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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 05:29

67878_4941418091041_1423422282_n.jpgTotal (et Elf), bras armé de la Françafrique : un mort à Moscou, des millions de morts en Afrique

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

Bal tragique sur le tarmac moscovite : un mort. Nos dirigeants pleurent la perte d'un grand capitaine d'industrie. C'est pour lui que nous sommes partis nous battre, que nous avons tué, que nos soldats sont morts en Libye ou au Mali. Et ceci n'est que la partie immergé de l'icerberg, celle de plusieurs décennies de « Françafrique » au prix du sang.

 

En 2000, Elf-Aquitaine et Totalfina fusionnent pour donner naissance à un géant pétrolier : Total. Le but est aussi de faire oublier les affaires de corruption, les trafics d'armes, les détournements de fonds auquel a largement contribué l'ancêtre gênant de Total.

 

Elf hier, Total aujourd'hui sont au cœur de la « Françafrique », ce vaste système de perpétuation du colonialisme sous d'autres formes, par des réseaux semi-mafieux, maintenant le continent dans la misère, la corruption, la dépendance au profit des seuls intérêts français.

 

Une brève histoire des rapports d'Elf puis de Total avec le continent africain nous permettra de mesurer que la mort du PDG du groupe pétrolier cache celle de millions d'Africains depuis la création d'Elf dans les années 1960.

 

Elf et la naissance de la Françafrique

 

Dans les années 1960, le général de Gaulle est conscient de la nécessité de maintenir un lien entre l'ancienne métropole coloniale et les nouveaux pays indépendants, avec un seul objectif, après la perte du bijou algérien : défendre les intérêts des grands groupes français.

 

C'est ce qui motive la création d'Elf en 1966, confiée à l'ancien responsable des services secrets Pierre Guillaumat qui va s'entourer d'agents du renseignement. Il va fonctionner étroitement avec Maurice Robert, patron du service Afrique du SDECE, et Jacques Foccart, conseiller à l'Elysée pour les affaires africaines.

 

Acte 1 : la guerre civile du Cameroun

 

Total s'est officiellement retiré du Cameroun en 2010. Pendant très longtemps, le pays a été une des bases africaines pérenne – avec le Gabon – d'Elf puis Total. Un pays gouverné depuis 1960 par deux dictateurs absolus : Ahamdou Ahidjou puis Paul Biya.

 

Pour aller à l'essentiel, dans les années 1960, la France comme le bloc occidental est sur la défensive en Afrique, dans le Tiers-monde où tous les pays ou presque se disent « socialiste », « révolutionnaire », se tournent vers Moscou ou la Havane.

 

Pour la France, pas question de perdre le Cameroun qui apparaît alors comme une puissance pétrolière émergente. Le nouveau dirigeant installé par Paris, Ahamadou Ahidjou, est contesté par une rebellion marxiste. La France va alimenter une répression féroce entre 1960 et 1971.

 

Les troupes d'Ahidjo vont user de méthodes fascisantes de terreur et de propagande conseillées par l'école française de contre-subversion menée par Maurice Robert. Leur sévice favori : couper la tête de leurs adversaires, les exposer en public sur les places, les chemins.

 

Le pouvoir met en place des camps de concentration, suscite les délations, les confessions publiques dignes de l'Inquisition tandis que s'installe un régime à parti unique, le culte de la personnalité et des formes d'épuration ethnique.

 

En 1971, la rebellion est matée avec un coût humain exorbitant, qu'on ne sera sans doute jamais. L'ambassadeur de Grande-Bretagne parlait de 75 000 morts en 1964, le journaliste du Monde André Blanchet en évoquait 120 000 en 1962. Sans doute bien plus en 1971.

 

Elf a hérité de ce régime totalitaire, qui a le sang de centaines de milliers de Camerounais sur les mains. C'est le groupe pétrolier qui va faire la loi au Cameroun.

 

Selon Loik Le Floc'h Prigent, c'est Elf qui a choisi l'actuel président camerounais, Paul Biya, qui n'a rien changé à ce régime autocratique : il est ré-élu en 2011 avec 78 % des voix, et le silence du tuteur français.

 

Acte 2 : Nigeria et la guerre du Biafra

 

La guerre du Biafra fut une horreur médiatisée en Occident par les photos d'enfants mourant de faim, servant cyniquement les intérêts de tel camp ou d'un autre. Elle a fait entre 2 et 3 millions de morts. La sécession du Biafra n'était pas fortuite, elle abritait l'essentiel des champs pétroliers.

 

La France du général de Gaulle soutient alors la sécession – aussi pour rogner sur l'ancien empire colonial britannique.

 

Elf joue un rôle fondamental en fournissant ses réseaux pour alimenter les rebelles en armes, mercenaires, détourner l'aide humanitaire. Elf, comme Shell et BP, vont être les premiers à négocier les contrats pétroliers avec l'autorité rebelle du Biafra.

 

Acte 3 : le protectorat Gabonais, notre ami le dictateur Omar Bongo

 

Depuis 1960, le Gabon est un protectorat français, la tête de pont de l'impérialisme français en Afrique. Ce petit pays est aussi un très riche Etat pétrolier, depuis la découverte des premiers gisements off-shore en 1962.

 

L'action de la Françafrique au Gabon commence en 1964 quand le président Mba est renversé par un coup d'Etat. Foccart, Guillemat (président de l'ancêtre d'Elf) et Maurice Robert décident alors de le ré-installer au pouvoir.

 

Omar Bongo, président à partir de 1967, ancien des services secrets français, deviennt leur homme de paille. Le Gabon est alors la base arrière pour tous les mauvais coups de la France, du Nigeria au Congo.

 

Bongo va diriger son pays sous un régime à parti unique, est réélu régulièrement à 99 %. Il détourne des centaines de millions de $ issus des contrats avec Elf essentiellement.Il assassine ses opposants, avec l'aide des réseaux de barbouzes français.

 

Omar Bongo père est mort en 2009, son fils Ali Bongo a pris la succession. Tout a changé pour que rien ne change, un multi-partisme de façade, des élections trusquées masquent la domination intacte du clan Bongo.

 

Acte 4 : au Congo, soutenir le dictateur 'marxiste' Denis Sassou N'Guesso

 

Elf ne faisait pas de l'idéologie, mais se basait sur des réalités. Au Congo, elle a soutenu Denis Sassou Nguesso de 1979 à 1991, celui que Loic Le Floch Prigent appelait le « dictateur marxiste sous contrôle d'Elf ».



Sassou N'Guesso avait fait le pari d'une économie nationalisée, avec des réformes progressistes financée par un pétrole, non pas entièrement nationalisé mais dépendant des contrats avec Elf.



Mais à partir de 1985, confronté une situation économique difficile, Sassou N'Guesso vire sa cutie et applique les plans d'austérité du FMI.



Balayé aux élections de 1991, Sassou N'Guesso semble accepter la sucession. En réalité, il va alimenter une guerre civile fratricide avec ses milices, les « Cobras », qui sèment la terreur dans Brazzaville.



Il obtient alors le soutien de son ami Omar Bongo – qui se marie avec sa fille ! – de l'armée angolaise, des tortionnaires tchadiens d'Idriss Deby et des milices génocidaires du Rwanda : tous nos amis sont là !



Les révélations de l'affaire Elf nous apprennent que si Elf, la France préféraient Sassou N'Guesso, elle a aussi payé les armes de Lissouba, ce qui a fait dire à un député français « qu'il n'y a pas une balle qui n'ait été payée par Elf ! ».



Le régime de Sassou N'Guesso n'a plus rien de progressiste, il octroie les contrats pétroliers à Elf, se soumet à la France tandis que son peuple s'enfonce dans la pauvreté. Entre-temps, la guerre civile congolaise aura fait 500 000 morts, largement à cause du « dictateur d'Elf » Sassou Nguesso.



Acte 5 : l' « Angolagate »

 

Tout le monde connaît l' « Angolagate », ce circuit français de trafic d'armes, de détournement de fonds qui a alimenté les différents camps de la guerre civile angolaise, livrant des tonnes de véhicules blindés, d'armes lourdes et légères mais aussi d'armes anti-personnelles.



Le procès Elf nous a révélé le cynisme d'Elf qui – comme la France, ainsi que les Etats-unis, la Grande-Bretagne – soutenait ouvertement le criminel de guerre Jonas Savimbi, un chef sanguinaire appuyé notamment par Israel et le régime d'apartheid sud-africain, et le finançait via les caisses noires d'Alfred Sirven, numéro 2 du groupe pétrolier.



Mais dans le même temps, Elf finançait aussi le gouvernement dit marxiste, via les réseaux politiques d'André Tarallo, proche des dictateurs gabonais Bongo et le congolais Sassou N'Guesso.



La guerre civile angolaise fait entre 500 000 et 1 million de morts, Elf contribue largement à l'alimenter, perlant le pays de mines anti-personnelles aux conséquences dramatiques pour les civils, en particulier les petits Angolais.



Aujourd'hui, l'Angola reste une des principales sources de profit du groupe Total, dans les petits papiers du dirigeant autoritaire et corrompu Eduardo dos Santos, passé du marxisme-léninisme au libéralisme à tout crin.



TOTAL, la corruption de nouvelle génération

 

Du passé, faisons table rase ? Plein de sang sur les mains, trempés dans les affaires jusqu'au cou, Elf devient Total en 2000. Pourtant, en une dizaine d'années, Total n'est jamais tout blanc dans une série de conflits qui émaille le continent. C'est un euphémisme.

 

Acte 6 : Elf puis Total au cœur de la guerre civile soudanaise

 

La guerre civile soudanaise a été une des plus meurtrières du continent, faisant plus de 2 millions de morts, avec son cortège de déportations, de nettoyages ethniques, et autres crimes contre l'Humanité.

 

Elf avait obtenu en 1980 la concession d'un bloc d'exploration pétrolière au sud du pays, qui se révélera ultérieurement l'un des plus prometteurs du Soudan, dans un des pays aux richesses du sous-sol sans doute les plus méconnues, donc sources de convoitise.

 

La guerre civile contraint la France à suspendre ses travaux d'exploration en 1985. Elle soutient d'abord, ainsi qu'Elf, le gouvernement soudanais lui fournissant armes, ravitaillements en dépit du caractère répressif du régime incarné par Al-Bachir à partir de 1989, face aux Américains soutenant les rébellions sécessionistes. L'enjeu est le même : le pétrole du Sud-Soudan.

 

Le conflit soudanais est particulièrement confus, au vu des intérêts contradictoires dans la région entre le Tchad d'Idriss Deby, la Libye de Kaddafi mais aussi les Etats-unis, favorable à une sécession du sud, et la Chine, traitant avec le gouvernement d'Al-Bachir.

 

La France ne joue plus un rôle de premier plan dans les années 2000 mais Total bénéficie toujours de ses droits d'exploitation pétrolière au sud-Soudan. Total va d'abord négocier avec le gouvernement d'Al-Bachir la reprise des travaux de forage.

 

Puis après 2011, Total va être le premier à s'engouffrer dans l'indépendance fantoche du sud-Soudan. Son bloc de 120 000 km 2 se révèle très intéressant, Total bénéficiant des largesses du nouveau gouvernement dépendant à 95 % du pétrole.

 

Sans aucune certitude, il n'est pas à exclure que Total, face à l'emprise de plus en plus forte de la Chine sur le Soudan, se soit rallié à la position américaine : la sécession du sud-Soudan. Une farce mais aussi un précédent aux conséquences potentiellement périlleuses à l'échelle mondiale.

 

Acte 7 : la Libye, une guerre pour un nouveau partage du gâteau

 

La Libye est un géant régional du pétrole. Total était présent sous la Libye de Kaddafi, exploitant 15 % du pétrole, avec de forts soupçons de corruption, réveillés par des enquêtes sollicitées par les autorités libyennes et américaines (non sans arrière-pensées)

 

Dans cette histoire très récente, il est difficile d'avoir des preuves irréfutables. Toutefois, il ne fait guère de doute avec le gouvernement qatari, Total a été parmi les acteurs poussant la France à intervenir militairement en Libye afin de prendre une part plus grande du gâteau pétrolier.

 

On se souvient que le CNT (Conseil national de transition) libyen composé de guerriers islamistes, de politiciens véreux et d'affairistes en rupture de ban, avait promis 35 % de son pétrole à Total.

 

Une révélation illustrant bien les intérêts de Total dans une guerre qui a fait au bas mot 60 000 morts en 2011, et qui a laissé un pays dans le chaos total à l'heure qu'il est.

 

Acte 8 : Mali (et Centrafrique), les intérêts de Total derrière la guerre

 

L'implication des grands groupes français – d'abord Areva et Total – dans la guerre au Mali ne fait guère de doute, en dépit des dénégations de certains « experts ».

 

Le Mali n'est pas encore un pays pétrolier. Mais le bassin de Taoudénni recèle de vastes réserves pétrolières qui ont attiré depuis le milieu des années 2000 une foule de groupes pétroliers internationaux : l'algérien Sonatrach, l'italienne ENI ou encore l'entreprise nationale chinoise.

 

Ces bassins pétroliers sont situés au nord du pays, Total n'en aurait obtenu qu'une petite partie, pas forcément la plus juteuse. Coincidence, la rebellion malienne est partie du nord et a légitimé une intervention française qui lui a permis de fait de sécuriser le nord riche en réserves pétrolières.

 

Les dernières négociations semblent laisser à Total – de la même manière qu'en Centrafrique – la plus grosse partie du gâteau, tandis que le groupe pétrolier français vient d'obtenir les contrats d'exploitation du bassin de Taoudeni, dans la Mauritanie voisine.

 

Acte 9 : au Nigeria, alimenter la guerre civile communautaire

 

On parle beaucoup du Nigeria récemment. Le pays le plus peuplé d'Afrique, la première puissance pétrolière du continent est aussi un des pays les plus pauvres, corrompus, déchirés par les conflits communautaires.

 

Il est difficile de dire dans quelle mesure Total alimente ce climat. Le rapport du Mr.anti-corruption du pays, Nuhu Ribadu, révèle que 75 % des revenus du pétrole, soit 35 milliards de $, échappent au budget de l'Etat. Selon le rapport, Shell, ENI et Total alimentent cette corruption.

 

On sait aussi que Total emploie des sociétés militaires privées au Nigeria qui sont un des acteurs meurtriers dans la guerre civile nigérianne, face aux milices islamistes, aux mercenaires locaux.

 

Enfin, un dernier rapport publié en 2011 par des ONG dont « Les amis de la Terre » couronne le tableau. Total connaît des relations excécrables avec les communautés locales, avec des démarches d'expulsions forcées de population en 2006.

 

Total soutient certaines communautés comme celle Egi (en fait une petite partie d'entre elle, celle liée au pouvoir) contre les autres. Diviser pour mieux régner, Total joue visiblement un rôle actif dans les conflits ethniques locaux, quitte à embraser le pays.

 

Acte 10 : collaboration avec la monarchie marocaine autoritaire dans le Sahara occidental occupé

 

Enfin, pour finir, en 2002 Total a signé un contrat de prospection pétrolière avec la monarchie autoritaire marocaine, ayant conclu un pacte de pouvoir avec les islamistes, au Sahara occidental.

 

Depuis, Total engage des opérations de prospection, dans le mépris le plus total des droits des populations locales, subissant l'occupation marocaine depuis 39 ans.

 

L'ONG Western Sahara Ressources Watch (WSRW) a dénoncé dans un rapport en 2013, intitulé « Injustice totale » les agissements de Total au Sahara occidental, son non-respect des populations locales, comme des prescriptions de l'ONU concernant ce territoire occupé.

 

Ce bref, trop bref rappel laisse de côté la collaboration de Total avec des régimes dictatoriaux hors d'Afrique, comme la sanglante junte birmane qui a permis au groupe pétrolier français d'utiliser le travail forcé pour réaliser ses profits records pour une entreprise française.

 

Ecrire l'histoire d'Elf, ce serait l'objet d'un livre. Ecrire celle de Total, c'est raconter les guerres actuelles marquées par l'incertitude qu'elle nous laisse sur l'avenir de l'Humanité.

 

 

Loin de la mode stupide des « Livres noir », le bilan de Total ne se résume pas à un accident d'avion sur le tarmac de l'aéroport de Moscou : le nom de TOTAL est marqué du sang des millions d'Africains victimes des balles payées par le pétrole d'Elf, puis Total.

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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 05:00

thomas-sankara8.jpgIl y a 27 ans, l'impérialisme français était complice de l'assassinat du Che Guevara africain, Thomas Sankara

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

15 octobre 1987, l'espoir des peuples africains, le dernier révolutionnaire du continent était assassiné : Thomas Sankara. Le fondateur du « pays des hommes intègres », le Burkina Faso, était aussi pour toute une génération le « Che Guevara africain ».

 

L'hypocrisie de la France et de sa « politique des droits de l'Homme » n'est jamais aussi claire qu'en Afrique, où elle a soutenu et encore les pires dictateurs, détruit les mouvements progressistes. Le Burkina Faso en est le cas le plus tragique.

 

Le pays est en 1983 un des plus pauvres d'Afrique. Une réserve de main d'oeuvre pour les pays voisins comme la Cote d'Ivoire, un pays qui compte 75 % de personnes en pauvreté absolue, avec une espérance de vie moyenne de 40 ans.

 

Le fondateur du Burkina-Faso, « le pays des hommes intègres »

 

Un siècle de colonialisme, puis un quart de siècle de néo-colonialisme n'ont instauré que la misère, la dépendance économique et la corruption généralisée, l'analphabétisme quasi-intégral et la mort partout. Tout va changer avec le jeune capitaine Sankara.

 

Thomas Sankara a 35 ans quand il accède au pouvoir en 1983, après un coup d'Etat mené par des officiers progressistes marxistes – issus du Regroupement des officiers communistes (ROC) –, soutenu par un vaste mouvement populaire.

 

Thomas Sankara avait déjà été ministre de l'Information en 1981 puis Premier ministre en 1982. Son discours axé sur la lutte contre le capitalisme inégalitaire, l'anti-impérialisme, mettant au premier plan une révolution politique, morale et sociale enthousiasme la jeunesse. Il déplaît à la France, à la Côte d'Ivoire qui pousse le président Ouedraogo à incarcérer son Premier ministre.

 

Le 4 août 1983, il accède au pouvoir, devient immédiatement le héros de la jeunesse, des paysans sahéliens, des ouvriers miséreux, des femmes opprimées. Son discours du 2 octobre donne la ligne : justice sociale, unité nationale inter-ethnique, solidarité internationale, auto-suffisance alimentaire, indépendance économique réelle, et vaste plan d'éducation et de santé.

 

Sankara commence par les symboles. La Haute-Volta perd son nom colonial et devient Burkina-Faso : le « pays des hommes intègres ». La devise est à l'image de la révolution, et de son leader, inspiré par Che Guevara et Fidel Castro : « La patrie ou la mort, nous vaincrons » !

 

Puis, très vite, on passe des symboles à la réalité. Le pouvoir politique passe de la bourgeoisie compradore, des élites politiques corrompus, des chefs féodaux au peuple, aux travailleurs réunis dans les Comités de défense de la révolution (CDR).

 

Les Tribunaux populaires de la révolution (TPR) permettent aux gens du peuple de mettre en jugement leurs oppresseurs. Si de nombreux excès sont commis, si certains en profitent pour régler leurs comptes, le procédé marque le changement dans les rapports de pouvoir.

 

10 mesures qui vont radicalement transformer le Burkina

 

Les mesures que va prendre le président Sankara vont transformer radicalement la société burkinabée.

 

1 – il va réduire le train de vie des représentants du peuple. De Mercedes, ils vont passer en Renault 5. De la classe affaires, ils passent en classe touristes. Exit les politiciens corrompus, place à des jeunes, des femmes, des gens issus du peuple, acquis aux idées révolutionnaires.

 

2 – Il va abolir les privilèges, les droits féodaux. C'est Sankara, et non les hypocrites Français, qui va faire la Révolution de 1789 au Burkina : c'est lui qui supprime les « droits féodaux », essentiellement des dons imposés, des prélévements obligatoires sur les récoltes, des corvées.

 

3 – Il va mener une campagne d'alphabétisation, développer l'éducation publique. A chaque école, son village sera le mot d'ordre. Des centaines d'écoles vont être construites en quatre ans. Entre 1983 et 1987, le taux de scolarisation passe de 16 à 24 %, le taux d'analphabétisme recule chez les hommes de 95 à 80 %.

 

4 – Il va développer la santé publique, avec de vastes campagnes de vaccination. Un village, un poste de santé, disait Sankara. 2 millions et demi de Burkinabés sont vaccinés en trois ans, l'OMS loue la politique de santé de Sankara qui éradique la polio, la rougeole, la méningite.

 

Le taux de mortalité infantile, jadis le plus bas d'Afrique, chute. Sankara impose la gratuité totale des soins à l'hôpital, le prix des médicaments est régulé, la médecine du travail est instauré.

 

5 – Il nationalise la terre, le sous-sol, réalise une réforme agraire. Outre la suppression des droits féodaux, Sankara redistribue la terre – devenue propriété de la nation – aux paysans les plus pauvres, et garantit des prix de subsistance aux producteurs.

 

6 – Il mène une politique d'indépendance économique, d'auto-suffisance. En encourageant la production agricole locale, en redistribuant la terre, le Burkina passe d'un pays encore importateur en denrées agricoles en un pays auto-suffisant en 1987.

 

Sur le plan de la production artisanale, il diffuse la mode du « Faso Fani », qu'il impose aux fonctionnaires : les cotonnades produites par la célèbre manufacture d'Etat burkinabé, ainsi que les productions autochtones sont encouragées pour se subsituer aux importations.

 

Sa politique de stimulation de l'économie locale s'accompagne d'une « économie populaire » qui vise à faire reculer la faim : 2 repas par jour, 10 l d'eau potable deviennent les objectifs prioritaires.

 

7 – Il est à l'origine d'une politique publique du logement, répondant aux besoins des plus modestes. A Ouagadougou seul, en 1983, 60 % des logements étaient des habitations spontanées, sans eau ni électricité, ni ramassage de déchets, ni évacuation des eaux usées.

 

Sankara impose la destruction des quartiers insalubres. Il crée plus de logements en trois ans que ce qui a été fait depuis l'indépendance. Il divise le prix des loyers par 3, en imposant des maximum : un studio avec eau et électricité est à 10 € maximum, sans les agréments, c'est 4 €.

 

8 – Il lutte contre la déforestation, la désertification par une politique volontariste. L'agriculture vivrière, le monde pastoral est bouleversé par une désertification qui atteint des proportions colossales : 250 000 ha par an de surfaces boisées sont perdues chaque année.

 

Le gouvernement Sankara impose à chaque famille de planter 100 arbres pendant 5 ans. En seulement 2 ans, 10 millions d'arbres sont plantés. Le Burkina-Faso devient un modèle continental de lutte contre le fléau de la désertification.

 

9 – Il rend la culture populaire, dans les villes comme à la campagne. Les semaines nationales de la culture sont instaurées en 1983 dans les villes. Des salles de spectacles se construisent partout, les troupes artistiques se créent. La télévision laisse une large place à la culture.

 

10 – Il fait progresser la cause de l'émancipation de la femme, de l'égalité entre les sexes. C'était le grand combat de Thomas Sankara : « Il n'y a de révolution sociale véritable que lorsque la femme est libérée », aimait-il à répéter, dans la tradition de Fourier, Marx, Zetkin et Lénine.

 

Thomas Sankara laisse une grande place aux femmes dans son parti, son administration, dans les organismes de base de la révolution. Il tente de libérer les femmes de la « double exploitation », de la chape de plomb de la société patriarcale.

 

Hélas, son nouveau code de la famille qui devait permettre d'abolir la polygamie, l'excision rencontre une forte opposition y compris chez certaines femmes. Pas seulement par aliénation, aussi pour des raisons économiques : la polygamie assure, pour les femmes et les ménages pauvres, une certaine sécurité économique, une division-coopération du travail qui les soulage.

 

Un anti-impérialisme qui dérange :

l'assassinat du Che africain, les complicités de la France

 

Tout cela en quatre ans ? Tout cela en quatre ans. Même si le processus sera naturellement inachevé. Même si il y eut beaucoup d'erreurs de jeunesse, de maladresses, d'excès y compris jusque dans la personnalisation, la militarisation de la société.

 

Pour Thomas Sankara, le combat pour la révolution burkinabé est aussi celui pour la libération de l'Afrique de l'impérialisme, du néo-colonialisme, pour le socialisme africain. Sankara devient ainsi l'héritier de Patrice Lumumba, assassiné avec la complicité des Occidentaux en 1960.

 

L'anti-impérialisme de Sankara est condamnation de la dette qui asservit les peuples africains, maintient les Etats dans une dépendance par rapport à l'ancienne puissance coloniale. Il dénonce à l'ONU cette dette qui fait des Etats africains, de faux Etats indépendants, condamnés à la misère.

 

Sans entrer dans le bloc de l'Est, il se rapproche par ailleurs des pays communistes. Il est ami de Fidel Castro, un admirateur de la révolution cubaine. Il cherche un point d'appui auprès de l'URSS en 1986, qui lui offre une aide économique conséquente.

 

Son anti-impérialisme, son pan-africanisme, son philo-communisme agacent. Ils agacent la vieille puissance coloniale française, ainsi que ses alliés dans la région, d'abord la Côte d'Ivoire de Félix Houphouet-Boigny, ainsi que le Togo et le Mali.

 

En novembre 1986, le président de la République française François Mitterand – celui qui disait en 1954 l' « Algérie c'est la France, elle va des Flandres au Congo » – est en visite à Ouagadougou.

 

Sans haine, avec calme et éloquence, Sankara critique vertement Mitterand, et la France qui vient d'accueillir le Premier ministre d'apartheid sud-africain Pieter Botha en France. Il critique l'hypocrisie de la France qui prétend être l'ami des pays africains, et soutient l'apartheid.

 

Le président Miterrand n'apprécie guère cette remontrance. Il lui répond sur un ton paternaliste, sous des menaces voilées. Sankara vient de signer son arrêt de mort. Avec le retour de la droite à Matignon, la ré-activation des réseaux RPR-Foccart, la France complote pour le faire chuter.

 

Les événements de 1987 restent marqués par le mystère. Selon diverses sources, la Côte d'Ivoire agissait en sous-main pour corrompre certains acteurs haut placés du régime, menait une campagne de salissement du capitaine Sankara.

 

Le Mali, le Togo multiplient les provocations, tentant d'embarquer le Burkina Faso dans une guerre qu'elle perdrait nécessairement faute d'équipement militaire adéquat.

 

Finalement, le 15 octobre 1987, il est assassiné lors d'une session extraordinaire du Conseil national de la révolution, pris d'assaut par un commando militaire armé de grenades, de fusil-mitrailleurs. Son corps est transporté, puis enterré sans aucune cérémonie au cimetière de Dangoen.

 

Le commanditaire de l'assassinat ne fait guère de doute, c'est celui qui a profité du crime. Son meilleur ami, que beaucoup décrivent comme ambitieux, jaloux, sans convictions : Blaise Compaoré, approché depuis plusieurs années par la Côte d'Ivoire et la France.

 

Dès son arrivée au pouvoir, Compaoré rétablit des relations cordiales avec la France. Il coupe les liens avec Moscou et la Havane. Dès 1991, il obéit docilement aux plans d'ajustement structurel du FMI, aux projets de privatisation qui vont ruiner le pays, toujours un des plus pauvres de la région.

 

Les acquis de la révolution burkinabée sont déconstruits, la mémoire de Sankara officiellement oubliée. La France a fait de Compaoré, dirigeant corrompu, criminel, son pilier dans la région. Il est devenu son médiateur favori dans les crises ivoiriennes, maliennes récemment.

 

Blaise Compaoré est un dictateur régulièrement élu avec 80 % des voix comme en 2005, en 2010. Cela ne pose aucun problème à la France.

 

Récemment, la presse malienne a évoqué le double jeu de Compaoré au Mali, avec un soutien potentiel apporté en sous-main aux djihadistes pour déstabiliser son voisin, et s'imposer comme un personnage central dans la région. La France baisse les yeux bien sûr.

 

On sait bien que Compaoré a trempé dans d'autres conflits régionaux, comme au Sierra Leone, au Libéria, avec son sinistre ami Charles Taylor, contribuant au trafic de diamants régional et à des conflits fratricides.

 

Aujourd'hui, la famille de Thomas Sankara demande justice. Le Collectif « Justice pour Sankara, justice pour l'Afrique » demande qu'une enquête indépéndante soit ouverte sur son assassinat, pointant les responsabilités de la Côte d'Ivoire, des Etats-unis et de la France.

 

Mémoire bafouée, corps mutilé, idées piétinées : Thomas Sankara reste tout de même une idole pour la jeunesse du Burkina et d'Afrique. On peut finir par ces mots du capitaine Sankara, prononcé lors des premières asssines des Tribunax révolutionnaires, le 3 janvier 1984 :

 

« Tant qu'il y aura l'oppression et l'exploitation, il y aura toujours deux justices et deux démocraties : celle des oppresseurs et celle des opprimés, celle des exploiteurs et celle des exploités. La justice sous la révolution démocratique et populaire sera toujours celle des opprimés et des exploités contre la justice néo-coloniale d'hier, qui était celle des oppresseurs et des exploiteurs ».

 

 

A bas l'impérialisme, à bas le néo-colonialisme, à bas le capitalisme comme disait la jeunesse révolutionnaire burkinabé : « la patrie ou la mort, nous vaincrons » camarade Sankara !

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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 05:40

total-mali.jpgCe sont des entreprises françaises qui dégotent les premiers contrats de reconstruction au Mali !



Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



L'intervention « Serval » a été présentée sous l'angle d'une « intervention humanitaire » qui a pu bénéficier de l' « union sacrée » de toutes les forces parlementaires. Pour ceux qui y ont cru à gauche, les premiers contrats de reconstruction peuvent faire sauter les dernières illusions.



C'est le Quai d'Orsay qui a annoncé la nouvelle le 13 mars dernier. Une victoire pour le Ministère des Affaires étrangères qui s'est vanté d'avoir fait du lobbying auprès des Nations unies pour promouvoir des entreprises étrangères.



En effet, sur ces premiers contrats de « reconstruction », l'Etat malien n'avait pas son mot à dire. C'est la Mission des Nations unies pour le Mali (la MINUSMA) qui a proposé cinq contrats pour différents projets d'infrastructures dans le nord du pays.



Particularité de la procédure, l'ONU ne négocie qu'avec les Etats … charge à eux de répartir les contrats entre des prestataires privés, qui se partagent les plus-values.



Signe de la privatisation des services des affaires étrangères – déjà proposée par Pierre Moscovici au « sommet France-Afrique de Bercy » en décembre dernier – c'est France Expertise Internationale, une agence du ministère qui a négocié le contrat pour nos entreprises.



Le billet du Quai d'Orsay parlent de contrats de 34,7 millions d'euros. Un article des Echos (14 mars) précise les destinataires : Thalès et Razel-Bec. La première, grande entreprise privatisée de défense, la seconde, spécialisée dans le BTP en Afrique noire.



Selon les Echos, il s'agirait de contrats au Nord-Mali (Gao, Kidal, Tessalit) portant notamment sur « l'extension et la consolidation des pistes d'atterrissage de ces deux dernières villes ».



Il faut savoir que l'Etat français contribue à hauteur de 48 millions d'euros à la mission de l'ONU d'un budget total annuel de 260 millions de dollars.



Comme le précise désormais ouvertement le Quai d'Orsay, il s'agit désormais d'optimiser le « taux de retour » de cet investissement français. Un retour engrangé bien sûr non par l'Etat mais par les monopoles français. Dépenses publiques, profits privés.



L'Etat français a donc déjà rentabilisé les trois-quart de l'investissement initial. Mais ce n'est qu'un début. D'autres contrats plus juteux attendent, ceux de la logistique, l'approvisionnement en nourriture, l'alimentaire ou encore dans les carburants.



Après ces marchandages négociés par l’État français pour nos grands monopoles au Mali, qui peut encore oser parler d' « intervention humanitaire » ?



Pour approfondir :



Relire notre analyse du Sommet de Bercy sur la nouvelle politique impérialiste de la France en Afrique : Le MEDEF à l'assaut de l'Afrique : la nouvelle ruée vers l'Afrique de l'impérialisme français



Sur la situation sociale au Mali en ce début d'année 2014 : Après la « trêve sociale », l' « Union sacrée » de la guerre : les grèves touchent tous les secteurs au Mali

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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 06:48

Flag-map of MaliAprès la « trêve sociale », l' « Union sacrée » de la guerre : les grèves touchent tous les secteurs au Mali

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Au Mali, rien de nouveau ? A en croire nos médias peut-être, pourtant la réalité est différente. Après l' « Union sacrée » de 2013 de la guerre, les travailleurs maliens sont exaspérés, des mouvements de grève touchent tous les secteurs. Désordonnés mais combatifs.

 

Une dizaine de mouvements de grève depuis le 1er janvier, touchant tous les secteurs stratégiques : de l'éducation aux mines, de la santé aux (rares) industries, des ministères à la sécurité privée.

 

Les revendications sont les mêmes partout : revalorisation salariale toujours, paiement des salaires non-payés souvent. Et une colère contre les mesures autoritaires du gouvernement pour étouffer la contestation sociale.

 

Malgré certaine confusion syndicale et politique, l'absence de convergence des luttes, les enjeux de pouvoir entre appareils, les revendications catégorielles, ces mouvements révèlent une colère sociale latente : le Mali semble assis sur un volcan.

 

Après la « trêve sociale » de 2013, la lutte pour les salaires repart, d'abord dans le secteur public

 

En 2013, le gouvernement a fait passer auprès des travailleurs l'idée d'une « Union sacrée », d'une « trêve sociale » sous prétexte de la guerre au Mali, dans un État en déliquescence, soumis à l'intervention de l'ancienne puissance coloniale.

 

En 2014, l' « état d'exception » est devenu la norme avec son cortège d'arriéré de salaires et d'allocations, d'heures supplémentaires non-payés, de gel des avancements

 

Les travailleurs de la fonction publique sont les premiers à subir cette politique, les premiers à se mobiliser : l'éducation et la santé sont les secteurs qui ont été les plus touchés par les grèves ces dernières mois.

 

Ainsi dans l'éducation, à tous les niveaux, les grèves se sont multipliées : préavis de grève dans l'éducation primaire en janvier, grève illimitée dans l'éducation secondaire à partir du 7 février, grèves dans l'éducation supérieure les 15-16 février puis grève illimitée à partir du 23 février.

 

Dans l'éducation primaire, c'est le paiement des arriérés de salaire liés à l'avancement qui a motivé la mobilisation.

 

Dans l'éducation secondaire, c'est le non-paiement des salaires pour le mois de janvier des « fonctionnaires territoriaux » dans la région de Bamako, une conséquence néfaste pour les travailleurs de la politique de décentralisation.

 

Dans l'éducation supérieure, ce sont les accords de mars 2012, « suspendus » pour cause de guerre. Les enseignants réclament notamment l'intégration des contractuels à la fonction publique, la revalorisation des salaires, le remboursement des arriérés de l'assurance maladie.

 

Le mois de février a été marqué par des grèves ininterrompues dans les collèges et lycées de Bamako, ainsi que les Grandes écoles et universités de la capitale. Le pouvoir a maintenu le bras de fer avec les enseignants.

 

Attaques contre le « droit syndical », l' « indépendance de la justice : halte à l'autoritarisme

 

Les syndicats évitent l' « affrontement politique » avec le pouvoir installé dans le sillage de l'intervention française.

 

Les deux syndicats majeurs, le CSTM (Confédération syndicale des travailleurs du Mali) et l'UNTM (Union nationale des travailleurs du Mali), restent les héritiers de la « co-gestion » post-coloniale du pays.

 

Toutefois, dans certains secteurs précis, des oppositions se font jour pointant les pressions contre les représentants syndicaux, la casse du secteur public, la remise en cause de l'indépendance de la justice.

 

Ainsi, dans la santé, le succès de la grève générale des 19 et 20 févrierqui protestait contre la « mutation » du secrétaire général du syndicat de l'hôpital CHU Gabriel Touré de Bamako, Losseny Bengaly,muté dans un service central de « pharmacie », pour l'éloigner du terrain militant.

 

La grève convoquée par trois syndicats (Le syndicat national des médecins, le Syndicat des cadres médicaux et le Syndicat national de la santé) a été massivement suivie, à plus de 80 % dans les hôpitaux de Bamako. Seul le service minimum a été assuré par les internes.

 

Comme le notait le secrétaire à l'organisation du syndicat de la Santé, Dijmé Kanté, « il s'agit non de défendre un homme, une structure mais la liberté syndicale en générale. Cette mutation est une décision politique ».

 

Dans la justice, la menace de la grève a déjà été brandie par les trois syndicats de la Justice (Syndicat autonome de la magistrature, Syndicat autonome des greffiers, Syndicat libre de la magistrature) face à la tentative de prise en main de la Justice par le pouvoir exécutif.

 

Outre les conditions désastreuses d'exercice de la justice, les syndicats dénoncent les propos et la pratique du nouveau Ministre de la Justice, Mohamed Ali Bathily, qualifié de « va-t-en guerre » contre le pouvoir judiciaire : de l'arrestation de magistrats au mépris de la présomption d'innocence à l'annonce de la surveillance des magistrats par la Sécurité d'Etat (police politique).

 

Ainsi, pour le secrétaire du Syndicat autonome de la magistrature (SAM), Issa Traoré : « nous nous ferons entendre, même s’il faut passer par les grèves. Qu’il sache qu’à partir d’aujourd’hui, nous sommes prêts à lui répondre coup pour coup. Nous ne nous laisserons plus faire ».

 

Grève dans les mines, mouvement des agents de sécurité privé, mobilisation au Nord-mali : des mouvements significatifs

 

Des grèves hautement significatives, des mouvements forts en symbole se sont aussi produits ces dernières semaines.

 

On pense d'abord à la grève du 10 au 15 février des mineurs dans l'ouest du Mali, sur les sites de Sadiola et Yatela, gérés par des sous-traitants du grand groupe minier sud-africain Anglogold Ashanti, troisième producteur mondial.

 

Dans ces mines d'or, les travailleurs maliens luttent contre le plan de licenciement de 400 de leurs camarades contractuels, sachant que 600 autres sont sous cette même menace.

 

Si les industries sont rares au Mali, la cimenterie de Gangonteri, toujours à l'ouest du pays, connaît une ébullition sociale, les travailleurs maliens en grève en 2013 contre les salaires de misère (de 30 à 50 centimes de l'heure!), les discriminations (entre « Indiens » et « Maliens ») ont subi les représailles, sous la forme de licenciements massifs contre les Maliens.

 

Autre mouvement symbolique, même si le préavis ne s'est pas transformé en grève, celui des agents de sécurité privée du grand groupe britannique G4S. Depuis la guerre et l'intervention française, ces entreprises de sécurité prolifèrent au Mali.

 

Les agents de l'entreprise britannique avaient déposé un préavis de grève pour le 30 février réclamant non seulement une revalorisation salariale, le paiement des arriérés d'allocations familiales mais surtout une amélioration des conditions exécrables de travail.

 

Enfin, le nord-Mali a aussi connu un mouvement de grève, dans des conditions pratiques extrêmement précaires, celui des personnels de santé les 29 et 30 janvier, dans la région de Gao.

 

Une grève massivement suivie exigeant le paiement d'une prime exceptionnelle au vu des traumatismes subis avec la guerre de 2013.

 

Remettre en cause l'occupation française, le grand tabou ?

 

La remise en cause de la présence française au Mali reste un grand tabou dans les mouvements sociaux au Mali, même si certains partis (comme le SADI) commencent à la poser, timidement.

 

C'est aussi l'absence d'une conception politique de la grève qui est frappante : faible recherche de la convergence des luttes, absence de remise en cause générale de la politique du pouvoir malien, recherche de compromis sectoriels.

 

Au-delà de la combativité réelle des bases dans tout le pays, dans tous les secteurs, c'est d'un mouvement syndical de classe dont souffre le pays. Toutefois, il est faux de dire que le peuple malien ne bouge pas, il se mobilise et pourrait bien gêner la fondation d'un « ordre nouveau » encore plus favorable aux intérêts impérialistes français au Mali.

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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 06:47

bangui.JPGLa Fédération syndicale mondiale (FSM) dénonce l'escalade de l'opération militaire française en Centrafrique



Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/ ( * remaniée par rapport à la version française présente sur le site)



La FSM, réaffirmant son ferme attachement à la souveraineté et l’indépendance de la République du Centre Afrique ainsi que sa solidarité avec le peuple et les travailleurs de la RCA, exprime sa profonde préoccupation quant à l’évolution et au déploiement d’un nouveau plan impérialiste contre le peuple de ce pays d’Afrique Centrale.



La FSM dénonce le rôle de l’Union Européenne et de l’OTAN dans la mise sur pied d'une nouvelle opération militaire en Afrique et l’intensification de l’opération conduite par la France déjà depuis le début du mois de décembre 2013.



La FSM dénonce avec la plus grande fermeté les extrémistes et les mercenaires qui opèrent en RCA et dans d’autres pays africains soi-disant pour s'opposer aux coups d’État et aux régimes non-démocratiques, offrant le prétexte tant recherché par les forces impérialistes pour diviser, envahir, piller, détruire et régner au prix des peines et des souffrances des peuples africains.



La FSM exprime en outre sa préoccupation quant au déploiement de forces d'interventions spéciales par les États africains prêtes à opérer dans d'autres États du continent, en fonction de l'agenda impérialiste.



La Fédération syndicale mondiale continuera à se battre en solidarité avec le mouvement syndical de classe en Afrique jusqu'à ce que les Africains deviennent maîtres « chez eux » et utilisent les richesses de leurs terres dans les intérêts des nécessiteux, pour satisfaire leurs besoins fondamentaux, créer les bases d'une société prospère, d'une coopération mutuelle et fraternelle entre États africains et mettre fin aux conflits raciaux, ethniques et religieuses qui offrent un prétexte aux grandes puissances impérialistes pour imposer leur domination.



Contexte de la Centrafrique



La Centrafrique est un pays riche en diamants, or, pétrole, uranium, ressources agricoles et eau. Il souffre d'une instabilité permanente depuis son indépendance vis-à-vis de la France en 1960, dont les anciens maîtres et autres puissances impérialistes sont les principaux responsables, tout cela dans le but de contrôler la région.



Plus de 60 % de la population survit avec moins de 2 $ par jour, 206 000 personnes sont des déplacés internes dans le pays, tandis que 50 000 personnes ont fui le pays, essentiellement vers la République démocratique du Congo, le Cameroun et le Tchad.



Le manque critique de médicaments dans les hôpitaux, les prix élevés et les déficiences alimentaires se combinent avec des problèmes dans l'accès à l'électricité et à l'eau et touchent des millions de personnes, limitant l'espérance de vie à 50 ans.



Les conflits inter-impérialistes pour le contrôle des ressources naturelles articulés aux agissements et au putsch militaire des forces armées de la « Séléka », assistée par des mercenaires étrangers, contribuent à une dégradation ultérieure des conditions de vie déjà dramatiques de la population et constituent la réalité de cette nouvelle intervention impérialiste dans la région.



 

Il est clair que les gouvernements américains et français ont ces derniers mois renforcé leurs forces militaires en Centrafrique pour protéger les intérêts de leurs multi-nationales qui sont actives dans le pays (TOTAL, Areva, France Télécom, Castel, etc.)

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