al-ajami.jpgSilence complice de la France face à la monarchie absolue qatarie : un poète condamné à perpétuité, coupable de solidarité avec la révolution tunisienne

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Les investissements par centaines de millions d'euros en France, les contrats d'armement juteux poussent les « démocraties » occidentales à un silence complice face aux agissements d'une des dictatures les plus obscurantistes du globe.

 

La nouvelle n'a pu être totalement occultée. Le poète qatari Mohammed al-Ajami, passible de la peine de mort, vient d'être condamné à perpétuité par la monarchie absolue du Golfe.

 

Son crime : avoir rédigé un poème où il rendait hommage à la révolution tunisienne lançant un appel à la solidarité active et dénonçant en négatif la dictature qatarie :« Nous sommes tous des Tunisiens face à une dictature répressive ».

 

La réaction de la dite communauté internationale se fait attendre. Aux condamnations véhémentes de la répression exercée par le pouvoir syrien ou libyen face à la rébellion de groupes armés succède le mutisme devant la répression violente organisée par les émirats du Golfe contre des manifestations publiques ou le simple usage critique de la liherté d'expression.

 

Fabius : « l'argent du Qatar peut faire vivre les entreprises françaises »

 

La réaction du ministre des Affaires étrangères français Laurent Fabius est révélatrice de cette hypocrisie. Celui qui dénonce la répression d'Assad, le danger représenté par l'Iran, se fait plus modéré sur le cas du Qatar.

 

Certes, il concède que « emprisonner un poète n'est pas ce que souhaite ni admet la France »(sic) mais c'est pour dans la même interview pourRTL-Le Figaroajouter que « l'argent du Qatar peut faire vivre les entreprises françaises », soulignant qu'il serait déraisonnable de se priver de la manne financière de la troisième réserve mondiale de gaz.

 

Le droit de critiquer les dictatures s'arrête là où commence le droit du porte-feuille du grand capital français et international.

 

Une politique étrangère interventionniste : investissements massifs en Europe, soutien aux islamistes dans le monde arabe

 

La liste des investissements Qataris français est longue. Au-delà du symbole PSG, c'est une véritable OPA sur la France qui se met en place : 300 millions pour un fonds pour les PME, projet d'investissement de 10 milliards d'euros dans plusieurs grands groupes français, sans oublier les contrats juteux d'armement pour un pays qui consacre 10% de son PIB à l'armée et achète à 80% à « son amie » la France.

 

Le Qatar multiplie les investissements ailleurs en Europe pour peser sur les décisions des Etats européens : investissements dans le luxe et la finance au Royaume-Uni, dans l'automobile haut-de-gamme en Allemagne dans les clubs de football en Espagne.

 

Sa politique étrangère interventionniste, relayée par sa chaîne de télévision Al-Jazeera, se manifeste par son soutien actif aux groupes islamistes réactionnaires (Frères musulmans, terroristes salafistes) contre les régimes qui ont pu manifester des tendances anti-impérialistes.

 

Le Qatar a financé la rébellion islamiste en Libye (notamment le groupe djihadiste d'Abelkrim Belhadj), soutient activement les groupes armés dominés par les islamistes en Syrie ainsi que les fondamentalistes au Nord-Mali.

 

Elle apporte un soutien financier et politique aux nouveaux pouvoirs contrôlés par les islamistes en Tunisie ou en Égypte, appuyant le parti islamiste conservateur des Frères musulmans.

 

Elle tente de faire main basse sur la résistance palestinienne par ses promesses d'investissement et ses liens avec le Hamas, branche locale des Frères musulmans, tout en entretenant des relations cordiales avec Israël.

 

Silence sur les répressions dans les dictatures obscurantistes du Golfe, Qatar en tête

 

Dans le même temps, le silence est maintenu sur les ondes d'Al Jazeera concernant les mouvements de protestation dans la société civile saoudienne, les manifestations historiques au Koweit ou encore le soulèvement populaire qui a ébranlé le voisin Bahreini.

 

Car la monarchie absolue Qatarie craint plus que tout une propagation incontrôlée des idéaux démocratiques des « révolutions » arabes, dans un régime qui a poussé l'autoritarisme à un degré bien supérieur que les régimes d'Assad en Syrie ou de Kaddafi en Libye.

 

Le Qatar est encore une monarchie absolue dirigée par un émir et sa famille, tirant le fondement de son autorité sur la loi islamique et les solidarités claniques. Aucun parti politique n'est toléré, les opposants sont emprisonnés, torturés voire liquidés.

 

Si le Qatar compte le PIB par habitant le plus élevé du monde (150 000 $ par an), le pays abrite 90% d'étrangers.

 

Hormis une infime couche de cadres et techniciens occidentaux, les étrangers venant essentiellement d'Asie du sud et du sud-est subissent salaires de misère, l'absence totale de droits sociaux (avec le système du parainnage, le kafala) et une politique délibérée de ségrégation qui profite aux 50 000 millionnaires que compte ce micro-Etat.

 

Enfin, si c'est à l'état du droit des femmes qu'on mesure le degré d'avancement d'une société, le Qatar est encore une société retardée : aucune pénalisation des violences domestiques, privilèges pour les Hommes dans les affaires conjugales tandis que les institutions scolaires ne sont toujours pas mixtes.

 

La ministre du droit des Femmes Najat Vallaud-Belkacem a récemment qualifié les investissements qataris d'un « simple business »., ne comprenant pas ce qui gênait ses détracteurs.

 

« Un business » où on troque la défense des droits de l'Homme, et le sort de prisonniers d'opinion, contre une poignée de pétro-dollars. Paris, ville à vendre : il suffit d'y mettre le prix !

Retour à l'accueil