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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 06:54

6287480-lrerdemo-lockout.jpgAu Danemark, les enseignants refusent le dialogue social visant à imposer la flexicurité

Les écoles paralysées par un mouvement de grève sans précédent



Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Flexicurité, modèle éducatif danois, culture du dialogue social : patronat, gouvernement socialiste ou de droite, syndicats réformistes n'ont d'yeux que pour le « modèle danois ». Dans l'éducation comme ailleurs, les masques tombent et les limites du système se révèlent.



Un des plus importants conflits de travail de ces dernières décennies au Danemark : 900 000 élèves de primaire et de collège restent à la maison tandis que 70 000 enseignants ont déserté les salles de classes.



Un conflit historique déclenché par le projet que tente d'imposer l'Organisation patronale des collectivités locales (KL), avec le soutien du gouvernement : une augmentation du temps de travail hebdomadaire légal, partant d'une remise en cause du temps de préparation des leçons.



Le Syndicat des enseignants (DLF), pourtant connu pour ses positions de compromis, a jugé les accords inacceptables et refusé de les signer. Face au menaces de grève du mouvement enseignant, les collectivités locales ont décidé de fermer les écoles ce 1 er avril.



Le secrétaire du DLF, Anders Bondo Christiansen a ainsi répondu face à l'intransigeance de leurs employeurs : « Nous sommes prêts au combat ». On est loin du dialogue social.



L'éducation au Danemark est fortement décentralisée. Depuis 1994 pour les « Folkeskole » et 2004 pour les lycées (Gymnasium), les communes sont responsables de la gestion, du financement et du recrutement des personnels scolaires, dans le cadre de conventions collectives nationales.



Ce sont ces conventions collectives que veulent remettre en cause les collectivités locales avec le discours bien connu de la « flexicurité », articulé à une démagogie visant les fonctionnaires.



Le KL propose la suppression de la réglementation sur le temps de travail effectif (actuellement de 25 h par semaine), laissant les conditions de travail et salariales à la totale discrétion des chefs d'établissement, soit la remise en question de toute négociation nationale.



Si nos ministres de l’Économie vantent régulièrement la « flexicurité » danoise, le « modèle éducatif » danois trouve grâce aux yeux des ministres de l'Education. Luc Châtel avait dit s'en inspirer lors de sa réforme de l'enseignement secondaire en 2008-2010.



Un modèle éducatif en crise : les réussites limitées d'un pays qui investit massivement dans l'éducation …



Un élément est toujours occulté dans les comparaisons avec la France : le poids des dépenses publiques pour l'éducation.



Le Danemark y consacre 8,5% du PIB, contre 5,8% pour la France. Le Danemark dépense 6 200 € pour un élève du primaire contre 3 800 en France, 8 500 € pour un élève du secondaire contre 6 200 en France, et enfin 18 500 contre 7 500 dans le supérieur !



La conséquence directe est la baisse du nombre moyen d'élèves par classe, 19 dans le primaire et le collège au Danemark, contre 23 en primaire, 25 en collège et 30 en lycée en France.



Cela constitue une des réussites incontestables du Danemark : la taille des classes rend réaliste l'aide personnalisée envers les élèves en difficulté, la mise en place d'activités pratiques ainsi qu'un rapport plus humain et proche avec l'enseignant.



Les études internationales mettent en avant le développement chez les élèves danois d'un fort degré d'autonomie, d'inventivité dans la résolution de problèmes pratiques et d'un certain plaisir à suivre l'enseignement prodigué.



et les limites des réformes pédagogiques qu'on veut importer en France : décrochage et manque de qualification



D'autre part, ont été adoptées une série d'innovations pédagogiques, contestables dans le fond sur le fond mais applicables dans la forme au Danemark, au vu de la taille des classes. Ce sont ces réformes que les gouvernements veulent importer en France, sans réduire la taille des classes.



Parmi ces éléments :



  • la suppression des notes jusqu'au lycée ;

  • l'interdiction du redoublement (au profit de lourdes « classes de transition ») ;

  • la pluri-disciplinarité du personnel enseignant qui doit maîtriser quatre disciplines jusqu'au lycée, sans concours national ;

  • l'absence de programme ni de directives disciplinaires nationales ;

  • minimisation de la théorie, du magistral, au profit de la pratique, de l'autonomie ;

  • enfin, substitution des connaissances requises par un « socle de compétences ».



L'estimation de « méthodes pédagogiques » est toujours complexe, la quantification de phénomènes subjectifs problématique. Néanmoins, il existe un consensus pour dire, qu'au vu de l'investissement du pays dans l'éducation, les résultats sont plus que décevants.



Dans les tests internationaux PISA, mesurant la maîtrise de compétences et savoir-faire dans des disciplines fondamentaux, le Danemark se retrouve avec la France, à la traîne des pays développés.



Si la France est 17 ème des pays développés en Science, mathématique et français, le Danemark se situe à la 18 ème place en Science, 15 ème en langue, ne se distinguant que par une position à peine meilleureen mathématique, 10 ème.



L'analyse dans le détail des résultats montre un échec sur plusieurs niveaux, un échec qui alimente les discours de la droite sur la nécessité de faire travailler plus les professeurs.



D'une part, le Danemark souffre d'un déficit en main d’œuvre hautement qualifiés, ce dont se plaignent les entreprises danoises qui ont recours à l'immigration.



Le problème ne vient pas de la diplomation supérieure, très élevée, mais bien plus de la qualification délaissée au profit des compétences, de la faiblesse théorique des étudiants.

 

D'autre part, le décrochage reste élevé, plus qu'en France et dans la moyenne de l'OCDE : 16% des jeunes danois n'achèvent pas le cycle secondaire contre 13% en France, tandis que l'écart entre élèves danois et immigrés est beaucoup plus important qu'en France, d'après les tests PISA.



Un système de « sécurité-emploi-formation » financé par l'Etat : aubaine pour le patronat, condition de la « flexicurité »



Les milieux patronaux et gouvernementaux utilisent ce constat pour réclamer une mise de l'éducation publique au service d'intérêts privés : depuis un enseignement professionnel calibré sur les besoins du « marché » jusqu'aux partenariats public-privé à l'université.



Il ne faut toutefois pas oublier que si l'éducation est à 90% publique au Danemark, le secteur public prend en charge la quasi-intégralité de la « formation professionnelle pour adultes » dans le système dit AMU (Arbejdsmarkedsuddanelse).



Du collège jusqu'à l'université, l’État finance des cours axés sur les « compétences professionnelles » adaptées au marché du travail et aux besoins des entreprises, ouverts aux actifs et surtout aux chômeurs, permettant de masquer artificiellement les chiffres du chômage.



Le système AMU, dispositif majeur parmi d'autres dans ce système de « sécurité-emploi-formation », coûte 600 millions d'euros chaque année à l'Etat, étant financé par une taxe de type CSG, de 8% sur les actifs occupés.



Nouvelles réformes au nom de la « compétitivité » : renforcement de l'évaluation, autonomie des établissements



Dans les nouvelles réformes pédagogiques, on assiste à une remise en cause de leurs aspects pourtant mis en avant en France



L'évaluation sort renforcée comme jamais. Les élèves sont soumis à un examen national systématique chaque année, dont les résultats sont rendus publics, au nom de la « compétition » entre établissements. Les professeurs sont eux-mêmes évalués en fonction de ses résultats.



L'autonomie des établissements est renforcée dans la gestion individualisée des personnels tandis que la centralisation se renforce dans le cadrage des directives pédagogiques et programmatiques standardisées en vue des tests européens.



Toutefois, les bases les plus favorables au marché du travail dans le système sont elles maintenues : le « socle des compétences » (malgré une réintroduction d'une base de connaissances) ou la dé-qualification du personnel enseignant, condition de la remise en cause de ses conditions salariales.



Ne nous laissons pas duper par les mirages étrangers, il faut rester vigilants et lutter contre toute remise en cause d'une Éducation nationale publique portée par des enseignants hautement qualifiés, et formant des citoyens éclairés, indépendants plutôt qu'autonomes, autant que de futurs travailleurs « qualifiés » et non « compétents ».

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Scandinavie
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