'est traduit dans un remarquable corps de pensée politique, économique, sociale, culturelle.
Une production théorique complétée et complétant son action pratique d'organisateur et de dirigeant communiste, toujours liée à la vie, à la lutte, aux désirs et aux aspirations des travailleurs et du peuple, qui consitue un élément incontournable pour aborder l'histoire portugaise du XXème siècle et une contribution singulière au développement créatif des idées de Marx, Engels et Lénine.
« Contre tous les démocrates portugais et particulièrement contre nous, communistes, se sont déchaînées de féroces persécutions et d'hystériques campagnes de mensonges et de calomnies. Pour nous donner du baume au coeur, il faut savoir que, en dépit de telles persécutions et de telles campagnes, notre Parti compte sur le soutien actif ou la sympathie des ouvriers, paysans, de tous les travailleurs honnêtes, manuels et intellectuels, de notre jeunesse, des femmes du Portugal, des peuples coloniaux, de tous les intellectuels sincères.
Nous allons être jugés et certainement condamnés. Pour nous donner du baume au coeur, il faut savoir que notre peuple pense que si quelqu'un doit être jugé et condamné pour avoir agi contre les intérêts du peuple et du pays, pour vouloir entraîner le Portugal dans une guerre criminelle, pour avoir utilisé des moyens inconstitutionnels et illégaux, pour avoir employé le terrorisme, cela ne peut être nous, communistes. Notre peuple pense que, si quelqu'un doit être jugé pour de tels crimes, alors que les fascistes s'assoient au banc des accusés, alors que s'assoient au banc des accusés les gouvernants actuels de la nation et son chef, Salazar. »
(extrait de l'intervention d'Álvaro Cunhal devant la cour Plénière, face aux juges fascistes, en mai 1950)
Les racines de ce moment mémorable devaient se trouver dans les deux décennies d'intense activité révolutionnaire qui, commencée avec l'adhésion d'Alvaro Cunhal au Parti, alors âgé de 17 ans, façonneront le processus de construction du PCP comme parti marxiste-léniniste.
Arrêté une première fois en 1939, il retombe entre les griffes de la police fasciste en 1940. Brutalement torturé, il s'est toujours refusé à de quelconques aveux, la même chose lors de son troisième séjour en prison, en 1949.
Cette fois, au-delà des tortures physiques, il fut soumis à des conditions d'incarcération qu'il a dénoncé au tribunal comme « une nouvelle forme de torture »: l'isolement (qui a duré plus de sept ans, dont les 14 premiers mois sous un régime d'incommunicabilité), à la Prison de Lisbonne, enfermé dans une cellule où la lumière n'était jamais éteinte, mais où jamais il ne voyait non plus le soleil.
Alvaro Cunhal fut un acteur majeur du processus décisif de réorganisation et de construction du Parti mené au cours des années 1940 – dans une action toujours marquée par la préoccupation dominante, tout en s'intégrant dans le collectif du parti, d'apporter sa contribution au chemin complexe, difficile et exaltant qui fut celui de la construction collective du Parti communiste portugais.
Un processus qui, commencé par la Réorganisation de 1940/41 et poursuivi avec la réalisation des IIIème et IVème Congrès (en 1943 et 1946), a créé les conditions pour se défendre face à la surveillance et à la répression fascistes; a construit l'indispensable direction collective; a formé un corps de révolutionnaires professionnels; a défini et construit l'identité du Parti, le travail collectif comme principe fondamental et les principes organiques du centralisme démocratique dans le fonctionnement du parti – procédant à la construction innovatrice du « parti léniniste défini à partir de sa propre expérience ».
Un processus au cours duquel la riche expérience des luttes de la période trouve un débouché, où on procède à une analyse conséquente de la situation politique nationale, on réaffirme la politique d'unité nationale anti-fasciste, on pointe le soulèvement national contre la dictature comme la voie pour le renversement du fascisme et pour la défense des intérêts nationaux.
Un processus qui a transformé le PCP en un grand parti national, à l'avant-garde révolutionnaire de la classe ouvrière et des masses, en un grand parti de la résistance et de l'unité anti-fascistes.
Et c'est en tant que représentant de ce Parti – force décisive dans la lutte contre la dictature fasciste, pour la démocratie et la liberté – que, en 1947, Alvaro Cunhal voyagera, clandestinement, en Union Soviétique et dans d'autres pays européens, avec comme tâche, qui sera accomplie avec succès, de garder des liens avec le Mouvement communiste international, interrompus depuis 1938.
Pendant sa longue période d'emprisonnement, Alvaro Cunhal – tout en faisant de la prison un espace de lutte et en menant un combat permanent pour ses droits en tant que prisonnier politique et contre le régime carcéral inhumain – développe un intense travail créateur couvrant un très large éventail de sujets, exprimant bien sa personnalité intellectuelle singulière.
Dans les brutales conditions d'isolement et de restrictions de toutes sortes imposées par la Prison de Lisbonne – qui visaient à l'abattre physiquement et moraleemnt – il a résisté en travaillant intensément.
Il écrivit alors Luttes de Classes au Portugal à la fin du Moyen-Ageet Contribution pour l'Etude de la question agraire;
Il traduisit le Roi Lear, de Shakespeare;
Il écrivit sur les arts et l'esthétique: Cinq notes sur la forme et le contenu(texte qui sera publié dans la revue Vértice, sous le pseudonyme de Antonio Vale) et, plus tard, la Préfaceau roman d'Aquilino Ribeiro, Quand hurlent les loups
il écrivit la fiction littéraire: A demain, camaradeset Cinq jours, cinq nuits.
Il produisit également ces dessins de prison.
De façon significative, les personnages des romans et des desseins d'Alvaro Cunhal sont, pour l'essentiel, ses compagnons de lutte, les victimes de l'oppression et de l'exploitation, lui qui fut un des combattants les plus acharnés de leur liquidation.
Et il lut.
Par les rapports des gardes qui le surveillaient 24 heures sur 24, nous savons que, en l'espace d'un mois, dans les jours qui ont précédé son jugement, il a lu:l'Histoire du régime républicain au Portugal; Le Crime du Père Amaro, et Alves et cie, de Eça de Queiros; les Possédésde Dostoievski; Les Âmes mortesde Gogol; le Théâtre de Tchekov; Eusébio Macario, de Camilo Castelo Branco; de nouveau l'Histoire du régime républicain au Portugal et la Sculpture grecque antique.
Et il continuera dans les jours qui suivirent son jugement et sa condamnation: une condamnation de quatre ans et demi ferme de prison avec des mesures de sécurité, renouvelables de six mois en mois pour des périodes de trois ans – artifice hypocrite utilisé par le régime pour prolonger indéfiniment sa détention.
Et il garde, échappant ingénieusement la surveillance des gardes, un contact régulier et réciproque avec la Direction du parti et un lien avec les luttes des travailleurs et du peuple, dont les aspirations et les désirs sont bien exprimés dans son oeuvre littéraire et artistique.
Avec tout cela, en donnant l'exemple supérieur de la pratique à ce qu'il théorisait: « En prison, le communiste continue 'à être actif', il continue à servir sa cause ».
Quand, après son transfert à la Prison du Fort de la péniche (le 27 juillet 1956), José Margo l'interroge sur la manière dont il a résisté à l'isolement, Alvaro Cunhal répond simplement: « Le travail m'a sauvé ».
NOTRE PEUPLE SALUE LA LIBERATION D'ALVARO CUNHAL ET DE SES CAMARADES, DÉFENDONS-LES DES ATTAQUES DE L'ENNEMI!
(une d'Avante! Deuxième quinzaine de Janvier 1960)
L'évasion historique de la Péniche, le 3 janvier 1960 – avec de grandes répercussions tant sur le plan national qu'international – permet de récupérer pour la lutte clandestine une importante série de cadres et dirigeants du Parti, parmi lesquels Alvaro Cunhal, prisonnier depuis plus de 11 ans.
L'évasion aura des conséquences profondes et positives dans la vie, les orientations, et l'activité du Parti.
Dans sa réunion de Mars 1961 – durant laquelle Alvaro Cunhal est élu secrétaire-général du Parti – le Comité Central procède à une profonde analyse critique du travail et des orientations politiques des dernières années – et fait les premiers pas vers la correction des méthodes de travail de la direction et vers la définition d'une nouvelle orientation politique.
Il est suivi d'un vaste et intense débat – qui, malgré les difficiles conditions de la clandestinité, a impliqué la majorité des militants du Parti – autour de la critique et du combat contre l'orientation erronée suivie jusqu'alors, qui pointait comme « trait dominant de la situation politique national, la désagrégation irréversible du régime fasciste » et présentait la « voie pacifique » comme le moyen de renverser la dictature.
On ré-adopte la ligne de masses et, faisant écho à l'orientation qui avait été définie au IVème Congrès, on met en avant le soulèvement national contre la dictature comme la voie pour renverser du fascisme, et défendre les intérêts nationaux.
Les conséquences de ces mesures sont profondes sur le renforcement du Parti et sur le contenu et l'intensité de son travail militant, introduisant dans l'action du mouvement démocratique et dans la lutte de la classe ouvrière et des travailleurs, une dynamique qui se révélera déterminante dans les années qui suivront.
Expression principale de ces conséquences, les grandes luttes de 1962, notamment les puissantes manifestations du 1er mai et la conquête historique de la journée de 8 heures par les salariés agricoles du Sud.
Se détachent aussi, comme un patrimoine précieux pour le parti, deux importants documents signés d'Alvaro Cunhal: La déviation de droite dans le Parti communiste portugais des années 1956/1959et la Tendance anarcho-libérale dans l'organisation du travail de la direction, intégrant une action de lutte idéologique dans laquelle s'inscrivent de nombreuses autres contributions précieuses, exemples de richesse et de profondeur de la production théorique d'Alvaro Cunhal comme les ouvrages: Radicalisme petit-bourgeois à visage socialisteet Action révolutionnaire, capitulation et aventurisme.
Ainsi que sa contribution à l'intervention active du PCP pour la défense de l'unité du mouvement communiste international, où se dégage le rapport présenté à la Réunion du Comité Central d'août 1963, l'intervention à la Conférence des Partis communistes d'Europe à Karloy Vany en avril 1967, à la Conférence internationale des Partis communistes en 1969, et à la Conférence des Partis communistes des pays capitalistes d'Europe, en janvier 1974.
En 1964, le Comité Central débat et adopteLe chemin vers la victoire,rapport présenté par Alvaro Cunhal et qui, discuté dans tout le Parti, constituera une contribution décisive à l'élaboration du programme du PCP pour la Révolution démocratique et nationale, adopté au VIème Congrès, en septembre 1965.
Il s'agit d'une oeuvre remarquable dans laquelle Alvaro Cunhal, à partir de l'analyse de la situation politique portugaise – de la nature de classe de la dictature fasciste, de sa base économique et sociale, du rôle des forces anti-fascistes, de la classe ouvrière et du Parti – montre la voie vers le renversement du fascisme, définit la politique d'alliances sociales nécessaire et la nécessaire politique d'unité anti-fasciste, et définit les tâches du Parti.
Dix années plus tard, le 25 avril 1974 et dans les jours et les mois qui suivirent, Le chemin vers la victoire était dans la rue, dans les usines, dans les bureaux, dans les champs, dans les écoles; était dans la politique des gouvernements provisoires, dans le Programme du MFA et dans l'action des militaires progressistes et révolutionnaires; il était, enfin, au coeur du processus révolutionnaire qui a transformé radicalement la société portugaise.
« Un jour viendra où les forces armées cesseront d'être un soutien efficace de Salazar et deviendront, pour une partie considérable d'entre elles, une arme de la révolution démocratique et nationale. Canons, tanks, avions, mitrailleuses et fusils cesseront d'être tournés contre le peuple et, au côté du peuple, elles se tourneront, ce jour-là contre leur gouvernement »
(Interview à Radio Portugal Libre le 30 Mai 1962)
« Le moment exige que se renforce dans l'action quotidienne l'unité de la classe ouvrière, l'unité des masses populaires – force motrice des grandes transformations sociales; que s'élargisse et se renforce dans l'action quotidienne l'unité de tous les démocrates et patriotes et se développe impétueusement sa force organisée; que se renforce l'alliance, la coopération, la solidarité réciproque entre les masses populaires et les officiers, sergents, soldats et marins aux sentiments démocrates et libéraux. L'alliance du peuple et des militaires est, dans la situation particulière qui existe aujourd'hui, une condition essentielle au progrès de la démocratisation de la société portugaise »
(Intervention à son retour au Portugal, le 30 avril 1974)
La révolution portugaise, passé et avenir – Rapport adopté par le Comité central du PCP au VIIIème Congrès (1976) – est le premier travail signé par Alvaro Cunhal apès sa libération.
Il s'agit de l'analyse la plus complète à ce jour de la Révolution d'Avril, d'un travail incontournable pour l'étude de la révolution portugaise et de ses caractéristiques spécifiques.
Y est abordé le cycle historique entre le VIème Congrès et 1976: les dernières années de la dictature, les manifestations de crise du régime (aggravation et détérioration de la situation économique; guerre coloniale et incapacité d'y trouver une issue; isolement croissant interne et international), recrudescence de la lutte populaire, la lutte contre la guerre coloniale et dans les forces armées, les grandes luttes ouvrières et populaires qui ont ébranlé la dictature et préparé la révolution.
Alvaro Cunhal y analyse minutieusement le développement du processus révolutionnaire: la genèse et l'évolution du mouvement des capitaines et de l'alliance Peuple/MFA, comme expression de l'alliance de la classe ouvrière avec les autres classes et couches anti-monopolistes; le soulèvement militaire suivi ensuite du soulèvement populaire, qui s'exprimera de manière décisive dans un massif 1er Mai – et qui soulignait le rôle du mouvement ouvrier et populaire, comme force motrice essentielle, dans la définition du contenu et de l'avancée du processus révolutionnaires et des grandes conquêtes de la révolution: liquidation du capitalisme monopoliste d'Etat, nationalisations, réforme agraire, contrôle ouvrier, indépendance des peuples coloniaux, pouvoir local démocratique – conquêtes qui, consacrées par la Constitution de la République portugaise, adoptée le 2 avril 1976 furent, avec les libertés politiques, les éléments structurants de la démocratie la plus avancée qui ait jamais existé au Portugal.
Alvaro Cunhal y souligne et valorise le rôle et l'action des gouvernements provisoires, en particulier de celui qui a eu comme premier-ministre le général Vasco Gonçalves, figure marquante de la Révolution d'Avril, qui s'est toujours identifié avec les intérêts des travailleurs, du peuple et du Pays.
Alvaro Cunhal y indique les premiers pas et l'évolution de la contre-révolution sous toutes ses facettes.
La Révolution portugaise – passé et avenir, tout en étant une oeuvre unique dans l'étude de la révolution portugaise, a constitué, dans le même temps, un élément indispensable pour la discussion, la réflexion et l'étude pour le moment et à l'avenir.
A tête reposée, Alvaro Cunhal publie, en 1999, La Vérité et les mensonges sur la Révolution d'Avril (La contre-révolution avoue)est un exposé systématique, rigoureux et implacable de l'action des différentes composantes de la contre-révolution, pouvant être considéré comme un complément naturel de son oeuvre antérieure.
Il s'agit de l'analyse circonstanciée et profonde de la contre-révolution; de la dénonciation fondée sur les méthodes et les procédés utilisés dans la formation et le développement du processus contre-révolutionnaire – méthodes et procédés avoués par les acteurs eux-mêmes quand l'avancée de la contre-révolutionnaire leur a rendu cette arrogance fasciste et ce « courage » que le 25 avril leur avait enlevé.
Nous trouvons là la génèse, le développement, les objectifs et les résultats des différents coup d'Etats tentés; des attentats à la bombe; des manoeuvres de division des forces politiques, du MFA, du mouvement syndical unitaire – de la formation du premier gouvernement PS (mais de fait lié à la droite) qui s'est affirmé comme le premier gouvernement de la contre-révolution.
Tout en constituant un processus ayant comme objectif stratégique fondamental « la construction et la restauration du capitalisme monopoliste », qui passait par la « liquidation des grandes conquêtes de la révolution » et par le « relèvement, la restructuration et la restauration des groupes économiques monopolistes et de la propriété et de l'agriculture latifundiaires » - objectif pour lequel « a joué un rôle important l'entrée du Portugal dans la CEE et la subordination et les sacrifices, poursuivis jusqu'à nos jours, des intérêts nationaux aux intérêts et aux exigences des pays les plus développés, riches et puissants ».
Le processus contre-révolutionnaire tient, dans cet ouvrage d'Alvaro Cunhal, sa critique la plus incisive et la plus lucide, patente dans le décryptage et l'explication du contenu et des objectifs des politiques de droite; dans l'opposition à cette politique, de voies alternatives inspirées par les idéaux d'Avril; dans la démonstration sans équivoque de la nécessité et de l'importance impérieuse de la lutte de masse; dans la valorisation du rôle du PCP dans le combat contre les politiques de droite et ses conséquences pour le Portugal et pour les portugais.
« La révolution, avec la liquidation des grands groupes capitalistes dominants, avec les nationalisations et la réforme agraire, a été synonymes de pas importants et significatifs en termes de démocratisation sociale et culturelle. La contre-révolution, dans la mesure où fut reconstitué et restauré le capitalisme monopoliste, a imposé et continue d'imposer des mesures anti-démocratiques dans ses deux domaines.
La Révolution d'avril fut une affirmation de l'indépendance nationale. La contre-révolution, une histoire de capitulation face aux intérêts et aux exigences de l'étranger.
Du temps de la dictature, de la révolution et de la contre-révolution, en luttant avec des objectifs correspondants à des situations tellement différentes, le PCP a toujours conservé et conserve à l'horizon l'objectif de la construction d'une société socialiste au Portugal.
Une société nouvelle et meilleure, libérée de l'exploitation et des grandes inégalités et injustices sociales
La lutte pour cette objectif ne s'oppose pas, elle lui donne plutôt un sens plus évident, à la lutte actuelle pour la démocratie et l'indépendance nationale »
(in Vérité et mensonges dans la Révolution d'Avril – La contre-révolution avoue)
La contribution précieuse et unique d'Alvaro Cunhal au processus de construction du PCP, s'est toujours accompagnée d'une production théorique intense et de qualité
En ce qui concerne concrètement le Parti, cette production a atteint son sommet avec « Le Parti aux parois de verre », oeuvre publiée en 1985.
Cet ouvrage a constitué, dans la lignée de la contribution de Lénine à la définition du parti prolétarien de type nouveau, une profonde et créative réflexion théorique sur le parti révolutionnaire en tant que collectif révolutionnaire pour la transformation de la soicété et pour la réalisation du projet communiste.
Alvaro Cunhal définit comme objectif de ce livre le fait de faire connaitre comment nous, communistes portugais, concevons, expliquons et voulons notre propre parti..
L'objectif a été pleinement atteint. Et même bien plus que cela: cette réflexion d'Alvaro Cunhal sur le Parti reste comme un stimulant pour l'engagement militant et l'action collective visant au renforcement du Parti.
Renforcement organisationnel, idéologique et dans l'action.
Renforcement de « notre grand parti »
Renforcement de l'affirmation de l'idéal et du projet communistes.
Clara Zetkin et la lutte idéologique
« Préparons-nous! Chauffons nos muscles, mettons-nous au travail dans la lutte, afin que le travail devienne esprit et l'esprit travail! Spartacus, lève encore plus haut ton drapeau! Esclaves, en avant! Tout pour la révolution! Tous pour la révolution! »Clara Zetkin
par Elena Linarez, présidente du Mouvement des femmes Clara Zetkin (Vénézuela)
C'est un devoir communiste que de se souvenir de la camarade Clara Zetkin, qui naquit en Allemagne un 5 juillet 1857, et mourut à Arkhangelsk, près de Moscou, en 1933. Elle avait 76 ans, son corps fut enterré avec les honneurs entre les murs du Kremlin. Cette grande femme développa, premièrement dans le Parti social-démocrate Allemand et, ensuite, comme fondatrice du Parti communiste allemand, un important effort révolutionnaire avec les prolétaires, en particulier avec les femmes immergées dans des processus de production ou de reproduction matérielle de la société fondamentalement européenne.
En ce sens, elle soutenait dans son discours et sa pratique politique que « le principe directeur doit être le suivant: aucune agitation spécifiquement féministe, mais une agitation socialiste parmi les femmes. Nous ne devons pas mettre au premier plan les intérêts les plus étroits des femmes, notre tâche est la conquête de la femme prolétaire pour la lutte de classes »; par conséquent, la libération et l'émancipation de la femme est étroitement liée à la construction du socialisme. Dans cette perspective, Clara Zetkin, comme marxiste, se représentait la travailleuse comme immergée dans les rapports sociaux d'exploitation capitalistes, actuellement en vigueur; en précisant que les travailleuses subissent une double exploitation, premièrement, dans les usines en livrant leur force de travail à leur patron qui l'achète moyennant un salaire, pour augmenter son capital avec la vente de marchandises produites par la travailleuse; ainsi qu'à la maison, où elle réalise tout un tas de travaux sans aucun type de rémunération économique comme: nettoyer la maison, repasser, laver le linge, faire la cuisine, entre autres.
Clara Zetkin fut aussi une organisatrice du mouvement féministe socialiste allemand et international, elle mena la lutte anti-réformiste, internationaliste durant la première guerre mondiale, co-fondatrice et dirigeante du Parti communiste allemand, figure majeure de l'Internationale communiste et amie de Lénine (ses fameux « Mes souvenirs avec Lénine »), députée et propagandiste. Malgré sa contribution extraordinaire, on minimise ou oublie ses efforts dans l'histoire de la lutte pour le socialisme. Le socialisme n'était pas pour elle seulement une finalité historique, c'était avant tout une exigence immédiate. Ses activités politiques militantes s'étendent depuis les débuts de la social-démocratie allemande jusqu'en 1932, un an avant sa mort.
De l'avis de Clara Zetkin, durant cette période: « Le développement de l'impérialisme et la transition du capitalisme à prédominance concurrentielle à un capitalisme dans lequel prévaut le monopole, avec la création des monopoles nationaux et l'aiguisement des contradictions impérialistes (qui) provoquèrent des tensions tellement violentes dans les rapports entre le prolétariat et la bourgeoisie et au sein même du prolétariat et de ses organisations traditionnelles – création de la seconde Internationale (1889), apparition du révisionnisme et fondation de la troisième Internationale (1919), révolution en Russie et défaite des révolutions en Europe occidentale » que l'expérience de la dirigeante allemande se présente à nous comme extrêmement complexe et fragmentaire, difficile à synthétiser en une seule analyse.
En novembre 1882, Clara Zetkin fut persécutée par la police et s'enfuit par conséquent, s'installant à Paris où elle se mariera avec Ossip et y restera pendant huit ans sans cesser de coopérer avec son parti. Pendant ce temps, Clara connaît et noue des amitiés avec quelques unes des figures les plus remarquables du socialisme: Eugène Pottier, auteur de les paroles de l'Internationale; Louise Michel, les filles de Marx, Jenny et Laura; les dirigeants marxistes français Paul Lafargue et Jules Guesde, etc. A la fin de la décennie, elle est nommée déléguée des femmes socialistes de Berlin et prend part aux préparatifs du Congrès constituant de la Seconde Internationale en opposition à l'Internationale possibiliste qui voulait également se créer à Paris. L'année suivante, en 1890, suite à l'abrogation des « lois anti-socialistes », elle retourne en Allemagne pour devenir un des cadres les plus importants du socialisme allemand qui sera jusqu'en 1914 le miroir vers lequel tous les yeux du socialisme international seront tournés. En 1891, elle fonde et dirige « Die Gleichheit » (l'égalité), organe pour les femmes social-démocrates et qui arrivera peut-être à être le journal féministe au plus grand tirage et à la plus grande influence de tous les temps. Ses conceptions théoriques sur la question féminine sont basées sur deux oeuvres classiques du socialisme: L'origine de la famille, de la propriété privée et de l'État(Friedrich Engels), et la Femme et le socialisme(August Bebel)
En 1893, elle participe au troisième Congrès du parti social-démocrate qui se tient à Zurich et où elle noue une amitié avec Engels qui mourra deux ans plus tard. Depuis ce Congrès, la présence de Clara sera indissociable de tous les Congrès nationaux et internationaux du socialisme, la même chose pour toutes les conférences des mouvements de femmes. En 1896, au Congrès du SPD qui se déroule à Gotha, Clara présente le premier rapport important du parti sur la question de la femme et les tâches de la social-démocratie où on avance la revendication du vote des femmes, question sur laquelle de nombreux partis socialistes n'allaient pas aussi loin. En 1899, devenue veuve, elle se marie une seconde fois, cette fois avec le peintre George Friedrich Zundel, dont elle se séparera peu de temps après; quelques années plus tard, elle s'occupera seule des deux enfants qu'elle avait eu avec Ossip. Pendant plusieurs années, sa voix puissante sera celle de la gauche révolutionnaire et sera, dans les débats, le marteau contre les opportunistes dans le parti et dans l'Internationale.
Au cours du fameux Congrès de Stuttgart de 1907, lors duquel le trio Lénine-Rosa Luxembourg-Martov, a mené une dure bataille sur la question de la guerre, Clara Zetkin dressera pour sa part un violent réquisitoire dans la Conférence pour ce qui est du droit de vote pour les femmes contre les austro-marxistes, qu'elle acusait d'avoir abandonné la propagande pour ce droit. Lors du Congrès de Copenhague (1910), elle proposa la mise en route d'un « premier mai des femmes ». Dans les années qui précédent le déclenchement de la Grande guerre, Clara consacre l'essentiel de ses efforts à la lutte anti-militariste, ainsi au Congrès de Bâle (1912) elle a présenté un rapport complet et passionné sur la menace de guerre et la nécessité que l'Internationale y réponde par la grève générale et si possible par la révolution.
Bien qu'elle n'ait écrit aucune étude spécifique sur le sujet, Clara a démontré par l'exemple indiscutable de la pratique que l'on pouvait organiser des milliers de travailleuses qui viendraient grossir les rangs prolétariens, leur donnant une ampleur extraordinaire. L'organisation féminine des socialistes allemands a servi d'exemple au mouvement socialiste international. Elle étendit son horizon jusqu'au monde colonial. Sa conclusion pratique est qu'il ne doit pas exister une organisation autonome des femmes, parce que:
a)Il n'y a qu'un seul mouvement, une seule organisation des femmes communistes – auparavant socialistes – au sein du Parti communiste aux côtés des hommes communistes. Les fins des hommes communistes sont nos fins, nos tâches, et cela s'étend aux autres niveaux organisationnels traditionnels.
b) Il n'y a pas non plus des revendications spécifiques sur des questions telles que la sexualité et le mariage et bien qu'elle ne cessait pas, à sa manière, de se poser des questions, elle affirmait avec Lénine: « La préoccupation des femmes communistes, des travailleuses, devrait se centrer autour de la révolution prolétarienne qui posera les bases, entre autres, de la modification des rapports matériels et sexuels ».
c)Ils n'existent pas de possibilité d'attirer dans les rangs socialistes les femmes provenant des classes exploiteuses puisque, pour elles, il s'agit d'une question « morale et spirituelle (…) du développement de leur personnalité » tandis que pour les travailleuses, il s'agit de quelque chose de plus fondamental, découlant « du besoin d'exploitation du capital », tandis qu'elle est préoccupée par le fait que pour « sa tâche d'épouse, de mère (…) elle ne récolte que les miettes que la production capitaliste fait tomber à même le sol ».
Sous ce prisme « classique », l'objectif primordial de Clara Zetkin était d'étendre le mouvement ouvrier à son autre moitié, plus soumise que celle masculine. Elles exigeaient pour les travailleuses des revendications fondamentales qui, bien qu'elles puissent paraître modérées, étaient en fait extrêmement radicales même pour des syndicalistes qui craignaient la concurrence des femmes au travail et voulaient que leurs épouses restent à la maison pour repriser les chaussettes. Elle n'hésitait pas non plus à brandir le drapeau suffragiste puisqu'il ne s'agissait « pas seulement d'un droit naturel, mais aussi d'un droit social », et évidemment elle donnait un contenu social à ce droit, mais elle refusait des revendications spécifiques comme celle de la protection maternelle. Quand après avoir été une des porte-paroles de l'internationalisme contre la guerre, Clara Zetkin prit parti pour l'option communiste, elle entraîna derrière elle un nombre important de femmes socialistes, mais dans l'Internationale communiste elle rencontra une atmosphère tellement préoccupée par la révolution immédiate qu'elle repoussa l'idée d'y reproduire une organisation similaire à celle existant dans celle socialiste. Dans une de ses interventions au Komintern, elle propose l'adoption de « solutions concrètes et d'organes spéciaux qui se chargent de l'agitation, de l'organisation et de la formation des femmes (…) en considérant la spécificité culturelle et morale des femmes », et aussi « l'agitation planifiée et constante parmi les femmes encore loin du parti, par des assemblées publiques, des débats et des assemblées d'usine, assemblées de femmes au foyer, conférences de déléguées sans parti et apolitiques, de l'agitation au porte-à-porte ».
Son dernier coup d'éclat qui rappellera ses meilleures années eut lieu le 30 août 1932, quand malade et à moitié aveugle, le jour de l'ouverture du Reichstag. Doyenne, elle préside la session.
En sa mémoire, le Mouvement des Femmes Clara Zetkin n'emprunte pas seulement son nom comme une manière de revendiquer sa lutte et son apport inestimables, mais aussi pour maintenir dans son programme de lutte la nécessité de construire des rapports sociaux où règnent l'égalité et l'équité de genre, défendant un espace d'organisation des travailleuses et du peuple; continuant les luttes indispensables impulsées par la révolutionnaire communiste.
Après la mort de Bigeard, « héros » des guerres coloniales...
de Malik Antar, pour Alger Républicain
Les propagandistes de l’impérialisme français viennent de montrer involontairement combien sont mensongères et hypocrites les déclarations « humanistes » sur la nécessité de combattre les criminels de guerre. Ils ont étalé avec un rare cynisme leur vision des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité à l’occasion des hommages rendus à un de leurs militaires qui a si bien défendu leur ordre.
Si quelqu’un ou un groupe de personnes en arrivent à prendre les armes dans une région quelconque du monde pour résister aux tendances dominatrices des grandes puissances impérialistes, ou simplement se retournent contre les plans des puissances qui les ont engagés dans leurs opérations de déstabilisation et aussitôt les chiens de grade du système l’accuseront de « crimes contre l’humanité ». Ils mettront en branle leur grosse machine médiatique pour appeler à la convocation d’un tribunal pénal international. Leur armée de fausses ONG se hâteront de confectionner les rapports destinés à étayer les réquisitoires des procureurs nommés en dehors de toute législation internationale. Les exemples ne manquent pas : Sierra Leone, Libéria, Congo, etc., sans parler de la gigantesque opération d’éclatement de la Yougoslavie dont les dirigeants furent longtemps louangés lorsqu’elles en avaient besoin pour casser l’URSS. Bigeard finit par rendre l’âme et voilà ce même chœur qui organise un concert de louanges pour le « général le plus populaire » de France. La presse française - à l’exception du quotidien l’Humanité - et les médias télévisuels et radiophoniques tressent des lauriers sans fin en l’honneur de ce général qui ne gagna aucune bataille, sauf peut-être celle d’Alger. Et encore et à quel prix, peut-être ne la gagna-t-il pas puisque les activités du FLN ne cessèrent pas malgré la bestiale répression des paras et autres corps de l’armée française et des diverses polices et gendarmerie. Il n’est pas facile de faire une revue de la presse de France sans se répéter car presque tous les journaux encensent le défunt général. Le Figaro titre : La mort d’un centurion et, en sous titre : « Un officier modèle pour l’armée d’aujourd’hui ». Quant au Parisien libéré il n’a pas de mots assez élogieux pour vanter les prétendues qualités de ce soldat qui s’est toujours mis au service du colonialisme.
Le ministre de la Défense, Morin, va encore plus loin dans ses louanges en déclarant : « Bigeard était souple comme du cuir et dur comme l’acier » se référent sans honte une devise des Jeunesses Hitlériennes. Quant au président de la République, il est allé lui aussi de son éloge comme ses amis du régime.
Le défunt général, « grand stratège militaire », est couvert de gloire pour ses combats qui ne sont en fait que des défaites, notamment à Dien Bien Phu face aux héroïques combattants, authentiques ceux-là, du général Giap, et sa peu honorable et prétendue « Bataille d’Alger » qui vit des milliers de paras, les « garçons » de Bigeard, selon son langage, affronter en particulier à la Casbah, une dizaine de patriotes algériens. Cette « bataille » se termina par d’innombrables assassinats, notamment de Larbi Ben M’Hidi, d’Ali Boumendjel, de Maurice Audin. Et de tant d’autres sans parler de milliers de disparus et des innocents qui payèrent le prix fort sous les ordres de Massu en collaboration avec le sinistre Aussaresse et le colonel Jeanpierre chef de la villa Sesini et bien sûr le fameux centurion Bigeard.
Il y a vraiment de quoi être sidéré par une telle manipulation de l’opinion publique française !
Malik Antar, pour Alger Républicain
Des preuves du soutien financier et politique des Etats-Unis au coup d'Etat d'Hugo Banzer en Bolivie en
1971
Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net
depuis le site Cuba Debate
Il existe d'excellents sites en anglais consacrés à la Bolivie et aux questions qui y sont rattachées. Un d'entre eux est Abiding in Bolivia, où nous trouvons un document exclusif sur la collaboration de Nixon et Kissinger au coup d'Etat d'Hugo Banzer en 1971.
«
De ce document, nous traduisons quelques minutes d'une réunion du 8 juillet 1971 du Comité des 40 (un groupe émanant de l'exécutif, présidé par Henry Kissinger, et chargé de superviser les opérations secrètes), qui comprenait la discussion d'une proposition de la CIA de donner 140 000 $ à un groupe de politiciens d'opposition et de leaders militaires, de l'argent qui aurait été utilisé pour renverser le Président Juan José Torres(Le sous-secrétaire d'Etat, Alexis Johnson: « Ce que nous sommes en train de faire, c'est un coup d'Etat, n'est-ce pas? »).
Torres fut renversé par un coup d'Etat le 21 août 1971, dirigé par Hugo Banzer. Il partit en exil, d'abord au Pérou, puis au Chili et finalement en Argentine. Il fut séquestré et assassiné à Buenos Aires le 2 juin 1976, dans le cadre du Plan Condor.
Bien que le comité ait décidé d'entendre l'avis de l'ambassadeur Ernest Siracusa (qui s'opposait à ces mesures), le plan fut finalement adopté. Le même jour que commençait le coup d'Etat, à Santa Cruz, en Bolivie, un employé de la NSC [Conseil National de Sécurité] a informé Kissinger que la CIA avait envoyé de l'argent à deux membres de haut rang de l'opposition.
La proposition de la CIA avait pour origine une conversation en juin entre Richard Nixon et Henry Kissinger, lors de laquelle ils décidèrent que Torres étaient allé trop loin dans les concessions qu'il avait faites à la gauche bolivienne:
Kissinger: Nous avons un très gros problème en Bolivie, aussi.
Nixon: Je le comprends bien. Connally l'a évoqué. Que penses-tu faire à ce sujet?
Kissinger: J'ai dit à Karamessines [le Directeur-adjoint aux opérations de la CIA, Thomas Karamessines] qu'il mette en route une opération tout de suite. Même l'ambassadeur là-bas, qui a été un poltron, dit maintenant que nous devrions commencer à jouer avec les militaires là-bas, ou ça risque de sentir assez mauvais.
Nixon: Ouais
Kissinger: Ca devrait se faire lundi.
Nixon: Karamessines pense qu'on a besoin de quoi? Un coup d'Etat?
Kissinger: Nous verrons ce qu'il est possible de faire, en fonction du contexte. Dans deux mois, ils nous auront flanqué dehors. Ils se sont déjà débarrassés du Peace Corps, ce qui peut faire nos affaires, mais maintenant ils veulent se débarrasser de l'USIA [Agence d'information des Etats-Unis – institution de promotion des intérêts américians à l'étranger] et des militaires. Je ne sais pas si on peut même penser à un coup d'Etat, mais nous devons découvrir ce qu'il en est sur place.
La CIA avait certainement raison de dire que, indépendamment de toute implication des Etats-Unis, « une tentative pour déposer Torres dans les prochains mois, si ce n'est avant, était inévitable ».Mais, bien qu'ils reconnaissaient qu'appuyer le coup d'Etat était une « opération à haut risque », ils décidèrent que quant à être montré du doigt, autant l'être pour quelque chose que l'on a fait.
Le gouvernement des Etats-Unis sera le coupable logique dans les esprits des Boliviens. De plus, nous nous attendons à ce que la CIA soit attaquée, et que les accusations d'implication de la CIA paraissent inévitables. Puisque la CIA a été accusée régulièrement (et à tort) d'innombrables complots et activités en Bolivie, une accusation de plus ne devrait pas provoquer une réaction publique excessive.
Le 26 août, trois jours après que Banzer ait pris le pouvoir, Kisinger et Nixon se sont parlés au téléphone. Kissinger fit un compte-rendu au président de sa récente réunion avec les veuves des soldats morts au combat, au Viet-Nam, et le président dit à Kissinger que « le problème avec Reagan est plus qu'évident. Il est vraiment primaire ». A la fin de la conversation, Kissinger affirme qu' « en Bolivie, il y a eu un coup d'Etat. Il a porté au pouvoir un gouvernement de droite ».
La réponse de Nixon?: « Et à propos du Chili? »
»
Déclaration commune de 51 partis
communistes et ouvriers pour le 65ème anniversaire de la victoire contre le nazisme et le fascisme
Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net
Commémorons le 65ème anniversaire de la Victoire!
Nous commémorons le 9 Mai le 65ème anniversaire de la victoire sur le nazisme et le fascisme – la plus brutale et violente expression de la domination des monopoles, dans un système capitalisme en crise profonde – qui a mené l'humanité à une des pires catastrophes de son histoire, la barbarie des camps de concentration et le cortège de mort et de destruction qu'a signifié la Seconde guerre mondiale pour les peuples.
Les communistes étaient, dès le premier moment, en première ligne, mobilisant et organisant les travailleurs et les peuples pour la résistance. La lutte anti-fasciste a compté avec l'action ferme et résolue des communistes, à qui des millions d'entre eux ont donné leur vie.
La contribution héroïque de l'URSS, de son Armée rouge et de son peuple, qui a subi près de 27 millions de pertes, fut décisive dans la victoire sur les hordes fascistes.
C'est avec la victoire en 1945 et la formation du camp socialiste que des millions d'hommes et de femmes ont entrepris leur émancipation, se libérant de l'exploitation, de l'oppression et du colonialisme, et que le mouvement ouvrier a conquis d'immenses acquis sociaux et politiques, sur la voie de progrès jamais atteints auparavant dans l'histoire de l'humanité.
Dans la situation actuelle, en ces temps de crise profonde du capitalisme, où l'offensive menée par plusieurs organisations impérialistes, comme l'OTAN et l'UE, frappe si durement les masses laborieuses, l'Humanité est à nouveau confrontée à de grands dangers résultant de l'aggravation des contradictions de l'impérialisme, de la course aux armements, du renforcement des alliances militaires agressives et de la tentative d'imposer par la force l'augmentation brutale de l'exploitation, la précarité dans les relations de travail, les licenciements et le chômage, la pauvreté et la privation des besoins les plus fondamentaux pour des millions d'êtres humains.
Nous en appelons ainsi à marquer le 65 ème anniversaire sur le nazisme et le fascisme, comme une action importante dans la lutte pour la paix contre l'entreprise monumentale de falsification de l'histoire et contre l'anti-communisme – qui, comme l'histoire l'a démontré, est toujours anti-démocratique – qui en tentant de mettre sur un même plan fascisme et communisme et d'effacer le rôle décisif des communistes dans la libération des peuples du joug nazi et fasciste, cherche à criminaliser, interdire, réprimer, non seulement les idées et l'action des communistes mais aussi celles de tous les démocrates qui s'opposent à la domination et à l'exploitation capitalistes, le but étant de poursuivre et de réprimer tous ceux qui, sous quelle forme que ce soit, résistent et luttent contre les monopoles et l'impérialisme.
Pour nous, communistes, évoquer le 65ème anniversaire de la victoire, c'est réaffirmer notre conviction profonde dans la lutte pour l'émancipation sociale, dans la justice de nos valeurs et de nos idéaux libérateurs; c'est réaffirmer notre détermination à combattre les causes et les forces qui étaient à l'origine de l'horreur fasciste; c'est réaffirmer notre confiance inébranlable que l'avenir n'appartient pas à ceux qui oppriment et exploitent, mais aux travailleurs et aux peuples qui résistent et luttent pour l'émancipation de l'humanité des chaînes de l'exploitation de l'homme par l'homme et pour une société où les travailleurs jouiraient pleinement de la richesse qu'ils ont créé, une société du progrès social, de la paix et du bien-être.
L'avenir n'appartient pas au capitalisme, mais bien au socialisme et au communisme.
8 Mai 2010
Les partis signataires
Parti Algérien pour la Démocratie et le Socialisme (PADS)
Parti Communiste d'Arménie
Parti Communiste d'Azerbaidjan
Parti Communiste d'Australie
Parti Communiste du Bélarus
Parti du Travail de Belgique
Parti Communiste du Brésil
Parti Communiste du Canada
Parti Communiste de Bohême et Moravie
Parti Communiste du Chili
Parti ouvrier socialiste de Croatie
Parti Communiste de Cuba
Parti Communiste au Danemark
Parti Communiste des Etats-Unis
Parti Communiste de Finlande
Nouveau Parti Communiste de Grande-Bretagne
Parti Communiste de Grande-Bretagne
Parti Communiste Allemand
Parti Communiste Unifié de Georgie
Parti Communiste de Grèce
Nouveau Parti Communiste des Pays-Bas
Parti Communiste Ouvrier Hongrois
Parti Communiste d'Inde
Parti Communiste d'Inde (Marxiste)
Parti Tudeh d'Iran
Parti Communiste Irakien
Parti Communiste d'Irlande
Parti Communiste d'Israel
Parti Communiste du Kazakhstan
Parti des Communistes du Kirghizistan
Parti Communiste Libanais
Parti Communiste du Luxembourg
Parti des Communistes, Mexique
Parti du Peuple Palestinien
Parti Communiste du Pakistan
Parti Communiste Péruvien
Parti Communiste Philippin -PKP 1930
Parti Communiste Portugais
Parti Communiste de Pologne
Parti Communiste de la Fédération de Russie
Union des Partis Communistes – PCUS – Russie
Parti Communiste Sud-Africain
Parti Communiste d'Espagne
Parti des Communistes de Catalogne
Parti Communiste des Peuples d'Espagne
Parti Communiste Syrien
Parti Communiste de Suède
Parti du Travail de Turquie (EMEP)
Parti Communiste d'Ukraine
Parti Communiste d'Uruguay
Parti Communiste du Vénézuela
Discours de Fidel le 8 mai 1975 :
« Quand les soldats soviétiques combattaient et mourraient à Léningrad ou à Stalingrad, ils luttaient pour nous aussi! »
Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net
A l'occasion des commémorations que nous, forces de progrès du monde entier, faisons du 65ème anniversaire de la victoire sur le nazisme et le fascisme par la glorieuse armée rouge et la résistance du peuple d'URSS, nous publions des extraits du discours de Fidel Castro Ruz, le 8 mai 1975, quand on célébrait les 30 ans de cet événement historique qui a sauvé l'humanité (Tribuna Popular/Parti Communiste Vénézuelien)
Extraits du discours de Fidel Castro Ruz, le 8 mai 1975
« Le fascisme vient au monde précisément après la Révolution d'Octobre; le fascisme vient au monde comme un instrument de lutte contre le marxisme-léninisme.
Ce furent les pays capitalistes et les pays impérialistes qui créèrent les conditions pour l'émergeance du fascisme dans le monde; et toute la campagne des fascistes, à partir du moment où ils apparurent en Europe, se dirigeait vers l'anti-communisme, vers l'extermination des communistes et vers la destruction de l'Union Soviétique.
Une fois défaite la première intervention contre la Révolution d'Octobre, commença à apparaître avec force ce courant politique néfaste en Europe. Le fascisme était l'expression la plus achevée de la pensée réactionnaire bourgeoise et impérialiste; et dès qu'Hitler apparut sur la scène publique, il déclara son intention d'attaquer un jour l'Union Soviétique, proclama ses doctrines racistes et ses idées sur l'extermination de peuples entiers, la mise en esclavage de millions d'hommes et les conquêtes de nouveaux territoires.
Il faut dire que toute l'humanité a payé un lourd tribut de ce phénomène politique, que toute l'humanité a payé très cher cette créature des bourgeois et de l'impérialisme, car le fascisme s'en est pris, en un moment bien déterminé, jusqu'aux pays capitalistes eux-mêmes.
Nous nous rappelons tous ces années tragiques qui précédèrent la guerre; nous nous rappelons tous la politique de conciliation avec le fascisme des pays capitalistes; nous nous rappelons tous la criminelle partition de la Tchécoslovaquie, qui fut démantelée et découpée pour satisfaire la soif d'expansion du fascisme, les exigences d'Hitler devant lesquelles ont capitulé honteusement les gouvernements capitalistes.
Dans le fond, la politique de ces puissances consistait à lancer le fascisme contre l'Union Soviétique, à pousser les hordes hitlériennes vers l'URSS.
Nous nous rappelons tous comment commença à cette époque la guerre: avec l'invasion de la Pologne, dont le gouvernement réactionnaire d'alors préféra les risques de l'isolement et de l'agression à la coordination de sa défense avec l'Union Soviétique.
Nous nous rappelons tous comment, après l'invasion de la Pologne, ce fut l'invasion de la Norvège, de la Hollande, de la Belgique, de la France, du Danemark. Et nous nous rappelons aussi comment les armées des pays capitalistes s'effondrèrent pratiquement sans résistance. En quelques jours, dans certains cas, et en quelques semaines pour d'autres, unes après les autres, les nations furent vaincues.
La nouvelle selon laquelle les tanks étaient à l'arrière et les bombardements aériens démoralisèrent totalement les armées bourgeoises qui furent incapables de résister à l'agression hitlérienne. Et quand les fascistes dominaient presque toute l'Europe, avec toutes les ressources et les techniques de l'économie européenne, ils lancèrent au mois de juin de 1941 l'attaque lâche et perfide contre l'Union Soviétique.
L'Union Soviétique s'est battue pour préserver la paix, l'Union Soviétique s'est battue pour rassembler toutes les forces anti-fascistes d'Europe, l'Union Soviétique n'a cessé de prêcher la nécessité d'arrêter le fascisme. Mais elle a rencontré la cécité et la surdité des dirigeants des pays capitalistes.
Que se passa-t-il, en revanche, quand eut lieu l'invasion de l'Union Soviétique? Nous connaissons tous l'épopée de Brest-Litovsk, cette forteresse qui pendant des semaines entières, quand les troupes nazies avaient déjà pénétré profondément derrière ses lignes, résista héroïquement, avec une poignée d'hommes, à la charge d'une division entière.
Le peuple soviétique ne se démoralisa pas, les soldats soviétiques ne se démoralisèrent jamais, même quand les tanks et les troupes ennemies avaient pénétré des dizaines de kilomètres derrière ses lignes!
Les armées d'Hitler étaient habitués à lutter contre des régimes sociaux réactionnaires, contre des régimes sociaux capitalistes, contre des armées bourgeoises. Et quand eut lieu l'attaque contre l'Union Soviétique, elles rencontrèrent pour la première fois une armée d'un type différent, des soldats d'un type différent, un peuple animé par d'autres motivations, et elles rencontrèrent dès les premiers moments une résistance farouche: les soldats soviétiques mourraient en défendant leurs positions!
Les soldats soviétiques refusaient de se rendre, les soldats soviétiques ne se déclaraient jamais vaincus! Et quand ils étaient encerclés, ils attaquaient ou contre-attaquaient pour essayer de se frayer un passage. Et malgré les coups terribles qu'ont porté les trahisons à l'ennemi, lors des premiers jours et des premiers mois de la guerre, à aucun moment ce peuple et cette armée ne se démoralisèrent.
L'exemple de l'Union Soviétique, et l'épopée de sa Grande guerre patriotique, démontrent, avant tout, la supériorité du système socialiste, la force du système socialiste et la force des idées marxistes-léninistes!
Les troupes nazies, habituées à marcher victorieuses de par l'Europe, s'enorgueillissant de leurs victoires, convaincues de l'invincibilité de leurs tactiques de guerre éclair, imaginèrent aussi que l'Union Soviétique s'effondrerait, que Leningrad et Moscou seraient prises en quelques semaines, que la guerre éclair triompherait là-bas aussi. Et toutefois, de toute part, ils rencontrèrent une résistance féroce. Ils encerclèrent même Leningrad, mais ils ne purent prendre la ville de Lénine. Et le peuple de Leningrad résista au siège fasciste pendant 900 jours!
Si on analyse l'histoire de toutes les guerres, il sera très difficile de trouver une ville qui ait résisté près de 900 jours. Les léningradois mourraient de froid et de faim, tombaient continuellement dans les rues bombardées par l'artillerie fasciste; mais les hommes et les femmes de Leningrad ne se rendaient pas!
Les troupes fascistes encerclèrent Moscou avec le gros de leurs forces... mais Moscou ne put être prise. Moscou ne se rendait pas. Moscou résistait, et ne résistait pas seulement mais contre-attaquait et passait à l'offensive.
Lors de la seconde année du conflit, des forces fascistes considérables se dirigèrent vers Stalingrad, l'encerclèrent, et prirent même une partie de Stalingrad. Mais les troupes soviétiques, sur les quelques centaines de mètres entre la ville et le fleuve, résistèrent. Et ils livèrent là-bas la plus grande bataille de l'histoire des guerres!
De nouveau, lors de la troisième année de guerre, les fascistes essayèrent de passer à l'offensive et rassembler des forces puissantes, encore une fois en direction de Moscou. Et ce fut la célèbre bataille du saillant de Koursk, qui fut un des affrontements les plus acharnées de la guerre, lors de laquelle à nouveau les troupes fascistes butèrent sur la résistance héroïque des soldats soviétiques.
Et puis, quand l'armée soviétique prit l'offensive, quand arriva l'heure de régler définitivement les comptes, commença l'avancée vers le territoire des fascistes. Et on écrivit des pages immortelles et glorieuses, dont ressortent l'héroïsme du soldat, le patriotisme du peuple, la supériorité de la technique, et surtout, la supériorité des principes révolutionnaires.
Les troupes soviétiques ne s'arrêtèrent pas tant qu'elles n'avaient pas atteinte le cœur même de l'Allemagne fasciste, jusqu'au jour où, sur la coupole du Reichstag, elles mirent la bannière glorieuse et victorieuse du peuple soviétique!
Comment le peuple soviétique put réagir, se remettre des coups initiaux portés par plus de 5 millions de soldats et la machine de guerre agressive la plus puissante que le monde n'ait jamais connu? Comment ce peuple put, dans le feu de cette attaque, malgré la percée profonde dans les lignes des troupes ennemies, malgré les énormes pertes matérielles et humaines, s'en remettre? Parce que si grande fut la prouesse des soldats, extraordinairement grande fut la prouesse de tout un peuple.
Cela s'explique, en premier lieu, par la présence d'un Parti aguerri: le Parti de Lénine, le Parti Communiste de l'Union Soviétique, organisateur de la révolution, organisateur de la construction, organisateur du peuple et des forces armées, organisateur de la défense de la patrie socialiste.
Ce qui est certain, historique, irréfutable, c'est que ce sont justement le peuple et l'armée soviétiques qui eurent à porter le poids fondamental et décisif de la défaite du fascisme. Ce fut le peuple soviétique qui la paya au prix fort, et qui a apporté une contribution fondamentale à la victoire. Sans cet apport, il aurait été absolument impossible de vaincre le fascisme. On ne peut comparer la participation d'aucun autre pays à celle de l'Union Soviétique.
Quel aurait été le destin de l'humanité? Qu'en aurait-il été de tous les peuples du monde? Qu'est-ce qu'aurait signifié l'absence de cette force, de ce bouclier? Si l'humanité n'a pas connu à nouveau les horreurs d'une guerre mondiale, elle le doit à la politique de paix et à la puissance de l'Union Soviétique.
La défaite du fascisme créa des conditions nouvelles pour le monde entier. Avant la Seconde guerre mondiale, si on regardait les cartes de l'Afrique, on ne trouvait pas un seul peuple libre sur le continent africain; si on regardait le continent asiatique, nous voyions qu'il existait bien peu de peuples qui n'étaient pas colonisés sur ce continent; si on regardait à l'Amérique Latine, nous la voyions absolument dominée par l'impérialisme yankee. Une poignée de puissances se divisait le monde, le mettait en esclavage et l'exploitait.
Parce que quand les soviétiques luttaient et mourraient à Léningrad, à Moscou, à Stalingrad, à Koursk, à Berlin, ils luttaient et mourraient pour nous aussi! Ses héros sont aussi donc les nôtres. Ses martyrs sont aussi nos martyrs. Son sang est aussi notre sang!
La cause de la révolution et du socialisme avance victorieusement, la cause de Marx, Engels et Lénine, la cause d'Ho Chi Minh, la cause de Marti et de Maceo, de Camilo et du Che, la cause de tous les révolutionnaires, la cause des marxistes-léninistes, la cause du socialisme, la juste cause du communisme. Et de la contribution extraordinaire que le peuple soviétique a donné à cette cause de l'humanité, les peuples du monde en seront éternellement reconnaissants! »
Avec Lénine, pour Avril, pour le socialisme
Nous republierons dans les prochains jours, à l'occasion du 140 ème anniversaire de sa naissance, quelques uns des textes importants publiés sur ce site, à propos de Lénine
par Angelo Alves, collaborateur au secteur international du Parti Communiste Portugais (PCP)
Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/
On commémore aujourd'hui le 140ème anniversaire de la naissance de Lénine. Pour un Parti comme le PCP, c'est toujours une date importante. Et cela ne peut être qu'ainsi. Par le rôle central qu'il a joué dans l'enrichissement et la défense brillante du marxisme; pour son engagement dans la défense de la dialectique entre théorie et pratique révolutionnaires; pour son rôle de dirigeant et de guide de la première révolution socialiste victorieuse de l'Histoire et de fondateur du premier Etat des ouvriers et paysans; pour l'héritage historique qu'il a laissé dans la définition, la construction, l'organisation et le renforcement du Parti indépendant du prolétariat – le Parti de type nouveau – et dans la fondation et la direction de l'Internationale Communiste et de l'extension à l'échelle mondiale du mouvement communiste et révolutionnaire, pour tout cela, Lénine fut, est, et restera présent dans l'Histoire, l'action, l'engagement, la lutte, les caractéristiques et les principes de fonctionnement du Parti Communiste Portugais.
Mais si ce qui a été dit suffirait pour justifier l'importance de cette commémoration, les temps que nous vivons lui confère un sens encore plus particulier. L'approfondissement de la crise du capitalisme pose des défis passionnants aux révolutionnaires d'aujourd'hui. Comme Lénine en son temps, nous sommes appelés à mener de nombreuses batailles, à réaliser d'innombrables tâches et, dans le même temps et en mouvement, à tirer des leçons des expériences passées – tout comme Lénine en a tiré de la Commune française ou de la Révolution russe de 1905 – pour avancer. Comme Lénine, nous devons procéder à l'analyse concrète et rigoureuse de la situation concrète, identifier correctement les conditions, objectives, les étapes, les méthodes, les alliances et tactiques qui, dans le cadre de la résistance à l'offensive croissante de l'impérialisme, permettraient d'attirer dans la lutte les couches les plus éloignées de nous et les plus vulnérables à la culture de la peur et du conformisme que l'impérialisme tente de leur inculquer, et de les organiser autour de leurs intérêts de classe, faisant ainsi avancer la marche de l'Histoire de l'émancipation des travailleurs et des peuples et « balayant le vieux monde ».
C'est dans ces moments-là qu'il vaut la peine de revisiter Lénine. Pas pour y trouver des réponses mécaniques ou des modèles – Lénine fut un adversaire féroce du dogmatisme et de la scolastique – mais pour comprendre que nombre des grandes questions qu'a traité Lénine sont, en dépit du fait que les conditions soient très différentes, toujours d'actualité. Ainsi en est-il de l'Impérialisme comme phase supérieure du capitalisme accentuant sa contradiction fondamentale et son développement inégal (1). Ainsi en est-il des Etats fonctionnant comme serviteurs des intérêts de la classe dominante, exploitant et opprimant les pauvres (2). Ainsi en est-il, dans un moment de mutations potentielles – plus ou moins profondes, plus ou moins attendues – des tendances à la manifestation de « telle ou telle variante de révisionnisme » (3). Ainsi en est-il des « Etats-Unis d'Europe » qui prennent, en système capitaliste, un caractère réactionnaire (4). Et ainsi en est-il, plus actuelle que jamais, la nécessité de concevoir la théorie comme un « guide authentique pour l'action » qui ne peut l'être que « quand elle s'enrichit constamment des nouvelles expériences de lutte, de manière à ce qu'elle ne se transforme pas en dogme » (5)
Dans quelques jours, nous commémorerons également la Révolution d'Avril. Une commémoration qui doit être celle de la lutte contre l'attaque ciblée sur les valeurs et les acquis d'Avril et la Constitution de la République. Mais en commémorant Avril, nous trouvons aussi Lénine. Nous trouvons la richesse qu'il a toujours reconnu à l'Histoire et à la réalité. Nous trouvons les avancées et les reculs de cette même Histoire et les particularités du développement de la lutte. Nous trouvons le rôle déterminant des masses et la nécessité d'apprendre avec elles, d'apprendre toujours. Nous trouvons finalement l'amour du peuple, la passion révolutionnaire, ces cœurs ardents qui font de notre lutte, de la lutte pour le Socialisme, une belle fête.
1 - L'impérialisme, stade suprême du capitalisme – 1916
2 - L'Etat et la Révolution – 1918
3 - Marxisme et Révisionnisme 1908
4 - Sur le mot d'ordre des Etats-Unis d'Europe – 1915 (que nous republierons prochainement)
5 - Que faire? - 1902
Lénine à propos de la Journée internationale des travailleuses en 1921La journée internationale des travailleuses
Le trait essentiel, fondamental du bolchévisme et de la Révolution d’Octobre, c’est d’amener à la politique ceux
qui étaient les plus opprimés sous le régime capitaliste. Les capitalistes les étouffaient, les dupaient et les pillaient aussi bien sous la monarchie que dans les républiques bourgeoises
démocratiques. Cette oppression, cette duperie, ce pillage du labeur populaire étaient inévitables tant que subsistait la propriété privée de la terre, des fabriques et usines.
L’essence du bolchévisme, du pouvoir soviétique est de remettre tout le pouvoir d’Etat entre les mains des masses laborieuses exploitées, en dévoilant la duperie et l’hypocrisie de la démocratie bourgeoise, en abolissant la propriété de la terre, des fabriques et des usines. Ce sont ces masses qui prennent en main la politique, c'est-à-dire l’édification de la société nouvelle. C’est une œuvre difficile, les masses sont abruties et accablées par le capitalisme, mais il n’existe pas, il ne peut exister d’autre issue à l’esclavage salarié, à l’esclavage capitaliste.
On ne saurait amener les masses à la vie politique sans y attirer les femmes. Car en régime capitaliste, les femmes, la moitié de l’espèce humaine, sont doublement exploitées. L’ouvrière et la paysanne sont opprimées par le capital, et par surcroît, mêmes dans les républiques bourgeoises les plus démocratiques, premièrement elles ne jouissent pas de tous les droits, car la loi ne leur confère pas l’égalité avec les hommes ; deuxièmement, et c’est là l’essentiel, elles restent confinées dans « l’esclavage domestique », elles sont les « esclaves du foyer » accablés par les travaux ménagers, les plus mesquins, ingrats, durs et abrutissants, et en général par les tâches domestiques et familiales individuelles.
La révolution bolchévique, soviétique, coupe les racines de l’oppression et de l’inégalité des femmes de façon extrêmement profonde, comme aucun parti et aucune révolution au monde n’ont osé les couper. Chez nous, en Russie soviétique, il n’existe pas trace de l’inégalité des femmes par rapport aux hommes au regard de la loi. Le régime des soviets a totalement aboli l’inégalité odieuse, basse, hypocrite dans le droit matrimonial et familial, l’inégalité touchant l’enfant.
Ce n’est là que le premier pas vers l’émancipation de la femme. Aucun des pays bourgeois, même parmi les républiques les plus démocratiques n’a osé faire ce premier pas. On n’a pas osé, par crainte de la « sacro-sainte propriété privée ».
Le deuxième pas et le principal a été l’abolition de la propriété privée de la terre, des fabriques et des usines. C’est cela et cela seul qui fraye la voie de l’émancipation complète et véritable de la femme, l’abolition de « l’esclavage domestique » grâce à la substitution de la grande économie collective à l’économie domestique individuelle.
Cette transition est difficile ; il s’agit de refondre « l’ordre des choses » le plus enraciné, coutumier, routinier, endurci ( à la vérité, c’est plutôt une monstruosité, une barbarie). Mais cette transition est entreprise, l’impulsion est donnée, nous sommes engagés dans la nouvelle voie.
En cette journée internationale des ouvrières, on entendra dans les innombrables réunions des ouvrières de tous les pays du monde, saluer la Russie soviétique qui a amorcé une œuvre incroyablement dure et difficile, une grande œuvre universelle de libération véritable. Des appels galvanisants inciteront à ne pas perdre courage face à la réaction bourgeoise furieuse, souvent même sauvage. Plus un pays bourgeois est « libre » ou « démocratique », et plus les bandes capitalistes sévissent avec fureur et sauvagerie contre la révolution des ouvriers ; c’est le cas pour la république démocratique des Etats-Unis d’Amérique. Mais la masse ouvrière s’est déjà réveillée. La guerre impérialiste a définitivement éveillé les masses endormies, somnolentes, inertes de l’Amérique, de l’Europe et de l’Asie arriérée.
La glace est brisée dans toutes les parties du monde.
L’affranchissement des peuples du joug impérialiste, l’affranchissement des ouvriers et des ouvrières du joug capitaliste avance irrésistiblement. Des dizaines et des centaines de millions d’ouvriers et de paysans, d’ouvrières et de paysannes ont fait progresser cette œuvre. Voilà pourquoi l’affranchissement du travail délivré de la servitude capitaliste triomphera dans le monde entier.
4 mars 1921. Publié dans la Pravda du 8 mars 1921.
La Bataille de Koursk et la
falsification de l'histoire
par Miguel Urbano Rodrigues, écrivain et journaliste, dirigeant historique du Parti Communiste Portugais
Traduction et sous-titres AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/
Les commémorations du débarquement anglo-américain en Normandie, en Juin 44, ont servi une fois de plus de prétexte à une campagne de falsification de l'histoire qui a pris une dimension planétaire. Cette année, pour la première fois, même l'Allemagne, le pays vaincu, s'est fait représenter par la chancelière Angela Merkel. De Obama à Brown, en passant par Sarkozy, les dirigeants de l'Occident ont répété que la bataille de Normandie n'avait pas été seulement décisive dans la victoire sur le Nazisme mais aussi un événement majeur de l'histoire militaire. Tous savaient qu'ils mentaient.
De la contribution de l'URSS à l'écroulement du IIIème Reich, pas un mot.
Il est significatif que les historiens militaires nord-américains et britanniques, à de très rares exceptions près, ignorent dans leurs ouvrages la bataille de Koursk ou se contentent de la mentionner brièvement.
L'ignorance n'est pas à l'origine de cette omission. Rendre publique la vérité sur Koursk pulvériserait les mythes forgés par Hollywood sur la participation des Etats-Unis durant la seconde guerre mondiale et ferait tomber les masques de l'historiographie nord-américaine contemporaine, en lui ôtant toute crédibilité
La plus grande bataille de l'histoire
Koursk, par les effectifs et les équipements engagés, fut la plus grande bataille de l'histoire. 4 155 000 soldats soviétiques et allemands y ont participé. Les phases défensives et offensives cumulées durèrent quelques semaines (la bataille de Stalingrad dura sept mois). Mais les moyens utilisés – 69 000 canons, 13 200 tanks et canons automoteurs et 11 950 avions – dépassèrent de loin le total des équipements militaires terrestres et aériens mobilisés par les américains et les japonais durant les quatre années de la Guerre dans le Pacifique. (1)
La bataille de Koursk changea le cours de la guerre. L'Armée Rouge, dès lors, reprit l'initiative et passa à l'offensive, qu'elle maintint jusqu'à la prise du Reichstag, à Berlin, en mai 1945, qui devait marquer la capitulation inconditionnelle de l'Allemagne nazie.
J'estime qu'il est utile pour le peuple portugais de résumer très succinctement le cadre dans lequel s'est déroulé le gigantesque affrontement de Koursk, et quelques faits et situations que les historiens occidentaux – y compris allemands – ont omis dans leurs ouvrages.
En Février et Mars 1943, quand l'Armée Rouge arrêta l'offensive commencée après la destruction et la capitulation à Stalingrad de la VIème Armée Allemande de von Paulus, la Wehrmacht lança une contre-offensive qui lui permit de réoccuper dans la Région Centre-Sud, entre autres, les villes de Kharkov, Orel et Bielgorod.
Il se forma dans cette région, quand le front se stabilisa au début du printemps, ce que l'on a appelé le Saillant de Koursk, un carré équivalent en superficie à la Belgique, qui pénétrait comme un coin dans les lignes allemandes.
Conscient de l'importance stratégique du saillant, le Grand État-Major Général Soviétique (EMGS) commença à accumuler à l'arrière de puissantes forces avec l'intention de déclencher une grande offensive au début de l'été. Pendant l'hiver, l'industrie de guerre soviétique a dépassé, pour la première fois, le bloc nazi dans la production de tanks et d'avions. La force de combat de l'Armée Rouge était déjà largement supérieure à celle de la Wehrmacht et de ses satellites (italiens, roumains, hongrois entre autres).
Citadelle ou l'opération de la dernière chance pour le IIIe Reich
Début Avril, l'EMGS, qui avait déchiffré les codes utilisés par les allemands, pris connaissance de la décision d'Hitler de reprendre l'offensive durant l'été pour venger l'humiliante défaite de Stalingrad qui avait détruit le mythe de l'invincibilité allemande. Par des informations postérieures fournies par des pilotes et officiers capturés, on sut que « Citadelle » serait le nom de la grande opération qui était à l'étude.
Le plan, élaboré par le maréchal von Manstein, prévoyait l'attaque simultanée par le Sud et par le Nord, prenant en tenaille le Saillant, avec l'objectif d'encercler les forces soviétiques qui y étaient concentrées, en leur coupant la retraite. A cet effet, les allemands mobilisèrent 950 000 hommes, 10 800 canons, 3 000 tanks (16 divisions panzer) et 3 000 avions, parmi lesquels les Focke-Wulf 190 et les bombardiers Henschel-129. Parmi les nouvelles armes utilisées, on retrouvait aussi les chars lourds Tigre et Panthère. L'opération serait lancée entre le 3 et le 6 juillet. Dans son ordre de service, Hitler affirmait qu'ils devaient transformer l'ennemi en une torche qui éclairerait le monde entier.
A Nuremberg, le maréchal Keitel reconnut que l'État-major allemand avait sous-estimé la puissance de l'Armée Rouge et qu'il ignorait qu'elle connaissait en détail l'opération « Citadelle ».
Ce fut précisément la connaissance du plan allemand qui a conduit le maréchal Zhukov, dans un rapport envoyé au Quartier Général le 8 avril, à suggérer une modification de la stratégie prévue. Il proposa que, au lieu de l'offensive en préparation, l'Armée Rouge attende l'attaque de la Wehrmacht dans des lignes fortifiées à construire et, après une courte bataille défensive lors de laquelle des pertes énormes seraient infligées aux allemands, on passe immédiatement à l'offensive. Staline, après quelques hésitations, approuva le projet de Zhukov qui contait déjà sur le soutien de Vassilevsky.
L'Etat-major allemand a sous-estimée la capacité de résistance de l'Armée Rouge
Les maréchaux Manstein et Kluge étaient convaincus que, dans leur offensive foudroyante, ils rencontreraient seulement les Armées Soviétiques du Front Central et de Voronej, qui se trouvaient dans le Saillant. Ils s'attendaient à une victoire si rapide qu'ils avaient occulté la question des réserves.
En fait, les Armées Soviétiques de quatre autres fronts se sont joints à la bataille – l'Armée Occidentale et celle de Briansk, au Nord, l'Armée de la Steppe et celle du Sud-Est, au Sud.
Le dispositif défensif, monté en moins de trois mois, fut considéré comme infranchissable par le Quartier Général Soviétique. Contrairement à ce qui était habituel, dans la bataille défensive, la supériorité soviétique était considérable. Ils pouvaient compter sur 1 632 000 hommes, 27 000 canons et mortiers, 5 000 chars, avec le T-34, considéré par les spécialistes comme le meilleur blindé de la seconde guerre mondiale, et 3 000 avions de combat.
Le Front de la Steppe fut conçu pour fonctionner en pratique comme un moyen de concentrer l'ensemble des armées de réserve.
Il était loin le temps de la guerre éclair...
Le 5 au matin, les Allemands, surpris par un bombardement inattendu de l'artillerie soviétique, déclenchèrent l'offensive. La Luftwaffe déversa des tonnes de bombes sur les lignes soviétiques et les divisions Panzer en marche furent soutenus par un barrage ininterrompu d'artillerie.
L'extraordinaire concentration de moyens dans un espace aussi réduit a permis aux allemands de progresser de quelques kilomètres le 6, le 7 et le 8: de 10 à 12km au Nord et d'un maximum de 30 à 35 km au Sud. Mais, ils furent incapables de percer les lignes soviétiques. Il était loin le temps du blitzkrieg, de la guerre éclair.
Au second jour de la bataille, la Force Aérienne Soviétique conquit la domination définitive des airs et une semaine après la Luftwaffe fut, de fait, bannie des cieux de Koursk
Conscient que « Citadelle » était en train de tourner mal et que l'espoir de prendre en tenaille l'ennemi, en l'encerclant, n'était plus à l'ordre du jour, Manstein lança ses panzer contre Prokovokha, une petite ville au sud-est du Saillant, à la charnière du Front Central et du Front de la Steppe.
Cette plaine fut pendant presque trois jours le théâtre de la plus grande bataille de blindés de l'histoire A laquelle ont participé, des deux côtés, plus de 1 200 blindés. Les pertes furent très lourdes dans les deux camps, presque la moitié des chars engagés. Mais le 12, l'élan germanique s'était épuisé. Les allemands manquaient de réserves et les troupes soviétiques de réserve affluaient en masse.
Le 12, une puissante contre-attaque soviétique marqua la fin de la phase défensive de la bataille. Les troupes du Front Occidental et de Briansk attaquèrent ce même jour le Nord-Est du Saillant. Le 15, Koniev et Rokossovsky contre-attaquèrent et les allemands commencèrent à battre en retraite. Hitler fut informé de l'échec de l'opération « Citadelle ». Le 3 août les Fronts de la Steppe (maréchal Zakharov) et du Sud-Est passèrent également à l'offensive.
Le 5 août, on fit tirer les canons à Moscou pour fêter la libération d'Orel et Bielgrod; le 23, les troupes soviétiques expulsèrent les dernières troupes allemandes de Kharkov.
De la reconnaissance de Roosevelt à l'effacement de la bataille de l'histoire officielle pendant la guerre Froide
L'absence de réserves a accru les difficultés rencontrées par les allemands dans leur retraite ininterrompue. La Wehrmacht perdit à Koursk, en une semaine, définitivement, sa capacité offensive.
Roosevelt et Churchill, dans des messages envoyés à Staline, le félicitèrent avec enthousiasme pour la grande et décisive victoire remportée par l'Union Soviétique. Roosevelt écrivit à ce moment-là que « le monde n'avait jamais vu un tel dévouement, une telle détermination, et un tel esprit de sacrifice, comme ceux affichés par le peuple russe et ses armées ». Mais, quelques années plus tard, quand commença la Guerre Froide, la bataille de Koursk disparut de l'historiographie anglo-américaine.
En Allemagne, le maréchal Manstein en personne lui a consacré quelques pages dans ses Mémoires et dans « Victoires perdues » (Bonn, 1955). La falsification de l'histoire, mise en œuvre avec perversité sous l'initiative de Washington et de Londres a été poussée tellement loin qu'un universitaire américain autorisé, Hanson Baldwin, dans un livre dédié aux « Dix plus grandes batailles » de la Seconde guerre mondiale a tout juste inclus Stalingrad pour le Front de l'est. Koursk n'est même pas cité, mais dans la liste on trouve Corregidor (une humiliante défaite américaine aux Philippines) et Tarawa, une obscure île du Pacifique où 10 000 américains ont affronté autant de japonais...
Stratégie et tactique révolutionnaires
L'historiographie soviétique a consacré des milliers de pages à la Bataille de Koursk, mais seulement une petite partie de ces œuvres furent traduites en langues étrangères.
L'attention toute particulière portée par les historiens militaires à cette bataille ne découle pas tant du fait qu'elle a changé le cours de la guerre, mais surtout qu'elle a marqué un tournant révolutionnaire dans ce qu'ils définissent comme « l'art militaire soviétique ».
La majorité de ces historiens s'accorde pour conclure que Koursk doit être considéré comme un « modèle » pour les autres batailles, puisque il ne fut jamais possible par la suite d'utiliser autant de moyens humains et matériels dans un espace aussi réduit. Les maréchaux Zhukov, Vassilevsky et Zakharov ont réfléchi sur le sujet dans leurs œuvres. Une synthèse particulièrement éclairante figure dans l'essai du colonel Vassily Morozov, professeur d'histoire à l'Institut d'histoire Militaire du Ministère de la Défense d'URSS.
L'auteur dans cette étude attire l'attention sur les aspects les plus innovants de ce grand affrontement.
La première de ces innovations fut le changement soudain de stratégie. Koursk fut conçu pour être une bataille offensive. D'où les énormes réserves accumulées à l'arrière, dont les allemands n'avaient qu'une connaissance superficielle. Pour la première fois dans l'histoire – souligne Morozov – les forces qui défendaient étaient bien supérieures à celles qui attaquaient, en effectifs et dans la qualité et la quantité de l'armement utilisé.
Le choix défensif initial se basait sur la certitude que cette supériorité empêcherait l'ennemi de percer le front. Les défenses, massées sur toute l'étendue du Saillant, s'appuyait sur trois lignes défensives toutes protégées par des obstacles anti-chars, des champs de mines et une densité d'artillerie au km2 inédite.
Les forces allemandes, comme nous l'avons déjà souligné, ne réussirent à percer le front nulle part.
Le fait que la contre-offensive soviétique soit partie, à quelques jours de différence, de six fronts différents a surpris et désorienté le Haut Commandement de la Wehrmacht et a démoralisé les armées allemandes forcées à passer de l'offensive à une défense chaotique.
Une autre innovation à Koursk fut l'emploi, pour la première fois, d'armées blindées autonomes. Jusqu'ici les forces blindées étaient liées à des armées ou à des divisions d'infanterie et étaient sous leur commandement.
La coordination des actions des armées blindées, des forces aériennes, de l'infanterie, et de l'intervention des réserves a obéit également à une planification innovatrice.
Le rôle oublié des partisans ainsi que de l'organisation du PCUS dans la victoire
Des informations sur la localisation exacte des aérodromes allemands recueillies par les partisans qui combattaient la retraite des nazis permirent des bombardements de précision qui détruisirent ou endommagèrent de nombreux avions de la Luftwaffe.
Le génie militaire a construit dans le Saillant 6 000 kilomètres de tranchées, des dizaines de ponts, des centaines de kilomètres de routes et de voies ferrées, 78 hôpitaux (certains avec des installations sous-terraines, des pistes aériennes.
La logistique préparée pour la bataille a dépassé tout ce qui a été fait dans le genre depuis le début de l'invasion. Les chaînes d'approvisionnement en nourriture et en combustibles, les lignes pour les communications téléphoniques et télégraphiques, ont joué un rôle crucial pendant la bataille, en assurant la communication entre les Fronts, la cohésion entre l'avant-garde et les arrières, ainsi qu'avec Moscou.
Les généraux Pavel Doronin et Konstantin Krainyukov publièrent des études importantes sur la participation du PCUS à toutes les phases de la bataille. Le travail politique effectué par les représentants du Parti dans les tranchées à l'arrière a contribué pour beaucoup au moral élevé des troupes. Au plus fort de la lutte, ont été mis en scène des concerts et des représentations théâtrales avec la présence d'artistes de premier plan.
Koursk perpétue l'esprit de 1917: les soviétiques ne se battaient pas seulement pour leur patrie mais pour le salut de l'humanité
Aucune falsification de la part des écrivains et universitaires bourgeois ne peut effacer l'importance historique de la bataille de Koursk.
Tournant stratégique, son issue n'aurait pas été possible si les hommes qui ont brisé la colonne vertébrale de la Wehrmacht n'avaient pas compté sur l'appui total de leur peuple, attaqué par les hordes hitlériennes.
Koursk ne fut pas une exception. Elle s'inséra dans une longue saga de survie nationale.
Ses combattants, comme ceux de Moscou, de Stalingrad, du Caucase, de Biélorussie et de toutes les autres batailles victorieuses appartiennent à une génération qui a perpétué l'esprit révolutionnaire des héros d'Octobre 1917. Dans des circonstances encore plus difficiles, les soldats de l'Union Soviétique se battirent avec la conviction inébranlable qu'ils ne prenaient pas seulement la défense de leur propre peuple mais celle de l'humanité menacée par la barbarie fasciste.
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(1) Les nombres cités dans cet article ont été extraits du livre « La Bataille de Koursk », Ed. du Progrès, Moscou, 1974, qui réunit des articles et des interviews de 25 personnalités soviétiques de haut rang, parmi lesquelles le maréchal Georgi Zhukov, commandant suprême, le maréchal Alexandre Vassilevsky, chef de l'État-major général et les maréchaux Rokossovsky et Koniev, commandant de deux des six fronts qui ont participé à la bataille.
Site d'Avante: http://www.avante.pt/
Site d'O Diario: http://www.odiario.info/
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