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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 06:12

Egypt-strikes.jpgVague de grèves en Égypte : les travailleurs, dernière résistance au pouvoir autoritaire du Maréchal Sissi

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Un an que le peuple égyptien subit le joug de la dictature militaire du maréchal Al-Sissi. Installé au nom de la « lutte contre le terrorisme », de la réconciliation nationale, la répression envers le mouvement social, la liquidation sommaire des opposants battent leur plein. Seule opposition sociale, seule alternative : des travailleurs en manque d'organisation.

 

Que reste-t-il des « printemps arabes » trois ans après ? En Tunisie, un processus démocratique chaotique mais maîtrisé par le patronat tunisien, en lien avec la France. En Égypte, une dictature militaire, sous tutelle américaine. En Libye, Syrie, l'instrumentalisation sans vergogne par les puissances occidentales, les pétro-monarchies de pseudo-rebellions.

 

En Égypte, la dictature à bout de souffle de Moubarak avait fait son temps, précipité par les révoltes ouvrières de Mahalla et Suez, un mouvement de rue irrésistible. Depuis, l'instabilité créée par l'ordre islamiste instauré par les Frères Musulmans – portant plusieurs millions de personnes dans les rues – a nécessité une reprise en main musclée par l'armée.

 

Se présentant comme défenseurs du peule, rempart contre l'islamisme, héritiers de Nasser, la « junte militaire » montre de jour en jour n'être que les artisans d'un coup d’État militaire, au service du patronat égyptien, en connivence avec les États-Unis et Israël, héritiers du système Moubarak.

 

Les élections présidentielles de mai 2014, dans un climat de terreur, devraient sanctionner le « coup d'Etat » de juillet 2013, l'élection de Al-Sissi à la présidence, tout comme le référendum constitutionnel avait donné ... 98,1 % de oui en janvier 2014, de fait un plébiscite pour le maréchal.

 

Pourtant les contradictions sociales du pouvoir ne cessent d'éclater. Loin de la construction médiatique autour du « nouveau Nasser », du fils du peuple, il apparaît clairement que Al-Sissi prépare le « plan d'ajustement structurel » du FMI pour l'après-élection, réprimant les mouvements sociaux qui éclatent dans tous les secteurs en Egypte.

 

Même si la Fédération égyptienne des syndicats (ETUF, en anglais) a apporté son soutien à Al-Sissi pour les prochaines élections, les syndicats indépendants – regroupés notamment dans la Fédération des syndicats égyptiens (FETU) – continuent la lutte.

 

La junte militaire avait pensé acheter la rue avec l'instauration d'un salaire minimum au rabais : 125 €, une somme certes bien plus élevée que les estimations antérieures, qui ne concerne pourtant qu'une partie du secteur public, et en comprenant les primes et bonus.

 

Une lutte autour d'un véritable « service minimum »

 

C'est autour de la lutte pour un vrai « salaire minimum » universel que se battent les ouvriers égyptiens depuis le début de l'année.

 

Dans l'industrie d'abord, où les grèves ont secoué les gigantesques usines qui avaient été au cœur du renversement de Moubarak en 2011.

 

Ainsi les 22 000 ouvriers du textile de Mahalla ont lancé deux semaines de grève en février pour obtenir le paiement de leurs primes de 2013, l'intégration dans le « salaire minimum » et la démission de leur PDG trempé dans diverses affaires de corruption.

 

Au plus fort de la grève, 16 des 32 usines du géant textile de l' « Egyptian Company for Cotton Spinning and Weaving » était paralysées.

 

Les 6 000 ouvriers de la céramique de « Cleopatra » de Suez ont également mené plusieurs journées de grève pour ré-intégrer 23 de leurs camarades injustement licenciés, ainsi que pour assurer des conditions minimales de sécurité, de santé sur le lieu de travail.

 

Dans la santé, où les docteurs et personnels de santé mènent un mouvement de grève quasi ininterrompu depuis trois mois pour le développement d'un vrai secteur public de la santé, avec des médecins décemment payés, des investissements dans des infrastructures en état de délabrement.

 

Les docteurs ont refusé la proposition du gouvernement consistant à les payer sous le salaire minimum pour ensuite tripler ou quadrupler leur salaire selon des primes, bonus … dépendant des liquidités disponibles bien entendu, souvent manquantes.

 

La grève a été très massivement suivie les 1 er et 8 janvier, puis elle a continué de façon plus inégale les lundi et vendredi du mois de février, avant de se relancer à partir du 8 mars avec des taux de grévistes dans les hôpitaux publics.

 

Les docteurs entament désormais leur troisième semaine d'arrêt de travail, soutenus par les pharmaciens, les dentistes et les personnels de santé. Le service minimum est toutefois assuré dans les urgences.

 

Les transports sont le troisième secteur le plus actif dans le mouvement de grève en Egypte, dans un mouvement qui n'a jamais connu une convergence. Le 22 février, 22 des 28 dépôts de bus du Caire entraient en grève, rejoints par les travailleurs du métro.

 

La grève dure deux semaines, pour l'intégration au salaire minimum, une prime de 7 % du salaire. L'essentiel des 45 000 travailleurs des transports du Caire rejoint le mouvement, dans un secteur où une majorité de travailleurs émerge autour de 80 $ par mois, en-dessous du nouveau salaire minimum.

 

Les travailleurs du bus et du tramway d'Alexandrie ont profité du mouvement du Caire pour obtenir la satisfaction de leur revendication après 10 ans de grève : comme au Caire, ils obtiendront une prime de 30 $ par mois.

 

Enfin, le dernier secteur mobilisé dans le temps, les postiers égyptiens. La lutte est en cours, elle a commencé le 24 mars, à partir d'Alexandrie, s'élargissant à Suez, Port Said, au Caire, avec un taux d'adhésion entre 70 et 90 %.

 

Les postiers exigent l'intégration au système de « salaire minimum », couplé à une hausse générale des salaires de 50 %. La grève n'est toujours pas achevée à ce jour, malgré la répression lancée contre les meneurs du mouvement.

 

Ce n'est pas tout, on aurait pu également mentionner la grève de quelques jours des policiers en février, les grèves partielles des notaires en mars, les journalistes en lutte contre la censure et la répression violente dont ils sont victimes

 

La stratégie du gouvernement pour casser la grève

 

Face à des mouvements de grève comparables voire supérieurs à ceux de 2011, le pouvoir utilise divers moyens pour casser le mouvement de grèves.

 

D'abord, en divisant les travailleurs entre eux. Cela passe par des concessions dans des secteurs stratégiques pour la sécurité de l'Etat. Ainsi les policiers ont obtenu 30 % d'augmentation de salaire après quelques journées de grève, empêchant leur convergence avec la grève des médecins.

 

La division passe par le refus d'accéder à la revendication du « salaire minimum » universel. Ainsi, pour les travailleurs des transports, le pouvoir a préféré concéder une prime extra de 30 $, dans la santé, il troque le « salaire minimum » contre des méga-primes, qu'il n'est pas sûr de garantir.

 

Ensuite, en étiquetant les grévistes comme des « agents de Morsi », des « terroristes en puissance ». Le truc a été utilisé dans tous les mouvements, des ouvriers de Mahalla aux médecins, des postiers d'Alexandrie aux travailleurs des transports du Caire.

 

Cette étiquette a légitimé une répression féroce. Le Ministre de la Santé a ainsi poursuivi un dirigeant syndical de la santé pour avoir lancé un appel à poursuivre la grève à la mi-février. Le syndicat des journalistes dénonce une répression qui a conduit plusieurs dizaines de leurs confrères en prison, au nom de la « lutte contre le terrorisme ».

 

Enfin, le gouvernement n'a pas hésité à user de diversions politiques. Le gouvernement d'El-Beblaoui a ainsi démissionné le 24 février, en plein cœur du mouvement de grève. Une manœuvre destinée à laisser le champ libre à la candidature d'Al-Sissi à la présidence.

 

Le gouvernement a également proclamé la re-nationalisation de deux entreprises du secteur des hydrocarbures – Tanta Flex et Al-Nasr – une décision en fait découlant d'une décision de la Cour administrative suprême qui avait désavoué leur privatisation dès septembre 2011.

 

Des grèves, mais aucune convergence : d'où vient le mal ?

 

Les défis sont immenses pour le peuple égyptien. Si la combativité des travailleurs du pays ne fait guère de doute, l'organisation est lacunaire malgré la présence de syndicats « indépendants ».

 

L'absence totale de convergence entre les travailleurs des divers secteurs, de plate-forme revendicative commune (en dépit du point de ralliement du salaire minimum) fait cruellement défaut au mouvement.

 

L'exemple du mouvement de grève de deux semaines travailleurs des transports (métro et bus) du Caire, suivi dans la foulée par dix jours de grève à Alexandrie dans les bus et les tramways montrent bien cette faiblesse stratégique.

 

Cela exclut encore une immense partie de la population égyptienne, celle employée dans l'agriculture et la pêche notamment, celle qui travaille dans le « secteur informel » qui regrouperait plus de 60 % de la population active, et qui est totalement exclue tant des mobilisations que des dispositifs d'encadrement salarial ou de protection sociale.

 

Toutefois, avec une Fédération des syndicats égyptiens officielle qui soutient ouvertement le Maréchal Al-Sissi pour les prochaines élections présidentielles, le salut pour les travailleurs égyptiens ne viendra pas des structures officielles, héritées de l'ère Moubarak.

 

Tout en suivant avec intérêt le développement des « syndicats indépendants », c'est bien de l'organisation autonome des travailleurs, de l'expérience du mouvement de luttes, de l'exigence d'une rupture avec ce système corrompu à la racine que viendra l'alternative !

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Egypte
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