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20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 05:49

communist-office-508640-swLégislatives en Inde : 22 millions de voix (4 %) pour les communistes, seule alternative au consensus néo-libéral

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Le raz-de-marée de la droite communautaire incarnée par le BJP, lors des élections législatives indiennes dont les résultats sont tombés ce 16 mai, ne devrait pas conduire à un changement dans la politique néo-libérale appliquée depuis 2004 par le Parti de Congrès. Les communistes résistent, sans pour autant parvenir à rassembler tous les déçus du Congrès.

 

On a eu droit encore dans les médias aux poncifs sur les élections dans la « première démocratie du monde ». Dans le pays le plus inégalitaire du monde, où 1 million de millionnaires cohabite avec 400 millions de miséreux, survivant avec 1 $ par jour.

 

Les promesses de l'indépendance laminées par le tournant néo-libéral

 

Les promesses de l'indépendance sont loin. Outre les héritages du colonialisme, les ambiguïtés du « socialisme indien », le tournant néo-libéral depuis 1991 porte une lourde responsabilité dans ce paysage apocalyptique d'un pays où un enfant sur deux est en sous-nutrition ou mal-nutrition.

 

Un tournant néo-libéral orchestré par le FMI et la Banque mondiale à partir de 1991 avec son cortège de libéralisation et de privatisation, de coupes dans les subventions publiques et de précarisation des salariés.

 

Un tournant incarné par le Ministre des Finances de l'époque, Manmohan Singh, un « homme de gauche », membre du Parti du Congrès qui était depuis 2004 le Premier Ministre.

 

Une décennie présentée dans les médias comme celle du « miracle économique indien » et ses taux de croissance approchant régulièrement les 10 %, avec à la barre le « Monsieur Propre » de New Delhi. Une image singulièrement écornée, notamment lors de son dernier mandat.

 

Car le « miracle économique indien » n'a été qu'à sens unique. D'un côté, le nombre de millionnaires est passé de 13 à 115 en dix ans, la part des profits dans la valeur ajoutée est passée de 20 à 60 % entre 1980 et 2008.

 

De l'autre, pour les travailleurs indiens, c'est chômage de masse, précarité, inflation galopante (donc perte du pouvoir d'achat), frais exorbitants pour une éducation et une santé de plus en plus privatisées.

 

Quelques chiffres saisissants : la part des salaires dans la valeur ajoutée était de 30 % en 1980, elle est de 10 % en 2008. Dans le même temps, depuis seulement 2008, le prix de produits alimentaires de base comme le blé, le riz a augmenté de 50 à 100 %, celui des pommes de terre a été multiplié par deux.

 

Comme le soulignent les communistes, la croissance élevée a été une croissance sans emplois : sur les 330 millions d'Indiens entre 15 et 29 ans, 13,5 % sont au chômage. Un diplômé sur trois de cette tranche d'âge est privé d'emploi.

 

Privatisation, corruption, politique pro-américaine : dix ans de l' « homme de gauche » du FMI M.Singh

 

Privatisation, corruption, politique étrangère pro-américaine : on pourrait résumer la politique de Singh à ces trois termes.

 

Privatisation, car Singh a relancé le processus. Uniquement sous son dernier mandat depuis 2009, sa politique de vente des actifs publics se chiffre à 10 milliards de $.

 

Par ses Banking laws et Retail sector laws de 2012, il a ouvert les secteurs clés des banques, de la finance et du commerce de détail aux investisseurs privés étrangers avant tout, mais aussi indiens.

 

Privatisation aussi par une politique inédite de cadeaux fiscaux aux entreprises et aux plus riches, on parle de 200 milliards d'exonérations d'impôts divers.

 

Corruption, dans un pays où les scandales se sont multipliés, déjouant le sens commun patronal selon quoi libéralisation, privatisation serait synonyme d'efficacité et de transparence.

 

Dans ces scandales, on retrouve les mêmes symptômes et les mêmes causes : la concession bradée de licences d'exploitation – ici dans les télécommunications, là dans les mines – à des acteurs privés, profitant de leur collusion avec les milieux politiques, générant de méga-profits pour les compagnies financières et un manque-à gagner de plusieurs dizaines de milliards pour l'Etat.

 

Des scandales suscitant d'autant plus l'indignation au moment où le gouvernement légitime au nom de l'austérité des coupes dans l'éducation, la santé, les allocations sociales, les subventions sur les produits alimentaires, le combustible.

 

Enfin, atlantisme ou plutôt politique pro-américaine, car la politique de Singh consiste avant tout en une ré-orientation de la politique étrangère indienne vers un renforcement des relations de partenariat avec les États-Unis.

 

La droite en force face à la faillite et l'échec du parti anti-corruption

 

Sans surprise, cette politique a été massivement rejetée dans les urnes. Le Parti du Congrès a subi un revers historique avec 19,3 % des voix et seulement 44 députés. En 2009, le Congrès avait obtenu 28,6 % des voix et 206 représentants à la « Lok Sabha ».

 

Mais cette défaite a profité avant tout au parti de droite extrême qui combine néo-libéralisme et un nationalisme communautaire hindou : le BJP gagne 31 % des voix et surtout la majorité absolue avec 282 députés.

 

Les « tiers parti » anti-corruption n'ont pas fait illusion. Le Parti Aam aadmi (le Parti de l'homme commun), présenté comme la possible surprise de ce scrutin, ne récolte finalement que 2 % et 4 députés.

 

Les communistes, toujours troisième force, seule alternative au consensus dominant

 

Les communistes, dans ce contexte de droitisation électorale, restent la troisième force politique organisée du pays répartis entre les deux partis : le Parti communiste d'Inde (marxiste) gagne 3,2 % des voix, soit 18 millions de voix, et le Parti communiste d'Inde obtient 0,8 % des voix, et 4 millions de votes.

 

Certes, ce résultat constitue une déception pour les communistes qui espéraient incarner l'alternative (sous le slogan : « Rejetez le Congrès, batte le BJP ») et perdent du terrain, les deux partis reculant de 2,7 points et passant de 20 à 10 députés.

 

Sans surprise, si le vote du Parti communiste d'Inde est dans l'ensemble également réparti sur le territoire, la carte électorale du Parti communiste d'Inde (marxiste) est elle concentrée sur trois Etats où il réalise l'essentiel de ses voix : il obtient 2 députés, avec 22,7 % au Bengale Occidental, 2 députés au Tripura avec 64 % des voix, enfin 5 députés au Kerala et 21,6 % des voix.

 

Au-delà des deux partis communistes, l'ensemble des partis à la gauche du Congrès, s'inscrivant dans un vaste ensemble hétérogène qui va de partis sociaux-démocrates à des formations marxistes-léninistes, de mouvements régionalistes à des héritiers du nationalisme post-colonial, révèle des résultats non-négligeables.

 

Ce qu'on a appelé le « Troisième front » – face à ceux menés par le BJP et le Congrès, sans pour autant former une alliance électorale cohérente – a rassemblé plus de 14 % de voix.

 

Les deux partis communistes ont pris acte de résultats qu'ils ont qualifié de plutôt décevants, tout en dénonçant les conditions du scrutin marqués par des cas de fraude et d'intimidations, tout en indiquant leur volonté de s'inscrire dans la construction de mouvements de lutte pour porter une opposition forte dans la rue au nouveau gouvernement de droite.

 

Avec ses deux partis communistes, les travailleurs indiens et leurs syndicats de masse vont pouvoir organiser la résistance à la cette rupture dans la continuité, sous la forme de la droite dure indienne !

 

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Inde-Asie du sud
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