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    Le site Solidarité Internationale PCF publie des traductions de déclaration, des communiqués, des articles théoriques et d'actualité provenant de partis communistes du monde entier ainsi que des analyses françaises sur le mouvement communiste international et la politique étrangère de la France. La ligne éditoriale du site suit les positions du Réseau "Faire vivre et renforcer le PCF" (site http://vivelepcf.fr/) qui refuse la dérive réformiste du PCF suivant le PGE. Notre site s'efforce de faire vivre la conception de la solidarité internationale portée historiquement par le PCF.

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9 septembre 2014 2 09 /09 /septembre /2014 05:24

haende_weg_von_syrien_03.jpgLe Parti communiste allemand (DKP) s'oppose à l'ingérence allemande : pas d'armes dans le nord de l'Irak !



Communiqué du Parti communiste allemand (DKP)



Traduction WK pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



« Il n'y a plus de réticence côté allemand à s'engager dans des interventions à l'étranger », ce fut la teneur de la « nouvelle » politique étrangère allemande, proclamée par la ministre de la Défense Ursula von der Leyen (CDU), le ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier (SPD) et le président Joachim Gauck à la Conférence sur la sécurité de Munich en 2014. Ces propagandistes de l'impérialisme allemand ne connaissent plus de tabous.



Ce qu'ils voulaient souligner, c'est qu'ils avaient déjà décidé depuis longtemps de livrer des armes allemandes dans le nord de l'Irak, dans une zone de guerre, ce qu'ils ont fait le 1er septembre – jour symbolique de mobilisation contre la guerre –, avec l'approbation du Bundestag. Le Bundestag n'a pas grand-chose à dire sur la chose, il ne peut que faire de beaux discours, à moins de s'abstenir symboliquement, peut-être.



En dépit d'une sortie belliciste du président du groupe parlementaire de Die Linke, Gregor Gysi, il semble pourtant que Die Linke soit le seul parti parlementaire à se positionner contre cette livraison d'armes.



L'Allemagne est le troisième exportateur d'armes au monde, il fournit régulièrement des armes meurtrières à des fauteurs de guerre, comme par exemple à Israël. Maintenant, il s'agit de fusils et d'armes anti-chars livrés directement aux unités kurdes, dans une zone de guerre, pour qu'elles puissent repousser les troupes de l' « Etat islamique » (EI). Ils auraient pu ne pas être si forts, si ils n'avaient pas reçu des armes des Etats-unis, de l'Allemagne et d'autres pays de l'OTAN, livrées à la Turquie, à l'Arabie saoudite et au Qatar, qui les ont utilisées pour déstabiliser la Syrie.



L'escalade militaire récente dans la région est la conséquence ultime d'années d'embargo des Etats-unis, des sanctions, de la politique de guerre menée avec le soutien des partenaires de l'OTAN, dont l'Allemagne. Aujourd'hui, les bombardiers américains attaquent de nouveau l'Irak, avec comme but de diviser le pays.



La chancelière Angela Merkel (CDU) a qualifié la décision du gouvernement fédéral, de livrer des armes dans le Nord de l'Irak, de « remarquable ». A juste titre, elle fait cependant remarquer qu'il y a bien eu « une participation allemande à l'opération en ex-Yougoslavie ou un déploiement de troupes en Afghanistan », des décisions d'une portée analogue.



Déjà en 2012, lors d'une Conférence de la Bundeswehr, il fut décidé d'exporter des armes dans des « opérations d'imposition de la paix » - ce qui veut dire qu'on encourage à envoyer des soldats à l'étranger chaque fois que c'est possible.



Nous constatons : qu'il n'y a pas de missions humanitaires de la Bundeswehr à l'étranger, seulement des livraisons d'armes allemandes. Dans les deux cas, il n'y a qu'une Allemagne qui prend le parti de la guerre et agit pour sécuriser ses intérêts géo-stratégiques et économiques. Dans le cas de la « super-puissance énergétique » du nord de l'Irak, avec ses immenses ressources pétrolières et gazières et l'expert de la politique étrangère de la CDU Fried Pflüger décrit le soutien à la région kurde comme une question géopolitique de première importance.



En tant que communistes, nous disons : non à toute agression impérialiste. L'ingérence et l'armement des partenaires régionaux par les États impérialistes doivent cesser. Au lieu de cela, il doit y avoir une politique de soutien aux forces progressistes qui luttent pour l'indépendance nationale et l'émancipation sociale, celles qui luttent contre l'impérialisme, le féodalisme et le fanatisme religieux. Ce soutien ne peut en aucun cas être une aide militaire par les puissances militaires qui provoquent délibérément ces conflits.



Nous exigeons l'arrêt immédiat de toutes les exportations d'armes – pas seulement au Moyen-orient. Désarmement maintenant !



Nous exigeons la fin des missions allemandes à l'étranger. Il faut désarmer l'armée allemande !



Nous exigeons la reconnaissance du droit à l'autodétermination des Kurdes. Levez l'interdiction du PKK !



Nous exigeons une politique sur les réfugiés causés par la guerre et les crises régionales. Le droit de séjour pour tous !



Nous allons manifester contre la guerre, ainsi que pour la fin immédiate de la guerre en Ukraine de l'est et dans la bande de Gaza, qui ont été déclenchées par ces alliés des exportateurs d'armes et des agresseurs états-uniens et allemands.



A Berlin, nous avons appelé avec la coordination pour la paix (www. frikoberlin.de) à une manifestation le 1er septembre à 13 h devant le Bundestag avec un mot d'ordre clair :



 

Pas en notre nom ! Dites non !

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5 septembre 2014 5 05 /09 /septembre /2014 05:51

plakat_bombengeschaefte.pngLe dirigeant de die Linke Gregor Gysi prêt à soutenir l'ingérence allemande et les exportations d'armes en Irak !


Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/


La droitisation de Die Linke en Allemagne – en particulier sur la question de la paix – laisse le peuple allemand désarmé face à la militarisation du pays, elle fournit toujours un inquiétant visage de ce que pourrait être une « gauche » européenne de demain, celle que désire le PGE.



Depuis plusieurs mois, le gouvernement allemand est à l'offensive sur la scène internationale entamant la re-militarisation du pays, une politique mondiale agressive inscrite dans la « Grande coalition » forgée l'an dernier par les sociaux-démocrates avec la droite.



La remilitarisation de l'Allemagne fait tomber les défenses de Die Linke



La chancellerie allemande est active en Ukraine pour faire avancer les intérêts des konzern (grands monopoles), la Bundeswehr (armée allemande) intervient pour épauler la France au Mali et en Centrafrique, et maintenant les « marchands de canon » allemands se frottent les mains alors que le gouvernement annonce la livraison d'armes aux kurdes d'Irak conte la menace fantôme ISIS.



La décision a été officialisée par la chancelière conservatrice Angela Merkel le 20 août dernier, trouvant comme relais dans une nouvelle « Union sacrée » (ou burgfrieden en Allemagne, la trêve des partis) les partis démocrate-chrétien, social-démocrate et vert.



Depuis plusieurs mois, à chaque offensive militariste du gouvernement a correspondu une reculade de « Die Linke » sur sa question identitaire de la paix et ses mots d'ordres fondateurs : « Pas de mission à l'étranger – pas d'exportation d'armes dans le monde ».



A chaque reculade, Gregor Gysi est là. L'artisan du projet « Die Linke » en Allemagne qui a liquidé les restes du communisme en Allemagne pour étendre ce projet à l'Europe avec le PGE est encore le chef naturel de « Die Linke », il se voit déjà Ministre des Affaires étrangères en 2017. Il l'a dit.



« Que l'OTAN et l'Allemagne aident les forces en Irak à arrêter l'EIIL …

je suis contre les exportations d'armes, mais peut-on pas faire exception ici ? »



Gysi a donc mis les pieds dans le plat, le 12 août dernier dans son interview à « Die Tageszeitung » (TAZ) appuyant sans réserves le plan gouvernemental de livraison d'armes aux « résistants » irakiens face à la menace islamiste EIIL/ISIS. Extraits.



gysi-merkel.jpg« TAZ – l'Allemagne a-t-elle fait assez pour sauver les Yezidis et les Chrétiens irakiens face au groupe terroriste EIIL ?



Gysi – Il faut participer plus massivement à l'acheminement de l'aide. En outre, l'OTAN et l'Allemagne doivent veiller à ce que les forces en Irak et au Kurdistan puissent arrêter EIIL.



Taz – Qu'est-ce que cela signifie ?



Gysi – bon, je suis formellement contre les exportations d'armes allemandes. Mais, vu que l'Allemagne est un important exportateur d'armes, alors l'exportation d'armes ne pourrait-elle pas être autorisée dans ce cas exceptionnel, si les autres pays n'en sont pas capables tout de suite.



Ce n'est pas avec des lettres de protestation qu'on va arrêter l'EIIL.



Taz – En Allemagne, l'exportation d'armes vers les zones de conflit est interdite. Vous voulez passer outre ?



Gysi – Ce n'est pas une interdiction, mais une directive, à laquelle nos gouvernements n'obéissent que trop peu par ailleurs. L'Allemagne arrose le Moyen-orient de ses armes. Regardez l'Arabie saoudite.



Taz – Et maintenant que voulez-vous faire au Kurdistan ?



Gysi – Dans cette situation d'urgence, il faut faire le nécessaire pour empêcher une plus grande catastrophe (…)



Taz – Tout cela semble bien audacieux pour un parti opposé à la guerre.



Gysi – Oui c'est dur. Mais nous n'avons pas nié le droit à la défense nationale. La Bundeswehr doit défendre l'Allemagne, si elle est attaquée. En Syrie, en Irak, au Kurdistan, on a affaire à une guerre d'agression d'EIIL qui doit être repoussée. »



Le reniement de la lecture anti-impérialiste mène au ralliement

à la « défense nationale » … des monopoles allemands !



Tout est dit dans cette interview édifiante du dirigeant de Die Linke,vrai ralliement à la position des industriels, de l'armée et du gouvernement allemand : on est contre la guerre mais pour la défense nationale face à une « guerre d'agression », contre les exportations sauf dans certains cas.



En tout cas, cent après le vote des crédits au Bundestag par les députés sociaux-démocrates – qui deux ans avant au Congrès de Bâle proclamaient la main sur le cœur leur opposition à la guerre européenne – le parallèle est saisissant.



Abandonnant la grille de lecture autour du concept léniniste d' « impérialisme », Gysi se permet d'éviter de lutter contre le sien, il le cautionne, il s'en fait le héraut hypocrite.



deutsche-waffen-morden_22.jpgPourtant, le Kurdistan irakien suscite les intérêts des monopoles européens et américains, avec ses 45 milliards de barils, c'est la 6 ème réserve mondiale du monde, d'où l'empressement des Etats-unis à soutenir les combattants kurdes … brimés chez son allié turc !



Les monopoles allemands ne sont pas en reste. Ils lorgnent sur les réserves colossales de gaz (facilement extractibles et transportables via la Turquie au Kurdistan, près de 5,7 milliards de m3, ce qui en fait la 8 ème réserve du monde.



Pour l'Allemagne, le gaz kurde source d'approvisionnement alternative à la Russie, une façon de sortir de la dépendance russe pour le conflit qui vient.



En 2010, le monopole du gaz allemand RWE a signé un accord de coopération avec le gouvernement régional kurde pour extraire le gaz local



Gysi profite en réalité de chaque manœuvre militariste pour avancer ses pions, pour changer la ligne pacifiste de son parti et mesurer le rapport de force. Après une première tentative en avril sur un vote de soutien à manœuvre de l'armée allemande (avec les États-Unis) en Syrie, son coup se solde ici par un échec.



Certes, il a trouvé un point d'appui chez les « réformateurs » comme Jan Korte qui dans le « Mitteldeutschen Zeitung » estimait que « les considérations de Gysi sont justifiées (…) l'armée irakienne, les kurdes sont légitimes, donc on doit se poser la question de leur armement ».



Toutefois, ces positions ont rencontré un front d'opposants mêlant l'aile-gauche du parti menée par Sarah Wagenknecht, des députées engagées dans la lutte pour la paix comme Sevim Dagdelen, enfin des « centristes » du parti dont le président Bernd Reixinger, ou le responsable de la politique étrangère du parti, Jan van Aken.



Gysi revient : « en fait il faudrait interdire toutes les exportations d'armes » (mais comme on ne peut pas, autant en livrer en Irak !)



Cela a conduit Gysi à se désavouer de façon assez peu convaincante par ailleurs. On a même parlé de « tournant à 180 degrés », de « rétro-pédalage ». Dans la Rhein-Zeitung, ce 29 août, il change de ligne : « les rebelles ne manquent pas d'armes, ils ont besoin d'aide humanitaire ».



Une hypocrisie de plus au moment où le gouvernement allemand s'apprête – sous couvert d'aides humanitaires – à fournir des armes aux Pechmergas. Et Gysi de continuer à marteler la nécessité d'une implication allemande plus forte … par l'entremise de l'ONU naturellement.



Gysi a réaffirmé également dernièrement sa conviction qu'il faut « interdire toutes les exportations allemandes d'armes à l'étranger ». Une position de principe juste, mais qui sert à brouiller le front de lutte immédiat : le refus des exportations d'armes ici et maintenant en Irak.



Cette tactique, brillamment illustrée par son interview à « Taz » le 12 août n'est pas nouvelle chez Gysi : feindre une position gauchiste abstraite pour faire avancer une proposition réformiste concrète.



On se souvient qu'en 2009 il avait rassuré l'ambassadeur américain à Berlin lui avouant que le mot d'ordre maximaliste qu'il propageait dans Linke sur l'OTAN (« Dissolution de l'OTAN ») était inoffensif par rapport au mot d'ordre offensif et possible : « Retrait de l'Allemagne de l'OTAN ».



On ne présente plus sa prise de position frappante lors des commémorations du 60 ème anniversaire de l'Etat d'Israel, en 2008 quand il déclara que : « l'anti-sionisme n'est plus, au XXI ème siècle, une position défendable pour un parti de gauche ».



En cela, nous partageons pleinement la position exprimée par le Parti communiste allemand (DKP) qui affirme un clair « Pas en notre nom ! » :



« En tant que communistes, nous disons non à toute agression impérialiste (…) une aide militaire par les puissances impérialistes ne peut que conduire à l'escalade du conflit.



Que les exportations d'armes cessent maintenant, exigeons la fin des missions allemandes à l'étranger tout en réclamant la reconnaissance du droit à l'auto-détermination du peuple kurde ».



 

Nous suivons avec beaucoup d'inquiétude la droitisation du parti « Die linke » – malgré certaines résistances allemandes –, et lançons un appel à la vigilance à ne pas suivre cet exemple régulièrement avancé en France par ceux qui veulent transformer le « Parti communiste » révolutionnaire en un « mouvement de gauche » inoffensif pour l'ordre établi.

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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 06:36

wirstreiken.jpgEn Allemagne, face à une nouvelle grève des cheminots, le patronat presse le gouvernement à limiter le droit de grève

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Le patronat allemand a fait plier tous les syndicats regroupés dans une DGB – force motrice de la CES – encline à la collaboration dans la co-gestion. Tous ? Non, de puissants syndicats de base résistent, comme celui des conducteurs de train. Mais le patronat presse pour que le gouvernement abolisse le droit de grève.

 

Ce lundi à partir de 18h, le syndicat allemand des conducteurs de train (GDL) a lancé une « grève d'avertissement » de trois heures, annoncée à l'avance, décidée en fin de journée pour « ne pas gêner les banlieusards qui reprenaient le travail dans la matinée », selon le syndicat.

 

Le syndicat de lutte GDL paralyse 90 % du trafic allemand

 

Ce fut suffisant pour que le trafic de marchandises et de passagers – longue distance, régionale et de banlieue – soit « à l'arrêt ou avec des retards de 1 à 3 h, sur 90 % du trafic » de l'aveu de la direction de la Deutsche Bahn (DB), l'équivalent de notre SNCF.

 

Les médias n'ont pu nié l'ampleur de la mobilisation, ils ont joué la carte de l'indignation des usagers – incrédule face à un mouvement qu'ils ne comprennent pas – et le refrain de la démagogie contre les soi-disant privilèges des conducteurs de train.

 

Un ex-syndicat catégoriel qui a gagné la confiance de tous les cheminots par ses positions de lutte

 

Or, la GDL n'est plus un syndicat catégoriel, avec ses 37 000 syndiqués. Si il représente 80 % des 22 000 conducteurs de train, il est aussi présent chez 30 % des 140 000 autres employés du rail, et majoritaire chez les personnels roulants autres que les conducteurs.

 

Face à son rival réformiste EVG, adhérent à la DGB (Confédération des syndicats allemands) et toujours prêt à la collaboration avec la direction, la GDL a gagné le respect des autres personnels dans la lutte, par ses positions de rassemblement sur des positions de classe.

 

La lutte de la GDL, c'est non seulement la hausse des salaires de 5 %, la baisse de la semaine de travail de 39 à 37 h mais la renégociation de la convention collective – arrivée à expiration en juin dernier – pour unifier les conditions de tous les personnels vers celles des conducteurs.

 

Car, la direction de la Deutsche Bahn en 2010 avait préféré créer deux conventions collectives.

 

Prétendant que la GDL n'était qu'un syndicat catégoriel, elle avait négocié une convention plus avantageuse avec elle pour les conducteurs, laissant le reste du personnel avec une convention au rabais convenue avec EVG.

 

L'ironie de l'histoire, c'est qu'aujourd'hui c'est la direction de la Deutsche Bahn qui revient à la charge et cherche à harmoniser les conventions collective vers le bas, à ranger la GDL derrière l'EVG au nom de l' « unité de négociation » (tariffeinheit).

 

La lutte autour du « tariffeinheit » :

imposer la représentativité pour limiter le droit de grève

 

Le « tariffeinheit », c'est le nom de code de l'offensive du patronat depuis 2010 contre le droit de grève en Allemagne, après pourtant que la Cour fédérale du travail a reconnu la « tariffpluralitat », soit la pluralité syndicale à l'entreprise, et pluralité des conventions collectives.

 

Depuis, la BDA (Medef allemand) et la DGB font front commun pour l' « unité de négociation ». La DGB prétend que c'est une façon de défendre l'unité des travailleurs, le « dialogue social ». Avec le patronat, pardi !

 

Le tariffeinheit avait été instauré en 1950 par la RFA anti-communiste, reconnaissant un seul syndicat représentatif par entreprise, ceux regroupés dans la DGB. Cela permettait de garantir la collaboration (« co-gestion ») entre patronat et syndicat dans l’entreprise en RFA.

 

Donc, le tariffeinheit c'est ce qu'on essaie de nous imposer en France par la représentativité, réduite à un seul syndicat reconnu par le patron, l’État, seul habilité à négocier, signer des accords … et à mener des grèves légales. C'est donc une limitation importante du droit de grève.

 

L'ennemi, ce sont ces petits syndicats de base, catégoriels, qui ne jouent pas le jeu du « dialogue social », de la « co-gestion » : notamment celui des conducteurs de train (GDL) et celui des pilotes d'avion (VC), qui étaient d'ailleurs en grève vendredi dernier.

 

Une enquête de l'Institut d'études pro-patronal IW, menée par Hagen Lesch, sur 123 conflits du travail avait montré que les syndicats dits catégoriels (de « lutte », de « base » dans le contexte allemand) allaient plus souvent au conflit que les autres.

 

Le front uni du patronat (BDA), de la confédération syndicale (DGB) et de la ministre social-démocrate du travail contre le droit de grève !

 

Ce lundi, les mots ont été durs du côté de la direction de la DB. Le responsable du personnel, Ulrich Weber, a parlé d'une grève « absolument incompréhensible » et même d'un « acte criminel » (!).

 

Ingo Kramer, président de la Confédération des associations patronales allemandes (BDA) a déclaré dans Die Welt qu'il attend impatiemment la promulgation de la loi limitant le droit de grève : « Sans unité de négociation (tariffeinheit), la négociation collective n'est pas possible sur le long-terme ».

 

Cela tombe bien, la ministre du travail social-démocrate (SPD), Andrea Nahles, prépare justement un texte de loi qui prévoit d'ancrer ce principe de l' « unicité de négociation » qui devrait limiter fortement la capacité d'action, de négociation et de mobilisation des syndicats de base.

 

 

En Allemagne, comme en Italie ou en Belgique, le droit de grève est en péril et les cheminots sont en première ligne pour le défendre. Vigilance car la France – déjà entamée par la représentativité, le service minimum – pourrait être la prochaine cible.

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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 05:49

demo_soli_israel090111-040.jpgEn Allemagne, les dirigeants de « Die Linke » dénoncent ... les manifestations contre l'agression israélienne saignant Gaza !



Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Légende de l'image : le dirigeant berlinois de « Linke » Klaus Lederer participant à une manifestation pro-israélienne lors de l'opération « Plomb durci » contre Gaza en 2009. On peut lire derrière : « Solidarité avec Israel – Arrêtons la terreur du Hamas »



Il n'y a pas qu'en France que les médias, les partis dominants jouent la carte dangereuse de l' « anti-sémitisme » pour discréditer l'opposition à l'agression israélienne à Gaza. En Allemagne, ce consensus trouve un étrange soutien dans « Die Linke » (la Gauche).



En Allemagne, comme ailleurs en Europe, l'offensive criminelle israélienne a soulevé l'indignation. Des manifestations de solidarité se sont multipliées : le 18 juillet dernier 3 000 personnes à Essen, 1 8 000 à Cologne. Le lendemain, ils étaient 4 500 à Mannheim et 750 à Karlsruhe.



C'est la manifestation d'Essen qui va déclencher une polémique d'ampleur nationale, relayée par les médias. Ces derniers dénoncent une démonstration d'anti-sémitisme, des actes violents visant la synagogue d'Essen, prenant à parti une « manifestation pacifique » pro-israélienne.



La manifestation de solidarité d'Essen : des cadres de Die Linke des deux côtés de la barricade !



La réalité semble quelque peu différente. Cette manifestation était convoquée par l'organisation régionale de « Die Linke » et son organisation de jeunesse en Rhénanie-Westphalie sous le mot d'ordre « Stop au bombardement de Gaza – pour mettre fin à l'escalade au Moyen-orient ».



Un mot d'ordre circonspect, accompagné d'une organisation inflexible envers les agents provocateurs qui a permis, selon la police d'Essen, de réaliser une « manifestation pacifique ».



Les images, les vidéos relayés par la presse ainsi que par les formations pro-israéliennes se révèlent peu convaincantes : quelques imbéciles isolés criant des « Adolf Hitler », feignant un salut nazi, des slogans anti-sémites meuglés par une dizaine d'excités, et c'est après tout.



Les « débordements » concernent au plus une centaine de personnes venues pour en découdre avec les manifestants pro-israéliens, tout aussi excités, ceux des groupes « Anti-allemands » (Antideutsche) notamment, pseudo anti-fascistes, virulents partisans de la politique israélienne et américaine.



Ces événements d'Essen ont conduit à une campagne médiatique se déchaînant contre les manifestants, avec des condamnations des ministres des Affaires étrangères, de la Justice, jusqu'à la chancelière Angela Merkel.



Des attaques directes ont visé la fédération de Rhénanie-Westphalie de « Die Linke », ces dirigeants impliqués de longue date dans la cause palestinienne, comme les secrétaires Ralf Michalowsky et Ozlem Demirel, soucieux de condamner l' « anti-sémitisme » sans céder sur l' « anti-sionisme ».



Or, ces militants, ces cadres ont été lâchés par le « parti de gauche » (Linkspartei) qui s'est joint à la meute pour condamner leur action, parfois en des termes d'une violence rare.



Il faut rappeler déjà que outre le populiste de droite islamophobe Michael Höhne-Pattberg, on trouvait dans la manifestation pro-israélienne à Essen, le politicien de Die Linke originaire du Brandebourg, Harald Petzold.



La meute a été lâchée avec la déclaration de Matthias Höhn, dirigeant de « Die Linke » issu du camp droitier des « réformateurs ». Le dirigeant saxon aurait déjà exigé au préalable des dirigeants rhénans « de reconsidérer leur participation, d'annuler la manifestation ».



Après la manifestation, Höhn a publié un communiqué s'estimant « choqué » face à « ces slogans anti-sémites, l'assaut contre la Synagogue d'Essen – objectif déclaré des manifestants anti-israéliens –, les jets de pierres et bouteilles contre des manifestants pro-israéliens : tout cela me fait honte ». Une bien étrange relecture uni-latérale et catastrophiste des événements.



La député régionale de Thuringe, Katharina König (qui s'est engagé à 18 ans dans une année de « service volontaire » en Israël !), va aller beaucoup plus loin dans une publication sur le site internet « Ruhrbarone ».



Selon elle, les Palestiniens sont les agresseurs, Israel la victime : « Israel ne fait que se défendre contre les attaques de roquette. » L’État sioniste est sous le feu d'un front uni « des islamistes, des nazis, des gauchistes, des naïfs et des anti-sémites qui assurent le succès des calculs des terroristes ».



Sur la manifestation, König conclut :« Ce ne sont pas des manifestations pour la paix. Ce sont des manifestations contre Israël. Elles s'intègrent sciemment à la politique de la terreur ».



Du côté de Berlin, un autre membre du courant de droite « Forum social démocratique » s'est exprimé contre les manifestations, Klaus Lederer, dans une interview au « Tagesspiegel », le 21 juillet dernier.



Selon Lederer, il faut en finir avce cette vision manichéenne d'un méchant Israël « bras armé de l'impérialisme américain » et des gentils mouvements de libération nationale, dont celui de Palestine.



Il faut commencer par critiquer les « terroristes » d'Hamas avant de s'attaquer à Israël, selon lui. Le titre de l'entretien résume le tout : « la haine d’Israël est intolérable ».



La position officielle de Die Linke : renvoyer dos à dos agresseur et victime … pour mieux blanchir Israël !



Ces positions droitières ont-elles trouvé un écho dans la position officielle du parti, à l'échelle nationale ?



Hélas, oui, il suffit de lire le premier communiqué, celui du 11 juillet, publié conjointement par les secrétaires nationaux Katia Kipping, Bernd Reixinger ainsi que leur « parrain », le vétéran Gregor Gysi, architecte de la ligne européenne du PGE (Parti de la gauche européenne).



Dans ce communiqué, il y est affirmé que la responsabilité est partagée, les « deux camps refusent la paix », les « jusqu'au-boutistes des deux camps recherchent l'escalade » et c'est en fait les Palestiniens qui les premiers ont « tiré des roquettes contre des cibles civiles » entraînant une « réaction disproportionnée » (sic) du côté israélien.



Une fausse position équilibrée qui dédouane largement Israël, et qui ne voit d'issue – non dans la lutte de résistance du peuple palestinien – mais dans la pression sur la « communauté internationale » (donc l'Allemagne, la France, les Etats-unis …) pour intervenir et stopper l'escalade dont les deux camps seraient responsables.



Cette position a certes été amendée par la suite, mais elle n'a guère changée sur le fond. Le 22 juillet, un nouveau communiqué réaffirme cette double responsabilité israélo-palestinienne.



Dans le même temps, ce même 22 juillet, Jan Korte (réformateur) pour « Die Linke » s'associe à une déclaration du groupe parlementaire Allemagne-Israël qui :



« condamne toutes les formes d'anti-sémitisme, en particulier celles liées aux manifestations pour Gaza, tendant à relativiser voire nier l'Holocauste, à scander des chants anti-sémites, à s'attaquer aux citoyens juifs et pro-israéliens ».



On pourrait croire à des déclarations épidermiques. Que nenni. L'ultime interview accordée à la radio « Deutschland Funk » le 8 août par le responsable aux questions internationales de Die Linke, Stefan Liebich (un autre réformateur !) clarifie la position du parti.



Attention, pour Liebich, les « responsabilités ne sont pas égales des deux côtés ». Intéressant, donc ? « En fait, c'est le Hamas qui prend en otage sa propre population, pour faire valoir ses revendications. Il y avait un cessez-le-feu, c'est le Hamas, le camp palestinien qui y a mis fin ».



Donc, l'escalade à Gaza, c'est de la faute des Palestiniens, tiens, du nouveau ! Même si la « riposte de l'armée israélienne aux bombardements palestiniens a sans doute été disproportionnée » (sic). On retrouve les mêmes termes que dans le communiqué officiel du parti.



Liebich n'est pas satisfait toutefois de la position d’Israël, il appelle à la levée du blocus qui lui « rappelle quelque peu la situation de Berlin-est » (quelle comparaison pour un Ossie!).



Le temps pour lui de nuancer : « mais je comprends ceux qui disent : si nous (Israël) mettons fin au blocus, alors il faut que la terreur contre les civils israéliens cesse maintenant ».



La longue droitisation de Die Linke, son lent renoncement à l'anti-impérialisme … jusqu'où va-t-il aller ?



Hélas, ces positions de plus en plus ouvertement complaisantes envers l'impérialisme israélien, américain et européen ne sont pas nouvelles. Elles s'inscrivent dans une lente glissade droitière depuis la fondation du parti en 2005.



Ne serait-ce que sur la critique du sionisme, « Die Linke » a connu déjà de nombreux renoncements.



On se souvient de Gregor Gysi qui, lors du 60 ème anniversaire de l’État d’Israël, en 2008, avait déclaré : « L’antisionisme ne peut, ou du moins ne peut plus, être une position défendable pour la gauche en général et pour le parti Die Linke en particulier ». Une position répétée à l'envi par les dirigeants de Linke ces dernières semaines.



En juin 2011, sur le soutien de la « flottille de la liberté » de solidarité avec Gaza en juin 2011, plusieurs députés de Linke avaient soutenu activement l'initiative … alors que Gysi, et une forte minorité de parlementaires dénonçaient une campagne anti-sémite, des agissements violents.

 

La direction de Linke avait alors proposé une motion interdisant la participation d'élus de Linke à la Flotille de la Liberté pour Gaza au nom de la lutte contre l' « anti-sémitisme ». 19 députés avaient refusé d'obéir à une telle résolution, 57 l'avaient tout de même accepté.

 

Enfin, quel autre symbole pouvait-on trouver à ce ralliement que le soutien auxélections présidentielles en 2012 de Beate Klarsfeld, amie de Nicolas Sarkozy, connue pour sa défense zélée du sionisme, dans sa version la plus droitière, la plus brutalement colonialiste.

 

Cette position de soutien à la politique pro-sioniste du gouvernement allemand s'inscrit plus largement dans un accompagnement de la nouvelle weltpolitik(politique mondiale) du gouvernement allemand, de rémilitarisation du pays.

 

Un programme dans lequel le fameux Stefan Liebich, déjà cité – membre de la Commission aux Affaires étrangères du Bundestag, impliqué dans des associations atlantistes – joue un rôle majeur.

 

Dans plusieurs documents rédigés l'an passé, il a appelé le parti à soutenir les « interventions humanitaires » de l'armée allemande à l'étranger, à assumer de « nouvelles responsabilités internationales » pour l'Allemagne, à renforcer le « partenariat trans-atlantique ».

 

Renforcer le partenariat trans-atlantique ?En d'autres termes, l'OTAN. C'était ce qu'exprimait la secrétaire nationale, Katia Kipping, en plein scandale des écoutes de la NSA en octobre 2013 : « il faut transformer l'OTAN en partenariat trans-atlantique pour la paix ».

 

On se rappelle que Gysi, en 2009, rassurait l'ambassadeur américain à Berlin insistant sur le caractère inoffensif des slogans de Die Linke pour l'impérialisme américain, privilégiant l'abstraite et utopique dissolution de l'OTAN au concret et possible retrait de l'Allemagne de l'OTAN.

 

Cela a même conduit Die Linke à revenir sur un des points fondateurs de l'identité du parti : « Pas de missions à l'étranger ».

 

Gregor Gysi a tenté le coup de force en avril, soutenant une intervention humanitaire en Syrie– le déploiement d'une mission militaire en Méditerranée, une frégate avec à son bord 300 soldats censée assurer le désarmement des armes chimiques de la Syrie, en collaboration avec les USA.

 

Ce soutien déclaré aux manœuvres impérialistes en Syrie, à la politique belliciste de l'Allemagne, n'a pas emporté l'adhésion de la majorité des députés de « Die Linke » : 35 ont voté contre, 18 se sont abstenus et 5 ont voté pour cette mission à l'étranger, révélant une fracture à la tête du parti.

 

Ces mêmes conflits se sont retrouvés dans le programme du parti pour les élections européennes où Gregor Gysi et les « réformateurs » ont obtenu le retrait de deux points-clés du programme : (1) – le retrait de l'Allemagne de l'OTAN ; (2) – la définition de l'UE comme un bloc militariste, néo-libéral et anti-démocratique.

 

Finalement, Die Linke a adopté pour les européennes un programme axé sur : le sauvetage de l'euro et de l'idée européenne, la réorientation de l'Union européenne.

 

Die Linke peut-il aller encore plus loin dans la droitisation après son alignement sur les positions sionistes, favorables au « traité militaire trans-atlantique », pour la défense de l'UE actuelle ?

 

Rien n'est impossible, pour plusieurs raisons.

 

D'abord, les calculs politiciens de Die Linke qui lorgnent vers 2017 et une possible coalition gouvernementale « rouge-rouge-verte ». Comme le soulignait Gysi (oui, encore lui) dans un entretien à « Deutschland Funk » en juin :

 

« nous voulons un accord sur la politique étrangère, comme sur la défense, avec nos partenaires de gauche ».Selon Gysi, c'est possible car le SPD est critique face aux interventions guerrières à l'étranger (sic) et parce que « ce n'est pas sur la politique étrangère que nous sommes en désaccord ».

 

Au moment où le Ministre des Affaires étrangères SPD Steinmeier a acté uneweltpolitik belliciste en Centrafrique, au Mali, en Syrie ou en Ukraine, on croit rêver !

 

Et les yeux de Gysi brillent face à une perspective à court-terme, celle de gagner en alliance avec le SPD et les Verts le Land de Thuringe (la région de Catherine König, déjà évoquée!), où le « Linke » Bodo Ramelow peut devenir le prochain président de région.

 

Une seule condition mentionnée par les dirigeants verts et sociaux-démocrates locaux, mettre sous silence les positions anti-impérialistes traditionnelles de Linke sur l'Ukraine, la Palestine, la Syrie.

 

Au-delà des calculs politiciens, c'est bien d'une intégration générale à la marche à la guerre de l'impérialisme allemand – utilisant l'Europe comme démultiplicateur de sa puissance, préparant sa remilitarisation pour une projection mondiale de sa force – qu'il s'agit.

 

Hélas, faut-il le rappeler, Die Linke est aussi l'initiateur et a longtemps été la vitrine du PGE (Parti de la gauche européenne), ce parti politique européen financé par Bruxelles coordonnant depuis 2004 la transformation des partis communistes en mouvement de gauche, alignés sur des positions favorables à l'Union européenne, d'aménagement du système capitalisme, d'accompagnement de l'impérialisme européen.

 

 

Les défenses de Die Linke semblent en tout cas bien faibles pour résister à la vague militariste et belliciste allemande. Cent après le vote des crédits de guerre au Reichstag par les députés sociaux-démocrates, « Die Linke » se rapproche toujours plus d'Ebert ou Scheidemann, toujours plus loin de Liebknecht ou Luxembourg.

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Allemagne
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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 06:00

vernunft-die-linke.pngFractures internes à « Die Linke » prête à sacrifier le combat pour la paix, contre l'OTAN ... pour s'allier avec le SPD !

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Ex-vitrine du PGE, Die Linke, a du plomb dans l'aile. Non seulement il n'arrive toujours pas à incarner une alternative à la social-démocratie traditionnelle, mais sa glissade droitière est de plus en plus manifeste, même sur un point central de son identité : la lutte pour la paix.

 

Au-delà des communistes, pour les progressistes, les militants de gauche allemands, le combat pour la paix est fondamental dans un pays où le militarisme, l'impérialisme, a toujours accompagné les pires formes de domination du capital, avec le nazisme comme forme suprême.

 

« Die Linke » a bien liquidé la majeure partie de l'héritage du mouvement communiste en Allemagne au profit d'une conception institutionnelle, réformiste, prompte aux alliances avec la social-démocratie, à l'adhésion à l'UE capitaliste.

 

Mais le combat contre la guerre, contre l'impérialisme, il semblait avoir subsisté jusque-là.

 

Or, quand le gouvernement allemand prend un tournant militariste, les interventions de la Bundeswehr (armée allemande) se multiplient en Afrique, que la chancellerie allemande se fait active sur le Front de l'est ukrainien, les résistances de « Die Linke » à l'appel du clairon tombent.

 

Certes, « Die Linke » n'est pas strictement homogène sur cette question identitaire. Des fractions – essentiellement liés à des députés, dans ce parti étroitement parlementaire – se dessinent.

 

Un député de Linke au cœur de la reformulation de la politique étrangère militariste allemande

 

Le jeune loup Stefan Liebich fait partie du courant « réformateur », l'aile-droite favorable à une ré-orientation de la politique de Linke vers un accompagnement du tournant militariste de la RFA. Député, il est membre pour Linke de la Commission aux Affaires étrangères du Bundestag.

 

Il est par ailleurs un membre éminent de diverses ONG spécialisées dans « l'aide au développement », « les missions humanitaires », comme l'ONG « Help », liée indirectement à la chancellerie allemande mais aussi « Atlantik-Brücke » (Pont de l'Atlantique) favorisant le développement de l’atlantisme à travers les échanges entre élites américaines et allemandes.

 

Il y a deux semaines de cela, Liebich, a participé avec le député vert Jurgen Trittin et la SPD Hildegaard Buhlman à une rencontre visant à dresser « les perspectives d'une politique commune pour la paix », dont est sorti selon Liebich la « plausibilité » d'un accord entre les trois parti(e)s, dans l'optique d'un futur accord gouvernemental.

 

Liebich avait déjà contribué à la rédaction d'un texte à l'automne « Politique étrangère de Gauche : perspectives de réforme » qui avançait l'idée dans le parti de gauche de « nouvelles responsabilités internationales » pour l'Allemagne, avec un soutien à des « interventions humanitaires » à l'étranger et renforcement du « partenariat trans-atlantique » avec les États-Unis.

 

En janvier encore, Liebich a signé un document avec la députée verte Brugger, encourageant le développement de missions militaires allemandes à l'étranger « sous mandat international » dans une optique « humanitaire ». L'humain d'abord, à coup de bombes !

 

Liebich avait également soutenu le déploiement de la Bundeswehr en Méditerranée en avril dernier.

 

Une fraction des députés de Linke prête à soutenir une mission de la Bundeswehr à l'étranger, en Syrie !

 

Car les « réformateurs » ne se sont pas arrêtés aux discours, ils sont passés aux actes en avril dernier, levant un tabou de Die Linke : la question du soutien à des interventions de la Bundeswehr à l'étranger.

 

Ces derniers mois, l'armée allemande a accéléré la mise en œuvre de sa weltpolitik, sa politique mondiale, en venant en soutien de la France au Mali, en Centrafrique.

 

Elle a également acté le déploiement d'une mission militaire en Méditerranée. Une frégate avec à son bord 300 soldats censée assurer le désarmement des armes chimiques de la Syrie, en collaboration avec les États-Unis.

 

Usant du prétexte fallacieux de la menace des « armes chimiques », la nécessité d'une intervention humanitaire, Gregor Gysi – figure des « réformateurs », leader du PGE – avait tenté le coup de force en reniant un mot d'ordre fondateur de l'identité de Linke : « Pas de mission à l'étranger ».

 

Ce soutien déclaré aux manœuvres impérialistes en Syrie, à la politique belliciste de l'Allemagne, n'a pas emporté l'adhésion de la majorité des députés de « Die Linke » : 35 ont voté contre, 18 se sont abstenus et 5 ont voté pour cette mission à l'étranger, révélant une fracture à la tête du parti.

 

Ce n'est pas la première fois que sur la question de la paix, le parti se déchire.

 

Sur le soutien de la « flottille de la liberté » de solidarité avec Gaza en juin 2011, plusieurs députés de Linke avaient soutenu activement l'initiative … alors que Gysi, et une forte minorité de parlementaires dénonçaient une campagne anti-sémite, des agissements violents.

 

La direction de Linke avait alors proposé une motion interdisant la participation d'élus de Linke à la Flotille de la Liberté pour Gaza au nom de la lutte contre l' « anti-sémitisme ». 19 députés avaient refusé d'obéir à une telle résolution, 57 l'ont tout de même accepté

 

On se souvient que Gysi avait, lors du 60 ème anniversaire de l’État d’Israël, déclaré : « L’antisionisme ne peut, ou du moins ne peut plus, être une position défendable pour la gauche en général et pour le parti Die Linke en particulier ».

 

En mars 2012, die Linke a même osé soutenir aux élections présidentielles Beate Klarsfeld, amie personnelle de Nicolas Sarkozy, connue pour sa défense zélée du sionisme, dans sa version la plus droitière, la plus brutalement colonialiste.

 

Divisions sur l'Ukraine : les « réformateurs » et Gysi en difficulté

 

Sur l'Ukraine, toutes les ambiguïtés délibérées, les renoncements patents, les calculs subtils de la ligne « réformatrice » sont apparus, mais n'ont pu être menés jusqu'au bout.

 

En effet, dans un premier temps, la direction de Linke sous la plume des centristes (de droite) Bernd Reixinger, Katja Kipping ainsi que Gregor Gysi a signé un communiqué, le 2 mars, avec une prise de position semblable à celle adoptée par le PGE.

 

Feignant de renvoyer dos à dos les deux belligérants, ce document lance un appel au gouvernement allemand, aux dirigeants de l'UE qui ont « un bon rôle à jouer » en faisant le pari de la diplomatie, tout en appelant le gouvernement de Kiev à « la désescalade », sans référence à la présence massive de fascistes à sa tête.

 

Cette position fut rapidement contestée par plusieurs députés, fidèles à certaines positions historiques « critiques » sur la paix de la formation de gauche.

 

Ce fut le cas notamment de Sevim Dagdelen et Sarah Wagenknecht qui ont pointé du doigt la présence de fascistes au gouvernement ukrainien, entrant en conflit violent notamment avec les députés Verts.

 

Cette fronde de l' « aile-gauche » de la fraction parlementaire de Linke a contraint le chef de groupe, Gregor Gysi, à ajuster le tir, révélant des interventions parlementaires, des sorties médiatiques plus critiques sur la politique occidentale, l'évolution du gouvernement ukrainien.

 

Son intervention au Parlement, le 13 juin, se révèle beaucoup plus équilibrée, critique envers le rôle de l'UE et de l'OTAN bien qu'il regrette surtout, dans une inspiration gorbatchevienne, qu'on n'intègre pas la Russie et l'Ukraine à une « maison commune européenne » (sic).

 

Cela n'a pas empêché Gysi, ainsi que la direction bi-céphale Rexinger/Kipping, à prendre publiquement leurs distances avec le député Linke Sevim Dagdelen qui avait osé dénoncer le 4 juin avec force l'hypocrisie des députés verts ainsi que du ministre social-démocrate des Affaires étrangères.

 

Il avait alors emprunté à Bertolt Brecht une citation fort à propos : « Celui qui ne connaît pas la vérité, celui-là n'est qu'un imbécile. Mais celui qui la connaît et la qualifie de mensonge, celui-là est un criminel ».

 

Car si Gysi est prêt à tout pour préserver l'unité du parti, c'est sur une ligne de « réforme de l'UE » et de l' « OTAN », ainsi que dans la perspective d'un gouvernement « rouge-rose-vert » auquel il aspire pour 2017.

 

Réformer l'OTAN ? La nouvelle marotte de Linke !

 

Ces derniers mois, Gregor Gysi a ferraillé dans le parti pour édulcorer au maximum les positions anti-impérialistes traditionnelles de la gauche allemande.

 

Le combat a porté sur le programme aux élections européennes. Deux objectifs atteints pour Gysi : (1) enlever l'exigence de retrait de l'Allemagne de l'OTAN ; (2) enlever l'identification de l'UE comme un « bloc militariste, néo-libéral et fondamentalement anti-démocratique ».

 

Ces positions supposément portées par l'aile-gauche du parti ont en réalité été effacées du programme du parti sans susciter de réel combat interne, révélant un consensus de fond derrière les postures publiques.

 

On se souvient que Gregor Gysi avait été pris la main dans le sac il y a cinq ans lorsque Wikileaks a révélé ses entretiens secrets avec l'ambassadeur américain à Berlin en 2009 où il le rassurait sur le caractère inoffensif des mots d'ordre de Linke, sacrifiant le concret retrait de l'Allemagne de l'OTAN à l'abstraite et irréaliste dissolution de l'OTAN.

 

En octobre 2013, la dirigeante du parti Katja Kipping était même allée plus loin en plein scandale des écoutes téléphoniques américaines. Elle avait alors dénoncé l'attitude des Etats-unis « qui porte des dommages irréparables à l'architecture de sécurité de l'Atlantique nord ».

 

Elle regrettait ensuite que Merkel se soit rendue compte trop tard que « les Etats-unis ne veulent pas d'une Europe forte » (sic) avant d'appeler de ses vœux à une transformation de l'OTAN en « un partenariat trans-atlantique pour la paix ».

 

L'alliance avec le SPD en 2017 : l'objectif avoué des « réformateurs » de Linke

 

C'est l'idée derrière les manœuvres de Gysi visant à re-centrer la politique étrangère vers le consensus militariste dominant : préparer une coalition de « gauche plurielle », « rouge-rouge-verte » pour 2017.

 

Selon les observateurs, la pierre d'achoppement majeure reste la politique étrangère allemande : entre le SPD et les Verts, partisans d'une politique d'adhésion pleine et entière à l'OTAN, l'UE, aux missions à l'étranger, au réarmement allemand, et Linke, supposée critique face à cette politique.

 

Gysi, dans un entretien récent à « Deutschlandfunk », a tenu à insister sur ce point : « nous voulons un accord sur la politique étrangère, comme sur la défense, avec nos partenaires de gauche ».

 

A cette fin, Gysi est prêt à voir des mirages : « Je crois que le SPD a compris que les interventions en Afghanistan, en Yougoslavie, Irak, Libye n'ont rien résolu, qu'elles ont au contraire exacerbé les tensions ».

 

Au moment où le ministre des Affaires étrangères SPD Steinmeier mène la politique extérieure la plus belliciste depuis un demi-siècle, où le SPD dans la « Grande coalition » avec la CDU soutient les interventions au Mali, en Syrie, en Centrafrique, c'est fort de café !

 

Mais dans toutes ces interviews, une question surgit inévitablement : celle de la coalition de gauche pour 2017. Gysi est toujours prudent mais pour lui,« ce n'est pas sur la question de la politique étrangère qu'il y aura le plus de désaccords ».

 

Une façon habile de dire qu'il suffira d'un pas réciproque (enfin un pas de Linke vers le consensus atlantiste, belliciste, surtout!) pour arriver à un accord.

 

Tous les yeux sont désormais tournés vers Thuringe où les élections régionales à l'automne pourraient voir l'élection d'un président de région de « Die Linke », Bodo Ramelow, élu grâce au soutien du SPD et des Verts. Une préfiguration de la « gauche plurielle » pour 2017.

 

Selon Gysi, ce fait « serait un moment fort pour la gauche en Allemagne ». La dirigeante verte locale, Katrin Goring-Eckardt d'un côté, a salué le travail de Gysi, évoquant un « parti qui a liquidé l'héritage du SED »pour devenir un « parti social-démocrate assumé ».

 

De l'autre, elle s'est dite inquiète de la position de certains députés Linke adoptant une « position pro-russe », obstacle pour elle à une coalition de gauche au niveau régional comme national.

 

Il convient de rappeler que le SPD gouverne actuellement le Land de Thuringe … avec les conservateurs de la CDU !

 

On comprend le jeu d'équilibriste de Gysi, qui se voit déjà ministre des Affaires étrangères de la RFA après avoir été apparatchik de la veille et dissident du lendemain en RDA, ajustant ses positions au gré des oppositions internes, lançant des ballons d'essai, pour orienter sa politique extérieure vers la convergence sur des positions européistes, atlantistes, militaristes du SPD et des Verts.

 

Mais le peuple allemand mérite beaucoup mieux que ses calculs politiciens, il a besoin d'une organisation politique révolutionnaire, de lutte qui affirme haut et fort : Plus jamais la guerre, plus jamais la renaissance du militarisme et de l'impérialisme allemands !

 

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