kenya_israel_2011_11_14-copie-2.jpgLe bras long d’Israël en Afrique

 

Article de Carlos Lopes Pereira, pour Avante (organe du Parti communiste portugais

 

Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Des forces d'élite israéliennes ont participé à l'opération militaire de secours aux otages capturés par un commando islamiste somalien dans un centre commercial de Nairobi.

 

« Des conseillers » des services de renseignement nord-américains et britanniques encadraient également les troupes kényanes.

 

L'attaque contre le luxueux « Westgate Mall » fut déclenchée samedi après-midi et elle ne fut repoussée que mardi. Elle a causé la mort de dizaines de personnes et a laissé une centaine de blessés, kényans et étrangers.

 

Il s'agit de l'attentat le plus meurtrier à Nairobi depuis l'action suicide, en 1998, contre l'ambassade des États-Unis, revendiquée par Al-Qaeda et qui a causé plus de 200 victimes.

 

La responsabilité de l'attaque de ce week-end a été attribuée par les autorités du Kenya au groupe Al Shabab, une milice islamiste de la Somalie voisine, en représailles à la présence de troupes kényanes dans ce pays de la Corne de l'Afrique.

 

Les militaires kényans font partie de l'Amisom, la mission de paix de l'Union africaine en Somalie, dont l’État s'est effondré à partir de 1991 et qui est disputé depuis entre les différentes milices armées rivales.

 

Quant à Al Shabab, qui contrôle une partie du territoire somalien et a déjà mené des actions contre les intérêts kényans, elle est considérée par la CIA comme une organisation terroriste, entrenant des liens avec Al Qaeda.

 

Ce qui n'a guère de sens : on sait que l'agence nord-américaine a créé, financé et armé plusieurs groupes terroristes – depuis l'Afghanistan et l'Irak jusqu'à la Syrie, en passant par la Libye, le Mali ou la Somalie – les manipulant comme de véritables « troupes de choc » au service des intérêts impérialistes et de sa stratégie de division des peuples pour les dominer et piller plus facilement leurs richesses.

 

En Somalie, Al Shabab et d'autres milices des seigneurs de guerre sont financées par le trafic de drogue, par les rançons obtenues à partir d'enlèvement d'étrangers, par la piraterie maritime (déclenchée par l'arrivée sur les côtes somaliennes de flottes occidentales) et jusqu'à la « gestion », en partenariat avec la camorra napolitaine, du trafic de déchets toxiques rejetés dans cette région de l'Océan Indien...

 

Notée de façon discrète en Occident, l'intervention d'unités d'élite de la police israélienne (il s'agit de la Yamam, spécialisée dans la « lutte anti-terroriste ») à Nairobi n'est guère surprenante et confirme les bonnes relations Israel-Kenya et l'influence croissante de la diplomatie israélienne en Afrique sub-saharienne.

 

Pas surprenant parce que le « Westgate Mall » est propriété d'un homme d'affaires israélien, Alex Tratchenberg, installé dans la capitale kényane depuis des décennies. Et ce n'est pas surprenant au vu de la grande « expérience » de Tel-Aviv dans les opérations militaires à l'étranger et des relations politiques et économiques qu'il maintient avec des dizaines de gouvernements africains.

 

Cela fait longtemps que Nairobi et Tel-Aviv ont établi des relations diplomatiques, économiques et de sécurité. Le Kenya est un vieil allié d’Israël en Afrique orientale et, par exemple, en 1976, il a soutenu l'action israélienne contre les palestiniens, sur l'aéroport d'Entebbe, en Ouganda. Actuellement, les deux pays coopèrent dans les domaines militaires, de sécurité et agricole.

 

Des relations avec 40 pays.

 

 

Un article publié fin août sur le site internet de la revue « Afrique-Asie » rappelle l'évolution de la politique africaine de l'Etat hébreu.

 

Dans la décennie 1970, après les guerres d'agression d’Israël contre les palestiniens et d'autres peuples arabes (1967 et 1973) et quand les Nations unies ont adopté l'idée que le « sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale », seuls quelques pays d'Afrique ont maintenu des relations diplomatiques avec Israël.

 

Après les accords de Camp David (1978) et d'Oslo (1993), couronnés par la poignée de main entre Yasser Arafat et Yitzhak Rabin à la Maison Blanche, de nombreux États africains ont tissé des liens avec Tel-Aviv. Ils le justifiaient alors selon l'idée qu'ils « n'avaient pas à être plus arabes que les arabes ».

 

L'offensive israélienne en Afrique fut soutenue politiquement et financée par Washington. Dès les années 60 et 70, le budget consacré par la CIA aux opérations secrètes du Mossad au sud du Sahara – notamment en Angola, au Congo-Kinshasa, au Soudan et en Ouganda – approchait les 20 millions de $ par an.

 

Dès lors, de façon discrète et patiente, Israël a multiplié les formes de « coopération » avec les pays africains. Il accueille des étudiants, forme des techniciens dans le domaine agricole, entraîne des militaires – ce qui lui a permis de mettre en place des réseaux d'influence et d'information sur une bonne partie du continent.

 

La vente d'armes (en 2012, Israël était le 8 ème exportateur mondial d'armes) et, surtout, la formation d'agents de services de sécurité et de corps de policiers d'élite, occupent aujourd'hui une place privilégiée dans les relations entre Israël et près de 40 pays africains – parmi lesquels les plus riches, comme l'Afrique du sud et le Nigeria.

 

Ainsi Israël joue non seulement le rôle de gendarme des États-Unis au Moyen-orient mais il est un des bras longs de l'impérialisme nord-américain en Afrique.

 

 

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