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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 15:34
« Jeux Olympiques 2016 à Rio: Le sport est ce qui importe le moins », article de Mauro Luis Iasi (PCB)

Article de Mauro Luis Iasi, repris du site du Parti communiste brésilien (PCB), traduction, MLJ pour « Solidarité internationale PCF – Vive le PCF », 11 août 2016


Un peu, juste un peu. On ne nous montre pas tout dans l’image idéologique qui nous est présentée des Jeux olympiques. L’image est sélectionnée, comme on sélectionne les athlètes en quête de performance olympique. C’est ce qui apparaîtra comme reflet du réel.

Voilà un Brésil qui chante, plein de joie. Voilà un pays où une fille noire, issue des favelas, accède à l’or olympique. Voilà un pays qui fait beaucoup pour ceux qui luttent chaque jour pour surmonter les obstacles. Voilà pourtant aussi un Brésil qui chante parce qu’il est triste, où les enfants noirs sont amenés à tirer dans les favelas, où les juges s’en vont dîner avec les vainqueurs, un pays dans lequel celui qui travaille beaucoup gagne peu pendant que quelques-uns disposent de presque tout. Comme aux jeux olympiques.

Comme chaque image idéologique, les jeux olympiques montrent aussi et démontrent bien des choses cachées. Ils ne sont pas que mensonge et pure manipulation. Il y a un peu, et oui, un peu du Brésil. Les jeux sont comme un entonnoir d’où sortent les meilleurs des meilleurs, les champions, les demi-dieux olympiques qui se disputent les quelques places du podium et dont un seul peut être en or. La concurrence libre entre individus, inégaux de condition, égaux devant les règles de la compétition. Egaux en droits, inégaux en fait. Des individus, héroïques, dans leur lutte pour les lauriers de la victoire.

Mais, il est évident qu’un autre message s’insinue plus subrepticement. Des places spéciales sont laissées à ceux qui n’ont pas atteint les minimas requis, de façon que tous les pays puissent participer, du moins en invités. Il y a des équipes pour recueillir les athlètes réfugiés. Et puis, il y a les jeux paralympiques. Les cercles de toutes les couleurs s’entremêlent dans les anneaux du magicien qui masque habilement ses trucages. Au monde, on délivre le message qu’il est important de préserver la nature et les équilibres écologiques, la paix mondiale, de prendre soin des enfants et de leur éducation.

Il n’y a rien de mal dans ce discours, comme il n’y a rien de mal dans les Jeux, dans l’émotion de la compétition, dans la reconnaissance des efforts des athlètes, dans la beauté du sport. Le côté idéologique agit à un autre niveau qu’on ne peut voir qu’avec un peu de distance.

Ces jeux qui prônent le respect de l’environnement, par exemple, n’ont pas appliqué leur objectif. Ils ont fabriqué une flamme olympique miniature, pour économiser de l’énergie, mais le bilan carbone des jeux reste déficitaire de 31%, faute de plantations d’arbre suffisantes pour compenser les émissions de gaz dues aux travaux. Les égouts qui se jettent dans la Baie de Guanabara devaient, selon les engagements pris, être traités à 80%. On n’en est pas à la moitié. L’assainissement et la canalisation des rivières du bassin de Jacarepagua, selon des données du « Journal des luttes : les jeux de l’exclusion » ont vu leurs travaux paralysés à la fin de 2015, avec un an de retard sur les prévisions, et sans aucun résultat. Pourtant les entreprises de travaux publics, Andrade Gutierrez et Ingénierie de Rio, ont empoché la bagatelle de 235 millions de réaux pour les travaux.

Alors que l’on célèbre l’universalité des Jeux, l’accueil généreux des nations sans comité olympique, ou celui de réfugiés (certains venant des pays que les nations européennes ont bombardés tout en refusant ensuite de les accueillir sur leur territoire), plus de 77.000 personnes ont été délogées depuis 2009 au nom du méga-événement. A Rio, d’innombrables familles ont été expulsées de la favela de Vila Autodromo, de celle de Vila Recreio II, de celle de Metro Mangueira, de celle de Vila Harmonia et de bien d’autres uniquement dans le but de dégager des terrains pour les projets de spéculation immobilière ultérieurs.

Des colombes de papier symbolisent la paix dans le monde mais l’armée et la police se sont emparées de la ville. L’occupation du quartier de Maré, pour la coupe du monde de 2015, a coûté 599 millions de réaux en quinze mois. Les organisateurs des « Jeux de l’exclusion » [comme les ont dénommés des progressistes brésiliens] estiment que la municipalité de Rio a pu réinvestir 303 millions de réaux, entre 2010 et 2016, dans des programmes sociaux consacrés aux bidonvilles de la cité. L’ensemble des dépenses consacrées à la sécurité va atteindre 3 milliards de réaux. Les meurtres commis par des policiers sont en hausse de 135% en un an.

Le peuple s’est détourné des stades pour exprimer son opposition au gouvernement illégitime installé à Brasilia et une loi du silence s’est abattue sur les athlètes. Pendant que les feux d’artifice illuminaient la nuit de la ville, la police descendait dans un autre coin de la ville pour réprimer les manifestants.

Mais qu’est-ce que le sport a à voir avec tout cela ? Le sport n’est pas coupable de ce qui amène mes reproches politiques, pas plus que de l’avidité des grandes compagnies qui dépouillent l’événement avec leur mercantilisme. C’est une question difficile.

Les athlètes s’entraînent beaucoup et avec dévouement, certains avec beaucoup de soutiens, d’autres sans aucun, mais ce qui importe, c’est que nous pouvons voir en eux, quelques fois, ce qu’un certain baron, Pierre de Coubertin, appelait « l’esprit olympique ». Cela fait du bien d’y assister et il devrait être plus largement permis d’y participer. Mais, il pèse comme une malédiction sur tout « esprit », c’est qu’il doit habiter un « corps », objectivement, ou dans certaines conditions, étrangement. La matérialité olympique est l’utilisation intense de sa valeur d’usage pour servir de base à sa valeur d’échange. Sa transformation en marchandise, son intense marchandisation, dépend des formes propres de sa valeur d’usage et, beaucoup moins, des intentions de ses protagonistes comme dans tout processus de production de marchandise.

Le sport, là-dedans, est ce qui importe le moins. Le ministère des Sports, qui n’utilise presque jamais l’intégralité de son budget, a attribué près de 190 millions de subventions à ceux qui ont obtenu les minima pour concourir aux jeux. C’est presque le montant auquel le stade de Maracana a été vendu – 180 millions sur trente ans – alors que le coût des travaux de a atteint la valeur stratosphérique de 1,34 milliards de dollars. Dans le même temps, les programmes de massification du sport, de formation, la mise en place de structures de qualité sont toujours plus délaissés et leurs ressources diminuent.

A la fin, une fois les médailles distribuées, une fois les profits des entrepreneurs, des entreprises de communication, des monopoles décomptés, une fois que notre émotion cathartique sera passée, la ville va revenir à la «normale». La crise va se poursuivre à l'Université d'État de Rio de Janeiro. Les enseignants des écoles primaires vont compter leurs arriérés de salaires. Les carcasses des structures provisoires vont se dégrader, témoins silencieux du gâchis et de l'ostentation.

[L’auteur finit par ses vers de la chanson de Joao Liberto, « les sandales d’argent »] :

« É também um pouco de uma raça
Que não tem medo de fumaça ai, ai
E não se entrega não »

C’est aussi un peu une course
Qui n'a pas peur de la fumée, ai, ai
n’abandonnera pas, non

Mauro Iasi est professeur adjoint à l'École de service social de l'UFRJ, chercheur au NEPEM (Centre d'études et de recherches marxistes) et membre du Comité central du PCB.

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Brésil
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