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12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 07:09

SPD_Die_Linke.jpgAllemagne - Die Linke à la tête d’une région en collaboration avec le SPD : une analyse critique

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

Trois événements concomitants ont marqué ce week-end en Allemagne : la grève des cheminots qui a irrité Merkel prête à liquider le droit de grève, la commémoration de la chute du mur de Berlin et l’accession attendue d’un dirigeant de Die Linke à la tête d’une région (land) allemande. Des événements liés entre eux.

 

Doit-on se réjouir de l’arrivée à la tête d’un « ancien communiste » dans un land d’Allemagne de l’est, Thuringe, 25 ans après la chute du mur de Berlin ?La réponse semble évidente.

 

Le président et la chancelière dénoncent le spectre du communisme

 

Le président Joachim Gauck, et la chancelière Angela Merkel ont beaucoup pesté ce week-end. Ils ont vu leur commémoration de la fin du communisme en Allemagne gâchée par deux événements.

 

Le président Gauck, ancien pasteur dissident en RDA et anti-communiste viscéral, a critiqué le choix démocratique des électeurs comme la combinaison politicienne entre Die Linke, le SPD social-démocrate et les Verts, 25 ans après le 9 novembre 1989 :

 

« Les gens qui ont connu l’Allemagne de l’est, qui ont mon âge, doivent faire de sacrés efforts pour l’accepter ». Pour lui, Die Linke est l’héritier du SED est-allemand, assimilé à des idées répressives « qui font partie de ce parti, d’où mon manque de confiance ».

 

La présidente de Die Linke, Katja Kipping, a justement condamné ces propos « inacceptables pour un président », et a ajouté qu’elle « récusait le moindre doute sur l’adhésion des membres et électeurs de Linke à l’ordre constitutionnel démocratique allemand ».

 

La chancelière Merkel – autrement plus puissante que Gauck –  a concentré son attaque ailleurs. Sur la grève de quatre jours des cheminots. Elle a relancé l’attaque contre le droit de grève, une restriction au nom de la représentativité syndicale (« tariffeinheit »), qui annihilerait de fait le pouvoir des syndicats de base, réduirait drastiquement le droit de grève.

 

Cela ne l’a pas empêché de lancer sa pique contre l’entrée de « Karl Marx au gouvernement régional » (sic). L’anti-communisme est toujours le pilier fondateur de la RFA.

 

Une normalisation : Die Linke ne fait pas peur à l’ordre établi en RFA

 

Revenons sur les faits, mis dans leur contexte.

 

Le 14 septembre dernier, les électeurs du land est-allemand de Thuringe ont donné la victoire à la droite, la CDU (33, + 2 pts), devant Die Linke en stagnation (28 %, + 0,8 pt). La social-démocratie plonge (12 % , - 6 pts), les Verts glissent (5 %, - 0,5 pt). La droite anti-euro (Alliance pour l’Allemagne) fait une percée remarquée : 10,6 %.

 

Deux combinaisons étaient possibles : une « grande coalition » CDU-SPD ou une coalition « rouge-rouge-verte » menée par Die Linke, et son chef régional, Bodo Ramelow.

 

La nouveauté, c’est que les dirigeants comme les militants régionaux du SPD ont accepté la deuxième option, permettant pour la première fois aux ex-communistes d’accéder à la tête d’un Land – une entité qui a sensiblement plus de pouvoirs qu’une région française.

 

On peut se réjouir de cette normalisation. Elle peut nous questionner aussi.

 

Attaqués, les dirigeants de Linke s’empressent d’assurer de leur pleine adhésion à l’ordre constitutionnel d’un régime qui n’est que l’élargissement de la RFA, non la rencontre des deux modèles ouest et est-allemands, deux conceptions de la démocratie différentes.

 

Suspicieux, les dirigeants du SPD – comme l’ensemble de la classe dominante – acceptent un gouvernement mené par Die Linke, inoffensif pour l’ordre établi en Allemagne, en Europe.

 

Die Linke, une caution de gauche à une Allemagne toujours plus à droite

 

Beaucoup d’est-allemands regrettent – malgré ses défauts, ses excès – un régime socialiste qui offrait un mieux-être réel, des relations humaines plus solidaires, la démocratisation de la culture, l’éducation pour tous ou la garantie d’un emploi.

 

Le PDS (Parti du socialisme démocratique) a incarné la continuité avec cet héritage.

 

Il fut liquidé, transformé en « Die Linke » en 2007, qui a maintenu un courant communiste culturel, fait vivre le folklore est-allemand, tout en annihilant la perspective politique de construction d’un socialisme au XXI ème, reprenant le meilleur, de façon critique, de celui du XX ème.

 

« Die Linke » sert aujourd’hui de caution de gauche, est-allemande, à la résurgence d’une Allemagne de plus en plus conservatrice, anti-sociale, militariste et impérialiste.

 

Collaborer avec la social-démocratie … au moment où elle détruit les acquis sociaux, mène les guerres impérialistes ?

 

Habituel dans les Lander d’Allemagne de l’Est où Die Linke a souvent apporté une caution de gauche – comme à Berlin – à un SPD qui a mené sa politique social-libérale à l’échelon national comme régional, cette coalition « rouge-rouge-vert » est inhabituelle uniquement parce que Die Linke la mène.

 

Le hic, c’est que la politique menée par le SPD au niveau régional ne peut être dissociée de celle qui mène au niveau national. Elle est même complémentaire.

 

En novembre 2014, le SPD est le partenaire de la « grande coalition » CDU-SPD menée par Merkel. Cette coalition mène une série de gravissimes attaques, où le SPD joue un rôle de premier plan, dont deux en particulier

 

-          La remise en cause du droit de grève. Le projet de loi proposé au Bundestag privant les syndicats de base de toute représentativité, de tout droit à la grève, est portée par la Ministre du Travail, la social-démocrate (SPD) Andrea Nahles.

 

 

-          Le soutien aux guerres impérialistes. L’Allemagne est sur le terrain au Mali, en Centrafrique. Elle est en première ligne en Ukraine, en Irak. Le fer de lance de cette politique est le Ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier, un social-démocrate (SPD) ;

 

 

 

On pourrait ajouter l’ensemble des lois votées sous l’ère Schroder (1998-2005), dont les cadeaux fiscaux aux entreprises, la génération « Hartz IV » des chômeurs déguisés rémunérés 400 € par mois, la casse des monopoles publics. Aucune de ces mesures, parmi tant d’autres, n’ont été remises en cause depuis par le SPD.

 

C’est dans ces conditions que la classe dirigeante allemande a pu laisser des « ex-communistes », qui ne croient plus au communisme en 2007, peut-être déjà en 1989, accéder à un poste aussi important que celui de président de Land.

 

Il s’agit, de façon plus subtile, à la RFA de montrer sa capacité de rassemblement, d’intégration – non sans contradiction – des anciens communistes, héritiers de la RDA. Une réunification, mais uniquement au prix du reniement du passé est-allemand, communiste.

 

Communistes français, poursuivons cette analyse critique. Ne nous réjouissons pas de ce qui légitime un régime menant le combat en Allemagne contre les travailleurs, le droit à la grève, en Europe, dans le monde, contre l’indépendance des peuples.

 

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Allemagne
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