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8 février 2014 6 08 /02 /février /2014 07:03

109657160_sochiSochi2014vorpesochnica593803.jpgSotchi, les « jeux des oligarques » : exploitation et paupérisation, financements publics et profits privés massifs !

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Les Jeux de Sotchi sont ceux de la démesure, dit-on de manière euphémique. Ceux du scandale typique de la Russie de Poutine : censure d’État, profits monstrueux pour les oligarques, paupérisation pour la population et exploitation maximale pour les travailleurs.

 

Une facture de 50 milliards de $, trois fois plus que ce qui avait été annoncé en 2007. Le chiffre donne le vertige.

 

Les JO d'Hiver de Nagano en 1998 avaient coûté 2 milliards de $, ceux de Salt Lake (2002) 1,3 milliards, Turin (2006) 2,7 milliards et Vancouver 8 milliards, un record jusqu'à présent.Sotchi dépasse même Pékin et sa facture colossale de 43 milliards de $.

 

D'où vient cette facture, à qui profite-t-elle, qui va payer la note ?

 

Les privations pour la population de Sotchi …

 

Difficile d'obtenir la moindre information dans la presse russe et dans les médias occidentaux sur la situation réelle de la population à Sotchi. La censure médiatique est quasi-totale, seuls certains blogs citoyens, le Parti communiste maintiennent une (faible) voix de vérité.

 

Depuis le début des chantiers des Jeux, la population de Sotchi connaît l'accumulation de déchets dans la rue, la dégradation de la qualité de l'eau devenue non-potable, les coupures d'électricité et de gaz.

 

Pour les populations des lieux olympiques, ce sont aussi – au nom d'une Loi spéciale datant de 2007 – les expropriations autoritaires, avec compensation modique, parfois nulle. Des milliers de logements sociaux détruits pour construire des complexes hôteliers.

 

Les conséquences des chantiers de construction seraient comiques si elles n'étaient pas dramatiques pour la population :

 

des trottoirs criblés de trous, des autoroutes qui passent devant les fenêtres des maisons, le black-out dans des quartiers le 31 décembre … jusqu'aux casernes de pompiers privés d'eau pendant plusieurs semaines !

 

sous la censure médiatique pour les « Jeux de Poutine »

 

Les autorités russes connaissent le niveau de colère de la population. Les habitants de Sotchi, relayés par le Parti communiste, ont fait monter en 2013 une pétition exigeant la démission du maire corrompu de Sotchi, proche de Poutine, Anatoly Pakhomov.

 

Ce qui a conduit le pouvoir à interdire, au nom d'une Loi d'urgence, toute manifestation – autre que celle officielle durant les Jeux – dans la région de Sotchi entre janvier et mars 2014.

 

Une loi à peine adoucie en janvier par l' « autorisation de manifestations à discrétion de l'Etat, sous réserve de communication au FSB du nombre de manifestants, du but de l'action ».

 

Nul besoin de dire qu'aucune manifestation n'a été jusqu'à ce jour autorisée jusqu'à ce que les autorités répriment violemment une manifestation pacifique organisée par les Jeunes communistes russes (Komsomol) sur le trajet de la flamme olympique à Perm, à 2 600 km de Sotchi !

 

Détail croustillant, il a fallu attendre ce début de semaine pour voir les journalistes américains, britanniques, français s'indigner face à la situation de la population de Sotchi … une fois qu'eux-mêmes, dans leurs hôtels luxueux, ont dû constater l'eau saumâtre sortant du robinet, l'absence de liaison au réseau électrique ou les murs en train de s’effriter !

 

Vive le journalisme d'investigation !

 

Sotchi, le cadeau aux oligarques : un hold-up légal

 

A qui profite le crime ? C'est le secret (de polichinelle) le mieux gardé de Russie. Poutine a chargé une nouvelle entreprise 'publique' créée à l'occasion d'encadrer les chantiers de Sotchi. Olympstroi a livré les chantiers selon des procédures opaques, caractérisées par le népotisme et la corruption.

 

Certains exemples de clientélisme, de népotisme virent à la caricature. Ainsi, le gendre du gouverneur de Krasnodar (la région de Sotchi), Roman Batalov, a été chargé de construire un parc d'attraction médiéval pour 300 millions de $.

 

Un parc dédié à vanter les traditions de la « Russie éternelle », une sorte de Puy du Fou russe … appartenant à une société domiciliée dans les Caraïbes, avec des attractions venant d'Europe et dans un chantier sous-traité à une firme turque !

 

L'Ice Cube Curling center a été construit par l'entreprise du businessman Alexander Svitchev dont le fils est député à la Douma et … président de la Fédération de curling.

 

On pourrait citer le cas caricatural mais éclairant des frères Bilalov qui ont construit la station de ski du Carrousel. Magomed et Akhmed étaient jusque-là deux obscurs entrepreneurs locaux, qui avaient récupéré des contrats locaux de services privatisés dans l'énergie.

 

Akhmed, par ailleurs vice-président du Comité olympique russe, est aussi un ami proche du gouverneur de Krasnodar, Tkatchev. C'est grâce à ce lien au cœur des arcanes de l'olympisme que Sotchi a pu envisager la candidature aux Jeux Olympiques.

 

En échange, les frères Bilalov ont obtenu ce contrat juteux – bien qu'ils n'aient aucune expérience dans la construction – à l'origine on parlait de 50 millions de $, la facture s'est élevée à 2,5 milliards de $, une sur-facturation par 50 avec le financement généreux des banques publiques.

 

Le scandale du « détournement de fonds publics » était trop gros, pour des infrastructures qui se révèlent aujourd'hui de piètre qualité. Les frères Bilalov ont aujourd'hui quitté le pays, sous l’accusation gouvernementale d' « abus de position officielle ».

 

Cette collusion entre entrepreneurs en charge des travaux publics et autorités politiques est tout sauf une exception.Il suffit de citer le cas de l'entreprise Mostovik : son co-propriétaire est Vyacheslav Dvorakovski, maire d'Omsk et son PDG M. Chichov député de Russie unie pour Omsk.

 

Mostovik a pu profiter de 2 milliards de $ de contrats à Sotchi (notamment pour la piste de bobsleigh, et le Dome de glace du Bolchoi).

 

Il a pu aussi dégoter trois contrats juteux pour l'avenir dont un complexe de ski en Tchétchénie (!) pour 400 millions de $, la ligne de chemin de fer Elegest-Kuragino pour 6 milliards et enfin le stade de Kaliningrad pour la coupe du monde de foot de 2018 !

 

Mais ces cas individuels ne doivent pas masquer la collusion structurelle entre le « grand capital privé » incarné par la puissance sociale des oligarques, et l'Etat russe – en particulier ses banques – dans un Capitalisme monopoliste d’État (CME), à la tonalité kleptocrate.

 

Les auteurs du hold-up de Sotchi ont un visage, une dizaine d'oligarques, milliardaires, tous amis proches de Poutine.

 

Deux noms reviennent régulièrement, impliqués dans plus de la moitié des projets : Oleg Deripaska et Arkadi Rotenberg, deux requins de la finance, spécialistes des contrats frauduleux.

 

Deripaska, un temps homme le plus riche de Russie, a récupéré les infrastructures stratégiques : l'aéroport, le port d'Imereti, le village olympique ou encore la portion de route qui relie le port à la ville. En tout des contrats qui vont s'élever à 4 milliards de $.

 

Deripaska a présenté ces investissements comme un « don » désintéressé, peu rentables. Mais ces investissements se sont tous réalisés avec des fonds publics. Le pari de Deripaska est de contribuer au projet pharaonique de son ami Poutine pour continuer à recevoir des contrats publics arrangés.

 

Même calcul pour Arkadi Rotenberg, l'ancien partenaire de judo de Poutine, géant de la construction notamment dans le domaine énergétique, des infrastructures également. Rotenberg, via ses filiales, est impliqué dans la réalisation concrète des plus gros projets de Jeux :

 

le centre médiatique, la route qui relie le port à la ville, la route qui relie la ville au centre alpin, la centrale électrique d'Adler, l'aéroport. En tout, une dizaine de contrats d'une valeur totale de 15 milliards de $.

 

Les monopoles russes ont également mis la main à la pâte : Gazprom a récupéré les projets de Centre de biathlon et de construction de la centrale électrique d'Adler ; Ingeokom, géant de la construction, a hérité de la patinoire d'Iceberg ; Russian Railways le projet le plus coûteux de ligne de chemin de fer de Sotchi à la station de ski (9 milliards de $!).

 

Et on passe sur les fonds d'investissements gérés par les oligarques, structures combinant à la fois fonds financiers, firmes commerciales, entreprises de construction et combinats industriels. Une synthèse du « monopole financier » au XXI ème siècle !

 

Mais pour comprendre le scandale Sotchi, le fonctionnement du capitalisme monopoliste d'Etat (CME) russe, il faut répondre à la question : qui paye ?

 

Ce sont les banques d'Etat russes – VEB, Sberbank et Krayinvestbank – qui ont financé tous ces projets à hauteur de 85 à 90 %.

 

Comble de l'affaire, la plupart de ces prêts ont été classés depuis des « mauvais prêts » car non-remboursables, ce qui laisse aux entreprises privées la possibilité de les rembourser d'ici 2016 … et si ce n'est pas possible, ce sera l’État qui épongera la différence !

 

Tous les cas d'infrastructures en sont emblématiques. Un cas parmi d'autres, la station de ski du Carrousel a été financée par Sberbank à 30 % et VEB à 70 %.

 

A l'origine avec des prêts de 40 millions de $, qui s'élèvent – au fur et à mesure de l'inflation du prix – à 1,6 milliards de $ en décembre 2012 ! Les deux constructeurs étant en fuite, Sberbank a pris contrôle de l'entreprise, mais la dette accumulée devra être réglée par l’État russe.

 

Le scandale évidemment, c'est que ce CME se révèle particulièrement inefficace, coûteux. Tous les ouvrages accusent une sur-facturation allant de 2 à 50 fois le coût initial, tous sont bien plus coûteux que leurs homologues des précédents JO.

 

Un exemple, le stade Ficht de 40 000 places dont le coût de construction est passé de 50 à 700 millions de $, c'est 6 fois plus que la dernier cri « Juventus Arena » construite en 2011 à Turin !

 

Ou encore la piste de luge de Sanski dont la facture est passée de 131 à 241 millions de $. A Nagano, Turin et Vancouver, le coût oscillait entre 100 et 130 millions de $.

 

La palme revient à la route qui mène de la ville de Sotchi à la station alpine : 9 milliards de $, soit l'équivalent de toutes les infrastructures des JO de Vancouver, jeux d'hiver les plus chers de l'histoire jusqu'à présent !

 

Cette route de 45 km – comprenant deux voies d'autoroute et une voie ferrée – coûtera donc 100 millions de $ par km de voie ferrée et d'autoroute. A titre de comparaison, pour chaque km d'autoroute, on dépense 3 millions de $ en Allemagne et en France, 1 million de $ en Chine.

 

Ce projet a été financé à 85 % par l'Etat, 15 % par Russian Railways.

 

Sa réalisation pratique a été divisée à parts égales entre trois entreprises de construction – évoquant bien la pyramide de sous-traitants – appartenant tous à des oligarques amis de Poutine, qui ont fait gonfler la facture par deux, de 4 à 9 milliards de $ !

 

Parmi ces groupes : « Most », co-propriété des oligarques Vladimir Kostylyov, Yevgeny Sur et Gennadi Timoschenko, qui ont racheté la Banque Millenium en 2008 elle-même créancière de Russian Railways !

 

Le deuxième, Transyuzhstroi, appartenant à une entreprise off-shore située à Chypre appartenant à Anatoly Antipov, lui-même ami de longue date du vice-président de Russian Railways. Les deux ont fondé en commun la Transstroybank.

 

Enfin, le troisièmme, Mostotrest, appartient aussi à deux entreprises localisées à Chypre, elles-mêmes propriété de Arkadi Rotenberg, le partenaire de judo de Poutine, milliardaire spécialisé dans la construction de pipelines pour Gazprom et de routes dans toute la Russie.

 

Et c'est sans évoquer la médiocre qualité des constructions : on peut citer le Village olympique et le port déjà régulièrement inondés, le tremplin de saut à ski du Carrousel où ont déjà été constatées des fissures, une érosion métallique, une déformation dans la construction de la piste !

 

Une exploitation des ouvriers immigrés digne du XIX ème siècle

 

Toute cette orgie de dollars est d'autant plus scandaleuse qu'elle masque les miettes qui ont été réservées à ses vrais bâtisseurs, ces ouvriers immigrés soumis à des conditions semblables à un « enfer » digne des conditions qu'on retrouve dans les écrits de Engels sur les usines de Manchester.

 

D'après le rapport de Human Rights Watch publié à la fin de l'année 2013, sur la base d'entretiens avec les ouvriers en question, les ouvriers immigrés d'Ouzbékistan, Arménie, Serbie, Kirghizistan, Ukraine, Tadjikistan ont subi des conditions d'exploitation maximale.

 

En effet, les sous-traitants privés russes ont tenté d'augmenter la plus-value absolue en les faisant travailler 12 heures par jour, 7 jours sur 7 (avec un jour de repos toutes les deux semaines), faisant exploser la durée légale du temps de travail de 40 h hebdomadaires.

 

Concernant leur salaire, il est en moyenne de 2 $ par heure et de 500 $ par mois.

 

Mais tous les moyens sont bons pour rogner sur cette maigre rémunération : retenues sur salaire multiples (logement, repas, permis de travail, pénalités) ou versement de salaires en retard ou inexistants pendant plusieurs mois, sous prétexte de « cautions ».

 

Nombre de migrants ont signé un contrat de travail dont ils n'eurent jamais de copie, certains n'ont même pas signé de contrats de travail.

 

Les conditions de logement, de nourriture – retenues sur salaire ! - étaient exécrables. Ainsi, ce cas fréquent d'ouvriers contraints à dormir à 14 dans une chambre de 36 m 2, à co-habiter dans une maison entière à 200 hommes.

 

Ces conditions d'exploitation n'ont pas fait autant la une des médias que les graves atteintes aux « droits des minorités » en Russie.

 

Elles soulignent aussi l'hypocrisie des pays occidentaux prêts à bénir les centaines de morts sur les chantiers au Qatar, tant que ces derniers financent « le pain (le gaz) et les jeux ». On est même prêts à fermer les yeux sur les droits des femmes, des homosexuels que l'on dit défendre ailleurs !

 

Hypocrisie de ceux aussi qui jouent les Tartuffe face au travail la nuit, le dimanche, les salaires à 400 € en Russie, le chantage patronal … au moment même où toutes ces dispositions sont légalisées non seulement en Allemagne, en Grèce déjà, mais désormais en France.

 

Que pourrait-on faire avec 50 milliards de $ en Russie … l'équivalent de tous les budgets sociaux et culturels réunis !

 

Le budget global des Jeux s'élève donc à 46 milliards de $ : 25 milliards viennent de l'Etat (55%), 1 milliard de la Région (2%), 10 milliards des entreprises publiques (23%), 8 milliards des prêts des banques publiques (17 %) … et 1,5 milliards des investisseurs privés (3,5 %).

 

Il s'agit donc de Jeux financés à 96 % pour la collectivité russe pour les profits de quelques oligarques !

 

Que pourrait-on faire avec tout cet argent ?

 

Certains se sont amusés à voir ce qu'on pourrait faire comme infrastructures populaires au lieu de ces méga-structures onéreuses : avec le coût de la Shayba Arena, on pourrait construire 3 500 patinoires, avec le coût du Centre médiatique, on pourrait offrir un ordinateur portable à chaque collégien de Russie !

 

Si on en revient au budget russe, celui-ci s'élève à 300 milliards de $, le déficit public supposément critique est de 12 milliards de $ en 2014, prévus pour 25 milliards de $ en 2015 …

 

un déficit qui représente exactement la somme que l'Etat russe a dépensé directement dans la gouffre sans fond des JO de Sotchi !

 

Pour faire une comparaison parlante, les 45 milliards des JO de Sotchi payés directement ou indirectement par l'Etat : c'est le budget de l'éducation (14 milliards de $), de la santé (10 milliards), du logement (6 milliards), du sport (2 milliards) et de la culture (2 milliards) réunis !

 

Le premier ministre Medvedev a déjà annoncé que – sauf pour la Défense – tous les autres budgets allaient subir des coupes sévères, de l'ordre de 5 % : autant d'écoles fermées, de centres hospitaliers à l'agonie, de professeurs sous-payés, de classes bondées, de malades menacés de mort, tout cela pour alimenter les Jeux des oligarques !

 

 

Pour le peuple russe, depuis 1991, ce sont les « Jeux » sans « le pain ». C'est le voile déchiré d'un pouvoir confisqué par une clique qui a volé un peuple, détruit un siècle de construction socialiste pour le bien-être d'une minorité. Que les jeux des oligarques commencent !

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Russie et ex-URSS
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