berlusconi_andreotti.jpgGiulio Andreotti, les mains sales de la bourgeoisie italienne

 

Un demi-siècle au service de la lutte contre le communisme

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Le décès de Giulio Andreotti, à 95 ans, a suscité dans la presse bourgeoisie française et italienne des traitements gênés, devant celui qui a incarné pendant 60 ans la bourgeoisie italienne, présent dans tous les gouvernements, trempés dans presque tous les scandales.

 

Andreotti aurait pu camper le rôle principal d'un « citoyen au-dessus de tout soupçon ». Derrière le masque de respectabilité chrétienne-démocrate avec bénédiction papale, la duplicité permanente, les basses besognes, les mains sales.

 

Trois casquettes, l'homme du Vatican, l'homme des monopoles, l'homme des États-Unis

 

Giulio Andreotti a commencé comme commis du Vatican. Sous le fascisme, il est repéré par le futur pape Paul VI. Comme les de Gasperi, Moro, il deviendra une équipe de substitution pour une papauté confondue dans des liaisons dangereuses avec le fascisme.

 

Lui qui cultivait sa réputation d' « homme des papes », ami intime de Jean-Paul II, conseiller de Pie XII au début de sa carrière, il fut l'agent du Vatican au cœur du système politique italien.

 

Il fut aussi l'homme des monopoles italiens, la boussole de la droite de la démocratie chrétienne (DC) : intégrisme religieux, libéralisme économique, anti-communisme de combat, il représenta la boussole de la droite italienne, face aux courants dits « sociaux-démocrates » de la DC.

 

Il fut enfin l'homme de la relation spéciale avec les Etats-unis. Dans l'après-guerre, dans l'ombre d'Alcide de Gasperi, il participe à l'ancrage de l'Italie dans le bloc de l'Ouest, d'abord avec l'OTAN mais aussi avec la construction européenne, dont il fut un ardent promoteur, de Rome à Maastricht.

 

Connu pour ses revirements tactiques tout italiens, maître dans l'hypocrisie diplomatique pontificale, Andreotti n'eut qu'une boussole : l'anti-communisme. Il fut la plaque-tournante du bloc conservateur : appareil d’État héritier du fascisme, Eglise, monopoles, impérialisme américain.

 

Dans cette lutte à mort face à l'ennemi communiste, tous les moyens furent bons. Retracer l'histoire de Giulio Andreotti, c'est surmonter un monceau de cadavres politiques, retracer le parcours des coups d’État manqués, des attentats politiques commandités.

 

Tout visiteur savait qu'il devait traiter avec Andreotti, le vrai représentant des « pouvoirs forts » en Italie. Lui qui occupa les postes-clés des gouvernements italiens des années 50 aux années 90 : ministre de la Défense, de l'Intérieur, de l’Économie, président du Conseil naturellement.

 

Mafia, attentats politiques, stratégie de la tension : dans la salle des machines de la « démocratie bourgeoise » italienne

 

Sa véritable action, Andreotti la menait dans l'ombre du pouvoir légal : en lien avec les services secrets italiens et américains, en lien avec les organisations criminelles du pays, dans la fameuse loge P2 dans laquelle il aurait joué le rôle de lien entre services secrets et monde politique légal.

 

Sa collusion avec la mafiaa été au cœur de toutes ses manœuvres politiques, par l'entremise de son homme de main en Sicile : l'entrepreneur et politicien local Salvo Lima, trempé jusqu'au cou dans les trafics de la Casa Nostra.

 

Les révélations des « pentiti » (repentis) ont mis en avant les liens personnels avec le capo dei capi Toto Riina dans les années 1980. Devant l'évidence des faits, la justice, elle, a admis ses liens mafieux... au moins avant les années 1980.

 

La pratique des attentats politiques, avec une épaisse part d'ombre. En premier lieu, l'enlèvement de l'ancien président du Conseil Aldo Moro par les Brigades rouges. Andreotti, alors chef de gouvernement choisit l'intransigeance, qui conduit à la mort de son rival.

 

Partisan de la ligne de « compromis historique » avec le Parti communiste, Moro avait subi, dans les congrès de la DC, les manœuvres d'Andreotti, farouche opposant de tout rapprochement avec le PCI. La relation entre les deux hommes était devenue extrêmement tendue.

 

Divers témoignages, tant ceux de la famille de Moro que ceux de « repentis » de la Mafia, alors prête à intervenir contre les groupes d'extrême-gauche pour aider leur parrain, accréditent la thèse d'une volonté délibérée chez Andreotti de laisser mourir son adversaire politique.

 

Lorsque le journaliste Carmine Pecorelli s'apprête à révéler l'ampleur des magouilles d'Andreotti, des crimes couverts ou commandités par lui, celui-ci est subitement exécuté probablement par la Mafia, sans doute avec l'aval d'Andreotti et des têtes de la fameuse loge P2

 

Le coup d'Etat permanent et la stratégie de la tension : la loge P2 (Propaganda-Due) dirigée par l'entrepreneur mafieux Licio Gelli, réunissant les élites conservatrices italiennes : chefs de la police, hauts gradés, patrons conservateurs et enfin hommes politiques de droite, dont Andreotti.

 

Un seul ennemi pour cette loge : le Parti communiste. Tous les alliés les plus divers sont bons dans la lutte : CIA, mafia, Vatican. Sans doute numéro 2, peut-être numéro 1, Andreotti a rendu plus d'un service à la loge.

 

Ministre de la Défense au début des années 1960, il récupère les papiers de la SIFAR pour la loge P2, ces services secrets des forces armées qui ont accumulé des milliers de fiches sur les hommes de pouvoir, pour les faire chanter, comme sur les opposants, pour les faire taire.

 

La tentation du coup d'Etat fasciste : putsch Borghese, réseau Gladio et stratégie de la tension

 

Andreotti a aussi couvert les commanditaires du coup d’État fasciste raté du prince Borghese en 1970. Un putsch ourdi par la loge P2, animé par les nostalgiques du fascisme dans les hautes sphères de l'armée, soutenu par les sommets mafieux, avalisé par les États-Unis.

 

Les États-Unis auraient alors appuyé le coup, sous condition que leur homme fort, Andreotti, soit placé à la tête de l'Etat nouveau. La position d'Andreotti semble trouble : refus d'une opération risquée ou manipulation de Borghese afin de justifier l'adoption de mesures répressives.

 

En tout cas, Andreotti aurait profité de son poste stratégique à la Défense pour remettre un dossier, réalisé par les services secrets italiens, volontairement lacunaire, protégeant ainsi nombre de ses proches, auprès de la loge P2 ou dans la mafia sicilienne.

 

Enfin, il est désormais avéré, Andreotti l'a lui-même admis, que le vieux renard démocrate-chrétien était un des hommes-clés du « réseau Gladio » : cette organisation parallèle, liant services secrets italiens et américains, préparant un éventuel coup d'Etat en cas de révolution communiste.

 

C'est dans cette perspective également de lutte contre le communisme qu'il faut comprendre le maintien d'une « stratégie de la tension » par la démocratie-chrétienne. Non seulement l’intransigeance face aux Brigades rouges, mais le soutien aux groupes terroristes d'extrême-droite.

 

Le massacre de Piazza Fontana, en décembre 1969, fait 17 morts et 88 blessés, un attentat d'abord attribué à des groupes d'extrême-gauche, en réalité orchestrées par des terroristes d'extrême-droite, liés aux services secrets italiens.

 

Difficile de mesurer l'ampleur de l'implication de celui qui était alors Ministre de la Défense. Une décennie plus tard, appelé par la justice, il se retranche derrière le secret d'Etat, dévoilant néanmoins que les services d'Etat ont couvert le principal accusé, Guido Giannettini, journaliste de façade, agent secret de profession.

 

Andreotti, « anti-Berlusconi »... ou plutôt son ancêtre tragique

 

Inquiété à 27 reprises par la justice, Giulio Andreotti était toujours celui par qui le « scandale arrivait ». Il est impliqué dans quasiment tous les crimes de la deuxième moitié du XX ème siècle, trempé dans tous les organismes parallèles mafieux, criminels et fascisants.

 

Prétendre, comme le fait Il Manifesto, qu'Andreotti était un « anti-Berlusconi » (les deux étaient dans la loge P2!) par sa probité et son sens de l’État révèle d'une grave erreur d'analyse politique (et d'un mensonge). Autant Andreotti représente la tragédie, autant Berlusconi incarne la farce.

 

Andreotti fut, avec Bettino Craxi du Parti socialiste, un des poulains de Berlusconi, qu'il lui concéda son empire médiatique – par la réforme de libéralisation de l'audiovisuel qu'il a impulsé dans les années 1980.

 

Le triangle CAF (Craxi-Andreotti-Forlani) gérait encore l'Italie des années 1980 dans un contexte de scandales qui explose à partir de 1992. Entre-temps, Andreotti s'était fait nommé sénateur à vie par Cossiga, lui-aussi architecte de la loge P2 et personnage central de l'Italie depuis les années 50.

 

Après le scandale du financement des partis politiques (Mani pulite) et l'implosion des partis du système, dont la Démocratie chrétienne. Andreotti s'inscrit au Parti populaire, qui rejoindra La Marguerite, parti libéral-social-chrétien prétendument de gauche (sic).

 

Un symbole de la dérive à droite de la vie politique italienne. Avant que la figure du liquidateur du PCI Giorgio Napoletano, la figure d'Andreotti a même été avancé comme « sauveur de la nation », président honorifique, modèle moral. Un symbole de l'état de la vie politique italienne.

 

Poursuivi à maintes reprises par la justice, souvent confondu par les témoignages concordant des acteurs de l'époque, Andreotti ne fut jamais condamné.

 

Ces crimes ont été pardonnés par le Vatican, adoubés par Washington, chiffrés par la Confindustria : les crimes de l'anti-communisme ne pèsent décidément pas lourd dans la balance.

Retour à l'accueil