akel.jpgPrésidentielles à Chypre : dans un contexte de pressions inédites de la part de l'UE et du FMI, les communistes résistent avec 27% des voix

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Dans un contexte difficile de pressions de la part de l'UE et du FMI pour imposer l'austérité, les communistes de l'AKEL au pouvoir depuis 2008 ont plus que résisté au premier tour des élections présidentielles, avec 26,9% pour le candidat soutenu par l'AKEL.

 

Jamais élection présidentielle n'avait été tendue et capitale pour la petite île de plus d'un million d'habitants. Pour la première fois depuis trois décennies, ce n'est pas le débat sur la question chypriote mais la question économique qui a été au cœur de la campagne.

 

Le premier tour de l'élection présidentielle a été remporté par le candidat de la droite conservatrice (DISY) Nicos Anastasiades avec 45% des voix. Il devance le candidat soutenu par les communistes Stavros Malas, qui obtient près de 27% des voix.

 

Avec un léger décalage, les effets de la crise de la zone euro et surtout grecque se font désormais lourdement sentir à Chypre. En cause notamment, une économie dépendante des activités financières, la part prépondérante des bonds souverains grecs dans les actifs des banques chypriotes.

 

Au-delà d'une dette publique assez modeste, le risque de faillite de l'ensemble du système bancaire chypriote est réel. Un risque qu'alimente sciemment l'UE : le dernier« rabotage » de la dette grecque a coûté à Chypre 5 milliards d'euros, le quart de son PIB.

 

Le taux de chômage dépasse désormais à Chypre les 15% tandis que la crise du système bancaire sert de prétexte à la troïka pour tenter d'imposer au gouvernement chypriote des mesures d'austérité drastiques.

 

Les communistes de l'AKEL : de la résistance à l'austérité imposée par l'UE à la position de repli

 

La position adoptée par les communistes lors de la campagne a semblé alimenter la résignation face à l'austérité. Pourtant, le gouvernement de Dimitris Christofias a pourtant longtemps prôné une voie de résistance aux politiques néo-libérales imposées par Bruxelles.

 

En effet, au cœur de l'austérité imposée par Bruxelles et relayée par la social-démocratie en Grèce, au Portugal, en Espagne, le gouvernement communiste chypriote pouvait se vanter de son pari d'une politique de relance : investissements publics, hausse des salaires et refus de toute contre-réforme.

 

Mis à mal par la crise du système bancaire à partir de 2011, le président Christofias a tout d'abord refusé les termes du « plan d'aide » du FMI et de l'Union européenne :

 

« Hors de question que je signe un mémorandum qui abroge l'indexation des salaires sur les prix ou impose la privatisation d'organismes publics bénéficiaires », disait-il en octobre dernier. « Le but de telles mesures est de favoriser le capital, on ne peut pas faire cela ».

 

Sous initiative gouvernementale, Chypre a été le seul pays de l'UE à envisager les conditions de prêts à taux plus avantageux, sans contre-parties en termes de politique d'austérité, avec la Chine et la Russie.

 

Toutefois, l'ampleur des besoins financiers dans un pays aussi vulnérable et dépendant a conduit le gouvernement à négocier avec la Troïka sur des positions de repli.

 

Si aucun accord de prêt n'a encore été formellement signé, la dernière position en date de l'AKEL restait de négocier le moindre mal.

 

D'une part, pas de remise en cause de la souveraineté de Chypre de la part de l'UE et du FMI, avec la réaffirmation de la position de principe de la réunification, la souveraineté de Chypre sur le gaz récemment découvert et enfin le refus de l'adhésion à l'OTAN.

 

D'autre part, sur le plan social, le refus de toute privatisation et globalement la limitation de la casse en termes de réduction des salaires, allocations sociales et budgets des grands services publics.

 

Cette position de repli, aussi honnête soit-elle, pouvait difficilement convaincre le peuple chypriote pris entre deux fausses alternatives : l'austérité la plus dure du candidat de droite et la démagogie inconséquente du candidat socialiste, tentant de déborder par la gauche les communistes.

 

Alors que les sondages donnaient le candidat de droite, soutenu par les médias locaux et la presse financière internationale, gagnant dès le premier tour et le candidat socialiste en ballotage favorable : le résultat du candidat soutenu par l'AKEL est un signe de résistance de l'électorat communiste.

 

Le secrétaire-général de l'AKEL, Andros Kyprianou, a lancé un appel à la résistance :

 

« Nous appelons tout le monde à nous rejoindre dans la lutte pour défendre Chypre (…) Défendre le patrimoine public et naturel ; ne pas laisser faire des politiques qui braderont les richesses naturelles de notre pays et les organismes publics au capital privé. »

 

Quelle que soit l'issue d'un second tour, comme en Grèce ou au Portugal, seule la lutte organisée par les communistes et non l'aménagement de l'austérité permettra au peuple chypriote de résister à l'austérité prévue par l'UE pour Chypre.

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