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    Le site Solidarité Internationale PCF publie des traductions de déclaration, des communiqués, des articles théoriques et d'actualité provenant de partis communistes du monde entier ainsi que des analyses françaises sur le mouvement communiste international et la politique étrangère de la France. La ligne éditoriale du site suit les positions du Réseau "Faire vivre et renforcer le PCF" (site http://vivelepcf.fr/) qui refuse la dérive réformiste du PCF suivant le PGE. Notre site s'efforce de faire vivre la conception de la solidarité internationale portée historiquement par le PCF.

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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 23:08
Des raisons à l'ostalgie: retour sur la vie en RDA


Titre original: Looking back at life in the GDR

 

Par John Green, pour le Morning Star (quotidien du Parti communiste de Grande-Bretagne)

 

Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Il y a soixante ans, la République Démocratique Allemande (RDA) était créée à partir de la zone d'occupation Soviétique en Allemagne et en réaction à l'introduction d'une monnaie distincte dans les secteurs occidentaux et à la décision unilatérale de créer la République Fédérale en Septembre 1949.



Elle a été dissoute en 1990 quand le peuple a voté pour son rattachement à la République Fédérale.



Le premier gouvernement est-allemand était composé d'individus dont le parcours personnel était marqué par une opposition active au régime nazi. Nombre d'entre eux avaient passé des années en camps de concentration, en prison ou en exil.



Ils sont revenus déterminés à construire une Allemagne démocratique, anti-fasciste. Une Allemagne qui a commencé dans la vie avec un grand désavantage par rapport à l'Allemagne de l'Ouest. Elle comprenait seulement un tiers du territoire allemand et 17 millions d'allemands, à comparer aux 63 millions à l'Ouest, et était bien plus pauvre, n'ayant que peu d'industrie lourde et très peu de ressources naturelles.



« La RDA était probablement devenue la société la plus égalitaire en Europe »



L'une des plus grande réalisation de la RDA a été la création d'une société plus égalitaire. Des mesures ont été prises pour lutter contre les privilèges de classe et de genre et pour offrir aux enfants de la classe ouvrière de véritables perspectives tant dans le système éducatif que dans leur carrière professionnelle.



Par conséquent, la RDA était probablement devenue la société la plus égalitaire en Europe. L'égalité totale homme-femme, avec égalité salariale, était aussi consacrée dans la loi.



Les différences de salaires entre les différents types de salariés étaient tellement minimes que même les cadres supérieurs ou les ministres pouvaient difficilement être qualifiés de riches, selon les canons occidentaux.



Même en terme de logement, les différences économiques et de classe jouaient un rôle mineur. Dans toutes les régions, on trouvait une certaine mixité sociale et la cohabitation d'une population de cadres avec une population ouvrière.



L'absence de grandes différences de richesses et de privilèges de classe a créé une société plus solidaire et plus harmonieuse. Certains n'étaient pas prêt à accepter cet égalitarisme et préféraient céder aux sirènes des plus gros salaires et des opportunités de carrière venues de l'Ouest, dont l'attrait restait fort. Ce qui a mené à une hémorragie continue de travailleurs qualifiés et de cadres avant la construction du mur en 1961.



Droit à l'éducation, au travail et au logement



La RDA était une société très largement libérée des peurs existentielles. Tout le monde avait droit à l'éducation, au travail et au logement. L'accent était mis sur la société et non sur l'individualisme, ainsi que sur la coopération et la solidarité.



Ce processus de socialisation commençait avec les crèches, continuait à l'école ainsi que sur les lieux de travail et dans les HLM.



Le gouvernement déclarait que ce sont les travailleurs, qui produisaient les biens dont la société avait besoin, qui devaient être mis en avant dans la société.



Ceux qui faisaient des travaux manuels pénibles, comme les mineurs ou les métallurgistes, bénéficiaient de certains privilèges – de meilleurs salaires et une meilleure couverture médicale que ceux qui exerçaient des métiers moins éprouvants ou dangereux comme le travail dans les bureaux ou l'enseignement.



Il y avait des centres médicaux sur les lieux de travail, des docteurs et des dentistes étaient affectés aux grandes usines et à certaines institutions.



Entreprises et syndicats étaient en grande partie responsables de la garantie des soins médicaux, de l'organisation des loisirs, des mécanismes de garde d'enfants et de colonies de vacances, et même se devaient de trouver des solutions aux cas individuels de recherche de logement.



Le syndicat était propriétaire et gérait un grand nombre de maisons de retraite, de sanatoriums et de logements de vacance dont les travailleurs et leurs familles bénéficiaient pour une somme symbolique.



Le système aidait les parents qui travaillaient à résoudre le problème de la garde de leurs enfants pendant les vacances scolaires.



Dans les années 1980, près de 80% de la population pouvait partir en vacances d'une manière ou d'une autre, bien que dans la grande majorité des cas ils les passent en RDA, dans un de ces centres de vacances aux prix dérisoires.



Aucun travailleur ne pouvait être licencié, sauf pour faute grave ou incompétence. Toutefois, même dans ces cas-là, un autre travail lui était proposé.



Le revers de la médaille, c'est qu'il y avait aussi un devoir social de travailler – la RDA n'avait aucun système d'allocations chômage parce que le concept même de chômage n'existait pas.



La place centrale du « salaire socialisé » en RDA



Les niveaux de rémunération en général n'étaient pas très élevés si on les comparait aux standards européens. Mais tout le monde savait que les profits qu'ils avaient créé iraient dans le « pot commun » et qu'ils seraient utilisés pour améliorer la vie de tout le monde, et pas seulement celle d'une poignée de patrons ou d'actionnaires qui empocheraient cet excédent.



La plupart des gens reconnaissait que l'excédent qu'ils avaient créé contribuait à augmenter ce que l'on appelait le « salaire socialisé » - les aides d'Etat pour la nourriture, les vêtements, le logement, l'accès aux transports pour un prix modique et les billets bon marché pour les activités culturelles, sportives et de loisir.



L'idée d'un salaire socialisé est un concept essentiel pour toute société qui se déclare égalitaire. Elle a contribué à assurer la mise en œuvre d'une plus grande égalité entre les sexes et à saper les privilèges et l'hégémonie de classe.



Bien que de nombreuses personnes vivaient alors dans des logements sociaux aux loyers modérés, une minorité non-négligeable était propriétaire de leurs propres maisons et certains construisaient même leurs propres maisons.



Les loyers n'ont pratiquement pas bougé dans toute l'histoire de la RDA et personne ne pouvait être expulsé de sa maison. Il n'y avait donc pas de SDF ni de peur de devenir SDF.



Quand système socialiste et économie publique rimaient avec grande puissance économique



D'un pays avec peu de ressources naturelles et une industrie sous-développée, dévastée par la seconde guerre mondiale, la RDA s'est relevée au point de devenir la cinquième économie européenne et d'entrer dans le top 10 mondial.



L'économie est-allemande était caractérisée par la planification centralisée. Cela permettait au gouvernement de planifier la croissance, de fixer des priorités et de déterminer les secteurs dans lesquels investir, mais cette planification avait comme inconvénient de devenir, à grande échelle, trop rigide et trop lourde.



Cependant, un élément essentiel qui a freiné le développement de l'économie est-allemande était le boycott inflexible imposé par les gouvernements Occidentaux, empêchant l'exportation de technologies de pointe.



Plus de 90% des actifs en RDA étaient détenus par le peuple sous la forme des VEB: des « entreprises publiques ».



En revanche, en Allemagne Fédérale, à peine 10% des ménages concentraient 42% de la richesse alors que 50% des ménages détenaient 4,5% de la richesse nationale.



Le système des coopératives agricoles comme réponse à la question paysanne et rurale en RDA



Après la guerre, les grands domaines appartenant à l'ancienne aristocratie foncière, les Junkers, ont été démantelés. 500 grands domaines ont été expropriés et transformés en coopératives ou en fermes d'Etat et des milliers d'hectares ont été redistribués à près de 500 000 fermiers, travailleurs agricoles et réfugiés.



Plus tard, le gouvernement a encouragé, et parfois choyé, les fermiers afin de les pousser à rejoindre les fermes coopératives, mais les fermiers ont conservé les droits de propriété sur leurs terres.



En 1960 près de 85% des terres arables étaient incorporés aux coopératives agricoles.



En 1989, il y avait 3 844 coopératives agricoles et elles étaient une des principales réalisations de la RDA, se révélant être efficaces et une meilleure option pour les travailleurs eux-mêmes.



Pour la première fois dans l'histoire, les travailleurs agricoles ont été libérés du travail 24 heures sur 24 pour un salaire de subsistance.



Avec les coopératives agricoles gérées sur une base industrielle, les travailleurs ont pu bénéficier d'horaires de travail fixes et de systèmes de travail en rotation, de congés, de crèches pour leurs enfants, de séances de formation et des cantines d'entreprise. Tout cela a sans aucun doute contribué à enrayer le phénomène d'exode rural.



Réalisation dans les faits de la pleine égalité Homme/Femme



Pour la première fois en Allemagne, les femmes jouissaient d'une égalité de droit pleine et entière avec les hommes, que ce soit dans leur sphère privée ou sur le lieu de travail.



On leur a donné les moyens et les opportunités de pouvoir développer leur personnalité et d'avoir une carrière au-delà ou en opposition à leurs rôles traditionnels dans le foyer, comme femmes, mères et sœurs.



Près de 91% des femmes entre 16 et 60 ans étaient sur le marché du travail. La plupart des femmes voyaient dans le succès professionnel le principal critère de réussite – dans des proportions équivalentes à ce que l'on pouvait rencontrer chez les hommes.



Près de 88% de l'ensemble population adulte féminine travaillait et 8,5% suivaient des études à temps-plein



La majorité de la main d'œuvre était également hautement qualifiée. Seuls 6% des femmes n'avaient pas du tout de qualifications, tandis qu'en Allemagne Fédérale ce taux s'élevait à 24%.



Malgré ces chiffres, à la direction du gouvernement et du parti, le patriarcat continuait à sévir.



Internationalisme et soutien aux luttes d'émancipation



Les faits d'armes de la RDA en terme d'internationalisme sont exemplaires. Elle a pris au sérieux les idées de solidarité avec les nations en lutte.



Elle a envoyé des docteurs et du personnel médical au front, au Vietnam, au Mozambique et en Angola. Elle a apporté un soutien militaire, éducatif et logistique à de nombreux pays.



Elle a aussi donné à de nombreux étudiants étrangers, luttant pour s'émanciper de l'héritage colonial, la possibilité de se former et de s'éduquer en RDA.



Bien sûr, la RDA avait un certain nombre de graves lacunes en ce qui concernait les droits individuels et son caractère démocratique laissait grandement à désirer.



Mais insister uniquement sur ces aspects comme les médias dominants l'ont fait en Occident, c'est ignorer ces réalisations bien réelles.



Depuis sa disparition, de nombreuses personnes en sont venues à reconnaître et à regretter que ces véritables « acquis sociaux » dont ils bénéficiaient aient été cassés.



Malheureusement, l'effondrement de la RDA et du « socialisme d'Etat » en 1989 s'est déroulé juste avant l'effondrement du système occidental – tant loué – de « libre marché ».



John Green et Bruni de la Motte viennent d'écrire une nouvelle brochure: « Stasi Hell Or Workers' Paradise? Socialism In The German Democratic Republic - What Can We Learn From It? » (« Enfer de la Stasi ou paradis des travailleurs? Socialisme en RDA – Que pouvons-nous en apprendre? »)



Site du Morning Star: http://www.morningstaronline.co.uk/

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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 10:45

Elections en Allemagne : sanction des partis au pouvoir, éclatement de la social-démocratie entre le SPD, die Linke, …

 

Par EDT pour http://vivelepcf.over-blog.fr/


 

Les élections législatives avaient lieu dimanche 27 septembre en Allemagne.


Elles marquent la fin d’une période de quatre ans de « grande coalition », seule formule trouvée à l’issue des élections de 2005, c'est-à-dire d’alliance au pouvoir des partis conservateurs CDU-CSU menés par la chancelière Merkel et du Parti social-démocrate SPD. Mme Merkel restera au pouvoir avec cette fois-ci une majorité stable sans le SPD mais avec le Parti libéral, le FDP.

 

L’analyse du scrutin montre un net recul des partis de la coalition sortante qui ont poursuivi ensemble, en temps de crise, la politique de casse sociale voulue par le patronat allemand dont le passage de l’âge de la retraite à 67 ans est un symbole.


La CDU et sa branche bavaroise, la CSU, perdent 1,5% passant à 33,9%. Le SPD s’effondre passant de 34,2% des suffrages en 2005 à 23,0% en 2009.

 

La débâcle électorale du SPD n’est une surprise pour personne, surtout pas pour les cadres du SPD eux-mêmes qui balançaient hier soir entre tristesse et soulagement.

La « grande coalition » a fait jouer au SPD un rôle de caution de  la politique de Mme Merkel. Elle a fait apparaître au grand jour le consensus CDU/SPD sur les orientations de fond comme sur le Traité de Lisbonne qu’ils viennent de ratifier ensemble.

Le seul sens à donner au vote SPD en 2009 était de permettre de continuer la coalition pour essayer de limiter à la marge, au sein du gouvernement, des excès « libéraux » de la droite. On comprend que cette perspective n’ait guère enthousiasmé les électeurs !

Délivré du discrédit de la « grande coalition », le SPD peut maintenant envisager se refaire une virginité comme force d’alternance à « gauche », avec de nouveaux dirigeants, d’ici les prochaines élections de 2013. C’est exactement la route tracée dès hier par ses chefs de campagne.

Le maintien inattendu du SPD à la tête du Brandebourg, région de l’est, autour de Berlin, où les élections régionales avaient lieu le même jour que les élections fédérales, leur sert de signal encourageant.

 

La sanction des partis sortants est encore plus sensible en voix qu’en pourcentages. La CDU et la CSU perdent 2 millions de voix tandis que le SPD passe de 16,2 millions de voix à moins de 10 millions.

 

Car un autre trait marquant de l’élection est l’augmentation de l’abstention qui progresse de 22,2% à 29,3%, soit 3,2 millions d’abstentionnistes en plus, notamment, comme en France, dans les quartiers pauvres et parmi les travailleurs. Voilà qui relativise également les transferts de voix vers les autres partis.

 

La Parti Libéral, FDP, passe de 10 à 14,5% et gagne 1,6 million de voix, soit moins que ce que perdent la CDU et la CSU. Parti de droite « libérale » assumé sur les questions économiques et sociales, il est le partenaire politique logique et naturel de la CDU/CSU. Les media n’ont cessé de le mettre en avant ainsi que son, relativement jeune leader aux allures de cadre dynamique, Guido Westerwelle.

 

A gauche, les 6,2 millions de voix perdues par le SPD se retrouvent très partiellement dans les autres partis.

On peut présumer que les 800.000 voix (2,0%) remportées par les « Pirates », adeptes de la « liberté » sur internet viennent principalement de l’électorat social-démocrate.

Comme les 800.000 voix gagnées également par les Verts qui passent nationalement de 8,1% à 10,7% des suffrages exprimés, à la suite d’une campagne entièrement autonome, centrée sur les questions de l’environnement et clairement dans l’opposition au gouvernement sortant.

 

Contextes du progrès de die Linke

 

Le parti « die Linke » (en français « la gauche ») progresse de 8,7% à 11,9% par rapport aux partenaires de la coalition électorale de 2005 qui ont fusionné par la suite pour lui donner naissance. Il gagne exactement 1 million de voix.

 

Dans les régions correspondant à l’ancienne RDA, il se maintient à un haut niveau, de l’ordre de 25%, mais plafonne et perd 87.000 voix, malgré le contexte d’effondrement du SPD. Même constat aux élections régionales du Brandebourg.


Aux régionales en Saxe le 30 août dernier, il avait reculé de 3% (de 23 à 20%), comme en général il a régressé aux européennes dans ces régions.


Il demeure que die Linke, héritier du PDS et du SED, constitue toujours l’expression électorale de ceux qui continuent de se sentir (et ont de bonnes raisons pour cela) les victimes économiques, sociales, politiques et culturelles de l’annexion de la RDA par la RFA, vingt ans après.


Pour autant, die Linke représente de plus en plus, et se place entièrement comme un parti institutionnel de gestion social-démocrate, aux côtés du SPD dont il est partenaire au gouvernement du Land de Berlin pour une politique largement identifiée comme « social-libéral ».  

 

A l’ouest, die Linke progresse nettement par rapport à 2005. C’est là qu’il gagne toutes ses voix nouvelles. Le progrès est le plus spectaculaire dans les régions les plus réactionnaires : de 3,5% à 6,5% en Bavière, de 3,8% à 7,2% en Bade-Wurtemberg. Dans la plus grande région et la plus industrielle, en Rhénanie du Nord, il passe de 5,4% à 8,4%. Dans la petite Sarre, chez son leader Lafontaine, il ne progresse que de 18,5 à 21,2%, ayant sans doute déjà fait le plein en 2005.


Il apparaît nettement que die Linke a capté une partie de l’électorat social-démocrate traditionnel, d’autant plus logiquement que Oskar Lafontaine est identifié comme social-démocrate, ayant été premier dirigeant du SPD et ministre des finances de Schröder dans les années 90.


A l’ouest en général, où aucun parti de gauche, « à gauche du SPD », n’a pu réellement exister aux élections depuis les années 50, die Linke représente, même pour ceux qui sont conscients de ses limites, un moyen inédit pour une gauche « radicale » de gagner en visibilité.

 

Pour nous, communistes français, le succès électoral de Linke, même très relativisé par le contexte du SPD allemand, devrait-il représenter un encouragement, un repère stratégique ?

 

Jean-Luc Mélenchon s’est précipité pour saluer die Linke et notamment Oskar Lafontaine auquel il voudrait tant s’identifier en France, oubliant que, comme social-démocrate dans le PS, il n’a jamais joué un rôle national. Mais l’enthousiasme de Mélenchon est logique devant la montée d’un deuxième parti social-démocrate, « de gauche », en Allemagne.

 

Les communistes français n’ont pas les mêmes motifs d’enthousiasme. Nous pouvons comprendre et partager la satisfaction d’amis et de camarades allemands, devant le progrès d’une organisation à « gauche » du SPD, notamment dans la partie occidentale de l’Allemagne.


Mais die Linke, dont le président Lothar Bisky, est aussi président du PGE, représente une voie ouvertement social-démocrate, réformiste, favorable à l’intégration dans l’UE du capital, reniant toute conception du parti communiste et de son rôle dans la lutte des classes.

 

Le gain électoral circonstanciel de die Linke ne saurait valider sa stratégie ni celle du PGE pour des communistes conséquents.

 

La perspective de die Linke : « resocialdémocratiser » le SPD (Gregor Gysi)

 

Le mérite des dirigeants de Linke, par delà la composition hétéroclite de ses membres et de ses élus (ex-SPD, ex-PDS, même ex-trotskystes…), est de ne pas cacher leur parti pris social-démocrate.

 

Au soir du scrutin, Gregor Gysi, dirigeant historique de « die Linke » (ex-PDS), a rappelé sa perspective : « resocialdémocratiser le SPD », dont il souhaite la remontée, pour pouvoir gouverner avec lui nationalement aux prochaines élections générales de 2013, régionalement dans le maximum de régions dès maintenant. Et il complète en indiquant que pour se « resocialdémocratiser », le SPD n’a qu’a faire le bout de chemin qui le sépare de « die Linke ».

 

Cette perspective d’union de la gauche était au cœur du congrès extraordinaire de « die Linke » organisé en juin pour préparer les élections. Il y a été par exemple décidé de condamner la retraite à 67 ans mais sans proposer le retour à la retraite à 60 ans pour ménager des possibilités d’union avec le SPD.

 

Plus qu’une défaite de la social-démocratie, les élections allemandes ont montré un éclatement de la social-démocratie allemande, entre un SPD momentanément affaibli, des Verts toujours disponibles et « die Linke », aile gauche qui se charge de jouer le garde-fou « à gauche » et de canaliser l’expression politique de la colère sociale « anticapitaliste ».

 

Die Linke se charge aussi, dans les faits, d’éliminer toute forme d’organisation de la référence historique majeure que représente le mouvement communiste en Allemagne.

 

On est très loin des objectifs que les communistes peuvent avoir en France aussi bien pour l’avenir de leur propre parti, le PCF que pour une véritable alternative politique partant du mouvement réel des luttes qui refuse la politique au service du capital français et européen.

 

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22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 23:09
Les Allemands de l'Est préfèrent toujours la RDA 


Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Republié par la section du PCF 14ème - Raymond Losserand: http://pcf-paris14.over-blog.org/

 

La majorité des Allemands de l'Est continue à préférer le régime socialiste de la RDA au nouvel ordre capitaliste instauré à partir du 9 novembre 1989, avec la démolition symbolique du mur de Berlin.


Selon un sondage de l'Institut Emnid, publié vendredi 26 juin dans le journal le Berliner Zeitung, la majorité des personnes interrogées considère que l'ancienne République Démocratique Allemande (RDA) avait « plus de côtés positifs que négatifs ».


Sur un panel de 1208 personnes, 49% des personnes interrogées dans l'Est du pays ont répondu qu' « il y avait quelques problèmes, mais que dans l'ensemble nous vivions bien ». Si nous ajoutons les 8% qui ont répondu qu' « en RDA, il y avait surtout des côtés positifs et que nous vivions heureux et mieux que dans l'Allemagne réunifiée d'aujourd'hui », nous en concluons que, après plus de 20 ans d'annexion, 57% de la population de l'ex-RDA continue à défendre le socialisme.


Le gouvernement allemand a tenté de dévaloriser les conclusions du sondage, laissant entendre que tout se résume à un problème d'information. Wolfgang Tiefensee, délégué du gouvernement fédéral pour la reconstruction de l'Allemagne de l'Est, a affirmé que les résultats « prouvaient qu'il fallait continuer à parler de l'histoire de la RDA ».


Tiefensee propose donc que les écoles parlent plus du quotidien qui existait en Allemagne de l'Est et de la soi-disant « révolution pacifique » de 1989/1990. En d'autres termes, ce responsable considère qu'il est nécessaire de persévérer dans la voie de la propagande pour effacer la mémoire d'un peuple. Peut-être a-t-il raison, mais il va falloir qu'il attende quelque temps encore, au moins tant que subsisteront les conditions de vie actuelles qui ne supportent même pas la comparaison avec les conditions qui existaient il y a 20 ans.


En réalité, la « modernisation » capitaliste de la RDA n'a débouché que sur un des taux de chômage les plus élevés d'Europe (13,2%), quasiment le double des taux constatés à l'Ouest. Et avec l'approfondissement de la crise, la situation sociale n'est pas prête de s'améliorer.

 

Numéro 1857 du 2 juillet 2009 d'Avante, hebdomadaire du PC Portugais: http://www.avante.pt/

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6 juillet 2009 1 06 /07 /juillet /2009 07:17

Les Allemands de l'Est préfèrent toujours la RDA

 

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

La majorité des Allemands de l'Est continue à préférer le régime socialiste de la RDA au nouvel ordre capitaliste instauré à partir du 9 novembre 1989, avec la démolition symbolique du mur de Berlin.

Selon un sondage de l'Institut Emnid, publié vendredi 26 juin dans le journal le Berliner Zeitung, la majorité des personnes interrogées considère que l'ancienne République Démocratique Allemande (RDA) avait « plus de côtés positifs que négatifs ».

Sur un panel de 1208 personnes, 49% des personnes interrogées dans l'Est du pays ont répondu qu' « il y avait quelques problèmes, mais que dans l'ensemble nous vivions bien ». Si nous ajoutons les 8% qui ont répondu qu' « en RDA, il y avait surtout des côtés positifs et que nous vivions heureux et mieux que dans l'Allemagne réunifiée d'aujourd'hui », nous en concluons que, après plus de 20 ans d'annexion, 57% de la population de l'ex-RDA continue à défendre le socialisme.

Le gouvernement allemand a tenté de dévaloriser les conclusions du sondage, laissant entendre que tout se résume à un problème d'information. Wolfgang Tiefensee, délégué du gouvernement fédéral pour la reconstruction de l'Allemagne de l'Est, a affirmé que les résultats « prouvaient qu'il fallait continuer à parler de l'histoire de la RDA ».

Tiefensee propose donc que les écoles parlent plus du quotidien qui existait en Allemagne de l'Est et de la soi-disant « révolution pacifique » de 1989/1990. En d'autres termes, ce responsable considère qu'il est nécessaire de persévérer dans la voie de la propagande pour effacer la mémoire d'un peuple. Peut-être a-t-il raison, mais il va falloir qu'il attende quelque temps encore, au moins tant que subsisteront les conditions de vie actuelles qui ne supportent même pas la comparaison avec les conditions qui existaient il y a 20 ans.

En réalité, la « modernisation » capitaliste de la RDA n'a débouché que sur un des taux de chômage les plus élevés d'Europe (13,2%), quasiment le double des taux constatés à l'Ouest. Et avec l'approfondissement de la crise, la situation sociale n'est pas prête de s'améliorer.

 

Numéro 1857 du 2 juillet 2009 d'Avante, hebdomadaire du PC Portugais: http://www.avante.pt/

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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 00:01

Succès électoraux de « la gauche » dans deux régions d’Allemagne

L’exemple de « Die Linke » : ni transposable, ni souhaitable en France.


Des élections régionales avaient lieu dimanche 27 janvier en Hesse et en Basse-Saxe. Pour la première fois depuis plus de 50 ans, des candidats s’affichant à gauche du Parti social-démocrate (SPD) ont été élus à ces deux parlements régionaux de l’ouest de l’Allemagne, comme cela avait déjà été le cas en mai dans la ville-région de Brême. Les listes conduites par le nouveau parti « die Linke », « la gauche », ont dépassé le seuil des 5%. Ces résultats modifient incontestablement la donne politique et ouvrent de nouvelles perspectives à la gauche "anticapitaliste" allemande, notamment des régions de l’ex-RFA, qui s’est investie dans la campagne de « die Linke ». Communistes français, nous nous en félicitons et saluons particulièrement l’élection en Basse-Saxe de Cristel Wegner, membre du parti communiste allemand (DKP).

Pour autant la situation de nos camarades allemands n’est pas la nôtre et le « modèle allemand » de « die Linke » vanté par certains en France ne nous paraît ni adaptable, ni souhaitable dans notre pays. Les travailleurs français n’ont pas besoin d’un nouveau parti social-démocrate, même estampillé « de gauche ».

Pour le montrer, nous revenons, dans les lignes qui suivent, sur les origines spécifiques, les orientations et les perspectives de « die Linke ».


Le parti « die Linke », « La Gauche », a été officiellement constitué en Allemagne le 17 juin. Ce baptême a suscité l’engouement de certaines personnalités françaises qui y voient un nouveau modèle de recomposition politique « à gauche du PS » applicable à la France après l’essai des « collectifs antilibéraux ».

De nombreux dirigeants du PCF affichent leur enthousiasme. Dans son rapport au Conseil national du PCF du 22 juin, Marie-George Buffet érige le scénario allemand en premier exemple parmi les « idées émises pour examiner sans tabou, ni a priori l’avenir du PCF » : « décider la création d’un nouveau parti, de le dépasser pour en fonder un avec d’autres à l’exemple de Die Linke… ».

Cherche-t-on à influencer le débat des communistes français avant le congrès de la fin de l’année à partir d’un exemple étranger méconnu et présenté de façon flatteuse ? Une « expérimentation » possible de nouvelle forme politique comme la direction du PCF a tenté de l’imposer dans le texte du mandat de l’assemblée extraordinaire de décembre ? C’est évident. Cela nous invite à nous intéresser plus précisément à cette expérience allemande. Disons-le de suite : elle n’est pas transposable en France et inacceptable pour les communistes français qui entendent le rester.

Un mariage déséquilibré.

Le nouveau parti se présente comme le résultat d’un processus, entamé depuis deux ans et marqué par des candidatures communes aux élections législatives d’octobre 2005, de fusion entre le Parti du socialisme démocratique (PDS) et de « l’Alternative électorale pour la justice sociale » (WASG). La disproportion entre les deux acteurs invite plutôt à parler de transformation du PDS en « die Linke » au moyen de la WASG.

La WASG est un amalgame récent, créé seulement en 2004, de sociaux démocrates en rupture avec le SPD, de militants d’extrême gauche, d’altermondialistes, de responsables syndicaux… Il comptait autour de 11000 adhérents, dont plusieurs milliers ont refusé de rejoindre le nouveau parti. Comme son nom l’indique, la raison d’être d’origine était électorale. Dans le nouvel ensemble, la WAGS présente notamment deux caractéristiques : être une organisation de l’ouest, n’avoir aucune racine communiste. Mais son identité est peu définie. Pour l’immense majorité de l’opinion publique, ce conjoint du mariage est identifié à son leader, Oskar Lafontaine qui l’avait rejoint en 2005. Homme politique de premier plan, Lafontaine a été, entre autres, président du parti social-démocrate (SPD) de 1995 à 1999 et ministre des finances en 98 et 99 jusqu’à sa démission du gouvernement pour désaccord politique avec l’orientation social-libérale de Schröder. Positionné à l’aile gauche de la social-démocratie mais personnalité médiatique déroutante, Lafontaine a défrayé la chronique en 2005 par une sortie détonante affirmant que « l’Etat doit empêcher que des pères ou mères de famille ne deviennent chômeurs parce que des travailleurs étrangers leur prennent leurs places de travail avec des salaires plus bas ». Il a récidivé en septembre 2007 en se prononçant pour une « allocation pour les femmes aux foyers ».

Il est aujourd’hui l’un deux co-présidents de die Linke.

L’autre composante d’origine de die Linke est le PDS. Au moment de la fusion, il compte 60000 adhérents, principalement à l’est. Le PDS est issu de la transformation en 1990 du Parti socialiste unifié (SED) – parti au pouvoir (mais non parti unique) en RDA. Le SED était né en 1946 de la fusion dans la zone d’occupation soviétique de parti communiste d’Allemagne (KPD) et du parti social-démocrate. Le PDS représente donc un partenaire historique naturel du PCF.

A l’ouest, le parti communiste KPD a continué d’exister avant d’être interdit par le pouvoir de la RFA en 1956 et de renaître officiellement, après une période de clandestinité, en 1968 sous le nom de Parti communiste allemand (DKP). Le DKP, parti communiste se revendiquant comme tel, ne s’est pas fondu dans « die Linke ».

Le PDS porte (portait) donc une partie du riche héritage historique du mouvement ouvrier allemand et de l’expérience de construction du socialisme sur le sol allemand à l’est. Successeur d’un parti au pouvoir pendant 50 ans, il est marqué aussi par une culture administrative sinon gestionnaire plus que par une culture de lutte. Paradoxalement, l’anticommunisme d’Etat de la RFA, l’ostracisme et la répression qu’elle a appliqués à l’encontre des anciens cadres de la RDA, ont rendu impossible le recyclage, notamment vers le SPD, même des plus « réformateurs » d’entre eux, à l’opposé de ce qui a pu se passer dans d’autres pays de l’est. Certains se retrouvent au PDS.

Le PDS a acquis et conservé jusqu’à présent une forte influence dans les régions de l’ancienne RDA, avec des résultats électoraux très souvent supérieurs à 20%. Il est apparu pour beaucoup comme le seul parti susceptible de porter la colère et les revendications de nombreux citoyens de l’est. 17 ans après l’annexion par la RFA, ils subissent toujours des salaires inférieurs de 20% et un taux chômage largement supérieur à ceux de l’ouest. Donnée méconnue, la diminution de 15% de la population de ces régions par rapport à l’ancienne RDA illustre les aspects économiques dévastateurs de la « réunification ». Cette influence fait du PDS un parti d’élus : plus de 6000, 10% de ses effectifs.

A l’ouest, le PDS a progressé régulièrement mais lentement atteignant 1% des voix, localement plus et quelques milliers d’adhérents venant principalement de la gauche anticapitaliste et/ou pacifiste, souvent en décalage avec les directions de l’est.

La direction du PDS s’est trouvée confrontée à une contradiction. Seule son implantation régionale à l’est lui a donné un statut de parti national mais dans le même temps, à son corps défendant, elle le limite et l’identifie à un passé, à une option politique dont elle cherche obstinément à se dégager.

L’aboutissement du processus de mutation-disparition du PDS.

L’histoire des 17 ans d’existence du PDS est celle d’une mutation impulsée et imposée par son groupe dirigeant pour passer d’un parti marxiste-léniniste à un parti « de gauche », en fait ouvertement social-démocrate.

La transformation du SED en PDS a eu lieu en 1990 en plein effondrement de la RDA, quelques mois après la chute du Mur de Berlin. La plus grande partie de la direction du SED est alors disqualifiée ou a perdu pied. Le parti connaît une hémorragie des adhérents du « parti-Etat ». Il est même question d’une dissolution pure et simple du SED. Les adhérents de conviction, les communistes sont sous le choc, en plein désarroi.

Dans ce contexte, le courant le plus réformiste, gorbatchévien, parvient à l’emporter et prend une place prépondérante dans la direction du nouveau parti. Après avoir pris le contrôle de l’appareil, il ne la lâchera pas. Dès ce moment, sa figure de proue est l’avocat Gregor Gysi, qui devient alors la véritable coqueluche des media de la nouvelle RFA.

Gysi est désormais l’autre coprésident de « die Linke ».

Dès le départ, les statuts et objectifs du PDS ne sont pas ceux d’un parti révolutionnaire et communiste. Mais l’héritage du SED, les repères idéologiques de la plupart de ses adhérents « de base », les premiers combats pour défendre les citoyens de l’est et les acquis de la RDA, la stigmatisation systématique par les autorités et partis de la RFA, maintiennent de fait dans l’opinion une identification communiste.

C’est surtout après la phase de consolidation électorale (de 4 à 5,1% nationalement entre 1994 et 2002), que se manifestent plus clairement l’orientation réformiste et la première préoccupation stratégique de l’équipe dirigeante : l’intégration dans la vie politicienne institutionnelle de la RFA et ses jeux d’alliance. Elle multiplie les gages de rupture avec tout héritage « communiste » pour se conformer aux normes « démocratiques » de la RFA, devenue toute l’Allemagne.

Révélateur de cette évolution, en 2000, la direction a tenté de faire valider le soutien, au cas par cas, d’interventions militaires allemandes à l’étranger. Les délégués du congrès de Münster avaient alors mis en échec cette résolution soulignant le décalage entre direction et base du parti. Une anecdote significative : en 2002, trois députés qui avait déployé une petite banderole « Mr Bush - Stop The War » à l’occasion d’un discours de Bush devant le Bundestag ont été désavoués par la direction du Parti qui s’est excusée directement auprès de Bush.

Gérer le capitalisme mieux que les autres ?

Cette ligne réformatrice modérée a trouvé sa pleine réalisation à partir de 2002 avec la participation du PDS à deux gouvernements régionaux en coalition avec la social-démocratie dans le Mecklembourg et à Berlin. Le bilan est éloquent. La majorité de « gauche », SPD-PDS à Berlin réussit ce que la coalition droite-SPD n’avait pas osé faire : forte augmentation des impôts locaux, privatisation de milliers de logements sociaux, autorisation de l’ouverture des commerces 24 heures sur 24, suppression de milliers de postes de fonctionnaires, réduction de leurs droits d’intervention dans les organismes paritaires… et cerise sur le gâteau : accord donné à la destruction du Palais de la République (de la RDA) et à la reconstruction à sa place du palais des Hohenzollern. La députée et dirigeante berlinoise du PDS, maintenant de « die Linke », Petra Pau, a bien résumé les choses en déclarant en 2005 : « nous avons fait la preuve à Berlin que nous étions capables d’administrer le capitalisme et même mieux que d’autres ». Cette démonstration d’assimilation au système politique (ouest)-allemand n’a pas convaincu les électeurs. Aux élections régionales de l’automne 2006, le résultat du PDS berlinois a fondu de 22,6 à 13,4%. La direction du parti n’en a pas moins décidé de poursuivre sa cogestion avec le SPD (au Mecklembourg, le SPD a préféré s’allier avec la droite).

Le cas berlinois n’est pas une anomalie. La présence dans les institutions, au plan national maintenant, est plus que jamais au centre de la stratégie de la direction de l’ex-PDS. Elle a motivé le processus de transformation étalée sur deux ans depuis 2005 en « die Linke » en passant par l’étape intermédiaire du « Linkspartei-PDS » (changement de nom du PDS en « parti de la gauche »). « Die Linke » répond à l’objectif de rupture avec l’héritage et peut-être surtout l’image d’héritier du socialisme de l’est, tout en essayant de conserver le capital électoral dans ces régions, pour devenir un parti de gouvernement de toute la RFA.

Cette aspiration a rencontré la volonté de Lafontaine de se remettre en selle nationalement mais aussi celle de milliers de progressistes ouest-allemands qui n’en finissent plus d’être dégoûtés par le SPD.

Premiers succès (et déboires) électoraux

Les circonstances politiques sont particulièrement favorables au nouveau parti. Le gouvernement SPD-Verts de Schröder a été battu aux législatives de fin 2005 après avoir mené une politique violemment antisociale. Depuis, faute de majorité absolue, le SPD participe, dans le cadre d’une « grande coalition », au gouvernement de Angela Merkel qui poursuit et aggrave la même politique. Le SPD laisse beaucoup de terrain à gauche. « Die Linke » peut aussi espérer servir de débouché électoral (pas forcément politique) aux très fortes mobilisations des salariés, ces dernières années contre le programme de casse sociale appelé « Hartz 4 » (augmentation du temps de travail, démantèlement des retraites…). Cela a commencé à se vérifier.

L’alliance électorale PDS-WAGS a obtenu 8,7% aux élections générales de fin 2005, score qui a créé l’événement. Les élections dans la ville-région de Brême au printemps 2007 ont confirmé le résultat de 2005 avec 8,4% avant les résultats du 27 janvier 2008 en Hesse et Basse-Saxe. Mais le résultat déjà mentionné de Berlin en 2006 entre temps ternit le tableau, d’autant plus qu’il correspond à une sanction de la ligne défendue par la plupart des dirigeants du Parti.

Quel espace peut occuper « die Linke »? Peut-elle jouer un autre rôle que celui prévu de deuxième parti social-démocrate, "de gauche"?

Pour des raisons historiques connues, il n’y a pas en Allemagne capitaliste, depuis l’après-guerre, de parti anticapitaliste de classe et de lutte, ayant atteint une représentation significative dans la vie politique nationale. « Die Linke » peut-il le devenir ?

Certains en ont l’espoir comptant sur une dynamique populaire nouvelle, issue du mouvement social, susceptible de dépasser les objectifs des fondateurs du parti. En tout état de cause, « die Linke » constitue un nouveau cadre politique dont les communistes et l’ensemble des militants « anticapitalistes » doivent tenir compte, à l’image de nos camarades du DKP.

La montée de dissensions entre Lafontaine et les ex-dirigeants du PDS fait partie des éléments imprévisibles. Paradoxalement, Lafontaine affiche des positions beaucoup plus radicalement critiques vis-à-vis de son ancien parti le SPD, notamment en matière sociale et beaucoup nettement anti-impérialistes en matière de politique extérieure (visite à Cuba – contre les interventions allemandes à l’étranger…).

Enfin, même peu organisés et largement évincés des directions, il reste beaucoup d’adhérents de l’ex-PDS, issus du SED, fortement attachés au socialisme et se revendiquant communistes. Dès les années 90, le décalage entre direction et élus d’une part, base des adhérents de l’autre a été souligné par tous les observateurs. Les évolutions du PDS ont suscité des oppositions internes. En 2000, au congrès de Münster, la direction du PDS avait été mise en échec dans sa tentative de faire valider le soutien aux interventions militaires allemandes à l’étranger (sous mandat de l’ONU). Au sein du PDS, plusieurs « plateformes » (tendances), qui se réclament du marxisme et du communisme, se sont opposées à la fusion-transformation en « die Linke », se prononçant pour de simples alliances électorales avec l’ex-WAGS. Elles se sont toutefois intégrées dans « die Linke ». Par ailleurs, les dizaines de milliers d’adhérents qui se sont détournés ou ont été écartés du PDS depuis 10 ans (la moitié des effectifs) resteront-ils sur la touche ?

Quelle capacité peuvent avoir ces forces, dans le contexte de la situation sociale, pour influer sur le cours futur de « die Linke » ? Nous n’avons pas les éléments pour répondre à cette question.

Mais ce qu’il ne fait pas de doutes, c’est que « die Linke » a été conçu comme un deuxième parti social-démocrate « de gauche » et que c’est la volonté de ses dirigeants actuels de le faire exister comme cela dans la suite de leurs options antérieures.

Les textes du congrès fondateur abondent des notions asexuées de « gauche » et d’« antilibéralisme ». Ils portent indiscutablement des orientations réformistes dans la prolongation des positions du PDS. Au-delà d’un vaste catalogue de réformes sociales, les axes programmatiques adoptés définissent un « socialisme démocratique » qui s’accommode de la propriété capitaliste de l’économie, éventuellement régulée. On retrouve la notion que nous avons appris à connaître avec la « Mutation » du PCF de « dépassement », dépassement du capitalisme, dépassement de la logique du profit, dépassement de l’OTAN : le dépassement qui implique l’acceptation. Ce programme d’aménagement du capitalisme est parfaitement compatible avec l’objectif prioritaire : la collaboration à un gouvernement dominé par le SPD. L’expérience berlinoise l’illustre. Ce qui va se passer en Hesse où le SPD (prétendument dominé par son aile gauche dans cette région) peut avoir besoin des élus de « die Linke » pour former sa majorité sera intéressant à suivre comme confirmation ou contrepoint.

Les repères historiques affichés par les dirigeants de die « Linke » sont également assez éloquents. Lafontaine, social-démocrate lui-même, a réussi au congrès fondateur de juin un amalgame détonnant en associant dans son panthéon personnel Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, les fondateurs du Parti communiste allemand, sauvagement assassinés en 1919 sous la consigne du ministre social-démocrate Noske, à Willy Brandt, chancelier social-démocrate de la RFA dans les années 70, président de l’internationale socialiste de 1976 à sa mort. Pour leur part, Gysi et Bisky, ex-président du PDS, viennent de faire le choix d’honorer le 15 janvier dernier tout en même temps Luxemburg et Liebknecht à l’occasion de l’anniversaire de leur assassinat et « les victimes du stalinisme ».

Bisky a été désigné président du « Parti de la gauche européenne » au congrès de novembre. Communistes français, nous retombons en terrain de connaissance. Nous avons eu maintes fois l’occasion de dénoncer le PGE, promoteur de l’intégration européen et financé par la Commission européenne pour cela. Bisky a succédé à l’Italien Bertinotti dont le parti a participé jusqu’au bout au gouvernement centriste de Prodi, malgré la politique de casse des retraites et de soutien aux USA en Afghanistan et qui tente aujourd’hui de créer un nouveau « parti de la gauche » en Italie. « Gauche européenne », « gauche italienne », « gauche allemande », « gauche française » demain ? Comme MG Buffet en juin, c’est ce que Francis Wurtz préconise. « La gauche sera européenne ou ne sera pas » s’est-il envolé dans son discours comme invité au congrès fondateur de « die Linke ».

Quelles que soient les incertitudes sur le devenir de « die Linke », l’objectif de sa création est clair et la mise en avant comme modèle de cette expérience par les dirigeants français correspond étroitement à leur objectif de sabordage du PCF et de transformation en « chose de gauche », tournant le dos à l’identité révolutionnaire et communiste de notre parti. Communistes résolument déterminés à mettre en échec cette perspective, nous serons amenés probablement à éclairer et dénoncer la réalité du « modèle allemand » et des intentions qu’il porte.

L’exemple de « die Linke » n’est absolument pas souhaitable pour les communistes français. Une transposition n’est pas non plus crédible en France.

Les conditions politiques du moment ne sont pas du tout les mêmes.

Le PS, malgré les avances de Sarkozy, ne participe pas au gouvernement. Même si ses positions sont aussi socio-libérales que celles du SPD, il reste largement identifié comme un parti de « gauche ».

La personnalité, le courant du PS susceptible de jouer le rôle incarné par Lafontaine n’existe pas. Toujours à l’affût, Mélanchon (comme d’ailleurs la créature médiatique Autain) s’est montré à Berlin au congrès fondateur de « die Linke ». Mais l’ex-secrétaire d’Etat de Jospin, issu du PT, ne compte guère de divisions. Pas plus que l’ex rocardienne Lienemann. Emmanuelli à peine plus. Quant à Fabius, son passé n’est pas vraiment marqué « à gauche ». Ces derniers ont compris d’emblée qu’ils avaient tout à perdre à quitter le PS pour rejoindre un PCF très affaibli mais encore très encombrant politiquement pour eux.

C’est bien là que réside l’impossibilité structurelle d’un scénario à l’allemande. Le PCF n’est pas le PDS. Il ne dispose plus de positions électorales locales prédominantes mais il représente, profondément ancré dans l’histoire de l’ensemble de notre pays, le parti anticapitaliste de masse et de classe que l’Allemagne n’a plus connu depuis 1933.

C’est cet acquis que nous voulons défendre, faire renaître. Plus que jamais, le monde du travail, la France ont besoin du Parti communiste français ! L’échange, la solidarité avec nos camarades allemands seront aussi importants dans cet objectif.

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Allemagne
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