tunisia-qatar-e1335460384760.jpgLe président tunisien Marzouki publie un livre pour vanter sa « démocratie » et prend le parti du Qatar contre ses citoyens

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Le président de la République tunisienne présentait ce 12 avril à Paris son livre sur son apport à la « démocratie ». Quelques jours auparavant, ils prenaient la défense du Qatar, une des dictatures les plus obscurantistes au monde : un révélateur d'une révolution confisquée.

 

Ce vendredi 12 avril, Moncef Marzouki était présent à Paris, reçu en grande pompe par Jack Lang – son ami, compagnon de son exil doré qui l'avait fait nommer professeur à Paris XIII – pour présenter son livre « L'invention d'une démocratie : les leçons de l'expérience tunisienne ».

 

Marzouki s'y est présenté comme un « bricoleur » autant qu'un un arbitre de la « démocratie » naissante : préservant le pays des extrémistes, prêt à tous les compromis avec les « démocrates » islamistes d'Ennahda, pour sauver le pays de périls plus graves encore.

 

Un discours qui a de plus en plus de mal à passer en Tunisie. Surtout après les déclarations de Marzouki le 11 avril, soit la veille, alors qu'il recevait à Tunis des mains du procureur du Qatar un chèque de 28 millions de $.

 

A la remise du chèque symbolique, issu du compte de l'épouse de l'ancien président Ben Ali, le président tunisien a fait du zèle, mettant en scène la remise du chèque, saluant les bonnes grâces de l’État « ami et frère » qatari.

 

Il a surtout lancé de lourdes menaces contre les laïcs « extrémistes » qui critiqueraient l'Etat qatari : « Je mettrai ceux qui insultent ce pays devant leurs responsabilités et face à la loi ».

 

Les déclarations de Marzouki, faisant suite par ailleurs à des propos du même acabit lors de sa visite à Doha le 25 mars dernier, ont suscité l'indignation de l'opposition laique et démocratique en Tunisie.

 

Ses maladresses répétées, sa capacité à faire l'unanimité contre lui dérangent désormais jusque son allié et parrain d'Ennahda. Le parti islamiste envisagerait de faire volte-face et de soutenir désormais la mention de censure parlementaire contre Marzouki.

 

Loin d'être une défaite, cela permettrait de placer au palais de Carthage le numéro deux d'Ennahda : Hamadi Jebali, protégé des milieux patronaux et des États-Unis, qui avait lancé en début d'année la proposition d'un « gouvernement technocratique », inspiré de l'exemple italien de Monti.

 

Les masques tombent sur Marzouki. Son rôle de pantin des islamistes d'Ennahda, la fonction de son parti comme alibi à la transformation par Ennahda de la Tunisie en un Etat islamiste, libéral économiquement, aligné derrière les Etats-unis sont désormais manifestes.

 

Celui qui se présentait comme un « militant des droits de l'Homme » fait désormais l'apologie d'un Etat qui a condamné à mort un poète appelant à suivre l'exemple de la révolution tunisienne. Sa chute ne doit pas faire oublier l'essentiel : la main-basse du Qatar sur la Tunisie.

 

La politique du Qatar envers la Tunisie est révélatrice non seulement de la stratégie du Qatar pour acquérir l'hégémonie dans la région mais aussi de la trajectoire d'une révolution confisquée.

 

Première étape : acheter la classe politique tunisienne, islamiser le pays

 

Tout d'abord, par l'achat d'une classe politique tunisienne au service de l'émirat.

 

Il ne s'agit pas tant de Marzouki que du parti Ennahda de Rachid Ghannouchi et Hamadi Jebali, qui a écrasé l'élection de la Constituante en 2011, avec 37% des voix (30 points de plus que sur le parti de Marzouki!) et 89 sièges sur 217.

 

La campagne de millionnaire d'Ennahda en 2011, la couverture médiatique compaisante d'Al Jazeera, la nomination de proches du Qatar à des postes clés, tel le ministre des Affaires étrangères tunisien Rafik ben Abdessalem ne laissent guère de doute sur l'origine de l'argent d'Ennahda.

 

Selon le ministre syrien des Affaires étrangères, interviewé par « The Independent », le Qatar aurait versé 150 millions de $ à Ennahda pour financer sa campagne, une information reprise récemment par un ouvrage français, écrit par Chesnot et Malbrunnot, sur la politique du Qatar.

 

Rachid Ghannouchi, lui qui a passé 20 ans dans un exil doré londonien, est non seulement un proche du Qatar mais aussi des États-Unis. Les propos d'Hillary Clinton en 2011 sur la nécessaire « collaboration » avec Ennahda n'étaient pas seulement guidés par un pragmatisme de circonstance.

 

Selon Wikileaks, les contacts entre Ennahda et l'ambassade américaine à Tunis sont de longue date. Le parti islamiste aurait convaincu Washington qu'il constituait l'aile « libérale » de l'opposition, le meilleur garant des intérêts politiques et économiques des Etats-unis dans la région.

 

Deuxième étape : racheter le pays, faire main basse sur les sources de profit

 

Ensuite, par la prise de contrôle économique du pays.

 

Les islamistes d'Ennahda attendaient en 2011 un don du Qatar de plusieurs milliards de dollars pour la Tunisie. Le Qatar ne sacrifiant pas ses intérêts économiques à ses ambitions politiques, ils ont obtenu un prêt de 1 milliard de dollars, avec un taux d'intérêt de 2,5%.

 

Le Qatar est devenu en 2012 le premier investisseur en Tunisie, avec 800 millions de $ d'IDE, loin devant le second partenaire, traditionnel, la France.

 

Des investissements mais zéro emploi, des acquisitions à coups de millions des grands groupes tunisiens.

 

Rn quelques mois, Qatar Airways obtient des avantages commerciaux aux dépens de Tunisair à la dérive, Qatar Telecom devient un actionnaire majeur de Tunisiana tandis que la Qatar National Bank vient de racheter la banque tuniso-qatarie.

 

Les investissements majeurs du Qatar se concentrent sur les principales richesses de la Tunisie, convoitées non seulement par la France, les Etats-unis mais désormais aussi par le Qatar, source de profits faciles pour l'émirat.

 

Parmi ces projets stratégiques, le projet de raffinerie de la « Shkira » confié à Qatar Petroleum, celui de la mine de phosphate – la Tunisie est le 5 ème producteur mondial de cette ressource convoitée par les grandes puissances – de Sra-Ouertane livrée aux intérêts Qataris.

 

Les autres projets concernent des projets de gigantesques complexes immobiliers touristiques, tel « Diar Qatar », 150 ha de villas de luxe, de parcours de golf, de lacs artificiels au cœur des palmeraies, une aberration sociale et écologique dans un pays gangrené par la pauvreté de masse.

 

Le point commun entre tous ces projets, c'est qu'il s'agit de projets déjà négociés sous Ben Ali et octroyés au Qatar dans des conditions douteuses. Loin de remettre en cause ces marchés frauduleux, le nouveau gouvernement les a confirmé, bradant même ces joyaux du pays.

 

Ainsi, alors que Ben Ali avait cédé la raffinerie de Shkira pour 6,5 milliards de $, le nouveau gouvernement y a intégré pour le même prix la totalité de la mine de Sra-Ouertane, pour laquelle ben Ali ne prévoyait qu'une concession de 25% pour 3 milliards de dollars.

 

Troisième étape : intégrer la Tunisie aux plans régionaux du Qatar et des Etats-unis

 

Enfin, par l'intégration de la Tunisie aux plans qatari pour la région.

 

Les plans du Qatar s'inscrivent à la fois dans une stratégie nationale originale et dans les plans de l'impérialisme américain et européen dominants dans la région.

 

Sa propre stratégie consiste à se doter d'une sphère d'influence dans l'ensemble du monde arabe, un espace stable garant de retour sur investissement à deux chiffres pour les pétro-dollars qataris, reposant sur une « paix sociale » garantie par des régimes islamistes, réactionnaires et libéraux.

 

Dans sa stratégie, le Qatar finance en sous-main les groupes islamistes radicaux, en Libye hier, aujourd'hui au Mali et en Syrie, tandis que les Frères musulmans, au cœur des événements en Egypte, et parrain du Hamas paletinien, sont alimentés par les fonds Qataris.

 

Depuis les « révoltes arabes », le Qatar finance aussi les régimes islamistes en place.

 

Ainsi, le Qatar a octroyé un prêt de 5 milliards de $ à l'Egypte au début de l'année, en parallèle au plan d'aide du FMI. L'émirat vient de rallonger 3 milliards de $ supplémentaires, la Libye proche du Qatar faisant de même, pour éviter la banqueroute de l’État dominé par les Frères musulmans.

 

Dans le même temps, le Qatar prévoit, comme en Tunisie, de faire main basse sur les richesses de l'Egypte : son plan d'investissement de 18 milliards de $ concerne le gaz naturel, l'électricité et le secteur du tourisme et de l'immobilier, dans lequel le Qatar investit massivement.

 

La politique du Qatar se parfait en Palestine où l'émirat, proche du mouvement islamiste Hamas, tente de contrôler la résistance palestinienne, avec son annonce d'une aide de 400 millions de $ fin 2012, aujourd'hui d'un fonds international pour la Palestine.

 

Le jeu des Qataris peut s'opposer pays par pays à la stratégie d'un autre régime obscurantiste : l'Arabie saoudite. Les Qataris soutiennent les « Frères musulmans », les Saoudiens les « salafistes ». Cela explique les véritables enjeux de la lutte entre groupes islamistes en Tunisie et en Égypte.

 

Toutefois, les deux pays restent unis dans un même combat, celui contre les forces laïques et progressistes, et dans une même allégeance : celle à l'impérialisme américain, européen et sioniste.

 

Outre les manœuvres en Palestine, pour étouffer la véritable résistance à Israël, en Egypte, de concert avec le FMI, en Libye, en coopération avec l'OTAN : c'est désormais en Syrie qu'apparaît le rôle du Qatar, comme bras armé de la contre-révolution au Moyen-orient.

 

Il ne fait aucun doute que la « rebellion » en Syrie est financée, armée et organisée par le Qatar, avec le soutien non sans rivalités, de l'Arabie saoudite et de la Turquie.

 

Sur le plan du symbole, c'est le Qatar qui a obtenu tout récemment un siège pour l'opposition syrienne à la Ligue Arabe tandis que la première ambassade « rebelle » s'est installée à Doha.

 

Concernant la Tunisie, la fameuse « Conférence des amis de la Syrie », réunissant l'opposition organisée par les pétro-monarchies du Golfe, s'était tenue à Tunis en février 2012 sur proposition du ministre des affaires étrangères tunisien Rafik Abdessalem, lui-même très proche du Qatar.

 

Diverses sources confirment le rôle du Qatar dans l'envoi de djihadistes tunisiens vers la Syrie, via ses institutions de charité religieuse, les réseaux de mosquée contrôlés par Ennahda : on parle de 3 à 10 000 tunisiens en Syrie, représentant une fraction importante des combattants d' « Al Nosra ».

 

Enfin, l'alignement de l'ensemble de la classe politique tunisienne derrière la position qatarie, donc l'intervention en Syrie est frappante.

 

De Marzouki qui appelait à une intervention armée de la Ligue arabe l'an dernier, à Jebali qui fut le premier à lancer un appel aux pays arabes afin qu'ils rompent toute relation avec Damas, en passant par Ghannouchi louant le « soutien politique et moral » de Tunis à la rebellion syrienne.

 

On pourrait finir par les accords militaires signés par le Qatar avec la Tunisie depuis la « révolution » prévoyant la participation à des exercices militaires communs, l'intégration d'unités tunisiennes à des opérations militaires communes.

 

Si on y ajoute les accords militaires prioritaires signés par la Tunisie avec le Pakistan et surtout la Turquie, l'ancrage de la Tunisie dans le schéma militaire de l'OTAN est plus que jamais une réalité.

 

La polémique autour de la servilité de Marzouki envers le Qatar n'est pas innocente mais elle ne doit masquer l'essentiel : la révolution confisquée en Tunisie et la politique de l'impérialisme, sous toutes ces formes, pour étouffer l'aspiration des peuples à un réel changement.

 

 

 

 

 

 

 

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