naoasprivatizacoes.jpgRésistance contre le grand bradage des entreprises publiques au Portugal : la privatisation du secteur aérien mise en échec

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Dans un pays appauvri par la casse de son maigre appareil productif industriel en vingt ans d'intégration européenne, l'UE et le FMI orchestrent désormais la vente des « bijoux de la couronne » : les grandes entreprises publiques rentables bradées aux investisseurs étrangers.

 

A Lisbonne, tout est à vendre : déjà acté pour l'électricité, le gaz, l'heure est venue désormais pour les aéroports, le transport aérien, le chemin de fer, la poste ou encore la Caisse des dépôts.

 

Obéissant aux diktats de la Troïka, le gouvernement portugais s'apprête à vendre les maigres ressources qu'il lui restait : des entreprises publiques pour certaines très rentables, toutes stratégiques pour le développement et l'indépendance du pays.

 

Les investisseurs, venant des pays capitalistes occidentaux ou des pays émergents, ne s'y trompent pas et affluent pour participer au hold-up organisé par l'UE et le gouvernement portugais.

 

Le précédent de l'électricité : un cadeau aux grands monopoles chinois

 

Le programme de bradage de l'ensemble du patrimoine public et national portugais a eu un précédent : celui de la privatisation de l'électricité et du joyau du patrimoine national, EDP.

 

Le processus de privatisation est classique, suivant les directives européennes de libéralisation du secteur : transformation en SA en 1991, séparation du réseau de la distribution et de la production en 1994, enfin vente de la majorité des parts publiques entre 1997 et 2005.

 

C'est l'an dernier que le gouvernement portugais a décidé de signer le contrat du siècle avec les investisseurs chinois Three Gorges et State grid. Pour un montant de 3 milliards d'€, il cédait les 25% qu'il conservait dans EDP et dans le REN (réseau électrique).

 

Or, EDP est l'entreprise la plus rentable du pays. Solidement implantée au Brésil, aux États-Unis ou en Espagne, elle a dégagé ces trois dernières années (de crise) des profits de 3 milliards d'€, l'équivalent de la concession accordée aux groupes électriques chinois. En 2010 et 2011, EDP fut même élue entreprise la plus viable au Dow Jones.

 

Autrement dit, la concession des dernières actions publiques dans le « joyau » EDP fut non pas une mesure de salut de l'économie portugaise mais bien un cadeau pour les investisseurs étrangers.

 

Les entreprises les plus rentables à vendre : un pays à l'indépendance bradé, terrain de lutte entre impérialismes

 

Si les entreprises mises en vente en 2012 et en 2013 représentent un jackpot moins juteux, elles n'en restent pas moins une source de profits privés potentiels à moindre coût, la vente des entreprises les plus performantes et stratégiques du pays, y compris la RTP : la chaîne audio-visuelle nationale.

 

Parmi elles, la Poste (Correois) représente un enjeu stratégique tant pour son réseau de distribution du courrier que pour son rôle de collecte de l'épargne nationale. Ses profits ne cessent de grimper malgré la crise, en faisant une entreprise sûre pour les investisseurs : 55 millions d'€ en 2012.

 

Les Chemins de fer (CP) représentent un autre gros morceau, tant par la taille de l'entreprise que par la nécessité de briser le bastion ouvrier du pays. La casse a commencé par le saucissonnage de l'entreprise et la séparation des branches les plus rentables prêtes pour la privatisation : le secteur du fret (CP-Carga) constituée en SA en 2009 et mis en concurrence avec des opérateurs privés, ainsi que les lignes de banlieue de Lisbonne et de Porto.

 

Du côté du secteur aérien, la compagnie aérienne nationale Air Portugal (TAP) reste la première entreprise exportatrice du pays. Elle a transporté 8 millions de passagers en 2011 et est la première compagnie européenne pour les vols à destination du Brésil. Entre juin et septembre 2012, elle a dégagé pou 60 millions d'euros de bénéfices.

 

Enfin, les dix aéroports portugais regroupés dans l'entreprise ANA ont été concédés pour les cinquante prochaines années au groupe français Vinci pour la somme de 3 milliards d'€. Une misère vu le potentiel représenté par des aéroports qui constituent la porte européenne vers le Brésil et l'Afrique lusophone.

 

Dans cette vaste entreprise de bradage du patrimoine national, les seuls gagnants sont les investisseurs, tandis que le Portugal devient un terrain de la lutte entre impérialismes.

 

Les organisateurs de l'opération de bradage via l'Union européenne : Allemagne, France et Grande-Bretagne récupèrent une partie du magot, mais ils sont de plus en plus concurrencés par les puissances émergentes, notamment chinoises et brésiliennes.

 

La lutte acharnée entre E.On (Allemagne), Three Gorges (Chine) etEletrobras (Brésil) pour le « joyau de la couronne » portugaise, EDP, en est l'illustration frappante.

 

Les vues des entreprises brésiliennes sur Air Portugal et la Postesont la prochaine étape du processus visant d'une part à se garantir des profits faciles sur le dos des travailleurs portugais tout en conquérant une tête de pont sur le continent

 

Les privatisations à l'origine d'une dette publique fabriquée de toute pièce

 

Les grands perdants sont le peuple et les travailleurs portugais. La vente des entreprises stratégiques du pays pour 5 milliards d'€ est une goutte d'eau. A titre de comparaison, 5 milliards d'€ c'est ce que dégage la seule entreprise électrique EDP en trois ans d'exploitation.

 

Le bilan des privatisations depuis vingt ans est saisissant.

 

Depuis 1989, 240 opérations de privatisation ont été entreprises. Les entreprises privatisées appartenant au PSI 20 (CAC 40 portugais) ont réalisé, seulement entre 2004 et 2010, 39 milliards d'euros de profits, bien plus que ce qu'a rapporté à l’État leur privatisation.

 

Cela représente sept milliards d'euros par an de moins de recettes pour l’État. Ces sept milliards, c'est exactement le montant du déficit public portugais en 2011.

 

De 1989 à 2012, la dette publique portugaise est passée de 54% du PIB à 120%, une dette fabriquée par une politique de casse de l'appareil productif national et de braderie du patrimoine public aux intérêts privés.

 

Comme le résume le député communiste (PCP) José Lourenço : « Pour quelques milliards d'euros, des secteurs importants passeront entre les mains d'intérêts privés nationaux et internationaux, des travailleurs iront encore pointer au chômage, le pays s'appauvrira, le tissu économique national se fragilisera tandis que la dette publique continuera à se creuser ».

 

Face à l'attitude conséquente des communistes portugais, la dénonciation timide et hypocrite des socialistes peut faire sourire. Depuis 1995, les socialistes ont été à l'initiative de toutes les vagues de privatisations : électricité (EDP), télécoms (PT) et surtout toute l'industrie lourde portugaise (aluminium, sidérurgie, papier, ciment, chimie).

 

C'est le gouvernement PS de Socrates qui a lancé, avec son plan d'austérité PEC IV, en 2010 le plan de privatisations aujourd'hui mis en œuvre par le gouvernement de droite.

 

Les communistes montrent la voie de la lutte : victoire dans la lutte contre la privatisation du secteur aérien

 

Cette politique de guerre contre les intérêts du peuple portugais rencontre une résistance. Organisée autour d'un syndicat de classe et de masse, la CGTP, et d'une force d'impulsion politique résolument opposée à la politique du capital et de l'UE : le Parti communiste portugais (PCP)

 

Depuis des mois, la CGTP-IN ainsi que les cellules d'entreprise et organisations locales du PCP préparent la résistance, à la Poste, aux Chemins de fer pour lutter contre chaque plan de casse dans l'entreprise, lancer des campagnes de masse pour informer les usagers des menaces de privatisation.

 

Dans cette mobilisation, les travailleurs portugais ont déjà obtenu des succès et fait reculer le gouvernement : sur l'augmentation des cotisations sociales salariales et la baisse des cotisations patronales ou encore l'augmentation du temps de travail de 30 minutes par jour.

 

Dans leur lutte dans chaque entreprise contre le processus de privatisations, les travailleurs portugais ont déjà obtenu un premier succès, certes temporaire : le gouvernement portugais a dû reculer sur la privatisation de la TAP/Air Portugal.

 

tap-privati.jpgLa dénonciation constante de la part du syndicat et du parti du scandale de la vente au rabais de la TAP au milliardaire brésiliano-boliviano-polonais German Efromovitch, les mobilisations des employés de la TAP ont contraint le gouvernement à annuler au dernier moment une vente qui n'aurait rapporté à l’État que quelques dizaines de millions d'euros.

 

Sans illusion sur les intentions du gouvernement à proposer de nouveau un plan de privatisation en 2013 ou 2014, plus acceptable pour l'opinion publique, les communistes tirent néanmoins comme leçon principale de cette victoire que la « lutte paye » et qu'il est possible de remporter des petites victoires dans un contexte difficile.

 

Un rapport de force inédit a été forgée par la CGTP et le PCP : des grèves générales comme le 22 mars ou le 14 novembre suivies par des millions de travailleurs, plus de 300 000 manifestants dans les rues de Lisbonne en février ou en octobre.

 

A luta continua contre le bradage du patrimoine du pays !

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