Rubalcaba-lider-partido-griego-Syriza_EDIIMA20130530_0670_1.jpgLe chef de Syriza, Alexis Tsipras, rencontre à Madrid ... les dirigeants du PS espagnol et propose des points de convergence

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

La nouvelle a fait grincer des dents du côté d'Izquierda Unida. Invité par cette formation politique, membre du PGE (Parti de la gauche européenne), Alexis Tsipras a de son propre chef sollicité une rencontre préalable avec les dirigeants du PSOE.

 

Izquierda Unida (IU) avait annoncé en grande pompe une conférence de presse au Congrès des députés espagnol avec le coordinateur d'IU Cayo Lara, le président du PGE Pierre Laurent et les secrétaires des deux centrales syndicales réformistes espagnoles, CC.OO et UGT.

 

La « guest star » de cette initiative, le président du parti « de gauche » grec SYRIZA, Alexis Tsipras. Une rencontre préparatoire à la grande opération préparée par le PGE en vue des européennes de 2014, autour d'une gauche euro-compatible.

 

Cayo Lara avait présenté, lors de la X ème Conférence d'Izquierda Unida, SYRIZA comme le modèle organisationnel à suivre. Un objectif que ne partagent pas un certain nombre de militants communistes, ainsi que l'UJCE (JC espagnole), voyant plutôt dans le KKE un point de référence.

 

Or, Alexis Tsipras joue aussi une carte plus personnelle, dans un projet politique plus large : se poser comme leader de toute la gauche unie européenne, allant jusqu'au PS. C'est ainsi qu'il a sollicité une rencontre avec les dirigeants du PSOE, et s'est vu invité à une initiative commune.

 

Ce 30 mai, Tsipras était l'invité d'honneur d'une initiative organisée par les « Fondation Alternatives » et « Association des économistes face à la crise », deux fondations liées au PS, l'équivalent (plus à gauche, si!) de nos Fondations Terra Nova ou Jean-Jaurès.

 

Parmi les autres intervenants, non seulement le secrétaire-général du PSOE Alfonso Perez Rubalcaba mais aussi l'ancienne ministre socialiste Cristina Narbona, l'économiste socialiste Jorge Fabra Utray et un vétéran de la liquidation du communisme, Nicolas Sartorius.

 

« Quelle Europe voulons-nous ? », était le thème du débat. Les réponses d'Alexis Tsipras sont, comme toujours, éclairantes sur un projet politique qui se propose de réformer l'Union européenne, dans un projet d'aménagement du capitalisme, le tout en collaboration avec le capital européen.

 

Tsipras propose ses conseils au PSOE : retrouvez l'esprit de Felipe Gonzalez (sic) !

 

Pourquoi Alexis Tsipras, le pourfendeur du PASOK – avec lequel pourtant sa formation collabore dans les pouvoirs locaux et régionaux – a-t-il sollicité cette rencontre avec les dirigeants du PSOE, pionniers de la politique de casse sociale européenne, avec le plan d'austérité de Zapatero en 2008 ?

 

Tsipras a rendu public un échange privé avec Rubalcaba lui avouant que l'héritage de la casse sociale orchestrée par Zapatero était lourd à porter politiquement. Sa réponse :

 

« Je lui ai dit qu'il fallait qu'il fasse un changement de cap vers la gauche, qu'il en finisse avec cette politique de soumission aux dogmes néo-libéraux ».

 

En fait, loin de critiquer le rôle objectif et historique joué par la social-démocratie, Tsipras regrette juste que le PS … ait abandonné son rôle historique de canalisation du mouvement social, de rempart face au mouvement révolutionnaire :

 

« La social-démocratie s'est rendue à l'hégémonie néo-libérale qui n'a plus rien à voir avec Mario Soares (sic) ou Felipe Gonzalez (re-sic), elle est à la croisée des chemins ».

 

Nos camarades espagnols apprécieront l'hommage à Felipe Gonzalez, à l'avant-garde des politiques de dérégulation du marché du travail, artisan de l'entrée dans la CEE puis dans l'OTAN !

 

Tsipras ajoute une couche, rappelant l'exemple du PASOK : « Dans notre pays, cela a conduit à la rupture avec les couches sociales qu'elle représentait ».

 

Conseil ultime de Tsipras : « la social-démocratie doit se demander si elle va vers la droite néo-libérale ou préfère s'allier avec la gauche. Avant les élections, on disait que la victoire de SYRIZA conduirait au départ des entreprises, c'est ce qui se passe avec ce gouvernement de la Troika ».

 

La négation de toute analyse de classe : toutes les fractures « sociales » sont bonnes … sauf celles de classe !

 

Le plus frappant dans le discours prononcé par Tsipras est l'absence de toute analyse de classe, substituant la fracture de classe par diverses « fractures sociales ».

 

Première fracture : celle opposant les « citoyens » aux « marchés ». Les « citoyens », ce sont toute la population, patrons comme ouvriers, cadres supérieurs comme employés. Les « marchés » sont censées être des forces impersonnelles, incontrôlables, détachés des rapports de propriété.

 

Le programme de Tsipras est alors simple : rétablir la « démocratie » citoyenne contre la dictature des marchés, remettre l'  « humain » au centre face à l' « inhumanité » des marchés. Dans cette œuvre, toutes les bonnes volontés sont les bienvenues, y compris celle des patrons.

 

Le 13 mai dernier, Alexis Tsipras s'est ainsi rendu à l'Assemblée annuelle de la Fédération des industriels grecs (MEDEF héllène) pour réaffirmer ses meilleures dispositions à leur égard.

 

Deuxième fracture : celle opposant « pays du Sud » aux « pays du Nord ». Tsipras dénoncé l'égoisme allemand, propose un « front commun » des pays du Sud, non pas pour sortir de l'Europe mais au contraire obtenir une modification du rapport de force dans l'UE.

 

Démagogie germanophobe ? Un zeste mais dans le fond, le discours est bien plus celui d'une collaboration bien sentie : « Préférons-nous une Allemagne européenne ou une Europe allemande ? »

 

« On aurait du (les pays du Sud) faire front commun et dire : avec cette politique, c'est l'Euro au nord du Rhin. L'Allemagne aurait alors eu à réfléchir au retour au Mark et si ils auraient eu le même rôle hégémonique sans l'Euro. Avec cette politique, l'Europe va à la catastrophe ».

 

Dans sa politique d'alliance entre « pays du Sud », naturellement, Tsipras a besoin de la collaboration des Partis socialistes d'Europe du sud, dont les PS portugais et espagnols, ainsi que de la bourgeoisie de ses pays-là.

 

Troisième fractrure : celle entre les « jeunes » qui votent SYRIZA et les « vieux » qui votent à droite. Une ligne de fracture tout autre que de classe poursuivant un but politique : faire passer SYRIZA pour le parti de l'avenir, canalisant la colère d'une jeunesse frappée par le chômage et instable politiquement.

 

Là où la social-démocratie se présentait comme le « parti de la classe ouvrière » pour mieux proposer ses services à la bourgeoisie, Tsipras se présente comme le « parti des citoyens », de la « jeunesse », des « pays du Sud » pour mieux gommer toute conscience de classe !

 

SYRIZA représenterait la jeune gauche, moderne, ouverte sur les nouveaux mouvements sociaux, la force de renouvellement de la gauche traditionnelle, socialiste et communiste, de vieille tradition ouvrière ... en même temps que leur réconciliation ultime.

 

Une ligne résolument européiste : « SYRIZA va sauver l'Europe »

 

De façon quasi obsessionnelle, Tsipras tient à inscrire SYRIZA dans le consensus pro-européen dominant, mieux de la présenter comme la seule force capable de sauver l'Euro et l'Union européenne.

 

« SYRIZA n'est pas l'ennemi, mais l'allié numéro un de l'Europe. Ceux qui appliquent l'austérité détruisent l'Europe. Les européistes, c'est nous ».

 

En signe d'allégeance, Tsipras a même cité un « père fondateur » de la CEE, Jean Monnet, le banquier, l'homme de main des américains en France après-guerre : « nous ne créons pas une alliance entre Etats, nous unissons des êtres humains ».

 

Faire passer le père du marché commun, Monnet, comme un « humaniste », la ficelle est grosse. Mais elle n'est pas la seule référence historique commune entre SYRIZA et les partis socialistes comme les partis de droite conservateurs.

 

Nouveau Plan Marshall, New Deal, Euro-bonds : sortir de la crise en restant dans le capitalisme ... et en renforçant l'UE !

 

Car Tsipras n'en reste pas aux déclarations d'intention. Il avance des propositions claires pour sortir de la crise … tout en restant dans le capitalisme et renforçant l'intégration européenne, inscrivant le tout non dans une lutte mais dans l'adoption de propositions de bon sens par les dirigeants de l'UE.

 

« Nous présentons un plan politique qui vise au sauvetage de l'Europe, à partir des pays du sud », avance Tsipras

 

Première idée : la sollicitation d'uneréduction de la dette de la Grèce, dans l'intérêt de l'UE. Sa référence historique, « les accords de Londres de 1953 qui ont liquidé 60% de la dette allemande et un moratoire pour payer le reste. C'est ainsi que nous avons évité la guerre ».

 

Une vision totalement a-historique, déconnectée de toute analyse de classe et anti-impérialiste :

 

La dette de la RFA a été re-structurée en 1953 dans un contexte de guerre froide. L'Allemagne de l'ouest constituait, dans le dispositif de l'OTAN, un rempart contre le communisme et un allié indispensable dans le redressement du capitalisme européen.

 

Tsipras veut sensibiliser les dirigeants européens : peut-être veut-il leur montrer que leur intérêt est d'aider la Grèce à se relever pour sauver l'Euro, l'UE donc le capitalisme européen. La seule différence : la Grèce est plus le maillon faible que le maillon fort de cette Europe-là.

 

Deuxième idée : un plan d'investissements pour redresser l'économie européenne. Ce plan, pour lui, se nomme« nouveau plan Marshall » pour l'Europe, un « New Deal généreux et efficace ».

 

Qui dit « Plan Marshall », « New Deal » dit nécessairement sortie de crise par le renforcement du capitalisme, sollicitation d'investissements privés mais aussi publics pour relancer la machine capitaliste.

 

Enfin, Tsipras propose une « banque européenne d'nvestissement pour promouvoir l'emploi et la cohésion sociale. Et que la Banque centrale européenne joue réellement son rôle de banque de prêts ».

 

Tsipras a relancé l'idée de l' « émission d'euro-bonds », la vieille proposition des socialistes européens, qui constituerait une vaste socialisation, à l'échelle européenne, des dettes publiques nationales, elles-mêmes héritées de la socialisation des dettes privées.

 

Pour conclure, le projet de Tsipras, c'est : sauver le capitalisme européen, en comptant sur les bonnes volontés des investisseurs ; renforcer l'intégration européenne, en proposant ses services pour « sauver l'Europe » et réformer l'Union européenne !

 

Les dirigeants socialistes espagnols pour une « alliance intelligente » avec Tsipras

 

Quelle fut la réponse des économistes et dirigeants socialistes réunis ? Enthousiaste.

 

L'économiste Jorge Fabra Utray l'a présenté comme « le futur premier ministre grec ». Il faut « que ta voix se fasse entendre au Conseil européen » a souhaité l'économiste socialiste.

 

L'ancienne ministre Cristina Narbona et le liquidateur Nicolas Sartorius ont rejoint les thèses exprimées par Tsipras.

 

Sartorius, un des dirigeants fondateurs d'IU, aujourd'hui au PS, a lancé un appel à une « smart alliance » avec le parti de Tsipras et d'autres forces de gauche, plutôt qu'un « front des pays du Sud contre ceux du Nord ».

 

L'ancienne ministre socialiste a analysé la crise comme un prétexte pour « mener à bien une idéologie bien précise ». Pour elle, il faut élaborer « une grande alliance des citoyens européens, par-delà les frontières, sur les bases de l'équité et du progrès ».

 

Narbona a tenu à défendre le PSOE en insistant sur le fait qu' « ici nous ne gouvernons pas avec la droite, nous gouvernons avec IU en Andalousie et en Asturies, et nous faisons des choses différentes que celles du gouvernement du PP ».

 

Encore une épine dans le pied d'IU, car rappelons les premières mesures adoptées par la nouvelle Junte régionale d'Andalousie de « gauche » : augmentation du temps de travail, baisse des salaires de leurs fonctionnaires et licenciement d'une partie du personnel de la communauté régionale.

 

La visite d'Alexis Tsipras à Madrid est lourde de sens et révélatrice du programme du Parti de la gauche européenne dont il est désormais la figure de proue :

 

ré-orienter le PS vers la gauche, pour une sainte alliance réformiste ; sortir de la crise en restant dans le capitalisme, avec un plan de relance keynésienne (New Deal) aux références atlantistes (Plan Marshall) ; enfin sauver l'Europe, en renforçant toujours plus l'intégration européenne au service du capital (euro-bonds, renforcement de la BCE, de l'Euro).

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