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6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 09:00

bdadgb.jpgEn Allemagne, remise en cause du droit de grève au nom de l’ « unité » et de la « représentativité » syndicale

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

La « grande coalition » allemande n’englobe pas que sociaux-démocrates et conservateurs. C’est aussi une « grande collaboration » entre patronat et syndicats réformistes pour assurer la paix sociale et la prospérité du capital.

 

L’accord de la « Grande coalition » conclu à la fin de l’année 2013 a focalisé l’attention des commentateurs sur l’instauration hypothétique d’un SMIC. Moins sur l’ambition d’une résurgence de l’impérialisme allemand (une nouvelle Weltpolitik) centrée sur la « compétitivité » des monopoles nationaux.

 

L’accord de « grande coalition » CDU-SPD « extrêmement positif » pour le secrétaire de la centrale syndicale allemande !

 

Pourtant, le secrétaire de la DGB (la centrale syndicale allemand – pilier de la CES – Michael Sommer a trouvé l’accord « extrêmement positif », le responsable de la Fédération de la Chimie a parlé d’ « un résultat empreint de pragmatisme », enfin la fédération des métallos (IG Metall) d’ « une bonne base pour une politique dans l’intérêt des salariés ».

 

De quoi parle-t-on ?Ces syndicats ont tenté de vendre le SMIC allemand … sur lequel patronat, syndicats, CDU, SPD, die Linke étaient tous d’accord si ce n’est sur le montant (8,5 € pour SPD, 10 € pour Linke) ou les modalités (par branche pour la CDU, général pour le SPD).

 

Finalement, tout le monde est content, l’accord sera différencié selon les branches, sur une base de 8,50 €. Mais c’est le patronat qui est gagnant : l’accord n’entre en vigueur qu’en 2017 et justifiera le gel des salaires d’ici là … et après 2018, selon l’accord conclu.

 

Pendant ce temps, on fait avaler les autres couleuvres : gel général des salaires (au nom de la « compétitivité et de l’emploi »), aucune limitation à la précarité (maintien de « Hartz IV »), aucun changement de cap majeur sur le recul de l’âge de départ à la retraite.

 

Une remise en cause gravissime du droit de grève au nom de l’ « unité de négociation » (tariffeinheit)

 

Toutefois, le plus grand danger pour le mouvement ouvrier allemand reste une remise en cause fondamentale du droit de grève, contenue dans ce passage de l’accord :

 

 « Dans le respect du pluralisme syndical et de l'esprit de concertation sociale, nous voulons inscrire dans la loi le principe de l'unicité de la convention collective dans l’entreprise, avec application de la règle de la représentativité dans l'entreprise, avec les principales organisations de salariés et d'employeurs »

 

Unicité de la négociation/convention collective ou « tariffeinheit », que cela signifie-t-il ? Un véritable putsch patronal, avec collaboration syndicale.

 

C’est la grande querelle de ces trois dernières années en Allemagne. Depuis l’ère Schroder et la mise en place des « lois Hartz », de la politique de modération salariale, la DGB (centrale syndicale unitaire) encadre le mouvement social.

 

Empêcher les grèves dans les transports : objectif premier

 

Toutefois, la colère en Allemagne est telle qu’elle déborde les cadres établis (les fausses « grèves d’avertissement » d’IG Metall ou Verdi avec le consentement patronal). Des luttes se développent dans les syndicats de base, de métier voire d’autres centrales minoritaires.

 

Certaines de ces luttes, comme celle récente dans le commerce de détail, sont encadrées par des syndicats affiliés à la DGB (Verdi). D’autres lui échappent, comme dans les transports.

 

Ainsi, l’aéroport de Francfort est régulièrement touché par des grèves lancées par des syndicats de base : les contrôleurs aériens en février 2012, les hôtesses et stewards en août 2012, employés au sol en mars 2013 ou encore employé des boutiques en décembre 2013.

 

L’aéroport de Francfort est le troisième d’Europe. En février 2012, les compagnies allemandes Fraport et Lufthansa avaient obtenu de la justice que la grève soit interdite.

 

La « représentativité syndicale » … combat commun pour l’Etat, le patronat et les syndicats allemands pour la « co-gestion » du système !

 

Depuis le patronat … mais aussi le syndicat majoritaire tentent à tout prix d’obtenir une décision légale visant à restreindre le droit de grève, au nom du tariffeinheit.

 

Pourtant en 2010, la Cour fédérale du travail avait reconnu le principe de la pluralité des organisations syndicales au sein de l’entreprise, aussi de la pluralité des conventions collectives (Tariffpluralitat), remettant en cause le tariffeinheit.

 

Il faut rappeler que le principe du tatiffeniheit remonte à un arrêt de 1950 reconnaissant un seul syndicat représentatif par entreprise, ceux regroupés dans la DGB. Cela permettrait de garantir la collaboration entre patronat et syndicat dans l’entreprise en RFA.

 

Or, le BDA (MEDEF allemand) et la DGB ont mené depuis une croisade pour faire réviser cet arrêt reconnaissant la pluralité syndicale au nom de l’ « unicité de négociation », le tariffeinheit !

 

Concrètement, le tariffeinheit c’est donc la représentativité réduite à un syndicat reconnu par le patronat, l’Etat, un syndicat seul habilité à négocier, à signer des accords … et à mener des grèves légales. Concrètement, c’est donc une limitation drastique du droit de grève.

 

La DGB a usé de maints arguments pour convaincre les salariés : il s’agit de saper l’influence (mineure) de la confédération chrétienne rivale prompte à signer des accords défavorables aux salariés (mais que fait la DGB ?).

 

Il s’agirait de défendre l’unité des salariés face à la menace de la pluralité des conventions collectives dans l’entreprise (mais que fait la DGB quand elle accepte la pluralité des statuts, des contrats de travail ?)

 

Le texte commun signé par le BDA et la DGB en juin 2010, juste après l’arrêt de la Cour fédérale, est symptomatique : au nom du « dialogue social », de la « paix sociale », patronat et syndicat réclamait de l’Etat le rétablissement du tariffeinheit.

 

L’Allemagne, le pays où le droit de grève des fonctionnaires est toujours interdit !

 

Après trois années de lobbying, patronat et syndicat réformiste ont obtenu cette liquidation du droit de grève au nom de la représentativité, imposée depuis en France et en Italie comme une limitation du nombre de syndicats habilités à négocier et donc à faire grève.

 

Il ne faut pas oublier que cette restriction décisive du droit de grève des salariés du privé se superpose à une interdiction formelle des salariés du public à faire grève, selon une législation héritée des lois dictatoriales de la RFA issue de la guerre froide.

 

 

Comme au Japon, en Corée du sud, en Allemagne, toute grève des fonctionnaires est interdite, en violation des droits syndicaux reconnus par l’OIT. Est-ce cela le modèle allemand tant vanté ?

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Allemagne
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