chinagsk.jpgScandale médical en Chine : la corruption des médecins, la faute aux multi-nationales ... et à la libéralisation du système de santé chinois



Article de Ben Chacko pour le Morning Star, quotidien communiste britannique



Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Le système de santé chinois a été sous le feu des projecteurs cette semaine, avec les procédures pénales lancées contre le géant pharmaceutique GlaxoSmithKline (GSK).



L'entreprise est accusé d'avoir arrosé, à une échelle industrielle, des médecins afin qu'ils prescrivent leurs produits et fassent monter les prix, spoliant des dizaines de millions de patients chinois.



Si on se fie aux premiers commentaires du président Asie-Pacifique, Abbas Hussain, l'entreprise s’apprête à admettre que certains de ses hauts responsables agissaient exactement ainsi.



Comme d'habitude, cela fut l'occasion d'une campagne de dénigrement contre la Chine dans la presse britannique, beaucoup moins préoccupée par le fait que l'on parle ici d'une entreprise britannique.



Un éditorial du Guardian notait de façon compréhensive que les possibilités de corruption étaient si répandues en Chine que cela devenait « un champ miné pour les multi-nationales, ce que découvre GlaxoSmithKline », avant de demander pieusement : « qui dans ces circonstances est le corrompu, et qui est le corrupteur ? »



Le système chinois n'est sûrement pas le seul à être aussi ouvert à la corruption, comme le suggèrent les médias britanniques.



GSK a du payer 3 milliards de $ de dommages et intérêts à l'Administration fédérale des médicaments américaine l'été dernier, la plus grande histoire de fraude des États-Unis. Elle mettait sur le marché des médicaments à des fins non-autorités et, oui, elle graissait la patte à des docteurs afin qu'ils prescrivent ses médicaments.



Et en Grande-Bretagne, des demandes légitimes à la liberté d'information ont révélé au grand jour le rôle suspect de l'entreprise de conseil McKinsey dans l'élaboration du « Health and Social Care Act » d'Andrew Lansley, qui a ouvert le NHS (Système de santé national) au secteur privé, plus exactement à bon nombre des clients même de cette firme.



Si en Chine, des entreprises corrompues contournent les lois, en Angleterre elles semblent l'écrire.



Pourtant, la Chine a un problème. Contrairement à GSK, elle ne prétend pas que ce scandale est due à quelques planches pourries.



Cette semaine, la présidente de la Commission pour la santé nationale et le planning familial, Li Bin, a appelé à l'adoption de régulations plus strictes pour empêcher la corruption et des sanctions plus dures – mais elle a admis que cela ne serait pas assez. Les réformes du système de santé devaient aller bien plus loin.



Le système de santé chinois ne fonctionne pas, tout du moins pas pour tout le monde – un point noté par le président Xi Jinping dans son discours d'ouverture, après avoir été élu secrétaire-général du Parti communiste l'an dernier.



Xi avait promis que la couverture santé universelle serait la priorité numéro un de son administration.



Les racines du problème remontent à loin. La Chine n'a jamais opéré comme un service national, universel comme le NHS ou le système cubain.



A la suite de la révolution communiste de 1949, la sécurité sociale, y compris les services de santé, était assurée par des organismes locaux – communes populaires, fermes collectives, unités de travail.



Les « médecins aux pieds nus », organisés dans les communes, bénéficiaient rarement d'une formation professionnelle et l'accès aux médicaments modernes était extrêmement limité dans les années 1950 et 1960.



Mais leur bilan est loin d'être ridicule. L'époque de Mao a vu des maladies autrefois répandues comme la lèpre, la syphilis, le choléra, la peste bubonique et la fièvre typhoïde être éradiquées tandis que l'espérance de vie est passée de 35 à 65 ans.



Les « médecins aux pieds nus » ont disparu, avec les communes qui étaient leur base, à partir de la fin des années 1970.



Il faisait l'essentiel de leur travail quoi qu'il arrive – la seule raison fondamentale expliquant l'augmentation de l'espérance de vie était l'introduction d'une hygiène publique moderne, et une éducation à cette hygiène de base.



Une fois ces défis réalisés, une amélioration ultérieure aurait nécessité de vrais hôpitaux, de vrais docteurs et des médicaments modernes.



Mais la plupart des inégalités de santé de la Chine moderne remontent à « l'ouverture et aux réformes » débutant en 1978.



Dans l'ensemble, les progrès réalisés par la Chine ont été extraordinaires, pas seulement en termes de croissance des richesses produites mais aussi dans bon nombre d'indicateurs de santé également.



L'apport calorique par personne est désormais comparable à celui de l'Europe occidentale et l'espérance de vie à Shanghai est plus élevée qu'à New York.



Mais la diversification de l'économie dans un pays sans un seul service de santé universel a créé un système plein de trous.



Pour ceux employés dans les entreprises publiques – en 2012, un peu plus de la moitié des travailleurs – la couverture globale est quasiment gratuite, tandis qu'une couverture familiale très abordable est également la norme.



Ces travailleurs appartiennent toujours aux unités de travail qui fournissent des services sociaux, dans la même veine que leurs prédécesseurs des années 1950.



La couverture dans le secteur privé est bien plus diverse. Dans les années 1980, elle était souvent inexistante. Mais la régulation a été considérablement durci par rapport aux entreprises privées et à leurs obligations en termes de sécurité sociale sous la présidence de Hu Jintao (2003-2013), ce qui signifie que la plupart des citadins sont désormais couverts.



Les perdants du système de santé chinois actuels, ce sont les travailleurs migrants et la moitié de la population qui vit encore à la campagne. Les problèmes que rencontrent ces deux groupes énormes sont différents.



Tous les Chinois ont un « hukou », un permis de résidence, mais pour les travailleurs migrants, c'est rarement le reflet de leur lieu de résidence actuel.



Officiellement, vous ne devez pas vous déplacer dans une ville à moins que vous n'ayez un emploi légal garanti sur place, dans quel cas votre employeur doit s'occuper de votre « kukou ».



C'est important car l'accès à toutes sortes de services, pas seulement l'assurance-santé, est lié à la zone dans laquelle vous êtes légalement résident.



Concrètement, la fin d'une économie complètement planifiée a mis d'énormes pressions sur le système d' « hukou ».



Des dizaines de millions de personnes se sont déplacées dans les villes à la recherche de travail, et une grande partie de la puissance industrielle chinoise dépend de ces travailleurs.



Mais si vous bougez d'une province rurale pour une grande ville afin d'y travailler, disons, dans une usine, il est peu probable que vous pussiez vous assurer d'avoir un emploi sur place, ou en mesure d'émettre votre « hukou ».



Cette situation a empiré par l'action de patrons peu scrupuleux qui préféreront des employés non-enregistrés qui ne peuvent prétendre à tous leurs droits.



Et les efforts pour ré-enregistrer des travailleurs migrants sur une large échelle, comme cela fut tenté à Chongqing, ont échoué, confronté à l'opposition même des migrants, puisqu'ils perdre leur résidence rurale signifiait aussi perdre le droit à la terre dans votre lieu d'origine.



Ces millions de travailleurs migrants perçoivent toujours la possession d'un lopin de terre chez eux comme une assurance essentielle, ce qui en dit long sur le manque de confiance dans le filet de sécurité sociale chinois.



L'accès à une couverture santé pour les travailleurs migrants s'est amélioré ces dernières années essentiellement parce qu'ils ont découvert leur force, contraignant leurs employeurs souvent étrangers arrachant leurs droits par des grèves.



Mais sans la réforme du « hukou » – une question vaste et complexe en soi – ils pourront difficilement gagner une couverture santé équivalente à celle de leurs camarades nés en ville.



A la campagne, presque tout le monde est couvert par le « Nouveau système de soins médicaux ruraux coopératifs », une autre innovation de la direction de Hu.



Vous devez vous enregistrer, mais c'est très peu onéreux – les coûts d'entrée sont de 10 yuan (1,5 €) par an, le reste du coût étant partagé entre le gouvernement provincial et celui central – 90% de la population rurale ont ainsi rejoint le système.



Le problème pour eux n'est pas l'accès à la couverture, mais ce qu'elle couvre. La plupart des hôpitaux ruraux sont de petite dimension et manquent des équipements modernes des hôpitaux publics dans les villes.



Une maladie grave nécessitant le traitement d'un spécialiste en ville peut se révéler terriblement onéreuse, le système d'assurance ne payant qu'une partie de la facture.



Le gouvernement voit le problème, et en février le ministre de la Santé Chen Zhu a promis qu'une fois la première étape du programme réalisée en 2015, il serait étendu à la couverture des traitements dans les hôpitaux urbains également. Mais la Chine est un grand pays, et le processus pourrait prendre des années.



Ce qui nous ramène à GlaxoSmithKline.



L'intermédiaire de Shanghai entre les services de santé et l'OMS Zhang Liming a noté que des changements fondamentaux dans le financement du système seraient nécessaire si les hôpitaux urbains chinois devaient s'occuper des patients ruraux dont les systèmes d'assurance ne peuvent pas payer ce à quoi les hôpitaux sont habitués.



De nombreux hôpitaux sont financièrement dépendants de la vente de médicaments.



Des responsables gouvernementaux admettent que cela a pu mener à un excès de prescription de médicaments – et cela ouvre le système à une corruption du type de celle révélée par la police dans l'affaire GSK.



En fin de compte, selon Zhang, les hôpitaux publics doivent opérer comme « la base fournissant des soins de santé essentiels aux peuples plutôt qu'un organisme destiné à réaliser des profits ».



Pour un socialiste, cela sonne comme une évidence. Mais son évidence même montre que même si le gouvernement chinois a fait de grands progrès dans la dernière décennie, il a encore beaucoup de chemin à faire.

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