pcp-congreso2.jpgXIX ème Congrès du Parti communiste portugais (PCP)

 

« Renforcer le parti, intensifier les luttes, construire l'alternative socialiste »

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

La propagande habituelle des médias dominants sur un « communisme en fin de cycle » a du mal à passer au Portugal. Le PCP jouit, selon les derniers sondages d'intentions de vote supérieures à 10% dans les sondages. Il rassemble plus de 60 000 militants, dont 5 000 ont rejoint le Parti depuis le dernier congrès en 2008.

 

Certains médias ont raillé un congrès comme on en faisait « il y a vingt ans ».

 

On parle d'une initiative nationale préparée depuis plus de neuf mois. Par plus de 1 200 réunions, assemblées locales, sur les lieux de travail et dans les quartiers, auxquelles ont participé directement plus de 20 000 militants.

 

Un congrès « d'un autre temps », c'est un travail d'amendement minutieux réalisé sur le « Projet de résolution politique » proposé au mois de septembre par la direction du Parti. L'ampleur des modifications, rajouts, suppressions étant révélateur des débats, tensions, consensus qui animent le Parti.

 

Du 30 novembre au 2 décembre, ce sont 1 200 délégués de tout le Portugal ainsi que de l'émigration qui ont participé à la définition des grands axes du Parti pour les quatre années à venir, pour ce XIXème Congrès du Parti communiste portugais (PCP).

 

Un Congrès qui fut également l'occasion de rendre hommage au dirigeant historique du Parti communiste portugais : Alvaro Cunhal dont on fêterait le 100ème anniversaire.

 

Un hommage à une mémoire que le PCP fait vivre au quotidien : celle du résistant au salazarisme, au colonialisme, au pouvoir de la réaction. Celle du constructeur du parti dans la clandestinité, de l'organisateur de la Révolution d'Avril mais aussi de la lutte contre le processus contre-révolutionnaire entamé par la réaction, la social-démocratie après 1975.

 

Hommage au militant et au théoricien qui a fait le choix conscient de rester fidèle à la théorie et à l'organisation marxiste et léniniste – « le parti léniniste avec sa trajectoire propre », comme il aimait à définir le PCP – au moment où euro-communistes, puis réformateurs et refondateurs appelaient à mettre un terme à la parenthèse communiste.

 

Réaffirmation des fondamentaux : rôle central du parti, convergence des luttes, perspective du socialisme

 

Ces fondamentaux théoriques et organisationnels, ceux posés par Alvaro Cunhal, ont été réaffirmés par le Congrès, au moment où d'autres partis font le choix en Europe de la transformation en une autre organisation et de l’éclectisme théorique.

 

Comme l'a souligné le secrétaire-général du PCP, Jeronimo de Sousa, lors du discours de clôture, il s'agit dans la période de « renforcer le parti, intensifier et faire converger les luttes, affirmer qu'est nécessaire et possible une alternative patriotique et de gauche ».

 

Une préoccupation que l'on retrouve dans la principale motion adoptée par le Congrès intitulée « Avec la classe ouvrière et les travailleurs, intensifier la lutte de masses, rompre avec les politiques de droite, construire l'alternative » :

 

Après avoir dressé le bilan de la casse des droits sociaux et de l'appareil productif, la motion souligne « les batailles importantes conduites par les travailleurs sur les lieux de travail, dans le privé comme dans le public », soulignant le rôle joué par la CGTP, force motrice du mouvement syndical unitaire dirigée depuis cette année par le dirigeant communiste Arménio Carlos.

 

Depuis le dernier congrès de 2008, le congrès insiste sur les réussites historiques des quatre grèves nationales mais aussi d'un certain nombre de manifestations et de luttes sectorielles.

 

La motion pointe alors le « rôle fondamental du PCP » dans la « préparation, la mobilisation et la concrétisation des luttes », valorisant la présence des communistes « en première ligne des actions militantes dans les lieux de travail, aux piquets de grève et dans la rue ».

 

A toutes les « victimes de l'exploitation et de la paupérisation causées par cette politique de classe, à ceux qui réclament un autre cap pour le pays », le Congrès du PCP appelle à l'intensification et à la convergence des luttes, ouvrant la voie à la « construction d'une véritable alternative, patriotique et de gauche ».

 

Des avancées dans un débat encore ouvert : critique de l'UE, de l'euro, du PGE, affirmation du socialisme

 

Rien de nouveau sous le soleil du côté du PCP ? En réalité, le document préalable, les débats dans les sections ont conduit à de prudentes avancées sur un certain nombre de points.

 

D'abord sur la critique de l'euro et de l'Union européenne. Est réaffirmée une critique radicale de l'Union européenne, analysée comme « instrument politique de la domination du grand capital », « bloc impérialiste et non contre-poids à l'impérialisme américain », ce qui conduit le PCP à la conclusion que « cette Europe n'est pas réformable ».

 

Une autre Europe des travailleurs et des peuples ne peut donc passer que « par la mise en échec du processus d'intégration européenne et par la défense de la souveraineté nationale ».

 

Si cette analyse n'est pas nouvelle, elle s'est radicalisée, notamment sur la question de la monnaie unique : l'euro. Le PCP réaffirme la justesse de ces analyses sur l'euro comme « instrument au service de l'exploitation des travailleurs et des peuples et de l'approfondissement de la rentabilité du capital ».

 

Le PCP a dénoncé également dans la crise de la zone euro pour imposer une fuite en avant vers « plus d'Europe », imposant des relations coloniales, et détruisant ce qu'il reste des souverainetés et des démocraties nationales.

 

Si le débat a fait avancer les lignes vers une critique plus radicale de l'UE, la question de la sortie de l'euro et de l'UE n'a pas été tranchée bien que posée, et soulevée par un certain nombre d'amendements de sections.

 

Deuxième point essentiel, la réaffirmation du socialisme comme projet alternatif.

 

Un socialisme qui pour le PCP ne peut pas de construire « en évacuant les expériences historiques de construction du socialisme ou en ignorant les questions centrales de la conception marxiste-léniniste de la révolution ».

 

Le socialisme est présenté comme la seule « alternative au capitalisme ».

 

L'analyse plutôt positive mais à approfondir des expériences historiques de construction du socialisme, en premier lieu celle de l'URSS, la mise en avant des expériences actuelles de construction du socialisme en Amérique latine ou en Asie (avec des réserves nouvelles sur la Chine) sont des points approfondis par rapport au dernier congrès.

 

L'essentiel des débats, encore ouverts, porte sur la transition vers le socialisme : le projet ancien d'une « politique patriotique et de gauche » insérée dans le cadre plus large de la « démocratie avancée ».

 

Beaucoup de questions restent en suspens, largement débattues dans les organisations du parti : quelles alliances politiques et sociales ? Comment réaliser la rupture révolutionnaire ? Sur quelles propositions de rupture ?

 

Un certain nombre de ruptures ont été précisées : rupture avec l'intégration européenne ; rupture avec les privatisations et proposition de nationalisations des secteurs stratégiques ; rupture avec les politiques de droite portées tant par la droite que par le PS.

 

Mais les conditions de l'adoption de ces propositions de rupture, et plus largement la question de la transition de cette démocratie avancée au socialisme reste ouverte.

 

Enfin, dernier point : la solidarité internationale anti-impérialiste et le mouvement communiste international.

 

Sur le plan de la lutte anti-impérialiste, le PCP a publié une motion de solidarité avec « les travailleurs et les peuples en lutte ».

 

Le Parti dénonce ainsi sans ambiguïté les manœuvres impérialistes contre la Libye hier, la Syrie et l'Iran désormais, et réaffirme sa solidarité avec les peuples en lutte, en premier lieu celui palestinien et cubain.

 

La question des liens avec le mouvement communiste international a conduit à certaines clarifications nouvelles.

 

Parmi les 63 partis et organisations invités au Congrès, 50 étaient des partis communistes. Les autres regroupant essentiellement des mouvements de libération nationale issus des anciennes colonies portugaises.

 

Le Congrès fut l'occasion de réaffirmer la position du principe du PCP sur le Parti de la gauche européenne (PGE). Pour le PCP, les« raisons qui l'ont conduit à ne pas intégrer le PGE sont toujours valides »

 

Le PCP réitère son analyse selon laquelle « une structure de nature supra-nationale et réformiste comme le PGE non seulement ne contribue pas à l'unité et à la coopération des forces communistes et progressistes en Europe, mais introduit de nouveaux facteurs de division et d’incompréhension ».

 

Le PCP valorise au contraire la démarche des « Rencontres des partis communistes et ouvriers » dont la dernière s'est tenue à Beyrouth du 22 au 25 novembre.

 

 

Forts d'effectifs militants en progression constante, sûrs de ses fondamentaux théoriques et organisationnels, le PCP est prêt à mener la lutte dans la période qui vient non seulement pour mettre en échec le plan d'austérité commandité par l'UE, mais aussi pour rompre avec le système capitaliste et construire une alternative de société qui porte le nom de socialisme.

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