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18 octobre 2014 6 18 /10 /octobre /2014 06:01

Balles affiche copieLe 14 juillet 1953, un massacre oublié : 6 algériens, 1 communiste exécutés par la police française en plein Paris

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

L'histoire officielle a la mémoire sélective. Elle passe sous silence le 17 octobre 1961, comme elle oublie le 8 février 1962. Mais qui connaît le 14 juillet 1953 ? Qui sait qu'il s'agit d'un des plus grands crimes de la police française du XX ème siècle ? Qui sait qu'un massacre de 7 militants a été commis en plein Paris ?

 

Le film de Daniel Kupferstein « Les balles du 14 juillet 1953 », tout juste sorti, a un mérite indéniable : celui de sortir de l'ombre un massacre oublié, exhumé déjà par Danielle Tartakowsky, entre autres.

 

1952, 1953 : la police tue des Algériens à Paris et dans le reste de la France

 

14 juillet 1953, on est en pleine guerre d'Indochine. L'armée française ploie sous l'organisation et la détermination du Vietminh, les communistes indochinois menés par Ho-Chi-Minh. La police française intensifie la répression contre les militants pacifistes. Raymonde Dien et Henri Martin deviennent des symboles de la résistance en France au colonialisme, incarnée par le PCF.

 

En Afrique du nord, les tensions montent aussi, le mouvement indépendantiste se radicalise. En France, les nationalistes alors regroupés dans le MTLD de Messali Hadj multiplient les manifestations, réclament l'indépendance, sortent le drapeau algérien.

 

En mai 1952, après l'annonce de l'assignation à résidence de Messali Hadj, les manifestations de solidarité foisonnent dans les villes de province, la police les réprime dans le sang : 1 mort à Mézières, 1 autre au Havre et un dernier à Montbéliard.

 

Le MTLD se joint à certains défilés de la classe ouvrière, organisée par le PCF et la CGT, comme le 1 er mai 1953 avec ses mots d'ordre, portraits (de Messali Hadj), drapeaux algériens.

 

Le 28 mai 1952, le militant communiste algérien Hocine Belaid est tué par la police, lors des manifestations contre la venue du Général américain Ridgway, responsable de la guerre sale en Corée.

 

La police a donc déjà tué au moins quatre fois entre 1950 et le 14 juillet 1953. Ce jour-ci, la CGT et le PCF organise comme chaque année depuis 1935 – avec l'interruption de la guerre – un défilé populaire, anti-fasciste entre Bastille et Nation qui rassemble plusieurs dizaines de milliers de militants ouvriers français et plusieurs milliers d' algériens.

 

Il ressort des archives de police, des témoignages de survivants que la police avait l'intention ce 14 juillet de ne plus reculer face aux cortèges disciplinés et résolus du MTLD. Cette fois, ils emploieraient la manière forte.

 

Une provocation policière préméditée

 

De fait, au moment où la manifestation est en train de se disperser, à Nation, des coups de feu sont tirés, l'incompréhension domine la tribune, la panique saisit la foule. Les versions divergent, entre la police qui prétend la légitime défense, les manifestants l'agression délibérée de la police.

 

Ce sont les versions reprises dans la presse. L'Humanité communiste dénonce l' « odieuse provocation policière », pleure les victimes algériennes et communistes. L'Aurore, le Figaro pointent une « émeute communiste », une « agression algérienne » et justifient les méthodes policières. Le Populaire socialiste se désintéresse de l'affaire.

 

Aujourd'hui, les témoignages, les archives permettent d'arriver sur certains points d'accord :

 

1 – les manifestants étaient sans armes alors que les policiers ont tiré à balles réelles, à l'horizontale ;

 

2 – ce ne sont pas « 12 douilles » comme prétendus alors qui ont été tirés mais plusieurs centaines de balles ;

 

3 – l'événement déclencheur est la tentative d'un brigadier de confisquer le drapeau algérien des manifestants. Celui-ci bousculé aurait glissé dans le cortège. Sans vélléité agressive des manifestants, et sans sommation, les policiers ont alors ouvert un feu nourri vers les manifestants ;

 

4 – les témoignages des agents de police encore vivants, les documents d'archive semblent indiquer une vraie préméditation de la part de l'encadrement, une volonté d'en « découdre avec les Algériens » ;

 

Tous ces éléments infirment la thèse de la légitime défense, et confirment ce que l'Humanité dénonçait dès le 15 juillet : une « odieuse provocation » au bilan sanglant, 6 jeunes nationalistes sont morts, tout comme un militant de la CGT, également communiste. Il faut ajouter une cinquantaine de blessés selon la Police, mais le chiffre est sans doute sous-évaluée.

 

Leurs noms : Amar Tabjadi, 26 ans ; Abdallah Bacha, 25 ans ; Larbi Daoui, 27 ans ; Abdelkader Dranis, 31 ans ; Mohammed Isidore Illoul, 20 ans, ; Medjen Tahar ; et Maurice Lurot, 40 ans, mort après avoir tenté de secourir un Algérien tombé sous les balles de la police.

 

Ré-organisation de la police : vers des brigades de choc

 

On retrouve dans cette violence déchaînée, la violence sanguinaire de la troupe à la fin du XIX ème siècle contre la classe ouvrière. On se souvient de la répression du 1er mai 1891 à Fourmies et ses 9 morts. Il ne faut pas oublier non plus qu'en 1947-1948 la police comme l'armée avaient violemment réprimé les grèves organisées par la CGT et le PCF, jusqu'à envoyer les chars.

 

Les débats parlementaires après le massacre du 14 juillet 1953 ne manquent pas de sel. Le ministre de l'Intérieur radical-socialiste défend les victimes policières, contraintes à la légitime défense. Des députés de centre-droit demandent l'interdiction des manifestations, la déchéance de nationalité pour les Algériens de France.

 

De fait, ce massacre ne sera pas sans conséquence. Les défilés du 1 er mai comme ceux du 14 juillet seront interdits à Paris entre 1953 et 1968. Le défilé populaire du 14 juillet ne s'en remettra jamais.

 

La police est aussi fortement réorganisée. En 1951, les anciens policiers collaborateurs étaient ré-intégrés à la police « républicaine », alors que Maurice Papon est nommé secrétaire-général de la Préfecture de police.

 

Après 1953, des « brigades de choc » sont créées pour lutter contre les Algériens subversifs.

 

C'est la Brigade agressions et violences (BAV). Elle est présentée comme une force de défense contre les agressions nocturnes imputées aux Algériens. Elle est de facto une police d'exception pour les Nord-Africains, chargés de les surveiller, les contrôler, les ficher.

 

Elle ne s'arrête pas à la surveillance. Elle sera spécialiste des rafles dans les quartiers populaires, tandis que le préfet de police Papon tentera d'importer via cette brigade les méthodes de la « stratégie contre-insurrectionnelle » expérimentée en Algérie, non sans résistances internes.

 

De l'autre, ce sera tardivement la recréation des Brigades nord-africaines actives entre 1925 et 1945, et notamment les « forces de police auxiliaire » (FPA), composées d'Algériens, qui à partir de 1960 va employer toutes les méthodes pour lutter contre le FLN, dont la torture généralisée.

 

L'armement de la police régulière change aussi, pour devenir plus meurtrier. C'est en 1953 que l'on équipe la police du « bidule », une sorte de manche de pioche d'un mètre de long et de 5 cm de diamètres capables, dixit les services de police de « fracasser un crâne aussi facilement qu'un œuf à la coque ».

 

Les « assassins de la mémoire », les « criminels de l'histoire »,

ce sont d'abord l'Etat français, les socialistes !

 

Ce massacre du 14 juillet 1953 fut donc la répétition générale des deux grands carnages parisiens de la guerre d'Algérie.

 

Le 17 octobre 1961 où plus d'une centaine de nationalistes algériens sont massacrés par la police de Papon, jetés à la Seine. Et le « massacre de Charone », le 8 février 1962, quand 8 militants CGT et PCF trouvent la mort, écrasés contre la grille de métro, ou le crâne fracassé après une charge policière.

 

Comment ce massacre peut-il être oublié aujourd'hui ? Certes, certains regrettent que le FLN en Algérie, le PCF en France n'aient pas fait assez pour faire connaître ces faits, les intègrent à leur mémoire.

 

Mais ce procès occulte les vrais responsables, les « assassins de la mémoire », mais aussi les criminels de l'histoire.

 

Il faut pointer du doigt la police française, le gouvernement composé alors de la « Troisième force ». En 1953, les radicaux-socialistes, les démocrates-chrétiens (MRP), la droite du CNIP, ainsi que les sociaux-démocrates de l'UDSR dont François Miterrand.

 

Les socialistes de la SFIO – qui font alors partie de la « Troisième force » anti-communiste, colonialiste, atlantiste avec le MRP et les radicaux – sont les premiers « assassins de la mémoire », silencieux dès le 15 juillet 1953, au cœur de la répression des nationalistes algériens sous la main sanglante de Guy Mollet et François Mitterrand.

 

Le PCF, la CGT étaient alors engagés pleinement dans la lutte contre la guerre d'Indochine. Ils étaient aussi au cœur de l'énorme grève des agents de la fonction publique qui va paralyser le pays.

 

Cela ne les empêchera pas le PCF d'organiser un grand meeting-hommage au Cirque d'Hiver le 21 juillet qui sera un succès de masse, tandis qu'à la section PCF du 18 ème (celle de Maurice Lurot) une chapelle ardente était érigée pour un dernier hommage aux 7 victimes.

 

Les corps sont ensuite exposés à la Maison des métallos – le corps de métier de Maurice Lurot – avant que ce dernier soit enterré au Père-Lachaise et que le corps des six jeunes Algériens soient rapatriés en Algérie.

 

Que les communistes n'en aient pas fait assez pour rappeler cette mémoire tragique, peut-être. Mais une concurrence macabre des mémoires n'a pas lieu d'être. Surtout, ils occultent les vrais criminels, les vrais complices, en premier lieu la famille socialiste – au cœur de l'agenda colonial.

 

François Hollande a mis son mandat sous l'égide de Jules Ferry. L'apôtre de la « mission civilisatrice » française, le conquérant du Tonkin et de la Tunisie. Ferry « le tonkinois » n'est pas notre modèle, c'est en 2014 celui de notre président.

 

Nous avons été gouvernés pendant 14 ans par un président socialiste qui proclamait que la France s'étendait des « Flandres au Congo » que l' « Algérie, c'était la France ». Sous son passage au Ministère de l'intérieur, 45 nationalistes algériens sont guillotinés.

 

 

Au moment où nous commémorons le 53 ème anniversaire du 17 octobre 1961, où on veut nous enfermer dans une fratricide guerre des mémoires – quand on ne peut plus garantir l'oubli imposé –, souvenons-nous du 14 juillet 1953, dénonçons les responsables de ce crime odieux.

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Algérie
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