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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 05:31

loghi tsiprasLa « liste Tsipras » en Italie perd deux millions de voix sur le seul vote communiste de 2004 : comment crier victoire ?

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Que reste-t-il de la gauche italienne ? Le résultat de la « Liste Tsipras » est un des plus faibles qu'ait obtenu la gauche italienne depuis 1945. Il va servir néanmoins des projets de recomposition, dessinant les contours d'une gauche d'accompagnement de la politique du capital menée par le PD.

 

A l'annonce du résultat de la « Liste Tsipras, pour une autre Europe », 4,03 %, les promoteurs de ce projet n'ont pas lésiné sur le triomphalisme, insistant sur le dépassement du barrage fatidique des 4 % pour obtenir des élus et le retour de la « gauche » au Parlement européen.

 

Il faut dire que l'irrésistible dynamique promise par les groupies d'Alexis Tsipras n'a pas prise, les promesses d'un score à deux chiffres se sont révélées chimériques.

 

Liste Tsipras : un nouveau coup de barre à droite pour la gauche italienne

 

Comme en 2008 avec l'expérience de la « Gauche Arc-en-ciel », comme en 2013 avec la « Révolution civique » du juge Ingroia, le score de cette « gauche rassemblée », sans étiquette, sans logo, sans parti visible prenait la forme d'une courbe asymptotique tendant vers les 3 %.

 

Cette fois, ce fut 4 %. Mais à quel prix ?

 

Au prix d'une dilution encore de la composante communiste de cette liste, réduite au seul parti Refondation communiste (PRC), lui-même largement minoritaire sur les listes.

 

Au prix d'une ré-intégration de la formation de centre-gauche « Gauche, écologie et les libertés » (SEL) composée des liquidateurs qui ont quitté le PRC en 2009, connue pour leur mise en avant des questions sociétales et leur alliance étroite avec le Parti démocrate.

 

Leur chef charismatique, Nichi Vendola, avait participé à la mascarade des primaires du PD, servant alors de caution de gauche à la nomination en 2012 de Pier-Luigi Bersani. En 2013, c'est en coalition avec le Parti démocrate qu'ont été élus les 37 députés de ce parti au Parlement.

 

Au prix enfin de la mise en avant d'un ensemble de « personnalités » issues de la société civile – journalistes, avocats, profs de fac, le monde des capacités aurait-on dit au XIX ème siècle ! -, dont les têtes de liste se retrouvent proches de la revue « MicroMega », appartenant au groupe libéral de gauche l'Espresso/la Repubblica.

 

L'Espresso et la Repubblica, expression de la bourgeoisie culturelle romaine, ont joué un rôle non-négligeable dans le travail culturel et politique préalable à la liquidation du PCI. Ils sont depuis un organe officieux du Parti démocrate (PD).

 

Cette coalition représente donc un coup de barre à droite, un renforcement des positions d'alliance avec le PD et un nouvel effacement des forces communistes.

 

1 million de voix perdues sur 2009, 2 millions sur 2004 !

 

Et pourtant ces 4 % sont même loin de représenter une victoire électorale pour la « gauche italienne ». Comparons-les au résultat des précédentes élections européennes.

 

En 2004, les deux partis communistes – PRC et PdCI (Parti des communistes italiens) – se présentaient sous leur propre nom, leur logo, leur programme : ils obtenaient en tout 8,48 % (6 pour le PRC, 2,5 pour le PdCI), 2,8 millions de voix.

 

En 2009, en pleine crise après la scission des liquidateurs de Refondation, les deux partis communistes forment une liste commune qui réalise un honorable 3,4 % tandis que « Gauche écologie et libertés » (SEL) de Vendola rassemble 3,1 % des voix, ce qui fait en tout 6,5 % pour la « gauche dite radicale », et 2 millions de voix.

 

En 2014, la « liste Tsipras » réunit PRC, SEL et la nébuleuse société civile. Elle obtient 4,03 % des voix, ainsi que 1,1 millions d'électeurs.

 

Depuis 2004, c'est donc près des deux-tiers des anciens électeurs communistes, de gauche radicale qui se sont envolés.La moitié depuis seulement 2009. Comment parler de victoire dans ces conditions ?

 

Défense de l'UE, alliance avec le PD, liquidation de l'organisation communiste : le programme de la « liste Tsipras »

 

Mieux vaut pas non plus prêter attention au contenu de ce vote.

 

La « liste Tsipras » a fait campagne pour défendre l'Union européenne, l'euro, pour enfoncer l'Italie dans l'intégration capitaliste fédérale, la même qui a réduit l'Italie à la misère, liquidé la démocratie conquise dans le cadre national.

 

Elle a présenté son vote comme une possibilité de renforcer la « gauche » en Italie … dans laquelle on retrouve bien entendu le Parti démocrate (PD) de Matteo Renzi, maître d'oeuvre de l'austérité, qu'il s'agirait de tirer à gauche

 

Selon le député européen de la « liste Tsipras » Marco Furfaro, de la SEL, « nous avons envoyé 50 députés au Parlement européen ». Furfaro a bien sûr intégré les députés de la liste Tsipras à ceux du Parti démocrate (PD) de Matteo Renzi, maître d'oeuvre de l'austérité !

 

Le débat désormais en Italie porte sur la transformation-liquidation de ce qu'il reste de l'organisation communiste.

 

Refondation communiste vient de voter une résolution à son Conseil national pour une « SYRIZA à l'italienne ». Vieille marotte, on se souvient que le secrétaire-général Paolo Ferrero avait lancé en 2009 ses appels pour un « Die linke à l'italienne ».

 

Les modèles fanés changent, l'esprit de démolition reste !

 

SYRIZA à l'italienne ou courant culturel dans le PD :

deux revers d'une même pièce !

 

Dans le parti du liquidateur de 2008 Nichi Vendola, une partie de l'organisation est tentée par le modèle SYRIZA … ce n'est pas le cas de la majorité des parlementaires, dirigeant et jusqu'à son secrétaire, tous lorgnant vers le Parti démocrate (PD) à qui ils doivent leur poste d'élu.

 

Ainsi, le chef du groupe à la Chambre des députés, Gennaro Migliore, a déjà appelé à réfléchir à la « constitution d'une formation politique unitaire avec le PD ».

 

Migliore est également parmi ceux qui ont poussé le député européen SEL à ne pas entrer dans le groupe parlementaire GUE/NGL, un comble pour ceux qui ont porté une liste avec Alexis Tsipras à sa tête !

 

Dans ce parti ultra-personnalisé, c'est bien sûr la voix du chef qui compte : Nichi Vendola a parlé, dansl'Unità du 1er juin. Un entretien édifiant.

 

Vendola commence par saluer dans le vote Tsipras en Italie, en Grèce « la lumière d'un européisme de gauche contre les dérives populistes ».

 

Puis, malgré ses déceptions sur le gouvernement Renzi, souligne que « Renzi est un des leaders les plus forts sur la scène européenne (…) on attend le changement évoqué dans ses discours, avec son âge, son effervescence. Il a une responsabilité, une chance extraordinaire : être le levier pour faire sauter la chape de plomb de l'austérité ».

 

Parle-t-on vraiment du blairiste Renzi, le champion des réformes structurelles, de l'austérité européenne ?

 

Continuons, pour la liste Tsipras, Vendola évoque un « résultat miraculeux » pour un « choix de dernière minute ». Son horizon reste « l'alliance avec le PD, à condition qu'il renoue avec le changement ».

 

La gauche que Vendola veut construire doit être « moderne, post-idéologique (sic), plurielle, capable de se forger une identité à travers les cultures du féminisme, de l'écologisme, des libertés ». Avec le Parti démocrate du jeune et effervescent Renzi, bien sûr.

 

En 2008, les dirigeants de Refondation, le clan Ferrero et le clan Vendola nous avaient joué le coup du divorce à l'italienne, « un pied dedans, un pied dehors » du Parti, pour mieux réaliser le crime parfait : liquider l'organisation communiste et réaliser leur idylle cachée.

 

En 2014, ils nous jouent l'histoire des retrouvailles, le mariage à l'italienne se déchirent sur deux projets aux calculs différents – SYRIZA à l'italienne ou courant culturel dans le PD – mais se retrouvant dans un mariage d'intérêt sur le même but : constituer une force de gauche fourre-tout, réformiste, européiste, canalisant vers la social-démocratie.

 

Que d'hypocrisie, que de faux-semblants, que de gâchis pour le peuple italien laissé orphelin depuis plus de deux décennies, soumis à l'austérité la plus dure et réduit à l'impuissance. L'effondrement de la gauche italienne, de son mouvement ouvrier, de la situation de son peuple suit celui de la destruction de l'organisation communiste. Une leçon pour nous.

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Italie
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commentaires

Rubio 05/06/2014 13:44


Y a-t-il encore une gauche en Italie? Qui en est responsable? J'ai envie de dire les Italiens eux-mêmes. Je ne dédouanne pas le rôle néfaste joué pendant des années, des décénies par la
social-démocratie italienne pour affaiblir le disparu PCI, tout leur prut bon pour ce massacre, je constate par ailleurs que la social-démocratie espagnole, le PSOE, fit de même dès le
lendemainde leur victoire électorale de 1982, les sieze anées qui suivirent furent consacrées à cela, à faire disparaître le PCE, sans succès, mais il fut affaibli. La désinformation, la
corruption et toutes les préciosités requises pour en arriver à ces résultats, sont le pur produit de la "politique" italienne depuis , au bas mot, 1945. Ces résultats électoraux en sont la
preuve. Et le peuple, que fait-il? Mystère.