india_coal_strike.pngEn Inde, un demi-million de mineurs se mettent en grève contre la privatisation du charbon

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

L'Inde vient peut-être de connaître sa plus grande grève industrielle depuis 40 ans, même écourtée. Les mineurs de charbon tous unis contre la privatisation du secteur, un pays au bord de la pénurie énergétique. Le gouvernement joue la montre mais la tension reste maximale.

 

L'Inde a (eu) peur, tout du moins son gouvernement néo-libéral et nationaliste. Les grands syndicats du pays ont lancé une grève de cinq jours, mardi dernier, pour protester contre le projet de loi de privatisation des mines de charbon.

 

La plus grande grève dans l'industrie depuis 1974

 

C'était le début de la plus grande grève industrielle qu'a connue le pays depuis 1974. 1,4 million de cheminots avaient alors paralysé le pays pendant 20 jours, réduisant à néant les stocks de céréales, de ciment et de pétrole du pays, forçant le gouvernement à reculer.

 

C'était le spectre qui entourait le projet qui envisage la mise aux enchères des mines indiennes, jusqu'ici contrôlées par des entreprises publiques : un prix-plafond serait fixé par l’État tandis que l'investisseur proposant le prix le plus bas remporte le marché.

 

101 mines indiennes sont sujettes à ce projet de loi : 65 seraient mises aux enchères, donc ouvertes aux investisseurs privés, étrangers ou locaux, 36 seraient réservées aux acteurs étatiques. Par ailleurs, 10 % des parts de l'entreprise publique Coal India Limited (CIL) seraient cédées au privé.

 

Casse du monopole public, casse des acquis sociaux des mineurs

 

Pour les syndicats, il s'agit d'une privatisation du secteur par la remise en cause du monopole public. De quoi entraîner une concurrence déloyale, soutenue par l’État, dont les travailleurs paieront le prix en termes de conditions de sécurité, de temps de travail et de rémunération salariale.

 

Le Parti du Congrès avait déjà lancé un projet de privatisation partielle en 2010, trahissant l'esprit de la nationalisation des mines de charbon, actée entre 1971 et 1974 par la Première ministre du Congrès, Indira Gandhi.

 

Un mineur dans le secteur public touche en moyenne 500 € par mois (40 000 Rs), contre 100 € dans le secteur privé (7 000 Rs). Alors que la sécurité sociale est garantie aux employés permanents du public, c'est encore un combat pour les contractuels.

 

A présent, l'entreprise publique Coal India limited est la plus importante du monde dans le secteur charbonnier. Elle produit 80 % du charbon du pays, rassemble 350 000 employés permanents, 50 000 contractuels.

 

Son partenaire, Singareni Collieries, est une autre entreprise publique, avec ses 150 000 employés permanents et ses 15 000 contractuels. En tout, le secteur des mines de charbon compte 500 000 employés permanents et 65 000 contractuels.

 

L'Inde, un géant mondial de charbon à la merci d'une grève générale

 

L'Inde est à l'heure actuelle le 3 ème producteur mondial de charbon, derrière la Chine et les USA, 60 % de sa production électrique dépend du charbon, 80 % de sa production de charbon est destinée à la génération de l'électricité.

 

La consommation électrique, à des fins domestiques et industrielles, est en plein boom. L'Inde deviendra en 2016 le deuxième consommateur du monde.

 

La grève des mineurs de charbon a mis en péril le niveau de la production industrielle, ainsi que la consommation de la majorité des Indiens, qui subissent – pour ceux bénéficiant d'un accès à l'électricité – déjà des coupures régulières d'électricité, jusqu'à 10 h par jour en été.

 

Selon l'organe gouvernemental de l'Autorité centrale à l'électricité, sur 100 unités de production électrique, 42 ont des stocks énergétiques de moins de 7 jours, dont 20 de moins de 4 jours. Selon les experts, l'impact de la grève devait être sérieux justement à partir du quatrième jour.

 

Autrement dit, une grève de cinq jours peut avoir des conséquences critiques pour le pays. Chaque jour de grève a représenté une perte de production de charbon entre 1 et 1,5 millions de tonnes, soit 30 millions d'€ de pertes financières.

 

95 % de grévistes, le succès massif de la mobilisation

 

La grève a été un franc succès. Selon le syndicat CITU, proche du Parti communiste-marxiste, 95 % des travailleurs du secteur ont rejoint le mouvement. Le syndicat INTUC, lié au Parti du Congrès, parle lui d'une adhésion totale de 100 % à Coal India, et de 80 % à Singareni Collieries.

 

A la fin du deuxième jour, malgré ses dénégations officielles, le gouvernement mené par le BJP (parti de droite, à la fois néo-libéral et nationaliste hindou) a convoqué les syndicats pour arracher une suspension de la grève et une reprise des négociations.

 

Après avoir refusé toute concession pendant des mois, le gouvernement continue à jouer la montre.

 

Difficile de savoir la teneur des promesses, mais il se serait engagé à ne pas privatiser le géant Coal India et à offrir des garanties sur les conditions de travail de l'ensemble de la profession.

 

La plate-forme revendicative syndicale articulait plusieurs points : (1) refus de la privatisation des mines indiennes, ainsi que des entreprises publiques concernées ; (2) passage de la semaine de 42 h à celle de 35 h ; (3) sécurité sociale pour tous, contractuels compris ; (4) compensation pour les riverains qui perdent leurs terres, aide au développement local.

 

Le projet de loi a été adopté à la Chambre basse du Parlement, il doit encore l'être à la Chambre haute. Il avait été dans un premier temps rejeté par la Cour suprême qui avait dénoncé la collusion entre le gouvernement et les milieux d'affaires, pointant des soupçons de corruption.

 

Le gouvernement est prêt à lâcher du lest pour faire passer l'essentiel : la fin du monopole public sur ce secteur stratégique.

 

Un front uni syndical miné par les calculs politiciens

 

Il faut dire que le front uni syndical ne partage pas les mêmes intérêts.

 

Parmi les 5 syndicats, les deux liés aux Partis communistes, le CITU et l'AITUC, représentent 6 millions de travailleurs et sont fermement opposés à la privatisation. Le syndicat mineur HMS partage cette orientation.

 

Mais le BMS, lié au parti de droite BJP, a traîné des pieds et a tout fait pour saborder la grève qui nuit au nouveau gouvernement du BJP formé en mai 2014.

 

Le syndicat INTUC, affilié au Parti du Congrès, occupe le devant de la scène médiatique, et a été présenté comme leader du mouvement.

 

A côté de ses postures sur la possibilité d'un élargissement à 10 jours de grève, il a dès le départ fait savoir qu'il n'était pas sur des « positions idéologiques » et qu'il était disposé à céder sur le fond en échange de contre-parties.

 

La grève a donc été arrêté mercredi soir, sans que l'on sache la teneur de l'accord, ni si elle pouvait être relancée ultérieurement. Le leadership du CITU a exprimé son désaccord avec la décision des autres syndicats de mettre un terme à la grève avant d'avoir obtenu satisfaction.

 

Elle a toutefois montré le potentiel de mobilisation de la classe ouvrière indienne. Et la lutte n'est pas finie contre les projets de bradage des bijoux du patrimoine collectif indien, hérité de la lutte contre le colonialisme, de la tentative contradictoire de « socialisme indien ».

 

Les Partis communistes, leurs syndicats, sont aujourd'hui à l'avant-garde de cette lutte.

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