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    Le site Solidarité Internationale PCF publie des traductions de déclaration, des communiqués, des articles théoriques et d'actualité provenant de partis communistes du monde entier ainsi que des analyses françaises sur le mouvement communiste international et la politique étrangère de la France. La ligne éditoriale du site suit les positions du Réseau "Faire vivre et renforcer le PCF" (site http://vivelepcf.fr/) qui refuse la dérive réformiste du PCF suivant le PGE. Notre site s'efforce de faire vivre la conception de la solidarité internationale portée historiquement par le PCF.

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1 mai 2014 4 01 /05 /mai /2014 05:34

lienpadsLe Premier mai 2014 des communistes algériens

 

 

Communiqué du Parti algérien pour la démocratie et le socialisme (PADS) repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

 

Action unie de la classe ouvrière et des masses populaires

pour:


-défendre le pays contre les intrigues et ingérences impérialistes

-arracher les libertés d'organisation et d'expression politiques et syndicales

-mettre en échec les plans de la bourgeoisie pour démanteler les conquêtes sociales

-accumuler les forces pour des changements radicaux dans la perspective du socialisme

 

La classe ouvrière et les travailleurs algériens célèbrent ce premier mai 2014 dans un contexte dangereux.


L’élection présidentielle du 17 avril  s'est terminée par la réélection de Bouteflika représentant de la bourgeoisie et des couches moyennes toutes enrichies par les trafics et l'exploitation féroce des travailleurs. A l'occasion de cette élection des conflits aigus ont opposé ouvertement différents courants de la bourgeoisie et des couches moyennes dans le pouvoir ou dans l'opposition pour la suprématie sur le pays. En recourant à l'appui des Etats impérialistes pour se maintenir au pouvoir ou s'en emparer, ces multiples groupes ont montré qu'ils sont capables de faire exploser le pays.

 

Depuis des années, un large éventail de forces sociales lutte pour les libertés démocratiques et notamment pour des élections sans fraude.


La classe ouvrière a participé de différentes manières à ces luttes. Elle est directement concernée par ces combats démocratiques car c'est elle qui subit le plus et sur tous les plans le diktat et les pratiques mafieuses de la bourgeoisie, des affairistes. C'est elle qui a le moins de possibilités de faire entendre sa voix et de s'organiser librement pour défendre ses intérêts et réaliser ses aspirations politiques et sociales, en raison du système des lois sur les partis et les syndicats ainsi que de l'emprise de la bourgeoisie sur la presse et les télévisions privées ou publiques.


Le programme économique et social des Benbitour, Benflis, Djaballah, Mokri, Sadi et celui que le régime de Bouteflika met en application sont les mêmes. Son contenu est anti-ouvrier, anti-populaire et anti-national. Les uns et les autres sont lancés dans une course pour gagner le prix du meilleur valet de l'impérialisme, de celui qui lui livrera les richesses du pays, permettra aux multinationales d’amasser de gros profits. Des secteurs du pouvoir et de l’opposition veulent ramener la condition des ouvriers algériens à celle de leurs camarades du Bangladesh ou du Cambodge. Dans ces pays, les ouvrières et les ouvriers sont  sauvagement exploités, payés entre 30 et 60 dollars par mois, pour 60 heures de travail par semaine, violemment réprimés par la police quand ils protestent. Voilà le modèle secrètement rêvé des capitalistes algériens, de leurs politiciens, de leurs économistes et de leurs journalistes!

 

Le capitalisme est en crise à l'échelle mondiale. Pour satisfaire leur soif illimitée de profits, les impérialistes cherchent à surmonter leur crise par une offensive furieuse partout dans le monde contre les conquêtes sociales des travailleurs. Ils font pression sur tous les peuples de la planète pour obtenir la destruction des législations sociales qui protègent les travailleurs. Ils travaillent main dans la main avec les bourgeoisies locales pour réaliser leurs buts. Ils ont déclenché des guerres en Irak, Libye, Syrie, Mali, Centrafrique, pour s'emparer des ressources énergétiques des peuples et de leurs richesses, étendre leurs zones de domination, briser la résistance des peuples. C’est pour les mêmes raisons qu’ils s’ingèrent ouvertement et sèment le chaos en Ukraine et au Venezuela .

 

En tant que classe la plus exploitée, la classe ouvrière est celle qui a le plus intérêt à poser et à résoudre les graves problèmes de l'heure que le régime et ses opposants ultra-libéraux passent sous silence: la mobilisation pour la défense du pays contre les ingérences des puissances impérialistes et les agissements antinationaux de leurs agents, la relance du développement industriel sur la base de la réhabilitation du rôle stratégique du secteur public et de la planification, seuls moyens sérieux pour créer des emplois dignes de ce nom et résorber rapidement le chômage, l'arrêt de l'importation massive de marchandises de luxe et superflues qui saignent nos ressources en devises, la confiscation des biens nationaux accaparés par les responsables, le châtiment exemplaire des gros corrompus, etc.

 

Travailleurs, organisez-vous, unissez-vous, développez la solidarité entre vous!

 

Continuez vos luttes pour l'amélioration de votre pouvoir d'achat, l'indexation des salaires et des pensions de retraite sur les prix, pour résister au terrorisme social des patrons, mettre  fin aux licenciements arbitraires, réintégrer les travailleurs licenciés, obliger les capitalistes à respecter les libertés syndicales, à déclarer les travailleurs à la sécurité sociale, permaniser les contractuels et mettre fin à la pratique éhontée des pré-emplois, obtenir l'institution de l'aide de l'Etat au logement des travailleurs à faible revenu, relancer la médecine socio-professionnelle, réhabiliter les hôpitaux publics et mettre fin à leur sabotage organisé en haut lieu pour favoriser les cliniques privées, etc.

 

Soyez vigilants et intensifiez vos luttes car le pouvoir prépare des lois qui généralisent les emplois précaires et à durée déterminée. Il cherche à transformer les travailleurs en travailleurs "jetables"pour que les exploiteurs augmentent leurs profits.


Combattez les entreprises de division sur des bases régionalistes, ethniques ou religieuses. Travailleurs de toutes les régions du pays, d'Alger, de Annaba, de Mascara, de Tizi Ouzou, de Béjaïa, de Ghardaïa, de Ouargla, de Tamarasset et de In Amenas, ne laissez pas les trafiquants, les affairistes mafieux, les exploiteurs, les agents de l'impérialisme semer les querelles parmi vous!


Travailleurs algériens immigrés en France ou dans d'autres pays, renforcez vos liens avec vos camarades de ces pays, adhérez à leurs syndicats de classe combatifs pour affronter ensemble vos exploiteurs communs et leurs organisations racistes-fasciste!

 

Créez, de la base à l'échelle nationale, des syndicats de classe, démocratiques, unitaires, de masse, indépendants de la domination des capitalistes et de leur idéologie, des syndicats qui refusent de pratiquer la collaboration avec les exploiteurs. Coordonnez vos actions. Il ne peut exister ni de pacte social avec la bourgeoisie, ni de liens de "partenariat" entre les travailleurs et leurs exploiteurs. La classe ouvrière et la bourgeoisie ont des intérêts diamétralement opposés, inconciliables. Il n'y a pas de différence entre capitalistes compradores et capitalistes industriels.

 

Renforcez vos liens avec les syndicats internationalistes de classe authentiques, avec la Fédération syndicale mondiale (FSM) pour faire front à l'échelle mondiale aux organisations du Capital: FMI, Banque mondiale, Organisation internationale du Travail, OMC et aux syndicalistes à leurs bottes de la Confédération syndicale internationale.

 

 

N'écoutez pas les faux syndicalistes qui vous conseillent de laisser de côté vos revendications politiques de classe, d’attendre une “transition démocratique pacifique” et l'instauration d'un "Etat de droit" qui soi-disant règleront vos problèmes.

 

En intensifiant vos batailles maintenant pour vos revendications sociales et vos aspirations politiques vous forgerez les armes organisationnelles syndicales et politiques qui vous permettront de vous faire entendre. C’est par ces moyens que vous vous préparerez à prendre le pouvoir en alliance avec la petite paysannerie et les couches populaires qui vivent de leur travail, la jeunesse qui n'a que ses bras et son cerveau pour vivre, les cadres honnêtes qui contribuent à la vie du pays.

 

La classe ouvrière ne mettra fin à son exploitation et à sa condition misérable que lorsqu'elle abolira le système capitaliste, qu'elle sera maîtresse des moyens de production, qu’elle construira la société socialiste. Ce n’est que par ces changements radicaux qu'elle pourra alors développer les forces productives suivant un plan pour satisfaire ses besoins sociaux croissants.

 

Renforçons le PADS, parti communiste révolutionnaire qui a pour but l’émancipation des travailleurs, l’instauration de la société socialiste, l'établissement de liens de fraternité entre les prolétaires du monde entier!

 

Prolétaires de tous les pays et peuples opprimés unissez-vous!

 


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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 06:01

610px-Flag and map of Algeria.svgRé-élection de Bouteflika en Algérie : pour les communistes, les luttes doivent continuer

 

 

Communiqué du Parti algérien pour la démocratie et le socialisme repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Réélection de Bouteflika :

 

Les luttes des travailleurs et des masses populaires continuent pour leurs revendications sociales, les libertés démocratiques réelles, la relance du développement, la défense de la souveraineté du pays face au danger des ingérences impérialistes, la perspective stratégique du socialisme


 

Les résultats officiels de l’élection présidentielle du 17 avril ne constituent pas une surprise. Bouteflika l'aurait remportée par 8,3 millions de voix sur un total de 11,3 millions de votants selon les chiffres annoncés par le ministre de l'Intérieur. Ces chiffres sont à prendre avec des pincettes*. La machine de la fraude a fonctionné. Cependant, l'ampleur des trucages a été cette fois-ci relativement moindre. Les chiffres des votes en faveur de Bouteflika ont pu être grossièrement gonflés surtout dans les campagnes et les endroits reculés où l’emprise des appareils du régime est quasi-absolue et où la combativité des masses est très faible. Son principal rival, Benflis, affirme que la fraude a été massive et qu’il ne reconnaîtra pas les résultats proclamés.


 

Les luttes démocratiques de différentes catégories de la société ont porté. Si elles n'ont pas fait complètement disparaître la fraude, elles l'ont rendue plus difficile. Les divergences qui ont éclaté au sein du régime quelques semaines avant le scrutin électoral ont également contribué à les compliquer. Preuve en est que les chiffres annoncés ne peuvent cacher le fait que Bouteflika a récolté 4,6 millions de voix de moins qu’en 2009.


 

Les chiffres du ministre de l'Intérieur n'ont pu dissimuler que les abstentionnistes et les votes nuls représentent la majorité du corps électoral. Si l'on tient compte des millions de citoyens qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales et que le ministère de l’Intérieur passe sous silence, il apparaît que deux tiers au moins de la population en âge de voter ne se reconnaissent pas dans le régime.


 

De très nombreux jeunes ne se sont pas inscrits sur les listes électorales. Ce refus traduit leur dégoût pour la consultation électorale. Ils n’en attendent rien de concret pour la satisfaction de leurs besoins immédiats à un emploi, à une vie et à un avenir dignes. La seule chose que le régime de la bourgeoisie leur a offerte c'est de quitter leur pays pour d'autres à la recherche de leur gagne-pain quotidien. Ils n’ont pas choisi d'émigrer de leur propre gré. La bourgeoisie leur a volé leur patrie.


 

Représentant la grande bourgeoisie et les couches moyennes enrichies par les affaires lucratives, Bouteflika a regroupé autour de lui tous ceux qui veulent la stabilité pour continuer à piller les ressources du pays dans la bonne entente avec les puissances impérialistes.


Benflis n’aurait réuni autour de son nom que 1 245 000 voix. Il n’a pas reçu le soutien des travailleurs conscients qui ont compris que par ses objectifs économiques et sociaux il n’était qu’un simple candidat parmi d’autres de la bourgeoisie. De très nombreux démocrates se sont également détournés de lui après sa promesse de réhabiliter politiquement les chefs du FIS, mouvement fasciste qui a utilisé la religion pour tromper les masses populaires, responsable du massacre de plus de 100 000 citoyens civils et militaires durant les années 1990.


 

Louisa Hanoune, responsable du parti trotskyste dit des travailleurs, aurait réalisé 140 000 voix contre 604 000 en 2009. Elle a été chouchoutée par le régime depuis 1989 puis par Bouteflika qu’elle a soutenu sans défaillance pour sa politique de réconciliation avec le FIS. Son existence médiatique et électorale fait partie du jeu du régime qui la tient en laisse et veut faire croire que les travailleurs sont représentés sur la scène politique. Le régime l'a toujours récompensée, aux législatives ou aux présidentielles, en lui octroyant des voix dont nul ne peut certifier l’ampleur véritable et l’authenticité. Cette fois-ci, il l’a lâchée, probablement à cause de ses hésitations au début à appuyer le 4 ème mandat de Bouteflika. Beaucoup parmi ceux qui avaient l’habitude de voter pour elle ont fini par découvrir son double jeu. Elle s’est maintenant complètement déconsidérée par ses déclarations sur l’honnêteté du scrutin et sur son affirmation que la stabilité du pays passait avant ses résultats électoraux.


 

Les trois autres candidats ont reçu des miettes pour avoir servi à donner crédit à la fiction d’une élection ouverte.


 

La peur de l’exploitation des conflits internes du pays par les Etats impérialistes, la hantise du retour aux années noires du terrorisme des groupes obscurantistes, le climat de tension créé par l’éclatement au grand jour des divergences au sein du régime, ont freiné la combativité des masses. Ils ont incité des franges populaires de la société à voter en faveur de Bouteflika. La propagande du régime l'a inlassablement présenté comme le garant de la paix civile. De plus, la large médiatisation par les chaînes de télévision privées internes ou étrangères, notamment françaises, de la soudaine agitation de petits groupes d'opposants contre le quatrième mandat a provoqué, jusqu’au sein des masses, un climat de méfiance vis à vis de tous ceux qui contestent le régime. Elle a servi la stratégie de ce dernier.


 

En définitive, une majorité écrasante de la population a exprimé son rejet du régime que ce soit en s’abstenant de voter ou en votant nul.


 

Les motifs politiques de ce rejet ne sont pas les mêmes. Il y a la masse des travailleurs qui exprime son indignation contre les inégalités sociales, la misère, la corruption, l’arbitraire et l’étouffement des libertés démocratiques, qui aspire à des changements qui améliorent son sort. Il y a dans les couches moyennes ceux qui défendent le capitalisme et réclament des réformes accélérées pour protéger ses “acquis” d’une révolte populaire. Ceux-là pensent que le meilleur moyen d’arriver à cette fin est de changer de méthodes de gouvernement et de s’appuyer sans fard sur les puissances impérialistes.


 

Il y a au sein des couches de la petite-bourgeoisie des franges qui croient pouvoir éliminer les manifestations les plus intolérables du régime de la bourgeoisie et arracher des libertés démocratiques sans remettre en cause ce régime dans ses fondements. Il existe aussi une proportion de citoyens encore influencés par l’idéologie obscurantiste dont le contenu économique et social réel est l’instauration d'une domination terroriste des exploiteurs à l’ombre d’un Etat théocratique.


 

Les luttes politiques et sociales de ces dernières années ont cependant élevé le niveau de conscience de nombreuses couches sociales, notamment parmi les jeunes. Elles ont exacerbé l'indignation des masses, renforcé la recherche d'une alternative démocratique populaire de progrès. Elles ont suscité des craquements au sein du régime. Malgré leur fardage frauduleux, les résultats avoués révèlent un affaiblissement politique du régime.


 

Ces élections et la victoire de Bouteflika ne changent pas la contradiction criante qui opposent la grande masse des travailleurs et du peuple à une petite minorité d’affairistes mafieux et d’exploiteurs.


 

Le vote est une forme de luttes parmi d'autres qui préparent des lendemains plus favorables à l'activité des masses pour un changement radical. Il faudra continuer à combiner toutes les formes de lutte, électorales ou non électorales, en vue de cet objectif. Mais ce n'est pas des urnes qu'il faut attendre l’amélioration des conditions de vie des travailleurs et des masses laborieuses, les libertés démocratiques politiques et syndicales, les changements socio-politiques radicaux et l'instauration d'un régime démocratique populaire de progrès qui ouvre la voie à la perspective socialiste. La réalisation de ces aspirations sera le résultat de la lutte quotidienne, de façon organisée et unitaire, dans les usines, les chantiers de construction, les universités, les quartiers populaires, dans les villes et les campagnes.


 

Les communistes organisés dans le Parti Algérien pour la Démocratie et le socialisme, inspirés par le combat de leurs aînés du PCA et du PAGS, feront tout pour se placer à la tête de toutes les luttes des ouvriers, des paysans, des jeunes, des femmes et des autres couches laborieuses du pays pour la satisfaction de leurs aspirations immédiates et à venir, pour la construction de la société socialiste. Le renforcement de l'avant-garde communiste, le PADS, demeure la clé du succès de ces luttes.

 

 

 

*Le taux officiellement proclamé de 81,5 % ne tient pas compte du 1,1 million de nuls, alors qu’il les réintègre dans ses calculs pour faire admettre qu’une majorité d’électeurs, soit 51,7% des inscrits s’est rendue aux urnes. Jusque dans le détail, le ministère de l’Intérieur veut faire croire à un triomphe écrasant. Le nombre d’abstentionnistes officiellement reconnu est de 10,6 millions. Au total, sur un corps électoral officiel de 21,9 millions, le nombre des abstentionnistes et des votes nul ou blanc, a été de 11,6 millions. Le taux des voix exprimés est de 46,7%. Celui des électeurs qui ont exprimé leur défiance pour le chef de l’Etat et les autres candidats est de 53,3%.

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13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 12:37

610px-Flag and map of Algeria.svgDéclaration des communistes algériens sur les élections présidentielles du 17 avril

 

 

Déclaration du Parti algérien pour la démocratie et le socialisme (PADS) reprise par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Election présidentielle du 17 avril prochain:

 

Le combat des travailleurs et des masses populaires doit continuer sous toutes les formes:

- pour casser le verrouillage de la vie politique par le régime bourgeois en place

-pour un changement radical dans la voie du progrès et du socialisme

 

Cette élection ne règlera aucun des graves problèmes économiques, sociaux et politiques dans lesquels se débattent les masses populaires et le pays.

 

Ces problèmes sont l'expression des inégalités et des antagonismes engendrés par le régime capitaliste imposé depuis trente ans par les classes possédantes et affairistes dominantes et par leurs idéologues, parmi lesquels les courants obscurantistes qui ont manipulé la religion pour tromper le peuple. Sous l'ère politique de Bouteflika, ils se sont aggravés de façon spectaculaire: accaparement de la plus grande partie du revenu national par une minorité de riches et de barons du régime, corruption à une échelle massive, refus d'utiliser l'argent du pétrole pour relancer l'industrialisation et diktat d'une poignée de très gros importateurs, appauvrissement et chômage massif, emplois mal payés et sans avenir pour les jeunes, problèmes insolubles de logement pour les travailleurs, étouffement de la liberté d'organisation, de réunion et d'expression derrière une démocratie de façade faite sur mesure pour les classes possédantes, passivité du régime face aux ingérences impérialistes dans la région, etc.

 

Contrairement donc à ce qu'affirment mensongèrement les opposants dits "libéraux" à Bouteflika et à l'équipe qui dirige le pays, les blocages actuels ne sont pas liés au fait qu'un chef d'Etat invalide puisse continuer à présider le pays au mépris des aspirations démocratiques du peuple et des règles de fonctionnement les plus élémentaires de tout Etat.

 

Les couches laborieuses n'ont rien à attendre du régime, tant que l'Etat actuel demeure une machine au service de la bourgeoisie et de l'impérialisme. Avec Bouteflika ou avec n'importe quel autre défenseur du capitalisme, candidat ou non à cette élection présidentielle, l'exploitation de la classe ouvrière va se renforcer et la situation sociale des masses populaires va empirer. Les riches s'enrichiront encore plus et les pauvres seront encore plus pauvres, la dépendance du pays ne fera que s'aggraver.

 

Le pays continuera à s'enfoncer dans l'impasse tant que les travailleurs et les masses laborieuses n'auront pas réussi à instaurer un régime révolutionnaire en rupture radicale avec le capitalisme.

 

Les disputes publiques qui ont éclaté ces derniers mois entre des dignitaires du régime n'ont pas pour motif l'amélioration de la situation matérielle des travailleurs et de la petite paysannerie, la relance du développement, la réflexion sur les moyens de mobiliser démocratiquement les masses et en satisfaisant leurs revendications politiques et économiques pour faire face aux ingérences impérialistes.

 

La crise au sommet de l'Etat, les attaques menées contre l'équipe dirigeante par l'opposition ultra-libérale des Benbitour, Benflis, Djaballah, Sadi et compagnie, ont pour cause la bataille pour le partage et le repartage des richesses du pays entre les membres d'une minorité qui s'est enrichie grâce à la libéralisation du commerce extérieur, aux privatisations, au pillage des ressources du pays, à l'exploitation des travailleurs des villes et des campagnes, au détournement des revenus pétroliers, de l'argent des banques publiques.

 

Les bandes qui se battent entre elles dans les coulisses du régime, ou celles qui lui mènent la guerre dans l'opposition libérale, sont toutes d'accord pour maintenir le système capitaliste qui a mené le pays dans cette impasse et se mettre au service de l'impérialisme et de ses multinationales. Chacune d'entre elles s'adresse aux puissances impérialistes pour leur demander de les aider à renforcer ses positions dans l'Etat ou à s'en emparer afin assouvir plus complètement la soif d'enrichissement des couches sociales privilégiées. Les puissances impérialistes attisent leurs rivalités et font monter les enchères pour obtenir du régime ou de l'opposition "libérale" qu'ils s'engagent à accélérer l'application des "réformes" exigées par l' "économie de marché", c'est-à-dire à leur donner les gisements de pétrole et de gaz, à leur remettre les secteurs stratégiques et juteux de l'économie - Sonelgaz, télécommunications, distribution de l'eau, banques publiques, santé, etc. - à leur reconnaître la liberté totale de circulation des capitaux et d'exportation des profits, à diminuer ou même faire disparaître les impôts sur leurs profits, à augmenter le prix du gaz et de l'électricité, à supprimer toutes les barrières douanières, à leur permettre de prendre possession des terres, à rayer toutes les lois sociales qui protègent encore plus ou moins le travailleur et qui fixent le salaire minimum, les primes et les indemnités, etc. L'impérialisme veut des bases militaires et ne relâche pas ses pressions pour que l'armée algérienne devienne le gendarme de ses intérêts en Afrique.

 

C'est cela le vrai contenu des "réformes" sur lequel le régime et l'opposition ultra-libérale sont d'accord sans le reconnaître publiquement. Défenseurs du régime et opposition ultra-libérale se sont tous entendus pour que ces questions ne soient pas débattues devant le peuple à l'occasion de l'élection présidentielle. Ils ont détourné l'attention des citoyens sur des chicanes au sujet du 4ème mandat de Bouteflika, de sa capacité ou non à continuer à diriger le pays.

 

Le régime a tout fait depuis des années pour étouffer la voix des forces révolutionnaires qui défendent les intérêts des travailleurs et se battent pour une alternative socialiste. Il a tout fait pour les marginaliser, à l'aide de ses lois et règlements antidémocratique sur les partis, les associations, de l'interdiction des réunions publiques et des marches dans la rue. L'opposition ultra-libérale est par contre largement médiatisée par la presse privée bourgeoise et même publique. Elle est relayée à tout moment pour dénigrer les idées de progrès et vanter les bienfaits imaginaires d'un capitalisme qui, dans la pratique, a ravagé le pays.

 

En fait, ce qui distingue ces bandes rivales sur ces questions, en plus de la revendication des opposants à partager avec l'équipe dirigeante le monopole de la décision politique, c'est uniquement la question du rythme d'exécution des injonctions impérialistes. La plupart des dirigeants du régime veulent aller graduellement mais plus sûrement dans ce sens, escomptant qu'ils pourront de cette manière émietter la réaction populaire et la vaincre plus facilement en maniant avec ruse la carotte et le bâton, la distribution de petites miettes au peuple et la répression de ses éléments les plus combatifs. Les Benbitour, Benflis et compagnie, ainsi que des éditorialistes de la presse pro-impérialiste, veulent que les choses aillent plus vite parce qu'ils tablent sur le soutien des puissances impérialistes et sur leur capacité grâce à cela à mater la réaction du peuple sous le couvert d'un "Etat de droit" et d'une pseudo-légitimité que leur donneraient les urnes dans des élections soi-disant "démocratiques".

 

Le régime actuel est appuyé par toutes les couches sociales aisées, urbaines et paysannes, qui ont trouvé leur compte dans la libéralisation des importations et le développement des activités parasitaires dans le commerce, les services, l'immobilier et la spéculation sur les fruits et légumes, dans l'exploitation forcenée de la classe ouvrière. "La stabilité", grâce à la candidature de Bouteflika à un 4 ème mandat et malgré son invalidité, telle est la seule préoccupation de ces classes et couches sociales. L'essentiel pour elles est que leurs privilèges soient préservés même au mépris des formes démocratiques les plus élémentaires, et qu'une bonne entente soit assurée avec les pays impérialistes.

 

Cette candidature est le résultat des compromis que les différents clans du régime ont réalisé entre eux et avec les puissances impérialistes, USA et France. Pour le moment ces puissances collaborent avec lui étant donné qu'il favorise leurs intérêts stratégiques. La visite de John Kerry, à quelques jours seulement de cette élection s'inscrit dans les marchandages pour obtenir de nouvelles concessions du régime. Il n'en sortira rien de bon pour les travailleurs et les masses populaires.

 

Que faire le 17 avril prochain, avant et après?

 

Les cercles qui ont avalisé cette candidature vont mettre en route, comme d'habitude, leur appareil de fraude, d'intimidation, de promesses clientélistes et de corruption pour sa réélection.

 

Le verrouillage de la vie politique derrière la démocratie de façade provoque l'indifférence ou l'indignation de l'immense majorité de la population pour ces élections.

 

Le régime a tout fait pour que son plan réussisse même si la grande masse des électeurs va s'abstenir de voter en l'absence d'un parti révolutionnaire influent et de forces populaires capables de diriger leurs luttes pour une alternative démocratique et patriotique révolutionnaire. Mais cette fois-ci l'acuité de la crise politique va rendre encore plus précaires les résultats de ses manoeuvres.

 

Les travailleurs ne peuvent soutenir aucun des candidats en lice. Louisa Hanoune prétend depuis des années défendre leurs intérêts et leurs aspirations. En réalité elle s'est toujours employée à les tromper en leur faisant croire que Bouteflika est de leur côté mais que son entourage sabote sa politique. Personne ne peut oublier qu'elle a été une avocate acharnée des mouvements obscurantistes au moment où ils assassinaient les démocrates, les progressistes et les syndicalistes. Ses positions ont toujours bénéficié de l'appui des médias publics et privés.

 

Benflis a fait partie avant et après 1989, et y compris pendant un temps sous Bouteflika, de l'appareil d'Etat qui a appliqué les réformes anti-populaires et anti-nationales. Il s'est démasqué récemment par ses salutations à John Kerry et par sa lettre au patronat, dans laquelle il fait des promesses ultra-libérales sur la flexibilisation du travail et les baisses d'impôts. Les trois autres candidats, Belaïd, Rebaïne et Touati, sont des personnages fabriqués par la machine du régime pour contribuer au succès de la comédie.

 

Le régime souhaite un fort taux de participation pour donner un semblant de légitimité à son opération mais il le craint en même temps dans la mesure où des résultats non prévus dans ses plans pourraient compliquer ses manipulations.

 

L'opposition ultra-libérale et les courants obscurantistes ont appelé au boycott pour renforcer leurs arguments en faveur d'une intervention extérieure ou de l'armée en vue d'une prétendue "transition démocratique" dont ils cachent le contenu économique et social pour ne pas dévoiler publiquement leurs véritables objectifs.

 

L'Union Européenne a deux fers au feu. Elle a signifié au gouvernement son refus d'envoyer des observateurs à cette élection. Cela veut dire dans sa logique interventionniste impérialiste, qu'elle confirme son droit à s'ingérer dans les affaires du pays en fonction du rapport des forces qui se précisera après le 17 avril.

 

Dans ce contexte complexe, le moins mauvais des choix à faire est de voter nul pour à la fois dénoncer la manoeuvre du régime, contribuer à faire reculer les attentismes et transformer en action, même limitée, l'indignation spontanée des masses, se démarquer des partisans de l'intervention extérieure et d'une action interne de l'armée dont on ne sait rien sur ses auteurs éventuels et leurs objectifs.

 

Voter nul ne signifie nullement cautionner le régime.

 

Ce vote consiste pour l'électeur à glisser dans l'enveloppe un billet sur lequel il aura écrit des slogans qui expriment son indignation contre le régime bourgeois. En voici quelques exemples non limitatifs : "A bas le régime capitaliste despotique de Bouteflika et son opposition, tous à la solde de l'impérialisme ! Non à l'appauvrissement des travailleurs et des jeunes! L'argent du pétrole pour le développement! Pour un régime démocratique révolutionnaire du peuple! Vive le socialisme!" ou encore : "Mon vote  rejette tous les candidats. Il  signifie mon opposition au verrouillage politique qui empêche  la candidature d'un représentant des couches populaires exprimant mon aspiration à une rupture avec le capitalisme et pour un pouvoir populaire anti-impérialiste qui se battra pour le socialisme." etc. Ce sera le véritable vote des masses populaires.

 

Aujourd'hui, il faut faire l'effort pour exploiter cette marge politique et exprimer consciemment l'existence d'une opinion qui rejette le diktat et les calculs des forces anti-populaires et inféodées à l'impérialisme, que ce soit le régime en place ou les courants dits d'opposition qui le combattent.

 

Demain c'est mener des actions organisées de niveau plus élevé, grèves politiques générales, manifestations, etc., La lutte continue quels que soient les résultats de la mascarade électorale.

 

Poursuivons le combat pour des changements politiques, économiques et sociaux radicaux, pour l'avènement d'un régime démocratique populaire qui s'attaque aux positions de la bourgeoisie et des multinationale, contrôle les grands moyens de production, met fin aux inégalités sociales et à l'exploitation, satisfait les revendications et les besoins sociaux des travailleurs, de la petite paysannerie, des couches qui vivent de leur travail, en un mot un régime qui ouvre la voie à la révolution socialiste !

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 06:23

sportisse--2-.jpgEntretien avec William Sportisse, figure historique du mouvement communiste algérien : « Etre communiste, c'est refuser le défaitisme »

 

Entretien réalisé par Arezki Metref pour le Soir d'Algérie repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Le soir d’Algérie : Vous êtes né dans une famille modeste «judéo-arabe», peut-être «judéo-berbère, de Constantine, installée depuis des générations. C'est quoi pour vous Constantine, le berceau de la famille, le port d'attache, la passerelle entre les communautés ?

 


William Sportisse :  Etre né dans une famille modeste attachée à sa culture puisée à la fois dans son fond religieux juif, les coutumes berbères et arabes, utilisant la langue arabe comme véhicule de communication avec les habitants de la ville et aussi dans les conversations familiales, donnant une préférence à l'écoute de la musique andalouse et au malouf constantinois, font partie de mon éducation et de ma formation. Mes parents n'étaient ni riches ni pauvres, mais la famille de l'une de mes tantes composée de cinq personnes était bien pauvre. Sa situation m'a fait découvrir ce qu'était la misère sociale que subissait l'immense majorité de la population algérienne. Plus tard, j'ai pris conscience de l'origine de cette misère grâce au combat mené par mon grand frère qui avait adhéré aux idées communistes, aux idées de l'émancipation des femmes et des hommes de tout ce qui les appauvrissait dans tous les domaines. 


Dans ce sens, ma famille a contribué à ma prise de conscience. Elle est la source de mon engagement idéologique et politique auquel je reste toujours fidèle. Mais cette source est allée rejoindre le grand fleuve représenté par tout ce que j'ai appris auprès des militants communistes et nationalistes, de tous les gens vivant de leur labeur à Constantine et appartenant à toutes les couches sociales et aux origines ethniques différentes. Enfin, ce fleuve a rejoint la mer quand j'ai sillonné l'Algérie au cours des luttes menées par notre peuple, et enfin le monde quand j'ai participé à toutes les rencontres internationales de la jeunesse démocratique et progressiste. 


C'est pourquoi, je suis attaché à ma ville natale pour tout ce qu'elle m'a offert pour mieux connaître mon peuple. C'est là également que mes premiers pas de militant communiste ont été effectués. C'est là où j'ai connu des militants valeureux du courant patriotique. C'est là où j'ai tissé des liens d'amitié qui sont demeurés indestructibles avec de nombreuses personnes, même si nos options politiques et idéologiques étaient différentes. C'est là où j'ai appris à apprécier la beauté de la nature avec ce site merveilleux qu'est Constantine. C'est là enfin où j'ai pris goût à l'écoute de la musique andalouse et du malouf constantinois. Tous ces éléments ont constitué les passerelles de toutes les communautés qui auraient pu contribuer à la naissance d'une nation particulière mais que le colonialisme exploiteur et oppresseur, en dépit de nos efforts pour l'en empêcher, a réussi à tuer dans l'œuf. Il est parvenu à semer dans la majorité de la population européenne et juive aussi l'odieux poison du racisme, d'une prétendue «supériorité raciale» qui divise les hommes et les femmes même quand ils appartiennent à une classe ou à des couches sociales exploitées et opprimées. 

Vous adhérez au PCA clandestin à l'âge de 16 ans, dans le sillage de votre frère aîné Lucien. Parlez-nous de Lucien et des motivations de votre engagement ? 

 

Votre question est pertinente. Faire connaître le combat anticolonialiste de militants communistes d'origine juive algérienne et européenne participe de la connaissance de l'histoire de notre mouvement de libération nationale. La composition des principaux acteurs de ce mouvement reposait, certes, sur l'immense majorité de la population autochtone. Mais la justesse des aspirations et des objectifs du mouvement de libération nationale a été partagée par des juifs d'origine berbère ou installés depuis des générations et aussi par des travailleurs européens dont les parents ont immigré en Algérie en raison de la misère sociale que leur faisait subir le système capitaliste. Lucien a été parmi ceux qui ont partagé les aspirations de notre peuple à l'indépendance. En raison des revenus modestes de notre père, Lucien, après avoir obtenu brillamment, avec mention très bien, la deuxième partie du baccalauréat et après des études à l'Ecole normale d'instituteurs de Constantine, n'a pas pu les poursuivre à la Faculté d'Alger. 


Instituteur dans son premier poste à Aïn-Beïda, il est l'objet d'une première brimade de l'institution administrative locale à l'issue d'un conflit qui l'oppose au directeur de l'école. Militant en 1925 de la Section française de l'internationale ouvrière (SFIO), il refuse en juin 1926 que ses élèves, la plupart d'origine modeste, souscrivent à une contribution financière volontaire dans le cadre d'une opération lancée par le gouvernement général de l'Algérie colonisée. Qualifié d’«anti-français», il sera muté dans un autre village. Dès lors, il va subir la répression coloniale. Son adhésion au Parti communiste algérien s'est réalisée au lendemain du congrès fédéral de la SFIO à Annaba, en décembre 1926, pour une double raison soulignée dans l'ouvrage Le camp des oliviers-Djenane El-Zeïtoun, à savoir son adhésion aux idées du socialisme-communisme dont celle du droit du peuple algérien à son indépendance. Tous ceux qui ont connu mon frère Lucien et que j'ai rencontrés au cours de ma vie militante m'ont rappelé ses fortes convictions idéologiques et politiques acquises par ses lectures et l’étude des ouvrages marxistes-léninistes, par l'enrichissement continu de sa culture générale. Ces convictions le poussaient à l'action au côté de ceux qui souffraient de l'exploitation et de l'oppression pour les aider à s'organiser et à lutter pour changer leurs conditions de vie. C'est pourquoi, les brimades de l'administration coloniale l'ont poursuivi dans toutes les localités où elles le mutaient. Cette administration pensait que ses mutations et ses brimades briseraient son ardeur militante et freineraient son activité politique. Ne réussissant pas, elle obtint que ses représentants au Conseil départemental de Constantine le révoquent de sa fonction d'instituteur le 7 décembre 1934 après une demande de l'inspecteur d'académie. Mais cela ne l'a pas découragé. Et après avoir travaillé comme manœuvre du bâtiment à Oran où il s'était installé en 1934, il devint l'un des responsables de l'Union départementale des syndicats. A cette époque, les syndicats impulsés par les militants communistes d'Algérie s'efforçaient d'organiser les ouvriers agricoles dans les exploitations aux mains de la grosse colonisation terrienne. C'est à la suite d'un meeting au cours duquel mon frère a appelé les travailleurs à l'organisation et à la lutte pour leurs revendications qu'il fut accusé par les gros colons de la région de Aïn-Témouchent de «menées subversives nuisibles à la souveraineté française». 


Arrêté et jeté en prison à Oran, il observera une grève de la faim pendant un mois environ. La protestation populaire organisée par les syndicats et les organisations communistes et progressistes en Algérie et en France parviendra à obtenir sa libération. Lors du congrès constitutif du Parti communiste algérien, en octobre 1936, il fut élu au bureau politique. Les élections législatives de 1936 en France et en Algérie furent marquées par la victoire des candidats du Front populaire. Elles ont été suivies par l'avènement d'un gouvernement composé de socialistes et de radicaux-socialistes. Une demande de réintégration dans ses fonctions d'instituteur de Lucien fut présentée à ce gouvernement. Mais, cédant aux pressions de l'administration coloniale au service de la grosse colonisation terrienne, le gouvernement de Blum, qui n'était pas pour la destruction du système colonial, ne l'a pas réintégré dans ses fonctions en Algérie mais en France. Les partisans du système colonial ont pu se débarrasser d'un militant en l'éloignant de sa patrie. 


C'est à Lyon, en France, qu'il sera assassiné par la Gestapo française en raison de son activité clandestine contre le fascisme hitlérien, le 24 mars 1944, voilà soixante-dix ans. Son parcours révolutionnaire a été pour beaucoup dans mon engagement qui était en parfait accord avec ses justes convictions idéologiques et politiques. 

C’était quoi, le PCA à cette époque ? Etait-il encore dans l'esprit de la thèse de Thorez de 1936 de «l'Algérie nation en formation» ? Y avait-il un débat ?


Le Parti communiste algérien est né en octobre 1936 quand les autochtones du pays ont pu arracher le droit d'adhérer à un parti ou à un syndicat. Auparavant, ils étaient privés de ce droit par les lois coloniales. Ces lois scélérates furent abrogées avec l'arrivée au pouvoir en France du Front populaire. La forte influence des communistes français dans cette alliance et le vaste mouvement gréviste qui se déroula en Algérie auquel les travailleurs autochtones les plus exploités ont participé à la veille de l'avènement du gouvernement du Front populaire contribuèrent à l'abrogation de ces lois qui privaient les Algériens de droits élémentaires.

 


Déjà, avant la naissance du PCA, il existait des organisations communistes sur tout le territoire. Ces organisations constituaient une région algérienne rattachée au Parti communiste français. Selon les lois coloniales en vigueur, seuls les habitants possédant la nationalité française pouvaient adhérer à un parti. Ce qui explique le rattachement des premières organisations communistes au Parti communiste français. Elles sont nées en Algérie au lendemain de la création du PCF en 1920 à Tours en France et son ralliement à la troisième internationale sur la base de son adhésion aux 21 conditions exigées pour être membre de cette organisation. L'une de ces conditions était la reconnaissance du droit à la libre disposition et à l'indépendance des peuples colonisés par l'impérialisme, le devoir et l'obligation pour les partis communistes du monde d'organiser leurs classes ouvrières en vue de soutenir et conduire leurs luttes vers cet objectif. Dans les pays colonisés, les communistes considéraient que cet objectif était un préalable à celui qui consistait à mettre un terme au système capitaliste basé sur l'exploitation de l'homme par l'homme. Dans ce système, la production a un caractère social alors que l'appropriation de ses résultats est privée. Cette abolition du système capitaliste doit se réaliser par une révolution socialiste qui portera au pouvoir la classe ouvrière et ses alliés des autres couches sociales populaires. Arrivés au pouvoir, la classe ouvrière et ses alliés sont obligés d'exercer une dictature contre la bourgeoisie et ses tentatives de rétablir sa propre dictature par une contre-révolution. 


La construction de la société socialiste, où les moyens de production seront propriété sociale, sera la solution pour résoudre la contradiction entre le capital et le travail parce qu'elle créera les conditions de la solution progressive de tous les maux dont la société souffre sous le régime capitaliste : guerres, chômage, fermetures d'entreprises, licenciements, etc. Elle améliorera au maximum les conditions économiques, sociales et culturelles et environnementales de la vie du peuple. C'est ce qu'a fait l'Union soviétique pendant une grande partie de son existence avant son effondrement qui est le résultat d'orientations révisionnistes et réformistes adoptées au 20e Congrès du Parti communiste de l'Union soviétique.


Le Parti communiste algérien s'est efforcé tout au long de son existence de rester fidèle aux 21 conditions de la troisième internationale et aux principes des fondateurs de la théorie scientifique, Marx et Lénine particulièrement. C'est pourquoi, dès la constitution des premières organisations communistes en Algérie, même si les lois coloniales les en empêchaient, de nombreux Algériens autochtones ont rejoint ses rangs et y ont milité clandestinement. Avec le concours du Parti communiste français, elles ont contribué à la naissance de la première Etoile nord-africaine et, en conséquence, au mouvement de libération nationale moderne. 


Je ne peux pas retracer en quelques lignes toute l’histoire du PCA. Mais je souhaite avoir satisfait votre curiosité et celle des lecteurs en répondant à votre question : «C'est quoi le Parti communiste algérien.» 


J'en viens maintenant à la thèse présentée par Maurice Thorez, dirigeant du Parti communiste français, «sur la nation algérienne en formation», lors de son voyage en Algérie en 1939. A l'époque, un débat autour de cette question s'est instauré. Il s'est poursuivi au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, pendant et après notre guerre de libération et demeure actuel de nos jours. Maurice Thorez a exprimé sa thèse à la veille de la Seconde Guerre mondiale. A cette époque, des puissances fascistes capitalistes, Allemagne hitlérienne, Italie de Mussolini et Espagne franquiste ne cachaient pas, dans le cadre des contradictions entre brigands impérialistes pour un repartage du monde, leurs visées sur les trois pays d'Afrique du Nord occupés par la France. Gabriel Péri, responsable de la rubrique internationale du journal L'Humanité, avait publié, à ce moment-là, un article pertinent intitulé «L'ombre du fascisme plane sur l'Afrique du Nord». De son côté, la grosse colonisation terrienne en Algérie était hostile à toute réformette envisagée par les dirigeants capitalistes français désireux d'avoir à leurs côtés certaines couches petite-bourgeoises de notre pays pour s'opposer aux visées des Etats fascistes. La colonisation terrienne pour sa part était favorable aux régimes fascistes d’Europe pensant pouvoir, avec leur appui, fonder en Algérie un Etat séparatiste de la France semblable à celui de l'Afrique du Sud où tout le pouvoir serait dans ses mains pour écraser encore plus le peuple algérien.


C'est dans ce cadre politique international que Maurice Thorez déclare : «Il y a la nation algérienne qui se constitue historiquement… dans le mélange de vingt races.» 


A ce moment-là, en Algérie, les courants politiques qui s'intéressaient au devenir du peuple algérien étaient les suivants : Le courant favorable à l'assimilation constitué par la Fédération des élus musulmans dirigée essentiellement par des intellectuels issus de la petite ou moyenne bourgeoisie citadine qui avaient perdu confiance dans les possibilités du renouveau moderne du mouvement national après les défaites des révoltes passées contre l'occupation colonialiste, après 1832. 


Ce courant mené par Bendjelloul et Ferhat Abbas était opposé à la grosse colonisation terrienne mais niait l'existence de la nation algérienne. Cependant, Ferhat Abbas a déclaré aussi : «Rattachement à la France ne signifie pas assimilation.» Il y avait aussi des oscillations dans le courant reconnaissant pourtant la personnalité algérienne, à savoir le PCA et les oulémas, lors du Congrès musulman de 1936 quand ils ont accepté dans son programme l'inclusion de revendications immédiates de nature assimilationniste. 


L'étroitesse nationale se retrouvait dans la nation prônée par les oulémas où le facteur religieux était inclus. Quant au PPA, qui a joué un rôle dynamique dans l'éveil des masses, sa conception de la nation était empreinte d'étroitesse nationale en excluant la possibilité de l'inclusion dans la nation algérienne d'éléments appartenant à la minorité européenne anticolonialiste et qui opteraient en sa faveur.


Cette période était faite de tâtonnements. Aussi faut-il situer la thèse de Maurice Thorez sur la nation algérienne dans son contexte de l'époque. Dans son Essai sur la nation algérienne publié en 1958, le PCA rappelait la définition de la nation présentée par Staline : «La nation est une communauté stable, historiquement constituée de langue, de territoire, de vie économique, de formation psychique, se traduisant par une communauté de culture.» Dans son essai, le PCA reconnaît son interprétation dogmatique de la thèse de Maurice Thorez en laissant croire qu'elle serait formée quand le «mélange des 20 races» serait réalisé. Mais la nation algérienne, soulignait cet essai, contenait deux aspects : «Un principal, reconnaissant la formation de la nation, et un autre, secondaire, celui de la possibilité d'intégration d'éléments d'origine européenne… Or, le processus de prise de conscience de la nation algérienne, déjà développé chez les musulmans, ne pouvait pas avoir le même contenu pour l'immense majorité des Européens, et ce, malgré les efforts courageux du Parti communiste algérien qui a réussi à former des patriotes algériens d'origine européenne et israélite. La fusion ou le mélange des deux principaux éléments ethniques actuels est impossible dans le cadre colonial. Raisonner autrement, c'est faire preuve d'idéalisme, c'est penser que la mentalité des Européens pourra se modifier sans que soit brisé le régime économique de type colonial qui engendre (sans que cela soit schématique) cette mentalité.» Mais il faut ajouter que toute nation est composée de classes sociales, et pour ma part, en tant que marxiste, j'accorde aussi une importance à la lutte de classes qui est le moteur de l'histoire. 


Quand une nation s'est débarrassée du colonialisme oppresseur, peut-on raisonner sans regarder cette notion, sans ses rapports avec la lutte des classes ? Je ne le pense pas. C'est un autre débat qui mérite réflexion et de plus longs développements. 


Après la Seconde Guerre mondiale, vous vous opposez, dans le même combat aux «fascisme, capitalisme, colonialisme». Comment décryptez-vous ces systèmes d'oppression ? 

 

Le fascisme et le colonialisme sont des produits du système capitaliste.
Le colonialisme c'est le capitalisme qui va à la conquête d'espaces territoriaux pour acquérir des marchés, piller les richesses des pays qu'il domine, surexploiter leur main-d’œuvre en versant des salaires inférieurs à ceux nécessaires pour la reconstitution de la force de travail afin d'obtenir des surprofits. Le colonialisme recourt à la violence bestiale pour imposer sa domination dans les pays qu'il occupe en multipliant, au cours de ses guerres de rapines, des massacres aussi odieux si ce n'est pire que ceux commis par le fascisme. De son côté, celui-ci est la poursuite de la domination du système capitaliste rongé par une crise profonde dont l'origine repose sur la contradiction entre le capital et le travail. Le fascisme, expression bestiale du capitalisme, utilise des moyens aussi barbares que ceux utilisés par l'impérialisme dans la conquête des colonies. Il recourt à la haine raciale entre travailleurs immigrés et locaux pour dévoyer leurs luttes et les détourner de la révolution socialiste quand les conditions objectives existent. Il freine la prise de conscience de classe et retarde la réalisation du facteur subjectif nécessaire à la réalisation de la révolution socialiste. C'est, rapidement, notre décryptage de la nature du capitalisme, des manifestations de son comportement pour réaliser plus de profits en écrasant les peuples. Comme le disait si bien Marx, notre monde contemporain depuis l'avènement du capitalisme et sa transformation en impérialisme est face à ces deux choix : «Socialisme ou barbarie.» 

Quel était le climat politique vu par les communistes dans l'Algérie qui venait de subir les massacres de Mai 1945 et était dans la préparation du soulèvement de 1954 ? Comment les communistes ont vécu cette période d'incubation révolutionnaire ? 


Tout d'abord, il convient de souligner la féroce répression colonialiste qui s'est abattue sur les manifestants de Sétif et de Guelma. Ils célébraient pourtant pacifiquement la victoire sur le fascisme et réclamaient en même temps la reconnaissance du droit de l'Algérie à disposer librement d'elle-même et à gérer ses propres affaires. Ce qui correspondait aux buts de la Seconde Guerre mondiale. La férocité coloniale du 8 Mai 1945 a entraîné ensuite les soulèvements des populations dans certaines régions du pays, particulièrement à Kherrata, Chevreuil. Ils ont été étouffés à leur tour par l'armée coloniale française avec l'utilisation de grands moyens militaires (une véritable guerre), aviation et escadre marine. Les dizaines de milliers de victimes, les arrestations et les condamnations à de longues peines de prison prononcées par les tribunaux colonialistes ont soulevé la colère et l'indignation de tous les Algériens. Mais cette dure épreuve a amené les partis du mouvement de libération nationale à réfléchir sur les orientations et les moyens de les mettre en application pour conduire à l'indépendance nationale. Le Parti communiste algérien prit conscience de la force du mouvement de libération qu'il avait sous-estimé durant la période qui va de 1943 à mai 1945 en ne liant pas son combat contre le fascisme à celui pour l'indépendance du pays. L'autocritique de son comité central, en juillet 1946, porte également sur les comportements erronés et sectaires de certains de ses dirigeants vis-à-vis des responsables nationalistes. C'est pourquoi, il s'engagea dans une grande campagne pour l'amnistie de toutes les victimes de la répression, dans les premiers mois qui suivirent la tragédie du 8 Mai. Le large mouvement des comités d'amnistie qui s'organisa à travers tout le pays permit non seulement la libération des Algériens emprisonnés, mais créa aussi les passerelles nécessaires pour réaliser l'union des forces patriotiques. 


Cette libération des emprisonnés redonna des forces aux partis nationalistes que la répression avait affaiblis. Ces mêmes partis, tirant les leçons de cette épreuve, ont également engagé des efforts pour la mobilisation et l'organisation du peuple sur la base d'une élévation de la conscience politique populaire afin de vaincre le colonialisme en lui portant des coups sérieux et décisifs. 


Une grande effervescence a régné dans l'activité de tous les partis politiques du mouvement de libération pendant la période allant de 1945 à 1954. Les débats politiques et idéologiques publiques entre les courants communistes et nationalistes, et à l'intérieur même de ces deux courants, étaient certes passionnés et parfois dures, mais l'esprit unitaire prévalait grâce à l'élévation du niveau politique des masses populaires obtenue au cours de ces échanges d'opinion sur les voies menant à l'indépendance, sur ce qui devait la suivre une fois qu'elle serait arrachée, sur quoi devait reposer nos politiques d'alliances, etc.


Tous ces débats politiques ont fait mûrir la conscience politique de notre peuple. Grâce à sa mobilisation, des victoires électorales ont été remportées par les partis nationalistes et, dans une moindre mesure, par le PCA, même quand l'administration coloniale fut contrainte de recourir à des fraudes scandaleuses.


Loin d'être gagné par le pessimisme et la démobilisation, après ses fraudes, le peuple algérien a constaté qu'il était possible de battre le colonialisme. Les luttes revendicatives des ouvriers dans les entreprises, des ouvriers agricoles dans les domaines de la grosse colonisation, des paysans, des petits artisans et commerçants, les luttes pour le respect des libertés élémentaires et syndicales, contre la guerre menée au Vietnam par l'impérialisme français, la solidarité manifestée avec les peuples frères de Tunisie et du Maroc et de Palestine, des jeunes et des femmes ont pris une ampleur durant cette période. 


Tout cela a contribué à la préparation du déclenchement de l'insurrection du 1er Novembre 1954.

 

Le Soir d’Algérie : Après l'interdiction de l'émission en arabe en faveur de l'indépendance de l'Algérie que vous animiez à Budapest, vous rentrez en Algérie. En 1956, vous revoilà dans votre ville natale, Constantine, à coordonner l'action de soutien des communistes à l'ALN. Quels étaient les rapports, à Constantine, entre les communautés, d'une part, et entre communistes et nationalistes, d'autre part ?


William Sportisse : J'apporte une précision, on ne peut parler d'interdiction de l'émission des trois partis communistes d'Afrique du Nord, en langue arabe, par les autorités hongroises qui avaient accepté de mettre à notre disposition pendant environ deux années leurs moyens techniques. J'ai donné des explications dans le Camp des oliviers sur les motivations de la décision du gouvernement de la République populaire de Hongrie de nous demander sa cessation. Ce pays, en raison de ses orientations socialistes, subissait le blocus de tous les pays capitalistes européens et américains en vue de le détacher de la communauté socialiste qui s'est formée avec d'autres Etats de l'Est européen et l'Union soviétique. Il avait un besoin économique de sortir de ce blocus, au même moment où des efforts étaient entrepris par l'Union soviétique et d'autres forces pour éviter la guerre mondiale en prônant la coexistence pacifique entre les Etats à systèmes sociaux différents. Ce sont les pressions de la France coloniale sur la Hongrie qui furent à l'origine de sa décision discutable nous demandant de cesser notre émission. Dans l'ouvrage le Camp des oliviers sont relatées dans le détail toutes les actions de soutien apportées par nos organisations communistes de Constantine à l'ALN et au FLN. Ces actions de soutien se résument dans notre contribution pour ravitailler des groupes armés de l'ALN en armes, en médicaments, en vêtements, en leur apportant notre aide financière et politique, en leur transmettant régulièrement notre propagande écrite (journaux, tracts, revues). Il nous est arrivé également, grâce à nos liens avec des militants du FLN, de reproduire avec notre matériel leurs documents de propagande. Mais notre parti qui s'est maintenu en tant qu'organisation, tout en reconnaissant comme dirigeants de la lutte libératrice le FLN et l'ALN, conformément aux accords FLN-PCA, a utilisé à Constantine tous les moyens en sa possession pour rédiger et diffuser régulièrement durant toute la guerre ses publications (journaux et tracts). 


Un nombre non négligeable de journaux, de tracts et de revues qui apportaient des informations sur le déroulement de la lutte armée et des explications sur l'évolution de la situation politique circulaient parmi la population. 


Quant aux rapports entre les communautés, tous ceux qui ont vécu cette période savent que les colonialistes avaient réussi à les diviser. Le racisme, cette arme de division, et toute l'idéologie du colonialisme qui dominait parmi la majorité de la population européenne et même juive la peur de ne plus pouvoir vivre dans le pays si l'indépendance était arrachée par les Algériens, les difficultés des organisations du mouvement de libération d'entrer en contact avec la minorité européenne en raison de la répression coloniale et les difficultés de la lutte clandestine ont été des obstacles empêchant le rapprochement des communautés. 


Peut-on parler d'une position dominante commune à la communauté juive, travaillée à la fois par le sionisme et par la tentation Algérie française, par rapport à l'Algérie française, par rapport à l'indépendance de l'Algérie ? Faut-il nuancer et dans quel sens ? 


La population juive dont les traditions culturelles se nourrissaient de la culture arabo-berbère et la proximité de ses lieux d'habitation proches de celles des musulmans a continué à maintenir avec eux plus ou moins des relations. Cependant, la population juive de Constantine craignait, comme les Européens, les lendemains de l'indépendance. Même dans la minorité juive ou européenne qui n'était pas hostile aux aspirations à l'indépendance, il y avait un sentiment de méfiance sur la capacité de notre peuple à dépasser tout sentiment de haine après tous les crimes qu'il avait subis de la part du colonialisme. Par ailleurs, la minorité juive avait souffert des discriminations raciales manifestées à son égard par des Européens gagnés aux idées fascistes avant la Seconde Guerre mondiale. Elle avait souffert de discriminations à la suite des mesures prises sous le régime de Pétain qui avaient abrogé le décret Crémieux. Aussi, quand en mai 1958, les menaces des forces réactionnaires et fascistes soutenues et dirigées par les dirigeants factieux de l'armée française ont organisé des comités de salut public pour s'opposer aux institutions de la République française, la crainte du fascisme a conduit cette minorité juive à la réflexion. Selon un rapport de la police française cité dans le Camp des oliviers, elle a «répugné» à prendre position pour ces «comités de salut public» et «donné l'impression d'un certain neutralisme».
Quant aux sionistes, ils voyaient d'un mauvais œil l'avènement d'une Algérie indépendante qui apporterait toute son aide au peuple palestinien. Leur objectif était avant tout, en se mettant au service des partisans de l’«Algérie française», de creuser davantage le fossé entre juifs et musulmans, de sorte que si l'Algérie gagnait son indépendance, les conditions seraient créées pour entraîner la minorité juive à immigrer en Israël pour implanter dans les territoires palestiniens de nouvelles colonies de peuplement et étendre ainsi le territoire israélien. Les sionistes ont, partout où ils agissent, un seul objectif : contribuer au renforcement de leur ordre colonial en Palestine pour empêcher la naissance de tout Etat palestinien dans les frontières reconnues par les Nations unies et encore moins dans un seul Etat palestinien où Juifs et Arabes vivraient en paix. Des sionistes appartenant au service d'espionnage israélien ont même été envoyés à Constantine pour accomplir la sale besogne destinée à organiser, dans la population juive, la réplique des organisations paramilitaires fascistes européennes qui se sont impliquées dans les assassinats de civils algériens. Je signale cela dans le Camp des oliviers. 


Etiez-vous à Constantine lors de l'assassinat de Raymond Leyris ? Pourquoi, par cet acte, la presque totalité de la communauté juive de Constantine, implantée dans cette ville depuis des siècles et peut-être des millénaires, a-t-elle quitté la ville en quelques heures ? 


Ma précédente réponse apporte des éclairages sur ce départ rapide de Constantine des Juifs après la mort de Raymond Leyris. Oui, je me trouvais encore à Constantine à ce moment-là. J'ai déploré cet assassinat, ayant connu ce cheikh de la musique andalouse et du malouf constantinois, qui fut un lecteur assidu d'Alger républicain. Il participait régulièrement avant 1954 à toutes les fêtes organisées à Constantine par notre parti pour le financement de nos organes centraux Liberté et El-Djazaïr Al-Djadida. 


Cheikh Raymond était connu parmi les musulmans de Constantine qui appréciaient et apprécient encore son talent. Sa mort n'a fait qu'augmenter les préjugés et la méfiance dans les milieux juifs. Cette méfiance a été encore attisée par la propagande des médias colonialistes qui ont aussitôt attribué cet acte au mouvement de Libération nationale alors qu'il pouvait être celui d'un individu isolé échappant à tout contrôle, révolté contre la bestialité du régime colonial à l'égard des Algériens. Ce qui n'est pas une certitude, car on ne peut pas exclure, non plus, une manipulation provenant du colonialisme qui est maître en la matière. La perte de Raymond Leyris a jeté le désarroi parmi la population juive de Constantine. Le responsable de ce désarroi, c'est le système colonial qui a toujours favorisé la division entre les communautés pour mieux régner sur le pays. 


A l'indépendance de l'Algérie, vous avez naturellement décidé de rester. Vous rejoignez l'équipe d'Alger républicain et vous militez au PCA. Pourtant, une loi vous oblige, vous, le vieil Algérien qui a tout sacrifié pour l'indépendance de son pays, à demander la nationalité algérienne. Pourquoi n'avez-vous pas davantage protesté contre cette loi incompréhensible ? 


Il convient tout d'abord de préciser que mon combat, comme celui d'autres camarades de toutes origines, pour l'indépendance correspondait à notre idéal. Les plus gros sacrifices supportés pour l'obtenir l'ont été par les couches laborieuses du pays et tous ceux qui ont perdu leur vie au cours de ce combat. Nous ne pouvons et nous ne devons jamais oublier cela. Ensuite, des tâches d'édification importantes nous attendaient. Elles nécessitaient la préservation et le renforcement de l'union des forces patriotiques. Cette divergence, à propos des conditions arrêtées pour être de nationalité algérienne, il fallait la résoudre sans aboutir à une cassure, voulue peut-être par certains, mus par une étroitesse nationaliste et désireux de diviser les forces progressistes du mouvement national. Aujourd'hui, il est vrai, notre protestation, qui s'est exprimée dans le calme auprès des dirigeants du FLN sous diverses formes, peut paraître timide et insuffisante. C'est possible. 


Mais à mes yeux, ce qui était plus important, c'était de ne pas avoir suffisamment combattu l'instauration du parti unique et l'interdiction de l'activité du Parti communiste algérien. Mais malgré cette interdiction, le PCA a eu raison de travailler de toutes ses forces à l'application du contenu économique et social progressiste du programme de Tripoli (juin 1962) puis de celui de la charte d'Alger (avril 1964). Il pensait que les aspirations démocratiques des masses populaires pouvaient trouver le meilleur cadre de leur expression dans l'édification d'un front uni. 


Le PCA se battait en même temps pour le renforcement d'un parti socialiste d'avant-garde. Malheureusement, en surestimant le poids réel des partisans du socialisme dans le FLN, après l'adoption de la Charte d'Alger, il avait tenté de se diluer dans un ensemble plus large, exprimant de cette manière erronée le rejet d'un sectarisme qui aurait été inattentif aux possibilités de rapprochement avec l'aile révolutionnaire du FLN. D'autres explications, en réponse à votre question à propos de cette opposition sur les conditions exigées par la Constitution pour jouir de la nationalité algérienne, sont exprimées dans le Camp des oliviers.


En 1965, vous êtes arrêté et torturé par la sécurité militaire pour appartenance à l'Organisation de la résistance populaire (ORP). Aujourd'hui encore, on sait très peu de choses sur cette organisation créée pour s'opposer au coup d'Etat de Boumediène de juin. Comment vous êtes-vous retrouvé dans l'ORP et quelles sont les circonstances de votre arrestation ? 


Tout d'abord, il faut préciser que ce coup d'Etat n'est pas l'œuvre d'un homme. Ses auteurs appartiennent aux courants hétérogènes de la petite bourgeoisie organisés dans le FLN qu'ils soient civils ou militaires. C'est en sa qualité de membre du bureau politique du FLN que Boumediène a dirigé cette coalition qui a destitué le président de la République, Ben Bella, alors secrétaire général du FLN, parce qu'elle «désapprouvait ses méthodes de direction», selon ses propres termes. Entre ces différents courants hétérogènes de cette petite bourgeoisie arrivés au pouvoir, après le coup d'Etat, des divergences subsistaient sur les options à adopter dans les orientations politiques, économiques, sociales et culturelles, même s'ils se référaient encore, pour ne pas se couper du peuple, à l'option socialiste.


Chacun de ces courants espérait avoir le dessus sur l'autre. Et d'autres tentatives de coups d'Etat se sont produites plus tard et ont échoué. Les communistes se sont dressés contre le coup d'Etat du 19 juin 1965, non pas pour soutenir tel ou tel courant de cette petite bourgeoisie qui s'était placée derrière Boumediène ou du côté de Ben Bella, mais parce qu'ils étaient attachés à des méthodes démocratiques de gouvernement qui s'appuiaient sur la volonté populaire.
Ils considéraient qu'un coup d'Etat pouvait en appeler un autre comme ce fut le cas en Amérique latine, qu'il ouvrait la porte à l'instabilité politique et à l'étouffement des libertés démocratiques et syndicales élémentaires, et qu'il favorisait les tentatives des puissances impérialistes de s'ingérer dans nos affaires afin de reprendre pied chez nous. 


L'ORP (Organisation de la résistance populaire) était une alliance au sommet entre des dirigeants communistes et progressistes, membres du FLN, pour s'opposer au coup d'Etat et réclamer le respect de la Constitution adoptée par le peuple au lendemain de l'indépendance, la libération de Ben Bella, et la poursuite de l'option socialiste contenue dans la Charte d'Alger adoptée par le congrès du FLN. 


Cette organisation, qui s'était constituée quelques jours après le coup d'Etat, n'avait pas encore réussi à obtenir des assises populaires, au moment de l'arrestation d'une partie de sa direction et de plus d'une centaine de militants communistes et nationalistes qui l'avaient rejointe. 


Ces arrestations portèrent un coup dur à cette organisation. Les dirigeants et militants qui l'avaient rejointe et n'avaient pas été arrêtés poursuivirent le combat en s'organisant en 1966 dans le Parti de l'avant-garde socialiste.


Vous êtes traîné pendant des années de prison en résidence surveillée. La dernière ville qui vous accueille est Tiaret. Vous allez réimplanter le PAGS, dans une ville où il n'y avait plus de communistes. Comment avez-vous réussi à mobiliser essentiellement les jeunes ? 


Tout d'abord, une précision : tout ce qui a été réalisé à Tiaret, pendant mon séjour dans cette ville, est l'œuvre d'un collectif de jeunes et de l'appui de nombreuses personnes qui sympathisaient avec nos idées. Ma contribution a été modeste, et il est erroné de m'attribuer les résultats de cette activité. On la doit beaucoup plus à d'autres personnes, notamment mon camarade Ichou Benamar, assigné également à résidence dans cette ville, et ensuite à Abdelkader Bouteldja qui, après avoir été au FLN et à la JFLN, a rejoint les rangs du PAGS. Il est vrai que mon expérience politique et organisationnelle communiquée à ces camarades les orientait dans leur activité. En outre, les conditions d'une mobilisation des jeunes existaient, car il y avait chez eux à la fois une soif de s'instruire, de se cultiver, de s'organiser et d'agir pour régler les problèmes auxquels ils étaient confrontés. Le noyau de jeunes avec lesquels Benamar Ichou avait tissé des liens d'amitié nous a permis d'organiser cette jeunesse et l'aider à satisfaire ses aspirations à travers le ciné-pop puis d'une université populaire où des cours étaient dispensés par des professeurs progressistes français qui enseignaient au titre de la coopération. Moi-même je dispensais des cours de comptabilité. Un noyau de jeunes a ainsi adhéré au PAGS. Parmi ce noyau, un camarade a pris en charge l'activité en direction des ouvriers et du mouvement syndical. Toute cette activité a permis de renforcer les rangs du PAGS à Tiaret. Elle a débouché aussi sur la jonction avec le mouvement paysan dans la région qui était engagé pour l'application des dispositions prises dans le cadre de la loi sur la «Révolution agraire». J'ajouterai que l'aile progressiste de la petite bourgeoisie au pouvoir dirigée et impulsée par le président Boumediène avait réussi à prendre le dessus sur l'aile conservatrice favorable au libéralisme économique et à l'étouffement des libertés démocratiques pour les travailleurs. 


La nationalisation des hydrocarbures et des autres richesses minières et l'utilisation des revenus de leur exploitation par des sociétés publiques ont contribué à l'industrialisation du pays. Cette industrialisation a pu se réaliser par sa prise en charge des sociétés publiques et des capitaux appartenant au jeune Etat algérien. Toutes ces mesures économiques puis sociales au service du peuple ont été accompagnées d'une vie démocratique associant de plus en plus le peuple à la gestion du pays. Le soutien accordé par les communistes à ces mesures a créé les conditions de leur libération des prisons où le pouvoir issu du coup d'Etat les avait jetés. 

A votre retour à Alger, vous êtes cadre dans une société nationale. Par contre, en ces années 1970, le PAGS ne vous confie pas de responsabilité en dépit de votre longue expérience dans le combat communiste. Pourquoi ? 


Je n'ai jamais questionné mes camarades du PAGS à ce propos pour la simple raison que je considérais que la présence d'un militant dans une direction relevait du choix de ses camarades. A mon retour à Alger, sans doute, la direction du parti a-t-elle pu juger, qu'en raison de mon arrestation, il était préférable pour la sécurité de l'activité clandestine du PAGS de ne pas me confier une responsabilité même si mon expérience pouvait lui être utile. 


Et sans doute, à cette époque, la direction du PAGS pouvait hésiter à confier des responsabilités à des camarades qui, comme moi, avaient subi la répression et qui étaient plus ou moins fatigués, afin de les laisser souffler un peu, ou encore parce qu'elle n'avait pas suffisamment d'informations sur mon comportement face à la répression. 


Ce n'est pas parce que j'ai eu des responsabilités dans le Parti communiste algérien que je dois les conserver toujours. Mon expérience peut être également transmise même si je milite comme on dit à la base. Cela ne peut faire que du bien de militer seulement à la base. 


Et d'ailleurs, entre la base et la direction, il y a toujours des relations étroites dans un parti où le centralisme démocratique révolutionnaire est respecté. Mais je n'exclus pas non plus que les pressions exercées de l'extérieur du parti ont pu conduire à des positions d'étroitesse nationaliste pour éviter dans les directions la présence de militants de mon origine. Je ne suis pas certain de cela. 


Mais la réponse à cette question et à d'autres plus importantes fait partie du besoin impératif de l'étude collective de l'histoire de notre Parti communiste algérien et du PAGS. Cela dit, je vous rassure, dans le PCA comme dans le PAGS, les relations entre camarades de toutes origines ethniques étaient empreintes d'une fraternité qui a fait notre force. Cette fraternité reposait sur nos convictions idéologiques et politiques. 


Comment analysez-vous, près de 25 ans après, la sortie de la clandestinité du PAGS et son implosion ?


Avant de répondre à cette question, je tiens à souligner le grand mérite de ce parti, de sa direction et de ses militants, de ses sympathisants qui, pendant près de 24 années de clandestinité, ont réussi, dans des conditions difficiles, à poursuivre le combat au service des couches laborieuses de notre pays. Comme je l'ai déjà souligné, l'histoire du PCA et du PAGS reste à faire. Elle mérite d'être connue, non seulement pour dissiper les mensonges de ceux qui dénigrent ces deux partis, mais aussi pour instruire et inspirer les jeunes générations dans leur combat actuel. Il appartient aux militants de ces deux partis restés encore attachés à notre idéal et à ceux du Parti algérien pour la démocratie et le socialisme de réaliser cette tâche si vitale. Cela dit, à la sortie de la clandestinité, les hésitations de la direction du PAGS pour mener son activité au grand jour, en raison de la situation résultant de la répression, qui s'était abattue sur les jeunes et les militants du PAGS lors de la révolte de 1988, et aussi de la montée de l'intégrisme religieux, ont été un frein pour son développement et sa liaison nécessaire avec les masses laborieuses. Le soutien, dans les années 1980, qu'elle avait accordé au président Chadli alors que celui-ci remettait en cause progressivement tous les acquis progressistes obtenus auparavant préfigurait déjà des reculs ultérieurs de cette direction. Elle n'a donné aucun mot d'ordre clair pour combattre les projets de restitution des terres nationalisées, la mise en place d'un ensemble de textes qui préparaient la privatisation des entreprises publiques et la libéralisation du commerce extérieur. Elle n'a pas procédé à une analyse sérieuse de l'accentuation de la nature de classe du régime, notamment de son option pour la défense du capitalisme après les événements d'Octobre 1988. 


Cette direction s'est alors désintéressée des initiatives prises à la base par ses militants pour aller aux masses, avec son absence dans le choix des candidats du parti et de leur programme pour les élections municipales ou encore dans la préparation de la manifestation paysanne qui s'est déroulée à Alger pour s'opposer aux objectifs de la loi d'orientation foncière de novembre 1990 visant clairement à la restitution des terres nationalisées. 


Dans ces conditions, les dirigeants du courant islamiste moyenâgeux du FIS ont réussi à asseoir davantage leur emprise sur les masses populaires mécontentes qui voulaient se débarrasser du système en place qui s'était éloigné de leurs aspirations. 


Ajoutons que cette direction était divisée sur le texte d'orientation présenté au congrès qui s'est tenu dans les conditions de la légalité. Le texte adopté par le congrès était loin de régler les problèmes d'orientation politique du parti. Il était empreint de l'idéologie social-démocrate qui avait gagné les esprits de la majorité de la direction, surtout au lendemain de la disparition de l'Union soviétique et des autres pays socialistes de l'Europe de l'Est. 


Dans ces conditions, l'implosion du PAGS n'a pas tardé. La majorité de sa direction refusant de définir une stratégie d'un parti communiste fidèle aux principes marxistes-léninistes pour épouser celle de la «modernité», «ce masque élégant de la défense «moderne du capitalisme», comme l'indique si bien le Parti algérien pour la démocratie et le socialisme (PADS) dans son carnet n°8 (1996) consacré au 60e anniversaire du PCA et au 30e du PAGS. 


Vous avez contribué à la naissance du PADS ? C'est quoi, dans l'Algérie et le monde actuels, être communiste ? 


Je n'ai pas contribué à la naissance du PADS. Au moment de sa création, j'étais absorbé par la responsabilité que j'avais à Alger républicain et j'hésitais. C'était une erreur de ma part de m'engager dans cette initiative lancée par des camarades du PAGS dont certains n'étaient pas suffisamment connus de mon côté. J'ai adhéré au PADS en 1994. Etre communiste de nos jours, c'est demeurer fidèle à notre idéologie marxiste-léniniste toujours vivante et actuelle même si l'Union soviétique a disparu. Etre communiste dans le monde actuel, c'est résister aux mensonges des médias capitalistes sur l'expérience de l'URSS et des autres pays socialistes, c'est la faire connaître dans sa réalité avec tout ce qu'elle a apporté pour le progrès de toute l'humanité, pour la paix du monde, pour la liberté des peuples dominés par le colonialisme, et dans ses faiblesses favorisées par les courants opportunistes pour la détruire. C'est continuer à éveiller la conscience des couches laborieuses qui souffrent des méfaits du capitalisme. C'est déclarer et expliquer que ce système a fait son temps et qu'il faut le détruire pour construire une autre Algérie, un autre monde où la fraternité et la paix régneront entre les hommes quand seront supprimées l'exploitation de l'homme par l'homme et la domination d’un peuple sur un autre. Etre communiste aujourd'hui en Algérie et dans le monde, c'est adopter une stratégie pour la destruction du capitalisme et la construction du socialisme. Certes, cette stratégie ne négligera pas du tout, au contraire, l'organisation des luttes quotidiennes pour des revendications immédiates (droit au travail, à des conditions humaines de travail, au logement, à la santé, à la paix, etc.). 


Ce combat doit passer par l'organisation des masses populaires et leur intervention dans le choix des solutions qui doivent être constamment rattachées à cet objectif stratégique du socialisme. Ce combat doit aussi passer par la construction d'un Parti communiste enraciné dans la classe ouvrière et d'une large alliance populaire des ouvriers avec les autres couches laborieuses du pays qui sont les outils de la réalisation de cet objectif stratégique. C'est cela le plus important de nos jours pour être communiste. 


Certains peuvent nous traiter d'utopistes, mais ce qui peut paraître une utopie aujourd'hui deviendra une réalité dans l'avenir. Dans la société esclavagiste, les révoltes ont été souvent étouffées par la force, mais, en définitive, ce système a été détruit. On peut citer d'autres exemples comme celui de la défaite de la Commune de Paris qui était anticapitaliste mais qui a été ensuite vengée par la Révolution socialiste d'octobre. On peut aussi penser à l'expérience de l'Algérie : aux révoltes défaites après l'occupation coloniale de 1832, mais toutes les luttes menées ensuite ont abouti en 1962 à l’indépendance. Etre communiste, c'est apprendre à refuser le défaitisme, les solutions illusoires qui nous détournent de l'objectif stratégique. 

 

 

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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 06:13

610px-Flag and map of Algeria.svgDissensions au sein du régime : ce sont les masses populaires qui peuvent sauver le pays de la catastrophe et des plans impérialistes

 

Communiqué du Parti algérien pour la démocratie et le socialisme (PADS) repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Des querelles se sont exprimées avec rage au sein des hautes sphères de décision du pays depuis que le premier responsable du FLN, notoirement classé dans la catégorie des gangsters d'Etat par son implication dans le détournement de 32 milliards de dinars, s'est publiquement attaqué aux chefs des services de sécurité. Les critiques portées au rôle de ces derniers dans le verrouillage de la vie politique n'apprennent rien au peuple et à ses forces démocratiques et progressistes. Leur rôle dans les pratiques anti-démocratiques du régime tout entier, et non d'un seul de ses segments, est de notoriété publique. Les travailleurs savent par exemple que les responsables du syndicat du pouvoir, l'UGTA, depuis l'Union communale jusqu'à son sommet, ne peuvent être désignés à ces fonctions sans l'aval des services de sécurité pour quadriller, surveiller, brimer, étouffer le mouvement ouvrier, l'empêcher de se constituer en mouvement de classe indépendant qui lutte pour l'abolition du capitalisme, l'instauration d'un pouvoir socialiste révolutionnaire authentique. Ce diktat a été imposé officiellement au début des années 1980 lorsque l'aile réactionnaire du régime a pris le contrôle du pouvoir et institué le fameux article 120 qui interdisait aux non-membres du FLN d'être élus dans une organisation de masse. Cet article avait donné le signal à une vaste chasse aux sorcières dans le syndicat UGTA, l'Union nationale de la Jeunesse, et l'Union des Femmes, pour évincer par la force les éléments démocratiquement élus et étiquetés comme "pagsistes", pendant que le régime et ses appareils sécuritaires encourageaient les intégristes à occuper les mosquées et les campus universitaires.

 

Après l'explosion d'octobre 1988 et l'abolition du régime du parti unique, le procédé est devenu plus subtile. Il s'est maintenu par d'autres voies, notamment par la création et l'infiltration d'une multitude de partis ou d'organisations syndicales pseudo autonomes. Le régime s'est efforcé d'utiliser ces organisations pour canaliser l'expression du mécontentement vers des voies corporatistes et des solutions inoffensives, qui ne remettent pas en cause l'orientation ouvertement prise vers le capitalisme sous l'emblème trompeur des "réformes". Malgré les secousses violentes que le pays a connues ces 25 dernières années, le régime a réussi à consolider ses positions vis-à-vis des masses populaires. Ce régime exprime les intérêts communs de toutes les fractions de la bourgeoisie, nouvelle ou ancienne, issue des appareils d'Etat ou d' "en bas" grâce à la spéculation sur les prix et l'exploitation des travailleurs, moderniste ou religieuse, industrielle ou commerciale, groupes pro-français ou pro-américains, etc. Les appareils d'Etat, civils ou militaires, portent tous désormais l'empreinte profonde de ces nouvelles réalités de classe.

 

Cela n'empêche pas l'explosion sur la place publique de dissensions, soit à travers la révélation de grosses affaires de corruption qui ont touché l'entourage du Chef de l'Etat, soit à travers cette attaque du secrétaire-général du FLN et les répliques que lui ont données des personnalités civiles ou militaires ainsi que de nombreux éditorialistes par le biais des médias privés. Personne ne prendra au sérieux l'appel de ce dernier à mettre fin à l'emprise du DRS pour favoriser l'émergence d'un "Etat civil". Cet appel démagogique couvre simplement la tentative d'une fraction du régime d'instaurer sa dictature aux dépens des autres, d'en finir avec les solutions "consensuelles" qui ont profité jusqu'à ces dernières années à l'ensemble des couches privilégiées exploiteuses et affairistes et de leur représentants dans les diverses instances de l'Etat.

 

Les travailleurs, les jeunes issus des couches sociales du peuple n'ont pas à choisir entre l'une ou l'autre des multiples fractions qui se disputent l'hégémonie dans l'exercice du pouvoir, en particulier le contrôle du robinet des recettes pétrolières, et qui peuvent momentanément "calmer le jeu" entre elles.

 

Ce que notre parti avait écrit en septembre 2013 dans son organe "Le Lien" reste d'actualité:

 

"Des luttes à couteaux tirés opposent différents groupes du pouvoir à la veille de la prochaine élection présidentielle. La maladie et l'impotence du chef de l'Etat ont intensifié les intrigues sans principes.

( …)

Les luttes au sein des appareils d'Etat ne changent pas la nature sociale fondamentale du régime.

 

Mais le fait nouveau est que les arbitrages traditionnellement effectués dans la tranquillité au sein des cercles fermés du régime à la veille d'échéances politique importantes semblent de moins en moins possibles. Car les différents clans bourgeois-mafieux en lutte les uns contre les autres disposent tous de réseaux d'influence à l'intérieur du pays, journaux, partis, police, armée, justice, administration. Ces réseaux se sont solidement tissés autour d'affaires lucratives montées à la faveur de la libération de l'économie et du passage déclaré au capitalisme. Ils ont aussi des appuis importants à l'extérieur, en raison des liens qu'ils ont établis avec les Etats impérialistes et les monarchies du Golfe ces dernières décennies. Ils se neutralisent réciproquement. Les uns ne peuvent vaincre les autres en comptant uniquement sur leurs leviers d'action étatiques militaires et sécuritaires. Aussi les conflits internes ont-ils tendance à déborder des champs opaques et fermés, jusque-là maîtrisés de façon "consensuelle" par les fameux cercles de "décideurs".

 

Ces conflits sont dans leur nature secondaires par rapport à la contradiction de classe qui oppose objectivement la grande masse du peuple, ouvriers, travailleurs salariés des services et de la fonction publique, fellah, cadres honnêtes, intellectuels dévoués aux intérêts des masses laborieuses, couches sociales intermédiaires vivant du fruit de leur travail, à une minorité bourgeoise et à l'impérialisme."

 

L'exacerbation des luttes et querelles internes tend à mettre gravement en danger la sécurité du pays. Elle se produit au moment où diverses stratégies sont mises en action selon divers scénarios par les Etats impérialistes pour s'emparer des richesses du pays. Des appels du pied sont lancés par les diverses fractions du régime à tel ou tel de leurs appuis extérieurs en France, aux USA et dans les pays du Golfe pour faire pencher la balance de leur côté. Les Etats impérialistes attisent de leur côté les dissensions, jouent sur le mécontentement interne, pour arracher à l'une ou l'autre de ces fractions le maximum de concessions qui devraient un jour ou l'autre se traduire par leur domination totale sur le pays ou tout simplement par la prise en main directe du sahara pétrolier.

 

Des rumeurs, fondées ou non, font état de "restructurations" au sein de l'armée qui conduisent objectivement à affaiblir dangereusement ses capacités de coordination face à l'encerclement de l'Algérie effectué après l'intervention impérialiste en Libye et au Mali sans compter le contrôle exercé depuis longtemps par l'impérialisme français sur le NIger.

 

Face à ces dangers, c'est aux travailleurs, aux forces populaires anti-impérialistes qu'il revient de jouer un rôle de premier plan pour déjouer les plans d'ingérence et de leurs collaborateurs internes

 

Les diverses couches de la bourgeoisie, les partisans du capitalisme ont conduit le pays vers l'abîme. Des régions entières du pays, notamment celles du sud, ne connaissent que chômage et désolation. Les capitalistes ne vont que dans les grandes villes, là où le taux de profit est le plus élevé. Cette situation est le fruit pourri de l'abandon d'une politique non-capitaliste de développement, de casse des entreprises publiques qui commençaient à assurer l'équilibre régional. Les dangers qui pèsent sur l'unité territoriale du pays sont la conséquence des choix anti-nationaux. Les premières mesures ont été prises dans cette voie dès les années 1980 et ont été aggravées par les "réformes" des années 1990. Les diverses couches de la bourgeoisie ne défendent pas et ne peuvent défendre les intérêts généraux du pays, étant donné leurs intérêts de classe. Elle cherchent l'arrangement qui protège le mieux leurs intérêts de classe mesquins avec les puissances impérialistes.

 

Leurs représentants politiques dans l'Etat empêchent les masses populaires de s'organiser et de se mobiliser. Ils ont verrouillé la vie politique derrière une démocratie de façade. La lutte pour mettre en échec ces dangers est inséparable de la lutte pour arracher les libertés d'organisation, de réunion et d'expression. Elle est indissociable de la lutte contre la capitalisme.

 

La défense de l'unité territoriale du pays n'est pas seulement une affaire de renforcement de l'action des services de sécurité ou de l'unité de l'armée. Elle est étroitement liée à la relance d'une politique de développement avec la réhabilitation du secteur industriel et agricole public, seul instrument capable de réaliser une politique d'équilibre régional. Elle est liée au contrôle par un Etat démocratique populaire du commerce extérieur pour mettre fin à la dangereuse hémorragie des devises. Elle est liée à la lutte contre la corruption et les injustices sous l'égide d'un régime démocratique révolutionnaire des travailleurs et des masses populaires. Elle exige le renforcement des liens de solidarité avec les peuples et les travailleurs de la région et du monde pour contrer les ingérences impérialistes. C'est un tel régime qui peut créer une unité sans faille entre le peuple et l'armée, mettre fin à la tendance à laquelle poussent les couches sociales privilégiées pour transformer l'armée en une machine antipopulaire.

 

Les communistes appellent les travailleurs et les masses populaires à la plus grande vigilance pour ne pas servir de chair à canon au service de telle ou telle fraction du régime. Il les appelle à renforcer leur action organisée et unie dans leurs batailles de tous les jours.

 

A quelque semaines de l'élection présidentielle du 17 avril prochain, chacun sait que le verrouillage méthodique de la vie politique ne laisse actuellement aucune chance aux représentants des travailleurs de mener la bataille pour porter à la tête de l'Etat leurs forces représentatives. Il est impossible, si l'on ne s'inscrit pas dans les plans du régime, de tenir un meeting non avalisé par son administration, de créer un parti, de se réunir dans une salle, d'intervenir à la télévision d'Etat, de faire légaliser par un officier d'Etat-civil les signatures requises pour une candidature à l'élection présidentielle, etc.

 

Il n'y a pas d'autres solutions pour sortir de cette impasse, pour casser les blocages sans accumuler patiemment les forces nécessaires à un changement radical dans l'intérêt des travailleurs. Cela exige l'intensification et l'organisation des luttes sur tous les plans pour la défense des revendications des travailleurs et des jeunes: salaire et pouvoir d'achat, emploi productif et logement, droit de réunion et d'organisation à arracher sur le terrain, etc.

 

 

Le PADS rejette les faux clivages qui font le jeu des forces bourgeoises et impérialistes

 

La lutte unie doit rassembler tous ceux, civils ou militaires, et quelle que soit leur origine, arabe, mozabite, kabyle ou touareg, qui s'opposent aux forces qui sont en train de bâtir leurs richesses sur l'exploitation des travailleurs, l'affairisme et le pillage des biens de la nation. La vrai problème n'est pas la "primauté du civil sur le militaire" ou inversement. C'est celui de la primauté des intérêts des travailleurs et du pays sur ceux de la bourgeoisie et de l'impérialisme. Le régionalisme, que le développement non-capitaliste des années 1970 commençait à faire reculer, est nourri par tous ceux qui veulent diviser les travailleurs. La vraie ligne de clivage est celle qui oppose à cette minorité, alliée des Etats impérialistes, l'immense majorité du peuple laborieux qui ne possède que ses capacités manuelles ou intellectuelles pour vivre.

 

Que le chef de l'Etat se soit engagé pour un 4 ème mandat, malgré son impotence, ne doit pas être considéré comme la question la plus importante par les masses populaires.

 

Les luttes à mener ne doivent pas conduire à faire le jeu de tel ou tel autre courant d'intrigants opposés à ce nouveau mandat. Engager les forces combatives du pays dans cette voie serait semer des illusions sur les objectifs de ceux qui prétendent être l'alternative alors que leur programme, quand ils en ont, est de maintenir le système économique et social actuel, affairiste et exploiteur, sous la direction de nouvelles figures.

 

L'objectif pour les forces populaires doit être de travailler à créer les conditions dans les luttes, sous toutes les formes, pour faire émerger un mouvement de masse et des forces dirigeantes capables de balayer le régime dans son ensemble en tant que régime des trafiquants et des exploiteurs des travailleurs, de le remplacer par un régime au service des classes laborieuses du pays.

 

Le Parti Algérien pour la démocratie et le Socialisme, parti des communistes, appelle les éléments les plus conscients et les plus combatifs de la classe ouvrière, de la jeunesse, de la paysannerie pauvre, à le rejoindre pour renforcer son action et son influence afin de rassembler dans l'action les forces capables de mettre en échec les plans impérialistes et d'aller vers une société socialiste où les moyens de production qui seront propriété sociale et contrôlés démocratiquement par les travailleurs, seront mis au service des véritables créateurs de richesses du pays.

 

 

Il les appelle à se méfier de ceux que le régime met en avant à travers les médias publics ou privés, pour les tromper en les faisant passer pour les défenseurs de leurs intérêts.

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