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13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 12:37

610px-Flag and map of Algeria.svgDéclaration des communistes algériens sur les élections présidentielles du 17 avril

 

 

Déclaration du Parti algérien pour la démocratie et le socialisme (PADS) reprise par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Election présidentielle du 17 avril prochain:

 

Le combat des travailleurs et des masses populaires doit continuer sous toutes les formes:

- pour casser le verrouillage de la vie politique par le régime bourgeois en place

-pour un changement radical dans la voie du progrès et du socialisme

 

Cette élection ne règlera aucun des graves problèmes économiques, sociaux et politiques dans lesquels se débattent les masses populaires et le pays.

 

Ces problèmes sont l'expression des inégalités et des antagonismes engendrés par le régime capitaliste imposé depuis trente ans par les classes possédantes et affairistes dominantes et par leurs idéologues, parmi lesquels les courants obscurantistes qui ont manipulé la religion pour tromper le peuple. Sous l'ère politique de Bouteflika, ils se sont aggravés de façon spectaculaire: accaparement de la plus grande partie du revenu national par une minorité de riches et de barons du régime, corruption à une échelle massive, refus d'utiliser l'argent du pétrole pour relancer l'industrialisation et diktat d'une poignée de très gros importateurs, appauvrissement et chômage massif, emplois mal payés et sans avenir pour les jeunes, problèmes insolubles de logement pour les travailleurs, étouffement de la liberté d'organisation, de réunion et d'expression derrière une démocratie de façade faite sur mesure pour les classes possédantes, passivité du régime face aux ingérences impérialistes dans la région, etc.

 

Contrairement donc à ce qu'affirment mensongèrement les opposants dits "libéraux" à Bouteflika et à l'équipe qui dirige le pays, les blocages actuels ne sont pas liés au fait qu'un chef d'Etat invalide puisse continuer à présider le pays au mépris des aspirations démocratiques du peuple et des règles de fonctionnement les plus élémentaires de tout Etat.

 

Les couches laborieuses n'ont rien à attendre du régime, tant que l'Etat actuel demeure une machine au service de la bourgeoisie et de l'impérialisme. Avec Bouteflika ou avec n'importe quel autre défenseur du capitalisme, candidat ou non à cette élection présidentielle, l'exploitation de la classe ouvrière va se renforcer et la situation sociale des masses populaires va empirer. Les riches s'enrichiront encore plus et les pauvres seront encore plus pauvres, la dépendance du pays ne fera que s'aggraver.

 

Le pays continuera à s'enfoncer dans l'impasse tant que les travailleurs et les masses laborieuses n'auront pas réussi à instaurer un régime révolutionnaire en rupture radicale avec le capitalisme.

 

Les disputes publiques qui ont éclaté ces derniers mois entre des dignitaires du régime n'ont pas pour motif l'amélioration de la situation matérielle des travailleurs et de la petite paysannerie, la relance du développement, la réflexion sur les moyens de mobiliser démocratiquement les masses et en satisfaisant leurs revendications politiques et économiques pour faire face aux ingérences impérialistes.

 

La crise au sommet de l'Etat, les attaques menées contre l'équipe dirigeante par l'opposition ultra-libérale des Benbitour, Benflis, Djaballah, Sadi et compagnie, ont pour cause la bataille pour le partage et le repartage des richesses du pays entre les membres d'une minorité qui s'est enrichie grâce à la libéralisation du commerce extérieur, aux privatisations, au pillage des ressources du pays, à l'exploitation des travailleurs des villes et des campagnes, au détournement des revenus pétroliers, de l'argent des banques publiques.

 

Les bandes qui se battent entre elles dans les coulisses du régime, ou celles qui lui mènent la guerre dans l'opposition libérale, sont toutes d'accord pour maintenir le système capitaliste qui a mené le pays dans cette impasse et se mettre au service de l'impérialisme et de ses multinationales. Chacune d'entre elles s'adresse aux puissances impérialistes pour leur demander de les aider à renforcer ses positions dans l'Etat ou à s'en emparer afin assouvir plus complètement la soif d'enrichissement des couches sociales privilégiées. Les puissances impérialistes attisent leurs rivalités et font monter les enchères pour obtenir du régime ou de l'opposition "libérale" qu'ils s'engagent à accélérer l'application des "réformes" exigées par l' "économie de marché", c'est-à-dire à leur donner les gisements de pétrole et de gaz, à leur remettre les secteurs stratégiques et juteux de l'économie - Sonelgaz, télécommunications, distribution de l'eau, banques publiques, santé, etc. - à leur reconnaître la liberté totale de circulation des capitaux et d'exportation des profits, à diminuer ou même faire disparaître les impôts sur leurs profits, à augmenter le prix du gaz et de l'électricité, à supprimer toutes les barrières douanières, à leur permettre de prendre possession des terres, à rayer toutes les lois sociales qui protègent encore plus ou moins le travailleur et qui fixent le salaire minimum, les primes et les indemnités, etc. L'impérialisme veut des bases militaires et ne relâche pas ses pressions pour que l'armée algérienne devienne le gendarme de ses intérêts en Afrique.

 

C'est cela le vrai contenu des "réformes" sur lequel le régime et l'opposition ultra-libérale sont d'accord sans le reconnaître publiquement. Défenseurs du régime et opposition ultra-libérale se sont tous entendus pour que ces questions ne soient pas débattues devant le peuple à l'occasion de l'élection présidentielle. Ils ont détourné l'attention des citoyens sur des chicanes au sujet du 4ème mandat de Bouteflika, de sa capacité ou non à continuer à diriger le pays.

 

Le régime a tout fait depuis des années pour étouffer la voix des forces révolutionnaires qui défendent les intérêts des travailleurs et se battent pour une alternative socialiste. Il a tout fait pour les marginaliser, à l'aide de ses lois et règlements antidémocratique sur les partis, les associations, de l'interdiction des réunions publiques et des marches dans la rue. L'opposition ultra-libérale est par contre largement médiatisée par la presse privée bourgeoise et même publique. Elle est relayée à tout moment pour dénigrer les idées de progrès et vanter les bienfaits imaginaires d'un capitalisme qui, dans la pratique, a ravagé le pays.

 

En fait, ce qui distingue ces bandes rivales sur ces questions, en plus de la revendication des opposants à partager avec l'équipe dirigeante le monopole de la décision politique, c'est uniquement la question du rythme d'exécution des injonctions impérialistes. La plupart des dirigeants du régime veulent aller graduellement mais plus sûrement dans ce sens, escomptant qu'ils pourront de cette manière émietter la réaction populaire et la vaincre plus facilement en maniant avec ruse la carotte et le bâton, la distribution de petites miettes au peuple et la répression de ses éléments les plus combatifs. Les Benbitour, Benflis et compagnie, ainsi que des éditorialistes de la presse pro-impérialiste, veulent que les choses aillent plus vite parce qu'ils tablent sur le soutien des puissances impérialistes et sur leur capacité grâce à cela à mater la réaction du peuple sous le couvert d'un "Etat de droit" et d'une pseudo-légitimité que leur donneraient les urnes dans des élections soi-disant "démocratiques".

 

Le régime actuel est appuyé par toutes les couches sociales aisées, urbaines et paysannes, qui ont trouvé leur compte dans la libéralisation des importations et le développement des activités parasitaires dans le commerce, les services, l'immobilier et la spéculation sur les fruits et légumes, dans l'exploitation forcenée de la classe ouvrière. "La stabilité", grâce à la candidature de Bouteflika à un 4 ème mandat et malgré son invalidité, telle est la seule préoccupation de ces classes et couches sociales. L'essentiel pour elles est que leurs privilèges soient préservés même au mépris des formes démocratiques les plus élémentaires, et qu'une bonne entente soit assurée avec les pays impérialistes.

 

Cette candidature est le résultat des compromis que les différents clans du régime ont réalisé entre eux et avec les puissances impérialistes, USA et France. Pour le moment ces puissances collaborent avec lui étant donné qu'il favorise leurs intérêts stratégiques. La visite de John Kerry, à quelques jours seulement de cette élection s'inscrit dans les marchandages pour obtenir de nouvelles concessions du régime. Il n'en sortira rien de bon pour les travailleurs et les masses populaires.

 

Que faire le 17 avril prochain, avant et après?

 

Les cercles qui ont avalisé cette candidature vont mettre en route, comme d'habitude, leur appareil de fraude, d'intimidation, de promesses clientélistes et de corruption pour sa réélection.

 

Le verrouillage de la vie politique derrière la démocratie de façade provoque l'indifférence ou l'indignation de l'immense majorité de la population pour ces élections.

 

Le régime a tout fait pour que son plan réussisse même si la grande masse des électeurs va s'abstenir de voter en l'absence d'un parti révolutionnaire influent et de forces populaires capables de diriger leurs luttes pour une alternative démocratique et patriotique révolutionnaire. Mais cette fois-ci l'acuité de la crise politique va rendre encore plus précaires les résultats de ses manoeuvres.

 

Les travailleurs ne peuvent soutenir aucun des candidats en lice. Louisa Hanoune prétend depuis des années défendre leurs intérêts et leurs aspirations. En réalité elle s'est toujours employée à les tromper en leur faisant croire que Bouteflika est de leur côté mais que son entourage sabote sa politique. Personne ne peut oublier qu'elle a été une avocate acharnée des mouvements obscurantistes au moment où ils assassinaient les démocrates, les progressistes et les syndicalistes. Ses positions ont toujours bénéficié de l'appui des médias publics et privés.

 

Benflis a fait partie avant et après 1989, et y compris pendant un temps sous Bouteflika, de l'appareil d'Etat qui a appliqué les réformes anti-populaires et anti-nationales. Il s'est démasqué récemment par ses salutations à John Kerry et par sa lettre au patronat, dans laquelle il fait des promesses ultra-libérales sur la flexibilisation du travail et les baisses d'impôts. Les trois autres candidats, Belaïd, Rebaïne et Touati, sont des personnages fabriqués par la machine du régime pour contribuer au succès de la comédie.

 

Le régime souhaite un fort taux de participation pour donner un semblant de légitimité à son opération mais il le craint en même temps dans la mesure où des résultats non prévus dans ses plans pourraient compliquer ses manipulations.

 

L'opposition ultra-libérale et les courants obscurantistes ont appelé au boycott pour renforcer leurs arguments en faveur d'une intervention extérieure ou de l'armée en vue d'une prétendue "transition démocratique" dont ils cachent le contenu économique et social pour ne pas dévoiler publiquement leurs véritables objectifs.

 

L'Union Européenne a deux fers au feu. Elle a signifié au gouvernement son refus d'envoyer des observateurs à cette élection. Cela veut dire dans sa logique interventionniste impérialiste, qu'elle confirme son droit à s'ingérer dans les affaires du pays en fonction du rapport des forces qui se précisera après le 17 avril.

 

Dans ce contexte complexe, le moins mauvais des choix à faire est de voter nul pour à la fois dénoncer la manoeuvre du régime, contribuer à faire reculer les attentismes et transformer en action, même limitée, l'indignation spontanée des masses, se démarquer des partisans de l'intervention extérieure et d'une action interne de l'armée dont on ne sait rien sur ses auteurs éventuels et leurs objectifs.

 

Voter nul ne signifie nullement cautionner le régime.

 

Ce vote consiste pour l'électeur à glisser dans l'enveloppe un billet sur lequel il aura écrit des slogans qui expriment son indignation contre le régime bourgeois. En voici quelques exemples non limitatifs : "A bas le régime capitaliste despotique de Bouteflika et son opposition, tous à la solde de l'impérialisme ! Non à l'appauvrissement des travailleurs et des jeunes! L'argent du pétrole pour le développement! Pour un régime démocratique révolutionnaire du peuple! Vive le socialisme!" ou encore : "Mon vote  rejette tous les candidats. Il  signifie mon opposition au verrouillage politique qui empêche  la candidature d'un représentant des couches populaires exprimant mon aspiration à une rupture avec le capitalisme et pour un pouvoir populaire anti-impérialiste qui se battra pour le socialisme." etc. Ce sera le véritable vote des masses populaires.

 

Aujourd'hui, il faut faire l'effort pour exploiter cette marge politique et exprimer consciemment l'existence d'une opinion qui rejette le diktat et les calculs des forces anti-populaires et inféodées à l'impérialisme, que ce soit le régime en place ou les courants dits d'opposition qui le combattent.

 

Demain c'est mener des actions organisées de niveau plus élevé, grèves politiques générales, manifestations, etc., La lutte continue quels que soient les résultats de la mascarade électorale.

 

Poursuivons le combat pour des changements politiques, économiques et sociaux radicaux, pour l'avènement d'un régime démocratique populaire qui s'attaque aux positions de la bourgeoisie et des multinationale, contrôle les grands moyens de production, met fin aux inégalités sociales et à l'exploitation, satisfait les revendications et les besoins sociaux des travailleurs, de la petite paysannerie, des couches qui vivent de leur travail, en un mot un régime qui ouvre la voie à la révolution socialiste !

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Algérie
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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 06:23

sportisse--2-.jpgEntretien avec William Sportisse, figure historique du mouvement communiste algérien : « Etre communiste, c'est refuser le défaitisme »

 

Entretien réalisé par Arezki Metref pour le Soir d'Algérie repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Le soir d’Algérie : Vous êtes né dans une famille modeste «judéo-arabe», peut-être «judéo-berbère, de Constantine, installée depuis des générations. C'est quoi pour vous Constantine, le berceau de la famille, le port d'attache, la passerelle entre les communautés ?

 


William Sportisse :  Etre né dans une famille modeste attachée à sa culture puisée à la fois dans son fond religieux juif, les coutumes berbères et arabes, utilisant la langue arabe comme véhicule de communication avec les habitants de la ville et aussi dans les conversations familiales, donnant une préférence à l'écoute de la musique andalouse et au malouf constantinois, font partie de mon éducation et de ma formation. Mes parents n'étaient ni riches ni pauvres, mais la famille de l'une de mes tantes composée de cinq personnes était bien pauvre. Sa situation m'a fait découvrir ce qu'était la misère sociale que subissait l'immense majorité de la population algérienne. Plus tard, j'ai pris conscience de l'origine de cette misère grâce au combat mené par mon grand frère qui avait adhéré aux idées communistes, aux idées de l'émancipation des femmes et des hommes de tout ce qui les appauvrissait dans tous les domaines. 


Dans ce sens, ma famille a contribué à ma prise de conscience. Elle est la source de mon engagement idéologique et politique auquel je reste toujours fidèle. Mais cette source est allée rejoindre le grand fleuve représenté par tout ce que j'ai appris auprès des militants communistes et nationalistes, de tous les gens vivant de leur labeur à Constantine et appartenant à toutes les couches sociales et aux origines ethniques différentes. Enfin, ce fleuve a rejoint la mer quand j'ai sillonné l'Algérie au cours des luttes menées par notre peuple, et enfin le monde quand j'ai participé à toutes les rencontres internationales de la jeunesse démocratique et progressiste. 


C'est pourquoi, je suis attaché à ma ville natale pour tout ce qu'elle m'a offert pour mieux connaître mon peuple. C'est là également que mes premiers pas de militant communiste ont été effectués. C'est là où j'ai connu des militants valeureux du courant patriotique. C'est là où j'ai tissé des liens d'amitié qui sont demeurés indestructibles avec de nombreuses personnes, même si nos options politiques et idéologiques étaient différentes. C'est là où j'ai appris à apprécier la beauté de la nature avec ce site merveilleux qu'est Constantine. C'est là enfin où j'ai pris goût à l'écoute de la musique andalouse et du malouf constantinois. Tous ces éléments ont constitué les passerelles de toutes les communautés qui auraient pu contribuer à la naissance d'une nation particulière mais que le colonialisme exploiteur et oppresseur, en dépit de nos efforts pour l'en empêcher, a réussi à tuer dans l'œuf. Il est parvenu à semer dans la majorité de la population européenne et juive aussi l'odieux poison du racisme, d'une prétendue «supériorité raciale» qui divise les hommes et les femmes même quand ils appartiennent à une classe ou à des couches sociales exploitées et opprimées. 

Vous adhérez au PCA clandestin à l'âge de 16 ans, dans le sillage de votre frère aîné Lucien. Parlez-nous de Lucien et des motivations de votre engagement ? 

 

Votre question est pertinente. Faire connaître le combat anticolonialiste de militants communistes d'origine juive algérienne et européenne participe de la connaissance de l'histoire de notre mouvement de libération nationale. La composition des principaux acteurs de ce mouvement reposait, certes, sur l'immense majorité de la population autochtone. Mais la justesse des aspirations et des objectifs du mouvement de libération nationale a été partagée par des juifs d'origine berbère ou installés depuis des générations et aussi par des travailleurs européens dont les parents ont immigré en Algérie en raison de la misère sociale que leur faisait subir le système capitaliste. Lucien a été parmi ceux qui ont partagé les aspirations de notre peuple à l'indépendance. En raison des revenus modestes de notre père, Lucien, après avoir obtenu brillamment, avec mention très bien, la deuxième partie du baccalauréat et après des études à l'Ecole normale d'instituteurs de Constantine, n'a pas pu les poursuivre à la Faculté d'Alger. 


Instituteur dans son premier poste à Aïn-Beïda, il est l'objet d'une première brimade de l'institution administrative locale à l'issue d'un conflit qui l'oppose au directeur de l'école. Militant en 1925 de la Section française de l'internationale ouvrière (SFIO), il refuse en juin 1926 que ses élèves, la plupart d'origine modeste, souscrivent à une contribution financière volontaire dans le cadre d'une opération lancée par le gouvernement général de l'Algérie colonisée. Qualifié d’«anti-français», il sera muté dans un autre village. Dès lors, il va subir la répression coloniale. Son adhésion au Parti communiste algérien s'est réalisée au lendemain du congrès fédéral de la SFIO à Annaba, en décembre 1926, pour une double raison soulignée dans l'ouvrage Le camp des oliviers-Djenane El-Zeïtoun, à savoir son adhésion aux idées du socialisme-communisme dont celle du droit du peuple algérien à son indépendance. Tous ceux qui ont connu mon frère Lucien et que j'ai rencontrés au cours de ma vie militante m'ont rappelé ses fortes convictions idéologiques et politiques acquises par ses lectures et l’étude des ouvrages marxistes-léninistes, par l'enrichissement continu de sa culture générale. Ces convictions le poussaient à l'action au côté de ceux qui souffraient de l'exploitation et de l'oppression pour les aider à s'organiser et à lutter pour changer leurs conditions de vie. C'est pourquoi, les brimades de l'administration coloniale l'ont poursuivi dans toutes les localités où elles le mutaient. Cette administration pensait que ses mutations et ses brimades briseraient son ardeur militante et freineraient son activité politique. Ne réussissant pas, elle obtint que ses représentants au Conseil départemental de Constantine le révoquent de sa fonction d'instituteur le 7 décembre 1934 après une demande de l'inspecteur d'académie. Mais cela ne l'a pas découragé. Et après avoir travaillé comme manœuvre du bâtiment à Oran où il s'était installé en 1934, il devint l'un des responsables de l'Union départementale des syndicats. A cette époque, les syndicats impulsés par les militants communistes d'Algérie s'efforçaient d'organiser les ouvriers agricoles dans les exploitations aux mains de la grosse colonisation terrienne. C'est à la suite d'un meeting au cours duquel mon frère a appelé les travailleurs à l'organisation et à la lutte pour leurs revendications qu'il fut accusé par les gros colons de la région de Aïn-Témouchent de «menées subversives nuisibles à la souveraineté française». 


Arrêté et jeté en prison à Oran, il observera une grève de la faim pendant un mois environ. La protestation populaire organisée par les syndicats et les organisations communistes et progressistes en Algérie et en France parviendra à obtenir sa libération. Lors du congrès constitutif du Parti communiste algérien, en octobre 1936, il fut élu au bureau politique. Les élections législatives de 1936 en France et en Algérie furent marquées par la victoire des candidats du Front populaire. Elles ont été suivies par l'avènement d'un gouvernement composé de socialistes et de radicaux-socialistes. Une demande de réintégration dans ses fonctions d'instituteur de Lucien fut présentée à ce gouvernement. Mais, cédant aux pressions de l'administration coloniale au service de la grosse colonisation terrienne, le gouvernement de Blum, qui n'était pas pour la destruction du système colonial, ne l'a pas réintégré dans ses fonctions en Algérie mais en France. Les partisans du système colonial ont pu se débarrasser d'un militant en l'éloignant de sa patrie. 


C'est à Lyon, en France, qu'il sera assassiné par la Gestapo française en raison de son activité clandestine contre le fascisme hitlérien, le 24 mars 1944, voilà soixante-dix ans. Son parcours révolutionnaire a été pour beaucoup dans mon engagement qui était en parfait accord avec ses justes convictions idéologiques et politiques. 

C’était quoi, le PCA à cette époque ? Etait-il encore dans l'esprit de la thèse de Thorez de 1936 de «l'Algérie nation en formation» ? Y avait-il un débat ?


Le Parti communiste algérien est né en octobre 1936 quand les autochtones du pays ont pu arracher le droit d'adhérer à un parti ou à un syndicat. Auparavant, ils étaient privés de ce droit par les lois coloniales. Ces lois scélérates furent abrogées avec l'arrivée au pouvoir en France du Front populaire. La forte influence des communistes français dans cette alliance et le vaste mouvement gréviste qui se déroula en Algérie auquel les travailleurs autochtones les plus exploités ont participé à la veille de l'avènement du gouvernement du Front populaire contribuèrent à l'abrogation de ces lois qui privaient les Algériens de droits élémentaires.

 


Déjà, avant la naissance du PCA, il existait des organisations communistes sur tout le territoire. Ces organisations constituaient une région algérienne rattachée au Parti communiste français. Selon les lois coloniales en vigueur, seuls les habitants possédant la nationalité française pouvaient adhérer à un parti. Ce qui explique le rattachement des premières organisations communistes au Parti communiste français. Elles sont nées en Algérie au lendemain de la création du PCF en 1920 à Tours en France et son ralliement à la troisième internationale sur la base de son adhésion aux 21 conditions exigées pour être membre de cette organisation. L'une de ces conditions était la reconnaissance du droit à la libre disposition et à l'indépendance des peuples colonisés par l'impérialisme, le devoir et l'obligation pour les partis communistes du monde d'organiser leurs classes ouvrières en vue de soutenir et conduire leurs luttes vers cet objectif. Dans les pays colonisés, les communistes considéraient que cet objectif était un préalable à celui qui consistait à mettre un terme au système capitaliste basé sur l'exploitation de l'homme par l'homme. Dans ce système, la production a un caractère social alors que l'appropriation de ses résultats est privée. Cette abolition du système capitaliste doit se réaliser par une révolution socialiste qui portera au pouvoir la classe ouvrière et ses alliés des autres couches sociales populaires. Arrivés au pouvoir, la classe ouvrière et ses alliés sont obligés d'exercer une dictature contre la bourgeoisie et ses tentatives de rétablir sa propre dictature par une contre-révolution. 


La construction de la société socialiste, où les moyens de production seront propriété sociale, sera la solution pour résoudre la contradiction entre le capital et le travail parce qu'elle créera les conditions de la solution progressive de tous les maux dont la société souffre sous le régime capitaliste : guerres, chômage, fermetures d'entreprises, licenciements, etc. Elle améliorera au maximum les conditions économiques, sociales et culturelles et environnementales de la vie du peuple. C'est ce qu'a fait l'Union soviétique pendant une grande partie de son existence avant son effondrement qui est le résultat d'orientations révisionnistes et réformistes adoptées au 20e Congrès du Parti communiste de l'Union soviétique.


Le Parti communiste algérien s'est efforcé tout au long de son existence de rester fidèle aux 21 conditions de la troisième internationale et aux principes des fondateurs de la théorie scientifique, Marx et Lénine particulièrement. C'est pourquoi, dès la constitution des premières organisations communistes en Algérie, même si les lois coloniales les en empêchaient, de nombreux Algériens autochtones ont rejoint ses rangs et y ont milité clandestinement. Avec le concours du Parti communiste français, elles ont contribué à la naissance de la première Etoile nord-africaine et, en conséquence, au mouvement de libération nationale moderne. 


Je ne peux pas retracer en quelques lignes toute l’histoire du PCA. Mais je souhaite avoir satisfait votre curiosité et celle des lecteurs en répondant à votre question : «C'est quoi le Parti communiste algérien.» 


J'en viens maintenant à la thèse présentée par Maurice Thorez, dirigeant du Parti communiste français, «sur la nation algérienne en formation», lors de son voyage en Algérie en 1939. A l'époque, un débat autour de cette question s'est instauré. Il s'est poursuivi au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, pendant et après notre guerre de libération et demeure actuel de nos jours. Maurice Thorez a exprimé sa thèse à la veille de la Seconde Guerre mondiale. A cette époque, des puissances fascistes capitalistes, Allemagne hitlérienne, Italie de Mussolini et Espagne franquiste ne cachaient pas, dans le cadre des contradictions entre brigands impérialistes pour un repartage du monde, leurs visées sur les trois pays d'Afrique du Nord occupés par la France. Gabriel Péri, responsable de la rubrique internationale du journal L'Humanité, avait publié, à ce moment-là, un article pertinent intitulé «L'ombre du fascisme plane sur l'Afrique du Nord». De son côté, la grosse colonisation terrienne en Algérie était hostile à toute réformette envisagée par les dirigeants capitalistes français désireux d'avoir à leurs côtés certaines couches petite-bourgeoises de notre pays pour s'opposer aux visées des Etats fascistes. La colonisation terrienne pour sa part était favorable aux régimes fascistes d’Europe pensant pouvoir, avec leur appui, fonder en Algérie un Etat séparatiste de la France semblable à celui de l'Afrique du Sud où tout le pouvoir serait dans ses mains pour écraser encore plus le peuple algérien.


C'est dans ce cadre politique international que Maurice Thorez déclare : «Il y a la nation algérienne qui se constitue historiquement… dans le mélange de vingt races.» 


A ce moment-là, en Algérie, les courants politiques qui s'intéressaient au devenir du peuple algérien étaient les suivants : Le courant favorable à l'assimilation constitué par la Fédération des élus musulmans dirigée essentiellement par des intellectuels issus de la petite ou moyenne bourgeoisie citadine qui avaient perdu confiance dans les possibilités du renouveau moderne du mouvement national après les défaites des révoltes passées contre l'occupation colonialiste, après 1832. 


Ce courant mené par Bendjelloul et Ferhat Abbas était opposé à la grosse colonisation terrienne mais niait l'existence de la nation algérienne. Cependant, Ferhat Abbas a déclaré aussi : «Rattachement à la France ne signifie pas assimilation.» Il y avait aussi des oscillations dans le courant reconnaissant pourtant la personnalité algérienne, à savoir le PCA et les oulémas, lors du Congrès musulman de 1936 quand ils ont accepté dans son programme l'inclusion de revendications immédiates de nature assimilationniste. 


L'étroitesse nationale se retrouvait dans la nation prônée par les oulémas où le facteur religieux était inclus. Quant au PPA, qui a joué un rôle dynamique dans l'éveil des masses, sa conception de la nation était empreinte d'étroitesse nationale en excluant la possibilité de l'inclusion dans la nation algérienne d'éléments appartenant à la minorité européenne anticolonialiste et qui opteraient en sa faveur.


Cette période était faite de tâtonnements. Aussi faut-il situer la thèse de Maurice Thorez sur la nation algérienne dans son contexte de l'époque. Dans son Essai sur la nation algérienne publié en 1958, le PCA rappelait la définition de la nation présentée par Staline : «La nation est une communauté stable, historiquement constituée de langue, de territoire, de vie économique, de formation psychique, se traduisant par une communauté de culture.» Dans son essai, le PCA reconnaît son interprétation dogmatique de la thèse de Maurice Thorez en laissant croire qu'elle serait formée quand le «mélange des 20 races» serait réalisé. Mais la nation algérienne, soulignait cet essai, contenait deux aspects : «Un principal, reconnaissant la formation de la nation, et un autre, secondaire, celui de la possibilité d'intégration d'éléments d'origine européenne… Or, le processus de prise de conscience de la nation algérienne, déjà développé chez les musulmans, ne pouvait pas avoir le même contenu pour l'immense majorité des Européens, et ce, malgré les efforts courageux du Parti communiste algérien qui a réussi à former des patriotes algériens d'origine européenne et israélite. La fusion ou le mélange des deux principaux éléments ethniques actuels est impossible dans le cadre colonial. Raisonner autrement, c'est faire preuve d'idéalisme, c'est penser que la mentalité des Européens pourra se modifier sans que soit brisé le régime économique de type colonial qui engendre (sans que cela soit schématique) cette mentalité.» Mais il faut ajouter que toute nation est composée de classes sociales, et pour ma part, en tant que marxiste, j'accorde aussi une importance à la lutte de classes qui est le moteur de l'histoire. 


Quand une nation s'est débarrassée du colonialisme oppresseur, peut-on raisonner sans regarder cette notion, sans ses rapports avec la lutte des classes ? Je ne le pense pas. C'est un autre débat qui mérite réflexion et de plus longs développements. 


Après la Seconde Guerre mondiale, vous vous opposez, dans le même combat aux «fascisme, capitalisme, colonialisme». Comment décryptez-vous ces systèmes d'oppression ? 

 

Le fascisme et le colonialisme sont des produits du système capitaliste.
Le colonialisme c'est le capitalisme qui va à la conquête d'espaces territoriaux pour acquérir des marchés, piller les richesses des pays qu'il domine, surexploiter leur main-d’œuvre en versant des salaires inférieurs à ceux nécessaires pour la reconstitution de la force de travail afin d'obtenir des surprofits. Le colonialisme recourt à la violence bestiale pour imposer sa domination dans les pays qu'il occupe en multipliant, au cours de ses guerres de rapines, des massacres aussi odieux si ce n'est pire que ceux commis par le fascisme. De son côté, celui-ci est la poursuite de la domination du système capitaliste rongé par une crise profonde dont l'origine repose sur la contradiction entre le capital et le travail. Le fascisme, expression bestiale du capitalisme, utilise des moyens aussi barbares que ceux utilisés par l'impérialisme dans la conquête des colonies. Il recourt à la haine raciale entre travailleurs immigrés et locaux pour dévoyer leurs luttes et les détourner de la révolution socialiste quand les conditions objectives existent. Il freine la prise de conscience de classe et retarde la réalisation du facteur subjectif nécessaire à la réalisation de la révolution socialiste. C'est, rapidement, notre décryptage de la nature du capitalisme, des manifestations de son comportement pour réaliser plus de profits en écrasant les peuples. Comme le disait si bien Marx, notre monde contemporain depuis l'avènement du capitalisme et sa transformation en impérialisme est face à ces deux choix : «Socialisme ou barbarie.» 

Quel était le climat politique vu par les communistes dans l'Algérie qui venait de subir les massacres de Mai 1945 et était dans la préparation du soulèvement de 1954 ? Comment les communistes ont vécu cette période d'incubation révolutionnaire ? 


Tout d'abord, il convient de souligner la féroce répression colonialiste qui s'est abattue sur les manifestants de Sétif et de Guelma. Ils célébraient pourtant pacifiquement la victoire sur le fascisme et réclamaient en même temps la reconnaissance du droit de l'Algérie à disposer librement d'elle-même et à gérer ses propres affaires. Ce qui correspondait aux buts de la Seconde Guerre mondiale. La férocité coloniale du 8 Mai 1945 a entraîné ensuite les soulèvements des populations dans certaines régions du pays, particulièrement à Kherrata, Chevreuil. Ils ont été étouffés à leur tour par l'armée coloniale française avec l'utilisation de grands moyens militaires (une véritable guerre), aviation et escadre marine. Les dizaines de milliers de victimes, les arrestations et les condamnations à de longues peines de prison prononcées par les tribunaux colonialistes ont soulevé la colère et l'indignation de tous les Algériens. Mais cette dure épreuve a amené les partis du mouvement de libération nationale à réfléchir sur les orientations et les moyens de les mettre en application pour conduire à l'indépendance nationale. Le Parti communiste algérien prit conscience de la force du mouvement de libération qu'il avait sous-estimé durant la période qui va de 1943 à mai 1945 en ne liant pas son combat contre le fascisme à celui pour l'indépendance du pays. L'autocritique de son comité central, en juillet 1946, porte également sur les comportements erronés et sectaires de certains de ses dirigeants vis-à-vis des responsables nationalistes. C'est pourquoi, il s'engagea dans une grande campagne pour l'amnistie de toutes les victimes de la répression, dans les premiers mois qui suivirent la tragédie du 8 Mai. Le large mouvement des comités d'amnistie qui s'organisa à travers tout le pays permit non seulement la libération des Algériens emprisonnés, mais créa aussi les passerelles nécessaires pour réaliser l'union des forces patriotiques. 


Cette libération des emprisonnés redonna des forces aux partis nationalistes que la répression avait affaiblis. Ces mêmes partis, tirant les leçons de cette épreuve, ont également engagé des efforts pour la mobilisation et l'organisation du peuple sur la base d'une élévation de la conscience politique populaire afin de vaincre le colonialisme en lui portant des coups sérieux et décisifs. 


Une grande effervescence a régné dans l'activité de tous les partis politiques du mouvement de libération pendant la période allant de 1945 à 1954. Les débats politiques et idéologiques publiques entre les courants communistes et nationalistes, et à l'intérieur même de ces deux courants, étaient certes passionnés et parfois dures, mais l'esprit unitaire prévalait grâce à l'élévation du niveau politique des masses populaires obtenue au cours de ces échanges d'opinion sur les voies menant à l'indépendance, sur ce qui devait la suivre une fois qu'elle serait arrachée, sur quoi devait reposer nos politiques d'alliances, etc.


Tous ces débats politiques ont fait mûrir la conscience politique de notre peuple. Grâce à sa mobilisation, des victoires électorales ont été remportées par les partis nationalistes et, dans une moindre mesure, par le PCA, même quand l'administration coloniale fut contrainte de recourir à des fraudes scandaleuses.


Loin d'être gagné par le pessimisme et la démobilisation, après ses fraudes, le peuple algérien a constaté qu'il était possible de battre le colonialisme. Les luttes revendicatives des ouvriers dans les entreprises, des ouvriers agricoles dans les domaines de la grosse colonisation, des paysans, des petits artisans et commerçants, les luttes pour le respect des libertés élémentaires et syndicales, contre la guerre menée au Vietnam par l'impérialisme français, la solidarité manifestée avec les peuples frères de Tunisie et du Maroc et de Palestine, des jeunes et des femmes ont pris une ampleur durant cette période. 


Tout cela a contribué à la préparation du déclenchement de l'insurrection du 1er Novembre 1954.

 

Le Soir d’Algérie : Après l'interdiction de l'émission en arabe en faveur de l'indépendance de l'Algérie que vous animiez à Budapest, vous rentrez en Algérie. En 1956, vous revoilà dans votre ville natale, Constantine, à coordonner l'action de soutien des communistes à l'ALN. Quels étaient les rapports, à Constantine, entre les communautés, d'une part, et entre communistes et nationalistes, d'autre part ?


William Sportisse : J'apporte une précision, on ne peut parler d'interdiction de l'émission des trois partis communistes d'Afrique du Nord, en langue arabe, par les autorités hongroises qui avaient accepté de mettre à notre disposition pendant environ deux années leurs moyens techniques. J'ai donné des explications dans le Camp des oliviers sur les motivations de la décision du gouvernement de la République populaire de Hongrie de nous demander sa cessation. Ce pays, en raison de ses orientations socialistes, subissait le blocus de tous les pays capitalistes européens et américains en vue de le détacher de la communauté socialiste qui s'est formée avec d'autres Etats de l'Est européen et l'Union soviétique. Il avait un besoin économique de sortir de ce blocus, au même moment où des efforts étaient entrepris par l'Union soviétique et d'autres forces pour éviter la guerre mondiale en prônant la coexistence pacifique entre les Etats à systèmes sociaux différents. Ce sont les pressions de la France coloniale sur la Hongrie qui furent à l'origine de sa décision discutable nous demandant de cesser notre émission. Dans l'ouvrage le Camp des oliviers sont relatées dans le détail toutes les actions de soutien apportées par nos organisations communistes de Constantine à l'ALN et au FLN. Ces actions de soutien se résument dans notre contribution pour ravitailler des groupes armés de l'ALN en armes, en médicaments, en vêtements, en leur apportant notre aide financière et politique, en leur transmettant régulièrement notre propagande écrite (journaux, tracts, revues). Il nous est arrivé également, grâce à nos liens avec des militants du FLN, de reproduire avec notre matériel leurs documents de propagande. Mais notre parti qui s'est maintenu en tant qu'organisation, tout en reconnaissant comme dirigeants de la lutte libératrice le FLN et l'ALN, conformément aux accords FLN-PCA, a utilisé à Constantine tous les moyens en sa possession pour rédiger et diffuser régulièrement durant toute la guerre ses publications (journaux et tracts). 


Un nombre non négligeable de journaux, de tracts et de revues qui apportaient des informations sur le déroulement de la lutte armée et des explications sur l'évolution de la situation politique circulaient parmi la population. 


Quant aux rapports entre les communautés, tous ceux qui ont vécu cette période savent que les colonialistes avaient réussi à les diviser. Le racisme, cette arme de division, et toute l'idéologie du colonialisme qui dominait parmi la majorité de la population européenne et même juive la peur de ne plus pouvoir vivre dans le pays si l'indépendance était arrachée par les Algériens, les difficultés des organisations du mouvement de libération d'entrer en contact avec la minorité européenne en raison de la répression coloniale et les difficultés de la lutte clandestine ont été des obstacles empêchant le rapprochement des communautés. 


Peut-on parler d'une position dominante commune à la communauté juive, travaillée à la fois par le sionisme et par la tentation Algérie française, par rapport à l'Algérie française, par rapport à l'indépendance de l'Algérie ? Faut-il nuancer et dans quel sens ? 


La population juive dont les traditions culturelles se nourrissaient de la culture arabo-berbère et la proximité de ses lieux d'habitation proches de celles des musulmans a continué à maintenir avec eux plus ou moins des relations. Cependant, la population juive de Constantine craignait, comme les Européens, les lendemains de l'indépendance. Même dans la minorité juive ou européenne qui n'était pas hostile aux aspirations à l'indépendance, il y avait un sentiment de méfiance sur la capacité de notre peuple à dépasser tout sentiment de haine après tous les crimes qu'il avait subis de la part du colonialisme. Par ailleurs, la minorité juive avait souffert des discriminations raciales manifestées à son égard par des Européens gagnés aux idées fascistes avant la Seconde Guerre mondiale. Elle avait souffert de discriminations à la suite des mesures prises sous le régime de Pétain qui avaient abrogé le décret Crémieux. Aussi, quand en mai 1958, les menaces des forces réactionnaires et fascistes soutenues et dirigées par les dirigeants factieux de l'armée française ont organisé des comités de salut public pour s'opposer aux institutions de la République française, la crainte du fascisme a conduit cette minorité juive à la réflexion. Selon un rapport de la police française cité dans le Camp des oliviers, elle a «répugné» à prendre position pour ces «comités de salut public» et «donné l'impression d'un certain neutralisme».
Quant aux sionistes, ils voyaient d'un mauvais œil l'avènement d'une Algérie indépendante qui apporterait toute son aide au peuple palestinien. Leur objectif était avant tout, en se mettant au service des partisans de l’«Algérie française», de creuser davantage le fossé entre juifs et musulmans, de sorte que si l'Algérie gagnait son indépendance, les conditions seraient créées pour entraîner la minorité juive à immigrer en Israël pour implanter dans les territoires palestiniens de nouvelles colonies de peuplement et étendre ainsi le territoire israélien. Les sionistes ont, partout où ils agissent, un seul objectif : contribuer au renforcement de leur ordre colonial en Palestine pour empêcher la naissance de tout Etat palestinien dans les frontières reconnues par les Nations unies et encore moins dans un seul Etat palestinien où Juifs et Arabes vivraient en paix. Des sionistes appartenant au service d'espionnage israélien ont même été envoyés à Constantine pour accomplir la sale besogne destinée à organiser, dans la population juive, la réplique des organisations paramilitaires fascistes européennes qui se sont impliquées dans les assassinats de civils algériens. Je signale cela dans le Camp des oliviers. 


Etiez-vous à Constantine lors de l'assassinat de Raymond Leyris ? Pourquoi, par cet acte, la presque totalité de la communauté juive de Constantine, implantée dans cette ville depuis des siècles et peut-être des millénaires, a-t-elle quitté la ville en quelques heures ? 


Ma précédente réponse apporte des éclairages sur ce départ rapide de Constantine des Juifs après la mort de Raymond Leyris. Oui, je me trouvais encore à Constantine à ce moment-là. J'ai déploré cet assassinat, ayant connu ce cheikh de la musique andalouse et du malouf constantinois, qui fut un lecteur assidu d'Alger républicain. Il participait régulièrement avant 1954 à toutes les fêtes organisées à Constantine par notre parti pour le financement de nos organes centraux Liberté et El-Djazaïr Al-Djadida. 


Cheikh Raymond était connu parmi les musulmans de Constantine qui appréciaient et apprécient encore son talent. Sa mort n'a fait qu'augmenter les préjugés et la méfiance dans les milieux juifs. Cette méfiance a été encore attisée par la propagande des médias colonialistes qui ont aussitôt attribué cet acte au mouvement de Libération nationale alors qu'il pouvait être celui d'un individu isolé échappant à tout contrôle, révolté contre la bestialité du régime colonial à l'égard des Algériens. Ce qui n'est pas une certitude, car on ne peut pas exclure, non plus, une manipulation provenant du colonialisme qui est maître en la matière. La perte de Raymond Leyris a jeté le désarroi parmi la population juive de Constantine. Le responsable de ce désarroi, c'est le système colonial qui a toujours favorisé la division entre les communautés pour mieux régner sur le pays. 


A l'indépendance de l'Algérie, vous avez naturellement décidé de rester. Vous rejoignez l'équipe d'Alger républicain et vous militez au PCA. Pourtant, une loi vous oblige, vous, le vieil Algérien qui a tout sacrifié pour l'indépendance de son pays, à demander la nationalité algérienne. Pourquoi n'avez-vous pas davantage protesté contre cette loi incompréhensible ? 


Il convient tout d'abord de préciser que mon combat, comme celui d'autres camarades de toutes origines, pour l'indépendance correspondait à notre idéal. Les plus gros sacrifices supportés pour l'obtenir l'ont été par les couches laborieuses du pays et tous ceux qui ont perdu leur vie au cours de ce combat. Nous ne pouvons et nous ne devons jamais oublier cela. Ensuite, des tâches d'édification importantes nous attendaient. Elles nécessitaient la préservation et le renforcement de l'union des forces patriotiques. Cette divergence, à propos des conditions arrêtées pour être de nationalité algérienne, il fallait la résoudre sans aboutir à une cassure, voulue peut-être par certains, mus par une étroitesse nationaliste et désireux de diviser les forces progressistes du mouvement national. Aujourd'hui, il est vrai, notre protestation, qui s'est exprimée dans le calme auprès des dirigeants du FLN sous diverses formes, peut paraître timide et insuffisante. C'est possible. 


Mais à mes yeux, ce qui était plus important, c'était de ne pas avoir suffisamment combattu l'instauration du parti unique et l'interdiction de l'activité du Parti communiste algérien. Mais malgré cette interdiction, le PCA a eu raison de travailler de toutes ses forces à l'application du contenu économique et social progressiste du programme de Tripoli (juin 1962) puis de celui de la charte d'Alger (avril 1964). Il pensait que les aspirations démocratiques des masses populaires pouvaient trouver le meilleur cadre de leur expression dans l'édification d'un front uni. 


Le PCA se battait en même temps pour le renforcement d'un parti socialiste d'avant-garde. Malheureusement, en surestimant le poids réel des partisans du socialisme dans le FLN, après l'adoption de la Charte d'Alger, il avait tenté de se diluer dans un ensemble plus large, exprimant de cette manière erronée le rejet d'un sectarisme qui aurait été inattentif aux possibilités de rapprochement avec l'aile révolutionnaire du FLN. D'autres explications, en réponse à votre question à propos de cette opposition sur les conditions exigées par la Constitution pour jouir de la nationalité algérienne, sont exprimées dans le Camp des oliviers.


En 1965, vous êtes arrêté et torturé par la sécurité militaire pour appartenance à l'Organisation de la résistance populaire (ORP). Aujourd'hui encore, on sait très peu de choses sur cette organisation créée pour s'opposer au coup d'Etat de Boumediène de juin. Comment vous êtes-vous retrouvé dans l'ORP et quelles sont les circonstances de votre arrestation ? 


Tout d'abord, il faut préciser que ce coup d'Etat n'est pas l'œuvre d'un homme. Ses auteurs appartiennent aux courants hétérogènes de la petite bourgeoisie organisés dans le FLN qu'ils soient civils ou militaires. C'est en sa qualité de membre du bureau politique du FLN que Boumediène a dirigé cette coalition qui a destitué le président de la République, Ben Bella, alors secrétaire général du FLN, parce qu'elle «désapprouvait ses méthodes de direction», selon ses propres termes. Entre ces différents courants hétérogènes de cette petite bourgeoisie arrivés au pouvoir, après le coup d'Etat, des divergences subsistaient sur les options à adopter dans les orientations politiques, économiques, sociales et culturelles, même s'ils se référaient encore, pour ne pas se couper du peuple, à l'option socialiste.


Chacun de ces courants espérait avoir le dessus sur l'autre. Et d'autres tentatives de coups d'Etat se sont produites plus tard et ont échoué. Les communistes se sont dressés contre le coup d'Etat du 19 juin 1965, non pas pour soutenir tel ou tel courant de cette petite bourgeoisie qui s'était placée derrière Boumediène ou du côté de Ben Bella, mais parce qu'ils étaient attachés à des méthodes démocratiques de gouvernement qui s'appuiaient sur la volonté populaire.
Ils considéraient qu'un coup d'Etat pouvait en appeler un autre comme ce fut le cas en Amérique latine, qu'il ouvrait la porte à l'instabilité politique et à l'étouffement des libertés démocratiques et syndicales élémentaires, et qu'il favorisait les tentatives des puissances impérialistes de s'ingérer dans nos affaires afin de reprendre pied chez nous. 


L'ORP (Organisation de la résistance populaire) était une alliance au sommet entre des dirigeants communistes et progressistes, membres du FLN, pour s'opposer au coup d'Etat et réclamer le respect de la Constitution adoptée par le peuple au lendemain de l'indépendance, la libération de Ben Bella, et la poursuite de l'option socialiste contenue dans la Charte d'Alger adoptée par le congrès du FLN. 


Cette organisation, qui s'était constituée quelques jours après le coup d'Etat, n'avait pas encore réussi à obtenir des assises populaires, au moment de l'arrestation d'une partie de sa direction et de plus d'une centaine de militants communistes et nationalistes qui l'avaient rejointe. 


Ces arrestations portèrent un coup dur à cette organisation. Les dirigeants et militants qui l'avaient rejointe et n'avaient pas été arrêtés poursuivirent le combat en s'organisant en 1966 dans le Parti de l'avant-garde socialiste.


Vous êtes traîné pendant des années de prison en résidence surveillée. La dernière ville qui vous accueille est Tiaret. Vous allez réimplanter le PAGS, dans une ville où il n'y avait plus de communistes. Comment avez-vous réussi à mobiliser essentiellement les jeunes ? 


Tout d'abord, une précision : tout ce qui a été réalisé à Tiaret, pendant mon séjour dans cette ville, est l'œuvre d'un collectif de jeunes et de l'appui de nombreuses personnes qui sympathisaient avec nos idées. Ma contribution a été modeste, et il est erroné de m'attribuer les résultats de cette activité. On la doit beaucoup plus à d'autres personnes, notamment mon camarade Ichou Benamar, assigné également à résidence dans cette ville, et ensuite à Abdelkader Bouteldja qui, après avoir été au FLN et à la JFLN, a rejoint les rangs du PAGS. Il est vrai que mon expérience politique et organisationnelle communiquée à ces camarades les orientait dans leur activité. En outre, les conditions d'une mobilisation des jeunes existaient, car il y avait chez eux à la fois une soif de s'instruire, de se cultiver, de s'organiser et d'agir pour régler les problèmes auxquels ils étaient confrontés. Le noyau de jeunes avec lesquels Benamar Ichou avait tissé des liens d'amitié nous a permis d'organiser cette jeunesse et l'aider à satisfaire ses aspirations à travers le ciné-pop puis d'une université populaire où des cours étaient dispensés par des professeurs progressistes français qui enseignaient au titre de la coopération. Moi-même je dispensais des cours de comptabilité. Un noyau de jeunes a ainsi adhéré au PAGS. Parmi ce noyau, un camarade a pris en charge l'activité en direction des ouvriers et du mouvement syndical. Toute cette activité a permis de renforcer les rangs du PAGS à Tiaret. Elle a débouché aussi sur la jonction avec le mouvement paysan dans la région qui était engagé pour l'application des dispositions prises dans le cadre de la loi sur la «Révolution agraire». J'ajouterai que l'aile progressiste de la petite bourgeoisie au pouvoir dirigée et impulsée par le président Boumediène avait réussi à prendre le dessus sur l'aile conservatrice favorable au libéralisme économique et à l'étouffement des libertés démocratiques pour les travailleurs. 


La nationalisation des hydrocarbures et des autres richesses minières et l'utilisation des revenus de leur exploitation par des sociétés publiques ont contribué à l'industrialisation du pays. Cette industrialisation a pu se réaliser par sa prise en charge des sociétés publiques et des capitaux appartenant au jeune Etat algérien. Toutes ces mesures économiques puis sociales au service du peuple ont été accompagnées d'une vie démocratique associant de plus en plus le peuple à la gestion du pays. Le soutien accordé par les communistes à ces mesures a créé les conditions de leur libération des prisons où le pouvoir issu du coup d'Etat les avait jetés. 

A votre retour à Alger, vous êtes cadre dans une société nationale. Par contre, en ces années 1970, le PAGS ne vous confie pas de responsabilité en dépit de votre longue expérience dans le combat communiste. Pourquoi ? 


Je n'ai jamais questionné mes camarades du PAGS à ce propos pour la simple raison que je considérais que la présence d'un militant dans une direction relevait du choix de ses camarades. A mon retour à Alger, sans doute, la direction du parti a-t-elle pu juger, qu'en raison de mon arrestation, il était préférable pour la sécurité de l'activité clandestine du PAGS de ne pas me confier une responsabilité même si mon expérience pouvait lui être utile. 


Et sans doute, à cette époque, la direction du PAGS pouvait hésiter à confier des responsabilités à des camarades qui, comme moi, avaient subi la répression et qui étaient plus ou moins fatigués, afin de les laisser souffler un peu, ou encore parce qu'elle n'avait pas suffisamment d'informations sur mon comportement face à la répression. 


Ce n'est pas parce que j'ai eu des responsabilités dans le Parti communiste algérien que je dois les conserver toujours. Mon expérience peut être également transmise même si je milite comme on dit à la base. Cela ne peut faire que du bien de militer seulement à la base. 


Et d'ailleurs, entre la base et la direction, il y a toujours des relations étroites dans un parti où le centralisme démocratique révolutionnaire est respecté. Mais je n'exclus pas non plus que les pressions exercées de l'extérieur du parti ont pu conduire à des positions d'étroitesse nationaliste pour éviter dans les directions la présence de militants de mon origine. Je ne suis pas certain de cela. 


Mais la réponse à cette question et à d'autres plus importantes fait partie du besoin impératif de l'étude collective de l'histoire de notre Parti communiste algérien et du PAGS. Cela dit, je vous rassure, dans le PCA comme dans le PAGS, les relations entre camarades de toutes origines ethniques étaient empreintes d'une fraternité qui a fait notre force. Cette fraternité reposait sur nos convictions idéologiques et politiques. 


Comment analysez-vous, près de 25 ans après, la sortie de la clandestinité du PAGS et son implosion ?


Avant de répondre à cette question, je tiens à souligner le grand mérite de ce parti, de sa direction et de ses militants, de ses sympathisants qui, pendant près de 24 années de clandestinité, ont réussi, dans des conditions difficiles, à poursuivre le combat au service des couches laborieuses de notre pays. Comme je l'ai déjà souligné, l'histoire du PCA et du PAGS reste à faire. Elle mérite d'être connue, non seulement pour dissiper les mensonges de ceux qui dénigrent ces deux partis, mais aussi pour instruire et inspirer les jeunes générations dans leur combat actuel. Il appartient aux militants de ces deux partis restés encore attachés à notre idéal et à ceux du Parti algérien pour la démocratie et le socialisme de réaliser cette tâche si vitale. Cela dit, à la sortie de la clandestinité, les hésitations de la direction du PAGS pour mener son activité au grand jour, en raison de la situation résultant de la répression, qui s'était abattue sur les jeunes et les militants du PAGS lors de la révolte de 1988, et aussi de la montée de l'intégrisme religieux, ont été un frein pour son développement et sa liaison nécessaire avec les masses laborieuses. Le soutien, dans les années 1980, qu'elle avait accordé au président Chadli alors que celui-ci remettait en cause progressivement tous les acquis progressistes obtenus auparavant préfigurait déjà des reculs ultérieurs de cette direction. Elle n'a donné aucun mot d'ordre clair pour combattre les projets de restitution des terres nationalisées, la mise en place d'un ensemble de textes qui préparaient la privatisation des entreprises publiques et la libéralisation du commerce extérieur. Elle n'a pas procédé à une analyse sérieuse de l'accentuation de la nature de classe du régime, notamment de son option pour la défense du capitalisme après les événements d'Octobre 1988. 


Cette direction s'est alors désintéressée des initiatives prises à la base par ses militants pour aller aux masses, avec son absence dans le choix des candidats du parti et de leur programme pour les élections municipales ou encore dans la préparation de la manifestation paysanne qui s'est déroulée à Alger pour s'opposer aux objectifs de la loi d'orientation foncière de novembre 1990 visant clairement à la restitution des terres nationalisées. 


Dans ces conditions, les dirigeants du courant islamiste moyenâgeux du FIS ont réussi à asseoir davantage leur emprise sur les masses populaires mécontentes qui voulaient se débarrasser du système en place qui s'était éloigné de leurs aspirations. 


Ajoutons que cette direction était divisée sur le texte d'orientation présenté au congrès qui s'est tenu dans les conditions de la légalité. Le texte adopté par le congrès était loin de régler les problèmes d'orientation politique du parti. Il était empreint de l'idéologie social-démocrate qui avait gagné les esprits de la majorité de la direction, surtout au lendemain de la disparition de l'Union soviétique et des autres pays socialistes de l'Europe de l'Est. 


Dans ces conditions, l'implosion du PAGS n'a pas tardé. La majorité de sa direction refusant de définir une stratégie d'un parti communiste fidèle aux principes marxistes-léninistes pour épouser celle de la «modernité», «ce masque élégant de la défense «moderne du capitalisme», comme l'indique si bien le Parti algérien pour la démocratie et le socialisme (PADS) dans son carnet n°8 (1996) consacré au 60e anniversaire du PCA et au 30e du PAGS. 


Vous avez contribué à la naissance du PADS ? C'est quoi, dans l'Algérie et le monde actuels, être communiste ? 


Je n'ai pas contribué à la naissance du PADS. Au moment de sa création, j'étais absorbé par la responsabilité que j'avais à Alger républicain et j'hésitais. C'était une erreur de ma part de m'engager dans cette initiative lancée par des camarades du PAGS dont certains n'étaient pas suffisamment connus de mon côté. J'ai adhéré au PADS en 1994. Etre communiste de nos jours, c'est demeurer fidèle à notre idéologie marxiste-léniniste toujours vivante et actuelle même si l'Union soviétique a disparu. Etre communiste dans le monde actuel, c'est résister aux mensonges des médias capitalistes sur l'expérience de l'URSS et des autres pays socialistes, c'est la faire connaître dans sa réalité avec tout ce qu'elle a apporté pour le progrès de toute l'humanité, pour la paix du monde, pour la liberté des peuples dominés par le colonialisme, et dans ses faiblesses favorisées par les courants opportunistes pour la détruire. C'est continuer à éveiller la conscience des couches laborieuses qui souffrent des méfaits du capitalisme. C'est déclarer et expliquer que ce système a fait son temps et qu'il faut le détruire pour construire une autre Algérie, un autre monde où la fraternité et la paix régneront entre les hommes quand seront supprimées l'exploitation de l'homme par l'homme et la domination d’un peuple sur un autre. Etre communiste aujourd'hui en Algérie et dans le monde, c'est adopter une stratégie pour la destruction du capitalisme et la construction du socialisme. Certes, cette stratégie ne négligera pas du tout, au contraire, l'organisation des luttes quotidiennes pour des revendications immédiates (droit au travail, à des conditions humaines de travail, au logement, à la santé, à la paix, etc.). 


Ce combat doit passer par l'organisation des masses populaires et leur intervention dans le choix des solutions qui doivent être constamment rattachées à cet objectif stratégique du socialisme. Ce combat doit aussi passer par la construction d'un Parti communiste enraciné dans la classe ouvrière et d'une large alliance populaire des ouvriers avec les autres couches laborieuses du pays qui sont les outils de la réalisation de cet objectif stratégique. C'est cela le plus important de nos jours pour être communiste. 


Certains peuvent nous traiter d'utopistes, mais ce qui peut paraître une utopie aujourd'hui deviendra une réalité dans l'avenir. Dans la société esclavagiste, les révoltes ont été souvent étouffées par la force, mais, en définitive, ce système a été détruit. On peut citer d'autres exemples comme celui de la défaite de la Commune de Paris qui était anticapitaliste mais qui a été ensuite vengée par la Révolution socialiste d'octobre. On peut aussi penser à l'expérience de l'Algérie : aux révoltes défaites après l'occupation coloniale de 1832, mais toutes les luttes menées ensuite ont abouti en 1962 à l’indépendance. Etre communiste, c'est apprendre à refuser le défaitisme, les solutions illusoires qui nous détournent de l'objectif stratégique. 

 

 

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Algérie
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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 06:13

610px-Flag and map of Algeria.svgDissensions au sein du régime : ce sont les masses populaires qui peuvent sauver le pays de la catastrophe et des plans impérialistes

 

Communiqué du Parti algérien pour la démocratie et le socialisme (PADS) repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Des querelles se sont exprimées avec rage au sein des hautes sphères de décision du pays depuis que le premier responsable du FLN, notoirement classé dans la catégorie des gangsters d'Etat par son implication dans le détournement de 32 milliards de dinars, s'est publiquement attaqué aux chefs des services de sécurité. Les critiques portées au rôle de ces derniers dans le verrouillage de la vie politique n'apprennent rien au peuple et à ses forces démocratiques et progressistes. Leur rôle dans les pratiques anti-démocratiques du régime tout entier, et non d'un seul de ses segments, est de notoriété publique. Les travailleurs savent par exemple que les responsables du syndicat du pouvoir, l'UGTA, depuis l'Union communale jusqu'à son sommet, ne peuvent être désignés à ces fonctions sans l'aval des services de sécurité pour quadriller, surveiller, brimer, étouffer le mouvement ouvrier, l'empêcher de se constituer en mouvement de classe indépendant qui lutte pour l'abolition du capitalisme, l'instauration d'un pouvoir socialiste révolutionnaire authentique. Ce diktat a été imposé officiellement au début des années 1980 lorsque l'aile réactionnaire du régime a pris le contrôle du pouvoir et institué le fameux article 120 qui interdisait aux non-membres du FLN d'être élus dans une organisation de masse. Cet article avait donné le signal à une vaste chasse aux sorcières dans le syndicat UGTA, l'Union nationale de la Jeunesse, et l'Union des Femmes, pour évincer par la force les éléments démocratiquement élus et étiquetés comme "pagsistes", pendant que le régime et ses appareils sécuritaires encourageaient les intégristes à occuper les mosquées et les campus universitaires.

 

Après l'explosion d'octobre 1988 et l'abolition du régime du parti unique, le procédé est devenu plus subtile. Il s'est maintenu par d'autres voies, notamment par la création et l'infiltration d'une multitude de partis ou d'organisations syndicales pseudo autonomes. Le régime s'est efforcé d'utiliser ces organisations pour canaliser l'expression du mécontentement vers des voies corporatistes et des solutions inoffensives, qui ne remettent pas en cause l'orientation ouvertement prise vers le capitalisme sous l'emblème trompeur des "réformes". Malgré les secousses violentes que le pays a connues ces 25 dernières années, le régime a réussi à consolider ses positions vis-à-vis des masses populaires. Ce régime exprime les intérêts communs de toutes les fractions de la bourgeoisie, nouvelle ou ancienne, issue des appareils d'Etat ou d' "en bas" grâce à la spéculation sur les prix et l'exploitation des travailleurs, moderniste ou religieuse, industrielle ou commerciale, groupes pro-français ou pro-américains, etc. Les appareils d'Etat, civils ou militaires, portent tous désormais l'empreinte profonde de ces nouvelles réalités de classe.

 

Cela n'empêche pas l'explosion sur la place publique de dissensions, soit à travers la révélation de grosses affaires de corruption qui ont touché l'entourage du Chef de l'Etat, soit à travers cette attaque du secrétaire-général du FLN et les répliques que lui ont données des personnalités civiles ou militaires ainsi que de nombreux éditorialistes par le biais des médias privés. Personne ne prendra au sérieux l'appel de ce dernier à mettre fin à l'emprise du DRS pour favoriser l'émergence d'un "Etat civil". Cet appel démagogique couvre simplement la tentative d'une fraction du régime d'instaurer sa dictature aux dépens des autres, d'en finir avec les solutions "consensuelles" qui ont profité jusqu'à ces dernières années à l'ensemble des couches privilégiées exploiteuses et affairistes et de leur représentants dans les diverses instances de l'Etat.

 

Les travailleurs, les jeunes issus des couches sociales du peuple n'ont pas à choisir entre l'une ou l'autre des multiples fractions qui se disputent l'hégémonie dans l'exercice du pouvoir, en particulier le contrôle du robinet des recettes pétrolières, et qui peuvent momentanément "calmer le jeu" entre elles.

 

Ce que notre parti avait écrit en septembre 2013 dans son organe "Le Lien" reste d'actualité:

 

"Des luttes à couteaux tirés opposent différents groupes du pouvoir à la veille de la prochaine élection présidentielle. La maladie et l'impotence du chef de l'Etat ont intensifié les intrigues sans principes.

( …)

Les luttes au sein des appareils d'Etat ne changent pas la nature sociale fondamentale du régime.

 

Mais le fait nouveau est que les arbitrages traditionnellement effectués dans la tranquillité au sein des cercles fermés du régime à la veille d'échéances politique importantes semblent de moins en moins possibles. Car les différents clans bourgeois-mafieux en lutte les uns contre les autres disposent tous de réseaux d'influence à l'intérieur du pays, journaux, partis, police, armée, justice, administration. Ces réseaux se sont solidement tissés autour d'affaires lucratives montées à la faveur de la libération de l'économie et du passage déclaré au capitalisme. Ils ont aussi des appuis importants à l'extérieur, en raison des liens qu'ils ont établis avec les Etats impérialistes et les monarchies du Golfe ces dernières décennies. Ils se neutralisent réciproquement. Les uns ne peuvent vaincre les autres en comptant uniquement sur leurs leviers d'action étatiques militaires et sécuritaires. Aussi les conflits internes ont-ils tendance à déborder des champs opaques et fermés, jusque-là maîtrisés de façon "consensuelle" par les fameux cercles de "décideurs".

 

Ces conflits sont dans leur nature secondaires par rapport à la contradiction de classe qui oppose objectivement la grande masse du peuple, ouvriers, travailleurs salariés des services et de la fonction publique, fellah, cadres honnêtes, intellectuels dévoués aux intérêts des masses laborieuses, couches sociales intermédiaires vivant du fruit de leur travail, à une minorité bourgeoise et à l'impérialisme."

 

L'exacerbation des luttes et querelles internes tend à mettre gravement en danger la sécurité du pays. Elle se produit au moment où diverses stratégies sont mises en action selon divers scénarios par les Etats impérialistes pour s'emparer des richesses du pays. Des appels du pied sont lancés par les diverses fractions du régime à tel ou tel de leurs appuis extérieurs en France, aux USA et dans les pays du Golfe pour faire pencher la balance de leur côté. Les Etats impérialistes attisent de leur côté les dissensions, jouent sur le mécontentement interne, pour arracher à l'une ou l'autre de ces fractions le maximum de concessions qui devraient un jour ou l'autre se traduire par leur domination totale sur le pays ou tout simplement par la prise en main directe du sahara pétrolier.

 

Des rumeurs, fondées ou non, font état de "restructurations" au sein de l'armée qui conduisent objectivement à affaiblir dangereusement ses capacités de coordination face à l'encerclement de l'Algérie effectué après l'intervention impérialiste en Libye et au Mali sans compter le contrôle exercé depuis longtemps par l'impérialisme français sur le NIger.

 

Face à ces dangers, c'est aux travailleurs, aux forces populaires anti-impérialistes qu'il revient de jouer un rôle de premier plan pour déjouer les plans d'ingérence et de leurs collaborateurs internes

 

Les diverses couches de la bourgeoisie, les partisans du capitalisme ont conduit le pays vers l'abîme. Des régions entières du pays, notamment celles du sud, ne connaissent que chômage et désolation. Les capitalistes ne vont que dans les grandes villes, là où le taux de profit est le plus élevé. Cette situation est le fruit pourri de l'abandon d'une politique non-capitaliste de développement, de casse des entreprises publiques qui commençaient à assurer l'équilibre régional. Les dangers qui pèsent sur l'unité territoriale du pays sont la conséquence des choix anti-nationaux. Les premières mesures ont été prises dans cette voie dès les années 1980 et ont été aggravées par les "réformes" des années 1990. Les diverses couches de la bourgeoisie ne défendent pas et ne peuvent défendre les intérêts généraux du pays, étant donné leurs intérêts de classe. Elle cherchent l'arrangement qui protège le mieux leurs intérêts de classe mesquins avec les puissances impérialistes.

 

Leurs représentants politiques dans l'Etat empêchent les masses populaires de s'organiser et de se mobiliser. Ils ont verrouillé la vie politique derrière une démocratie de façade. La lutte pour mettre en échec ces dangers est inséparable de la lutte pour arracher les libertés d'organisation, de réunion et d'expression. Elle est indissociable de la lutte contre la capitalisme.

 

La défense de l'unité territoriale du pays n'est pas seulement une affaire de renforcement de l'action des services de sécurité ou de l'unité de l'armée. Elle est étroitement liée à la relance d'une politique de développement avec la réhabilitation du secteur industriel et agricole public, seul instrument capable de réaliser une politique d'équilibre régional. Elle est liée au contrôle par un Etat démocratique populaire du commerce extérieur pour mettre fin à la dangereuse hémorragie des devises. Elle est liée à la lutte contre la corruption et les injustices sous l'égide d'un régime démocratique révolutionnaire des travailleurs et des masses populaires. Elle exige le renforcement des liens de solidarité avec les peuples et les travailleurs de la région et du monde pour contrer les ingérences impérialistes. C'est un tel régime qui peut créer une unité sans faille entre le peuple et l'armée, mettre fin à la tendance à laquelle poussent les couches sociales privilégiées pour transformer l'armée en une machine antipopulaire.

 

Les communistes appellent les travailleurs et les masses populaires à la plus grande vigilance pour ne pas servir de chair à canon au service de telle ou telle fraction du régime. Il les appelle à renforcer leur action organisée et unie dans leurs batailles de tous les jours.

 

A quelque semaines de l'élection présidentielle du 17 avril prochain, chacun sait que le verrouillage méthodique de la vie politique ne laisse actuellement aucune chance aux représentants des travailleurs de mener la bataille pour porter à la tête de l'Etat leurs forces représentatives. Il est impossible, si l'on ne s'inscrit pas dans les plans du régime, de tenir un meeting non avalisé par son administration, de créer un parti, de se réunir dans une salle, d'intervenir à la télévision d'Etat, de faire légaliser par un officier d'Etat-civil les signatures requises pour une candidature à l'élection présidentielle, etc.

 

Il n'y a pas d'autres solutions pour sortir de cette impasse, pour casser les blocages sans accumuler patiemment les forces nécessaires à un changement radical dans l'intérêt des travailleurs. Cela exige l'intensification et l'organisation des luttes sur tous les plans pour la défense des revendications des travailleurs et des jeunes: salaire et pouvoir d'achat, emploi productif et logement, droit de réunion et d'organisation à arracher sur le terrain, etc.

 

 

Le PADS rejette les faux clivages qui font le jeu des forces bourgeoises et impérialistes

 

La lutte unie doit rassembler tous ceux, civils ou militaires, et quelle que soit leur origine, arabe, mozabite, kabyle ou touareg, qui s'opposent aux forces qui sont en train de bâtir leurs richesses sur l'exploitation des travailleurs, l'affairisme et le pillage des biens de la nation. La vrai problème n'est pas la "primauté du civil sur le militaire" ou inversement. C'est celui de la primauté des intérêts des travailleurs et du pays sur ceux de la bourgeoisie et de l'impérialisme. Le régionalisme, que le développement non-capitaliste des années 1970 commençait à faire reculer, est nourri par tous ceux qui veulent diviser les travailleurs. La vraie ligne de clivage est celle qui oppose à cette minorité, alliée des Etats impérialistes, l'immense majorité du peuple laborieux qui ne possède que ses capacités manuelles ou intellectuelles pour vivre.

 

Que le chef de l'Etat se soit engagé pour un 4 ème mandat, malgré son impotence, ne doit pas être considéré comme la question la plus importante par les masses populaires.

 

Les luttes à mener ne doivent pas conduire à faire le jeu de tel ou tel autre courant d'intrigants opposés à ce nouveau mandat. Engager les forces combatives du pays dans cette voie serait semer des illusions sur les objectifs de ceux qui prétendent être l'alternative alors que leur programme, quand ils en ont, est de maintenir le système économique et social actuel, affairiste et exploiteur, sous la direction de nouvelles figures.

 

L'objectif pour les forces populaires doit être de travailler à créer les conditions dans les luttes, sous toutes les formes, pour faire émerger un mouvement de masse et des forces dirigeantes capables de balayer le régime dans son ensemble en tant que régime des trafiquants et des exploiteurs des travailleurs, de le remplacer par un régime au service des classes laborieuses du pays.

 

Le Parti Algérien pour la démocratie et le Socialisme, parti des communistes, appelle les éléments les plus conscients et les plus combatifs de la classe ouvrière, de la jeunesse, de la paysannerie pauvre, à le rejoindre pour renforcer son action et son influence afin de rassembler dans l'action les forces capables de mettre en échec les plans impérialistes et d'aller vers une société socialiste où les moyens de production qui seront propriété sociale et contrôlés démocratiquement par les travailleurs, seront mis au service des véritables créateurs de richesses du pays.

 

 

Il les appelle à se méfier de ceux que le régime met en avant à travers les médias publics ou privés, pour les tromper en les faisant passer pour les défenseurs de leurs intérêts.

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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 06:52

610px-Flag and map of Algeria.svgViolences à Ghardaïa: s'unir contre les fauteurs de divisions au sein des masses laborieuses

 

 

Communiqué du Parti algérien pour la démocratie et le socialisme (PADS) repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Des violences inquiétantes opposent de nouveau les différentes composantes confessionnelles des populations de Ghardaïa depuis décembre dernier avec la complicité flagrante de certains secteurs des forces d'intervention protégeant ouvertement des groupes de casseurs et d'agresseurs qui attaquent les mozabites, pillent leurs biens et profanent leurs cimetières.

 

Ces violences sont provoquées et attisées par différentes forces socio-politiques pour réaliser leurs intérêts et leurs objectifs stratégiques de classe antipopulaires et antinationaux.

 

Des cercles puissants installés depuis 30 ans dans la région ont des liens très étroits dans les différents appareils d'Etat. Ils se sont enrichis par l'accaparement de l'argent public et des biens fonciers de la nation, par l'exploitation et la paupérisation des travailleurs employés dans les unités de production de la région. Ils cherchent à semer la zizanie et la haine au sein des masses laborieuses. Leur plus grande crainte est que celles-ci arrivent à s'unir dans la lutte contre la corruption et l'arbitraire et qu'elles leur demandent un jour des comptes sur l'origine de leurs fortunes. Cette nouvelle bourgeoisie qui a prospéré grâce à ses liens avec l'Etat s'efforce d'imposer son hégémonie économique nouvelle dans la région. Ses intérêts de classe sont entrés en contradiction avec ceux de la bourgeoisie commerçante traditionnelle et industrielle locale qui elle aussi a tiré profit de l'extension du marché nationale depuis l'indépendance.

 

Le chômage frappe fortement la région, en particulier les jeunes issus de familles de condition modeste qui ont élu domicile dans cette région depuis les années 1970. Le sabordage de la stratégie de développement industriel depuis les années 1980, les libéralisations et le désengagement de l'Etat des investissements productifs, depuis les années 1990 jusqu'à aujourd'hui, ont eu pour conséquences la formation d'un immense chômage et d'une misère indescriptible qui touchent près de 80% des jeunes issus des familles provenant des autres régions du pays. Ces plaies de la libéralisation affectent aussi les jeunes des familles mozabites bien que dans une proportion moindre. Mais elles s'étendent rapidement avec la disparition inévitable et en cours des rapports de protection communautaires sous l'effet des différenciations sociales engendrées par le capitalisme.

 

Les milieux mafieux enrichis grâce à leur mainmise sur les appareils d'Etat exploitent cette situation de paupérisation. Leurs hommes de main poussent les jeunes marginalisés dans une spirale dangereuse d'affrontements pour détourner l'attention des citoyens de la région et de tout le pays de la lutte pour une alternative démocratique révolutionnaire à la situation de détresse et d'impasse que subissent les populations laborieuses quelles que soient leurs régions et leurs pratiques religieuses.

 

Ces mêmes milieux encouragent le fanatisme religieux pour maintenir la tension au sein du peuple. L'Ecole est transformée en instrument de diffusion des haines religieuses par les courants intégristes. De connivence avec des responsables qui laissent pourrir la situation, ces courants réactionnaires chauffent à blanc les esprits en désignant les Ibadites comme des ennemis de l'Islam. Ils cherchent à transformer ce réservoir de jeunes chômeurs en vivier pour le recrutement de nouveaux fantassins armés au service de leurs vues rétrogrades. La région est devenue un lieu dangereux de trafics d'armes et de recrutement de terroristes pour la Syrie avec le soutien des monarchies du Golfe dont le régime continue à encourager les opérations subversives en Algérie par son silence ou sa peur de les critiquer. Dans tout le pays les groupes rescapés du fascisme camouflé sous le voile de l'Islam multiplient les "halaqates" dans les mosquées. Ils exploitent toutes les manifestations du mécontentement social. Ils tentent de renforcer leur base en désignant aux jeunes déboussolés des boucs émissaires : "kharédjites", "chiites" nouvellement convertis, consommateurs d'alcool, etc.

 

Les services de subversion de l'impérialisme ne sont pas inactifs. Ils renforcent leurs liens avec les associations de défense des intérêts des populations agressées en cachant comme toujours leurs véritables objectifs sous les motifs éculés de défense des droits de l'homme et des intérêts des minorités. Consciemment ou inconsciemment certains représentants des citoyens d'origine mozabite, légitimement terrifiés par la montée de la haine à leur égard, font leur jeu en s'adressant aux instances internationales face à l'incurie du régime ou de la complicité calculée de ses cercles les plus aventuriers. Les appareils de subversion impérialiste attendent le moment le plus propice pour utiliser les événements de Ghardaïa comme une carte à jouer qui justifiera leurs ingérences en Algérie et réaliser leurs desseins: briser le patriotisme populaire, morceler le pays et s'emparer de ses richesses. Les régions mozabites sont inscrites dans leur liste de foyers d'abcès et de déstabilisation comme la Kabylie ou certaines villes du sud saharien. Des groupes financés par les USA et l'Union européenne s'agitent de façon coordonnée dans ces régions sous le paravent des droits de l'Homme, des libertés, de l'autonomie, etc.

 

Les communistes algériens appellent les travailleurs, les couches laborieuses de la région et de l'ensemble du pays à déjouer les plans machiavéliques des forces de l'exploitation et de l'arbitraire, des cercles impérialistes qui affûtent leurs arguments pour s'immiscer dans les affaires intérieures de l'Algérie.

 

Ils les appellent à ne pas se tromper d'ennemis. Leurs véritables adversaires sont leurs exploiteurs et leurs oppresseurs quelles que soient leurs origines régionales. Ce sont ceux qui pillent les biens de la nation et font fuir les capitaux à l'étranger. Ce sont ceux qui musèlent les citoyens, les empêchent de s'organiser et de s'exprimer démocratiquement. Ce sont les puissances impérialistes qui ont tissé leur toile d'araignée dans notre pays avec la complaisance du régime et qui attendent leur heure.

 

Ils doivent se battre pour exiger du pouvoir la relance d'une véritable politique de développement et un plan de réindustrialisation sur la base de la reconstitution d'un secteur public, seul capable d'assumer les charges d'un développement à long terme qui fera disparaître le chômage et la misère.

 

Les communistes dénoncent la complicité de certains cercles de la police face aux agresseurs des citoyens d'origine mozabite. Ils exigent des responsables du pouvoir qu'ils assurent la protection des personnes menacées par ces bandes d'agresseurs et de leurs biens, qu'ils neutralisent avec fermeté les auteurs de ces actes de violence et de brigandage, que des sanctions soient prises contre les responsables policiers qui les ont aidés.

 

Ils exhortent les jeunes chômeurs à se rassembler, à s'organiser dans des comités de lutte pour obtenir du travail, mettre en échec les forces qui les attirent dans les pièges du régionalisme et du sectarisme religieux dans le but de diviser les enfants du peuple et les travailleurs, afin de continuer à étancher tranquillement leur soif d'enrichissement encore plus que durant les années noires de 1990.

 

 

Ils appellent les couches populaires et les ouvriers, quels que soient leurs rites religieux, à s'unir et à lutter dans leurs propres organisations et pour leurs propres intérêts et afin d'en finir avec l'orientation capitaliste imposée par le pouvoir et la bourgeoisie depuis les années 1980. C'est cette orientation de classe qui sème la misère, les injustices et les inégalités sociales. C'est cette orientation qui enfonce notre pays dans une situation dangereuse car elle favorise toutes les manoeuvres de l'impérialisme pour remettre en cause son indépendance, pour casser les acquis sociaux obtenus par les sacrifices de peuple pendant la guerre de libération nationale et après 1962.

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30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 06:19

halleg2013Le sens et l'actualité du combat de notre camarade Henri Alleg

 

 

Communiqué du Parti algérien pour la démocratie et le socialisme (PADS) repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

La vie de notre camarade disparu Henri Alleg, de son nom d'état-civil Harry Salem, a été l'incarnation du courage, de la lucidité et de la fidélité aux idéaux communistes, du rejet du reniement et du révisionnisme. Pour toutes les générations de révolutionnaires présentes ou à venir, elle représente un parcours exemplaire dans le combat pour un monde débarrassé de l'exploitation capitaliste et de la domination impérialiste, un monde communiste. 


Décédé à 92 ans, Henri a assumé jusqu'au bout et avec détermination depuis son plus jeune âge toutes les responsabilités que sa conscience de révolutionnaire internationaliste lui dictait.

 

Né en Angleterre de parents juifs russo-polonais chassés par les pogroms anti-sémites, il prend vite conscience que les discriminations racistes ou religieuses sont sécrétées par les systèmes exploiteurs pour diviser les travailleurs et les peuples, les empêcher de s'unir dans leur combat pour construire une société nouvelle sans classes permettant pour la première fois de réaliser les aspirations à une véritable fraternité entre les hommes.

 

Révolté par l'oppression colonialiste, Henri Alleg adhère au communisme

 

Arrivé en Algérie en 1939, poussé par le besoin irrépressible d'aller à la rencontre des autres peuples de la planète, il découvre la condition misérable infligée par l'oppression coloniale à l'immense majorité du peuple algérien, à l'exception d'une petite minorité de féodaux enrichis par l'expropriation de la paysannerie en récompense pour sa trahison et sa collaboration avec les colonialistes. Il est frappé par la vue de la richesse insolente d'une poignée de gros colons et de l'effroyable misère des "indigènes", notamment des enfants en haillons, ne mangeant pas à leur faim et interdits d'école par le système colonial. Au contact des réalités de la colonisation, sa tendance internationaliste s'affirme. Il est révolté par la négation des droits les plus élémentaires de ses derniers par le colonialisme: droits aux même avantages sociaux et économiques, droits à l'eau potable, aux soins, droits à l'école, droits à s'organiser librement dans des partis et syndicats, droits à élire ses représentants, droits à s'appeler Algériens et non "indigènes".

 

Il palpe du doigt le racisme inhérent au système colonial, son besoin intrinsèque de  dresser à l'aide de sa presse et de ses institutions les travailleurs européens contre le peuple algérien afin de préserver l'ordre exploiteur et oppresseur des Cent seigneurs de la colonisation, ceux qui contrôlaient toutes les richesses du pays: les terres les plus fertiles, les nappes alfatières, les mines, les banques, les ports et les navires, de même que toutes les institutions, des mairies jusqu'aux préfectures en passant par les chambres de commerce, etc. Il découvre très vite que le mythe colonial cachait une cruauté sans limite des oppresseurs. Son esprit critique, son humanisme concret inné, sa vigilance intellectuelle aiguisée par son attrait pour l'idéologie prolétarienne et la lutte des forces révolutionnaires en France, en Espagne ou ailleurs, sa méfiance instinctive de la domination des détenteurs de richesses, l'amènent à rejeter spontanément la propagande sur la prétendue mission civilisatrice de la France dans les colonies et, en particulier, en Algérie. Il fait partie de ce petit nombre de citoyens français qui ne se sont pas laissés intoxiquer par la propagande orchestrée par la bourgeoisie impérialiste pour justifier l'exploitation des richesses naturelles des colonies. Il ne s'est pas laissé duper non plus par les discours trompeurs des socialistes qui prétendaient que grâce à l'expansion coloniale ils allaient aider les peuples "arriérés" à accéder au progrès. Spontanément, Henri mettait en application les mots d'ordre de l'Internationale communiste sur le soutien inconditionnel au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et que les socialistes refusaient obstinément dans leur tendance à "gérer loyalement" les intérêts des capitalistes.

 

La propagande colonialiste menée dès l'école jusqu'à l'Université, développée par la presse aux mains des magnats, la radio, l'Eglise, les partis et organisations de la bourgeoisie, avait conditionné en profondeur l'immense majorité des Français, y compris une bonne partie du prolétariat. Henri fait partie de ces révolutionnaires intransigeants que les idées dominantes de la classe dominante n'avaient pas réussi à asservir et qui ont su percer et combattu de toutes leurs forces les mensonges de cette propagande. C'est un exemple à méditer et à suivre aujourd'hui. De larges secteurs de l'opinion qui prétendent se situer dans le camp du progrès, y compris parmi les peuples anciennement colonisés, se laissent prendre, comme ceux qui les ont précédés à l'époque des colonies, par la propagande de la presse impérialiste. Cette presse qui a atteint aujourd'hui un degré inimaginable de concentration et qui dispose d'un réseau international tentaculaire à travers les télévisions satellitaires, les réseaux internet, continue comme jamais à intoxiquer les peuples pour maintenir leur asservissement.  Cette fois-ci le travail de "formatage" est mené sous le mot d'ordre hypocrite de la promotion de la démocratie, des "droits de l'homme" et des minorités. Etre fidèle au parcours militant de Henri, c'est avoir constamment à l'esprit cette thèse fondamentale que les idées dominantes sont celles de la classe dominante, celle qui possède les moyens de production, les banques et l'argent et donc des moyens de propagande colossaux pour tromper les travailleurs. C'est n'accorder absolument aucune confiance à la propagande et au soi-disant travail d'information des médias tenus par les oligarchies capitalistes. C'est manifester son mépris pour l'armée des chiens de garde, pseudo journalistes exécutant les ordres de leurs maîtres pour faire passer au sein des peuples les mensonges de leurs exploiteurs. C'est obéir à des choix de classe en combattant sans répit les mensonges propagés, défendre le droit de la classe ouvrière, des couches populaires exploitées à lutter pour abolir par tous les moyens le capitalisme, instaurer le socialisme. C'est s'inspirer de son exemple en dévoilant aujourd'hui sans répit les véritables objectifs des puissances impérialistes dont l'agressivité, proportionnelle à la gravité de la crise qui mine le système capitaliste, se manifeste par leurs manœuvres et agressions criminelles en Afrique et dans les pays arabes, Irak, Libye, Syrie, Mali,  par leur soutien aux régimes moyenâgeux du Golfe, aux forces réactionnaires d'Amérique latine, etc.

 

Abhorrant le colonialisme et l'arrogance de la bourgeoisie, notre camarade Henri a tout naturellement adhéré au seul parti qui incarnait à la fois le rejet de la domination coloniale et le combat pour une société socialiste dirigée par la classe ouvrière et ses alliés, fondée sur la socialisation des grands moyens de production. Il l'a fait tout en ayant tissé des liens de sympathie avec les militants nationalistes et exprimé son soutien à leur juste cause sans pour autant partager toutes leurs analyses. Il a adhéré au Parti communiste algérien à un moment où il était réduit à l'action clandestine après sa dissolution par le gouvernement français, avec l'appui de la droite et du parti socialiste, à un moment où pratiquement tous ses dirigeants et un grand nombre de ses militants avaient été arrêtés. En un mot, il a choisi d'adhérer à ce parti à un moment où il était dangereux de le faire, quand le communiste courrait le risque d'être assassiné par les fascistes de Vichy ou de se retrouver en prison où il pouvait être emporté par la faim et le typhus comme Kaddour Belkaïm, son secrétaire général jeté dans les geôles de la sinistre prison Barberousse. Il a montré que le vrai communiste est celui qui ne se laisse pas abattre par les défaites enregistrées dans la lutte pour l'émancipation des exploités, pour le renversement du pouvoir des exploiteurs. Le vrai communiste est  celui qui ne court derrière aucun privilège, celui dont le devoir permanent est de poursuivre inlassablement son combat quelles que soient les circonstances, celles du travail légal comme celles du travail clandestin, celui qui accepte de militer même dans les conditions les plus difficiles, qui ne recule pas devant les sacrifices et la perspective de la prison, de la torture, de la mort.

 

Henri ne s'était pas laisser ébranler par la propagande furieuse de la bourgeoisie métropolitaine et coloniale après la signature en 1939 par l'URSS et l'Allemagne nazie du pacte de non-agression. Instinctivement il avait compris que cet accord déjouait les plans des puissances impérialistes françaises, anglaises tendant à orienter la puissance de feu nazie contre la patrie socialiste naissante du prolétariat mondial. Bien que sa formation idéologique et politique fût encore balbutiante, il sut distinguer le vrai du faux et comprendre que le rempart contre le fascisme était représenté par l'URSS et les partis communistes. Jamais Henri ne céda à la propagande bourgeoise et ne se déjugea sur cette question malhonnêtement utilisée par la réaction mondiale et les révisionnistes de toutes tendances dans leurs tentatives d'assimiler le communisme au nazisme .

 

Henri Alleg anime le travail  d'Alger républicain pour le pain, la liberté, la solidarité internationale et le socialisme

 

Ses qualités personnelles, ses convictions idéologiques, son dévouement, sa fermeté, son esprit de discipline et sa rigueur, furent à la base du choix effectué par la direction du PCA pour lui confier en 1951 la direction du quotidien Alger républicain dont la majorité des actionnaires avait évolué vers le soutien aux idées communistes.

 

Dans le contexte du renforcement de l'URSS, du camp socialiste, du mouvement communiste et ouvrier mondial, de leur prestige immense, de la montée irrésistible du mouvement de libération nationale, des premiers fruits politiques et organiques de la rectification de la ligne du PCA sur la question nationale, Alger républicain allait pouvoir s'engager avec encore plus de résolution dans le combat anticolonialiste, le cap fermement tenu vers le grand objectif stratégique du socialisme.

Une pléiade de nombreux jeunes militants dévoués avait embrassé les idéaux communistes et était disposée à prendre en main le journal pour répandre les appels à la mobilisation et au soutien des travailleurs et du peuple algériens dans leurs luttes contre le régime colonial.

 

Sous sa direction, avec Boualem Khalfa et Abdelhamid Benzine, épaulés par une multitude de jeunes journalistes militants et de collaborateurs de différentes origines ethniques qui se dépensaient sans ménagement, comme Kateb Yassine, Zanettacci, Salort, Alger républicain devient vite le principal organe algérien de lutte anti-impérialiste. Il apporte une contribution de premier plan à la propagation des positions du mouvement national, au ralliement de l'immense majorité du peuple algérien à la nécessité de rompre avec l'ordre colonial. Le journal acquit une renommée nationale et internationale parce qu'il liait étroitement entre elles les luttes anticolonialistes, les luttes sociales des travailleurs agricoles, des ouvriers de l'industrie du tabac, des paysans spoliés par les colons, des dockers refusant de charger les armes sur les navires à destination du Vietnam, le soutien au combat du peuple vietnamien, des peuples marocain et tunisien pour se libérer du colonialisme, au peuple coréen agressé par l'impérialisme américain sous la bannière de l'ONU, la dénonciation de l'exécution des époux Rosenberg accusés mensongèrement d'espionnage au profit de l'URSS, sa solidarité avec les victimes du maccarthysme aux USA, la défense du socialisme et de l'URSS, la lutte pour la paix, etc. 

 

Sa ligne éditoriale partait implicitement de l'idée que la libération nationale devait être une première étape dans le grand combat, de portée mondiale, pour le socialisme.

 

Sans faire de concession sur la question coloniale, Alger républicain déploie avec énergie un travail politique destiné à gagner les travailleurs d'origine européenne à la nécessité de reconnaître au peuple algérien le droit à décider de son destin. Il s'efforçait d'isoler la minorité des gros colons, d'unir dans un même combat les exploités de toutes origines contre leurs ennemis de classe communs, la bourgeoisie impérialiste, de tenter de préparer les conditions politiques d'une Algérie nouvelle qui bannisse les distinctions de race, de religion ou d'origine, tournée vers l'abolition de toutes formes d'exploitation et d'oppression externe ou interne.

 

Alger républicain devient la "bête noire" des colons, des bachaghas, leurs collaborateurs indignes, de la bourgeoise métropolitaine, des fascistes ultra-colonialistes, de toutes les forces impérialistes en France ou aux USA.

 

Le déclenchement de l'insurrection armée pour la libération nationale bénéficia naturellement du soutien sous des formes multiples d'Alger républicain. A la violence des colonialistes, le peuple algérien avait le droit d'opposer sa violence pour se libérer. Ce n'est jamais de gaité de coeur que les révolutionnaires et les communistes se décident à passer de l'action politique à l'action armée, lorsque l'exploiteur ou l'oppresseur ne veut pas entendre raison et que toutes les formes de luttes pacifiques sont épuisées. Les classes exploiteuses recourent systématiquement à la violence quand leurs privilèges sont sérieusement menacées, y compris dans les pays capitalistes "démocratiques" où la bourgeoisie peut abolir la démocratie formelle et passer au fascisme afin de mater le mouvement ouvrier. Cette loi de la lutte des classes, les communistes éduqués par la théorie marxiste-léniniste l'avait assimilée.

 

Pour le faire taire, pour l'empêcher de révéler les crimes commis par l'armée coloniale, les colonialistes intensifièrent leurs mesures répressives. Une pluie de condamnations à de lourdes peines de prison ou de fortes amendes, sans parler de la censure impitoyable, s'abattit sur le journal. Les autorités coloniales décident de l'interdire en 1955 en même temps qu'elles interdirent le PCA. Henri est contraint à mener une vie clandestine périlleuse. De nombreux journalistes rejoignent le maquis où ils tombèrent au champ d'honneur. Collaborateur du journal, Henri Maillot tombe à son tour sous la mitraille des forces répressives après s'être emparé d'un camion d'armes en avril 1956 dans le cadre d'une opération organisée par les groupes armés du PCA, les Combattants de la Libération, sous la direction de Bachir Hadj Ali et de Sadeq Hadjerès. Ces armes furent remises à l'ALN et aux CDL.

 

Henri Alleg affronte dans la clandestinité la répression colonialiste

 

Henri Alleg est quant à lui chargé par son parti d'informer l'opinion française en envoyant des articles au journal l'Humanité pour continuer à dénoncer la répression qui s'abat sur l'ensemble du peuple algérien et de ses forces patriotiques et à faire connaître les objectifs du combat armé entamé par le Front de Libération Nationale le 1er novembre 1954.

 

Il fait l'objet d'une traque impitoyable. Il ne fut capturé que deux longues années après par les sinistres parachutistes de Bigeard et de Massu, couverts par le socialiste Robert Lacoste, gouverneur général d'Algérie, exécutant zélé des pouvoirs spéciaux, obtenus du parlement par le gouvernement de Guy Mollet sur la base de la promesse mensongère d'instaurer la paix en Algérie. Il est arrêté en juin 1957 sur le seuil du domicile de Maurice Audin, lui aussi membre du PCA, professeur de mathématiques à l'Université d'Alger, arrêté et torturé à mort, le corps enterré dans un lieu tenu secret jusqu'à aujourd'hui.

 

Henri est affreusement torturé. Pas un mot ne sortit de sa bouche, sauf pour fustiger ses bourreaux. Grâce à son attitude courageuse exemplaire, l'armée coloniale ne réussit jamais à mettre la main sur les dirigeants du PCA. Leur organisation clandestine put poursuivre son travail de coordination de la lutte des communistes et son soutien politique national et international à l'action du FLN.

 

Henri n'échappa au sort qui attendait la plupart de ceux qui tombaient dans les griffes de leurs tortionnaires que grâce à l'action énergique de son épouse Gilberte, militante admirable elle aussi, et à la campagne d'information animée par l'Humanité avec l'appui des personnalités humanistes les plus courageuses que comptait la France. Dans la prison de Barberousse il ne s'avoue pas vaincu. Il continue le combat. Il rédige secrètement "La question" qu'il réussit à faire parvenir en France par l'entremise de son avocat. Il y décrit la pratique de la torture comme pratique érigée en système visant à la destruction physique violente des réseaux patriotiques et de la propagation de la terreur généralisée pour briser la résistance du peuple algérien, maintenir par la force un ordre colonial condamné par l'histoire. Cette pratique abominable des régimes exploiteurs, Henri s'était moralement et psychologiquement préparé depuis 1941, lors de son adhésion au PCA, à la subir un jour. Le livre de Henri eut un énorme retentissement en France et dans le monde. Ce livre servit puissamment la cause du peuple algérien en révélant le véritable visage des défenseurs du colonialisme et du monde dit "libre".

 

En prison, Henri avait résisté non seulement aux menaces de ses geôliers colonialistes mais aussi aux pressions morales "amicales" de membres du FLN pour qu'il répudie ses idéaux communistes, rompe avec son parti au motif que la guerre de libération exigeait de tous les anti-colonialistes de se fondre en un mouvement unique. Comme la quasi-totalité des communistes algériens confrontés à ces pressions, Henri ne céda pas, convaincu que les travailleurs allaient avoir grand besoin dans l'Algérie indépendante d'un parti de classe résolu à transformer la révolution nationale-démocratique en révolution socialiste. L'indépendance ne pouvait être qu'une étape historique et non une fin en soi, sur le chemin long et ardu de l'émancipation des classes exploitées et le rapprochement sur des bases nouvelles entre les peuples enfin délivrés de l'intoxication idéologique de leurs exploiteurs.

 

Condamné à 10 ans de prison il est transféré en France. Il s'évade de prison en 1961 avec l'aide de l'organisation du PCF. Il rejoint la délégation extérieure du PCA à Prague où il va déployer avec une énergie redoublée un travail de propagande intense pour contribuer à achever l'isolement sur le plan international de l'impérialisme français à la veille des négociations que le gouvernement français est obligé d'engager avec le FLN et qui seront consacrées par la signature le 18 mars 1962 des Accords d'Evian.

 

Les nouvelles tâches des communistes dans l'Algérie indépendante 

 

Le 3 juillet 1962, l'indépendance est enfin proclamée. Une étape historique venait d'être franchie. Des centaines de milliers d'hommes et de femmes avaient offert leur vie pour que l'Algérie arrache son indépendance. 

 

Inévitablement le conflit qui avait opposé au colonialisme l'immense majorité du peuple algérien allait céder la place à des clivages de classe internes sur les objectifs à assigner à la construction d'un pays devenu indépendant.

 

Le PCA et Alger républicain devaient jouer pleinement leur rôle dans la nouvelle situation historique pour éclairer les travailleurs sur le contenu socio-économique et politique des objectifs des nouveaux combats, la lutte pour la libération économique et sociale, la démocratie au profit des masses laborieuses, le socialisme. La question qui se posait était de savoir si l'indépendance devait apporter ses bienfaits à l'ensemble des couches laborieuses du pays ou profiter seulement à une minorité de nouveaux nantis.

 

Henri et ses camarades s'engagent sans hésitation dans cette nouvelle bataille. Ils relancent Alger républicain. Ils durent pour cela affronter et surmonter avec courage et détermination l'opposition ouverte ou honteuse, les menaces de liquidation à peine voilées émanant de certains responsables FLN hostiles à l'action indépendante des communistes et à ce qu'ils allaient représenter dans le combat pour les choix fondamentaux de l'Algérie nouvelle.

 

Il s'agissait de déjouer les plans de l'impérialisme français qui n'allait pas s'avouer vaincu dans ses tentatives de maintenir ses positions économiques et politiques dans son ancienne colonie. Il allait s'adapter au nouveau rapport des forces, prenant appui sur les classes couches sociales algériennes qui aspiraient seulement à remplacer les "Cent seigneurs de la colonisation" sans toucher aux intérêts économiques fondamentaux du grand capital français en Algérie. En même temps, il fallait mettre en échec les tentatives des couches possédantes ou privilégiées algériennes de s'ériger en classes au pouvoir et de prendre la place et les biens abandonnés par les Borgeaud et les bachaghas Boualem. L'action de Henri et de ses compagnons devait tendre surtout aux premiers jours cruciaux de l'indépendance à empêcher la transformation en guerre civile des divergences surgies à la réunion du CNRA à Tripoli entre les responsables du FLN. Elle devait soutenir le contenu positif du programme soumis au cours de cette réunion, appeler les travailleurs et la paysannerie pauvre à se battre pour son application, contribuer à organiser le mouvement spontané des travailleurs qui s'étaient dressés contre l'accaparement par une nouvelle bourgeoisie des terres et des usines abandonnées par les colons et les patrons capitalistes dans leur fuite vers la France et qui s'étaient mis à les gérer eux-mêmes.

 

La situation politique était complexe. Le régime qui se mettait en place était hétérogène sur le plan des choix idéologiques. Il était traversé de contradictions profondes obscurcies par des querelles subjectives héritées du mouvement national. Une aile des nouveaux dirigeants proclamait dans les discours publics son attachement au socialisme. Mais d'autres franges ne pensaient qu'à s'enrichir et à s'emparer des biens laissés par les Européens évitant de s'opposer ouvertement à l'option socialiste proclamée formellement dans le Programme de Tripoli. Leur tactique consistait à saboter sournoisement l'application des choix officiels et à bercer les masses de fausses promesses en attendant de conquérir assez de poids économique et politique pour tourner la page du socialisme. Le PCA représentait à leurs yeux une menace pour leurs aspirations égoïstes. Ils surent tirer profit des contradictions des dirigeants de la petite-bourgeoisie qui n'acceptaient pas de laisser les travailleurs et le PCA jouer un rôle politique indépendant. Son interdiction en novembre 1962, au nom de l'unicité du FLN, soi-disant indispensable à l'unité du pays et de ses forces patriotiques, quatre mois à peine après l'indépendance, avait été approuvée, à de très rares exceptions, par toutes les tendances du nouveau régime. Elle laissait planer sur le journal co-dirigé par Henri un danger permanent de suspension, sous les motifs les plus fourbes, même s'il n'était pas l'organe du PCA.

 

L'équipe dirigée par Henri, Boualem Khalfa et Abdelhamid Benzine, eut à défendre le droit du peuple à la parole contre les manoeuvres des arrivistes et réactionnaires camouflés, à soutenir les décisions positives du gouvernement, à appeler à des décisions radicales qui s'inscrivaient dans le processus d'achèvement de la révolution nationale-démocratique, telles que la réforme agraire, la nationalisation des hydrocarbures et des mines, la participation démocratique des masses populaires à la gestion du pays et au contrôle à tous les niveaux de leurs représentants. Elle avait par exemple dénoncé la caporalisation de l'UGTA lors de son premier congrès en 1963. Appliquant les orientations tactiques du PCA, elle tentait de favoriser les décantations au sein du régime et de la société pour faire mûrir l'union des forces révolutionnaires dans un parti d'avant-garde, socle d'un front patriotique dirigeant l'édification nationale. Sur le plan international, Henri déploya tout son talent pour que le journal contribue à l'expression de la solidarité effective de l'Algérie indépendante avec le combat des mouvements anti-colonialistes et anti-impérialistes en Afrique et dans le monde, au renforcement des liens avec le camp socialiste et l'URSS. "Victorieuse Cuba", le témoignage vibrant de Henri Alleg est publié dans Alger républicain. Ce livre joua un grand rôle dans le soutien au pays qui venait de se libérer de l'emprise des USA et de la dictature de Batista, sa marionnette. Ce travail contribua à sceller les rapports de solidarité nés depuis le renversement de cette dictature en 1959 entre Cuba  et l'Algérie combattante. Cuba apportera un soutien concret  à l'Algérie perfidement agressée par l'armée du monarque marocain en 1963.

 

Henri mena au sein de son parti un combat ferme pour que, tout en soutenant les premières mesures progressistes du gouvernement de Ben Bella - nationalisation des terres des colons en octobre 1963, création d'entreprises publiques, telles que Sonatrach et SNS, et de centres de formation pour préparer la récupération des richesses naturelles et leur transformation en Algérie dans le processus de l'indispensable industrialisation - il ne cède pas à l'illusion que le FLN pouvait se transformer en parti capable d'exprimer l'idéologie de la classe ouvrière et de mener de façon conséquente la lutte pour le socialisme. Le risque de sabordage du PCA était devenu sérieux après l'adoption de la Charte d'Alger par le congrès du FLN d'avril 1964. Cette Charte se caractérisait par un contenu idéologique proche de idées du socialisme scientifique mais comportait en même temps la marque de l'hégémonisme petit-bourgeois réfractaire à l'action et à la mobilisation démocratiques indépendantes de la classe ouvrière. Dans la pratique, il existait un divorce grandissant entre les orientations décidées à l'initiative du courant socialisant et la nature socio-économique anti-socialiste d'un grand nombre de responsables très influents dans l'appareil administratif et militaire qui commençait à s'installer. Dans de telles conditions, la meilleure aide que le PCA pouvait apporter au processus de décantation et de différenciations était de préserver son indépendance, d'éviter de succomber à la tentation d'une fusion dont les conditions n'étaient en fait pas réunies. Une éventuelle fusion ne pouvait être qu'un leurre en raison notamment de la négation du droit à l'existence légale du PCA pour discuter sur un pied d'égalité avec l'aile progressiste du FLN, du refus de ce front-parti d'adhérer aux thèses du marxisme. Henri s'était opposé au sein du Bureau politique à l'auto-dissolution du PCA et à la dilution de ses militants dans le FLN. Il défendait la nécessité de préserver l'indépendance idéologique et organique du PCA, comme parti marxiste-léniniste de la classe ouvrière, ne se laissant pas duper par la phraséologie ultra-révolutionnaire du socialisme petit-bourgeois réfractaire à l'idéologie prolétarienne. Dans cette lutte difficile les défenseurs du capitalisme poussaient les différents courants petit-bourgeois à l'affrontement avec les communistes. Cela était visible en 1963 quand Alger républicain avait été censuré pour avoir condamné la sanglante répression anticommuniste opérée en Irak après le coup d'Etat du baath. Même si elles affichaient un penchant socialisant, de multiples franges de la petite-bourgeoisie pouvaient à tout moment basculer dans la tentation de réprimer par la violence le mouvement communiste.

 

Alger républicain s'efforçait sous la direction conjointe de Henri et de Boualem Khalfa, en concertation étroite avec les dirigeants du PCA, de clarifier les enjeux, d'armer idéologiquement les travailleurs, de rapprocher les différents courants révolutionnaires. Dans les nouvelles conditions de l'Algérie indépendante, Alger républicain était à la fois le porte-voix des positions du PCA interdit et la tribune de discussions et de dialogue de toutes les forces, au sein ou en dehors du FLN, qui s'interrogeaient sur le moyen de créer un parti d'avant-garde unifié comme force dirigeante des transformations socio-économiques dans la perspective du socialisme et qui agissaient concrètement dans cette voie. Henri en avait pleinement conscience et assumait en connaissance de cause toutes les implications politiques qui en découlaient, y compris l'éventualité de dangereux retournements de situation.

 

Après le coup d'Etat du 19 juin 1965

 

C'est ce qui se produisit à la veille et après ce coup d'Etat.

 

D'abord, les dirigeants du régime, Ben Bella à leur tête, avaient décidé de faire disparaître le journal en le fusionnant avec Le Peuple à la veille de la commémoration du 3 ème anniversaire de l'indépendance du pays, soi-disant pour unifier toutes les capacités idéologiques dans la défense de la "révolution socialiste". En fait, la décision dissimulée sous la couverture de la création d'un organe unique chargé exprimer les orientations "socialistes" du FLN telles que définies dans la Charte d'Alger, camouflait de façon grossière la liquidation du journal. Elle préludait à l'éviction de Henri notamment qui devait être désigné dans un premier temps au poste purement honorifique de rédacteur en chef de l'agence de presse officielle APS. Quelles qu'aient été les intentions des personnalités progressistes du régime, la résultante des rapports de force d'un régime hétérogène ne pouvait être que négative. Objectivement, le véritable but de l'opération était de faire taire la voix des communistes, la seule qui n'hésitait pas à se faire l'écho du mécontentement des masses populaires, à dénoncer les magouilles et tripatouillages de toute une faune de responsables occupés à utiliser leurs postes dans l'Etat pour s'enrichir de façon effrénée.

 

Ensuite le renversement du chef de l'Etat a été accompagné de la fermeture du journal pour son refus de publier la proclamation des factieux. 

 

Réduite à un noyau sans base, suite à la décision unilatérale de quelques uns d'entre eux de dissoudre leur parti, les dirigeants en exercice du PCA n'était pas prêts à analyser avec rigueur la nouvelle situation et à donner de justes orientations aux nombreux militants dispersés depuis un an. Les erreurs d'analyse et d'appréciation du véritable rapport des forces dans la société, les illusions entretenues par les discours publics du président déchu, la surestimation du poids réel des fractions progressistes du régime, la sous-estimation de l'influence de son aile droitière et réactionnaire, la méconnaissance de la nature des contradictions internes d'un régime, issu de la guerre de libération et donc fondamentalement hétérogène sur le plan de sa structure sociale et de ses orientations idéologiques, avaient conduit à une opposition frontale irréfléchie au nouveau pouvoir, considéré en bloc comme un régime réactionnaire.

 

Les courants réactionnaires du régime avaient exploité ces positions pour déclencher une féroce répression anti-communiste, affaiblir et opposer les uns aux autres les différentes composantes des forces progressistes et anti-impérialistes du pays.

 

Au milieu d'un déchaînement de propagande anti-communiste, enveloppée sous un chauvinisme anti-européen indigne, Henri doit de nouveau poursuivre la lutte dans la clandestinité. C'est sur la décision prise par les dirigeants du PCA dans les semaines qui suivirent le coup d'Etat qu'il dût se résigner, à son corps défendant,  à quitter le pays où il s'était battu contre l'oppression, l'exploitation et les injustices durant 27 ans. Il rejoint la France pour mener le travail que la direction du PCA lui avait confié: animer à l'étranger un travail d'information auprès du mouvement communiste international afin d'organiser la solidarité avec les communistes et progressistes algériens en butte à la répression et à la torture, organiser les travailleurs algériens dans l'immigration. Il était la personne la mieux indiquée pour mener à bien ce travail vital.

 

Il assumera la direction de la représentation extérieure du PAGS. 

 

Ce n'est que sept ans après son départ que, coupé physiquement malgré lui de l'Algérie, mais convaincu qu'une nouvelle génération de cadres communistes algériens s'était formée pour diriger son parti, il décide avec l'accord de la direction du PAGS de s'engager au sein du PCF. Sa décision était dictée par le désir de donner le meilleur de lui-même dans la lutte contre le capitalisme en France. En tant qu'internationaliste il appliqua le principe de l'obligation de militer dans les rangs du parti communiste du pays d'accueil, comme il l'avait fait en 1941 en adhérant au PCA, comme il l'aurait fait ailleurs si les hasards de la vie n'avaient pas contrarié son projet d'aller en Amérique latine où il aurait certainement mené son combat avec les communistes de ce continent contre les dictatures à la botte de l'impérialisme américain.

 

Henri rejoint l'Humanité. Il prolonge dans ce journal le travail du PAGS pour appuyer les mesures positives du régime de Boumediene tout en exprimant son rejet de la répression anticommuniste. Mais il n'approuvera pas les orientations prises par ce journal en direction de l'Algérie lorsque, fasciné par l'action progressiste et anti-impérialiste du régime de Boumediene, et passant sous silence ses contradictions, le PCF rompit avec le PAGS, établit des relations privilégiées avec le FLN. L'Humanité avalise le discours socialiste officiel et présente le FLN, au mépris des réalités, comme une organisation d'avant-garde révolutionnaire engagée dans la réalisation de la société socialiste. Henri ne pouvait tolérer de telles erreurs de jugement, encore moins accepter que le PAGS soit interdit de présence à la fête de l'Humanité au profit du FLN, jusqu'à ce l'explosion d'octobre 1988 et la répression sanglante qui s'en suivit montrèrent que ce parti n'incarnait en rien les aspirations des travailleurs.

 

Parallèlement, Henri mène un travail titanesque pour décrire dans de nombreux ouvrages ce que fut le colonialisme et sa guerre en Algérie, pour montrer les réalités du capitalisme américain, pour faire connaître le travail d'édification d'une nouvelle société dans les républiques de l'Asie centrale de l'URSS, etc.

 

Durant les journées d'octobre 1988, il appuie le travail mené en France sous la direction de Boualem Khalfa pour dénoncer les exactions commises par les forces répressives du régime de Chadli contre les jeunes.  Il contribua à la rectification de la ligne de l'Humanité qui prit peu à peu ses distances vis-à-vis du régime algérien. 

 

Henri Alleg défend le socialisme face à la horde des revanchards après la contre-révolution en URSS

 

A la fin des années 1980, la contre-révolution redressa la tête en URSS et dans les pays socialistes. Encouragée par le soutien des régimes capitalistes et de toutes forces rétrogrades dans le monde, exploitant les graves erreurs économiques commises sous la pression de couches sociales opposées à l'approfondissement du socialisme, ou les questions complexes et nouvelles surgies des progrès même de la construction du socialisme, elle s'empare du pouvoir avec l'aide de groupes dirigeants capitulards intimidés par les conséquences de la "guerre des étoiles" engagée par Reagan. L'humanité tout entière est plongée dans la régression. Cette victoire est le signal d'une contre-offensive générale de la bourgeoisie dans le monde. Les conquêtes sociales de la classe ouvrière et des travailleurs sont remises en cause. L'impérialisme  longtemps tenu en respect par l'Union soviétique et contraint à reculer sur tous les continents, après avoir subi défaite sur défaite, se lance dans des agressions meurtrières, comme celle qui a ravagé l'Irak et celles qui ont mis à feu et à sang une bonne partie de l'Afrique. Les organes de l'impérialisme: FMI, Banque mondiale, OMC, OTAN, etc., s'ingèrent dans la gestion économique de tous les pays du monde pour dicter leurs recettes, casser les systèmes de protection sociale, ouvrir de force les frontières des pays pris dans leurs rets aux mouvements sauvages des capitaux de la bourgeoisie monopoliste.

 

La défaite du mouvement communiste a provoqué un reflux. La réaction déclenche dans les anciens pays socialistes la chasse aux sorcières. En RDA les dirigeants demeurés fidèles à leurs idéaux sont persécutés devant les tribunaux revanchards montés de toutes pièces par l'impérialisme allemand sous l'instigation des USA. Les arrivistes de tout crin ont viré de bord et joint leur voix au concert de propagande sur l'échec "irrévocable" du socialisme. Dans tous les partis communistes, les courants opportunistes s'enhardissent et arrivent dans la plupart des cas à imposer l'abandon des principes révolutionnaires du marxisme-léninisme. Le plus souvent ils continuent à arborer l'étiquette "communiste" pour tromper les travailleurs et les jeunes attachés à la poursuite de leur combat en dépit de la défaite, ou utiliser ce qualificatif comme fonds de commerce et moyen de marchandage dans des alliances électorales sans principe.

 

En Algérie même les renégats sabordent le PAGS et se font les agents de propagande d'un soi-disant capitalisme moderne, étape indispensable selon eux "au développement des forces productives". Nombre de ses cadres sont devenus des apologistes du "modèle" sud-coréen ou brésilien.

 

Dans ce concert international de vociférations anti-communistes et de cris de joie de la bourgeoisie, les convictions de communistes comme Henri ne sont pas ébranlées. Des hommes comme lui ne sont pas venus au socialisme comme d'autres embrassent des effets de mode ou utilisent les résultats des luttes comme rampe de lancement pour assouvir leurs ambitions personnelles mesquines. Leurs convictions se sont forgées dans les plus dures conditions de l'affrontement avec les régimes bourgeois, quand la lutte côtoyait en permanence la perspective de la mort sous la torture. Elles sont assises sur une assimilation profonde des lois de la lutte des classes, des enseignements de la théorie scientifique élaborée par Marx, Engels, Lénine et leurs continuateurs.

 

Loin d'abandonner la lutte ou de se laisser vaincre par le découragement, Henri a mené la bataille pour la défense du communisme sur plusieurs plans:

 

-il a décrit et dénoncé les fruits pourris de la destruction du socialisme en URSS, montrant de façon concrète aux travailleurs du monde entier, matraqués par la propagande bourgeoise, comment les peuples de cette union fraternelle ont été dépossédés de leurs biens collectifs par une bourgeoisie rapace et réduits à une misère épouvantable inimaginable.

 

-il a participé activement dans le Comité international Honecker à la défense d'un dirigeant révolutionnaire honnête et courageux, jeté en prison non par son peuple mais par la bourgeoisie de l'Allemagne de l'ouest revancharde qui n'avait rien d'autre à lui reprocher que le fait d'avoir participé à la construction d'une société bâtie sur d'autres bases que la propriété capitaliste.

 

-il a mené en France jusqu'à son dernier souffle une lutte opiniâtre pour la reconstruction d'un parti communiste retournant aux sources du congrès de Tour et renouant avec les principes qui avaient fait de lui un grand parti de classe, puisant sa force dans sa résolution à abattre le capitalisme, à conduire le prolétariat français à la conquête du pouvoir et à la socialisation des grands moyens de production.

 

-il a soutenu de toutes ses forces l'oeuvre difficile de reconstruction du parti communiste en Algérie en exprimant en permanence sa solidarité avec le PADS.

 

Henri a réaffirmé lors de son dernier séjour en Algérie qu'il demeurait toujours "bolchiste", terme déformé utilisé par un colon réactionnaire pour fustiger les communistes.

 

Parlant de la disparition de l'URSS dans les derniers paragraphes de "Mémoire algérienne", il nous a laissé en termes remarquablement  condensés un message profondément optimiste:

 

"Non, ce n'était pas la "fin de l'histoire" comme ce ne l'était pas après la défaite de Spartacus ou de la Commune de Paris. Sur tous les continents, des multitudes d'hommes et de femmes reprenaient et reprendraient encore victorieusement le flambeau, plus forts, plus expérimentés, plus unis, plus conscients encore que ceux qui les avaient précédés, aussi résolus et aussi confiants en l'avenir.

 

Le parcours restait inachevé. Son terme se révélait seulement plus lointain, plus douloureux et plus difficile à atteindre que nous ne l'avions cru, mais nous savions aussi que nous ne pourrions jamais renoncer à ce qui a été et demeurait notre première et lumineuse raison de vivre : poursuivre, avec des millions d'autres, la lutte séculaire des exploités, des opprimés, des "damnés de la terre" pour que naisse enfin un autre monde, un monde de vraie liberté, de vraie fraternité".

 

Le souvenir de Henri restera gravé à jamais dans la mémoire des communistes non seulement d'Algérie et de France, mais du monde entier.

 

Les révolutionnaires poursuivront partout dans le monde son combat pour une société où les travailleurs délivrés de l'exploitation et de l'oppression de classe construiront un monde de coopération et de fraternité débarrassé des haines et des guerres engendrées par les régimes révolus.

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Algérie
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