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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 07:01

Ukraine-and-EuropeElections en Ukraine : droite néo-libérale hégémonique, milices fascistes dans la rue, condominium américano-européen en coulisses. Les communistes en résistance

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

La première élection dans une Ukraine réellement indépendante ? Tout le contraire, les quatre partis majeurs des élections – dans un pays en guerre civile – sont liés à des intérêts étrangers. Les communistes, seule force indépendante, sont en résistance.


Les élections du 26 octobre en Ukraine ont été saluées par les médias occidentaux. Dans un pays en pleine guerre civile, où les milices fascisantes font la loi dans la rue, où le Parti communiste – 3 ème force du pays en 2012 – est persécuté. Drôle de tableau.


Quel crédit apporter à une élection où trois millions d’électeurs de l’est de l’Ukraine – bastion du Parti communiste et de l’ex-Parti des régions – n’ont pu aller voter à cause du conflit actuel ?


Il faut dire qu’en un an, l’Ukraine est passé d’un gouvernement « neutre » - traversé par de lourdes contradictions internes comme internationales avec un Parti communiste fort – à un gouvernement qui fait allégeance sans réserves aux puissances américaines et européennes, tout en défendant plus que jamais les intérêts des oligarques.


Les partis nouveaux ont poussé comme des champignons. Mais ce sont toujours les mêmes têtes, toujours les mêmes oligarques, banquiers, politiciens corrompus qui pillent l’Ukraine depuis 20 ans.


Faisons un bref tableau, indiquons les puissances sociales, les intérêts étrangers derrière le scrutin, sachant que les grands oligarques du pays – les Rinat Akhmetov, Igor Kolomoiski, voire Petro Porochenko – ont mis leurs billes dans les deux premières forces en priorité, arrosant indirectement les autres, comme le fait Kolomoiski avec les milices fascistes.


1er : le parti du banquier pro-américain Iasteniouk et des ex-néo-nazis !


En première place, le « Front populaire » (22 %) pro-américain, mené par le banquier Arseni Iasteniouk, connu pour être l’agent privilégié des Etats-unis en Ukraine (il dirige notamment « Open Ukraine », un think tank lié à l’OTAN, au State department).


Ancien ministre de l’Economie, des Affaires étrangères, il a mené les négociations pour l’entrée de l’Ukraine dans l’OMC, accepté les plans d’austérité proposés par le FMI, a été le plus farouche défenseur de l’entrée de l’Ukraine dans l’Union européenne.


A ses côtés, plusieurs hauts responsables de l’appareil d’Etat connus pour leur position répressive face aux rebelles de l’Est, agressive face à la Russie : le ministre de l’Intérieur et businessman véreux Arsen Avakov (qui a autorisé les groupes para-militaires fascistes) ou l’ex-chef des services secrets et homme d’affaires Alexandre Tourchinov.


On retrouve aussi une proportion élevée de cadres d’organisations néo-nazies, recyclées dans le nationalisme gouvernemental pro-européen : Andriy Parubiy était le fondateur du Parti social-nationaliste (néo-nazi), Tatiana Tchernovol une militante historique d’un autre groupe néo-nazi : UNA-UNSO (Rassemblement national/Auto-défense ukrainenne).


Ce parti composé d’hommes d’affaires véreux, liés aux intérêts américains, mais cultivant des liens forts avec les organisations fascistes, est fort dans l’Ouest. Il tient un discours nationaliste belliqueux anti-russe (contre les « terroristes »), néo-libéral, avec une posture européiste, tout en appelant à un « Plan Marshall pour l’Ukraine ».


2ème : les pro-européens derrière le « roi du chocolat » Porochenko et le boxeur préféré de Merkel, M.Klitschko !


En seconde place, l’européen « bloc Porochenko » (21 %). Il est mené par le roi du chocolat Petro Porochenko, connu comme un oligarque corrompu, prêt à vendre son pays tantôt à la Russie, tantôt à l’Union européenne, quand ce n’est pas aux Etats-unis. Porochenko a pu s’allier avec Kouchma puis avec Timochenko, avec Ianoukovitch puis Klitschko.


Les leaders de ce parti font partie de l’aile-droite européiste, libérale de l’ex-Parti socialiste ukrainien – créé pour faire la peau au Parti communiste – ce fut le cas, outre Porochenko, de Yuri Loutsenko, proche aussi des puissances européennes, surtout de l’Allemagne.


La figure du mouvement est le boxeur Vitali Klitschko, président d’UDAR (Alliance démocratique ukrainienne pour la réforme). Comme on le sait, il est lié organiquement à l’Allemagne. La CDU a même financé sa formation, Merkel a soutenu son ascension.


Ce bloc se présente comme social-libéral, modéré. Il est sans nul doute le plus européiste de tous, et n’est pas moins belliciste que les autres formations.


3 ème : les nationalistes chrétiens de l’Ouest liés à la Pologne


En troisième place, un OVNI, le parti nationaliste, revendiquant son identité chrétienne, Samopomich (« auto-suffisance »), sous influence polonaise, avec 11 %, qui a siphonné les voix de Svoboda à l’ouest, à la frontière polonaise.


Cette force est liée à la Pologne– son nom est tirée de sociétés financières existant avant 1914 en Galicie – menée par le maire de Lvov Andrei Sadovi, une figure du patronat local, intégrée aux projets de coopération économique, culturel entre la Pologne et l’Ukraine.


Les leaders du mouvement sont dans une optique fascisante plus ou moins claire. Igor Sobolev, un des organisateurs d’Euromaidan, est le président de la Commission anti-communiste de « lustration » (décidant des purges dans l’appareil d’Etat).


La tête de liste, Anna Hopko, est la protégée de Sadovi. En contact avec les milieux d’affaires américains, elle est correspondante locale du Forum économique mondial de Davos.


Le numéro 2 sur la liste est le charmant Semen Semenchenko. Chef de guerre dans l’est ukrainien, fondateur du « bataillon Donbass », une des milices para-militaires qui adopte les insignes néo-nazies pour nettoyer l’Ukraine des forces pro-russes.


4 ème : « le Bloc d’opposition de sa Majesté », ou les oligarques pro-russes


En quatrième place, les ex-pro russes du Bloc d’opposition (9 %), débris du Parti des régions de Ianoukovitch. Tout sauf un mouvement populaire, puisqu’on y retrouve un nombre record d’oligarques (de seconde zone), de millionnaires sur les listes.


Ainsi, la tête de liste Iouri Boiko était l’ancien Ministre de l’énergie mais aussi PDG d’une entreprise pétrolière. Le numéro 2 Alexander Vilkoul était, lui, PDG d’un groupe métallurgique et proche de l’homme le plus riche du pays, Rinat Akhmetov.


Parmi le top 10, on a aussi : l’homme d’affaires Mikhail Dobkine, proche du maire de Kharkov Guennadi Kernès (businessman pro-russe), Vadim Rabinovitch, oligarque médiatique, président du Parlement juif ukrainien créé par Kolomoiski.


Dans les personnages moins centraux, on note Nestor Choufritch, ancien manager d’entreprises américano-ukrainiennes et germano-ukrainiennes, la jeune ambitieuse Natalia Korolevska qui a fait fortune dans l’industrie du charbon, ou Tatiana Bakhteva, PDG du regroupement des cliniques de la région d’Odessa.


Encore très présent dans l’est ukrainien, cette faction est là pour maintenir les intérêts à l’est des oligarques trempés dans les affaires avec la Russie, mais prêts à collaborer dans l’opposition avec l’UE, les USA en jouant « l’opposition de sa Majesté ».


Dans ce marasme, l’ancienne égérie de la « Révolution orange », Ioulia Timochenko (5 %) a quasi disparu. Elle a pourtant été la mère de tous ces politiciens véreux. Elle a été discréditée dans les milieux de pouvoir américains et européens pour deux raisons :


Sa corruption avérée ainsi que son caractère incontrôlable – qui a pu la rapprocher en 2010 de la Russie – ont fait fuir les occidentaux qui lui ont même préféré de 2010 à 2014 un certain Viktor Ianoukovitch, qui a livré tous les contrats aux monopoles occidentaux en 2013 et était à deux doigts de signer l’Accord d’association UE-Ukraine fin 2013 !


Où sont les forces fascistes actuellement ? Dans la rue, dans la société !


Le fascisme a-t-il été pleinement éliminé en Ukraine, ou mieux recyclé, phagocyté dans les partis dominants où les liens sont poreux avec les formations ouvertement d’extrême-droite ?


Ce n’est pas si simple, le fascisme reste fort dans la société : le parti néo-nazi Secteur droit a été marginalisé mais existe (2 %), le parti fasciste Svoboda a été écarté du Parlement de justesse (4,8 %).

 

Et d’autres formations s’installent sans accéder au Parlement, avec un message nationaliste belliqueux et pro-européen : c’est Position citoyenne (3 %) et Ukraine forte (3 %).


Toutefois, il y aura un parti qualifié de « populiste », mais faisant parfois apparaître Svoboda et ses méthodes comme des modérés : c’est le Parti radical d’Oleg Liachko qui réalise 7,5 %.


Ami de l’oligarque Igor Kolomoiski, Liachko s’est fait connaître en tabassant les députés communistes au Parlement, en faisant dissoudre le groupe parlementaire communiste au Parlement et en terrorisant, les armes à la main, des insultes dans la bouche, les agents de l’Etat, les élus dans l’est de l’Ukraine, les forçant à abdiquer leur pouvoir légitime.


Même Svoboda n’avait pas osé. Mais Liachko était toujours accompagné des milices néo-nazies, où on retrouve des militants de Secteur droit. Le parti de Liachko est peut-être le nouveau visage du fascisme en Ukraine.


En tout, cela fait 15 % pour des partis à l’identité nationaliste-extrême, aux méthodes fascistes. Mais c’est sous-estimer le poids des petits partis aux tendances fascisantes, ou des figures de l’extrême-droite locale recyclés chez Iasteniouk ou le nouveau parti pro-polonais.


C’est sous-estimer aussi le poids des idées nationalistes extrémistes, réhabilitant le passé collaborationniste des Bandera et autres, distillant le venin de l’anti-communisme, l’anti-sémitisme, la russophobie, le poids des groupes armés dans le pays.


Et le Parti communiste dans tout cela ? Une entrée en résistance


Son combat a été héroïque dans les mois précédents, pour maintenir ce Parti qui est le seul à se battre pour une Ukraine forte, réellement indépendante, au service du peuple et non des oligarques.


Ce programme avait attiré 14 % des voix en 2012, 3 millions d’électeurs, en faisant le 3 ème parti du pays.


Sa faction parlementaire dissoute, un procès d’interdiction à son encontre, le Parti était présenté comme déjà inexistant dans les médias, les sondages, ses militants persécutés à l’Ouest, coupés par la rébellion de leurs bases historiques à l’Est et en Crimée.


Dans ces conditions exécrables, le Parti communiste (KPU) a fait 4 %, mobilisé 600 000 électeurs. C’est loin d’être ridicule. Avant sa renaissance en 2012, grâce à ses positions conséquentes, le KPU avait fait 3,6 % en 2006, 3,5 % en 2010.


Cette fois, il a été victime d’une loi électorale scélérate visant à le priver de représentation, et posant à 5 % le seuil de barrage électoral. En 2006, avec 3,6 % des voix, il obtenait 21 députés. En 2014, avec 3,8 %, il n’obtient rien.


Les partis dominants – et en premier lieu les soi-disant modérés du « Bloc Porochenko » – ont jubilé face à l’éviction du Parlement du Parti communiste. C’est bien la preuve que seuls les communistes représentent une menace à l’ordre nouveau établi en Ukraine.


De toute façon, le secrétaire du Parti communiste d’Ukraine a déjà fait savoir qu’il considérait ces « élections comme ni démocratiques, ni légitimes ».

 

Un pays brisé par les rivalités entre impérialismes rivaux

 

Le peuple ukrainien ne pourra compter que sur ses propres forces. Non sur les calculs des puissances impérialistes. Les Etats-unis, l’Union européenne vont utiliser leurs pantins locaux pour faire avancer leur politique de destruction de l’économie ukrainienne, de rapine de ses matières premières, son potentiel agricole, sa main d’œuvre pas chère.


La Russie – qui a vite fait de reconnaître la légitimité de ces élections pourtant absolument illégitimes – défendra ses propres intérêts, sans doute en s’assurant de facto une influence, voire un chaos contrôlé à l’Est, et le contrôle de facto de la Crimée, stratégique.


Grenier à blé, trésor par son sous-sol, l'Ukraine attire logiquement les convoitises des monopoles européens, russes en quête de profits faciles, de matières premières abondantes.

 

Avant la crise, le premier partenaire commercial de l'Ukraine était la Russie dont elle est dépendante avec 25 % de ses exportations et 36 % de ses importations. L'Union européenne l'égale quasi exactement, avec 27 % de ses exportations et 35 % de ses importations, l'Allemagne étant le deuxième pays pour les importations, le septième pour les exportations.

 

Par contre, l'Allemagne est de fait le premier investisseur (hors Chypre) en Ukraine avec 16 % des IDE. L'Ukraine est très largement sous dépendance capitalistique européenne (66 % des IDE, six des premiers investisseurs sur huit) plutôt que russe (7 % des IDE).

 

Les élections à l’est de l’Ukraine ne sont pas plus ou moins démocratiques et légitimes que celles à l’ouest. Elles visent à donner un blanc-seing à des groupes séparatistes pro-russes, étroitement liés aux services de renseignement, à l’appareil d’Etat poutinien, et prêt à récupérer une mythologie moins pro-soviétique que néo-impériale.

 

Une seule formation politique défend les travailleurs ukrainiens, l’unité de l’Ukraine hors de toute ingérence extérieure : le Parti communiste d’Ukraine. Fort de ses 100 000 militants, même persécuté, il peut mener la résistance à cet « ordre nouveau » forgé dans la guerre, la misère et la soumission à des potentats étrangers.

 

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Russie et ex-URSS
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