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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 06:01

marcador-chile.jpg« Chili-URSS 1973 : le match qui n'a jamais eu lieu » : quand l'URSS sacrifie sa participation au Mondial par solidarité avec le peuple chilien

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

11 septembre 1973 : l'espoir d'une révolution socialiste pacifique est balayée par un coup d’État soutenu par les États-Unis. Au milieu de cette tragédie, un match de football : Chili-URSS. Alors que le « bloc de l'ouest » baisse les yeux,, l'Union soviétique va faire un geste fort

 

futbolfrio.jpg21 novembre 1973, Estadio nacional : l'avant-centre chilien Francisco Valdés marque après 2 minutes de jeu dans le but soviétique vide devant 40 000 supporters en liesse : c'est, dira-t-on, le « but le plus tôt de l'histoire du football ». L'arbitre siffle la fin du match, Chili 1 URSS 0.

 

Chili-URSS, barrage retour des éliminatoires de la Coupe du monde 1974, c'est « le match qui n'a jamais eu lieu » mais qui va priver la sélection soviétique du génial Oleg Blokhine d'un mondial qui leur tendait les bras, après un 0-0 au Stade Lénine à Moscou dominé par l'URSS.

 

Alors pourquoi la sélection soviétique – qui avait triomphé de la France dans son groupe de qualification – a-t-elle laissé cette opportunité en or ? Parce qu'elle a mis des valeurs éthiques, un combat politique au-dessus des contingences sportives, de la gloire nationale.

 

Le 'stade de la mort' : doit-on jouer dans un camp de concentration ?

 

Le 11 septembre 1973, le coup d’État du général Pinochet mettait fin à l'expérience démocratique de construction du socialisme par la voie pacifique derrière le socialiste Salvador Allende, en alliance avec le Parti communiste du Chili.

 

urss_1.jpgLes Etats-unis avaient contribué à déstabiliser le pays dès 1970, ils soutiendront le putsch et se féliciteront de la fin du « régime marxiste » d'Allende. Pendant ce temps, l'URSS, comme Cuba, dénoncent le coup fasciste qui met fin à l'espoir ou illusion du « socialisme démocratique ».

 

Pendant les premières semaines, l'« Estadio nacional » sert de camp de concentration pour les opposants politiques. Près de 40 000 militants passeront dans le camp, seront détenus, torturés, parfois battus à mort comme le chanteur communiste Victor Jara, la voix de la révolution chilienne, dont les mains sont broyés avant d'être fusillé le 16 septembre.

 

Le match aller, le 26 septembre à Moscou, s'était soldé par un 0-0 miraculeux pour les Chiliens assiégés sur leur propre but, aidés par un arbitrage clément. Selon le journaliste chilien Hugo Gasc :

 

« L'arbitre était un anti-communiste féroce. Le président de la fédération (Francisco Fluxa) l'avait convaincu qu'il ne pouvait pas nous faire perdre. Et son arbitrage nous a pas mal aidé.

 

Les Soviétiques sont attendus à l' « Estadio nacional » le 21 novembre pour le retour. Ils savent la nature fasciste du nouveau régime chilien, ils savent que des militants démocrates, socialistes, combattus sont détenus, torturés, assassinés dans ce stade devenu camp de concentration.

 

Pour la FIFA, « l'ordre règne à Santiago »

 

La Fédération chilienne de football sait l'usage du stade par les militaires, son président Francisco Fluxa propose à Pinochet de jouer la revanche à Vina del Mar, loin des travées ensanglantées de Santiago. Pinochet refuse : c'est El Estadio nacional ou rien.

 

Une délégation de la FIFA vient à Santiago le 24 octobre pour inspecter le stade, dirigée par le vice-président brésilien Abilio d'Almeida et le secrétaire-général suisse Helmuth Kaeser. Les militaires éliminent toutes les traces de sang, de torture, dans un stade qui abrite encore 7 000 détenus.

 

Accompagnés du ministère de la Défense, l'amiral Carvajal, ils donnent une conférence de presse où ils confirment « que le rapport que nous avait adressé les autorités est le reflet de ce que nous avons vu : tout est calme à Santiago ».

 

L'émissaire brésilien, dans un pays qui vit depuis 1964 sous une dictature militaire, se permit même de confier aux nouveaux maîtres du Chili : « Ne vous inquiétez pas de la campagne journalistique internationale contre le Chili. On a connu la même chose au Chili, cela va passer bien vite ». La FIFA a fermé les yeux et donné sa bénédiction au stade de la mort.

 

Blokhine : « on voulait pas jouer parce que Pinochet était au pouvoir »

 

La Fédération chilienne et la FIFA confirment l' « Estadio nacional » – le stade de la mort – comme lieu du match retour. Que vont faire les Soviétiques ?

 

Oleg Blokhine, la star de l'équipe et du Dinamo Kiev, futur ballon d'or 1975 se souvient : 

 

« J'étais là pour le 0-0 à Moscou. On a parlé avec le groupe et nous avons décidé de ne pas jouer le match retour. On ne voulait pas parce que Pinochet était au pouvoir. C'était dangereux pour nous de jouer au Chili, on a exprimé nos préoccupations à la Fédération de football. Finalement, on a préféré abandonner les éliminatoires. »

 

« l'URSS ne jouera pas dans un stade souillé du sang des patriotes chiliens »

 

La décision est approuvée non seulement par la Fédération de football mais aussi par le Kremlin. Le communiqué rendu par la Fédération de football soviétique se révèle sobre, digne et cinglant, accusant le régime criminel de Pinochet, dénonçant ses complices :

 

« pour des considérations morales, les sportifs soviétiques ne peuvent pas jouer en ce moment au stade de Santiago, souillé du sang des patriotes chiliens. L'URSS exprime une protestation ferme et déclare que dans les conditions actuelles, quand la FIFA, agissant contre le bon sens, permet que les réactionnaires chiliens les mènent par le bout du nez, on doit refuser de participer à ce match sur le sol chilien, ceci par la faute de l'administration de la FIFA ».

 

L'Allemagne de l'est, la Pologne, la Bulgarie menacent, elles aussi, de boycotter le Mondial. Ce qu'elles ne feront pas. L'URSS va jusqu'au bout, alors que la presse chilienne présente le « match le plus triste de l'histoire » comme une victoire du nouveau régime contre les communistes.

 

Quarante-ans après, les scrupules ont pris certains des acteurs comme le président de la Fédération Francisco Fluxa pour qui ce match était « éthiquement questionnable » et qui pense aujourd'hui « qu'il n'était pas éthique de nier qu'il y ait eu des détenus au Stade. Mais à l'époque, on ne pensait qu'à aller au Mondial ». Les sportifs soviétiques avaient d'autres préoccupations.

 

Quand la star chilienne communiste entre en résistance contre le dictateur

 

L'ailier droit de la sélection chilienne Carlos Caszely était lui la star de l'équipe, jouant alors en Espagne, proche du Parti communiste sous le gouvernement d'Allende. Il se rappelle la terreur avant le match :

 

« On nous a dit que les Soviétiques ne viendraient pas. Tous ceux qui étions épris de liberté étaient terriblement tristes. Les familles des disparus venaient nous voir et nous demander : et Chinois (surnom de Caszely), toi qui seras dans le stade, essaie de découvrir où est mon fils, ou mon camarade de l'université ».

 

Caszely raconte que lorsque la partie a commencé, il voulait lancer le ballon en touche mais il donne finalement le ballon à Valdes – autre footballeur identifié à la gauche – qui marque le but de la honte, avant de célébrer sobrement le but dans le virage … vide de supporters. Un hommage alors obscur à ceux qui étaient tombés dans le Stade de la mort.

 

Pinochet se permettra de railler cyniquement l'ailier de gauche : « Vous êtes le premier joueur de gauche à jouer pour la droite ». Caszely lui répond alors, gêné mais frondeur : « C'est vrai que je joue … sur l'aile-droite ».

 

Caszely n'acceptera jamais la dictature de Pinochet. Lors du départ de la sélection pour l'Allemagne, Pinochet passe en revue tous les joueurs. Il est le seul à refuser de lui serrer la main.

 

Lors du premier match du Chili contre la RFA, il est expulsé pour un coup de poing sur le défenseur allemand Berti Vogts. Il est le premier joueur expulsé en coupe du monde.

 

Son « camarade », le maoiste Paul Breitner marque le but de la RFA qui permet de battre le Chili. Ses « camarades » de la RDA prendront par ailleurs sa revanche en battant à la surprise générale la RFA, 1-0, lors du match d'ouverture. Avant que le Brésil n'humilie le Chili par un 5-0 cinglant transformant l'épopée du Chili de Pinochet en déroute mémorable.

 

urss28.jpgCaszely paiera sa révolte au prix fort. Non seulement il sera interdit de sélection nationale pendant six ans mais sa mère est enlevée et torturée par les militaires. L'attaquant n'abandonnera pas son combat, il sera une des figures du « Non » au référendum de 1988 pour le maintien de Pinochet. Il continue encore aujourd'hui à porter la voix des disparus, des victimes de la dictature.

 

 

Ce 21 novembre 1973, contrairement à ce que pensait la presse chilienne, c'est bien l'URSS communiste qui avait triomphé de la dictature militaire, néo-libérale, anti-communiste de Pinochet et de ses complices occidentaux, et inspira les résistants d'Amérique latine. En mettant son combat politique, ses valeurs morales au-dessus d'une simple partie de football.

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Histoire
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