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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 05:14

neruda.jpgEn 1963, le prix Nobel de littérature a été refusé à Pablo Neruda ... parce qu'il était communiste

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

C'est la saison des Nobels. On sait combien la décision d'octroi de ce prix prestigieux est un enjeu politique, célébrant une vision capitaliste (néo-libérale) de l'économie, une conception de la paix célébrant les chefs de guerre. Le Nobel de littérature n'y a jamais non plus échappé.

 

La France récompensée par l'Académie suédoise en économie et en littérature, les hommages se multiplient. Les esprits plus critiques soulignent le caractère idéologique du prix en économie. Il ne faut pas oublier que la littérature a toujours été aussi un enjeu politique et idéologique.

 

Il suffit de rappeler l'octroi des prix en 1958 à Boris Pasternak, à 1970 à Alexandre Soljenitsine. Au-delà de leur indéniable talent littéraire, il fallait être trop naif pour y voir aussi une arme idéologique contre le bloc communiste, en ces temps de guerre froide.

 

Jean-Paul Sartre avait avec dignité refuser ce prix en 1964 car ses sympathies allaient « au bloc de l'Est », « au socialisme ». Souvent rapproché à lui, un certain Albert Camus, en voie de panthéonisation, n'avait pas eu la même classe, si l'on peut dire.

 

On pourrait souligner qu'un certain Louis Aragon – et combien d'autres écrivains brillants affiliés au monde intellectuel communiste – n'a jamais eu une telle distinction.

 

Avait-il moins de talent qu'André Gide, Saint-John Perse ou Franois Mauriac, la postérité de leurs œuvres respectives parle d'elle-même.

 

Une révélation récente jette même une autre lumière sur le caractère prétendument objectif de ce prix. Pablo Neruda, peut-être l'homme de lettres le plus brillant qu'ait connu l'Amérique latine, a du attendre l'année 1971 pour être primé. Il était pressenti depuis une dizaine d'années comme lauréat.

 

Le journal conservateur « Svenska Daglabet » a révélé au début de l'année que Pablo Neruda avait été écarté en 1963 pour des raisons politiques, par le secrétaire de l'Académie, Anders Osterling.

 

Selon Osterling, Neruda ne pouvait recevoir le prix car il était communiste : « Sa tendance communiste, de plus en plus prégnante dans sa poésie, n'est pas compatible avec le prix Nobel ».

 

Les révélations des archives nous en apprennent beaucoup sur les délibérations. La même année, le grand écrivain soviétique Mikhail Cholokhov était censuré, car trop communiste.

 

Samuel Beckett, perçu comme nihiliste, et Vladimir Nabokov, jugé immoral, n'ont pas connu un sort plus enviable. Le prix sera remis à un écrivain plus consensuel, classique, et relativement oublié par rapport aux autres noms mentionnés, le Grec Giorgios Seferis.

 

Aux laudateurs du prix Nobel, on a encore envie de citer Sartre qui évoquait dans sa lettre au Comité du Nobel en 1964 les raisons de son refus, à la fois personnelles et objectives :

 

« Les raisons personnelles : j'ai toujours décliné les distinctions officielles. (...) L'écrivain doit donc refuser de se laisser transformer en institution même si cela a lieu sous les formes les plus honorables comme c'est le cas.


Mes raisons objectives sont les suivantes : le seul combat actuellement possible sur le front de la culture est celui pour la coexistence pacifique des deux cultures, celles de l'est et celle de l'ouest.

 

Je ne veux pas dire qu'il faut qu'on s'embrasse, je sais bien que la confrontation entre ces deux cultures doit nécessairement prendre la forme d'un conflit, mais elle doit avoir lieu entre les hommes et entre les cultures, sans intervention des institutions.

 

Mes sympathies vont indéniablement au socialisme et à ce qu'on appelle le bloc de l'est, mais je suis né et j'ai été élevé dans une famille bourgeoise. J'espère cependant bien entendu que « le meilleur gagne », c'est à dire le socialisme. »

 

 

Quoi qu'on pense de Sartre politique, philosophe, Homme, son geste nous paraît aujourd'hui plus subversif que les thuriféraires des Nobel – y compris dans notre propre camp. Pour reconnaître le talent d'un Neruda ou d'un Aragon, pas besoin d'une Académie suédoise !

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Histoire
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commentaires

Sinja 19/10/2014 15:38


Séféris "relativement oublié", ça dépend par qui. Demandez aux grecs ! Séféris est l'un des trois plus grands poètes grecs du XXe siècle, avec Cavafy et Ritsos !