jara.jpgAssassinat du chanteur et militant communiste chilien Victor Jara : quarante ans après, ses tortionnaires enfin poursuivis par la justice

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Quarante ans après l'assassinat sauvage du chanteur et militant communiste Victor Jara, l'arrestation de huit de ses tortionnaires fait vivre un espoir bien tardif. Que justice soit enfin faite.



Victor Jara aurait 80 ans aujourd'hui. Mais cinq jours après le coup d’État qui a tué le président démocratiquement élu Salvador Allende, et avec lui l'espoir du socialisme à la chilienne, la figure de la « Nueva cancion » chilienne engagée était réduit à jamais au silence.

 

 

Le 11 septembre 1973, les forces armées putschistes encerclaient l'Université technique d’État du Chili, internant dans le stade de Santiago du Chili l'ensemble des étudiants et enseignants qui occupaient le campus.



« Quel visage horrible que celui du fascisme ! » : les dernières paroles du chanteur aux mains brisés



Parmi eux, Victor Jara, militant du Parti communiste et voix de la révolution. Deux bonnes raisons pour les militaires putschistes de faire taire celui qui « ne chantait pas pour chanter ».

Emmenés dans les vestiaires improvisés en salle de torture, il est soumis à la « question ». Son instrument de travail, ses mains sont brisées par ses tortionnaires. Ramené à ses camarades, il livre alors ses dernières paroles :



« Nous sommes 5 000 ici, ici se trouvent 10 000 mains qui cultivent la terre et font tourner les usines. Le visage d'une humanité soumis à la faim, au froid, à la peur, à la souffrance, aux pressions morales, à la terreur et à la folie humaine.



Quel visage horrible que celui du fascisme. Ils appliquent leurs plans avec une précision diabolique, sans se soucier du reste. Le sang est leur récompense.



Mais ma conscience se réveille soudain et je vois que cette marée n'a aucun cœur qui bat, si ce n'est le battement des machines et des militaires montrant leurs doux visages d'accoucheurs. Qu'il est difficile de chanter l'horreur ! »



Le calvaire de Victor Jara n'est pas terminé. Reconduit par ses tortionnaires sur le lieu du crime, il est alors abattu de 44 balles de fusils, son cours abandonné dans la rue, le 16 septembre 1973.



La justice chilienne lance enfin des poursuites contre les huit tortionnaires



Quarante ans après les faits, justice n'est pas encore faite.



Il a fallu attendre 2007 pour que soit relancée l'enquête sur l'assassinat du chanteur chilien.



La décision du juge Miguel Vazquez, dans les derniers jours de l'année 2012, exigeant l'arrestation de sept anciens membres des forces armées de Pinochet ainsi que l'extradition de l'assassin en chef, réfugié aux États-Unis fait revivre l'espoir d'un rétablissement de la justice et de la vérité.



En dépit du silence de fer maintenu par l'Armée chilienne, les témoignages de rescapés, prisonniers comme conscrits, ont permis d'identifier les tortionnaires.



« Je ne vois pas pourquoi nous devrions laisser un pays devenir communiste par l'irresponsabilité de son peuple » (Kissinger)



Pour le Parti communiste chilien (PCCh), il s'agit d'un élément positif que « l'on ait enfin poursuivi les ex-militaires accusés de l'assassinat du chanteur et militant communiste, Victor Jara ».



Après avoir exigé l'application de peines exemplaires pour ses criminels, le Parti communiste a également « réaffirmé la nécessité que l'on progresse dans la vérité et la justice concernant tous les cas de prisonniers disparus et d'assassinats politiques non-résolus ».



Rappelons les mots d'un célèbre prix Nobel de la guerre – rejoint depuis par Walesa, Obama ou l'UE – Henry Kissinger, alors conseiller du président américain :



« Je ne vois pourquoi nous devrions rester là et voir un pays devenir communiste à cause de l'irresponsabilité de son propre peuple ».



Les doigts brisés et le corps criblé de balles du chanteur de l'espoir sont là pour témoigner de l'horreur de cet « impérialisme à visage inhumain ».



Les communistes et les progressistes chiliens ne réclament désormais qu'une chose : qu'après que l'Histoire a jugé le régime de Pinochet, la justice chilienne remplisse enfin son rôle et juge ses tortionnaires.

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