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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 06:23

francafrique-cartes.jpgLe MEDEF à l'assaut de l'Afrique : la nouvelle ruée vers l'Afrique de l'impérialisme français

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Le 4 décembre, dirigeants d'entreprises français et africains étaient réunis à Bercy pour un « forum économique » France-Afrique, précédant le dit « Sommet pour la paix et la sécurité » en Afrique des 6-7 décembre accompagnant l'intervention armée en Centrafrique.

 

« Nous avons besoin de l'Afrique », « L'Afrique est notre avenir », « Un partenariat franco-africain pour l'avenir » : la ligne politique de l'impérialisme français est indiqué, le cap est donné vers l'Afrique sub-saharienne. Les intérêts sont économiques, les moyens sont multiples.

 

Pour comprendre les raisons des interventions françaises en Libye, au Mali, en Centrafrique, c'est ce « Forum de Bercy » qu'il faut étudier. Il réunissait plus de 750 dirigeants d'entreprises, représentants gouvernementaux, collaborateurs de fondations, français et africains.

 

Ce « forum de Bercy » permet d'éclairerl'actualité du concept d'impérialisme – dans son essence léniniste, non dans son sens galvaudé : une fusion du capital bancaire et industriel, l’État au service des monopoles, pour le partage du globe entre blocs impérialistes et la conquête de nouvelles sources d'investissement captives et profitables.

 

L'Afrique au cœur des rivalités inter-impérialistes : montée de la Chine et déclin français

 

Le capital français a peur. Le « forum de Bercy » a dévoilé les craintes des grands monopoles qui voient leurs positions captives, héritées de la colonisation et de la « Françafrique » – pacte entre la bourgeoisie française et les bourgeoisies africaines compradores – menacés par les pays émergents.

 

Sur ces dix dernières années, la France est passée de 10 % de parts de marché à 4,5 %.

 

Désormais la Chine est le premier partenaire commercial du continent : en 1990, la France représentait 15 % des importations africaines, la Chine 1%. Aujourd'hui, c'est 5 % pour la France, 15 % pour la Chine !

 

Un péril jaune à relativiser. La France dispose encore du 1er stock d'investissement en Afrique, elle est la deuxième puissance commerciale (à l'export) et 3 ème pour les projets d'investissement en cours.

 

Mais le rapport de l'ex-ministre Védrines pointe le problème, repris par le ministre de l'Economie Moscovici : la France vit de ses rentes, elle perd du terrain, sa dynamique est négative.

 

En effet, en termes de projets d'investissement, la France est en recul de 6 % depuis 2007, suivant les « vieux impérialismes » en mort clinique : Espagne (-15 %), Portugal (- 25 %).

 

Elle n'a pas pris le wagon des impérialismes traditionnels (USA, + 11% ; Royaume-Uni : + 25%), ni celui des impérialismes revanchards (Allemagne et Japon, + 15%), ni naturellement celle des impérialismes émergents (Chine + 15 %, Inde + 25%, Afrique du sud + 56 %).

 

Si on analyse pays par pays, zone par zone en fonction des aires linguistiques (correspondant aux anciens empires coloniaux puis aux « sphères d'influence » post-indépendance), le déclin est encore plus saisissant.

 

Dans la zone francophone, si on prend la zone « Franc CFA », les entreprises français sont à 17 % de parts de marché .. comme la Chine. Elles restent leader en Côte d'Ivoire, au Sénégal, au Gabon mais elles ont perdu 18 points en Côte d'Ivoire, 6 au Sénégal, 8 au Gabon depuis 2005 !

 

Dans la zone anglophone, elles sont absentes des pays moteurs de la croissance capitaliste : entre 1 à 3 % au Nigeria, Afrique du sud, Kenya … là où la Chine oscille entre 15 et 18 % et rivalise désormais moins avec les britanniques et les américains qu'avec les allemands et les indiens.

 

Reconquérir des parts de marché : un continent source de profits faciles

 

D'habitude, ces grandes cérémonies sont agrémentées de propos convenus et fallacieux de l' « impérialisme à visage humain » sur la bonne gouvernance, le soutien à la démocratie, l'aide au développement occidentale. Finies les simagrées.

 

Selon les mots de Vedrine, repris par Moscovici, « il faut mettre au centre les intérêts économiques de nos entreprises, on fait du business ».

 

Enrichissez-vous.. par le pillage et par la corruption. On sait que l'impérialisme compense le tarissement du taux de profits en monopole, la sur-accumulation de capital par la recherche de profits faciles dans les coins du monde encore non envahis par le capital.

 

Ainsi, la description faite dans la presse de l'Afrique correspond à cet « el-dorado » : l'explosion démographique (donc une main d’œuvre peu onéreuse et abondante), la croissance économique exceptionnelle alimentée par la privatisations des secteurs-clés (source de profits potentielle), l'abondance des richesses en hydrocarbures et mines (les matières premières).

 

L'envers du décor n'est pas évoqué bien sûr, ou de façon euphémique. L'Afrique est un el-dorado pour les investisseurs étrangers car elle promet des plus-values colossales, grâce à la corruption des élites, la faible redistribution aux travailleurs, les ententes monopolistiques.

 

Le cas du Niger, aujourd'hui pays le plus pauvre du monde … alors qu'Areva a engrangé 3,5 milliards de profits de l'extraction de l'uranium en est emblématique.

 

L'Afrique est donc une source sans comparaison de profits faciles, un terrain vierge car de moins en moins captif par une puissance particulière : comme à la fin XIX ème siècle, elle redevient terrain des chasses des nouveaux impérialismes, l'heure est à une nouvelle ruée vers l'Afrique.

 

Cela ne va pas sans contradictions, surtout pour la France. Contrairement aux rivalités inter-impérialistes de la fin du XIX ème siècle, ou celles post-indépendance, ce ne sont pas trois-quatre impérialismes qui sont en compétition, mais huit ou dix :

 

d'où des parts de marchés perdues et des profits rabotés. Mais toujours des profits, comme le remarquent certains observateurs, le déclin de la France n'est que relatif, pas absolu, les monopoles ont conduit ces dix dernières années à augmenter leurs profits.

 

Le « capital financier » français à l'assaut de l'Afrique, grâce au bras armé de l’État français

 

Une fois le constat réalisé, quelles sont les propositions avancées par le gouvernement socialiste et le MEDEF pour relancer la politique impérialiste française en Afrique ? Elles sont de deux ordres.

 

D'abord, réaliser la synergie entre les capitaux bancaires et les projets d'investissement en Afrique.

 

Le prochain jackpot africain, ce sont les projets d'infrastructure – ports, aéroports, téléphonie, réseaux d'eau, de déchets, chemins de fer : 500 milliards de $ pour les dix prochaines années, selon la Banque mondiale.

 

Ces projets d'investissement, tout comme le développement de PME agissant comme sous-traitant des multi-nationales – 1 000 milliards de $ pour le marché de la consommation par an en Afrique – nécessitent des financements venant des banques, et fonds d'investissement gérés par elles.

 

Le premier projet acté par le gouvernement, c'est donc « une fondation public-privé destinée au financement des projets d'investissement français en Afrique », mobiliser donc le crédit public, l'argent des banques privées … pour les profits des grands monopoles.

 

Le gouvernement a promis 20 milliards d'€ d'aides, dons, prêts vers les projets d'investissement africains d'ici 2019 … le double officiellement de ceux accordés ces cinq dernières années.

 

Ensuite, utiliser l’État comme levier et bras armé pour les intérêts des monopoles.

 

Cela a déjà été évoqué, c'est la centralisation du crédit. Parmi les propositions adoptées, le renforcement de la Coface, l'ex-compagnie publique (rattachée à Natixis) spécialisée dans l'assurance pour les crédits accordés pour les projets d'investissement à l'étranger.

 

C'est aussi, outre la « fondation publique-privée pour la croissance », la refondation de l'aide au développement.

 

La France a promis de « délier » l'aide au développement, c'est-à-dire ne plus la conditionner à l'achat de produits français dictés par l’État, toutefois dixit Moscovici … c'est aussi pour mieux prendre en compte les intérêts économiques français !

 

Autrement dit, moins de lien avec l’État français … pour plus de liens avec les monopoles privés. Les projets d'infrastructures financés seront directement dans les intérêts économiques français (ports, chemins de fer), réalisés par des entreprises françaises, avec des crédits français.

 

Cela passe également par le démantèlement du réseau diplomatique et consulaire, remplacés par des Chambre de commerce-bis pour les grands monopoles : c'est le réseau Ubifrance, agence française pour le développement international des entreprises.

 

Un siège pour l'Afrique de l'Est d'Ubifrance va ouvrir à Nairobi, une antenne au Ghana, une délégation au Nigeria : une porte pour les monopoles français vers l'Afrique anglophone.

 

Comme le remarquent les observateurs, la France « dispose de nombreux atouts ». Celui souvent évoqué, la francophonie, les relations historiques, culturelles et politiques avec l'Afrique francophone. Loin du projet émancipateur, on est ici dans la vieille Françafrique !

 

Sur le plan politique, ce sont les relations étroites entre dictateurs africains et personnel politique français, de Bokassa à Bongo. Le rapport Védrine, repris par Moscovici, propose juste de mettre l'accent sur la fusion des élites axée sur le secteur privé, le milieu des affaires.

 

Au-delà des formules toutes faites sur la « gouvernance », la « démocratie », peu de choses ont changé. La plupart des pays francophones sont dirigés par des dictateurs alliés de la France : Déby au Tchad, Compaoré au Burkina, Bongo au Gabon, Biya au Cameroun. La liste est longue.

 

La pratique des appels d'offre bidonnés, livrés aux monopoles français, est de moins en moins la norme. Toutefois, elle perdure, il suffit de penser au fameux port de Conakry confié à Bolloré ou de l'hôpital d'Abidjan dont la construction puis la rénovation a été accordée à Bouygues.

 

Sur le plan culturalo-économique la « zone Franc CFA » est encore l'héritage direct de la colonisation (CFA = colonies françaises d'Afrique).

 

Aujourd'hui, le franc CFA est aligné sur l'Euro, il permet au pouvoir français d'exercer un contrôle direct sur la politique économique de 15 pays d'Afrique, sert de levier au FMI pour mener ces programmes d'ajustement structurel.

 

Enfin, les interventions armées, dont les cas maliens ou centrafricains sont l'illustration.

 

Védrine parle de « sécurisation des investissements ». Cela veut dire sécuriser les régimes favorables aux investissements français, intervenir pour défendre le pré-carré français – le colonialisme direct français ou britannique fin XIX ème n'était qu'une réponse à l'incapacité de leurs monopoles de supporter la concurrence allemande ou américaine.

 

On sait bien les intérêts d'AREVA et de TOTAL au Mali et en Centrafrique, que les Gbagbo, Bozizé, ATT dans leurs pays respectifs menacer de se tourner vers la Chine ou d'autres impérialismes émergents.

 

Anciens amis de la France, dirigeants corrompus, ils ont été vite dévissés de leur poste.

 

Pour le concept léniniste d'impérialisme … méfions-nous des contre-façons !

 

Le concept léniniste d'impérialisme reste d'une pénétrante actualité. Ceux qui s'en retrouvent sont réduits à l'impuissance politique, ou à l'erreur d'analyse.

 

Sans le concept d'impérialisme, l'analyse des conflits au Mali ou au Centrafrique tombe dans l'idéologie dominante : racines « ethniques » ou « religieuses », intervention française comme mal nécessaire au nom de l' « idée de justice, de bien, de démocratie, des droits de l'Homme ».

 

C'est ainsi que la « gauche » (la « gauche de la gauche ») soutient aujourd'hui ses interventions que ce soit celle en Centrafrique, ou celle au Mali votée par toutes les forces parlementaires.

 

Historiquement, c'est au nom de l' « idée de justice, de bien, de civilisation » que les opportunistes, républicains ou socialistes, ont soutenu la colonisation, depuis Ferry jusqu'à Mollet, en passant par la SFIO de Blum.

 

Il serait intéressant d'analyser la position initiale d'un Jaurès, revendiqué par beaucoup à gauche – avec distorsions, instrumentalisations d'usage.

 

Idéaliste, il a d'abord soutenu la colonisation perçue comme une mission civilisatrice, avant de souhaiter son « humanisation », puis de prendre conscience progressivement de son vice fondamental, sans analyser jusqu'au bout ses motivations économiques – donc mener une critique marxiste de l'impérialisme, comme Lénine ou Rosa Luxembourg le firent.

 

Si d'autres utilisent à gauche le concept d'impérialisme, c'est souvent dans un sens dévoyé. Les théories des « super-impérialismes », « ultra-impérialismes » trouvant une nouvelle version sous Antonio Negri, renvoyant indirectement à l'analyse de Kautsky, réfutée par Lénine en son temps.

 

Kautsky insistait sur l'inter-dépendance des économies, au stade impérialiste, la possibilité d'une entente internationale pacifique des Etats capitalistes avancés (la défense de l'Union européenne à gauche est-elle bien différente aujourd'hui ?).

 

Ces thèses sur l' « ultra-impérialisme » introduisent aussi subrepticement une hiérarchie entre impérialismes : des impérialismes plus ou moins prédateurs, puissants, bellicistes, périlleux. Il y aurait donc des « bons » et des « mauvais » impérialismes.

 

Cette position a pu justifier l' « Union sacrée » votée par les socialistes français ou allemands en 1914. Aujourd'hui, en dénonçant la seule nocivité de l'impérialisme américain, elle peut légitimer un soutien aux impérialismes européens (voire à l' « impérialisme européen »), ou à ceux émergents.

 

En renvoyant par ailleurs la notion d' « impérialisme » comme Kautsky à sa dimension politique, militaire, on sous-estime ses déterminants économiques, ses contradictions insolvables, et justifient l'alignement derrière un bloc impérialiste ou un autre.

 

Tantôt, certains ne verront que « coopération démocratique » et « nouveaux partenariats » chez les pays occidentaux, et « impérialismes brutaux » et « pillages » chez la Chine, pour prendre un cas qui fait aujourd'hui la une des journaux.

 

D'autres, au contraire, ne vont voir qu' « impérialismes néo-colonialistes » chez les puissances occidentales, mais voir dans les projets chinois, brésilien, indien un « partenariat gagnant-gagnant ».

 

C'est dissimuler sa racine économique : la nécessité pour tout État capitaliste de s'étendre sur de nouvelles terres vierges, pour exporter ses capitaux et augmenter le taux de profit de ses monopoles.

 

Ce n'est pas un hasard si le développement capitaliste de la Chine, l'Inde, le Brésil, l'Afrique du sud s'accompagne quasi mécaniquement de l'explosion de leurs investissements en Afrique.

 

Le déclin relatif de la France, la Grande-Bretagne, des États-Unis conduisant à une tentative de garder ces territoires comme « captifs ».

 

On pourrait revenir sur l'état du monde il y a un siècle et y trouver de furieuses ressemblances : des zones de conflit en Afrique, au Moyen-orient et en Asie centrale, un partage conflictuel et concerté de l'Afrique, un conflit entre « vieux impérialismes » britanniques et français et « nouveaux impérialismes » allemands et américains, qui voulaient leur place au soleil.

 

Il y a un siècle ce choc entre impérialismes a donné la Première Guerre mondiale, une boucherie qui a coûté la vie à près de 10 millions d'êtres humains.

 

A l'époque, les socialistes avaient trahi leur engagement pour la paix au nom de l' « Union sacrée », de la distinction entre « bons » et « mauvais » impérialismes. En cette année de commémorations, il est bon de le rappeler.

 

 

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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 07:43

logo-eubam200px.jpgL'Union européenne entraîne des forces para-militaires en Libye pour sécuriser infrastructures pétrolières et frontières



Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



L'intervention de l'OTAN en 2011 a ravagé la Libye, aujourd'hui laissé à un gouvernement impuissant à la tête d'un appareil d’État corrompu, dans une société sous contrôle des bandes criminelles, des groupes terroristes islamistes et des mercenaires tribaux.



L'information est passée en France via Mediapart, elle avait déjà été éventée en Grande-Bretagne il y a plusieurs semaines par EU-observer : un rapport datant du 18 avril, non-publié par la Service européen pour l'action extérieure (SEAE), indique la stratégie européenne dans le chaos libyen.



L'EUBAM – nom de la mission de l'UE – est chargée de former les 16 000 « gardes-frontières » libyens, des forces para-militaires fficiellement sous la direction du Ministère de la Défense, en réalité soumis aux influences les plus diverses, mafieuses et politiques, sur le terrain.



Les gardes-frontières libyens : para-militaires impuissants ou infiltrés par les milices ?



Or, selon le rapport de l'UE, seuls deux des quatorze poste-frontières sont sécurisées à l'heure actuelle (Egypte et Tunisie) le reste étant entre les mains des milices diverses – tribales, islamistes ou touaregs – en particulier au sud et à l'ouest, à la frontière avec l'Algérie, le Niger et le Tchad.



Selon le gouvernement algérien, les gardes-frontières sont même infiltrés par les milices. Une information très probable, le corps des gardes-frontières étant composé pour moitié d'anciens combattants des groupes terroristes (« katiba ») qui ont déposé Kaddafi en 2011.



L'EUBAM est composée de 110 « experts », officiellement issus des services des douanes et de police … mais s'appuyant également, selon le rapport, sur des « experts militaires » censés apporter une « formation à ses capacités de spécialistes ».



Le chiffre réel des experts militaires est incertain, mais des officiers de haut rang, tel le général italien Luigi Scollo présents jusqu'en septembre, sont là sur place pour former les forces para-militaires libyennes.



Des liens sont également noués avec les services de renseignement libyens « heureux de pouvoir collaborer avec la mission EUBAM », d'après le rapport.



La Libye sous protectorat : la formation de l'armée et de la police par l'OTAN



Chacun des pays impérialistes à la tête de l'intervention de 2011 et du partage (pétrolier) du pays ensuite, prend sa part dans la formation des troupes para-militaires libyennes.



Ainsi, l'Italie occupera un rôle privilégié en raison de son passé colonial et des intérêts pétroliers d'ENI, déboursant pas moins de 250 millions d'euros sur deux ans, prenant en charge notamment le contrôle des trafics frontaliers – drogue, armes – ainsi que des migrants.



L'ancienne puissance coloniale formera 60 officiers gardes-frontières au Centre de police de Vicenza, 65 soldats à l'école d'infanterie de Cesano, 280 policiers militaires et 150 policiers civils à Tripoli. Elle fournira sept navires patrouilleurs et 20 véhicules blindés légers « Puma ».



La France assurera de son côté la formation des personnels de l'Armée de l'air – 30 pilotes seront formés à Salon –, de la Marine – 20 officiers navals à Toulon, ainsi que 75 gardes-frontières formés à la protection des personnalités.



Enfin la Grande-Bretagne privilégie l'encadrement des forces de sécurité, permettant de la doter d'une influence décisive dans les institutions, avec des « conseillers stratégiques » au Ministère de l'Intérieur, et une « Equipe d'assistance de Défense » au Ministère de la Défense.



Le protectorat sur la Libye s'étend, selon ce que révèle le rapport, aux Etats-unis qui devraient prendre en charge directement la formation de 5 à 8 000 soldats libyens et financer à hauteur de 20 millions d'euros la « réforme de la justice, de la sécurité et du contrôle des frontières ».



Enfin, les dictatures islamistes qui supervisent le processus de transformation de l'Afrique du nord et du Moyen-orient en régimes pro-impérialistes s'occupent aussi de ce projet, la Turquie formera 800 officiers de police, les Emirats arabes unis 250 officiers de l'armée.



Contrôler les frontières (1) : la Libye dans l' « Europe forteresse »



De quelles missions seront chargées ces forces policières, militaires et para-militaires libyennes ?



D'abord, le contrôle des frontières. C'est la mission officielle, celle sur laquelle insiste beaucoup l'article de Mediapart. Frontières terrestres sur 4 000 km – avec notamment l'Algérie, le Tchad, le Niger et le Soudan et maritimes sur 2 000 km – face à l'Europe.



Ce fut l'objet de la « Conférence de Paris » en février dernier réunissant une quinzaine de pays, à l'initiative de Laurent Fabius, qui devait déboucher sur le programme EUBAM.



Le premier objectif est ancré dans le projet d' « Europe forteresse », sécuritaire : limiter les migrations venant d'Afrique noire, et transitant via la Libye, vers le sud de l'Europe.



C'était le rôle qu'avait donné un temps les dirigeants européens à Muhammar Kaddafi, avant 2011, et dont il jouait pour exercer un chantage auprès des puissances de l'UE, dont l'Italie et la France.



En ce sens, le projet EUBAM s'inscrit dans le programme FRONTEX de « gestion intégrée des frontières extérieures », intégrant désormais les pays d'Afrique du sud et visant à filtrer l'immigration africaine par une coordination de l'action des gardes-frontières.



Dans cette perspective, l'Union européenne va renforcer la surveillance des frontières maritimes. En décembre, Eurosur, un nouveau dispositif de surveillance maritime intégrant 18 États-membres de l'UE en coopération avec les pays d'Afrique du nord, sera instauré.



Contrôler les frontières (2) : la « stratégie du chaos » ?



Une autre raison pouvant expliquer la nécessité d'un contrôle accru des frontières terrestres, cette fois, est la crainte face à l'émergence de trafics en tout genre – en particulier d'armes, et surtout de fraude pétrolière et gazière – menaçant jusqu'à l'existence même de l’État libyen.



Les puissances occidentales, pragmatiques, n'avaient déjà pas exclu la partition du pays en deux ou trois entités. Actuellement, la Libye se transforme en une myriade de micro-Etats féodaux, transformant le pays en un « Etat failli », aux conséquences sécuritaires incertaines.



Face à cette désagrégation, les intérêts des grands groupes occidentaux semblent contradictoires, trouvant de quoi faire des affaires dans le chaos et la destruction, tout en nécessitant un minimum de stabilité, quitte à être imposée par « protectorat » ou privatisation de la sécurité.



Armement, BTP, eau : des profits français précarisés par l'insécurité du pays



D'un côté, les industries de l'armement française ou italienne veulent re-vendre des armes en Libye. Ainsi, la France a conclu l'an dernier un contrat pour 20 millions d'€ pour la remise en état de deux navires de guerre libyens, et le déminage des ports, en attendant la vente de quatre patrouilleurs.



Les grands monopoles français participent également à la reconstruction, après avoir favorisé la destruction du pays : Vinci reconstruit l'aéroport de Tripoli, Bolloré le port de Misrata, et Alcatel le réseau de télécommunication du pays.



Ce sont toujours les grands groupes français Veolia et Suez qui sont en lice pour récupérer les réserves d'eau fossile libyennes et le réseau de distribution de l'eau, dans un pays où l'eau est une ressource cruciale.



Le pétrole libyen : les intérêts de TOTAL, sécuriser les lieux d'extraction



Enfin, l' « or noir » suscite toutes les convoitises, dans un pays qui était le deuxième producteur de pétrole du continent avant la guerre. On se rappelle que le CNT avait promis 35 % du pétrole à Total, suscitant les rivalités de l'italienne ENI, leader avant la guerre.



Les investissements de Total affluent en Libye, 130 millions de $ en 2013 pour la seule exploitation du gaz. En octobre dernier, Total a annoncé – conjointement avec l'espagnole Repsol et l'autrichienne OMV – avoir découvert une nouvelle réserve de pétrole, au sud du pays.



Or, c'est la contradiction fondamentale de la situation en Libye, les multi-nationales françaises et étrangères ont à la fois besoin d'un Etat suffisamment faible – pour leur accorder des contrats, et jouer des rivalités internes – et d'une sécurité assurée, en premier lieu des infrastructures pétrolières.



L'article de Mediapart insiste peu sur cet aspect décisif, préférant insister sur la dimension migratoire. La Libye ne produit actuellement que 250 000 barils/jour, contre 1,5 million avant la guerre, avec une fraude massive aux frontières.



Concrètement, ce sont des bénéfices perdus pour les majors occidentales, un argent qui ne rentre pas dans les caisses de l’État pour financer les contrats d'armement, sans compter le climat d'insécurité qui nuit aux travaux de reconstruction.



Toutefois, ce climat d'insécurité laisse un espace important à de nouvelles sources de profits : le développement des compagnies de sécurité privée, à laquelle la mission EUROBAM consacre 25 % de son budget, pour garantir la sécurité de son propre personnel.



Actuellement, la lutte fait rage entre compagnies britanniques (Global Skills, Control Risks, G4S, Hart, Aegis, Blue Hackle) et françaises (Arcos, Geos, Amarante, Gallice) pour emporter le juteux marché libyen, notamment celui de la protection des infrastructures pétrolières.



Détruire pour reconstruire, alimenter le chaos pour faire payer cher la sécurité : tout est source de profits pour un capitalisme de plus en plus enfoncé dans une spirale pleine de périls pour l'Humanité.



 



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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 07:03

medium francafriqueFrançafrique en Centrafrique : la France reproduit le « schéma malien », déstabiliser pour mieux intervenir

 

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

La Centrafrique vit une tragédie. Le premier responsable, c'est l'ancienne puissance coloniale. Depuis 1960, elle fait et défait les dictatures, manipule coteries au pouvoir et groupes rebelles. La France a laissé pourrir la situation pour mieux légitimer une intervention impérialiste.

 

Les chiffres sont incertains, la tragédie réelle : 400 000 déplacés, 1 million de personnes menacés de famine, des milliers de morts depuis le début de l'année, victime des combats mais aussi des exactions des bandes rivales. Qui est responsable de cette situation ?

 

On peut remonter au début de l'année 2013, il faut surtout remonter à l'indépendance, en 1960, et à la colonisation avant. La Centrafrique est un petit pays de 4 millions d'habitants, mais très riche en ressources naturelles – or, diamants, bauxite, phosphate, uranium, maintenant pétrole.

 

Pourtant, la Centrafrique est aussi un des pays les plus pauvres du monde : 80 % de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté, fixé à 2 $ par jour, l'espérance de vie ne dépasse pas les 40 ans.

 

De Bokassa à Bozizé, soixante ans de soutien aux dictatures

 

La France porte une grande part de responsabilité. Dans ses intérêts, elle a soutenu depuis l'indépendance des dictateurs sanguinaires et des régimes corrompus, appuyé ou maté les putschs de généraux ambitieux, alimenté les conflits communautaires.

 

On se souvient du fantasque Jean-Bedel Bokassa, caricature de lui-même dans sa mégalomanie iméprial, son cannibalisme prétendu, ses cadeaux somptueux aux dirigeants occidentaux (les fameux « diamants de Bokassa » offerts à Giscard d'Estaing).

 

On oublie que, de 1965 à 1979, c'est avec le soutien de la France qu'il a imposé la terreur, installé un régime de corruption, dilapidé les ressources naturelles pour les offrir aux entreprises occidentales et les gâcher en projets inutiles.

 

On oublie que si la France l'a déposé en 1979, c'est parce qu'il s'était trop rapproché de la Libye de Kaddafi, menaçant les intérêts français au Tchad.

 

Son successeur, son cousin David Dacko, que Bokassa avait renversé en 1965 avec l'appui français (Dacko avait eu le malheur de s'ouvrir à la Chine communiste), était lui aussi un ami de la France, lié aux services de secrets. Affaire de familles, affaire d'intérêts (français), affaires mafieuses.

 

François Bozizé, homme fort (doux euphémisme) de 2003 à 2013 du pays est une vieille connaissance. Formé par l'armée française, comme Bokasssa, il était son général et bras droit en 1979, lors de la répression sanglante des manifestations étudiantes.

 

Putschiste ambitieux sous le général brutal Kolingba dans les années 1980 puis chef de la répression sous le corrompu Ange-Félix Patassé dans les années 1990, il continuait pourtant à intriguer, poussant Patassé à le contraindre à l'exil, au Tchad.

 

C'est là-bas, avec le soutien de l'autocrate tchadien Idriss Déby, de la puissance coloniale française qu'il dépose l'ancien président Patassé et instaure un régime aussi autoritaire et favorable à la France que celui de ses prédécesseurs.

 

Pendant ses dix ans de règne, Bozizé a pu compter sur la soutien actif de la France, comme en 2007, quand les parachutistes sont intervenus au nord-est du pays pour mater la rébellion.

 

De la Libye à la Centrafrique : un continent mis à feu et à sang par la France

 

Laurent Fabius aime à présenter l'engagement de la France comme une aide au peuple centrafricain « menacé de génocide », une nécessité face à la « menace terroriste ». Une hypocrisie qui ne tient pas l'analyse de ce qui se passe en Centrafrique.

 

Comme toujours en Centrafrique, c'est la France qui a les cartes en main. Pourquoi a-t-elle laissé son ami Bozizé se faire déposer par les troupes aussi brutales que désordonnées, et mal équipées, de la rébellion dite de la « Séléka » ?

 

La « Séléka » n'a rien d'une rébellion populaire, c'est une alliance (ce que veut dire « Séléka » en sango) de seigneurs de guerre régionaux, menée par le criminel de guerre ougandais Joseph Kony.

 

Un ramassis de voyous recrutés dans le lumpen du nord, et surtout une bande bigarrée de mercenaires ougandais, tchandiens, ainsi que d'islamistes du Soudan (les « Jajanwids » responsables des massacres au Darfour), du Nigeria (les fondamentalistes de « Boko Haram ») et du Mali.

 

Ces bandes armées instrumentalisent la question religieuse – tournant les minorités musulmanes contre la majorité chrétienne – et la question régionale – le Nord riche en ressources contre le Sud – pour briser l'unité du pays et faire main basse sur les zones riches en matières premières, au Nord.

 

Derrière la « Séléka », on retrouve la main du tchadien Idriss Déby, lui qui participe à toutes les manœuvres de déstabilisation dans la région, dans ses intérêts et ceux de la France. Le grand « démocrate » réélu en 2011 … à 88,7% des voix.

 

Déby intervient au Mali aux côtés de la France, soutient les rebelles au Soudan qui ont divisé le pays, joue un rôle de médiateur biaisé en Côte d'ivoire, tout en mettant à disposition la base tchadienne pour l'intervention française en Libye.

 

C'est Déby et le Tchad qui vont mener la mission MISCA dépêchée par l'Union africaine (UA), avec les forces du Gabon d'Ali Bongo, du Cameroun de Paul Biya, du Congo de Denis Sassou N'Guesso : quatre alliés de la France, dirigés par des dictateurs patentés.

 

Que des éléments islamistes maliens opèrent désormais à Bangui, à 4 000 km du nord du Mali posent plusieurs questions, pointent la duplicité de la position française.

 

Cela pose la question d'abord de l'intervention de l'OTAN en Libye, avec le renforcement de milices islamistes, armées et financées par les pays occidentaux et les pétro-monarchies du Golfe.

 

Certains de ces groupes se sont ensuite déplacés au Mali, créant une instabilité qui a donné un prétexte à l'intervention française. Le transfert de ces groupes vers la Centrafrique offre désormais un nouvel alibi à la France qui, en deux ans, aura déstabilisé la moitié du continent.

 

Le « schéma malien » transposé en Centrafrique

 

On peut retrouver exactement le schéma de déstabilisation puis d'intervention développé par la France au Mali.

 

1la pré-existence d'un gouvernement corrompu, lié directement à la France, que ce soient le gouvernement d'ATT au Mali, ou de Bozizé en Centrafrique, ne se distinguant que par le niveau de violence politique et d'autoritarisme.

 

Les deux ont appliqué pendant plus d'une décennie les recettes libérales du FMI, ont multiplié les accords de coopération gagnant-perdant avec la France, dans les domaines économiques et militaires.

 

2la découverte de nouvelles sources de matières premières : au Mali comme en Centrafrique, ces dernières années, ont été découvertes de nouvelles réserves pétrolières, dans des pays déjà riches en minéraux (diamants, or, bauxite).

 

Comme le Mali d'ATT, la Centrafrique de Bozizé venait de signer des contrats de prospection avec les firmes pétrolières chinoises tel CNPC, dévoilant des réserves pétrolières se chiffrant en millions de barils, menaçant les intérêts de TOTAL et des firmes occidentales, en général.

 

3 – le « laissez-faire » et soutien indirect aux groupes séditieux terroristes : au Mali, c'étaient les groupes islamistes (AQMI, Ansar al Dine, Muqa) financés par nos amis qataris, en Centrafrique, ce sont les milices alimentées par le Tchad, premier allié dans la région. Dans les deux cas, on laisse se créer des zones de non-droit, au nord, et pourrir une situation sciemment créée.

 

4 – un coup d’État de palais pour mettre fin à l’État souverain : c'était le coup d’État du capitaine Sanogo au Mali, celui de Michel Djotodia en Centrafrique, qui aboutissent rapidement à la faillite de l’État, à la déliquescence des formes armées, à la division du territoire, rendant la situation chaotique et incontrôlable, et une intervention armée extérieure nécessaire.

 

5 – l'intervention militaire française : présentée comme le salut du Mali ou du Centrafrique, avec l'aval de l'ONU, avec le soutien d'une force africaine piochée dans les dictatures de la région (Tchad, Congo, Gabon), elle permet à la France de sécuriser sa position dans la région, et de faire main basse sur les ressources pétrolières.

 

La Françafrique change … pour ne rien changer : un impérialisme sur la défensive

 

Lors de son discours à Dakar, en octobre 2012, François Hollande prétendait que « le temps de la Françafrique est révolu », dans la foulée il intervenait au Mali. En janvier 2013, sur la Centrafrique, il réaffirmait que « ce temps-là est terminé ».

 

Si en janvier, l'armée française a laissé les milices déposer Bozizé, mettre le pays à feu et sang, désormais elle prend prétexte de la protection des ressortissants… qui sont 1 200 en Centrafrique, pour renforcer le contingent. Actuellement, il y a 400 soldats français, soit 1 soldat pour 3 civils !

 

François Hollande et Laurent Fabius ont appelé ce 20 novembre la communauté internationale à « agir », ils viennent d'annoncer l'envoi de troupes supplémentaires, un bâtiment de guerre vient de partir de Toulon avec 300 hommes à bord, ainsi que plusieurs véhicules blindés et hélicoptères.

 

Le temps de la Françafrique n'est pas révolu, moins que jamais. La France opère toujours en Afrique pour défendre ses intérêts, celui de ses multi-nationales.

 

Si la France n'est plus le seul partenaire commercial en Centrafrique, elle reste le premier investisseur. Air France, Bolloré, Castel, France Télécom sont encore parmi les principaux investisseurs dans le pays.

 

Total est toujours présent en Centrafrique lorgnant sur les champs pétroliers potentiels du Nord, Areva avait signé en 2008 un contrat prometteur pour l'exploitation de la mine d'uranium de Bakouma, espérant diversifier ses sources.

 

Au-delà des intérêts économiques, la Centrafrique revêt un intérêt stratégique vital pour la France. Il suffit de regarder une carte du continent pour voir la place centrale du pays entouré par le Congo au sud, le Cameroun et le Nigeria à l'ouest, le Soudan à l'est et le Tchad au nord.

 

Quel lien entre l'intervention française et les intérêts américains ?

 

Globalement, les Etats-unis ont suivi la même position que la France, dans le soutien à la rébellion puis à l'intervention, non sans arrières-pensées potentielles – en profiter pour ouvrir un pays stratégique, chasse-gardée de la France, à l'influence américaine.

 

Confrontés à leurs limites, désireux de concentrer leurs troupes sur des terrains d'opération prioritaires (en Asie), les États-Unis délèguent – dans la répartition des missions au sein de l'OTAN – désormais leurs opérations en Afrique à des puissances secondaires, la France et la Grande-Bretagne, pour endiguer la puissance chinoise.

 

 

Ne nous laissons pas duper par la « rhétorique humanitaire », les arguments éculés et fallacieux sur la « lutte contre le terrorisme », depuis un siècle, c'est la France la force terroriste en Centrafrique. Laissons les peuples africains décider de leur propre sort !

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 07:21

240px-Sudanese Communist Party logoBain de sang à Khartoum : le régime d'El-Béchir a déclaré la guerre contre son peuple

 

 

Communiqué du Parti communiste soudanais

 

 

Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Confrontés à la flambée des prix, les Soudanais sont sortis dans la rue, organisant des manifestations de masse qui ont touché les plus grandes villes du pays. La police a été appelée à la rescousse pour réprimer ces manifestations pacifiques. Toutefois, son ampleur impressionnante et le courage des manifestants, couplé au refus de la police régulière de tirer sur les manifestants, ont conduit le régime à révéler son vrai visage dégoûtant et sa brutalité. Sa véritable nature fasciste et sa haine du peuple l'ont conduit à s'en remettre à ses milices privées, les « pionniers d'El-Béchir », pour tenter d'étouffer le mouvement populaire.

 

Ces forces fascistes, sous la direction du ministre Kamal Abdelatif, ont reçu pour ordre de tirer à volonté et de tuer tous les manifestants. Le résultat, ce fut le massacre de jeunes gens, de femmes et d'enfants. Des dizaines de personnes sont mortes dans les rues de Umbada, Gabra, Diem et Khartoum-Nord.

 

Le secrétariat du Comité central du Parti communiste soudanais a publié un communiqué appelant à la poursuite des manifestations, condamnant les crimes commis contre le peuple. Les organisations de la société civile se sont rassemblées pour protester contre la brutalité des milices et demander l'arrêt immédiat de la guerre contre le peuple.

 

Le bain de sang à Khartoum doit cesser, il faut empêcher les assassins de nuire.

 

Nous en appelons à tous les parti frères, les organisations démocratiques et à l'opinion publique mondiale afin qu'ils expriment leur opposition et condamnent ses crimes, qu'ils interviennent pour mettre un terme au massacre de manifestants innocents, et pour demander la libération immédiate de centaines de détenus.

 

Nous avons besoin de votre solidarité. Il faut agir, maintenant.

 

 

 

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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 06:36

sadilogo.jpegMali : Chronique d’une élection pipée



Communiqué du parti Solidarité africaine pour le développement et l'indépendance (SADI) repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/




Les jeux sont faits, les élus sont connus d’avance et les élections présidentielles du Mali du 28 juillet 2013, censées restaurer l’ordre républicain et constitutionnel, passeront dans les annales comme la plus grande mascarade de l’histoire politique de la France-Afrique, pourtant riche en événements de ce genre.



Que le Peuple du Mali se le tienne pour dit : Serval lui sera fatal !



Que le Peuple français le sache : l’opération menée à grands frais au Mali, en son nom et pour son idéal, n’est décidément qu’un énorme leurre qui finira par modifier durablement les sentiments et attitudes des Maliens à l’endroit de la France et des Français !



A – Le tiercé gagnant, sauf rebondissement, dans l’ordre est le suivant: Ibrahim Boubacar Keita (IBK), Président, Soumeïlou Boubeye Maïga, premier ministre, et le capitaine Amadou Aya Sanogo, chef d’état-major occulte de l’armée en dépit de son grade de capitaine.


Le choix peut surprendre mais répond à une logique de prédation :



IBK n’est pas JFK. Vieux cacique de la vie politique malienne, Ibrahim Boubacar Keita a été pendant six ans premier ministre du président Alpha Omar Konaré, puis président, pendant 5 ans, de l’assemblée nationale sous le dernier président Amadou Toumani Touré (ATT). Autant le dire tout de suite, ce n’est pas un perdreau de l’année. Plus que tout, toutefois, au-delà de son expérience et sa capacité manœuvrière de survie dans le marigot, sa qualité transcendantale qui s’impose à tous et l’impose d’emblée comme le meilleur futur président, sa martingale en somme, est son statut de vice-président de l’internationale socialiste, le parti de François Hollande, le vainqueur de la bataille du Mali;



Soumeïlou Maïga, ancien ministre des affaires étrangères du planqué de Dakar et ancien directeur général des services secrets du Mali, lui, sera premier ministre, en raison de sa sensibilité pro-algérienne. Un retour d’ascenseur en somme pour un pays qui a autorisé le survol de son territoire par l’aviation française durant l’opération Serval (janvier 2013), aidé les services français à localiser la sépulture de l’otage français Philippe Verdon tué par ses ravisseurs dans le désert, enfin, dernier et non le moindre des éléments, garant, à la demande du MNLA, des futurs accords entre le gouvernement malien et ses contestataires;



Amadou Aya Sanogo: le responsable majeur de ce désastre national, sera maintenu à son poste, moyennant une vague repentance balbutiée hâtivement à ses compatriotes au début de la campagne électorale, tel un rescapé de la mort. Maintenu à son poste au même grade de capitaine, investi néanmoins de la fonction de chef d’Etat-major occulte de l’armée malienne en reconstruction.


B – IBK versus Soumaïla Cissé, un remake des compétitions électorales françaises.



Le scenario prévoit même un deuxième tour électoral mettant en compétition IBK et Soumaïla Cissé, en un remake des compétitions électorales françaises en ce qu’il opposera IBK, le poulain socialiste, à un ancien cadre supérieur des entreprises françaises, notamment Air Liquide et Pechiney, Soumaïla Cissé, qui passe pour bénéficier des sympathies de la droite française.



Un arrangement scellant la réconciliation entre les anciens frères ennemis de l’ADEMA (Alliance pour la Démocratie au Mali), l’ossature politique des deux précédentes mandatures présidentielles (Alpha Oumar Konaré et ATT), aurait été conclu sous l’égide du président intérimaire Diougounda Traoré.



Il prévoirait d’exclure de la phase finale du processus électoral, Modibo Sidibé, le dernier premier ministre d’ATT, ainsi que Cheikh Modibo Diarra, le spécialiste malien de la Nasa, dont le retour aux affaires signerait la mort politique du putschiste Sanogo. Modibo Sidibé a, en effet, été interpellé à deux reprises par la junte militaire et le scientifique, beau fils de l’ancien dictateur Moussa Traoré, a été évincé sans ménagement de ses fonctions de premier ministre durant la phase intérimaire.



C – 27 candidats dont une femme, Mme Haïdara née Cissé Aïchata dite Chato, au titre de la parité.



Vingt-sept candidats postulent à la magistrature suprême malienne, dont une femme, diversité oblige, non pas Aminata Dramane Traoré, l’ancienne ministre de la culture du Mali, interdite de séjour en France pour cause d’hostilité à Serval, mais une candidate inattendue, Mme Haïdara née Cissé Aïchata dite Chato, députée de Bourem originaire du Nord du Mali, ancienne camarade de travail au sein de la compagnie Air Afrique d’Edith Bongo, fille de Sassou Nguessou et épouse de l’ancien président gabonais Omar Bongo, mais surtout ancienne confidente de deux présidents africains, ATT du Mali et Sassou Nguesso du Congo Brazza, qui disposerait d’une force de dissuasion par les secrets d’alcôve qu’elle détiendrait.



Autre curiosité de la campagne, Oumar Mariko, candidat communiste, seul candidat à jouir d’une audience certaine dans le Nord du Mali, a été interdit de faire campagne dans cette zone sous contrôle militaire français, de crainte que ses harangues ne mettent en route un mouvement de protestation contre la présence militaire française au Mali.



Sous cape, il se murmure que la chancellerie française à Bamako s’active pour dissuader les opposants de contester les résultats de ce simulacre électoral, contre arguments sonnants et trébuchants : le remboursement des frais électoraux, particulièrement la caution de dix millions de Frs CFA bonifiés d’une prime au silence.



Au Parti socialiste, les divergences sur la question malienne sont tues. Le secteur international du PS est entravé, notamment sur les questions africaines, au bénéfice du cabinet de Harlem Désir qui semble avoir confié cette tâche de façon officieuse a Corinne Bord, laquelle travaille en étroite collaboration avec Thomas Melonio.



Cette situation est loin de faire l’unanimité au sein du parti où l’on pointe les conséquences de ces élections bâclées sous la pression de la communauté internationale avec ces possibles conséquences sur le Niger, la réhabilitation d’Idriss Deby que Serval a provoqué, de même résultant du rôle ambigüe du président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, ainsi que la gestion du contentieux de Kidal et du MNLA, qui a demandé à l’Algérie de garantir les futurs accords conclus avec le pouvoir central à Bamako. Autant de signes qui marquent le retour en grâce de la Francafrique et la non prise en compte de l’avis de la diaspora sur les questions politiques.



D – Le RAVEC et Les failles du système électoral.



La prochaine élection présidentielle malienne ignorera des millions de Maliennes et Maliens pourtant désireux d’y prendre part à travers leur vote.


La totalité des habitants de plus de 400 localités où il n’y a pas eu de RAVEC (recensement administratif à vocation d’état civil) constitue le premier lot de ces millions de laissés-pour-compte.



Ne voteront pas également les centaines de milliers de jeunes majeurs (18 et 19 ans) non-inscrits pour manque de leurs données biométriques, les réfugiés dans les camps et exilés, et aussi les centaines de milliers de personnes recensées mais omises sur la liste des électeurs pour des raisons encore inconnues et inexpliquées.



Cependant, à Bamako courent de folles rumeurs sur les millions de cartes de vote éditées en surplus (? !), dans la plus grande opacité, par le pouvoir intérimaire, au moment où des électeurs potentiels du même nombre sont privées de leurs droits constitutionnels par défaut de NINA (la carte d’électeur).



Pis, à seulement sept (7) jours du 1er tour de l’élection présidentielle, des militaires aux ordres du Capitaine Sanogo auraient pillé des stocks de cartes de vote aux fins d’utilisation frauduleuse en faveur du « candidat des militaires. ».


Le mécontentement populaire est réel et justifié en ce que les luttes pour les Droits et les Libertés en Afrique sont indissociables des combats pour la paix et la justice dans le monde, contre le racisme et toutes formes de discriminations. Elles sont parties intégrantes des grands mouvements universels d’émancipation et d’égalité des peuples. La justice, la paix et la liberté devront, sans condition, s’installer en Afrique et s’y pérenniser. Il y va de la crédibilité des institutions internationales.


Don de l’Union européenne au Mali, à hauteur de 48 milliards de francs CFA à sa réalisation, le RAVEC devrait permettre de fiabiliser l’Etat civil au Mali. Mais sa mise en œuvre (La prise des empreintes digitales des dix doigts de la main notamment), a suscité des interrogations quant à sa finalité, notamment sur le fait s’il ne s’agissait pas d’une opération détournée de contrôle de l’émigration clandestine à destination de l’Europe.


E – Cheikh Chérif Haidara, le Nasrallah du Mali


Au-delà des suspicions, sur fond de compétition électorale, est engagée une sourde lutte d’influence entre les deux grandes branches de l’islam – conséquence de la talibanisation du Sahel.


L’Imam Mahmoud Dicko, Président du Haut Conseil Islamique du Mali, une organisation sunnite chargée de la gestion des Imams, qui passe pour bénéficier du soutien financier des pétromonarchies du Golfe, prônerait le vote utile en faveur d’IBK, le candidat de la France, par solidarité sectaire d’abord, au nom de la stabilité du pays ensuite. Son mot d’ordre est relayé à travers l’association SABATI 2012 (sabati signifie stabilité).



Cheikh Chérif Haïdara, le contrepoint chiite de l’Imam Dicko, prône la stricte séparation de la religion de l’Etat. L’imam chiite préside la formation «Ansar Eddine» (les partisans de la religion), une association existant au Mali depuis un quart de siècle, mais dont le nom a été usurpé par les djihadistes pro Qatar, lors de leur intrusion armée dans le septentrion malien. Le chiisme est ultra minoritaire au Mali, mais son chef spirituel souvent désigné comme le «Hassan Nasrallah du Mali», par allusion au chef du Hezbollah, jouit d’un prestige certain en ce qu’il est la seule personnalité malienne capable de remplir un stade de 80.000 places.


F – Le Malien responsable au premier chef de ses maux



La fin du Mali, en tant qu’Etat moderne né en 1960, est intervenue en janvier 2013, 53 ans après l’indépendance formelle, lors de la défaite de Konna face aux djihadistes, donnant un formidable prétexte à la France de revenir en sauveur par la grande porte pour faire du Mali, la plus grande plateforme opérationnelle militaire de l’Afrique occidentale.


Les maux du Mali sont à rechercher dans le Mali lui-même.


« La force du Mali résidait dans sa capacité à transiger. Jusqu’à la caricature. Pouvoir s’asseoir et parler. A chercher à partager, même quand il n’y a rien à partager. Même quand il n’y a plus rien à partager…. Peuple de légende mais aussi de trahison, pratiquant l’esclavage, le Mandingue a ouvert la voie de la colonisation à l’homme blanc, en trahissant Samori Touré, l’adversaire pendant 17 ans des Français…. Le Mandingue a été construit par la guerre, et c’est la guerre qui le détruira » ; ainsi parle Youssouf Tata Cissé, l’universitaire octogénaire malien, auteur d’une œuvre en 16 tomes « Les grands gestes du Mali » (Éditions Karthala).


C’est dire combien l’entente et la cordialité sont vitales pour le Mali et indispensables pour son unité nationale !


La jeunesse malienne, en connaissance de cause, s’impliquera ou pas, mais le FNC aura prévenu et depuis fort longtemps !


Aujourd’hui, seul un électorat conscient et authentiquement patriotique pourra déjouer les plans diaboliques ourdis à l’encontre du Peuple Malien. Mais de cela, l’histoire nous édifiera !

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