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14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 05:06

0125evo articleEvo Morales réélu avec 61 % au 1er tour

 

 

La révolution bolivienne à un tournant :

 

 

transition au socialisme ou réaction capitaliste

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

La presse française joue tous les 4 ans la partition de la chute annoncée de Morales, comme de Chavez jadis. A chaque élection, en Bolivie, le peuple ré-élit triomphalement le leader du Mouvement vers le socialisme (MAS). Mais la révolution bolivienne est à la croisée des chemins : transition vers le socialisme ou réaction capitaliste.

 

En France, notre président « socialiste » (social-démocrate) d'étiquette, libéral de fait bénéficie d'une cote de popularité ridiculement basse (10 %). En Bolivie, un président « socialiste » (réel!) en parole et en acte est ré-élu pour la troisième fois avec 61 % des voix. Tout est dit.

 

Certes Morales connaît une légère inflexion depuis 2009, où il a été élu avec 64 % des voix au premier tour. Mais avec 61 % au premier tour, il devance largement le candidat de droite Samuel Doria Medina avec 24 %, et le chrétien-démocrate Quiroga (9 %).

 

Le « Mouvement vers le socialisme » (MAS) d'Evo Morales empoche 111 des 130 sièges, 25 des 36 postes au Sénat.

 

Un recul de la pauvreté, des réformes sociales audacieuses

financés par les nationalisations

 

Le processus de révolution en Bolivie, de « transition vers le socialisme » est émaillé de contradictions, menacé par des élites capitalistes toujours dominantes économiquement mais depuis huit ans, Evo Morales a transformé la Bolivie, dans les intérêts des classes populaires.

 

Longtemps un des pays les plus pauvres, la Bolivie est – avec l'Equateur et le Venezuela – le pays qui a connu le plus spectaculaire recul de la pauvreté en Amérique latine : un million de Boliviens sont sortis de la pauvreté entre 2006 et 2012.

 

Selon la CEPAL (Commission économique pour l'Amérique latine), la pauvreté s'est réduite de 61 à 49 % entre 2007 et 2011, la pauvreté extrême a elle reculé de 34 à 25 %. C'est toujours trop, mais c'est une dynamique encourageante, après trente années de néo-libéralisme destructeur.

 

Cette réduction de la pauvreté a été possible par une série de réformes sociales, aidant les familles les plus pauvres,les plus vulnérables comme les femmes, les anciens, les enfants.

 

Ce furent par exemple le Bon Juana Azurdui, qui offre une assistance médicale gratuite à 200 000 femmes enceintes ou nouvelles mères ;laRenta dignidad, qui garantit une allocation vieillesse de 20€/mois (un quart du salaire moyen) à 700 000 personnes âgées n'ayant pas droit à la retraite ; enfin leBon Juancito Pino, qui assure aux parents de 2 millions d'enfants une allocation de rentrée scolaire de 20€ pour couvrir les dépenses les plus urgentes.

 

Des réformes hautement symboliques et qui améliorent considérablement la vie des Boliviens ont été mises en œuvre. On pense à l'abaissement de l'âge de la retraite de 65 à 58 ans en 2010 … au moment où on la reculait en France !

 

Ces politiques sociales ont été financées par un processus de re-nationalisation des secteurs stratégiques, au grand dam des multi-nationales espagnoles, dépossédées : le gaz en 2006, les télécoms en 2008, la distribution d'électricité en 2012, enfin les aéroports en 2013, sans oublier la nationalisation de certaines mines.

 

Par ailleurs, là où le gouvernement pratique les cadeaux au patronat en France, en Bolivie, ce sont des cadeaux pour les travailleurs : en décembre 2013, le gouvernement a ainsi accordé un 13 ème mois aux travailleurs, puis un 14 ème mois après que le taux de croissance a dépassé les 6 %.

 

Les contradictions du processus révolutionnaire bolivien

 

Alors, tout va mieux pour meilleur des mondes en Bolivie ? Hélas, non.

 

Il ne faut pas se gargariser de la rhétorique du gouvernement qui parle de « transition vers le socialisme », a fait voter une Constitution magnifiant l' « Etat pluri-national », les diverses communautés, jonglent avec les concepts consensuels de « Mère Terre », de « Vivre bien » ou encore « développement intégral », cachant une réalité très contradictoire.

 

Le capital étranger, tout comme les élites oligarchiques locales, se sont engouffrées dans ces brèches pour maintenir leur pouvoir, déstabiliser le régime.

 

La première contradiction qu'on peut identifier est entre le développementalisme basé sur l'extraction des matières premières et la protection de l'environnement.

 

C'est celle que nos médias adorent mettre en avant, elle révèle les failles du discours dominant de Morales sur la « Terre Mère » car la Bolivie dépend cruellement de ses exportations de matières premières, qui suppose une course à l'extraction de ressources minières et d'hydrocarbures.

 

Entre 2000 et 2010, la part des revenus de l'Etat dépendant des ressources naturelles est passée de 20 à 30 %. Face à la réalité économique crue, les grands discours s'envolent, et les projets de développements miniers, gaziers se sont multipliés ces dernières années – tout comme le projet d'infrastructure amazonien reliant Bolivie et Brésil – suscitant l'ire des communautés locales.

 

Derrière la bannière de l'environnementalisme, mobilisant les couches moyennes urbaines de La Paz ou Cochabamba, c'est aussi pour la presse locale, au service de l'oligarchie nationale, l'occasion de retourner le discours de Morales contre lui-même.

 

Deuxièmement, entre l'Etat central et les autorités décentralisées. Encore une contradiction entre le discours, de l'ordre constitutionnel qui insiste sur la diversité, sur la décentralisation … et la réalité d'un pouvoir qui, pour passer au socialisme, a besoin de ressources au niveau central.

 

Les élites capitalistes traditionnelles, les latifundiaires, la bourgeoisie compradore l'ont bien compris. Elles se sont retranchées sur leurs fiefs locaux, les provinces comme Santa Cruz jusqu'à menacer la Bolivie de sécession entre 2006 et 2009.

 

Les élites locales – en particulier de l'agro-business – ont obtenu ce qu'elles voulaient : le statu quo politique leur permettant notamment de toucher une part importante des revenus de l'extraction de matières premières.

 

En effet, 30 % des revenus des hydrocarbures reviennent en Bolivie aux communes. Ce n'est pas un hasard si, pour la première fois, Morales est majoritaire en 2014 dans la province de Santa Cruz.

 

Troisièmement, une lutte de classes aux formes paradoxales. Avec le « vivre bien », le « socialisme communautaire » Morales nie la réalité de toute division en classes en Bolivie, prône même l'alliance avec ces « entrepreneurs nationaux » contre l'impérialisme yankee.

 

Cela permet d'une part aux élites traditionnelles de conserver une bonne partie de leurs prérogratives, quoique de plus en plus limitées. D'autre part, les conflits sociaux se multiplient en Bolivie, mais ils opposent parfois les travailleurs avec eux, plus souvent à l'Etat.

 

Ainsi, on a pu constater 21 conflits majeurs dans le secteur minier en 4 ans. Au printemps 2014, ces conflits ont été particulièrement violents, causant la mort de deux ouvriers.

 

La manne minière, comme celle gazière, ou encore l'exploitation du bois suscitent des réactions conflictuelles, contradictoires chez les populations : tantôt rejet pur et simple (des communautés indigènes), tantôt tentative d'obtenir légitimement sa part du gâteau de façon corporatiste ou intéressée (ouvriers mineurs, mais aussi indigènes).

 

Les tentatives de régulation par l'Etat échouent souvent face à la réalité économique, face aux luttes sur le terrain.

 

Ainsi, la Loi Forestière protectrice est inappliquée, quand les cocaleros (travailleurs de coca), campesinos (paysans), indigènes sont prêts à la contourner pour le gain économique issu de l'exploitation du bois, pour leur survie dans un pays où 1 personne sur 2 vit avec moins de 2 $ par jour.

 

Au printemps 2014, c'est la Loi minière qui a déclenché une révolte des mineurs de la région de Cochabamba. Le gouvernement voulait limiter le droit des coopératives ouvrières ou locales à pouvoir bénéficier de droits, avantages financiers liés aux concessions minières, au détriment du pouvoir central.

 

Quatrièmement, c'est l'emprise des multi-nationales américaines ou européennes sur le pays. C'est le paradoxe derrière la rhétorique anti-impérialiste, la Bolivie reste un pays dépendant, des Etats-unis comme des pays capitalistes voisins.

 

Le Brésil émergent est de loin le premier partenaire commercial (32 % des exportations, 17 % des importations). En 2006, Morales était allé au conflit avec le géant pétrolier Petrobras, il a depuis incité l'entreprise à revenir en Bolivie, ayant besoin de son expertise, tout en facilitant le projet TIPNIS d'infrastructure routière reliant Bolivie et Brésil.

 

Les Etats-unis sont le deuxième partenaire commercial (16 % des exportations, 10 % des importations). Même si le gouvernement a de façon spectaculaire fait partir certaines entreprises emblématiques de l'impérialisme comme Coca-Cola ou McDonald, les investissements américains restent prédominants, notamment dans le secteur des hydrocarbures.

 

Globalement, le cas des hydrocarbures illustre bien les contradictions du processus. La nationalisation du gaz n'a pas exclu les multi-nationales, elle a permis de re-négocier des contrats plus favorables à l'Etat, donc au peuple bolivien.

 

Avant 2006, les entreprises pétrolières et gazières captaient 71 % des revenus des hydrocarbures, soit 832 millions de profits sur 1,1 milliard de $. Après 2006, c'est l'Etat qui empochait 73 % des revenus via diverses taxes, parts, royalties, les opérateurs privés ne prenant plus que 27 %.

 

Toutefois, en termes absolus, avec l'augmentation de l'extraction de matières premières, la hausse des prix sur le marché mondial, les multi-nationales n'ont rien perdu : elles touchaient 832 millions de profits en 2004, elles touchent encore 830 millions en 2010.

 

En 2012, le gouvernement bolivien a même fait passer incitations fiscales pour que les entreprises étrangères soient poussées à ré-investir leurs profits en Bolivie.

 

Le gouvernement d'Evo Morales, un point d'appui pour les transformations révolutionnaires en Amérique latine

 

Il serait illusoire de se cacher les contradictions du processus, mais il serait peu dialectique de ne voir combien le gouvernement de Morales est un formidable point d'appui pour les luttes en Bolivie et dans toute l'Amérique latine pour une autre société.

 

La contradiction du processus se manifeste dans le bi-céphalisme à la tête de l'Etat : d'un côté le président Morales qui parle de « socialisme du XXI ème siècle », de l'autre le vice-président Garcia Linera qui préfère le « capitalisme andino-amazonien ».

 

La Centrale ouvrière bolivienne (COB), comme les associations paysannes, les communautés indigènes, sont conscientes de ces contradictions. Elles ne cachent pas leurs désaccords, vont parfois au conflit, mais rejoignent le MAS de Morales sur l'essentiel. Le triomphe de Morales en 2014 est aussi le succès d'une alliance des classes populaires solide entre ouvriers et paysans.

 

Mais Evo Morales incarne aussi un anti-impérialisme qui n'est pas seulement rhétorique. Il s'est toujours affirmé comme le meilleur allié de Cuba socialiste, le premier partenaire du Vénézuela bolivarien, participant à cette forme de coopération régionale solidaire qu'est l'ALBA.

 

Evo Morales était même allé, en mars 2012, jusqu'à se revendiquer du marxisme-léninisme, du communisme pour protester contre l'exclusion toujours en vigueur de Cuba de l'OEA (Organisation des Etats américains) :

 

« Aujourd’hui, il y a beaucoup de présidents de tendance communiste marxiste-léniniste, j'en fais partie et je demande qu'on m'expulse de l'OEA, puisque c'est sous ce prétexte qu'ils ont expulsé auparavant l'OEA ».

 

Certes, Evo Morales n'est sans doute pas réellement marxiste-léniniste ni communiste.

 

Mais il est ce qui se fait de meilleur sur le continent latino-américain, et peut-être dans le monde, au moment où les socialistes en France et en Europe trahissent chaque jour passant les espoirs des peuples, mènent la politique du capital financier et des marchands de canons.

 

Soyons lucides sur ce qui se passe en Bolivie, conscients du péril de réaction capitaliste pure, mais levons notre verre au camarade Evo : c'est moins à lui, qu'au peuple bolivien organisé à triompher de la réaction, à engager enfin la transition vers le socialisme.

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Amérique Latine
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