arcelor-mittal-liege-ptb.jpgDe Liège à La Louvière, les sidérurgistes belges en lutte

Article de Damien Robert du Parti du travail de Belgique (PTB) repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



La crise économique touche de plein fouet la sidérurgie. À Liège comme à La Louvière, les négociations sociales révèlent l'ampleur de la crise et l'arrogance patronale. La patience des travailleurs fait place à la colère. Et à la révolte.

 

Le marché de l'acier connaît une situation catastrophique. En Europe, l’ampleur de la baisse de la production d'acier dépasse la chute de production historique de 2008. Même en Asie, la production est à la baisse... Pour sauvegarder leurs bénéfices, les géants de la sidérurgie restructurent. Depuis un an déjà, Mittal, puis le groupe russe NLMK et Duferco à La Louvière, ont annoncé des réductions importantes en matière d'emploi. À Liège, c'est toute la phase liquide qui est condamnée. À La Louvière, les directions de NLMK et de Duferco ont annoncé il y a trois semaines le licenciement de 600 personnes.



Du côté d’ArcelorMittal, les négociations sont entamées depuis plus d'un an, et entrent dans la phase finale. À La Louvière, on n’en est qu’au début. Cependant, dans les deux cas, c'est le même schéma. Les géants mondiaux de l'acier ne veulent rien entendre. Ils ne veulent pas toucher à leur trésor de guerre, et ne proposent que des cacahuètes. L'accord proposé à Liège la semaine dernière est en dessous de tout. Rarement on a vu propositions de départ aussi désavantageuses. Les travailleurs en CDI se sont, par exemple, vu proposer une prime de départ équivalente à 6 mois de salaire, peu importe l'ancienneté.



Face aux réactions de colère et d'incompréhension des syndicats, la direction a utilisé son arme favorite : le chantage. Les syndicats avaient trois jours pour accepter l'accord, sinon les conditions seraient encore revues à la baisse et alignées sur le strict minimum légal. À La Louvière, la direction a annoncé son incapacité à payer dans les délais une prime de fin d'année de 600 euros. Elle a ensuite précisé que cette prime pourrait être payée moyennant une « attitude responsable » des syndicats dans les négociations en cours sur les licenciements et les conditions de départ annoncés.

La patience fait place à la colère



Les travailleurs et leurs délégations, qui vivent des moments très difficiles, ont décidé qu'il était temps de sortir du bois. Face aux chantages et à la situation qui s'aggrave sur le marché, les illusions disparaissent quant à des conditions de départs avantageuses.



À Liège, les délégations syndicales ont organisé des assemblées générales des ouvriers et des employés, avec 24 heures de grève. Lors de ces assemblées, les travailleurs ont rejeté l'accord proposé par la direction et ont voté massivement pour un plan d'action. Des bobines d’acier ont ainsi été lancées dans la Meuse à la sortie de l'assemblée. Depuis mercredi, la production est bloquée et plus rien ne sort des différents sites du bassin.



Dans ce contexte, la volonté des travailleurs de montrer l’étendue de leur colère s’affirme. Colère contre Mittal, mais aussi contre un monde politique qui ne formule que des promesses face à la désindustrialisation du pays et qui organise une austérité de plus en plus ressentie. À Liège, les travailleurs et les délégations syndicales ont constaté une absence totale de soutien concret des bourgmestres, députés et ministres sur le dossier de la sauvegarde du bassin. Les deux permanents régionaux MWB (FGTB) et Metea (CSC) ont d'ailleurs rédigé ce jeudi une lettre ouverte en front commun qui se conclut comme suit : « Il nous revient que plusieurs bourgmestres de l'agglomération liégeoise, ainsi que le ministre de l'Intérieur, sont prêts à déployer des pelotons de policiers devant le centre acier de Flémalle (le siège de la direction d'ArcelorMittal, NdlR). Le bras armé de la répression au service d'un milliardaire qui assassine l'emploi. Nous sommes en 2012, mais rien n'a fondamentalement changé depuis 100 ans. La protection de l'argent continue à prendre le pas sur celle des travailleurs. Une fois encore, à Liège comme ailleurs, c'est “todi les ptis kon spotche” ».   



À La Louvière, le chantage de la direction sur les primes a provoqué la colère de la délégation qui a quitté la table des négociations. Les syndicats ont organisé une assemblée à l'usine le mercredi 21 midi et les travailleurs de NMLK, accompagnés en solidarité par ceux de Duferco, ont entamé une grève et ont organisé, avec les bulldozers, le blocage des entrées stratégiques de la ville en y posant des bobines d'acier. Jeudi 22 en fin d'après-midi, les entrées principales et l'autoroute E42 étaient toujours bloquées. 

Les choix politiques



À Liège, l'action des collègues de La Louvière a été accueillie avec beaucoup de respect. Les Louviérois n’en pensent d’ailleurs pas moins des actions menées dans le bassin liégeois. Le sentiment que la catastrophe économique et sociale est planifiée et que le chantage ne sert qu'à justifier un plan social digne du début du 20e siècle gagne largement du terrain. Le sentiment que la lutte est la seule porte de sortie suit le même chemin, car elle est seule garante d'un rapport de force qui pourrait obliger le patronat à céder et les politiciens à faire pression. Plutôt que de la recevoir en pleine figure, les travailleurs veulent renvoyer cette catastrophe sociale aux seuls responsables. Et ils ont raison.



Confrontés aux mêmes défis, les deux mouvements pourraient être amenés à se rejoindre. L'avenir de deux régions sinistrées et dont la sidérurgie est encore la colonne vertébrale est en jeu. Les deux luttes pourraient donc avoir des mots d'ordre communs. L'idée de la nationalisation fait également tout doucement son chemin. À Liège, personne n'a oublié que ce sont les politiques qui ont vendu la sidérurgie au privé pour la laisser dans les mains de vautours comme Mittal. Le débat sur la mise sur pied d'une sidérurgie publique comme alternative crédible pour le maintien de l'emploi et la survie d'une région est bien présent.



Même si ces débats n'en sont qu'à leurs débuts, il faudra taper sur le clou. Car, si le monde patronal ne veut pas, malgré son trésor de guerre, répartir la production sur l'ensemble des sites en maintenant les emplois et les salaires, il faudra changer les règles du jeu et mettre la sidérurgie sous statut public. Pour y arriver, il faudra obliger les politiciens à arrêter le petit jeu de se renvoyer la balle, à l'échelle régionale, fédérale ou européenne. Il faudra les obliger à prendre des mesures radicales pour la sauvegarde de la sidérurgie, des emplois et de nos industries. Et il faudra, au minimum, les obliger à ce que les éventuelles aides publiques en terme de capital soient octroyées moyennant des garanties en matière d'emploi et de remboursement d'aide au cas où le privé déciderait de licencier à nouveau. Pour cela, il faut démasquer la prétendue « impuissance » du politique. Car celle-ci n'était pas de mise quand il s’agissait de vendre la sidérurgie au privé ou de voter des lois pour permettre à des multinationales comme Mittal de ne pas payer d'impôts.  

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