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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 23:02
Que devraient faire maintenant les partisans de Bernie Sanders ?

Nous publions la réflexion collective de la rédaction du site internet américain ami, « Marxism-Leninism Today », le 12 juillet 2016, après le ralliement plat de Sanders à Clinton. Elle donne une analyse globale de la campagne électorale aux Etats-Unis, sans entrer dans les détails sur Sanders. Elle conduit à appeler les partisans de Sanders à refuser le soi-disant « choix du moindre mal » derrière Hillary Clinton. Elle conduit à appeler à la constitution d’une nouvelle forme d’organisation politique indépendante des partis du système. Traduction MlN pour « Solidarité internationale PCF – Vive le PCF ».

Voir aussi sur vivelepcf: USA : Bernie Sanders s’aligne platement sur la représentante de Wall Street et du Pentagone. Tout sauf une surprise !

Les élections de 2016 sont le reflet de l’approfondissement de la crise du système économique capitaliste en général et du système politique américain, et de ses partis, en particulier.

Les primaires démocrates sont terminées. Sanders a apporté son soutien à Clinton. Les partisans de Bernie Sanders sont incités à accepter docilement la candidate démocrate liée au monde des affaires, Hillary Clinton, comme le moindre mal. Certains insinuent que cela laisse présager, suivant on ne sait quelle alchimie, une « présidence progressiste retentissante ».

Ainsi le magazine « The Nation » (22/27 juin), bastion libéral [sens américain du mot « libéral »] qui a soutenu Sanders, déploie le drapeau blanc de la reddition en ces termes : « Un Parti démocrate qui intègre et adopte les idéaux de la campagne de Sanders et les gens qui l’ont soutenue se trouvera en meilleure position pour battre Donald Trump en novembre et pour gouverner le pays avec un mandat progressiste retentissant dans les années à venir ».

C’est de la pure magie. Déjà, à la réunion d’élaboration de la plateforme démocrate qui s’est tenue à Orlando en Floride, les positions de Sanders sur des sujets tels que le partenariat transpacifique, les droits des Palestiniens, le système de santé à payeur unique, ont été repoussées par les Clintoniens.

Pourtant, une opportunité se présente en ce moment. L’aggravation du mécontentement social suscite des frondes au sein des deux grands partis. Alors que les différences entre les deux partis qui monopolisent la vie politique se font encore plus minces, le réflexe du « vote pour le moindre mal » a de moins en moins de sens chez les électeurs en général, encore moins chez les partisans de Sanders.

Et la révolte est venue.

Il s’est passé quelque chose de nouveau pendant la saison des primaires de 2016. Le mouvement électoral vers Trump et Sanders a représenté un degré nouveau dans la désaffection à l’égard du système et des habitudes politiques.

Tout le monde s’attendait, à un moment ou un autre, à l’irruption de la colère des électeurs. Quarante ans de stagnation ou de baisse des salaires, les délocalisations d’emplois et la désindustrialisation, la croissance des inégalités, la violence policière contre la jeunesse noire, l’incarcération de masse, les attaques contre les droits syndicaux et le droit du travail, la réduction de la protection sociale, les guerres sans fin, la grande récession de 2008 puis la reprise hésitante, les blocages au Congrès, l’accroissement de la pauvreté et de l’insécurité : tout cela a modifié la conscience de dizaines de millions de personnes.

La colère des électeurs a finalement trouvé une expression politique dans les urnes.

La façon dont elle s’est exprimée n’est pas symétrique. Dans le cas des Démocrates, Bernie Sanders – contre une opposante démocrate adoubée par les milieux d’affaires – a mis en avant une social-démocratie à la scandinave. L’indépendance politique ne faisait pas partie de son projet. Dès le départ, il a promis de soutenir le vainqueur des primaires. A son crédit, on peut mettre qu’il a opéré un mouvement à gauche sur plusieurs sujets importants. Sa campagne a inspiré des segments de la base démocrate, spécialement dans la jeunesse. Sanders a fini avec 12 millions de voix aux primaires, à comparer aux 16 millions pour Clinton.

Les frondes progressistes ou libérales [au sens américain] ne sont pas nouvelles dans le Parti démocrate : Ted Kennedy contre Jimmy Carter en 1980 ; Jesse Jackson en 1984 et 1988 ; Howard Dean en 2004 ; Dennis Kucinich en 2004 et 2008. Dans tous les cas, ces frondes ont tourné court. La plupart des démocrates ont fini par voter pour le candidat démocrate désigné, apparaissant comme un « moindre mal » par rapport à un candidat républicain résolument réactionnaire.

L’appareil du Parti démocrate sait rassembler ses brebis égarées.

Des conférences sont organisées pour que les militants pro-Sanders puissent se défouler, mais, à y regarder, l’ordre du jour se limite simplement à une liste de vœux sur ce que seraient des politiques publiques progressistes. Il n’est pas mis à l’ordre du jour d’idée concrète pour s’organiser en vue d’une indépendance politique vis-à-vis des deux partis du système. Ce serait la conférence qui vaudrait la peine d’être organisée. Dans une conférence à Chicago, la candidate à la présidence du Parti Vert, Jill Stein, a été empêchée de parler à l’assistance.

Le camp Clinton et ses représentants cherchent à ramener au bercail les partisans de Sanders, par exemple, en parlant du « fascisme », du « Mac-Carthysme » de Trump ou de l’indicible horreur de « perdre » le contrôle de la Cour Suprême des Etats-Unis.

Deux maux équivalents

L’argument du moindre mal n’a jamais été plus faible que maintenant.

Ce fait nouveau est de haute importance.

Si, au niveau présidentiel, les deux grands partis sont également mauvais, alors il incombe aux progressistes d’entamer un travail politique systématique pour une sortie du système bipartisan, pour l’indépendance.

Trump et Clinton sont tout aussi mauvais, mais de façon différente. Sur les questions nationales (à l’exception du commerce), Trump est évidemment pire que Clinton, mais, en politique étrangère, Clinton est plus dangereuse que Trump et c’est démontrable.

Trump représente une longue tradition américaine de populisme de droite qui mêle racisme, xénophobie, nationalisme et isolationnisme avec la nostalgie de l’âge d’or. Le populisme de droite associe des attaques contre des groupes socialement opprimés avec une défiance déformée vis-à-vis des élites, tout en désignant des boucs émissaires. George Wallace dans les années 60 et 70 et Patrick Buchanan dans les années 90 en sont des exemples récents. Dans les années 30, le mouvement mené par le Père Coughlin, qui prêchait l’antisémitisme à la radio, était un exemple de ce populisme de droite.

Le système politique est secoué

Les partis politiques ont un caractère de classe. Les partis sont l’expression de classes sociales. Ils constituent l’un des instruments les plus importants au moyen desquels les classes sociales se battent pour leurs intérêts et pour le pouvoir politique. Aux Etats-Unis aujourd’hui, la classe dominante dispose de deux partis, les Républicains et les Démocrates. Effectivement, leur base de masse diffère, mais ce qui est décisif, ce sont leurs bailleurs de fonds et leurs directions. Celles-ci partagent les mêmes vues et servent les intérêts de la même classe dominante, même au moyen de tactiques différentes.

Si les deux partis sont des partis capitalistes, comment expliquer les conflits ? Les révoltes portées aussi bien par Trump que par Sanders reflètent la colère populaire devant la façon dont les dirigeants des deux partis ont ouvertement servi les intérêts capitalistes en sacrifiant les intérêts des travailleurs. S’ils capitalisent sur cette colère, ni le racisme et l’isolationnisme de Trump, ni la social-démocratie de Sanders ne menacent le capitalisme. Mais les deux hommes menacent certains intérêts particuliers dans les entreprises et les partis. Cela explique la panique devant Trump et la désertion de certains Républicains et la panique devant Sanders et les efforts de certains Démocrates pour courtiser ses partisans.

Cette nature de classe des deux partis du capitalisme monopoliste, qu’ils nient toujours, apparaît clairement en temps de crise et sur des questions politiques fondamentales. Dans une situation « normale », un parti peut manœuvrer politiquement et faire quelques concessions au peuple. Le Parti démocrate, presque tout au long du vingtième siècle, s’est évertué à obtenir l’allégeance des travailleurs et des minorités en concédant de petites réformes pour maintenir cette alliance.

L’autre parti, le Républicains, gouverne habituellement avec des méthodes résolument réactionnaires et travaille à réaliser ses objectifs résolument réactionnaires.

Au fond, les deux partis sont en fin de compte sont la propriété des riches et des puissants, des plus grandes entreprises et des banques. Ils ont pour mission de préserver les relations économiques et sociales existantes.

Mouvement vers la droite et différences de plus en plus minces

Depuis la fin des années 70, il s’est produit une double évolution dans le système partisan américain. Les deux partis dominants des Etats-Unis ont tous les deux évolué vers la droite et, en même temps, ils se sont rapprochés – du moins sur les questions fondamentales. Admettons que des différences subsistent sur les questions « sociales ».

L’emprise des monopoles est devenue encore plus évidente maintenant, après l’arrêt de la Cour suprême intitulé « United Citizens - Unité des citoyens » pris en 2010. Ce jugement a levé des contraintes sur le financement occulte des campagnes électorales par les milliardaires. En 2016, jusqu’à présent, Hillary Clinton est de très loin la favorite des financeurs de Wall Street.

La dérive droitière des deux partis principaux du capital monopoliste américain est apparue d’abord avec l’aiguisement de la crise capitaliste et l’effondrement du Keynésianisme au milieu des années 70. Une évolution encore plus à droite est venue avec la montée du Reaganisme et du Thatchérisme au début des années 80.

Les différences entre les deux partis du grand capital n’ont cessé de se réduire à partir de la présidence de Jimmy Carter à la fin des années 70. Le Parti démocrate a abandonné toute prétention à compléter le programme inachevé du New Deal, ce qu’il s’était efforcé de faire, jusqu’à un certain point, dans les années Kennedy-Johnson. En 1981, Reagan a repris l’essentiel du programme économique de Carter.

Dans les années 90, le « nouveau Démocrate » autoproclamé Bill Clinton et son « Democratic Leadership Council » ont été au cœur du travail pour redessiner le Parti démocrate. Au fil du temps, le Parti démocrate est devenu le Parti « républicain – bis » qu’il est maintenant.

Des facteurs historiques mondiaux ont été la toile de fond de ces tendances nouvelles dans le système partisan des Etats-Unis. La chute de tant d’Etat socialistes dans les années 1989-1991, et la fin d’un système social alternatif en concurrence auprès des travailleurs ont ôté une bonne part de l’attrait du système bipartisan pour les cercles gouvernants. Depuis la fin du New Deal, ils s’étaient satisfaits d’une formule stable : un parti conservateur de centre-droit, les Républicains, en alternance au gouvernement avec un parti de centre gauche, modérément réformiste, les Démocrates.

La perte d’influence de la logique du moindre mal

Un électeur américain de la classe ouvrière, du moins jusqu’à récemment, pouvait faire le calcul plausible que la misère sociale pourrait être, d’une certaine façon, un peu moins aigüe avec un Démocrate, plutôt qu’un Républicain à la Maison Blanche. Cet électeur a pu voter pour le « moindre mal ».

Le marxisme, cependant, garde comme repère un point de vue de classe stratégique de longue portée. D’abord, le marxisme ne considère pas que les élections sont toute la politique. Ensuite, la contribution spécifique du marxisme est d’introduire un point de vue de classe dans toute la politique. En politique électorale, cela doit conduire à mettre fin à l’intégration de la classe ouvrière aux deux partis des monopoles.

Le socialisme signifie gouvernement par la classe ouvrière et transformation révolutionnaire de la société. Une classe ouvrière qui s’installe dans la logique du moindre mal ne peut pas gagner le socialisme. Pour les marxistes, accepter le raisonnement de « bon sens » - savoir qui est le candidat ou le parti le moins mauvais - est totalement indéfendable. La logique du moindre mal conduit toujours la classe ouvrière à s’aligner derrière un parti de la classe dominante ou un autre.

Tant qu’ils seront liés à l’attelage politique du grand capital, les travailleurs ne pourront remporter aucune victoire fondamentale. L’indépendance politique, basée en premier lieu sur l’action dans le mouvement ouvrier, est un préalable. Les monopoles ont compris depuis longtemps la place potentielle du monde du travail au cœur d’une coalition électorale antimonopoliste. Le capital utilise toutes les méthodes possibles pour empêcher le monde du travail de construire ses propres organisations politiques et électorales.

Trump représente-t-il un danger tel qu’il faille soutenir Clinton ?

Trump est mauvais mais ce n’est pas un fasciste. Le marxisme a une définition scientifique, éprouvée, du fascisme : « Le fascisme est la dictature ouverte, terroriste des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capital financier ». Cela ne se mesure pas aux déclarations de Trump (souvent contradictoires) pas plus qu’aux actions de voyou de certains de ses partisans.

Ce qui est décisif plutôt, c’est les classes qui sont derrière Trump. A l’heure où nous écrivons ces lignes (début juillet 2016), son populisme et son caractère imprévisible effrayent une bonne part de Wall Street et des autres grands donateurs ainsi que l’establishment républicain. Certains ont été apeurés au point de soutenir Clinton qui reçoit une aide généreuse de Wall Street.

Un autre élément à mesurer réside dans les circonstances historiques. A la différence de l’Allemagne du début des années 30, où la révolution était une possibilité, le capitalisme américain ne traverse aucune crise existentielle. Le pouvoir d’Etat n’est pas en train d’échapper des mains des représentants de Wall Street. Certes, c’est un peu la pagaille au Parti républicain. Il reste à voir si la fronde massive de la base du Parti républicain aux primaires de 2016 aura des effets dans la durée.

Est-ce que la composition de la Cour suprême des Etats-Unis est une raison suffisante pour soutenir Clinton ? Seulement si l’on croit que des vies américaines sont plus importantes que les vies des innocents à l’étranger qui vont mourir encore sous le coup de la politique étrangère d’Hillary Clinton.

Clinton a fait ses preuves comme criminelle de guerre et interventionniste. Les peuples de Libye, de Syrie, d’Irak, du Honduras et d’ailleurs en savent quelque chose. Elle est allée plus loin que de vouloir sacrifier les intérêts des travailleurs et des minorités dans notre pays aux intérêts de Wall Street et des multinationales.

En conséquence, il ne saurait y avoir de moindre mal entre ces deux choix présidentiels.

Quelle perspective pour les partisans de Sanders ?

Soutenir Hillary Clinton n’est pas une perspective.

Les firmes qui contrôlent les actions d’Hillary Clinton feront sauter les quelques modifications mineures que les partisans de Sanders ont pu placer dans la plate-forme du Parti démocrate.

Les partisans de Bernie Sanders ne peuvent progressivement obtenir d’autre changements qu’en faisant monter la pression à gauche, en renforçant ce qui existe de politiquement indépendant des deux grands partis. En parlant « d’indépendance », il va de soi que nous parlons d’indépendance de classe – d’indépendance à l’égard des financements et du contrôle du capital.

L’histoire des Etats-Unis nous apprend que d’importants nouveaux partis politiques sont nés quand une crise a causé une rupture de masse dans les allégeances à l’ancien parti et que des forces avancées avaient patiemment préparé le terrain. Le meilleur exemple : les Abolitionnistes et leurs alliés, après s’être abstenus, peu judicieusement, de participer à la politique électorale, s’y sont essayés, parti après parti, le « Liberty Party », le « Free Soil Party », et finalement le Parti républicain.

A la fin des années 1850, la crise sur la question de l’esclavage a atteint un tournant. Les vieux partis politiques, comme le « Whigs », les « Démocrates » et les « Know Nothing » se sont désintégrés ou ont éclaté sur cette question. Mais la coalition antiesclavagiste était prête : elle avait son candidat, Lincoln, une revendication centrale, la non-extension de l’esclavage aux territoires, et un parti, les Républicains.

La lutte contre le pouvoir des trusts au 21ème siècle est semblable à la lutte contre le pouvoir des propriétaires d’esclaves au 19ème siècle. La tâche suprême est maintenant de construire un parti de masse pour contenir le pouvoir des trusts. Cela ne se fera pas sans une avant-garde révolutionnaire organisée. Les Abolitionnistes étaient une avant-garde de ce type à leur époque. Un parti marxiste-léniniste le sera à la nôtre.

L’avenir nous dira si une rupture de masse dans les allégeances aux anciens partis est en cours.

Quoi qu’il en soit, les partisans de Sanders peuvent et devraient s’organiser de façon indépendante maintenant. Ce sera une tâche difficile à long terme. Beaucoup de questions ne trouvent pas de réponse facile : comment mettre en mouvement pour un changement radical la classe ouvrière, les autres classes déterminantes et les forces sociales, encore souvent embourbées dans la logique du moindre mal.

En rejetant Hillary Clinton, même comme moindre mal, et, de façon plus décisive, en prenant la résolution de construire une indépendance politique, les militants et les partisans de la campagne de Sanders peuvent faire de 2016 l’’année d’une véritable « révolution politique ».

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Etats Unis-Canada
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