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    Le site Solidarité Internationale PCF publie des traductions de déclaration, des communiqués, des articles théoriques et d'actualité provenant de partis communistes du monde entier ainsi que des analyses françaises sur le mouvement communiste international et la politique étrangère de la France. La ligne éditoriale du site suit les positions du Réseau "Faire vivre et renforcer le PCF" (site http://vivelepcf.fr/) qui refuse la dérive réformiste du PCF suivant le PGE. Notre site s'efforce de faire vivre la conception de la solidarité internationale portée historiquement par le PCF.

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29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 20:27

610px-Flag and map of Algeria.svgFace à l'impasse économique et sociale et aux manœuvres des forces de l'ultra-libéralisme, quelle alternative pour les travailleurs Algériens et le pays?


 

Communiqué du Parti algérien pour la démocratie et le socialisme (PADS) repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



La crise politique et sociale se développe dans notre pays. L'effervescence politique gagne de nombreux courants d'opinion à la suite des manifestations récentes des jeunes de nombreuses villes et région du pays. La chute de la dictature du clan Benali en Tunisie abattue par la révolte sociale de la jeunesse marginalisée et de l'intifadha du peuple a redonné espoir dans notre pays à de larges couches de la société dans leur capacité à arracher la liberté d'expression et d'organisation.

 

Le mécontentement de larges catégories sociales populaires est très grand face à la cherté de la vie, aux difficiles conditions de vie, au fossé qui sépare une petite minorité de riches trafiquants et d'exploiteurs à l'immense majorité de la population, à l'absence de perspectives pour les jeunes et les travailleurs, à l'absence de rupture avec le système capitaliste parasitaire et antinational, au verrouillage de la vie politique. Il a atteint un tel degré qu'il a attisé les conflits dans le pouvoir entre les diverses fractions de la bourgeoisie compradore, affairiste, parasitaire, trafiquante et exploiteuse et entre leurs représentants parmi les partis et personnalités politiques médiatisés par la presse.


 

Les divers clans de la nouvelle bourgeoisie et les Etats impérialistes intriguent pour renforcer leur domination sur l'Algérie, piller ses richesses et exploiter encore plus les travailleurs


 

Ces luttes de clans n'ont rien à voir avec la recherche de solutions aux problèmes des travailleurs, de leurs enfants, de la petite paysannerie, des couches sociales qui ne vivent qu'à la sueur de leur front, aux problèmes du chômage, du logement, de la misère, du favoritisme et du népotisme, des inégalités de classe.

 

Les barons de l'import se battent entre eux pour monopoliser la plus grande part des ressources en devises de l'Etat. Ils utilisent certaines franges de la jeunesse déshéritée qu'ils ont réussi à tromper pour le repartage des zones tombées sous leur domination depuis 1990 et le contrôle de l'importation des produits alimentaires de base comme l'huile, le sucre, le café, le lait en poudre, les céréales et légumes secs, ou des médicaments et d'autres produits sur lesquels ils ont bâti leurs immenses fortunes ces dernières années.

 

Ils n'acceptent pas que la taille de leur gâteau soit réduite. Ils veulent plus d'argent de l'Etat et moins ou pas d'impôts du tout. Ils veulent continuer à faire fuir les capitaux en toute impunité à travers le système de la surfacturation des biens importés. Ils refusent tout projet d'investissements de réindustrialisation du pays qui aurait pour effet de réduire leurs importations et leur part dans le partage des devises du pays. Ils se dressent contre toute mesure tendant à réduire l'hémorragie des devises provoquée par la hausse vertigineuse des importations et des profits rapatriés par les sociétés étrangères. Ils veulent continuer à gaspiller l'argent du pétrole dans l'importation de biens de luxe pour satisfaire l'appétit insatiable de la minorité des gros possédants.

 

Ils tentent de consolider leur force économique par un contrôle direct des leviers de direction de l’Etat.

Les pays impérialistes exploitent de leur côté le mécontentement populaire et l'impopularité du régime. La crise économique mondiale du capitalisme les pousse à intensifier leurs pressions pour accentuer leur mainmise sur l’Etat algérien. Plus l’Etat leur fait de concessions, comme l’accord d’association avec l’Union européenne, le dialogue permanent avec l’OTAN, dans le but de préserver les intérêts des classes possédantes et l’hégémonie des groupes dirigeants du régime, plus les puissances impérialistes sont incitées à exiger davantage de faveurs. Et plus elles encouragent leurs alliés internes à remettre violemment en cause les timides tentatives de contrôle des transactions financières extérieures amorcées par une frange de ce pouvoir depuis l’été 2009.

 

Le but de leurs pressions ouvertes ou cachées est de porter à la tête de l'Etat des valets à leurs bottes pour piller à plus grande échelle encore les richesses du pays. Ils travaillent à renforcer les pouvoirs des clans disposés à se mettre sans hésitation à leur service. Ils financent une multitude d’associations, appâtent des jeunes et citoyens de divers milieux socioprofessionnels, tissent sans relâche de vastes réseaux d’influence pour établir leur domination sur le pays, étouffer toute évolution favorable aux intérêts des couches laborieuses du pays et contraire à ceux des oligarchies financières impérialistes. Ils continuent à manipuler des groupes terroristes islamistes pour justifier leurs ingérences militaires dans la région au nom de « la lutte internationale contre le terrorisme ». Ils appuient les hommes qui leur ouvriront toutes les portes du pays et leur permettront en particulier d'installer des bases militaires. Ils espèrent transformer l'Algérie en néo-colonie et renforcer par son intermédiaire leur mainmise sur toute l'Afrique.

 

La sociale-démocratie française, support de l’impérialisme en Afrique et dans le monde, s’active pour maintenir l’Algérie dans l’orbite de la mondialisation impérialiste Elle agit par l’entremise de personnalités politiques affiliées à l’Internationale socialiste et tente d'embrigader certaines organisations syndicales « autonomes ».

 

De nombreuses forces politiques dans l'opposition ultra-libérale sont elles aussi étroitement liées aux importateurs et aux capitalistes nationaux et étrangers. Elles cherchent activement l'appui des puissances impérialistes. Les dirigeants de groupes d'opposition - RCD et certainement d’autres personnalités - sollicitent la sympathie et l'appui des USA. Le dirigeant du RCD a fait également un grand clin d'oeil à l'impérialisme français. Il s’est élevé contre la conclusion d'un accord de principe entre l'Algérie et l'Allemagne sur le projet d'énergie solaire « Desertec » aux dépens des groupes financiers et industriels français auxquels s'est associé le groupe algérien privé Cevital. Ce magnat créé de toutes pièces par des clans puissants du régime ne cache pas son désir de mettre les banques algériennes publiques à la disposition exclusive de ses projets monopolistes juteux. Le vrai problème pour le peuple algérien n'est pas de choisir avec qui, de l'Allemagne, de la France, du Japon ou de Rockefeller, il doit se lancer tête baissée dans le projet gigantesque d'énergie solaire pour l’alimentation de l'Europe. Le problème crucial est d'exploiter rationnellement les ressources gazières et pétrolières existantes afin d’assurer sa propre sécurité énergétique. Le vrai problème est de ne pas rééditer l'expérience ruineuse du plan d’exportations massives de gaz, le plan dit « Valhyd » condamnant l’Algérie à vider ses gisements dans un avenir tout proche.

 

Benbitour s'inscrit à fond, lui aussi, dans ce jeu au bénéfice des grandes puissances impérialistes. Ce personnage a été un homme de la Banque mondiale. Il a donné en 2000 le coup de grâce à l'appareil productif national par sa décision, en qualité de chef du gouvernement, d’interdire à l'Etat d’intervenir dans le financement des entreprises publiques industrielles.


 

Pour l'avènement d'un véritable Etat démocratique populaire de progrès, patriotique et anti-impérialiste


 

Les travailleurs, les petits paysans, la jeunesse marginalisée par le système capitaliste compradore actuel, tous ceux qui ne vivent que du produit de leur travail et qui désirent de profonds changements pour réaliser leurs aspirations sociales à des conditions de vie dignes et un lendemain meilleur, n'ont pas d'autre alternative que de se battre, s'unir, s'organiser pour des changements politiques, économiques et sociaux radicaux.

 

Ils doivent se battre pour leurs propres revendications politiques et sociales de classe dans la plus grande vigilance pour éviter de faire le jeu des forces de l’ultra libéralisme et de leurs porte-parole dans les partis de l'opposition "libérale". Ces partis ont approuvé et justifié les mesures imposées à l'Algérie par le FMI en 1994. En réalité, ils combattent toute politique économique de rupture avec les orientations ouvertement capitalistes suivies depuis le lancement des soi-disant réformes en 1990. Pour éviter de dévoiler leur vrai programme économique et masquer leur action en faveur du renforcement du poids de la grosse bourgeoisie, ils prétendent concentrer leurs luttes sur la liquidation du « système ». Ils arborent le drapeau de la lutte pour la dignité. Ils feignent d’ignorer que la destruction de l'économie nationale, la paupérisation de la grande majorité de la population, l'aggravation du chômage avec la dissolution des entreprises, le fléau de la prostitution, les inégalités sociales, la corruption, le détournement de l'argent de l'Etat, l'accaparement des terres agricoles, l'abandon des populations de vastes régions du pays à leur sort, etc., sont des conséquences directes de ces ajustements qu’ils ont soutenus et veulent « approfondir ». Le musellement de la vie politique, sous prétexte de lutter contre le terrorisme, n’a servi et ne sert qu'à briser toute résistance populaire à cette politique désastreuse. C'est une grande hypocrisie que de se présenter comme le défenseur de la "dignité" quand on a appuyé une politique dont le résultat a été de plonger dans une profonde détresse les travailleurs, de pousser à la "harga" ou au suicide des milliers d’entre eux et de jeunes depuis 1994. C'est une grande hypocrisie que de dénoncer le verrouillage politique quand on a, comme le RCD, appuyé la modification en 1996 de la loi sur les partis dans un sens anti-démocratique et policier, quand on a siégé sans hésitation dans un gouvernement issu de la fraude et de la manipulation électorales.


 

Travailleurs, jeunes des couches populaires, petits paysans, petits artisans et commerçants, cadres honnêtes de l'économie et de l'Etat, battez-vous pour un système politique, économique et social qui défend vos intérêts.

 

Battez-vous pour que soient chassés de l'Etat les féaux des barons de l'import, des spéculateurs, des exploiteurs!


 

Battez-vous pour:


 

-l'abrogation de la loi sur les partis, de la loi et des règlements scélérats qui empêchent la formation de vrais syndicats de classe indépendants, la liberté de réunion, d'expression, d'organisation, de manifestation pacifique;

 

-le droit à l'accès à la radio et à la télévision publiques pour faire entendre votre voix;

 

-mettre fin au détournement de l'Etat d'urgence de ses objectifs: la lutte contre les groupes terroristes qui utilisent l'Islam pour réaliser leurs conceptions moyenâgeuses ; supprimer toutes les dispositions de cet état d’urgence interdisant les rassemblements, les manifestations, les réunions des travailleurs, des paysans, des jeunes, des forces démocratiques et progressistes;

 

-le soutien financier et matériel de l’Etat à la presse d’opinion démocratique, progressiste et patriotique;

 

-l'abrogation du code de la famille et l'abolition de toute discrimination envers les femmes.


 

Battez-vous pour:


 

-la reconstitution des entreprises publiques pour l'importation et la distribution des produits alimentaires de base, le médicament, les principaux matériaux de construction et équipements, l’élimination des monopoles privés qui ont accaparé le commerce extérieur ;

 

-l'appui à la relance et au développement d’entreprises publiques chargées de produire des biens et services de base comme le lait, le sucre, l'huile, la semoule et la farine, les médicaments, le transport public, la santé, etc., afin de briser tout monopole privé dans quelque secteur que ce soit;

 

-une politique de relance industrielle, seule capable de créer de vrais emplois durables, à travers la réhabilitation du secteur public comme moteur et colonne vertébrale du développement ; pour une gestion transparente et démocratique de ce secteur;

 

-un soutien massif à la petite paysannerie afin de l'aider à accroître la production des aliments de base, à améliorer ses conditions de vie;

 

-la renationalisation des secteurs stratégiques privatisés ;

 

-une véritable politique de formation professionnelle, de recherche scientifique et technologique liée aux besoins de la relance des secteurs productifs;

 

-une planification démocratique et scientifique;

 

-une politique de logement social décent et d’aide au loyer pour les locataires à faibles revenus;

 

-l’application de la loi obligeant les employeurs à déclarer leurs salariés à la sécurité sociale, la lutte contre la précarisation des salariés et l’utilisation arbitraire des contrats à durée déterminée pour asservir le travailleur ;

 

-la suppression de la TVA sur les produits de base et de large consommation ainsi que sur les équipements productifs, l'augmentation des impôts directs sur les bénéfices des sociétés et les revenus des catégories sociales les plus riches, l'institution de lourdes taxes sur les produits de luxe, l'application de l'impôt sur la fortune et sur tout signe d'opulence;

 

-la lutte contre l'évasion fiscale, la grosse corruption et les signes d'enrichissement des responsables à tous les niveaux de l'Etat et des entreprises publiques;

 

-l'abrogation de l'accord d'association avec l'Union européenne;

 

-le refus de l'intégration à l'OMC ou à toute zone de libre-échange qui détruit notre économie nationale et plonge les travailleurs dans la précarité, zone arabe, Maghreb, UE, etc.;

 

-l'intensification de la coopération et de l’entraide économiques, culturelles et militaires avec les pays qui rejettent le diktat de l'impérialisme.

 

 

Battez-vous contre toute ingérence étrangère dans les affaires internes du pays!

 

Battez-vous pour que l'Algérie ne s'intègre en aucune manière à l'OTAN, à aucune structure militaro-politique de domination impérialiste des peuples!

 

Ne comptez que sur vos propres luttes organisées et coordonnées pour arracher de vrais changements!

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 20:51

logopads.gifFace à l’aggravation de la situation sociale des masses et au diktat insolent des importateurs de biens alimentaires et des grossistes



Édifions les instruments d’organisation des luttes pour l’instauration d’un véritable État démocratique populaire de progrès !



Communiqué du Parti Algérien pour la Démocratie et le socialisme (PADS) repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



La hausse sans précédent du prix des biens alimentaires de base importés, hausse fortement amplifiée par le diktat des importateurs et des grossistes, a déclenché depuis plusieurs jours des manifestations de jeunes dans toutes les villes et régions du pays. La révolte des jeunes des milieux populaires et ouvriers traduit le fait que la situation a fini par devenir insupportable face à la misère, au chômage, à l’impossibilité d’avoir son logement et de se marier, à la corruption, à l’enrichissement insolent d’une toute petite minorité de la société, à l’arbitraire, à l’arrogance de ceux qui dirigent le pays grâce au bourrage des urnes et verrouillent la vie politique, à l’absence d’avenir pour les couches sociales les plus démunies.



Cette situation n’est pas le résultat de la politique d’un homme ou d’un groupe de dirigeants, de simples erreurs politiques ou d’une mauvaise « gouvernance ». Elle n’a pas commencé avec Bouteflika et elle ne finira pas avec son départ. C’est la conséquence du grand tournant effectué ouvertement vers le capitalisme à la fin des années 1980 et camouflé sous l’enseigne des « réformes ». Ce tournant a été imposé par les partisans du capitalisme au sein du régime, avec à leur tête Chadli. Ils avaient joué la carte de l’intégrisme islamiste pour détourner le peuple des véritables solutions à la grave crise économique créée par les choix de classe de ce même régime, diviser les travailleurs et les jeunes, éliminer politiquement et physiquement leurs vrais défenseurs, les communistes et les progressistes.



L’accord passé avec le FMI en 1994, revendiqué et soutenu par tous les partis bourgeois sans exception, islamistes ou « modernistes », avait servi d’alibi pour imposer avec hypocrisie ce tournant comme un « moindre mal » ou comme une fatalité dictée par la « mondialisation ». Le désespoir de larges catégories de jeunes et de leurs parents face à une voie sans issue dans le cadre de ce système exprime l’approfondissement des inégalités entre une infime partie de la population possédant tout et l’immense majorité de la société réduite à vivre dans la précarité sans garantie du lendemain.Quelques milliers de famille se partagent l’essentiel du revenu national et des rentrées pétrolières grâce aux privatisations, à la libéralisation du commerce extérieur qui a placé sous le contrôle d’une bande de gros magnats plus de 3000 milliards de dinars de flux financiers, à la restitution des terres agricoles nationalisées en 1973, au lotissement d’immenses parcelles de terre fertile de l’État, à la subordination du secteur bancaire public aux intérêts égoïstes d’une poignée d’heureux élus du régime, aux exonérations fiscales et sociales qui ont fait baisser les prélèvements fiscaux sur le privé de 60% en 20 ans, à l’exploitation par les sociétés privées de jeunes payés par l’État dans le cadre de la prétendue politique de soutien à « l’emploi-jeunes ». Les taxes douanières ont été fortement baissées ces dernières années, notamment après l’accord d’association avec l’Union européenne qui a fini par achever les secteurs productifs du pays. Mais ces baisses n’ont pas profité aux consommateurs. Les prix des biens importés n’ont jamais connu de diminution. Le fruit de ces baisses s’est transformé en profits supplémentaires pour les importateurs, échappant au fisc grâce à leurs nombreux acolytes dans les appareils d’État.



20 ans d’application d’une politique capitaliste, 30 ans de sabotage du secteur public économique, n’ont apporté au peuple et au pays que misère plus grande, inégalités et injustices croissantes, arriération économique sans fin, destruction du tissu industriel que l’Algérie avait commencé à créer dans les années 1970 en investissant l’argent du pétrole pour garantir l’avenir des nouvelles générations.



La cause de la grave impasse actuelle est à rechercher dans cette politique qui se poursuit depuis 30 ans et pas dans de prétendus retards et freins aux réformes ou à « l’autisme » des dirigeants comme le claironnent la presse bourgeoise gavée par les recettes publicitaires et les politiciens rusés et fourbes des riches. Les profiteurs du capitalisme réel algérien ont une faim insatiable. Ils exigent toujours plus de mesures en leur faveur sans que leur système ait réussi à mettre sur pieds quoi que ce soit de comparable aux réalisations enregistrées dans les années 1970, en moins de dix ans, malgré les erreurs commises et des visions hégémoniques anti-ouvrières qui avaient entravé à l’époque la mobilisation populaire sur des bases démocratiques. Aucun industriel privé digne de ce nom n’a montré qu’il était capable de faire mieux que les entreprises publiques pendant les années 1970. Le pouvoir n’a rien fait d’autre depuis 20 ans que fermer la plupart d’entre elles pour remplacer leur production par l’importation, y compris la levure !



Dans ce capitalisme glouton, avide et à courte vue - peut-il être autre chose que cela dans un monde dominé par quelques puissances impérialistes décidées à briser les derniers arrivés ? - les nouveaux riches, chouchoutés par leur pouvoir depuis 30 ans, en arrivent jusqu’à considérer comme inacceptable le simple fait de facturer leurs ventes, de payer par chèque et de déposer leur argent dans les banques ! Un travailleur salarié paye comparativement trois fois plus d’impôts sur le revenu qu’un gros importateur, un industriel ou un affairiste ! Comment peut-on supporter une injustice aussi criante ?



A chaque avantage fiscal ou social accordé aux riches, le pouvoir cherche à équilibrer le budget en dévaluant de façon scélérate le dinar. Cette manipulation engendre la hausse du prix des biens importés et ne touche de plein fouet que le pouvoir d’achat des travailleurs, des retraités, des petits paysans et de ceux qui ne vivent que des maigres pensions de l’État.Les immenses réserves en devises du pays - 155 milliards de dollars ! - sont stérilisées dans les banques étrangères ou ne servent qu’à financer des dépenses d’infrastructure non prioritaires comme l’autoroute Est-Ouest. Des centaines d’usines auraient pu être construites depuis que les revenus pétroliers se sont améliorés en 2000. Mais le régime a opté pour le gel ou la destruction du potentiel industriel public au nom du désengagement de l’État de la sphère économique.



Une fraction du pouvoir actuel est maintenant effrayée par des perspectives qui peuvent devenir plus sombres avec l’aggravation prévisible de la crise mondiale du capitalisme et une chute du prix du pétrole qui pourrait en résultermalgré les « prophéties », sujettes à caution, sur une hausse des prix à attendre de la croissance en Chine et en Inde. Elle tente de freiner l’hémorragie des devises en resserrant le contrôle sur les relations financières extérieures de l’Algérie. Il est faux de croire que cette frange du pouvoir a fini par comprendre qu’il faut revenir à une politique en faveur des masses populaires. Ce qui la fait agir au point qu’elle entre en conflit avec les intérêts à court terme des capitalistes compradores ou industriels, avec ceux des couches les plus parasitaires du capitalisme, c’est la défense même du capitalisme face au danger d’une révolution populaire qui exproprierait les possédants. Tant mieux pour le développement du pays si elle réussit à ré impulser le développement des forces productives en réhabilitant le secteur public. Mais les intérêts capitalistes que ce groupe veut consolider durablement, y compris en relançant le secteur public industriel, continueront à constituer un frein sérieux à un authentique développement économique global. Les mesures prises à cette fin, comme l’instauration du crédit documentaire, sont inopérantes parce qu’elles évitent soigneusement d’éponger, par la hausse du taux d’imposition des plus riches et des taxes douanières sur les biens de luxe, l’énorme masse de revenus détenues par cette petite minorité de super privilégiés. S’attaquer à ces revenus, c’est s’attaquer la base sociale du pouvoir !



Il n’y a pas de salut à attendre de l’intérieur du régime ni des partis bourgeois d’opposition à la recherche du soutien des puissances impérialistespour les aider soi-disant à « instaurer la démocratie », ou la « démocratie certifiée » par la « communauté internationale » des USA, de la France et de l’Allemagne. Ces partis, le RCD, le CCDR, Benbitour et compagnie, défendent le capitalisme, les bourgeois anciens ou nouveaux, les multinationales. Ils cherchent seulement à obtenir un meilleur partage des clés du régime.



Les jeunes, les travailleurs, les couches populaires, ne doivent compter que sur leur propre lutte, leur propre travail unitaire et organisé pour créer les conditions de vrais changements politiques et sociauxavec l’avènement grâce à leur combat organisé d’un État de démocratie populaire véritable qui prépare le renversement radical du capitalisme. En dehors d’un tel régime il est illusoire de penser que le pouvoir actuel et les bourgeois qui le soutiennent peuvent mettre les revenus pétroliers au service d’un développement réel qui profiterait aux producteurs de richesses, aux travailleurs, aux petits fellah et aux artisans, à tous ceux qui ne vivent que du produit de leur travail personnel, améliorerait leur condition de vie, supprimerait la répartition injuste du revenu national, réduirait la dépendance par rapport aux États impérialistes.



Les jeunes en colère doivent isoler les casseurs manipulés, éviter de tomber dans le piège des manipulateurs qui cherchent à les utiliser pour préparer des changements d’équipe à l’intérieur du régime afin que rien ne change radicalement. Il faut mettre fin à la destruction et à la casse qui ne font qu’aggraver la situation du peuple.



La solution à la crise actuelle est de construire les instruments de mobilisation pour réaliser les aspirations des exploités et des couches marginalisées : un parti communiste fort et enraciné au sein des travailleurs, des syndicats de classe indépendants, des organisations de jeunes chômeurs, travailleurs, étudiants, paysans, hommes et femmes, un front démocratique populaire de progrès.


Communiqué du PADS - 8 janvier 2011

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 18:39

Algeria-RiotsManifestations dans tout le pays contre la cherté de la vie, la corruption, l’arbitraire et l’absence de perspectives politiques en faveur des couches laborieuses du pays

 

par Zoheir Bessa, pour Alger Républicain

 

repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

La colère des jeunes, des enfants issus des couches sociales les plus démunies et des travailleurs, une colère accumulée depuis des années est en train d’éclater partout et simultanément dans le pays.

 

Le détonateur de cette puissante explosion sociale est la hausse des prix des produits alimentaires de base. Cette explosion était prévisible. Les milliers de manifestations et de soulèvements localisés et éparpillés de ces dernières années ont préparé le terrain à un embrasement généralisé. Les quartiers populaires d’Alger, Oran, Béjaïa, Constantine, Annaba, etc., sont le théâtre d’affrontements avec la police, de jour comme de nuit. Les jeunes dénoncent la politique de mépris du régime à leur égard : chômage, favoritisme, logements sociaux au compte-gouttes, absence de politique d’aide au loyer pour les couples de chômeurs ou de salariés mal rémunérés, santé au rabais, corruption généralisée. Les gros scandales qui ont éclaté l’an dernier à Sonatrach ont indigné les citoyens. Mais ils n’ont débouché que sur l’arrestation de petits comparses. Les donneurs d’ordre ne sont pas inquiétés. Selon certains articles de presse ils peuvent même se permettre d’acheter des villas cossues à Neuilly ! La flambée des prix des biens alimentaires de première nécessité n’a été que la mèche qui a mis le feu aux poudres.


Comme s’ils voulaient narguer le peuple, les importateurs et les grossistes ont décidé d’augmenter d’un seul coup de 20 à 100% le prix des produits alimentaires de base, comme le sucre, l’huile, le café et les légumes secs. Le lait en sachet demeure introuvable. Les patrons des laiteries dictent leur loi. Cette situation réduit à la sous-alimentation ou même à la faim la grande majorité de la population. Une situation aussi intolérable n’est possible que parce que l’importation et la commercialisation de ces produits sont devenues le monopole d’une poignée de gros nababs grâce à la libéralisation du commerce extérieur, décidée en 1991. Ces gros nababs ont l’appui de personnages puissants du pouvoir. En 20 ans ils ont ramassé des milliers de milliards en imposant leurs prix et leurs insolentes marges de profit. Cet argent n’a pas servi à développer la production nationale. Il a été utilisé pour construire de grosses villas, de buildings loués à prix d’or aux sociétés étrangères et pour acheter des biens immobiliers à l’étranger.


Cette flambée est aussi la conséquence de la décision des classes de pilleurs et d’exploiteurs au pouvoir de ne pas soutenir le prix des produits alimentaires de base au nom des « saines règles de l’économie de marché », depuis que le choix pour le capitalisme a été publiquement affiché dans les années 1990. Le seul désir de ces classes parasitaires est de réserver les revenus pétroliers à leur enrichissement égoïste.


Pendant que le peuple souffre du chômage, de la malnutrition, des privations alimentaires et de la misère, l’argent du pétrole alimente les comptes en banque à l’étranger des corrompusou sert à permettre à des jeunes pistonnés à acheter de grosses voitures de luxe sous couvert de prêts à la micro-entreprise ou à « l’emploi jeunes ».


Évidemment ces prêts ne seront pas remboursés dans la plupart des cas, grâce au soutien des amis bien placés du « papa ». Les gens du régime chantent depuis des années le refrain archi usé du désengagement de l’État et du refus de suivre des politiques sociales qualifiées avec mépris de « populistes ». En réalité leurs discours sont d’une hypocrisie sans borne. Ils se sont en effet désengagés de toute politique en faveur des travailleurs et des plus démunis mais pour s’engager à fond à enrichir les plus riches en mettant dans leurs mains l’argent de l’État au moyen de gros marchés publics surfacturés et de très nombreuses astuces « légales » votées par des députés aux ordres comme la baisse des impôts sur les bénéfices des sociétés ou des taxes douanières sur l’importation de produits de luxe : voitures somptueuses, faïences, vêtements, produits électroménagers de haute gamme, etc. L’argent existe mais il va dans les poches des plus riches.


Il est clair qu’une course pour le pouvoir est engagée depuis des mois comme en témoigne l’éclatement des grosses affaires de corruption impliquant publiquement des personnalités du pouvoir, comme en témoigne aussi l’annonce faussement démentie de l’intention du frère du chef de l’État de se préparer à prendre les commandes du pays, comme en témoignent également l’agitation de nombreux chefs de partis politiques « d’opposition » en direction des ambassades des grandes puissances impérialistes et des appels à la « communauté internationale » pour les soutenir.


La crise mondiale du capitalisme a des répercussions multiples et profondes sur le pays.


Les difficultés créées par la crise internationale du capitalisme et les conséquences de l’absence de véritable politique de développement aggravent d’abord la misère des travailleurs et des couches sociales les plus démunies. Ces conséquences étaient prévisibles.Depuis des années Alger républicain n’a cessé de dénoncer l’incurie du pouvoir des classes parasitaires et possédantes. Un pouvoir représentant les intérêts de classe des travailleurs, de la petite paysannerie, des couches qui ne vivent que de leur travail aurait suivi une autre politique économique et sociale, une politique qui aurait permis d’éviter ces conséquences. Il aurait investi l’argent du pétrole dans l’industrie, l’agriculture, la création d’entreprises de réalisation de logements décents et accessibles aux petites bourses. Il n’aurait pas laissé l’argent du pétrole partir en fumée dans l’importation de biens de luxe pour une minorité. Il aurait donné la priorité à la réfection des routes qui desservent les quartiers populaires, au transport public et ferroviaire. Il n’aurait pas brûlé plus de dix milliards de dollars dans la construction d’une autoroute qui a pour seule fonction de fluidifier la circulation de centaines de milliers de véhicules individuels importés ces dernières années grâce au crédit à la consommation garanti par les banques de l’État et qui a permis aux multinationales de réaliser de gros profit sans tenir leur engagement de contribuer à la mise en place des noyaux d’une industrie automobile nationale. Il se serait appuyé sur le contrôle populaire pour traquer les gros fraudeurs du fisc. Il aurait taxé lourdement les dépenses parasitaires.


La crise a également créé des contradictions au sein du régime. Ses éléments les plus « clairvoyants », regroupés autour du chef du gouvernement, tentent depuis des mois de réduire la facture des importations et les sorties de devises. Leur souci est de préserver d’abord les intérêts à long terme de la bourgeoisie pour éviter une révolution populaire qui s’attaquera inévitablement aux privilèges amassés en moins de 30 ans par une minorité de nantis. C’est dans cet esprit qu’ils ont pris des mesures préventives pour atténuer les conséquences financières d’un grave effondrement du prix du pétrolequ’aucun prévisionniste ne peut écarter, étant donné l’évolution vers l’aggravation de la crise capitaliste mondiale, même si les cours sont repartis à la hausse ces derniers mois. Mais comme ils ont participé au verrouillage de la vie politique pour préserver les intérêts des classes possédantes, ils ont empêché la formation d’organisations politiques ouvrières et populaires indépendantes qui auraient pu jouer un rôle de premier plan dans la lutte contre les gros importateurs et leurs hommes politiques dans ou en dehors du pouvoir. Ils sont incapables de chercher l’appui du peuple qu’ils ont appauvri et humilié pendant des années pour mettre fin au diktat des importateurs.


Au lieu de s’attaquer directement à la source de la spéculation et du commerce informel, c’est-à-dire à quelques dizaines de gros importateurs, ils ont lancé ces derniers mois et partout dans le pays la police contre les centaines de milliers de petits vendeurs à la sauvette. Traquer cette frange la plus démunie de la population et augmenter en même temps de 50% les salaires des policiers, c’était le meilleur cadeau de nouvel an fait à la mafia de l’import et du commerce spéculatif de gros ! Il est clair que les puissantes forces du gros commerce spéculatif, parties prenantes du pouvoir, ont actionné leurs nombreux relais dans le commerce informel pour tenter de détourner le mécontentement des masses populaires, se servir de lui pour obtenir l’annulation des récentes mesures qui tendent à obliger les barons de l’import à se soumettre aux contrôles fiscaux, comme la révision des registres du commerce des sociétés d’importation tous les deux ans, la facturation obligatoire pour les grossistes, le règlement par chèque des transaction de plus de 500 000 dinars.


Ce qu’il faut aujourd’hui pour sortir le pays de cette impasse c’est de consacrer l’argent de l’État aux investissements productifs qui créent des richesses durables. L’Algérie n’a pas besoin de prêter 85 milliards de dinars aux Emirs du Golfe pour que ceux-ci nous apprennent à créer un parc de loisirs et empochent de juteux bénéfices en devises sans verser un dollar de leur poche ! Elle a besoin d’usines qui réduisent les importations, donnent du travail, un vrai travail, un revenu durableet offre l’occasion aux jeunes diplômés de rivaliser dans l’innovation technologique afin de dépendre de moins en moins du marché capitaliste international. L’Algérie a besoins d’usines qui créent d’autres usines. Il faut rouvrir les usines de l’État qui ont été fermées, comme les fabriques de chaussures, de vêtements, renationaliser celles qui ont été privatisées et qui ne servent, comme le complexe sidérurgique d’El Hadjar, qu’à transférer des devises vers l’étranger. Il faut moderniser et augmenter les capacités de production des usines de lait de l’État, etc. Il faut arrêter les projets qui ne servent pas à créer une industrie de base. A quoi servent les centres commerciaux géants qui coûtent des centaines de milliards, financés avec l’argent de l’État ? A permettre à des sociétés étrangères de vendre leurs biens aux nouveaux riches et aux voleurs de deniers publics à un prix double ou triple de leur prix en Europe et à transférer de gros profits à l’étranger !


Ce qu’il faut c’est mettre fin aux lois et aux accords internationaux qui ont cassé la protection de la production nationale et ne permettront jamais à une industrie nationale de voir le jour.


Ce qu’il faut c’est aider la masse de petits fellahs à produire les biens alimentaires de base, lentilles, pois chiches, blé, etc. Or aujourd’hui l’État ne soutient que les gros fellahs qui spéculent sur les légumes et la pomme de terre. 9 fellahs sur 10 ne reçoivent aucune aide de l’État. Comment après cela réduire la facture des importations alimentaires ? L’argent du Fonds national de développement agricole a servi à grossir la corruption à de hauts niveaux. Des personnalités ont été citées par la presse sans que la justice n’ait réagi. Aucun bilan sérieux de l’utilisation de ce fonds n’a été établi.


Ce qu’il faut c’est que l’argent des banques publiques aille aux entreprises qui produisent des biens et notamment aux entreprises publiques abandonnées par le pouvoir depuis plus de 20 ans.Pas d’argent aux importateurs ou aux faux industriels qui se contentent, par exemple, de remplir des bouteilles avec de l’huile d’importation !


Ce qu’il faut c’est taxer fortement les biens de luxe consommés par une minorité de richissimes exonérés de charges et maniant à perfection la fraude fiscale grâce à des complices bien placés. Ce n’est pas en dévaluant en cachette le dinar qu’on augmente les rentrées fiscales de l’État pour équilibrer des comptes qui ont été déséquilibrés par les cadeaux que le pouvoir ne cesse de faire aux riches depuis 30 ans et surtout ces dernières années. Le pouvoir accorde des augmentations de salaire d’une main, sous la pression des grèves, mais les reprend de l’autre en dévaluant en un an le dinar de 10 %, ce qui augmente le prix des biens importés et grossit le portefeuille des importateurs. Cela est inadmissible !


Ce qu’il faut c’est de traquer les corrompus et les obliger à rendre l’argent volé.Il faut réaliser beaucoup de choses pour fournir aux travailleurs et au peuple de vraies perspectives d’espoirs, de paix, de tranquillité, de sérénité, de vraies raisons pour ne pas chercher à vivre ailleurs.


Mais ce qu’il faut surtout et en premier lieu c’est que les jeunes ne passent pas leur colère sur les biens publics en détruisant les abris bus, les transports publics, les sièges des agences de Sonelgaz ou de la Poste, en brûlant des usines. Ces biens servent d’abord à ceux qui n’ont rien. L’arme la plus efficace c’est le travail organisé, coordonné, réfléchi autour de mots d’ordre concrets, pour arriver à créer les conditions qui permettront de bâtir les organisations populaires de progrès capables de débarrasser le pays des corrompus et des pilleurs de biens publics, de soumettre tout élu à quelque niveau que ce soit à un contrôle populaire permanent.


C’est la meilleure façon de démasquer et de mettre hors d’état de nuire les manipulateurs qui tentent de se servir de la colère des jeunes et du peuple pour régler des comptes entre clans du pouvoir.Tout ce que veulent des manipulateurs prêts à mettre le pays à feu et à sang pour arriver à leurs fins, c’est de remplacer Hadj Moussa par Moussa Hadj, écarter du pouvoir un groupe de corrompus au profit d’un autre groupe de corrompus, mettre la main sur le magot de l’État et continuer la même politique capitaliste qui a ruiné le pays au seul bénéfice d’une petite caste d’oligarques.

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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 22:29

el-hadjarDix ans après la privatisation du complexe sidérurgique d'El-Hadjar: un « marché de dupes » pour le peuple algérien



Article pris sur le site d'Alger Républicain



Le quotidien algérien La Tribune publie dans son édition du 4 septembre un article bien documenté de son correspondant à Annaba sur le bilan de la privatisation de cette entreprise stratégique. Sous le titre : “un marché de dupes ?” il confirme ce qu’Alger républicain a été le seul à dénoncer durant des années : l’opération relève de l’escroquerie pure et simple.


Elle n’a rien rapporté à l’Algérie, ni sur le plan financier, ni sur le plan technologique. Le niveau de la production n’a connu aucune amélioration par rapport à l’époque où le complexe appartenait à l’État algérien.


La multinationale s’est comportée en vampire. Elle s’est contentée de pomper les devises et de profiter des largesses de l’État avec la complicité des plus hauts responsables du pays, à commencer par Bouteflika et Ouyahia qui n’hésitaient pas lors de meetings ou de conférences de presse à vanter les prétendues bienfaits de la privatisation en reprenant à leur compte les fausses informations diffusées par les patrons de Ispat devenue MittalArcelor.


Nous publions l’article de La Tribune dans son intégralité.


Alger Républicain

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« En 2001, la reprise du complexe sidérurgique d’El Hadjar par l’indien Ispat s’était faite dans l’enthousiasme, dans le cadre de la politique de privatisation tous azimuts consacrant le désengagement de l’Etat de certains secteurs. Les conditions et le contexte dans lesquels les pouvoirs publics avaient cédé 70% du capital de l’ex-SNS n’étaient pas du tout favorables à la négociation et on peut aujourd’hui affirmer sans conteste que le fleuron de l’industrie sidérurgique maghrébine avait été bradé, ce qui conforte certains dans leur position de défenseurs de la chose publique et qu’on avait qualifiés alors de « socialistes résiduels ».



Aujourd’hui, près de dix ans après la signature du contrat de reprise, la situation du complexe sidérurgique n’est guère reluisante et aucun signe n’augure une amélioration qui pourrait sortir définitivement l’usine de la zone de perturbations qu’elle traverse depuis quelque temps. En effet, un petit aperçu sur le bilan de ce partenariat ou, comme on se plaît à l’appeler, investissement direct étranger (IDE) montre que les engagements pris lors de la reprise n’ont pas du tout été respectés, le groupe ArcelorMittal ne cherchant qu’à faire des bénéfices tout en profitant des avantages fiscaux et parafiscaux accordés par l’Etat algérien ainsi que des prix préférentiels de l’énergie mise à disposition et de certaines facilités auxquels des entreprises nationales n’ont pas accès. Ces faveurs étaient censées maintenir les investissements existants, encourager et en attirer d’autres pour juguler la crise que traversait le pays et créer des milliers de postes d’emploi permanents.



Le « savoir-faire » du repreneur s’est limité au management soutenu par une gestion pas aussi rigoureuse qu’on veut bien le faire croire puisque les scandales qui ont secoué le complexe ne se comptent plus. Ce qui est sûr, c’est que la productivité et la rentabilité des installations datant de 1969 ont atteint un seuil au-delà duquel on ne peut aller, au vu des moyens mis en œuvre. Ce qui arrange beaucoup l’employeur puisque les salaires octroyés sont bien en deçà de ceux pratiqués dans les autres sites du groupe où la fiche de paie de l’ouvrier étranger est 7 à 8 fois supérieure, soit un même niveau de production à un coût moindre.



En dehors de cet aspect, l’emploi au niveau du complexe a connu une baisse vertigineuse, passant de près de 12 000 travailleurs à exactement 5 400 aujourd’hui. « Tous les travailleurs partis à la retraite depuis 2001 n’ont pas été remplacés, nous déclare le secrétaire général du syndicat d’entreprise ArcelorMittal, Smaïn Kouadria. Et il y a encore un plan social dans les tiroirs de la DRH qui prévoit le départ de 1 200 autres travailleurs, et si cela venait à se concrétiser - ce qui ne se fera jamais tant que je suis à la tête du syndicat -, l’usine comptera 4 200 travailleurs, ce qui voudra dire qu’on aura réduit le nombre de près de 3/4. Avec cela, on veut maintenir le niveau de production et même l’augmenter, cela relève de l’impossible. »



D’un autre côté et toujours sur le plan de l’emploi, les entreprises de sous-traitance algériennes qui gravitaient autour du complexe sidérurgique se sont trouvées concurrencées par d’autres, étrangères celles-là, et qui avaient décroché des contrats mirobolants et très avantageux. Grand Smithy Works, une entreprise indienne de récupération de déchets ferreux, livrait cette matière première qu’elle facturait au prix fort à l’usine, comme si les PME locales ne pouvaient s’acquitter de ce travail qui ne nécessite pas, et sans ironiser, la maîtrise d’une technologie supérieure. Non seulement cette entreprise avait profité des largesses des décideurs du complexe mais elle en est venue jusqu’à arnaquer le complexe en lui livrant ses propres déchets pris dans le crassier et ce, avec la complicité de gardes, de facturiers et de responsables algériens que les patrons de l’entreprise avaient corrompus.



Le transfert de devises se faisait via les cambistes clandestins de la rue Gambetta à Annaba dans les valises et passait à Londres. Efes, une entreprise turque des transports, est, elle aussi, venue faire fortune à El Hadjar en décrochant un contrat et en contractant des prêts auprès de banques, toutes algériennes, pour l’acquisition de camions de transport. « De sa propre huile, on le fait frire », comme l’illustre bien ce bon vieux proverbe tout aussi algérien.



Lors de la signature du contrat de reprise en 2001, Ispat avait pris l’engagement d’investir sur les dix années qui suivaient 175 millions de dollars qui devaient aller au renouvellement des installations, à l’amélioration des conditions de travail, à la formation et à la sécurité. Aujourd’hui, soit neuf années plus tard, le groupe ArcelorMittal n’a consenti que près de la moitié de ce montant et ne veut plus entendre parler d’investissements. Pour preuve, jusqu’à aujourd’hui et après neuf mois, la cokerie est toujours à l’arrêt et la décision de sa rénovation ou de son renouvellement n’a pas encore été prise. On va d’expertise en expertise, sans plus, malgré l’engagement du groupe Sider, détenteur de 30% du capital, à contribuer à cette opération.Lors d’une récente déclaration, le directeur des ressources humaines au complexe sidérurgique d’El Hadjar, Daniel Atlan, avait critiqué la productivité au sein de l’usine en déclarant que le complexe ArcelorMittal de Dunkerque (France), avec un nombre d’ouvriers se situant autour de 5 000, produit 7 millions de tonnes alors qu’El Hadjar produit 7 fois moins avec un effectif supérieur. Ce que M. Atlan omet de dire, c’est que le complexe de Dunkerque est entièrement automatisé et dispose de moyens et d’une technologie bien supérieure à celle du complexe d’El Hadjar dont les installations sont vétustes.« Et si le complexe continue malgré tout à tourner, c’est grâce au savoir-faire des Algériens et à leur travail, ce partenariat ne nous a rien ramené, bien au contraire et je suis d’avis que l’Etat reprenne le complexe à hauteur de 51% », conclut M. Kouadria. »



Mohamed Rahmani, correspondant à Annaba, de La Tribune



 

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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 01:44

drapalgOù va l'Algérie?

 


Article de Miguel Urbano Rodrigues, dirigeant historique du PC Portugais. Ecrivain et journaliste, il dirige aujourd'hui le site Odiario.info


 

Traduit par AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/


 

Miguel Urbano Rodrigues a connu Alger en 1953 quand elle était la capitale d'une colonie déguisée en département Français. Dans cet article, après une brève visite, il écrit sur l'Algérie du début du XXIème siècle, un pays trouble mais fascinant dont le présent ne correspond pas à l'espoir suscité par une lutte héroïque pour l'indépendance.



La fascination qu'Alger exerce depuis des décennies sur les étrangers est inséparable du décor.



Les maisons, à prédominance blanche, sont surplombées par des coteaux qui l'enferment en une gigantesque cuvette, avec comme cadre une baie somptueuse, à peine dépassée en grandeur par Guabanara (Rio de Janeiro) et Naples.



Le Colloque International en hommage à Georges Labica m'a permis en Février de redécouvrir la ville, où je m'étais rendu en 1953 quand l'Algérie était encore une colonie déguisée en département Français.



De cette brève visite, je gardais en mémoire des images d'une ville où la grande majorité des habitants était d'origine française. Je me rappelle avoir parcouru alors la Casbah, le noyau urbain antérieur à la conquête où résidaient des dizaines de milliers de musulmans, définis comme indigènes par l'administration coloniale.



J'ai trouvé la Casbah actuelle quasi méconnaissable.



Aujourd'hui, Alger est une ville musulmane où les européens sont une minorité insignifiante. Dans la Casbah, plus de gendarmes ni de drapeaux français, l'arabe a remplacé la langue de Voltaire comme langue nationale, mais la modernité apparente de l'ère de la mondialisation s'impose dans les rues bruyantes, dans les couleurs des panneaux publicitaires, et dans la disparition des costumes traditionnels.



Déclarée patrimoine de l'humanité, la vieille ville ne ressemble à aucune autre dans le monde Islamique. Dans les 45 hectares qui restent de l'ancienne capitale fortifiée de l'époque de la conquête, se concentrent 1 200 maisons, un labyrinthe de rues et de ruelles, d'escaliers tortueux, dans un maillage urbain où ressortent les mosquées et les palais datant des temps de la domination turque, les sanctuaires, les musées, une medersa (une université coranique) et de minuscules boutiques.



Avec une certaine surprise, me rappelant de cités asiatiques du monde Islamique comme la vielle Kaboul, je trouvais la Casbah propre.



En me promenant dans le dédale de ses rues, mon imagination m'a fait remonter dans le temps. Je revécus l'organisation de la résistance, pendant 18 ans, par l'émir Abdel Kader contre l'invasion française de 1830 et, avec émotion, la lutte menée dans la Casbah par les patriotes du FLN contre les parachutistes de Massu, immortalisée dans « La Bataille d'Alger », le film de Pontecorvo.



En foulant ce sol millénaire, avec le regard plongeant des côtes escarpées et vierges vers la mer bleue qui clôt l'horizon, je sentis monter en moi dans cette fraiche journée un sentiment de respect et d'admiration pour les peuples d'Algérie qui – pendant près de 20 siècles – se battirent avec héroïsme contre tous les envahisseurs depuis Rome jusqu'à l'invasion française.



Un pays militarisé



Les Forces Armées Algériennes, estimées à 180 000 hommes (les femmes sont rares dans l'Armée), constituent aujourd'hui peut-être le corps militaire le plus nombreux de tout le continent africain, devançant celles de l'Égypte.



Ce gigantisme ne découle d'aucune menace extérieure prévisible. L'armée a grandit comme réponse de l'État à la vague de violence déclenchée dans la société algérienne par le Front Islamique du Salut – FIS.



Il ne s'agit pas dans cette article de commenter la situation créée par le défi posé par le radicalisme islamiste au Pouvoir détenu par les héritiers du mouvement qui a dirigé la lutte pour l'indépendance nationale.



Je remarque seulement que le message du FIS a été bien accueilli dans un premier temps parmi les couches les plus défavorisées d'une population miséreuse, qui a perdu l'espoir suscité par l'indépendance et les promesses du « socialisme algérien ».



Alors que la population du pays a quadruplé depuis le milieu du siècle dernier – aujourd'hui elle dépasse les 30 millions d'habitants – la révolution annoncée n'a pas eu lieu et l'exode total de la population européenne a provoqué l'effondrement du système économique pré-existant.



L'annulation des élections gagnées par le FIS, qui profitait du mécontentement général, s'est traduit par une vague de violence irrationnelle (150 000 morts et des centaines de milliers d'exilés). La Grande Peur a contribué de manière décisive à la perte de popularité de l'organisation.



La réponse de l'État a été la militarisation du pays.



Alger est aujourd'hui une ville beaucoup plus « sûre » que la majorité des capitales d'Amérique Latine. Le FIS a été militairement écrasé.



Mais le prix social de la défaite infligée à l'organisation islamiste a été très élevé. La densité de la présence policière et la visibilité du dispositif militaire impressionnent l'étranger.



A partir de 6 heures du soir, on ne rencontre plus une femme dans les places et les rues du centre; à 8 heures, la ville, déserte, semble endormie. La vie nocturne est pratiquement inexistante.



Le contraste avec le jour trouble le visiteur car la grande métropole (peut-être 3 millions d'habitants avec la banlieue, mais les statistiques algériennes n'inspirent pas beaucoup confiance) est une fourmilière de gens du matin jusqu'à la coucher du soleil.



Dans la Résidence officielle où se déroulait le Colloque Labica, réservée aux participants et aux invités, on ne pouvait entrer sans passer par un détecteur de métaux semblable à ceux des aéroports.



Un cordon de militaires encercle la capitale à la tombée de la nuit. Mais, les trois fois que nous sommes sortis pour dîner dans des restaurants du centre, à une demi-douzaine de kilomètres des quartiers hauts, les voitures officielles que nous suivions ont été soumises à de nombreux contrôles aux postes militaires. Avec les taxis, le contrôle est encore plus rigoureux.



Une économie fragile



Durant notre court séjour à Alger, ma compagne et moi avons eu l'opportunité de nous entretenir longuement avec d'anciens combattants de la guerre d'indépendance. Ces conversations m'ont apporté des éléments importants, bien que restant à la surface, sur la conjoncture Algérienne telle que la ressentent et la vivent les intellectuels révolutionnaires éloignés du pouvoir.



J'ai parlé également avec des journalistes qui m'ont présenté un panorama de la situation dans les médias.



Une réalité indéniable: la dépendance de l'Algérie vis-à-vis des combustibles est préoccupante. Le pétrole et le gaz fournissent, selon les statistiques officielles, près de 98% des exportations du pays et représentent 40% du PIB. Les réserves prouvées garantissent l'extraction à son niveau actuel jusqu'en 2030, ce qui suscite l'inquiétude quant à l'avenir d'une société dans laquelle l'insuffisance du secteur productif est patente.



L'agriculture traverse une crise profonde, aggravée par les politiques néo-libérales orthodoxes imposées au début des années 1990. Une poignée de milliardaires monopolise les importations de céréales, de lait et de viande, avec la complicité de personnalités de l'Armée. Les conséquences de cette stratégie ont été désastreuses pour les producteurs nationaux, incapables de soutenir la concurrence des prix internationaux. Par ailleurs, les coopératives d'Etat formées après l'indépendance n'ont pas pu répondre aux espoirs placés en elles faute de soutien de la part du Pouvoir central.



Cette grande bourgeoisie, qui a accumulé des fortunes colossales, possède des maisons à l'étranger, où elle passe une grande partie de son temps. Nul ne connaît les sommes déposées sur leurs comptes dans des banques suisses, mais elles sont certainement très élevées. A un niveau inférieur, s'est formée une bourgeoisie prospère, enrichie également grâce à de sombres trafics.



Mais des millions d'algériens vivent sous le seuil de pauvreté.



La crise économique et sociale a pris de telles proportions que le gouvernement a ressenti la nécessité de reconnaître l'échec de l'économie de marché dont il a fait l'apologie pendant des années. Dans son discours de Juin 2008, le président Bouteflika a annoncé un changement de stratégie. Mais la dénonciation des politiques néo-libérales ne s'est pas accompagnée de la formulation d'une alternative. Il ne suffit pas de reconnaître que les multi-nationales qui avaient promis de réaliser des investissements grandioses ont tenté de piller le pays, foulant aux pieds les engagements pris. La nouvelle loi de finances a supprimé les privilèges dont jouissait le capital étranger; mais le Pouvoir n'a pas élaboré de projet national.



Le Président Boumedienne, après le coup d'Etat qui a renversé Ben Bella, a utilisé un temps l'expression « socialisme algérien ». Mais la formule, rhétorique, n'a pas entravé la marche du pays vers un capitalisme dépendant.



L'industrie métallurgique, qui a fait naître l'espoir grâce à une sidérurgie nationale qui a rendu possible la production de tracteurs et le montage de véhicules de transports, est aujourd'hui rien de plus qu'un souvenir.



Le PIB par tête ne dépasse pas les 2 300 dollars.



L'Algérie est, par son territoire, un géant avec plus de 2 350 000 km2 (en grande partie dans le désert du Sahara, où se concentrent le pétrole et le gaz). Mais d'énormes portions de terres fertiles restent non cultivées.



La peur de l'avenir



Une faible implantation d'Internet facilite la compréhension d'un paradoxe apparent: les grands tirages des journaux algériens dans un Continent où on lit très peu.



Le plus grand journal du pays, en langue arabe, a un tirage qui avoisine les 400 000 exemplaires. Le plus important des journaux de langue française atteint les 80 000.



Officiellement, la censure n'existe pas. Mais les journalistes avec qui j'ai parlé m'ont confié que l'auto-censure est la routine dans la majorité des rédactions.



Comme la corruption est considérée comme un fléau national, les éditoriaux et les reportages sur les grands scandales sont tolérés et parfois encouragés. Mais plus aucune transparence quand ils impliquent des personnalités haut placées des Forces Armées.



Officiellement, celles-ci se présentent comme unies dans leur soutien au régime. Mais la réalité dément cette image répandue. Dans le corps des officiers, même dans les échelons supérieurs, se manifestent des tendances contradictoires quant à la direction à donner au pays.



Dans le domaine international, la presse est anti-sioniste et, avec le soutien officiel, solidaire de la lutte des peuples de Palestine et du Liban. Le Hamas et le Hezbollah ne sont pas diabolisés, au contraire de ce qui se passe dans d'autres pays musulmans. Les critiques contre les guerres d'agression des Etats-Unis en Irak et en Afghanistan et les campagnes contre l'Iran sont fréquentes, par ailleurs.



Mais, en ce qui concerne les relations internationales du gouvernement Bouteflika, les surprises sont grandes pour le visiteur méconnaissant les méandres sinueux de la stratégie du Pouvoir.



L'économie est orientée vers l'Union Européenne (approximativement 60% du commerce extérieur), mais le haut commandement de l'Armée approfondit la coopération militaire avec la Chine et maintient des relations cordiales avec Washington. Il est inquiétant que la CIA ait été autorisée à opérer de manière discrète à agir. Le gouvernement Obama, invoquant la nécessité de « combattre le terrorisme » sur le Continent a entamé des négociations visant à l'utilisation par les Etats-Unis de la base militaire installée à Tamanrasset, à l'extrême sud.



Avec le gouvernement Sarkozy, les relations sont désormais marquées par une tension indéniable. La France a été contrainte, par la lutte du peuple algérien, à accepter l'indépendance du pays. Mais ses gouvernements successifs n'ont jamais adopté une attitude responsable dans leurs relations avec la République d'Algérie. Non seulement, ils ont toujours refusé de débattre de la légitimité de réparations matérielles au peuple de son ancienne colonie (des centaines de milliers d'algériens sont morts pendant les huit ans de guerre qui ont provoqué d'énormes destructions matérielles) mais, surtout depuis que Sarkozy est parvenu à la Présidence, ils insistent pour réécrire l'Histoire, en présentant la colonialisation comme globalement positive.



Un gouvernement discrédité



Le FLN, parti au pouvoir, est aujourd'hui une caricature du mouvement de libération qui a mené la lutte pour l'indépendance dans une guerre longue de 8 ans. Comme il ne dispose pas d'une base électorale qui lui garantisse la majorité au Parlement, il a monté une coalition hétérogène, l'Alliance Présidentielle. Ses partenaires sont le Rassemblement National Démocratique (RND), un parti de technocrates dont le cheval de bataille est la modernisation du pays, et le Mouvement Social Populaire (ex-Hamas), une organisation populiste.



L'idéologie est absente de la théorie et de la pratique de l'Alliance et du gouvernement qu'elle soutient.



Le Président Bouteflika se maintient au pouvoir par l'absence d'une alternative à court terme. Mais il a perdu le peu de prestige qu'il avait lors de son élection en 1999. Dans l'opinion des observateurs internationaux, le FIS, bien qu'il inspire aujourd'hui plus la peur et le rejet que la sympathie, remporterait les prochaines élections si elles se déroulaient normalement. Ce serait une façon de sanctionner Bouteflika et ses alliés.



Pour évaluer la complexité de la réaction populaire face au Pouvoir et ceux qui, pour les affronter, ont fait le choix de l'orgie de violence, il est utile de préciser que l'analphabétisme réel en Algérie doit avoisiner les 50%, ce qui dément les statistiques officielles.



Le fossé qui sépare une couche intellectuelle brillante (à l'Université, le français l'emporte sur l'arabe) et les masses est très profond.



Mais il est important de dire qu'il y a eu d'énormes progrès de fait dans le domaine de l'Education. Avant l'indépendance, à peine une centaine d'algériens avait accès à l'enseignement supérieur, réservé presque exclusivement aux européens. Aujourd'hui, le total des étudiants dans les nombreuses universités existantes dépasse les 250 000. De manière regrettable, le diplôme, à la fin du cursus, ne garantit pas un emploi à des dizaines de milliers d'étudiants, dont la frustration est légitime.



Les syndicats sont aujourd'hui des syndicats de façade, et le chômage, très élevé, rend difficile la lutte des travailleurs dont la combativité est faible en l'absence d'une organisation révolutionnaire avec une implantation dans la classe ouvrière, capable de les mobiliser pour la défense de leurs droits, qui puisse jouer le rôle joué pendant la guerre par le Parti Communiste Algérien.



Dans un pays où le salaire minimum est de 150 euros, le salaire moyen se situe entre 250 et 300 euros, le coût de la vie est comparable à celui du Portugal avec la particularité que les hôtels et les restaurants sont excessivement chers.



Où va l'Algérie?



Je ne me sens pas en condition d'apporter une réponse.



Dans mes quelques jours passés à Alger, je me suis trouvé dans un pays méconnu qui a perdu un grand espoir qui a mobilisé la nation au cours d'une guerre de libération épique.



La jeunesse actuelle est née après la guerre d'indépendance, tout comme la génération antérieure. On ressent une énorme frustration en l'absence de perspectives. Un vétéran du combat des années 1950 m'a dit, avec tristesse: « Des milliers de jeunes émigrent tous les ans, principalement pour la France et le Québec, au Canada. Je crois que si ce n'était pas si difficile d'obtenir un visa pour entrer en Europe et en Amérique, 9 jeunes algériens sur 10 quitteraient le pays. »



L'avenir proche semble sombre. Mais l'histoire héroïque des peuples d'Algérie me détache d'une attitude pessimiste.



J'y ai rencontré des hommes dont la lucidité et la détermination ont renforcé ma confiance en l'avenir de la terre millénairement martyrisée d'Algérie, berceau de grands penseurs, d'érudits et de révolutionnaires qui ont gagné le respect de toute l'Humanité.

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