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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 06:55

2013-09-06Au Brésil, communistes et syndicalistes dénoncent la privatisation du pétrole, livré aux multi-nationales par Dilma 

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Ce lundi 21 octobre, le gouvernement de Dilma s'est livré à la plus grande mise aux enchères au monde dans le secteur pétrolier, un immense champ pétrolifère au large des côtes brésiliennes, livré aux multi-nationales chinoises et européennes. 

« Leilão », la « méga-enchère » : voilà le nom donné à l'opération entreprise par l'Etat brésilien de vente, ou plutôt de bradage, des droits d'exploitation des gigantesques champs pétrolifères de Libra, dans le bassin de Santos au sud-est du pays.

Ces champs pétrolifères sont non seulement « off-shore » mais surtout en « eaux profondes » des gisements « pré-sels », autrement dit des réserves pétrolières enfouies sous d’épaisses couches de sel sous-marines.

Avenir de la prospection pétrolière, suscitant les convoitises des multi-nationales, risquée tant par son coût d’exploitation que par ses menaces pour l’environnement, elle nécessite des techniques spécifiques et des investissements massifs dont Petrobras est devenu expert.

Avec entre 8 et 12 milliards de réserves estimées, le « pré-sel » de Libra est le plus important gisement découvert à ce jour. A titre d’exemple, il est l’équivalent à l’ensemble des réserves pétrolières de pays pétroliers comme l’Angola, l’Algérie ou l’Azerbaidjan !

Non seulement les réserves brésiliennes doubleront grâce à ce gisement mais on estime que ce seul « pré-sel » serait en mesure de produire 1,5 million de barils par jour, contre 2,4 million à l’heure actuelle au Brésil … déjà 13 ème puissance pétrolière mondiale !

De quoi assurer la souveraineté énergétique du Brésil pendant plusieurs décennies, de financer des programmes de développement des services publics fondamentaux … cela si Petobras était maître intégral du projet, et s’il était encore un monopole public national.

Or, le choix qui a été fait par le gouvernement « PT » est autre.

Il s’intègre dans la stratégie de transformation de Petrobras, ancien monopole public national en un « champion national » privatisé, à la conquête des marchés continentaux voire mondiaux, orienté vers la recherche du profit.

Le « leilão » proposé par l’Etat brésilien était censé concéder l’exploitation pour une durée de 40 ans à des opérateurs étrangers, privés ou publics, devant émettre l’offre la plus élevée possible, celle accordant à l’Etat brésilien le plus de parts dans le projet.

En échange, Petrobras était assuré d’un seuil minimal de 30 à 40%, tandis que l’Etat empochait une « prime à la signature » ainsi que des « royalties » échelonnés sur 40 ans.

Finalement, Petrobras n’a hérité que du seuil minimal de 40% – preuve de l’échec apparent du projet – les monopoles publics chinois CNPC et COOC récupérent 20% et les multi-nationales européennes, la française Total et la britannique Shell, 40%.

La somme récupérée à la signature par l’Etat brésilien approcherait les 7 milliards de $. Une broutille. A 110 $ le baril, le potentiel de ces champs approche les 13 000 milliards de $. Même en soustrayant les coûts d’exploitation, le compte n’y est pas.

Grève depuis une semaine des travailleurs du pétrole

C’est sur la base de ce constat que les travailleurs du secteur pétrolier dénoncent « la plus grande privatisation de l’histoire du pays », selon la Fédération nationale des pétroliers (FNP).

Les deux principales centrales du secteur, la FUP (réformiste, affiliée à la CUT, le syndicat majoritaire) et la FNP (syndicat de lutte) ont appelé à un mouvement de grève le 16 octobre, pour s’opposer à la privatisation et exiger des améliorations des conditions salariales.

Le mouvement est massivement suivi, la plus grande grève dans le secteur depuis celle de 1995, une grève déjà contre la privatisation de Petrobras au moment de la remise en cause du monopole public.

Il intègre également les travailleurs d’entretien, de l’administration ou encore les précaires « tertiarisés », touchés durement par les projets gouvernementaux, qui avec la « loi 4330 » prévoit la généralisation d’un sous-statut de travailleurs sous-traités, de précarité intégrale.

Après une semaine de grève, avec des bases motivées permettant la paralysie de plusieurs sites pétroliers dans le pays, le gouvernement craint la contagion, après la grève des professeurs en septembre, et le grand mouvement de protestation de juin dernier.

Ce lundi, ce sont près d’un millier de policiers et de militaires qui étaient mobilisés dans les rues de Rio pour faire face et réprimer le mouvement populaire de protestation contre la mise aux enchères des champs pétrolifères.

Plutôt que le bâton, la direction de Petrobras a choisi la carotte, jouant la carte de la division du mouvement syndical, en offrant des concessions salariales mineures à la direction réformiste de la FUP pour mieux protéger l’essentiel, le plan de privatisation.

La FUP a logiquement répondu en faveur de l’adoption du projet de la direction de Petobras prévoyant une hausse de 6 % des salaires.

La FNP a refusé l’accord et propose de continuer la grève pour obtenir satisfaction non seulement sur les 16% d’augmentation salariale mais aussi sur le refus de la précarisation du personnel et l’annulation du contrat signé avec les grands groupes pétroliers étrangers.

Ce 23 octobre, l’avenir de la grève est toujours incertain.

Les communistes dénoncent une nouvelle étape dans la privatisation des ressources naturelles

Pour le Parti communiste brésilien (PCB), le « leilão » s’inscrit d’abord dans « le plus grand projet de privatisation de l’histoire du Brésil ».


D’une part, le PCB rappelle que cette « méga-enchère » fait suite à 11 rondes de mise aux enchères des champs pétroliers du pays. La dernière, en mai 2013, a conduit à céder 289 blocs d’exploitation dans 11 Etats, pour des réserves autour de 10 milliards de barils.


Plus largement, la privatisation progressive du pétrole s’inscrit aussi dans la concession au privé des grandes infrastructures du pays – routes, aéroports, ports, stades – ainsi que de secteurs stratégiques, comme les télécoms.


Sans oublier le rôle que jouent les banques publiques (BNDES, Banco do Brasil) et les anciens monopoles énergétiques publics comme Petrobras dans le financement des « champions nationaux » privés, et leurs politiques d’investissement à l’étranger.


Cette opération de privatisation est ensuite, selon le PCB, un « crime contre les travailleurs brésiliens ».


Le PCB a tenu fermement à dénoncer le discours gouvernement selon lequel la concession de la majorité des champs « pré-sel » au privé conduirait à la conquête de « royalties » qui iraient uniquement à des projets de développement de la santé et de l’éducation. Triplement faux.


D’une part, parce que la Petrobras n’est plus un monopole public national.


Multi-nationale comme une autre, aujourd’hui son argent est essentiellement utilisée pour financer des projets d’investissements à l’étranger et récompenser les actionnaires : 24 milliards de $ de profit en 2012 !

D’autre part, parce que, sur les 60% concédés aux entreprises étrangères, publiques ou privées, la part des royalties ne s’élèvera au maximum qu’à 15 % de la production.


Sur ces 15 % – selon la dernière loi votée l’an dernier pour la redistribution des revenus pétroliers –  80% iront aux Etats fédérés et communes, qui n’ont aucune obligation d’utiliser ces fonds pour l’éducation et la santé.


L’état désastreux de l’éducation largement décentralisée, qui a conduit au mouvement de grève des professeurs de Rio et de Sao Paulo – les deux principaux Etats producteurs de pétrole – en est une preuve patente.


De fait, les 20% restant pour l’Etat fédéral (portant sur les 15% de royalties) seraient reversés dans un « Fonds social » où 50% des ressources seraient destinées à l’éducation … soit 1,5% des ressources pétrolières globales issues du contrat signé lundi !


Comme le note le PCB, l’argument fallacieux de l’utilisation de la manne pétrolière à des fins sociales tombe à l’annonce de la « prime de signature » de 7 milliards empochée … pour rembourser les intérêts de la dette, qui accaparent la moitié du budget de l’Etat fédéral.


Le Parti communiste résume de façon claire ce hold-up des richesses nationales :


« Le gouvernement brésilien livre encore les richesses nationales au grand capital privé, sans aucune contre-partie significative pour la majorité de la population brésilienne, la classe ouvrière, dans une logique de privatisations offrant plus de facilités à la reproduction du capital. Cette méga-enchère ne peut pas avoir lieu. C’est un crime ».


Face à ce crime, les communistes et les syndicalistes sur des positions de classe ont relancé la campagne populaire des années 1950-60 : « Le pétrole doit être à nous ! », qui rencontre aujourd’hui un écho dans la population et les travailleurs du secteur.


Pour le PCB, cela suppose une lutte prioritaire : celle de la reconquête du monopole national du secteur pétrolier, d’une Petrobras 100% publique.


Sans illusions sur un gouvernement présenté de façon trop rapide comme « progressiste » et « anti-impérialiste », les communistes brésiliens indiquent la voie de la lutte contre le bradage du patrimoine national, pour la défense des conditions d’un développement national indépendant au service des travailleurs : A luta continua ! 

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Amérique Latine
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