pclibdrapeau« Guerre et paix en Méditerranée orientale et au Moyen-Orient », une analyse du secrétaire-général du PC libanais



Intervention de D. Khaled HADADAH, secrétaire-général du Parti communiste libanais, à la Fête d'Avante le 6 septembre reprise par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



La crise structurelle dans laquelle le capitalisme mondial est plongé depuis plus d’une décennie, 2012 plus précisément, fut l’une des plus meurtrières mais aussi des plus importantes pour le Monde arabe et le Moyen Orient. En effet, durant cette décennie, les guerres impérialistes (israéliennes comprises) en Irak, en Afghanistan, en Libye, au Liban et en Palestine ont fait des millions de morts et des dizaines de millions de handicapés, de déplacés forcés, sans oublier les destructions de villes et d’infrastructures ; mais, en même temps, cette période fut celle des soulèvements populaires en Egypte, Tunisie mais aussi dans tout le Golfe arabique contre des systèmes oligarchiques totalitaires et des dictatures qui, depuis la fin de la seconde guerre mondiale avait pressuré les peuples au nom d’une économie de rente et de l’inféodation complète à l’impérialisme, en particulier l’impérialisme étasunien.



Cette économie de rente est basée essentiellement sur le pétrole et le gaz, les deux sources d’énergie les plus utilisées actuellement et, il faut dire que pour notre malheur, le sol du Monde arabe et les eaux de la Méditerranée orientale recèlent de ces richesses énergétiques. De même, le Canal de Suez, qui constituait la route principale de ces denrées précieuses, est doublé aujourd’hui, et à la suite de l’éclatement de l’Union soviétique, par une seconde route que se disputent les Etats-Unis et la Russie, à savoir la route qui peut acheminer le pétrole russe et celui des ex Républiques soviétiques vers l’Europe pour laquelle Washington, aidé par son allié turc, a fait déjà de nombreuses guerres, tant en Tchétchénie qu’entre la Géorgie et l’Ossétie et, aujourd’hui, en Syrie et de nouveau, peut-être, au Liban et dans les territoires palestiniens occupés.



Dans ce but, les Etats-Unis, depuis la présidence de Georges Bush-père, n’ont pas lésiné sur les moyens. Ils ont remis à jour un ancien projet du secrétaire d’Etat Henri Kissinger sous le nom du « Grand Moyen Orient » qui devint, quelques années plus tard, en 2006 et au moment où les armées israéliennes bombardaient le Liban, le « Nouveau Moyen Orient » qui – comme nous l’avait alors précisé Condoleeza Rice – ne pouvait qu’être enfanté dans la douleur de notre peuple. Ce projet se base sur l’utilisation des divisions intestines, surtout religieuses et confessionnelles, afin d’imploser le Monde arabe en mini Etats se faisant la guerre et facilitant le vol des richesses arabes.



De plus, et à cause de l’échec de cette guerre contre la Resistance libanaise, il fallait redonner du tonus à Israël, en tant que fer de lance impérialiste dans la région, mais aussi détruire la dernière armée arabe qui reste en marge du plan impérialiste, celle de la Syrie. Pour ce faire, un nouveau projet est mis en place : la transformation d’Israël en l’Etat des juifs dans le monde et la liquidation de la cause palestinienne, à partir de la liquidation de la Résolution 194 des Nation-Unies stipulant le droit au retour des refugiés palestiniens et la récupération de leurs terres. Projet renforcé par la tentative de mettre en place, avec l’aide de l’Arabie saoudite et du Qatar, un mouvement islamiste à la tête des pays arabes qui tentent de s’émanciper de la double tutelle des impérialistes et de la bourgeoisie locale qui lui est inféodée.



Donc, la phase actuelle de la guerre au Moyen Orient a un quadruple objectif :



-Le premier est de finir la deuxième phase  du projet « Le Nouveau Moyen Orient », c’est-à-dire l’effritement de la Syrie et du Liban.

-Le second est de liquider la cause palestinienne.

-Le troisième est de reprendre en main la situation en Egypte et de remettre en place les Frères musulmans, faisant ainsi de l’Egypte, après la Turquie et le Pakistan, le troisième Etat du Moyen Orient basé sur une dictature militaro-musulmane sunnite et pouvant contenir l’élargissement militaro-musulman chiite de l’Iran qui doit être contenu, selon les dires de l’administration étasunienne, avant de pouvoir rayonner dans beaucoup de pays arabes, surtout que l’exemple de ce qui se passe actuellement en Irak ne laisse présager rien de bon pour Washington et ses « amis » dans la région.

-Quant au quatrième, et partant de tout cela, il vise à empêcher la Russie de devenir le chef de file d’un second pôle international qui pourrait exiger « sa part » dans la nouvelle répartition du monde, à la suite de l’échec durant les dernières 23 années de la politique hégémonique de l’impérialisme étasunien sur la planète.

Aujourd’hui, la Méditerranée orientale, comme le Golfe arabique il y a dix ans, est transformée en un arsenal où les navires de guerre pullulent et où la plus petite déflagration peut aboutir à une nouvelle guerre mondiale… sans oublier pour autant la contamination aux armes chimiques et nucléaires. Et les risques de la guerre augmentent chaque jour, à vue d’œil.



L’humanité est menacée dans son existence même. Toute l’humanité et non seulement les peuples de notre région ; et tout cela, pour permettre à une infime minorité de garder ses intérêts et de fructifier ses gains.



Il y a presque cent ans, la première guerre mondiale, issue d’une autre crise capitaliste, avait dévasté le monde, bientôt suivie par la montée du nazisme et du fascisme qui détruisit la planète.



A nouveau, les peuples sont confrontés au même fléau. Et, tandis que des gouvernements trouvent normal de tuer 100 000 personnes et plus en Syrie et se rebiffent seulement quand il s’agit d’armes chimiques, tandis qu’ils croient et tentent de faire croire à leurs peuples, une fois de plus après la Bosnie et l’Irak, qu’ils n’ont rien à voir avec le terrorisme et que ce sont les seuls petits dictateurs (qu’ils avaient épaulés pendant un très long temps) sont les seuls coupables, ce sont les masses populaires qui vont en pâtir : morts et destructions, d’une part, chômage et marginalisation, d’autre part.



Le seul moyen d’en finir avec la racaille impérialiste est que la classe ouvrière internationale, que les peuples de la planète s’unissent pour stopper l’avancée impérialiste et pour prendre en main leur sort. Une société sans discrimination ni exploitation, une société sans guerre est à construire. En attendant, tous les moyens doivent être utilisés pour empêcher la guerre. La rue est à nous.

 

 

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