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15 août 2014 5 15 /08 /août /2014 06:03

persecution_irak.jpgDénoncer l'hypocrisie sur le sort tragique des Chrétiens d'Irak : 1991/2003/2011, USA et Europe, les vrais responsables !

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Mentez avec audace, il en restera toujours quelque chose. Cette citation de Bacon sied comme un gant à la propagande de guerre américaine. Prête à tout pour légitimer ses interventions criminelles, mentir effrontément, couvrir de ses crimes futurs le sang de ses crimes passés.

 

Les Chrétiens d'Irak sont en danger. Le terme si galvaudé de « génocide » est lancé par le gouvernement américain, dix ans après la « croisade » déchaînée par le président américain Bush contre un gouvernement 'laïc', avec le soutien des opposants islamistes.

 

Pour railler le ridicule des fondamentalistes américains, on peut reprendre Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu'ils en chérissent les causes ».

 

1991, 2003, 2011 : la persécution des Chrétiens d'Irak accompagne le rythme des ingérences impérialistes !

 

En effet, la datation du début du calvaire des Chrétiens, à rebours, est troublante.

 

2011 pour le « génocide » et la montée en puissance des djihadistes de l'EIIL (Etat islamique d'Irak et du Levant), 2003 pour la persécution massive des Chrétiens en Irak, 1991 pour la remise en cause de la protection dont bénéficiait la minorité chrétienne.

 

1991 : la Première guerre du Golfe, point de départ du « Nouvel ordre mondial », de la Pax Americana de Bush I. Après avoir dupé l'Irak de Saddam sur l'invasion du Koweit, les Etats-unis ramènent le pays « à l'âge de pierre », soumettant un des États les plus développés de la région à des sanctions le ramenant à un sous-développement chronique, une situation humanitaire critique.

 

2003 : Deuxième guerre du Golfe, la « croisade » du Bien contre le Mal de Bush II, sous un prétexte mensonger, pour des intérêts égoïstes, plongeant le pays dans la guerre civile communautaire, le pillage de ses ressources pétrolières, l'islamisation rampante.

 

2011 : enfin la Guerre civile en Syrie sous Barack le pacificateur avec le soutien à la rébellion islamiste de la part des Etats-unis, des puissances européennes, des monarchies absolues du Golfe, conduisant à l'irruption de l'EIIL, comme branche locale d'Al Qaida.

 

Plus d'un million de morts depuis les « guerres du Golfe » : des interventions humanitaires ?

 

Le bilan de plus de vingt ans de déstabilisation de l'Irak dépasse le simple sort de la minorité chrétienne. Même si comme le rappelle Gramsci au sujet du génocide arménien : « Pour qu’un fait nous touche, il faut qu’il (…) s’agisse de gens auxquels nous pouvons nous identifier ».

 

En tout, on estime entre 500 000 et 1 million de morts irakiens depuis la seconde invasion américaine(voir notre article : L'horreur impériale : l'invasion américaine de l'Irak a fait au moins 500 000 morts depuis 2003).

 

A quoi s'ajoutent les 250 000 morts de la première guerre du Golfe de 1991, ainsi que – selon l'UNICEF – les 500 000 enfants morts en raison des sanctions imposées entre 1991 et 2000, une estimation très prudente par ailleurs

 

Sur le plan du développement humain, cette fois d'après l'UNESCO, l'Irak était avant 1991 le meilleur élève de la région pour son taux d'alphabétisation et de scolarisation, ses indicateurs de santé, l'égalité homme-femmes, et plus largement son niveau de prospérité économique.

 

Le fruit d'une politique d'éducation et de santé gratuite, publique et laïque, financée par la nationalisation du pétrole en 1971, qui avait amélioré le sort de la majorité de la population, tout en protégeant les minorités – tant qu'elles ne gênaient pas le pouvoir autoritaire.

 

Pas de quoi idylliser non plus le régime baathisteà la brutalité bien connuecontre les opposants de gauche (en premier lieu les communistes), mais aussi certaines minorités (chiites, kurdes), bien loin de correspondre à un idéal de participation démocratique réelle (et non formelle).

 

Un régime qui n'a pas gêné pendant longtemps les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne qui l'ont soutenu soit quand il s'agissait de faire contre-poids à l'Iran post-révolutionnaire, ou quand il s'est agi d'éliminer le marxiste Abdoul Karim Kassim dans les années 1960, dérageant les intérêts des majors pétrolières anglo-américaines.

 

Les Chrétiens d'Irak, une minorité protégée sous l' « Ancien régime »

 

Et pour les Chrétiens d'Irak ?Un chiffre résume l'ampleur du désastre. En 1991, ils étaient 1,5 millions, dont au moins 1 million était encore là en 2003. En 2014, il serait entre 150 et 300 000 sur place : 90% des Chrétiens d'Irak ont soit fui, soit sont morts dans la guerre civile.

 

Les Chrétiens d'Irak sont une vieille, une des plus anciennes communautés chrétiennes, majoritairement composée d'Assyro-Chaldéens – bien que l'on compte également des Arméniens, des Grecs orthodoxes – issus des peuples assyriens qui ont régné sur la Mésopotomie au début du I er millénaire avant Jésus-Christ.

 

Les Assyro-Chaldéens parlaient traditionnellement l'araméen – la langue de Jésus – et ont été évangélisés vers l'an 40 par l'apôtre Thomas.

 

Ils ont vécu dans une co-existence harmonieuse avec les Arabes pendant sept siècles, avant de résister aux invasions mongoles puis turques.

 

Il a fallu l'invasion barbare américaine pour mettre un terme à leur présence pluri-millénaire.

 

Quel était le sort des Chrétiens sous Saddam Hussein et maintenant ?Les dignitaires ecclésiastiques d'Irak relayent la parole des fidèles : leur sort était bien plus enviable avant.

 

Que ce soit le révérend anglican Andrew White pour qui « la situation pour les Chrétiens est pire aujourd'hui que sous Saddam (…) il n'y a pas de comparaison entre l'Irak d'avant et celui d'aujourd'hui (…) C'est probablement la pire période de l'histoire pour les Chrétiens »(CBS, décembre 2007).

 

Celui qui fut le « ministre des affaires étrangères » du pape Jean-Paul II entre 1990 et 2003, le cardinal Jean-Louis Tauran, aujourd'hui responsable du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux (30 Giorni / août 2007) défend la même idée : « Paradoxalement, les Chrétiens étaient mieux protégés sous la dictature de Saddam Hussein ».

 

Pourtant, selon l'archevêque chaldéen de Mossoul, Mgr Nona (octobre 2013/AED) « l'islam irakien n'a jamais été fondamentaliste. C'est après 2003 qu'un islam fondamentaliste s'est propagé partout en Irak (…) la conséquence d'une politique qui utilise la région pour réaliser ses objectifs ». Mgr Nona dit ne« rien attendre de l'Occident, si on parle de politique occidentale ».

 

Mgr Sako, patriarche de l'Eglise chaldéenne est plus clair encore (AED/28 juin puis le Figaro/2 août 2014) : « La politique occidentale ne suit que des intérêts économiques (…) Les Américains sont venus ici, ils ont commis beaucoup d'erreurs. C'est à cause d'eux que la situation est telle qu'elle est aujourd'hui. Pourquoi remplacer un régime par une situation pire encore ? C'est ce qui est arrivé après 2003 ».

 

La comparaison est cruelle entre l'Irak d'avant et celui d'aujourd'hui. Sous Saddam Hussein – à condition que l'on n'interfère pas avec la politique –la liberté de croyance et de culte était garantie, tout comme la construction d'églises a été favorisée par le régime.

 

Certains parlent même d'une communauté privilégiée qui a pu profiter des opportunités d'éducation et économiques offertes par le régime, grossissant la cohorte des hauts fonctionnaires, ingénieurs, médecins et entrepreneurs locaux.

 

La présence au sommet de l'appareil d'Etat de Tariq Aziz (né Michel Johanna) en est syptomatique. Ce chaldéen fut une des personnalités de premier plan du régime de Saddam, ministre des Affaires étrangères en 1991, puis vice-premier ministre (numéro 2) en 2003.

 

Ce n'est qu'après 1991 que le sort des Chrétiens d'Irak va se dégrader. Le régime de Saddam cherche une nouvelle légitimité effritée dans l'islamisme renaissant.

 

Les Chrétiens sont soumis à des programmes de « relocation » loin des champs pétroliers, contribuant encore plus à leur concentration dans les grandes villes – Bagdad, Mossoul, Kirkouk – contraints à changer leurs prénoms pour adopter des patronymes arabes/musulmans.

 

Qui faut-il blâmer pour l'émergence des djihadistes de l'EIIL, nos alliés en Syrie, financés par nos amis saoudiens ?

 

Mais l'enfer commence avec la chute de Saddam. Pour les islamistes Chiites, ils sont associés à l'Ancien régime. Pour les fondamentalistes Sunnites, ils sont assimilés aux occupants occidentaux.

 

Privés de tout soutien militaire – les envahisseurs américains ne se préoccupent guère de leur protection – ils deviennent les victimes collatérales de la guerre civile irakienne, comme beaucoup d'autres Irakiens.

 

La liste des exactions ne se compte plus : attentats à la bombe visant des églises (comme en janvier 2008 où trois églises à Mossoul, deux à Kirkouk et quatre à Bagdad), enlèvement de dignitaires religieux (comme l'archevêque chaldéen Paulos Faraj Rahh kidnappé et tué en 2008), vague d'assassinats visant la communauté chrétienne.

 

Mais le chemin de croix des Chrétiens d'Irak n'est pas terminé. Il va connaître une brusque accélération après 2011, et l'émergence comme puissance régionale d'une bande de criminels armés, de voyous islamistes, l'EIIL (ou ISIS en anglais).

 

Mais qui a favorisé la percée de ce groupe, encore inconnu il y a quelques années, quand il n'était qu'une branche armée locale, dissidente, extrémiste d'Al Qaeda ? (sic)

 

Nous savons désormais que ce groupe composé de guère plus de 20 000 combattants s'est forgé dans la guerre civile en Syrie– où se trouvent les 2/3 de ses combattants –, il a bénéficié avec son organisation sœur d' « Al Nosra » des envois d'armes, du soutien militaire et financier de l'Arabie saoudite au moins, peut-être d'autres Etaats du Golfe.

 

Même si il ne serait depuis 2014 plus soutenu par aucun Etat mais seulement par des « riches donateurs privés du Golfe ». Qaund on sait la porosité extrême entre familles princières, riches particuliers et milieux islamistes dans les pays du Golfe, il y a de quoi rire jaune.

 

Il a bénéficié (et bénéficie encore) du soutien logistique de la Turquie qui fournit une base arrière confortable, tandis que les Etats-unis ont envoyé sur place des conseillers, des formateurs – qui opéraient depuis la Jordanie.

 

Obama a même récemment promis 500 millions de $ d'aide militaire aux rebelles syriens. Même si officiellement, cette aide est destinée aux modérés (!) bien introuvables.

 

On rirait presque du fait – si cela n'était tragique – qu'ISIS ait arboré fièrement une photo prise par l'ineffable « faucon » John McCain avec cinq combattants islamistes– alors, « combattants de la liberté » dans leur lutte contre Bachar al-Assad.

 

Alliés avec les islamistes d'EIIL en Syrie contre Assad, prêts à les bombarder en Irak … en alliance avec les Kurdes que nous laissons périr en Turquie, notre allié qui soutient les islamistes d'EIIL, ainsi que les Saoudiens et les Qataris qui financent également les islamistes du Mali ou de Libye.

 

A un stade de putréfaction avancé, l'impérialisme ne conçoit une sortie de la crise que dans le plongeon dans la guerre. Loin des sottises « commémoratives » de 1914, des appels à l'unité européenne (contre tous les autres!), à l'Union sacrée (bien nationale, elle!), nous avons décidément beaucoup à apprendre de la relecture de l'histoire.

 

 

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Irak
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