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12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 06:24

fidesz-jobbik.jpgÉlections en Hongrie : la droite fascisante s'installe, les communistes persécutés résistent

 

Article JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Les élections hongroises marquent une nouvelle étape dans la lente glissade d'un pays au cœur de l'Europe vers une forme de régime autoritaire, fascisant, tandis que les forces communistes, de gauche, réprimées tentent de résister.

 

Vingt-cinq après la contre-révolution en Hongrie, le processus touche à son terme : le discours sur la restauration de la liberté en 1989 cède place à la réalité d'un régime mêlant libéralisme économique, nationalisme revanchard raciste et anti-communiste, réhabilitation du fascisme.

 

Les élections du 6 avril 2014 étaient préparées par une loi électorale – avec redécoupages, scrutin majoritaire, atténuant encore le caractère démocratique du scrutin –, elles ont marqué une large victoire de la droite extrême.

 

Le FIDESZ tout-puissant : la « mise au pas » de la Hongrie

 

D'un côté, le « FIDESZ » (Alliance citoyenne hongroise) de Viktor Orban, obtient 44,5 %. Si le parti est en recul ( - 8,2 points), grâce à sa loi électorale taillée sur mesure pour cette échéance électorale, il obtient 133 des 200 sièges.

 

Il est loin le « FIDESZ » de 1989, chouchou des médias occidentaux, parti libéral orné de l'étiquette dissidente.

 

Déjà au pouvoir entre 1998 et 2002, Viktor Orban était alors vanté comme un modèle de la contre-révolution libérale à l'Est, sa politique mêlant atlantisme (entrée dans l'OTAN en 1999), européisme (début du processus d'intégration européenne) et ultra-libéralisme économique (baisse d'impôts et de cotisations pour les entreprises).

 

Après son retour en pouvoir en 2010, il est difficile de faire passer Orban pour un bon démocrate. Orban a entamé depuis la « mise au pas » du pays, qu'il masque derrière une rhétorique d'homme fort en lutte avec les grands pouvoirs, dont le FMI, l'UE pour restaurer la « Grande Hongrie ».

 

L'instauration d'un pouvoir autoritaire. C'est le point qui occupe les médias occidentaux, Viktor Orban a entamé depuis 2010 un processus de concentration de tous les pouvoirs entre ses mains et celles du « FIDESZ ».

 

Orban a ainsi instauré la mainmise du pouvoir exécutif sur le pouvoir judiciaire, une « loi sur les médias » qui installe une tutelle des hommes du FIDESZ sur les médias nationaux, tandis que le gouvernement a fait passer en force plus de 300 lois qui ont transformé le pays.

 

Dans le même temps, le discours d'Orban se centre sur la valorisation des « bons Hongrois », un populisme qui ne laisse guère de doute sur les « mauvais Hongrois », avec la double figure du juif puissant et du rom miséreux.

 

Le libéralisme économique malgré tout. Les médias occidentaux aiment à présenter Orban comme un interventionniste forcené. Certes il a pris quelques mesures populistes qui ont pu faire illusion, telle la « nationalisation » des fonds de pension, une mesure prise aussi par la Pologne.

 

Toutefois, Orban – en dépit de ces affrontements médiatisés avec le FMI – a continué le rouleau compresseur libéral :

 

casse du Code du travail, démantèlement de la Sécurité sociale, relèvement de l'âge de départ à la retraite, réforme de l'éducation supérieure avec hausse des frais d'inscription, privatisation du secteur et suppression des bourses, entre autres.

 

Enfin, réécriture revancharde de l'histoire. Le gouvernement d'Orban œuvre à une véritable réhabilitation de la Hongrie de Miklos Horthy, dictateur fasciste de la Hongrie de 1920 à 1945, allié fidèle de Hitler pendant la Seconde guerre mondiale.

 

Orban a débaptisé les rues, places portant encore des noms de dirigeants communistes ou faisant référence à la Libération du pays par l'Armée rouge, tandis que des rues étaient rebaptisées, des statues étaient érigées en l'honneur de Horthy et de son régime fasciste.

 

C'est dans le cadre de cet esprit revanchard philo-fasciste et anti-communiste que le Parti communiste, ainsi que les symboles et l'idéologie communistes, ont été interdits l'an passé par le gouvernement. Sans que cela ne suscite de protestation européenne naturellement.

 

Le dirigeant hongrois joue de la nostalgie de la « Grande Hongrie », celle d'avant le traité du Trianon en 1920. Ce « pan-magyarisme » pousse Orban à réveiller le séparatisme des minorités hongroises de Roumanie, Slovaquie, cultiver un nationalisme ethnique dont Juifs et Roms sont exclus.

 

Orban a ainsi fait passer deux mesures symboliques. La première établissant un « Jour de l'unité nationale » pour commémorer le Traité du Trianon. La seconde accordant la citoyenneté à tout « Hongrois ethnique » situé hors des frontières hongroises.

 

Le JOBBIK à 20 % : le fascisme au plus haut en Hongrie

 

Le plus effrayant, c'est que cette droite fascisante d'Orban abrite une des extrême-droite les plus agressives et désormais puissantes d'Europe, en réalité alimentée non seulement par le discours du « FIDESZ » mais aussi par son soutien politique tacite.

 

« JOBBIK » (les « meilleurs ») a dépassé la barre des 20 % lors de ce scrutin, avec 20,54 % ( + 3,9 points), bien qu'ils n'aient gagné que 24 sièges, devenant toutefois le deuxième parti parlementaire du pays. En 2006, il ne représentait que 2,2 % des voix, en 2010, 16,6 %.

 

« JOBBIK » incarne une extrême-droite en ascension en Europe, aux références et à la pratique ouvertement fascistes. En effet, le parti nourrit la nostalgie du régime de Horthy, voue une haine farouche au communisme, ainsi qu'à la démocratie.

 

Cette formation ancre son nationalisme dans le projet « irrédentiste » d'un nationalisme ethnique, revenant sur le diktat du Trianon, nourrissant le rêve d'une « Grande Hongrie ».

 

Les ennemis de la nation sont alors d'un côté le rom, perçu comme une menace pour la sécurité et l'identité nationale, qu'il s'agit de séparer du reste de la population, de cantonner dans des « zones communautaires », des « pensionnats » réservés à ces populations.

 

De l'autre, le juif, qui devient la figure dévoyée de la domination capitaliste sur le peuple hongrois. Les diatribes du parti contre la finance apatride, les diktats européens, se nourrissent d'un anti-sémitisme latent dans la population hongroise, cultivé par les fascistes.

 

JOBBIK joue ainsi un rôle « national-populiste », qui canalise la colère populaire, en particulier dans les régions rurales, vers la solution fasciste. Il est frappant également de constater la porosité entre ses thèmes et ceux appliqués par la droite traditionnelle.

 

Comme le Front national en France dans des contextes bien différents, JOBBIK a essayé lors de scrutin de donner une image plus respectable, tout en concentrant désormais plus ses foudres sur les questions sociales que strictement raciales.

 

Le parti a remisé ses chevaux de bataille traditionnels – croisades homophobes, rétablissement de la peine de mort, restauration des valeurs chrétiennes – il a mis de côté ses sinistres milices (l'ancienne « Garde hongroise ») aux chemises noires, brassards aux croix médiévales, spécialistes de la « chasse aux roms ».

 

C'est désormais JOBBIK, aux yeux de millions de Hongrois dupés, qui incarne l'opposition à l'Union européenne, aux multi-nationales, à la paupérisation croissante de la population. C'est précisément le rôle que lui confie le FIDESZ et la classe dominante hongroise.

 

Vingt-cinq ans après la restauration capitaliste en Hongrie, il ne faut pas oublier que sur 10 millions d'habitants, 1,5 millions de personnes vivent avec moins de 200 € par mois, 4 millions avec moins de 250 €.

 

Face à une 'gauche' socialiste qui a capitulé …

 

des communistes persécutés en résistance, première force extra-parlementaire

 

Quand on parle de la gauche en Hongrie, il est difficile d'y inclure le Parti socialiste (PS), officiellement héritier du défunt Parti socialiste ouvrier hongrois qui a dirigé la Hongrie sous l'ère communiste.

 

Historiquement, le PS a été un défenseur plus acharné des privatisations, de l'austérité, ainsi que de l'intégration européenne et atlantique. Il a aussi connu été entaché de plusieurs scandales de corruption.

 

Or, au lieu d'incarner une résistance populaire, marquée à gauche, le PS lors de ce scrutin s'est encore recentré en s'alliant dans la coalition « Unité » avec le « Parti libéral hongrois » et la « Coalition démocratique » de l'ancien premier ministre libéral et corrompu Ferenc Gyurcsany.

 

« Unité » a obtenu 38 sièges (dont 29 pour le PS) et 26 % des voix.

 

Derrière les quatre partis qui auront une représentation parlementaire – le quatrième étant une sorte de parti écologiste, ancré ni à gauche ni à droite (ce que disent toujours les partis de droite!) –, le premier parti extra-parlementaire, ce sera le Parti communiste, rebaptisé « Parti des travailleurs de Hongrie » en 2013, après la loi interdisant le communisme.

 

Certes, les communistes restent très loin derrière les trois principaux partis, avec 0,6 % des voix, 40 000 voix. Cela constitue néanmoins une progression, puisque le parti n'avait réalisé que 0,1 % des voix en 2010, étant menacé alors d'extinction.

 

Le résultat est d'autant plus à signaler que les communistes agissent désormais dans une situation de semi-clandestinité, toute référence à leur idéologie, leur nom, leurs symboles étant désormais prohibés, alors que celles évoquant le passé fasciste de la Hongroie sont valorisées.

 

Dans la Hongrie de Orban, l'heure est à la résistance. Pour nous, communistes, progressistes français, cet exemple inquiétant nous incite à la vigilance.

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Hongrie
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