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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 22:29

el-hadjarDix ans après la privatisation du complexe sidérurgique d'El-Hadjar: un « marché de dupes » pour le peuple algérien



Article pris sur le site d'Alger Républicain



Le quotidien algérien La Tribune publie dans son édition du 4 septembre un article bien documenté de son correspondant à Annaba sur le bilan de la privatisation de cette entreprise stratégique. Sous le titre : “un marché de dupes ?” il confirme ce qu’Alger républicain a été le seul à dénoncer durant des années : l’opération relève de l’escroquerie pure et simple.


Elle n’a rien rapporté à l’Algérie, ni sur le plan financier, ni sur le plan technologique. Le niveau de la production n’a connu aucune amélioration par rapport à l’époque où le complexe appartenait à l’État algérien.


La multinationale s’est comportée en vampire. Elle s’est contentée de pomper les devises et de profiter des largesses de l’État avec la complicité des plus hauts responsables du pays, à commencer par Bouteflika et Ouyahia qui n’hésitaient pas lors de meetings ou de conférences de presse à vanter les prétendues bienfaits de la privatisation en reprenant à leur compte les fausses informations diffusées par les patrons de Ispat devenue MittalArcelor.


Nous publions l’article de La Tribune dans son intégralité.


Alger Républicain

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« En 2001, la reprise du complexe sidérurgique d’El Hadjar par l’indien Ispat s’était faite dans l’enthousiasme, dans le cadre de la politique de privatisation tous azimuts consacrant le désengagement de l’Etat de certains secteurs. Les conditions et le contexte dans lesquels les pouvoirs publics avaient cédé 70% du capital de l’ex-SNS n’étaient pas du tout favorables à la négociation et on peut aujourd’hui affirmer sans conteste que le fleuron de l’industrie sidérurgique maghrébine avait été bradé, ce qui conforte certains dans leur position de défenseurs de la chose publique et qu’on avait qualifiés alors de « socialistes résiduels ».



Aujourd’hui, près de dix ans après la signature du contrat de reprise, la situation du complexe sidérurgique n’est guère reluisante et aucun signe n’augure une amélioration qui pourrait sortir définitivement l’usine de la zone de perturbations qu’elle traverse depuis quelque temps. En effet, un petit aperçu sur le bilan de ce partenariat ou, comme on se plaît à l’appeler, investissement direct étranger (IDE) montre que les engagements pris lors de la reprise n’ont pas du tout été respectés, le groupe ArcelorMittal ne cherchant qu’à faire des bénéfices tout en profitant des avantages fiscaux et parafiscaux accordés par l’Etat algérien ainsi que des prix préférentiels de l’énergie mise à disposition et de certaines facilités auxquels des entreprises nationales n’ont pas accès. Ces faveurs étaient censées maintenir les investissements existants, encourager et en attirer d’autres pour juguler la crise que traversait le pays et créer des milliers de postes d’emploi permanents.



Le « savoir-faire » du repreneur s’est limité au management soutenu par une gestion pas aussi rigoureuse qu’on veut bien le faire croire puisque les scandales qui ont secoué le complexe ne se comptent plus. Ce qui est sûr, c’est que la productivité et la rentabilité des installations datant de 1969 ont atteint un seuil au-delà duquel on ne peut aller, au vu des moyens mis en œuvre. Ce qui arrange beaucoup l’employeur puisque les salaires octroyés sont bien en deçà de ceux pratiqués dans les autres sites du groupe où la fiche de paie de l’ouvrier étranger est 7 à 8 fois supérieure, soit un même niveau de production à un coût moindre.



En dehors de cet aspect, l’emploi au niveau du complexe a connu une baisse vertigineuse, passant de près de 12 000 travailleurs à exactement 5 400 aujourd’hui. « Tous les travailleurs partis à la retraite depuis 2001 n’ont pas été remplacés, nous déclare le secrétaire général du syndicat d’entreprise ArcelorMittal, Smaïn Kouadria. Et il y a encore un plan social dans les tiroirs de la DRH qui prévoit le départ de 1 200 autres travailleurs, et si cela venait à se concrétiser - ce qui ne se fera jamais tant que je suis à la tête du syndicat -, l’usine comptera 4 200 travailleurs, ce qui voudra dire qu’on aura réduit le nombre de près de 3/4. Avec cela, on veut maintenir le niveau de production et même l’augmenter, cela relève de l’impossible. »



D’un autre côté et toujours sur le plan de l’emploi, les entreprises de sous-traitance algériennes qui gravitaient autour du complexe sidérurgique se sont trouvées concurrencées par d’autres, étrangères celles-là, et qui avaient décroché des contrats mirobolants et très avantageux. Grand Smithy Works, une entreprise indienne de récupération de déchets ferreux, livrait cette matière première qu’elle facturait au prix fort à l’usine, comme si les PME locales ne pouvaient s’acquitter de ce travail qui ne nécessite pas, et sans ironiser, la maîtrise d’une technologie supérieure. Non seulement cette entreprise avait profité des largesses des décideurs du complexe mais elle en est venue jusqu’à arnaquer le complexe en lui livrant ses propres déchets pris dans le crassier et ce, avec la complicité de gardes, de facturiers et de responsables algériens que les patrons de l’entreprise avaient corrompus.



Le transfert de devises se faisait via les cambistes clandestins de la rue Gambetta à Annaba dans les valises et passait à Londres. Efes, une entreprise turque des transports, est, elle aussi, venue faire fortune à El Hadjar en décrochant un contrat et en contractant des prêts auprès de banques, toutes algériennes, pour l’acquisition de camions de transport. « De sa propre huile, on le fait frire », comme l’illustre bien ce bon vieux proverbe tout aussi algérien.



Lors de la signature du contrat de reprise en 2001, Ispat avait pris l’engagement d’investir sur les dix années qui suivaient 175 millions de dollars qui devaient aller au renouvellement des installations, à l’amélioration des conditions de travail, à la formation et à la sécurité. Aujourd’hui, soit neuf années plus tard, le groupe ArcelorMittal n’a consenti que près de la moitié de ce montant et ne veut plus entendre parler d’investissements. Pour preuve, jusqu’à aujourd’hui et après neuf mois, la cokerie est toujours à l’arrêt et la décision de sa rénovation ou de son renouvellement n’a pas encore été prise. On va d’expertise en expertise, sans plus, malgré l’engagement du groupe Sider, détenteur de 30% du capital, à contribuer à cette opération.Lors d’une récente déclaration, le directeur des ressources humaines au complexe sidérurgique d’El Hadjar, Daniel Atlan, avait critiqué la productivité au sein de l’usine en déclarant que le complexe ArcelorMittal de Dunkerque (France), avec un nombre d’ouvriers se situant autour de 5 000, produit 7 millions de tonnes alors qu’El Hadjar produit 7 fois moins avec un effectif supérieur. Ce que M. Atlan omet de dire, c’est que le complexe de Dunkerque est entièrement automatisé et dispose de moyens et d’une technologie bien supérieure à celle du complexe d’El Hadjar dont les installations sont vétustes.« Et si le complexe continue malgré tout à tourner, c’est grâce au savoir-faire des Algériens et à leur travail, ce partenariat ne nous a rien ramené, bien au contraire et je suis d’avis que l’Etat reprenne le complexe à hauteur de 51% », conclut M. Kouadria. »



Mohamed Rahmani, correspondant à Annaba, de La Tribune



 

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Algérie
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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 01:44

drapalgOù va l'Algérie?

 


Article de Miguel Urbano Rodrigues, dirigeant historique du PC Portugais. Ecrivain et journaliste, il dirige aujourd'hui le site Odiario.info


 

Traduit par AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/


 

Miguel Urbano Rodrigues a connu Alger en 1953 quand elle était la capitale d'une colonie déguisée en département Français. Dans cet article, après une brève visite, il écrit sur l'Algérie du début du XXIème siècle, un pays trouble mais fascinant dont le présent ne correspond pas à l'espoir suscité par une lutte héroïque pour l'indépendance.



La fascination qu'Alger exerce depuis des décennies sur les étrangers est inséparable du décor.



Les maisons, à prédominance blanche, sont surplombées par des coteaux qui l'enferment en une gigantesque cuvette, avec comme cadre une baie somptueuse, à peine dépassée en grandeur par Guabanara (Rio de Janeiro) et Naples.



Le Colloque International en hommage à Georges Labica m'a permis en Février de redécouvrir la ville, où je m'étais rendu en 1953 quand l'Algérie était encore une colonie déguisée en département Français.



De cette brève visite, je gardais en mémoire des images d'une ville où la grande majorité des habitants était d'origine française. Je me rappelle avoir parcouru alors la Casbah, le noyau urbain antérieur à la conquête où résidaient des dizaines de milliers de musulmans, définis comme indigènes par l'administration coloniale.



J'ai trouvé la Casbah actuelle quasi méconnaissable.



Aujourd'hui, Alger est une ville musulmane où les européens sont une minorité insignifiante. Dans la Casbah, plus de gendarmes ni de drapeaux français, l'arabe a remplacé la langue de Voltaire comme langue nationale, mais la modernité apparente de l'ère de la mondialisation s'impose dans les rues bruyantes, dans les couleurs des panneaux publicitaires, et dans la disparition des costumes traditionnels.



Déclarée patrimoine de l'humanité, la vieille ville ne ressemble à aucune autre dans le monde Islamique. Dans les 45 hectares qui restent de l'ancienne capitale fortifiée de l'époque de la conquête, se concentrent 1 200 maisons, un labyrinthe de rues et de ruelles, d'escaliers tortueux, dans un maillage urbain où ressortent les mosquées et les palais datant des temps de la domination turque, les sanctuaires, les musées, une medersa (une université coranique) et de minuscules boutiques.



Avec une certaine surprise, me rappelant de cités asiatiques du monde Islamique comme la vielle Kaboul, je trouvais la Casbah propre.



En me promenant dans le dédale de ses rues, mon imagination m'a fait remonter dans le temps. Je revécus l'organisation de la résistance, pendant 18 ans, par l'émir Abdel Kader contre l'invasion française de 1830 et, avec émotion, la lutte menée dans la Casbah par les patriotes du FLN contre les parachutistes de Massu, immortalisée dans « La Bataille d'Alger », le film de Pontecorvo.



En foulant ce sol millénaire, avec le regard plongeant des côtes escarpées et vierges vers la mer bleue qui clôt l'horizon, je sentis monter en moi dans cette fraiche journée un sentiment de respect et d'admiration pour les peuples d'Algérie qui – pendant près de 20 siècles – se battirent avec héroïsme contre tous les envahisseurs depuis Rome jusqu'à l'invasion française.



Un pays militarisé



Les Forces Armées Algériennes, estimées à 180 000 hommes (les femmes sont rares dans l'Armée), constituent aujourd'hui peut-être le corps militaire le plus nombreux de tout le continent africain, devançant celles de l'Égypte.



Ce gigantisme ne découle d'aucune menace extérieure prévisible. L'armée a grandit comme réponse de l'État à la vague de violence déclenchée dans la société algérienne par le Front Islamique du Salut – FIS.



Il ne s'agit pas dans cette article de commenter la situation créée par le défi posé par le radicalisme islamiste au Pouvoir détenu par les héritiers du mouvement qui a dirigé la lutte pour l'indépendance nationale.



Je remarque seulement que le message du FIS a été bien accueilli dans un premier temps parmi les couches les plus défavorisées d'une population miséreuse, qui a perdu l'espoir suscité par l'indépendance et les promesses du « socialisme algérien ».



Alors que la population du pays a quadruplé depuis le milieu du siècle dernier – aujourd'hui elle dépasse les 30 millions d'habitants – la révolution annoncée n'a pas eu lieu et l'exode total de la population européenne a provoqué l'effondrement du système économique pré-existant.



L'annulation des élections gagnées par le FIS, qui profitait du mécontentement général, s'est traduit par une vague de violence irrationnelle (150 000 morts et des centaines de milliers d'exilés). La Grande Peur a contribué de manière décisive à la perte de popularité de l'organisation.



La réponse de l'État a été la militarisation du pays.



Alger est aujourd'hui une ville beaucoup plus « sûre » que la majorité des capitales d'Amérique Latine. Le FIS a été militairement écrasé.



Mais le prix social de la défaite infligée à l'organisation islamiste a été très élevé. La densité de la présence policière et la visibilité du dispositif militaire impressionnent l'étranger.



A partir de 6 heures du soir, on ne rencontre plus une femme dans les places et les rues du centre; à 8 heures, la ville, déserte, semble endormie. La vie nocturne est pratiquement inexistante.



Le contraste avec le jour trouble le visiteur car la grande métropole (peut-être 3 millions d'habitants avec la banlieue, mais les statistiques algériennes n'inspirent pas beaucoup confiance) est une fourmilière de gens du matin jusqu'à la coucher du soleil.



Dans la Résidence officielle où se déroulait le Colloque Labica, réservée aux participants et aux invités, on ne pouvait entrer sans passer par un détecteur de métaux semblable à ceux des aéroports.



Un cordon de militaires encercle la capitale à la tombée de la nuit. Mais, les trois fois que nous sommes sortis pour dîner dans des restaurants du centre, à une demi-douzaine de kilomètres des quartiers hauts, les voitures officielles que nous suivions ont été soumises à de nombreux contrôles aux postes militaires. Avec les taxis, le contrôle est encore plus rigoureux.



Une économie fragile



Durant notre court séjour à Alger, ma compagne et moi avons eu l'opportunité de nous entretenir longuement avec d'anciens combattants de la guerre d'indépendance. Ces conversations m'ont apporté des éléments importants, bien que restant à la surface, sur la conjoncture Algérienne telle que la ressentent et la vivent les intellectuels révolutionnaires éloignés du pouvoir.



J'ai parlé également avec des journalistes qui m'ont présenté un panorama de la situation dans les médias.



Une réalité indéniable: la dépendance de l'Algérie vis-à-vis des combustibles est préoccupante. Le pétrole et le gaz fournissent, selon les statistiques officielles, près de 98% des exportations du pays et représentent 40% du PIB. Les réserves prouvées garantissent l'extraction à son niveau actuel jusqu'en 2030, ce qui suscite l'inquiétude quant à l'avenir d'une société dans laquelle l'insuffisance du secteur productif est patente.



L'agriculture traverse une crise profonde, aggravée par les politiques néo-libérales orthodoxes imposées au début des années 1990. Une poignée de milliardaires monopolise les importations de céréales, de lait et de viande, avec la complicité de personnalités de l'Armée. Les conséquences de cette stratégie ont été désastreuses pour les producteurs nationaux, incapables de soutenir la concurrence des prix internationaux. Par ailleurs, les coopératives d'Etat formées après l'indépendance n'ont pas pu répondre aux espoirs placés en elles faute de soutien de la part du Pouvoir central.



Cette grande bourgeoisie, qui a accumulé des fortunes colossales, possède des maisons à l'étranger, où elle passe une grande partie de son temps. Nul ne connaît les sommes déposées sur leurs comptes dans des banques suisses, mais elles sont certainement très élevées. A un niveau inférieur, s'est formée une bourgeoisie prospère, enrichie également grâce à de sombres trafics.



Mais des millions d'algériens vivent sous le seuil de pauvreté.



La crise économique et sociale a pris de telles proportions que le gouvernement a ressenti la nécessité de reconnaître l'échec de l'économie de marché dont il a fait l'apologie pendant des années. Dans son discours de Juin 2008, le président Bouteflika a annoncé un changement de stratégie. Mais la dénonciation des politiques néo-libérales ne s'est pas accompagnée de la formulation d'une alternative. Il ne suffit pas de reconnaître que les multi-nationales qui avaient promis de réaliser des investissements grandioses ont tenté de piller le pays, foulant aux pieds les engagements pris. La nouvelle loi de finances a supprimé les privilèges dont jouissait le capital étranger; mais le Pouvoir n'a pas élaboré de projet national.



Le Président Boumedienne, après le coup d'Etat qui a renversé Ben Bella, a utilisé un temps l'expression « socialisme algérien ». Mais la formule, rhétorique, n'a pas entravé la marche du pays vers un capitalisme dépendant.



L'industrie métallurgique, qui a fait naître l'espoir grâce à une sidérurgie nationale qui a rendu possible la production de tracteurs et le montage de véhicules de transports, est aujourd'hui rien de plus qu'un souvenir.



Le PIB par tête ne dépasse pas les 2 300 dollars.



L'Algérie est, par son territoire, un géant avec plus de 2 350 000 km2 (en grande partie dans le désert du Sahara, où se concentrent le pétrole et le gaz). Mais d'énormes portions de terres fertiles restent non cultivées.



La peur de l'avenir



Une faible implantation d'Internet facilite la compréhension d'un paradoxe apparent: les grands tirages des journaux algériens dans un Continent où on lit très peu.



Le plus grand journal du pays, en langue arabe, a un tirage qui avoisine les 400 000 exemplaires. Le plus important des journaux de langue française atteint les 80 000.



Officiellement, la censure n'existe pas. Mais les journalistes avec qui j'ai parlé m'ont confié que l'auto-censure est la routine dans la majorité des rédactions.



Comme la corruption est considérée comme un fléau national, les éditoriaux et les reportages sur les grands scandales sont tolérés et parfois encouragés. Mais plus aucune transparence quand ils impliquent des personnalités haut placées des Forces Armées.



Officiellement, celles-ci se présentent comme unies dans leur soutien au régime. Mais la réalité dément cette image répandue. Dans le corps des officiers, même dans les échelons supérieurs, se manifestent des tendances contradictoires quant à la direction à donner au pays.



Dans le domaine international, la presse est anti-sioniste et, avec le soutien officiel, solidaire de la lutte des peuples de Palestine et du Liban. Le Hamas et le Hezbollah ne sont pas diabolisés, au contraire de ce qui se passe dans d'autres pays musulmans. Les critiques contre les guerres d'agression des Etats-Unis en Irak et en Afghanistan et les campagnes contre l'Iran sont fréquentes, par ailleurs.



Mais, en ce qui concerne les relations internationales du gouvernement Bouteflika, les surprises sont grandes pour le visiteur méconnaissant les méandres sinueux de la stratégie du Pouvoir.



L'économie est orientée vers l'Union Européenne (approximativement 60% du commerce extérieur), mais le haut commandement de l'Armée approfondit la coopération militaire avec la Chine et maintient des relations cordiales avec Washington. Il est inquiétant que la CIA ait été autorisée à opérer de manière discrète à agir. Le gouvernement Obama, invoquant la nécessité de « combattre le terrorisme » sur le Continent a entamé des négociations visant à l'utilisation par les Etats-Unis de la base militaire installée à Tamanrasset, à l'extrême sud.



Avec le gouvernement Sarkozy, les relations sont désormais marquées par une tension indéniable. La France a été contrainte, par la lutte du peuple algérien, à accepter l'indépendance du pays. Mais ses gouvernements successifs n'ont jamais adopté une attitude responsable dans leurs relations avec la République d'Algérie. Non seulement, ils ont toujours refusé de débattre de la légitimité de réparations matérielles au peuple de son ancienne colonie (des centaines de milliers d'algériens sont morts pendant les huit ans de guerre qui ont provoqué d'énormes destructions matérielles) mais, surtout depuis que Sarkozy est parvenu à la Présidence, ils insistent pour réécrire l'Histoire, en présentant la colonialisation comme globalement positive.



Un gouvernement discrédité



Le FLN, parti au pouvoir, est aujourd'hui une caricature du mouvement de libération qui a mené la lutte pour l'indépendance dans une guerre longue de 8 ans. Comme il ne dispose pas d'une base électorale qui lui garantisse la majorité au Parlement, il a monté une coalition hétérogène, l'Alliance Présidentielle. Ses partenaires sont le Rassemblement National Démocratique (RND), un parti de technocrates dont le cheval de bataille est la modernisation du pays, et le Mouvement Social Populaire (ex-Hamas), une organisation populiste.



L'idéologie est absente de la théorie et de la pratique de l'Alliance et du gouvernement qu'elle soutient.



Le Président Bouteflika se maintient au pouvoir par l'absence d'une alternative à court terme. Mais il a perdu le peu de prestige qu'il avait lors de son élection en 1999. Dans l'opinion des observateurs internationaux, le FIS, bien qu'il inspire aujourd'hui plus la peur et le rejet que la sympathie, remporterait les prochaines élections si elles se déroulaient normalement. Ce serait une façon de sanctionner Bouteflika et ses alliés.



Pour évaluer la complexité de la réaction populaire face au Pouvoir et ceux qui, pour les affronter, ont fait le choix de l'orgie de violence, il est utile de préciser que l'analphabétisme réel en Algérie doit avoisiner les 50%, ce qui dément les statistiques officielles.



Le fossé qui sépare une couche intellectuelle brillante (à l'Université, le français l'emporte sur l'arabe) et les masses est très profond.



Mais il est important de dire qu'il y a eu d'énormes progrès de fait dans le domaine de l'Education. Avant l'indépendance, à peine une centaine d'algériens avait accès à l'enseignement supérieur, réservé presque exclusivement aux européens. Aujourd'hui, le total des étudiants dans les nombreuses universités existantes dépasse les 250 000. De manière regrettable, le diplôme, à la fin du cursus, ne garantit pas un emploi à des dizaines de milliers d'étudiants, dont la frustration est légitime.



Les syndicats sont aujourd'hui des syndicats de façade, et le chômage, très élevé, rend difficile la lutte des travailleurs dont la combativité est faible en l'absence d'une organisation révolutionnaire avec une implantation dans la classe ouvrière, capable de les mobiliser pour la défense de leurs droits, qui puisse jouer le rôle joué pendant la guerre par le Parti Communiste Algérien.



Dans un pays où le salaire minimum est de 150 euros, le salaire moyen se situe entre 250 et 300 euros, le coût de la vie est comparable à celui du Portugal avec la particularité que les hôtels et les restaurants sont excessivement chers.



Où va l'Algérie?



Je ne me sens pas en condition d'apporter une réponse.



Dans mes quelques jours passés à Alger, je me suis trouvé dans un pays méconnu qui a perdu un grand espoir qui a mobilisé la nation au cours d'une guerre de libération épique.



La jeunesse actuelle est née après la guerre d'indépendance, tout comme la génération antérieure. On ressent une énorme frustration en l'absence de perspectives. Un vétéran du combat des années 1950 m'a dit, avec tristesse: « Des milliers de jeunes émigrent tous les ans, principalement pour la France et le Québec, au Canada. Je crois que si ce n'était pas si difficile d'obtenir un visa pour entrer en Europe et en Amérique, 9 jeunes algériens sur 10 quitteraient le pays. »



L'avenir proche semble sombre. Mais l'histoire héroïque des peuples d'Algérie me détache d'une attitude pessimiste.



J'y ai rencontré des hommes dont la lucidité et la détermination ont renforcé ma confiance en l'avenir de la terre millénairement martyrisée d'Algérie, berceau de grands penseurs, d'érudits et de révolutionnaires qui ont gagné le respect de toute l'Humanité.

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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 19:38

moujahidate     Droits des femmes en Algérie.



Par Nadir Amar, pour Alger Républicain



Trouvé sur le site d'Alger Républicain. Repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



 

En Algérie les droits des femmes ont progressé quand les forces de progrès étaient plus influentes et détenaient l’initiative dans la mobilisation des masses. Ils ont régressé avec l’emprise absolue des courants réactionnaires sur les appareils d’État.

 

En Algérie les droits des femmes ont progressé quand les forces de progrès étaient plus influentes et détenaient l’initiative dans la mobilisation des masses. Ils ont régressé avec l’emprise absolue des courants réactionnaires sur les appareils d’État.



La participation des femmes, sous les formes les plus diverses, au combat politique ou armé pour la libération nationale a eu pour résultat des avancées importantes dans leur place dans la société après l’indépendance.



A l’époque coloniale peu de femmes travaillaient. De toutes façons le chômage massif était la règle dans une société où toutes les richesses appartenaient aux « Cent seigneurs ». Parmi les femmes rangées par le recensement de 1951 dans la catégorie des occupées, plus d’un million d’entre elles étaient des « aides familiales » agricoles. Cette rubrique permettait de masquer l’étendue du chômage en considérant comme « occupée » la femme qui trait une chèvre ou ramasse les œufs de poules ! En novembre 1954 il n’y avait en réalité que 30.000 femmes qui exerçaient une activité économique hors de l’agriculture. Encore faut-il préciser que 24.000 d’entre elles étaient des femmes de ménage ! Voilà le « bilan positif » de la colonisation pour les femmes algériennes.



Le droit au travail a été proclamé à l’indépendance. L’Algérie indépendante a fait plus en quelques années pour l’instruction des filles et l’emploi des femmes à de dignes postes de travail que la colonisation en 132 ans.



Il y a aujourd’hui des milliers d’ingénieur(e)s et de techniciennes supérieures, ainsi que des dizaines de milliers d’ouvrières qualifiées. Plus de la moitié des enseignants, des médecins et des magistrats sont aujourd’hui des femmes. Le travail est un facteur d’émancipation quoi qu’en disent les adeptes d’un féminisme étroit. La preuve c’est l’irruption extraordinaire des femmes dans les grèves des enseignants et des médecins de ces dernières semaines. Une grande révolution mentale et intellectuelle qui prépare le terrain à d’autres révolutions à venir, des révolutions plus radicales !



De 1962 à 1984, année du Code de la famille, la femme pouvait se marier sans avoir besoin de tuteur. L’acte de mariage était établi par l’officier d’État-civil en présence seulement des deux époux accompagnés de leurs deux témoins. La femme a obtenu en 1962 pour ainsi dire « naturellement » le droit d’ouvrir un compte bancaire et de détenir un carnet de chèque sans difficultés, au même titre que l’homme. Dans la Tunisie qui avait pourtant interdit la polygamie, l’autorisation de l’époux était exigée jusqu’à une date récente, pour accéder à cet acquis naturel de la femme algérienne. Dans le secteur public le salaire de la femme est égal à celui de l’homme à qualification identique.



Le virage à droite des années 1980, expression du renforcement des puissances d’argent et de la montée d’une réaction qui voulait donner un coup d’arrêt aux promesses révolutionnaires, n’a épargné aucun secteur : article 120 destituant les responsables des organisations de masse s’ils ne sont pas membres du FLN, centaines de cadres jetés injustement en prison, début de la lente destruction du secteur public économique et arrêt de l’industrialisation, renforcement des liens avec les USA et les monarchies du Golfe, remise en cause de la révolution agraire, intrusion massive du religieux dans le contenu du manuel scolaire et … promulgation du Code de la famille. C’est une période de réaction globale qui s’est ouverte en 1980 et se poursuit encore.



En dépit de leurs tentatives de confiner les femmes à leur foyer, les forces conservatrices n’ont pas réussi à enrayer complètement le travail des femmes. Plus de 1,3 millions de femmes sont occupées en dehors de l’agriculture. C’est plus de 40 fois plus par rapport à 1951. Il est vrai que le pourcentage des femmes occupées demeure faible, 15,3% selon l’ONS. La cause de cette faiblesse est liée à la politique d’un pouvoir dominé par les importateurs et refusant de promouvoir les secteurs productifs.



Les femmes qui travaillent dans le secteur privé sont exploitées de façon éhontée. Aussi bien dans le privé que dans le public, elles subissent des vexations et brimades de toutes sortes et notamment le harcèlement sexuel, dans le contexte de la domination des courants réactionnaires de la société et du spectre d’un chômage propice à tous les chantages odieux.



Les femmes se heurtent à l’obscurantisme, aux conceptions religieuses dépassées, aux préjugés profondément ancrés chez une majorité d’hommes n’acceptant pas que leur femme travaille. Leur combat pour la pleine égalité devra se poursuivre en liaison avec les luttes sociales.



Sur le site d'Alger Républicain, cf aussi l'article Le combat pour l’égalité effective est indissociable de la lutte pour le socialisme.

 

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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 13:14

Le 11 février 1957, à la prison de Barberousse à Alger, Fernand Iveton militant du Parti Communiste Algérien marche courageusement au supplice.


 

Série d'articles publiés par Alger Républicain. Repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/


 

Nous recommandons chaudement par ailleurs la consultation du site d'Alger Républicain (http://www.alger-republicain.com/) où un dossier plus complet sur Fernand Iveton est disponible.


 

« La tan’saou Al-Chouhada », n’oubliez pas les martyrs de la guerre de libération nationale, ce mot d’ordre est chaque année respecté depuis quelques années, lorsqu’il s’agit de commémorer le sacrifice de patriotes Algériens d’origine européenne tels que Henri Maillot et Fernand Iveton.


 

fernand ivetonFernand Iveton par Mustapha Boutadjine,



Ces commémorations sont organisées par une association Maillot-Iveton dont les membres fondateurs habitent le quartier de Madania (ex Clos Salembier) où résidaient les deux martyrs. Les membres fondateurs de cette association méritent nos encouragements à poursuivre leur action sachant qu’elle concourt au rassemblement de tous ceux qui demeurent de nos jours toujours fidèles aux idéaux des martyrs de la guerre de libération nationale, idéaux remis en cause depuis plus de 30 années par une politique au service d’intérêts étroits ayant favorisé l’enrichissement fabuleux et éhonté d’une minorité d’Algériens au détriment de l’immense majorité.



L’exemple que nous donne l’association Maillot-Iveton du quartier d’Al Madania mérite d’être suivi dans tous les quartiers de nos villes et villages pour commémorer le sacrifice de tous les martyrs de la révolution afin de rappeler le parcours politique de chacun d’eux, sans jeter l’exclusive sur leur parti politique d’origine comme cela se produit encore très souvent de nos jours quand il s’agit du Parti communiste Algérien. Maillot, tout comme Iveton, Maurice Laban, Raymonde Peschard, Rebah Nourredine, Abdelkader Choukal, Maurice Audin, Mohamed Guerrouf et de nombreux camarades martyrs étaient membres du Parti communiste Algérien. Leur engagement dans la guerre de libération aux côtés des autres patriotes issus des anciens partis nationalistes qui ont rejoint l’ALN ou le FLN, n’est pas une décision individuelle. Elle fait suite à une décision prise par le Parti communiste Algérien, à la suite des accords FLN-PCA d’intégrer les Combattants de la Libération Nationale (organisation armée du PCA) dans l’ALN et le FLN. Voilà la vérité historique qu’il ne faut jamais cacher au moins par respect aux martyrs que l’on doit honorer.



Dans son interview publiée le 31 Août 2001 par l’hebdomadaire Français « Le Point », Abdelkader Guerroudj, chef des groupes des Combattants de la libération nationale, condamné à mort en même temps que sa compagne Jacqueline, déclare à ce propos ce qui suit : « J’ai été condamné pour atteinte à la sécurité de l’État et complicité d’assassinat en tant que chef des Combattants de la Libération, l’organisme armé créé par le Parti communiste Algérien et versé au FLN  ». Toujours dans cette interview Guerroudj souligne à propos de Fernand Iveton : « C’était un camarade, un militant communiste ».



Oui, Fernand était un ouvrier. Son père était également communiste. Dans les rangs de son Parti, il avait acquis une conscience de classe et avait fait sienne cette idée de Marx : «  Qu’un peuple qui en opprime un autre ne saurait être libre  ». C’est pourquoi il a combattu avec fermeté l’influence raciste de l’idéologie colonialiste qui avait pu s’emparer malheureusement d’une partie importante de la population européenne. C’est pourquoi avant de marcher courageusement au supplice, comme l’a reconnu son bourreau, Fernand Iveton avait fait cette dernière déclaration : «  La vie d’un homme, la mienne, compte peu, ce qui compte c’est l’Algérie, son avenir et l’Algérie sera libre demain  ». Fernand Iveton est mort pour que son pays, l’Algérie, soit indépendant.



William Sportisse

 

Fernand Iveton et son fils Fernand Iveton et son fils Jean Claude

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Lettre d’Iveton à son fils

Le 7.12.1956 dans une lettre à son fils Jean Claude, Fernand Iveton écrit :

« …. Ce n’est pas en te tapant la tête contre le mur ou en pleurant que tu donnes l’exemple d’un petit homme. Aussi, je te dis ceci : tu as vécu avec moi et tu sais ce que c’est un communiste. Notre lutte est dure mais nous vaincrons. »


 

Biographie de Fernand Iveton:


 

Fernand Iveton est né à Alger le 12 juin 1926. Il a un peu plus de trente ans quand il est guillotiné le 11 février 1957 à la prison de Barberousse d’Alger.



Le père, Pascal, enfant recueilli par l’Assistance Publique avait reçu le nom patronymique d’Iveton. Pascal vécut dans un quartier populaire d’Alger, le Clos Salembier (aujourd’hui El Madania). Communiste et syndicaliste, Pascal Iveton fut révoqué sous le régime de Vichy de son emploi à Électricité et Gaz d’Algérie (EG.A.).



Fernand, son fils, suivit son exemple en devenant employé de l’usine à gaz d’El-Hamma au Ruisseau. En 1943, il adhère à la section de la Redoute (un quartier proche du Clos Salembier) des jeunesses communistes. Il milite aux côtés d’Henri Maillot et Ahmed Akkache au sein de cette section. Quand L’Union de la Jeunesse Communiste Algérienne est dissoute pour faire place à l’Union de la Jeunesse Démocratique Algérienne qui rassemblera dans ses rangs des jeunes communistes et nationalistes et d’autres patriotes, Fernand Iveton rejoindra le cercle de la redoute de l’UJDA. Il militera également au sein des syndicats d’Algérie affiliés à la CGT de France (Confédération Générale du Travail) puis à l’UGSA (Union Générale des Syndicats Algériens) organisation syndicale algérienne qui demeurera affiliée à la CGT. Il sera désigné par les travailleurs de l’usine à gaz du Hamma comme délégué syndical.



En 1953, il épouse Hélène Ksiazek, une Polonaise émigrée en France, qu’il connut lors de l’un de ses séjours en région Parisienne. Son épouse le rejoint et ils s’installeront au Clos Salembier.



En juin 1955 il s’intègre dans les groupes armés des Combattants de la Libération au côté de Abdelkader Guerroudj, Félix Collosi, Mohamed Hachelaf, Yahia Briki, Georges Accampora et d’autres camarades communistes.



Après l’Accord FLN-PCA les Combattants de la Libération sont intégrés dans l’ALN-FLN, il fera partie du commando du Grand Alger. Après avoir participé à plusieurs actions (sabotages de wagons sur le port, incendie des Bouchonneries Internationales) il sera chargé de placer une bombe à l’usine à gaz du Hamma. Elle est déposée le 14 novembre 1956. Mais tout prouve qu’il a pris toutes ses précautions pour que la bombe ne cause que des dommages matériels. À ce propos Pierre Vidal-Naquet écrit dans sa préface à l’ouvrage de jean Luc-Einaudi « Pour l’exemple. L’affaire Fernand Iveton. Enquête » ce qui suit : « Iveton ne voulait pas d’une explosion-meurtre. Il voulait une explosion témoignage. »



Dans son ouvrage « Des douars et des Prisons » Jacqueline Guerroudj qui lui a apporté la bombe fabriquée par Abderahmane Taleb et Daniel Timsit raconte qu’elle était chargée de lui donner deux bombes. Le 25 novembre 1956, onze jours seulement après son arrestation il est passé devant le tribunal. « Dans une atmosphère de pogrom » est-il écrit dans « La guerre d’Algérie » tome 2, page 364 (ouvrage sous la direction d’Henri Alleg). Il est condamné à mort au cours d’une parodie de procès « dans un prétoire où montaient des cris de haine et de mort ».



Le ministre français de la Justice de l’époque, François Mitterrand, et le président de la République Française refuseront de le gracier après la demande introduite par ses avocats. Le 11 février 1957 au petit matin il sera guillotiné en même temps que deux autres patriotes algériens. « Fernand Iveton, Mohammed Ouennouri et Ahmed Lakhnèche marchent courageusement au supplice. Les 3 hommes s’embrassent et clament «  Vive l’Algérie libre !  » au pied de la guillotine tandis que, de la prison tout entière, s’élève un grand cri de solidarité, de colère, d’espérance. Les détenus politiques pleurent, entonnent des chants patriotiques, ébranlent de leurs poings les portes des cellules. » [1]



Dans sa dernière lettre à son avocat José Nordmann, Iveton déclare : «  Pour moi, seuls la lutte de notre peuple et l’appui désintéressé du peuple Français sont les gages de notre libération.  »

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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 23:52

drapalgGrève des travailleurs de la zone industrielle de Rouiba


La classe ouvrière s’oppose à l’offensive du pouvoir contre les derniers acquis sociaux.



Article d'Alger Républicain du 12 janvier 2010 - Repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Les ouvriers, généralement silencieux et rivés à leur sacrifice quotidien du labeur et de la préservation de leur outil de production, ont démontré qu’ils savent, lorsqu’il le faut, refuser ce qui est dangereux et malsain pour leur survie de même que pour celle de l’appareil de production.

 


Ils ont une fois de plus montré leur profond attachement aux acquis du développement. En défendant leurs propres intérêts ils défendent en même temps les fleurons de l’industrie algérienne tel leur complexe de production de camions d’autobus et de matériels roulants. Ils tiennent à en assurer la continuité, le développement et l’expansion face aux ultra-libéraux qui s’acharnent depuis plus de deux décennies à le casser .


Tout a commencé lorsque les travailleurs ont décidé spontanément de marquer leur opposition aux conclusions de la dernière « tripartite » qui a réuni le 3 décembre dernier gouvernement, UGTA et patronat. Cette tripartite n’a apporté aucune réponse à leurs nombreuses revendications salariales et aux autres problèmes posés, à ce jour non résolus : chute de leur pouvoir d’achat à un niveau inférieur à celui de 1985, un niveau qui ne leur permet plus de vivre décemment, de manger correctement et d’éduquer leurs enfants, retraites misérables après toute une vie de dure labeur, absence de plans de développement de leurs entreprises ouvrant des perspectives durables dans une situation où les caisses de l’Etat débordent de devises stérilisées, etc.


La bourgeoisie et le gouvernement, appuyés par les hauts responsables de l’UGTA, syndicat maison aux ordres de la grande bourgeoisie compradore d’Etat et du patronat, n’ont pas seulement ignoré les revendications et le mécontentement des travailleurs. Plus grave, ils ont donné leur feu vert au lancement d’une attaque en règle contre le régime des retraites pour réduire encore plus le montant des pensions et allonger la durée d’activité requise pour en bénéficier. En réponse à un tel mépris, les ouvriers, cadres et techniciens de la SNVI ont décidé de se faire entendre autrement.


Un rassemblement massif a eu lieu à l’intérieur du complexe de production des véhicules industriels. Des milliers de travailleurs se sont regroupés sur l’immense terre plein d’entrée de l’entreprise. Ainsi, organisés seuls, ils ont pris la décision de dire tout haut leurs revendications à travers leur mouvement de protestation. Ils ne comptent nullement sur le soutien du syndicat UGTA. Au contraire, ils dénoncent ses dirigeants, car ils estiment que ces derniers ne sont que des avocats patentés des positions du gouvernement, des positions aussi éloignées de leurs intérêts que de ceux de l’entreprise.


Les travailleurs protestent contre le caractère purement symbolique de l’augmentation du salaire national minimum garanti (SNMG) que cette tripartite a décidé de porter de 12000 à 15000 dinars à partir du 1er janvier de cette année. A première vue cette augmentation de 25% paraît importante. En réalité, l’article 87 bis du code du travail, introduit de façon scélérate par le pouvoir en 1997 en application des injonctions du FMI en limite sérieusement les effets car il intègre dans ce salaire les primes et indemnités qui s’ajoutent au salaire de base. Dans les faits peu de travailleurs du secteur public sont concernés par cette décision tant que que la composition du salaire minimum n’est pas réduite au seul salaire de base avec l’abrogation de cet article. De plus les travailleurs dénoncent à juste raison le fait qu’une partie importante de cette augmentation du SNMG sera en réalité absorbée par un barême injuste de l’impôt sur le revenu global (IRG), comme toute augmentation salariale ou même celle des pensions de retraite.


Les travailleurs rejettent la décision de cette tripartite des exploiteurs, grands affairistes et profiteurs du régime de remettre en cause le principe du départ à la retraite proportionnelle, anticipée, et sans condition d’âge pour tout salarié travailleur ayant déjà accompli 32 ans d’activité. Ce refus traduit leur crainte légitime face au plan de révision du régime des retraites. Concocté dans le plus grand secret, et avec la complicité des responsables de l’UGTA, par un pouvoir foncièrement hostile à leurs aspirations, revendication et intérêts, ce plan consiste, selon des « indiscrétions », à allonger de 32 à 40 ans la durée d’activité ouvrant droit à une retraite complète et à retenir comme base de calcul du montant de la pension de retraite le salaire des 10 ou même 15 dernières années de travail et non plus celui des cinq dernières années comme le stipule la loi encore en vigueur.
Les travailleurs qui accomplissent leur labeur dans des conditions éprouvantes, notamment les ouvriers de la forge et d’autres postes qui soumettent à une rude épreuve leur résistance physique, avaient espéré que les autorités se décident enfin à se pencher sur leurs dures conditions de travail par l’introduction de régimes spécifiques. Au lieu de cela la réponse de ce pouvoir peut se résumer ainsi : « Travaillez pour gagner moins et silence dans les rangs ».


Par ailleurs les travailleurs dénoncent le recours systématique par les responsables de l’entreprise aux contrats de sous-traitance avec des entreprises extérieures privées ou étrangères. Une bonne partie des pièces fabriquées dans le cadre de cette sous traitance est défectueuse et les ouvriers du complexe sont obligés de corriger les mal-façons quand les rectifications sont possibles. La SNVI subit en conséquence des coûts supplémentaires et des préjudices financiers qui peuvent être évités si les pièces étaient fabriquées directement chez elle comme c’était le cas avant. Qu’apporte donc la sous-traitance pour la SNVI ?


Les travailleurs dénoncent sans appel la trahison de l’UGTA et de Sidi Said.


Le 5 janvier 2010, ils ont manifesté leur présence en bloquant l’accès routier très passant qui longe le siège de l’entreprise tout en permettant aux véhicules transportant des malades de passer sans encombre.


Le 6 janvier 2010, les travailleurs ont décidé d’effectuer une marche vers Rouiba ville et une partie des travailleurs a été déléguée alors qu’une autre est restée à l’intérieur de l’entreprise pour ne pas donner lieu à la création d’un mouvement de désordre.


Il faut en particulier rendre hommage au calme dont font preuve les travailleurs dans ce mouvement responsable à travers lequel ils ont décidé d’exprimer leurs revendications.


Lors du rassemblement qui a été bloqué par les services de police à l’entrée de Rouiba, il y a lieu de noter que les travailleurs de l’entreprise ANABIB (production de tubes et de canalisations en fer) qui voulaient rejoindre le mouvement en ont été empêchés par les forces de sécurité.


Le 7 janvier 2010, plusieurs autres entreprises ont rejoint le mouvement alors que les travailleurs de SNVI dont une partie était restée volontairement à l’intérieur de l’entreprise, les jours précédents, afin de prévenir les débordements, les mauvaises interprétations et les provocations, ont eux aussi manifesté à l’extérieur.

Une marche importante composée de travailleurs de plusieurs entreprises a été entamée avec l’objectif de rejoindre le centre de Rouiba ville où d’autres travailleurs attendaient.


Les entreprises privées et publiques, ANABIB, MOBSCO, HYDROAMENAGEMENT, ENAD, BATICIM, MAGI, TAMEG, CAMMO, PEPSI COLA, ont donc rejoint le mouvement de grève et de protestation pour rappeler d’abord qu’ils sont des travailleurs, qu’ils sont en butte à des quotidiens difficiles et dire qu’ils ne peuvent plus accepter ni eux ni les entreprises qu’ils défendent, d’être traités de cette façon. Les travailleurs d’autres entreprises veulent rejoindre le mouvement.


Le pouvoir fait la sourde oreille. Il joue la carte du pourrissement et de l’essoufflement. Il a opté pour une politique de cantonnement du mouvement en mettant en place un très important dispositif de police pour empêcher les travailleurs d’atteindre Rouiba ou d’être rejoints par d’autres travailleurs désirant rallier le mouvement.


Plusieurs centaines de travailleurs ont été immobilisés à l’extérieur pour les empêcher de rejoindre la marche sur Rouiba. Décidés à opposer au flot grandissant des travailleurs en grève une barrière humaine anti émeute composée de centaines de gendarmes appelés de partout pour épauler la police les autorités n’ont pas hésité à ordonner l’utilisation de la force. Des groupes de manifestants ont été violemment matraqués. Des travailleurs parmi lesquels une femme, ont été transportés à l’hôpital. D’autres sont passés par les champs pour contourner la muraille anti émeute.


Nous sommes à une époque où dans les grandes villes du pays, des enfants qui ne savent pas ce que signifie le mot salaire, roulent à folle allure dans des voitures rutilantes et clinquantes, négligemment offertes par des parents soudain enrichis et qui ne comptent plus l’argent alors qu’un travailleur qui use fièrement sa vie devant son poste de travail, doit se résigner selon ces nouveaux riches à mourir dans le dénuement lorsqu’il aura fini sa vie active car rien d’autre n’a été prévu pour lui.


Si l’Algérie qui a fait 1954 n’a réussi qu’à déboucher sur un tel désastre, il y a une trahison nationale dont les auteurs doivent rendre des comptes.


Comment est-il possible que l’on prétende faire référence aujourd’hui aux obligations légales et règlementaires lorsque des fortunes immenses et insensées ont le loisir de s’édifier tranquillement et sans inquiétude, en contravention avec les lois de ce pays ?


À travers ces revendications, les travailleurs algériens ne demandent en fait que de pouvoir continuer à produire dans des conditions décentes en apportant à leurs familles le moyen de vivre en bonne santé et paisiblement. Serait-ce être hors la loi qu’exiger cela ?


Toujours disposés à attendre lorsqu’il s’est agit d’intérêt national, les travailleurs ont le droit de ne pas comprendre que les pouvoirs publics réagissent en 24 heures lorsqu’il s’agit de la prise en charge des supporters d’un match fut-il international alors que les intérêts de l’appareil de production et de ses travailleurs en danger sont mis en berne.


Il est inutile de revenir ici sur les décisions « spectaculaires » et « grandioses » annoncées à grands fracas médiatiques lors de la restructuration des entreprises, commise dans les années 80, restructuration qui a débouché sur un démantèlement méthodique de l’appareil industriel et économique du pays. Ce n’est pas la politique d’industrialisation qui a été un échec comme le prétendent les chiens de garde des multinationales et du néo-colonialisme français. C’est une nouvelle bourgeoisie qui impose sa loi depuis plus de 30 ans. Avide d’enrichissement rapide, elle et hostile par intérêt de classe à tout développement fondé sur le secteur public remettant en cause les sacro-saints principes de la supériorité du capitalisme et susceptible de consacrer l’abolition définitive de l’exploitation. Elle a tout fait et continue à tout faire pour saboter ce développement et dilapider les ressources du pays.


Le mouvement des travailleurs de Rouiba vient de rappeler qu’il existe en Algérie une classe ouvrière qui n’accepte pas de faire l’objet d’autant de mépris, une classe ouvrière qui tient à la défense des outils de production du pays face à des rapaces qui n’ont de soucis que pour leurs intérêts mesquins.


ALGER Républicain, 12 janvier 2010

Site d'Alger Républicain: http://www.alger-republicain.com/

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