Flag-map of MaliAprès la « trêve sociale », l' « Union sacrée » de la guerre : les grèves touchent tous les secteurs au Mali

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Au Mali, rien de nouveau ? A en croire nos médias peut-être, pourtant la réalité est différente. Après l' « Union sacrée » de 2013 de la guerre, les travailleurs maliens sont exaspérés, des mouvements de grève touchent tous les secteurs. Désordonnés mais combatifs.

 

Une dizaine de mouvements de grève depuis le 1er janvier, touchant tous les secteurs stratégiques : de l'éducation aux mines, de la santé aux (rares) industries, des ministères à la sécurité privée.

 

Les revendications sont les mêmes partout : revalorisation salariale toujours, paiement des salaires non-payés souvent. Et une colère contre les mesures autoritaires du gouvernement pour étouffer la contestation sociale.

 

Malgré certaine confusion syndicale et politique, l'absence de convergence des luttes, les enjeux de pouvoir entre appareils, les revendications catégorielles, ces mouvements révèlent une colère sociale latente : le Mali semble assis sur un volcan.

 

Après la « trêve sociale » de 2013, la lutte pour les salaires repart, d'abord dans le secteur public

 

En 2013, le gouvernement a fait passer auprès des travailleurs l'idée d'une « Union sacrée », d'une « trêve sociale » sous prétexte de la guerre au Mali, dans un État en déliquescence, soumis à l'intervention de l'ancienne puissance coloniale.

 

En 2014, l' « état d'exception » est devenu la norme avec son cortège d'arriéré de salaires et d'allocations, d'heures supplémentaires non-payés, de gel des avancements

 

Les travailleurs de la fonction publique sont les premiers à subir cette politique, les premiers à se mobiliser : l'éducation et la santé sont les secteurs qui ont été les plus touchés par les grèves ces dernières mois.

 

Ainsi dans l'éducation, à tous les niveaux, les grèves se sont multipliées : préavis de grève dans l'éducation primaire en janvier, grève illimitée dans l'éducation secondaire à partir du 7 février, grèves dans l'éducation supérieure les 15-16 février puis grève illimitée à partir du 23 février.

 

Dans l'éducation primaire, c'est le paiement des arriérés de salaire liés à l'avancement qui a motivé la mobilisation.

 

Dans l'éducation secondaire, c'est le non-paiement des salaires pour le mois de janvier des « fonctionnaires territoriaux » dans la région de Bamako, une conséquence néfaste pour les travailleurs de la politique de décentralisation.

 

Dans l'éducation supérieure, ce sont les accords de mars 2012, « suspendus » pour cause de guerre. Les enseignants réclament notamment l'intégration des contractuels à la fonction publique, la revalorisation des salaires, le remboursement des arriérés de l'assurance maladie.

 

Le mois de février a été marqué par des grèves ininterrompues dans les collèges et lycées de Bamako, ainsi que les Grandes écoles et universités de la capitale. Le pouvoir a maintenu le bras de fer avec les enseignants.

 

Attaques contre le « droit syndical », l' « indépendance de la justice : halte à l'autoritarisme

 

Les syndicats évitent l' « affrontement politique » avec le pouvoir installé dans le sillage de l'intervention française.

 

Les deux syndicats majeurs, le CSTM (Confédération syndicale des travailleurs du Mali) et l'UNTM (Union nationale des travailleurs du Mali), restent les héritiers de la « co-gestion » post-coloniale du pays.

 

Toutefois, dans certains secteurs précis, des oppositions se font jour pointant les pressions contre les représentants syndicaux, la casse du secteur public, la remise en cause de l'indépendance de la justice.

 

Ainsi, dans la santé, le succès de la grève générale des 19 et 20 févrierqui protestait contre la « mutation » du secrétaire général du syndicat de l'hôpital CHU Gabriel Touré de Bamako, Losseny Bengaly,muté dans un service central de « pharmacie », pour l'éloigner du terrain militant.

 

La grève convoquée par trois syndicats (Le syndicat national des médecins, le Syndicat des cadres médicaux et le Syndicat national de la santé) a été massivement suivie, à plus de 80 % dans les hôpitaux de Bamako. Seul le service minimum a été assuré par les internes.

 

Comme le notait le secrétaire à l'organisation du syndicat de la Santé, Dijmé Kanté, « il s'agit non de défendre un homme, une structure mais la liberté syndicale en générale. Cette mutation est une décision politique ».

 

Dans la justice, la menace de la grève a déjà été brandie par les trois syndicats de la Justice (Syndicat autonome de la magistrature, Syndicat autonome des greffiers, Syndicat libre de la magistrature) face à la tentative de prise en main de la Justice par le pouvoir exécutif.

 

Outre les conditions désastreuses d'exercice de la justice, les syndicats dénoncent les propos et la pratique du nouveau Ministre de la Justice, Mohamed Ali Bathily, qualifié de « va-t-en guerre » contre le pouvoir judiciaire : de l'arrestation de magistrats au mépris de la présomption d'innocence à l'annonce de la surveillance des magistrats par la Sécurité d'Etat (police politique).

 

Ainsi, pour le secrétaire du Syndicat autonome de la magistrature (SAM), Issa Traoré : « nous nous ferons entendre, même s’il faut passer par les grèves. Qu’il sache qu’à partir d’aujourd’hui, nous sommes prêts à lui répondre coup pour coup. Nous ne nous laisserons plus faire ».

 

Grève dans les mines, mouvement des agents de sécurité privé, mobilisation au Nord-mali : des mouvements significatifs

 

Des grèves hautement significatives, des mouvements forts en symbole se sont aussi produits ces dernières semaines.

 

On pense d'abord à la grève du 10 au 15 février des mineurs dans l'ouest du Mali, sur les sites de Sadiola et Yatela, gérés par des sous-traitants du grand groupe minier sud-africain Anglogold Ashanti, troisième producteur mondial.

 

Dans ces mines d'or, les travailleurs maliens luttent contre le plan de licenciement de 400 de leurs camarades contractuels, sachant que 600 autres sont sous cette même menace.

 

Si les industries sont rares au Mali, la cimenterie de Gangonteri, toujours à l'ouest du pays, connaît une ébullition sociale, les travailleurs maliens en grève en 2013 contre les salaires de misère (de 30 à 50 centimes de l'heure!), les discriminations (entre « Indiens » et « Maliens ») ont subi les représailles, sous la forme de licenciements massifs contre les Maliens.

 

Autre mouvement symbolique, même si le préavis ne s'est pas transformé en grève, celui des agents de sécurité privée du grand groupe britannique G4S. Depuis la guerre et l'intervention française, ces entreprises de sécurité prolifèrent au Mali.

 

Les agents de l'entreprise britannique avaient déposé un préavis de grève pour le 30 février réclamant non seulement une revalorisation salariale, le paiement des arriérés d'allocations familiales mais surtout une amélioration des conditions exécrables de travail.

 

Enfin, le nord-Mali a aussi connu un mouvement de grève, dans des conditions pratiques extrêmement précaires, celui des personnels de santé les 29 et 30 janvier, dans la région de Gao.

 

Une grève massivement suivie exigeant le paiement d'une prime exceptionnelle au vu des traumatismes subis avec la guerre de 2013.

 

Remettre en cause l'occupation française, le grand tabou ?

 

La remise en cause de la présence française au Mali reste un grand tabou dans les mouvements sociaux au Mali, même si certains partis (comme le SADI) commencent à la poser, timidement.

 

C'est aussi l'absence d'une conception politique de la grève qui est frappante : faible recherche de la convergence des luttes, absence de remise en cause générale de la politique du pouvoir malien, recherche de compromis sectoriels.

 

Au-delà de la combativité réelle des bases dans tout le pays, dans tous les secteurs, c'est d'un mouvement syndical de classe dont souffre le pays. Toutefois, il est faux de dire que le peuple malien ne bouge pas, il se mobilise et pourrait bien gêner la fondation d'un « ordre nouveau » encore plus favorable aux intérêts impérialistes français au Mali.

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