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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 05:49

demo_soli_israel090111-040.jpgEn Allemagne, les dirigeants de « Die Linke » dénoncent ... les manifestations contre l'agression israélienne saignant Gaza !



Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Légende de l'image : le dirigeant berlinois de « Linke » Klaus Lederer participant à une manifestation pro-israélienne lors de l'opération « Plomb durci » contre Gaza en 2009. On peut lire derrière : « Solidarité avec Israel – Arrêtons la terreur du Hamas »



Il n'y a pas qu'en France que les médias, les partis dominants jouent la carte dangereuse de l' « anti-sémitisme » pour discréditer l'opposition à l'agression israélienne à Gaza. En Allemagne, ce consensus trouve un étrange soutien dans « Die Linke » (la Gauche).



En Allemagne, comme ailleurs en Europe, l'offensive criminelle israélienne a soulevé l'indignation. Des manifestations de solidarité se sont multipliées : le 18 juillet dernier 3 000 personnes à Essen, 1 8 000 à Cologne. Le lendemain, ils étaient 4 500 à Mannheim et 750 à Karlsruhe.



C'est la manifestation d'Essen qui va déclencher une polémique d'ampleur nationale, relayée par les médias. Ces derniers dénoncent une démonstration d'anti-sémitisme, des actes violents visant la synagogue d'Essen, prenant à parti une « manifestation pacifique » pro-israélienne.



La manifestation de solidarité d'Essen : des cadres de Die Linke des deux côtés de la barricade !



La réalité semble quelque peu différente. Cette manifestation était convoquée par l'organisation régionale de « Die Linke » et son organisation de jeunesse en Rhénanie-Westphalie sous le mot d'ordre « Stop au bombardement de Gaza – pour mettre fin à l'escalade au Moyen-orient ».



Un mot d'ordre circonspect, accompagné d'une organisation inflexible envers les agents provocateurs qui a permis, selon la police d'Essen, de réaliser une « manifestation pacifique ».



Les images, les vidéos relayés par la presse ainsi que par les formations pro-israéliennes se révèlent peu convaincantes : quelques imbéciles isolés criant des « Adolf Hitler », feignant un salut nazi, des slogans anti-sémites meuglés par une dizaine d'excités, et c'est après tout.



Les « débordements » concernent au plus une centaine de personnes venues pour en découdre avec les manifestants pro-israéliens, tout aussi excités, ceux des groupes « Anti-allemands » (Antideutsche) notamment, pseudo anti-fascistes, virulents partisans de la politique israélienne et américaine.



Ces événements d'Essen ont conduit à une campagne médiatique se déchaînant contre les manifestants, avec des condamnations des ministres des Affaires étrangères, de la Justice, jusqu'à la chancelière Angela Merkel.



Des attaques directes ont visé la fédération de Rhénanie-Westphalie de « Die Linke », ces dirigeants impliqués de longue date dans la cause palestinienne, comme les secrétaires Ralf Michalowsky et Ozlem Demirel, soucieux de condamner l' « anti-sémitisme » sans céder sur l' « anti-sionisme ».



Or, ces militants, ces cadres ont été lâchés par le « parti de gauche » (Linkspartei) qui s'est joint à la meute pour condamner leur action, parfois en des termes d'une violence rare.



Il faut rappeler déjà que outre le populiste de droite islamophobe Michael Höhne-Pattberg, on trouvait dans la manifestation pro-israélienne à Essen, le politicien de Die Linke originaire du Brandebourg, Harald Petzold.



La meute a été lâchée avec la déclaration de Matthias Höhn, dirigeant de « Die Linke » issu du camp droitier des « réformateurs ». Le dirigeant saxon aurait déjà exigé au préalable des dirigeants rhénans « de reconsidérer leur participation, d'annuler la manifestation ».



Après la manifestation, Höhn a publié un communiqué s'estimant « choqué » face à « ces slogans anti-sémites, l'assaut contre la Synagogue d'Essen – objectif déclaré des manifestants anti-israéliens –, les jets de pierres et bouteilles contre des manifestants pro-israéliens : tout cela me fait honte ». Une bien étrange relecture uni-latérale et catastrophiste des événements.



La député régionale de Thuringe, Katharina König (qui s'est engagé à 18 ans dans une année de « service volontaire » en Israël !), va aller beaucoup plus loin dans une publication sur le site internet « Ruhrbarone ».



Selon elle, les Palestiniens sont les agresseurs, Israel la victime : « Israel ne fait que se défendre contre les attaques de roquette. » L’État sioniste est sous le feu d'un front uni « des islamistes, des nazis, des gauchistes, des naïfs et des anti-sémites qui assurent le succès des calculs des terroristes ».



Sur la manifestation, König conclut :« Ce ne sont pas des manifestations pour la paix. Ce sont des manifestations contre Israël. Elles s'intègrent sciemment à la politique de la terreur ».



Du côté de Berlin, un autre membre du courant de droite « Forum social démocratique » s'est exprimé contre les manifestations, Klaus Lederer, dans une interview au « Tagesspiegel », le 21 juillet dernier.



Selon Lederer, il faut en finir avce cette vision manichéenne d'un méchant Israël « bras armé de l'impérialisme américain » et des gentils mouvements de libération nationale, dont celui de Palestine.



Il faut commencer par critiquer les « terroristes » d'Hamas avant de s'attaquer à Israël, selon lui. Le titre de l'entretien résume le tout : « la haine d’Israël est intolérable ».



La position officielle de Die Linke : renvoyer dos à dos agresseur et victime … pour mieux blanchir Israël !



Ces positions droitières ont-elles trouvé un écho dans la position officielle du parti, à l'échelle nationale ?



Hélas, oui, il suffit de lire le premier communiqué, celui du 11 juillet, publié conjointement par les secrétaires nationaux Katia Kipping, Bernd Reixinger ainsi que leur « parrain », le vétéran Gregor Gysi, architecte de la ligne européenne du PGE (Parti de la gauche européenne).



Dans ce communiqué, il y est affirmé que la responsabilité est partagée, les « deux camps refusent la paix », les « jusqu'au-boutistes des deux camps recherchent l'escalade » et c'est en fait les Palestiniens qui les premiers ont « tiré des roquettes contre des cibles civiles » entraînant une « réaction disproportionnée » (sic) du côté israélien.



Une fausse position équilibrée qui dédouane largement Israël, et qui ne voit d'issue – non dans la lutte de résistance du peuple palestinien – mais dans la pression sur la « communauté internationale » (donc l'Allemagne, la France, les Etats-unis …) pour intervenir et stopper l'escalade dont les deux camps seraient responsables.



Cette position a certes été amendée par la suite, mais elle n'a guère changée sur le fond. Le 22 juillet, un nouveau communiqué réaffirme cette double responsabilité israélo-palestinienne.



Dans le même temps, ce même 22 juillet, Jan Korte (réformateur) pour « Die Linke » s'associe à une déclaration du groupe parlementaire Allemagne-Israël qui :



« condamne toutes les formes d'anti-sémitisme, en particulier celles liées aux manifestations pour Gaza, tendant à relativiser voire nier l'Holocauste, à scander des chants anti-sémites, à s'attaquer aux citoyens juifs et pro-israéliens ».



On pourrait croire à des déclarations épidermiques. Que nenni. L'ultime interview accordée à la radio « Deutschland Funk » le 8 août par le responsable aux questions internationales de Die Linke, Stefan Liebich (un autre réformateur !) clarifie la position du parti.



Attention, pour Liebich, les « responsabilités ne sont pas égales des deux côtés ». Intéressant, donc ? « En fait, c'est le Hamas qui prend en otage sa propre population, pour faire valoir ses revendications. Il y avait un cessez-le-feu, c'est le Hamas, le camp palestinien qui y a mis fin ».



Donc, l'escalade à Gaza, c'est de la faute des Palestiniens, tiens, du nouveau ! Même si la « riposte de l'armée israélienne aux bombardements palestiniens a sans doute été disproportionnée » (sic). On retrouve les mêmes termes que dans le communiqué officiel du parti.



Liebich n'est pas satisfait toutefois de la position d’Israël, il appelle à la levée du blocus qui lui « rappelle quelque peu la situation de Berlin-est » (quelle comparaison pour un Ossie!).



Le temps pour lui de nuancer : « mais je comprends ceux qui disent : si nous (Israël) mettons fin au blocus, alors il faut que la terreur contre les civils israéliens cesse maintenant ».



La longue droitisation de Die Linke, son lent renoncement à l'anti-impérialisme … jusqu'où va-t-il aller ?



Hélas, ces positions de plus en plus ouvertement complaisantes envers l'impérialisme israélien, américain et européen ne sont pas nouvelles. Elles s'inscrivent dans une lente glissade droitière depuis la fondation du parti en 2005.



Ne serait-ce que sur la critique du sionisme, « Die Linke » a connu déjà de nombreux renoncements.



On se souvient de Gregor Gysi qui, lors du 60 ème anniversaire de l’État d’Israël, en 2008, avait déclaré : « L’antisionisme ne peut, ou du moins ne peut plus, être une position défendable pour la gauche en général et pour le parti Die Linke en particulier ». Une position répétée à l'envi par les dirigeants de Linke ces dernières semaines.



En juin 2011, sur le soutien de la « flottille de la liberté » de solidarité avec Gaza en juin 2011, plusieurs députés de Linke avaient soutenu activement l'initiative … alors que Gysi, et une forte minorité de parlementaires dénonçaient une campagne anti-sémite, des agissements violents.

 

La direction de Linke avait alors proposé une motion interdisant la participation d'élus de Linke à la Flotille de la Liberté pour Gaza au nom de la lutte contre l' « anti-sémitisme ». 19 députés avaient refusé d'obéir à une telle résolution, 57 l'avaient tout de même accepté.

 

Enfin, quel autre symbole pouvait-on trouver à ce ralliement que le soutien auxélections présidentielles en 2012 de Beate Klarsfeld, amie de Nicolas Sarkozy, connue pour sa défense zélée du sionisme, dans sa version la plus droitière, la plus brutalement colonialiste.

 

Cette position de soutien à la politique pro-sioniste du gouvernement allemand s'inscrit plus largement dans un accompagnement de la nouvelle weltpolitik(politique mondiale) du gouvernement allemand, de rémilitarisation du pays.

 

Un programme dans lequel le fameux Stefan Liebich, déjà cité – membre de la Commission aux Affaires étrangères du Bundestag, impliqué dans des associations atlantistes – joue un rôle majeur.

 

Dans plusieurs documents rédigés l'an passé, il a appelé le parti à soutenir les « interventions humanitaires » de l'armée allemande à l'étranger, à assumer de « nouvelles responsabilités internationales » pour l'Allemagne, à renforcer le « partenariat trans-atlantique ».

 

Renforcer le partenariat trans-atlantique ?En d'autres termes, l'OTAN. C'était ce qu'exprimait la secrétaire nationale, Katia Kipping, en plein scandale des écoutes de la NSA en octobre 2013 : « il faut transformer l'OTAN en partenariat trans-atlantique pour la paix ».

 

On se rappelle que Gysi, en 2009, rassurait l'ambassadeur américain à Berlin insistant sur le caractère inoffensif des slogans de Die Linke pour l'impérialisme américain, privilégiant l'abstraite et utopique dissolution de l'OTAN au concret et possible retrait de l'Allemagne de l'OTAN.

 

Cela a même conduit Die Linke à revenir sur un des points fondateurs de l'identité du parti : « Pas de missions à l'étranger ».

 

Gregor Gysi a tenté le coup de force en avril, soutenant une intervention humanitaire en Syrie– le déploiement d'une mission militaire en Méditerranée, une frégate avec à son bord 300 soldats censée assurer le désarmement des armes chimiques de la Syrie, en collaboration avec les USA.

 

Ce soutien déclaré aux manœuvres impérialistes en Syrie, à la politique belliciste de l'Allemagne, n'a pas emporté l'adhésion de la majorité des députés de « Die Linke » : 35 ont voté contre, 18 se sont abstenus et 5 ont voté pour cette mission à l'étranger, révélant une fracture à la tête du parti.

 

Ces mêmes conflits se sont retrouvés dans le programme du parti pour les élections européennes où Gregor Gysi et les « réformateurs » ont obtenu le retrait de deux points-clés du programme : (1) – le retrait de l'Allemagne de l'OTAN ; (2) – la définition de l'UE comme un bloc militariste, néo-libéral et anti-démocratique.

 

Finalement, Die Linke a adopté pour les européennes un programme axé sur : le sauvetage de l'euro et de l'idée européenne, la réorientation de l'Union européenne.

 

Die Linke peut-il aller encore plus loin dans la droitisation après son alignement sur les positions sionistes, favorables au « traité militaire trans-atlantique », pour la défense de l'UE actuelle ?

 

Rien n'est impossible, pour plusieurs raisons.

 

D'abord, les calculs politiciens de Die Linke qui lorgnent vers 2017 et une possible coalition gouvernementale « rouge-rouge-verte ». Comme le soulignait Gysi (oui, encore lui) dans un entretien à « Deutschland Funk » en juin :

 

« nous voulons un accord sur la politique étrangère, comme sur la défense, avec nos partenaires de gauche ».Selon Gysi, c'est possible car le SPD est critique face aux interventions guerrières à l'étranger (sic) et parce que « ce n'est pas sur la politique étrangère que nous sommes en désaccord ».

 

Au moment où le Ministre des Affaires étrangères SPD Steinmeier a acté uneweltpolitik belliciste en Centrafrique, au Mali, en Syrie ou en Ukraine, on croit rêver !

 

Et les yeux de Gysi brillent face à une perspective à court-terme, celle de gagner en alliance avec le SPD et les Verts le Land de Thuringe (la région de Catherine König, déjà évoquée!), où le « Linke » Bodo Ramelow peut devenir le prochain président de région.

 

Une seule condition mentionnée par les dirigeants verts et sociaux-démocrates locaux, mettre sous silence les positions anti-impérialistes traditionnelles de Linke sur l'Ukraine, la Palestine, la Syrie.

 

Au-delà des calculs politiciens, c'est bien d'une intégration générale à la marche à la guerre de l'impérialisme allemand – utilisant l'Europe comme démultiplicateur de sa puissance, préparant sa remilitarisation pour une projection mondiale de sa force – qu'il s'agit.

 

Hélas, faut-il le rappeler, Die Linke est aussi l'initiateur et a longtemps été la vitrine du PGE (Parti de la gauche européenne), ce parti politique européen financé par Bruxelles coordonnant depuis 2004 la transformation des partis communistes en mouvement de gauche, alignés sur des positions favorables à l'Union européenne, d'aménagement du système capitalisme, d'accompagnement de l'impérialisme européen.

 

 

Les défenses de Die Linke semblent en tout cas bien faibles pour résister à la vague militariste et belliciste allemande. Cent après le vote des crédits de guerre au Reichstag par les députés sociaux-démocrates, « Die Linke » se rapproche toujours plus d'Ebert ou Scheidemann, toujours plus loin de Liebknecht ou Luxembourg.

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Allemagne
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commentaires

genestal 14/08/2014 09:59


Parfois vous notez l'origine de vos articles.  parfois, comme ici, non.  Pourriez-vous le faire ?  A moins que vous n'en soyez vous-mêmes les rédacteurs ? YG

Solidarité Internationale PCF 14/08/2014 13:48



Le fait que ce soit une traduction ou un article est toujours noté en en-tête.


Effectivement, quand il s'agit d'une traduction, nous indiquons la source.


Ici, il s'agit d'un article rédigé expressément pour le site Solidarité-internationale-PCF


AC