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    Le site Solidarité Internationale PCF publie des traductions de déclarations, des communiqués, des articles théoriques et d'actualité provenant de partis communistes du monde entier ainsi que des analyses françaises sur le mouvement communiste international et la politique étrangère de la France. La ligne éditoriale du site suit les positions du Réseau "Faire vivre et renforcer le PCF" (site http://vivelepcf.fr/) qui refuse la dérive réformiste du PCF suivant le PGE. Notre site s'efforce de faire vivre la conception de la solidarité internationale portée historiquement par le PCF.

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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 06:00

vernunft-die-linke.pngFractures internes à « Die Linke » prête à sacrifier le combat pour la paix, contre l'OTAN ... pour s'allier avec le SPD !

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Ex-vitrine du PGE, Die Linke, a du plomb dans l'aile. Non seulement il n'arrive toujours pas à incarner une alternative à la social-démocratie traditionnelle, mais sa glissade droitière est de plus en plus manifeste, même sur un point central de son identité : la lutte pour la paix.

 

Au-delà des communistes, pour les progressistes, les militants de gauche allemands, le combat pour la paix est fondamental dans un pays où le militarisme, l'impérialisme, a toujours accompagné les pires formes de domination du capital, avec le nazisme comme forme suprême.

 

« Die Linke » a bien liquidé la majeure partie de l'héritage du mouvement communiste en Allemagne au profit d'une conception institutionnelle, réformiste, prompte aux alliances avec la social-démocratie, à l'adhésion à l'UE capitaliste.

 

Mais le combat contre la guerre, contre l'impérialisme, il semblait avoir subsisté jusque-là.

 

Or, quand le gouvernement allemand prend un tournant militariste, les interventions de la Bundeswehr (armée allemande) se multiplient en Afrique, que la chancellerie allemande se fait active sur le Front de l'est ukrainien, les résistances de « Die Linke » à l'appel du clairon tombent.

 

Certes, « Die Linke » n'est pas strictement homogène sur cette question identitaire. Des fractions – essentiellement liés à des députés, dans ce parti étroitement parlementaire – se dessinent.

 

Un député de Linke au cœur de la reformulation de la politique étrangère militariste allemande

 

Le jeune loup Stefan Liebich fait partie du courant « réformateur », l'aile-droite favorable à une ré-orientation de la politique de Linke vers un accompagnement du tournant militariste de la RFA. Député, il est membre pour Linke de la Commission aux Affaires étrangères du Bundestag.

 

Il est par ailleurs un membre éminent de diverses ONG spécialisées dans « l'aide au développement », « les missions humanitaires », comme l'ONG « Help », liée indirectement à la chancellerie allemande mais aussi « Atlantik-Brücke » (Pont de l'Atlantique) favorisant le développement de l’atlantisme à travers les échanges entre élites américaines et allemandes.

 

Il y a deux semaines de cela, Liebich, a participé avec le député vert Jurgen Trittin et la SPD Hildegaard Buhlman à une rencontre visant à dresser « les perspectives d'une politique commune pour la paix », dont est sorti selon Liebich la « plausibilité » d'un accord entre les trois parti(e)s, dans l'optique d'un futur accord gouvernemental.

 

Liebich avait déjà contribué à la rédaction d'un texte à l'automne « Politique étrangère de Gauche : perspectives de réforme » qui avançait l'idée dans le parti de gauche de « nouvelles responsabilités internationales » pour l'Allemagne, avec un soutien à des « interventions humanitaires » à l'étranger et renforcement du « partenariat trans-atlantique » avec les États-Unis.

 

En janvier encore, Liebich a signé un document avec la députée verte Brugger, encourageant le développement de missions militaires allemandes à l'étranger « sous mandat international » dans une optique « humanitaire ». L'humain d'abord, à coup de bombes !

 

Liebich avait également soutenu le déploiement de la Bundeswehr en Méditerranée en avril dernier.

 

Une fraction des députés de Linke prête à soutenir une mission de la Bundeswehr à l'étranger, en Syrie !

 

Car les « réformateurs » ne se sont pas arrêtés aux discours, ils sont passés aux actes en avril dernier, levant un tabou de Die Linke : la question du soutien à des interventions de la Bundeswehr à l'étranger.

 

Ces derniers mois, l'armée allemande a accéléré la mise en œuvre de sa weltpolitik, sa politique mondiale, en venant en soutien de la France au Mali, en Centrafrique.

 

Elle a également acté le déploiement d'une mission militaire en Méditerranée. Une frégate avec à son bord 300 soldats censée assurer le désarmement des armes chimiques de la Syrie, en collaboration avec les États-Unis.

 

Usant du prétexte fallacieux de la menace des « armes chimiques », la nécessité d'une intervention humanitaire, Gregor Gysi – figure des « réformateurs », leader du PGE – avait tenté le coup de force en reniant un mot d'ordre fondateur de l'identité de Linke : « Pas de mission à l'étranger ».

 

Ce soutien déclaré aux manœuvres impérialistes en Syrie, à la politique belliciste de l'Allemagne, n'a pas emporté l'adhésion de la majorité des députés de « Die Linke » : 35 ont voté contre, 18 se sont abstenus et 5 ont voté pour cette mission à l'étranger, révélant une fracture à la tête du parti.

 

Ce n'est pas la première fois que sur la question de la paix, le parti se déchire.

 

Sur le soutien de la « flottille de la liberté » de solidarité avec Gaza en juin 2011, plusieurs députés de Linke avaient soutenu activement l'initiative … alors que Gysi, et une forte minorité de parlementaires dénonçaient une campagne anti-sémite, des agissements violents.

 

La direction de Linke avait alors proposé une motion interdisant la participation d'élus de Linke à la Flotille de la Liberté pour Gaza au nom de la lutte contre l' « anti-sémitisme ». 19 députés avaient refusé d'obéir à une telle résolution, 57 l'ont tout de même accepté

 

On se souvient que Gysi avait, lors du 60 ème anniversaire de l’État d’Israël, déclaré : « L’antisionisme ne peut, ou du moins ne peut plus, être une position défendable pour la gauche en général et pour le parti Die Linke en particulier ».

 

En mars 2012, die Linke a même osé soutenir aux élections présidentielles Beate Klarsfeld, amie personnelle de Nicolas Sarkozy, connue pour sa défense zélée du sionisme, dans sa version la plus droitière, la plus brutalement colonialiste.

 

Divisions sur l'Ukraine : les « réformateurs » et Gysi en difficulté

 

Sur l'Ukraine, toutes les ambiguïtés délibérées, les renoncements patents, les calculs subtils de la ligne « réformatrice » sont apparus, mais n'ont pu être menés jusqu'au bout.

 

En effet, dans un premier temps, la direction de Linke sous la plume des centristes (de droite) Bernd Reixinger, Katja Kipping ainsi que Gregor Gysi a signé un communiqué, le 2 mars, avec une prise de position semblable à celle adoptée par le PGE.

 

Feignant de renvoyer dos à dos les deux belligérants, ce document lance un appel au gouvernement allemand, aux dirigeants de l'UE qui ont « un bon rôle à jouer » en faisant le pari de la diplomatie, tout en appelant le gouvernement de Kiev à « la désescalade », sans référence à la présence massive de fascistes à sa tête.

 

Cette position fut rapidement contestée par plusieurs députés, fidèles à certaines positions historiques « critiques » sur la paix de la formation de gauche.

 

Ce fut le cas notamment de Sevim Dagdelen et Sarah Wagenknecht qui ont pointé du doigt la présence de fascistes au gouvernement ukrainien, entrant en conflit violent notamment avec les députés Verts.

 

Cette fronde de l' « aile-gauche » de la fraction parlementaire de Linke a contraint le chef de groupe, Gregor Gysi, à ajuster le tir, révélant des interventions parlementaires, des sorties médiatiques plus critiques sur la politique occidentale, l'évolution du gouvernement ukrainien.

 

Son intervention au Parlement, le 13 juin, se révèle beaucoup plus équilibrée, critique envers le rôle de l'UE et de l'OTAN bien qu'il regrette surtout, dans une inspiration gorbatchevienne, qu'on n'intègre pas la Russie et l'Ukraine à une « maison commune européenne » (sic).

 

Cela n'a pas empêché Gysi, ainsi que la direction bi-céphale Rexinger/Kipping, à prendre publiquement leurs distances avec le député Linke Sevim Dagdelen qui avait osé dénoncer le 4 juin avec force l'hypocrisie des députés verts ainsi que du ministre social-démocrate des Affaires étrangères.

 

Il avait alors emprunté à Bertolt Brecht une citation fort à propos : « Celui qui ne connaît pas la vérité, celui-là n'est qu'un imbécile. Mais celui qui la connaît et la qualifie de mensonge, celui-là est un criminel ».

 

Car si Gysi est prêt à tout pour préserver l'unité du parti, c'est sur une ligne de « réforme de l'UE » et de l' « OTAN », ainsi que dans la perspective d'un gouvernement « rouge-rose-vert » auquel il aspire pour 2017.

 

Réformer l'OTAN ? La nouvelle marotte de Linke !

 

Ces derniers mois, Gregor Gysi a ferraillé dans le parti pour édulcorer au maximum les positions anti-impérialistes traditionnelles de la gauche allemande.

 

Le combat a porté sur le programme aux élections européennes. Deux objectifs atteints pour Gysi : (1) enlever l'exigence de retrait de l'Allemagne de l'OTAN ; (2) enlever l'identification de l'UE comme un « bloc militariste, néo-libéral et fondamentalement anti-démocratique ».

 

Ces positions supposément portées par l'aile-gauche du parti ont en réalité été effacées du programme du parti sans susciter de réel combat interne, révélant un consensus de fond derrière les postures publiques.

 

On se souvient que Gregor Gysi avait été pris la main dans le sac il y a cinq ans lorsque Wikileaks a révélé ses entretiens secrets avec l'ambassadeur américain à Berlin en 2009 où il le rassurait sur le caractère inoffensif des mots d'ordre de Linke, sacrifiant le concret retrait de l'Allemagne de l'OTAN à l'abstraite et irréaliste dissolution de l'OTAN.

 

En octobre 2013, la dirigeante du parti Katja Kipping était même allée plus loin en plein scandale des écoutes téléphoniques américaines. Elle avait alors dénoncé l'attitude des Etats-unis « qui porte des dommages irréparables à l'architecture de sécurité de l'Atlantique nord ».

 

Elle regrettait ensuite que Merkel se soit rendue compte trop tard que « les Etats-unis ne veulent pas d'une Europe forte » (sic) avant d'appeler de ses vœux à une transformation de l'OTAN en « un partenariat trans-atlantique pour la paix ».

 

L'alliance avec le SPD en 2017 : l'objectif avoué des « réformateurs » de Linke

 

C'est l'idée derrière les manœuvres de Gysi visant à re-centrer la politique étrangère vers le consensus militariste dominant : préparer une coalition de « gauche plurielle », « rouge-rouge-verte » pour 2017.

 

Selon les observateurs, la pierre d'achoppement majeure reste la politique étrangère allemande : entre le SPD et les Verts, partisans d'une politique d'adhésion pleine et entière à l'OTAN, l'UE, aux missions à l'étranger, au réarmement allemand, et Linke, supposée critique face à cette politique.

 

Gysi, dans un entretien récent à « Deutschlandfunk », a tenu à insister sur ce point : « nous voulons un accord sur la politique étrangère, comme sur la défense, avec nos partenaires de gauche ».

 

A cette fin, Gysi est prêt à voir des mirages : « Je crois que le SPD a compris que les interventions en Afghanistan, en Yougoslavie, Irak, Libye n'ont rien résolu, qu'elles ont au contraire exacerbé les tensions ».

 

Au moment où le ministre des Affaires étrangères SPD Steinmeier mène la politique extérieure la plus belliciste depuis un demi-siècle, où le SPD dans la « Grande coalition » avec la CDU soutient les interventions au Mali, en Syrie, en Centrafrique, c'est fort de café !

 

Mais dans toutes ces interviews, une question surgit inévitablement : celle de la coalition de gauche pour 2017. Gysi est toujours prudent mais pour lui,« ce n'est pas sur la question de la politique étrangère qu'il y aura le plus de désaccords ».

 

Une façon habile de dire qu'il suffira d'un pas réciproque (enfin un pas de Linke vers le consensus atlantiste, belliciste, surtout!) pour arriver à un accord.

 

Tous les yeux sont désormais tournés vers Thuringe où les élections régionales à l'automne pourraient voir l'élection d'un président de région de « Die Linke », Bodo Ramelow, élu grâce au soutien du SPD et des Verts. Une préfiguration de la « gauche plurielle » pour 2017.

 

Selon Gysi, ce fait « serait un moment fort pour la gauche en Allemagne ». La dirigeante verte locale, Katrin Goring-Eckardt d'un côté, a salué le travail de Gysi, évoquant un « parti qui a liquidé l'héritage du SED »pour devenir un « parti social-démocrate assumé ».

 

De l'autre, elle s'est dite inquiète de la position de certains députés Linke adoptant une « position pro-russe », obstacle pour elle à une coalition de gauche au niveau régional comme national.

 

Il convient de rappeler que le SPD gouverne actuellement le Land de Thuringe … avec les conservateurs de la CDU !

 

On comprend le jeu d'équilibriste de Gysi, qui se voit déjà ministre des Affaires étrangères de la RFA après avoir été apparatchik de la veille et dissident du lendemain en RDA, ajustant ses positions au gré des oppositions internes, lançant des ballons d'essai, pour orienter sa politique extérieure vers la convergence sur des positions européistes, atlantistes, militaristes du SPD et des Verts.

 

Mais le peuple allemand mérite beaucoup mieux que ses calculs politiciens, il a besoin d'une organisation politique révolutionnaire, de lutte qui affirme haut et fort : Plus jamais la guerre, plus jamais la renaissance du militarisme et de l'impérialisme allemands !

 

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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 06:02

Leo1.jpgL'Allemagne livre 120 panzer Leopard 2 à la Pologne pour renforcer le Front est-européen de l'OTAN

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

La nouvelle semble saugrenue, elle est pourtant très sérieuse et souligne la montée des tensions à l'est : l'Allemagne vient de livrer 120 de ses meilleurs chars d'assaut à son allié polonais, pour contrer l'adversaire russe déclaré, dans un contexte de crise ukrainienne.



Des chars allemands traversant la frontière polonaise. Même si c'est sur des rails cette fois, la nouvelle a fait grincer des dents au sein de l'opposition ultra-nationaliste menée par Kaszcynski.



Toutefois, le gouvernement polonais de Tusk a défendu fermement son acquisition : « en cas de conflit, nous devrons nous tourner vers Berlin », ce à quoi Berlin a répondu qu'ils auront besoin de la Pologne « en cas de guerre en Europe de l'est ».



Le ton est donné, l'axe Berlin-Varsovie prépare l'affrontement avec la Russie.



Un « cadeau » allemand pour renforcer le Front est face à la Russie



Dans ce combat commun, c'est la Pologne qui est sur la ligne de front, à proximité de l'enclave de Kaliningrad et de la Biélorussie. Elle aura besoin du fleuron de l'industrie de guerre allemand : le char Leopard 2, livré à 120 exemplaires.



Le contrat avait été signé il y a six mois, en novembre 2013 … au moment même où le président ukrainien corrompu Ianoukovitch faisait machine arrière et refusait de signer l'accord d'association avec l'Union européenne. Il y a des coïncidences troublantes.



Le contrat est estimé à 1 million d'euros par char, loin du prix estimé à 3 millions d'euros. Selon le journal polonais Politika, certains pays étaient prêts à proposer beaucoup plus, mais l'Allemagne a fait un choix géopolitique conscient, quitte à perdre de l'argent dans la transaction.



En 2001, déjà, la Pologne avait reçu en cadeau 120 vieux modèles du Léopard 1 ère génération pour la somme symbolique d'1 €.



Il s'agit bien de sceller – par la livraison de ce char construit par la RFA pour lutter contre l'ennemi soviétique – un axe fort, censé structurer le front européen de l'OTAN, en cas de conflit avec la Russie.



Le Leopard 2 est considéré comme un des meilleurs chars d'assaut au monde, le tank le plus exporté parmi les modèles européens (dans près de 20 pays). Les équipages polonais, qui ont connu le T-72 soviétique, louent déjà sa maniabilité.



Bénéficiant d'un blindage et d'un armement de dernière génération, il est dit supérieur aux modèles russes héritées de l'ère soviétique, le T-72 voire le T-80.



Réarmement polonais pour l' « allié stratégique » des Etats-unis



Pour l'armée polonaise, cette manœuvre s'intègre dans un réarmement général : à terme, la Pologne veut développer ses propres chars comme elle l'a fait avec le véhicule de transport blindé « Rosomak », à l'origine un modèle finlandais, déjà présent en Afghanistan et au Tchad.



La Pologne souhaite remplacer ses stocks de matériel soviétique (les T-72 et les BMP), issus du Pacte de Varsovie, par un matériel aux normes de l'OTAN.



Elle envisage également de diversifier ses forces armées, notamment en achetant des sous-marins pour contrer la marine russe dans la Baltique.



Dans le même temps, l'intégration de la Pologne au système de défense anti-missile américain révèle bien le rôle d' « allié stratégique » des Etats-unis, pour citer Obama lors de sa visite à Varsovie en juin 2013, pilier de l'OTAN sur le front de l'Est.



et tournant militariste pour l'Allemagne présente sur tous les fronts

(Ukraine, Mali, Centrafrique)



Du côté allemand, cette manœuvre se comprend dans un tournant militariste entamé nettement depuis un an, si on suit les discours du président Gauck, des ministres des Affaires étrangères Westerwelle puis Steienmeier.



Des discours tous axés sur la nécessité pour l'Allemagne de jouer un rôle plus important dans le monde, un rôle dirigeant en Europe, et d'intervenir plus systématiquement dans les zones de conflit.



Une nouvelle weltpolitik (politique mondiale)reposant surla levée du tabou de la reconstruction de la puissance militaire allemande, et celui du nationalisme allemand assumé.



Une politique qui n'a pas tardé à se traduire par le terrain. On sait bien que les agissements de l'opposition ukrainienne ont été alimentés, couverts voire fomentés par les chancelleries polonaises, en première ligne, et allemandes, plus en retrait.



Outre l'Ukraine, l'Allemagne a décidé depuis un an de participer aux interventions en Afrique, une nouveauté.Des troupes allemandes sont présentes auprès des troupes d'occupation françaises au Mali depuis un an, en Centrafrique depuis quelques semaines.



Cent ans après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, au moment où le militarisme allemand renaît de ses cendres, il y a de quoi se replonger dans l'histoire : la crise du capitalisme, les rivalités impérialistes, la course aux armements, la montée des tensions, autant d'éléments qui ont conduit à ce carnage des peuples.



Que le cri « Nie wieder krieg », plus jamais la guerre, résonne encore en France, en Allemagne, comme sur le Front de l'est !

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19 juin 2014 4 19 /06 /juin /2014 06:31

lokfuehrerstreik 1.538169Les conducteurs de train allemands prêts à aller au conflit avec la direction de la Deutsche Bahn pour la semaine de 37 h



Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net



La propagande sur les ondes médiatiques françaises est lourde, elle occulte volontairement le fait que la colère des cheminots français est partagée ailleurs en Europe. Avant tout dans les pseudo-modèles des analystes libéraux: Suède, Grande-Bretagne et même Allemagne.



Allemagne, pays de la « concertation sociale » et de la « co-gestion » ?



Cette image d'Epinal survit grâce à la collaboration du syndicat unitaire DGB, à coûts de concessions au patronat, au prix d'une paix sociale sous forme de capitulation qui font de l'Allemagne le paradis des actionnaires, l'enfer des salariés réduits aux « mini-jobs » à 1 €.



Pourtant, il est faux de dire que les salariés allemands sont uniformément résignés. Les grèves dans le commerce du détail débordent les directions syndicales, les syndicats de base dans les transports ont pu paralyser l'aéroport de Francfort, l'activité de la puissante Lufthansa



Transport aérien mais aussi chemins de fer, les deux hantises du patronat allemand, capables de paralyser la première économie européenne.



Le spectre d'un mouvement massif dans les chemins de fer refait surface. Le dernier conflit dans le secteur datait de 2007, contre l'ouverture du capital de la Deutsche Bahn (DB – SNCF allemande) et pour une revalorisation salariale.



La peur d'une mobilisation des salariés de la DB, et d'une convergence des luttes avaient alors abouti à l'interdiction de la grève par le Tribunal du Travail de Nuremberg, ce qui n'avait pas empêché le syndicat des conducteurs de train (GDL/Gewerkschaft Deutscher Lokomotivführer) de lancer une grève de trois jours dans la DB : la plus grande grève de l'histoire du secteur.



Ce 30 juin, la convention collective des conducteurs de train de la DB arrive à expiration.



Une entreprise régie par une double convention collective en réalité, celle des conducteurs de train plus avantageuse gagnée par le syndicat de base combatif GDL, celle des autres personnels, plus défavorable aux salariés, négociée par le syndicat réformiste EVG (Eisenbahn und Verkehrsgewerkschaft).



L'affrontement de deux conceptions du syndicalisme : syndicalisme de lutte contre syndicalisme d'accompagnement



Le secteur des chemins de fer allemand voit l'affrontement clair de deux lignes dans le mouvement syndical allemand.



Le syndicat unitaire historique, représentant officiellement 200 000 salariés, l'EVG est adhérent de la DGB, un pilier de la Confédération européenne des syndicats.



Un syndicat qui a fait le choix de la capitulation, qui a accompagné la remise en cause des conditions de travail des personnels de la DB, la casse de l'entreprise publique.



GDL est un syndicat à la riche histoire de lutte, implanté chez les conducteurs de train qui a du faire face à des vagues de répression féroces : celle de l'Allemagne nazie après 1933, mais aussi celle de la RFA après 1949 qui interdisait à ses membres fonctionnaires de faire grève.



GDL compte aujourd'hui toutefois 35 000 adhérents, et tente désormais de dépasser le cadre catégoriel pour intégrer tous les personnels de la DB à une démarche unitaire, dans un syndicalisme de lutte et de rassemblement, sur des positions de classe.



La porte-parole de GDL, Gerda Seibert, est bien consciente de cet affrontement entre les deux syndicats, selon elle, les propositions de GDL pour la nouvelle convention collective « ne sera pas facile, la direction de la DB et le syndicat EVG vont tout faire pour l'empêcher ».



Dépasser le corporatisme : se battre pour l'alignement des conditions de travail vers le haut pour tous les salariés



La seule façon de vaincre cette alliance entre la direction de l'entreprise et le syndicat maison, c'est de créer une unité de tous les salariés des chemins de fer : c'est l'objectif numéro 1 de GDL.



Ainsi, depuis 2008, GDL a beaucoup progressé au détriment d'EVG chez les contrôleurs, les personnels chargés de la restauration à bord des trains.



« Les statuts des personnels à bord des trains doivent être inextricablement liés », justifie le secrétaire de GDL Klaus Weselsky. « Ils ont tous les mêmes préoccupations, les mêmes problèmes ».



Si en 2008, GDL avait pu obtenir la conclusion d'une convention collective séparée, plus avantageuse, pour les conducteurs,l'enjeu est désormais d'unifier les conventions collectives vers le haut, sur des statuts plus proches de ceux des collègues français.



La revendication-phare, outre une augmentation de salaire immédiate de 5 %, est la réduction de la semaine de travail de 39 à 37 heures par semaine.



C'est sur la question des conditions de travail que GDL veut gagner des points :



  • poser une limite maximum de 5 périodes de travail sur 5 jours (contre 7 sur 6 jours actuellement) ;

  • une limite maximum de 7 ou 8 heures de conduite successive (contre 9 aujourd'hui) ;

  • une période de repos en week-end passant de vendredi minuit-lundi 4 heures du matin à vendredi 22 h-lundi 6 h du matin ;

  • enfin la limitation des heures supplémentaires à 50 par an (il n'y a aucune limite à l'heure actuelle!).



Des revendications qui ne porteraient donc plus seulement sur les 22 000 conducteurs de train de la DB, mais aussi sur les 11 000 contrôleurs et personnels de restauration de l'entreprise publique allemande.



Défendre le droit de grève contre la ligne de la « représentativité syndicale »



GDL est conscient que cette série de revendications – qui constitue pour bonne partie des acquis en France, partiellement remis en cause dans le cadre de la « réforme ferroviaire » - ne pourront triompher sans une lutte avec la direction de la DB après le 30 juin.



L'enjeu fondamental : c'est quelle harmonisation des statuts entre conducteurs de train et autres personnels ?



La direction de la DB compte bien utiliser l'expiration de la convention collective des conducteurs de train pour écraser le syndicat de lutte GDL etimposer un alignement vers le bas des conditions, au nom d'une « convention collective harmonisée ».



La direction pourra compter sur une carte de plus par rapport à 2008, la restriction du droit de grève convenu dans l'accord politique de « Grande coalition » de 2013 entre sociaux-démocrates et conservateurs.



Une limitation du droit de grève au nom du « tariffeinheit », ou l' « unicité des conventions collectives » : seul le syndicat reconnu représentatif par la direction de l'entreprise, par l'Etat, dans une entreprise peut négocier une convention collective et éventuellement lancer une mobilisation.



Une aubaine pour la DGB acquise à la concertation sociale, dont la seule audace consiste en des « grèves d'avertissement », qui ont l'avantage de ne causer aucun dommage aux profits des patrons allemands !



La « tariffeinheit », cette version ultime de la « représentativité syndicale » adoptée en Italie ou en France, s'oppose à la « tariffpluralitat » qui permettait de maintenir plusieurs conventions collectives dans la même entreprise, et aux syndicats non-représentatifs de lancer des mouvements de grève.



Comble de l'hypocrisie, la DGB avait mené campagne pour la « tariffeinheit » (avec le syndicat des patrons, BDA !) prétextant de la nécessité de lutter pour l'unité des travailleurs, éviter leur mise en concurrence, l'influence des syndicats chrétiens … en réalité, c'est l'unité des travailleurs vers le bas tandis que les syndicats de lutte, de base sont réduits à néant.



Les cheminots français sont beaucoup moins isolés que ne veulent nous le faire croire nos médias :en Suède, les cheminots sont à leur deuxième semaine de grève ; en Allemagne, le syndicat de lutte GDL est en ordre de bataille ; au Portugal, les grèves sont récurrentes ces derniers mois.



Au lieu des « euro-manifestations » souvent évoquées par la CES, pourquoi rien n'est fait pour la convergence européenne des luttes émergeant au niveau national contre la politique de privatisation du rail, contre la remise en cause du droit de grève orchestrés par l'UE ?

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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 06:03

Gerhard-Schroeder-und-Francois-Hollande.jpgHollande dans les pas de Schroder : analyser les mesures de l' « Agenda 2010 » pour lire le « Pacte de responsabilité »

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Malicieux, François Hollande et Gerhard Schroder ne cessent de s'envoyer des fleurs ces derniers mois. Avec dix ans de décalage, dans des contextes nationaux différents, Hollande met méthodiquement en place les « réformes structurelles » appliquées par les sociaux-démocrates Schroder en Allemagne, Blair en Grande-Bretagne, demain Renzi en Italie.

 

« Je soutiens les réformes entamées par François Hollande » (Gerhard Schroder, 3 mars 2014) … « Le progrès, c'est faire des choix courageux dans des moments difficiles, ce qu'a fait Schroder ici. Ces décisions ne sont pas faciles à prendre » (François Hollande, 16 mai 2013 à Leipzig, pour le 150 ème anniversaire du SPD.

 

Cet hommage de François Hollande, Schroder, l'ancien chancelier allemand social-démocrate de 1998 à 2005, le lui rend bien. Ce 4 mars, il déclare soutenir les réformes entreprises par Hollande : « elles vont dans la bonne direction (…) il y a des difficultés mais le pays a besoin de réformes ».

 

Cynique, François Hollande n'a pas hésité récemment à sonder – même si l'Elysée a démenti – l'ancien manager de Volkswagen, architecte des réformes de casses de droit du travail en Allemagne, Peter Hartz dont le nom reste associé pour des millions de salariés à la plongée dans la misère des travailleurs pauvres.

 

Alors, peut-on comparer l' « Agenda 2010 » mis en place par Schroder à partir du tournant des années 2000 avec le « Pacte de responsabilité » déjà entamé en 2012 et qui doit s'intensifier cette année, notamment avec la nomination du libéral Valls. Retour sur près de vingt mesures phares de l'ère Schroder.

 

Un hold-up fiscal pour le grand capital : 50 milliards d'euros de cadeaux !

 

1 – Une baisse record de l'impôt sur les sociétés : le premier coup de force de Schroder, c'est l'annonce en 1999 de la baisse de l'impôt sur les sociétés de 40 à 25 %, il a même tenté de faire passer le taux à 19 % en 2005, subissant l'opposition … de la droite.

 

Au tournant des années 2000, il est également arrivé à faire passer la suppression de l'impôt sur les plus-values de cession des participations industrielles allemandes ainsi que sur le produit de la vente de petites sociétés.

 

A elles seules, ces mesures ont représenté un cadeau de 25 milliards d'euros aux entreprises allemandes.

 

2 – Des exonérations inédites des cotisations sociales patronales : le second gros morceau. Le gouvernement Schroder a fait passer, entre 1998 et 2003, deux séries de baisses de cotisations sociales patronales.

 

D'abord, la baisse du taux de cotisations sociales patronales maladie de 14,3 % en 1998 à 12,1 % en 2005, le taux de cotisations sur les retraites de 19 à 18 % sans oublier la casse complète des cotisations sociales chômage, sachant que les allocations familiales sont, elles, assises sur l'impôt et non la cotisation.

 

Un programme qui a représenté un cadeau de 20 milliards d'€ aux entreprises.

 

3 – Baisse d'impôt pour les plus riches, attaque sur la progressivité de l'impôt sur le revenu : la grande « réforme fiscale » de 1999 comprenait la baisse de la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu de 53 à 45 % (Schroder prévoyait une baisse jusqu'à 42 %).

 

Schroder a tenté de justifier sa réforme en baissant toutes les tranches d'imposition, et en simplifiant le nombre de tranches à trois – comme Sarkozy l'avait fait sous son mandat.

 

En tout, on estime que Schroder a fait, au minimum, 50 milliards de cadeaux fiscaux aux entreprises, aux citoyens allemands les plus riches. Si on fait le calcul avec le « CICE », le « Pacte de responsabilité », le choc fiscal de Hollande avoisine cette somme.

 

Réforme du marché du travail : une main d'oeuvre bon marché « libérée » pour les entreprises

 

4 – Faciliter les licenciements : ce n'est pas un hasard si l'Allemagne de Schroder a été pionnière dans les « chantages à l'emploi » chez Siemens, Volkswagen (entreprise du sinistre Hartz), Mercedes, Bosch.

 

Les analystes soulignent que Schroder n'a fait qu'enfoncer le clou. Le système de « co-gestion » allemand – tant vanté par les milieux patronaux français – a facilité l'adoption de plans de « restructuration » dans les années 1980-1990, puis les projets de baisse du salaire réel (soit baisse nominale du salaire, soit hausse du temps de travail pour le même salaire).

 

Toutefois, Chroder a néanmoins ajouté plusieurs dispositions favorisant les plans de licenciement.

 

Suppression des protections contre le licenciement dans les entreprises de moins de 10 salariés, annulation des dispositions sociales dite « loi de protection sur les licenciements » contraignant les entreprisees à tenir compte de l'ancienneté pour privilégier les « leistungsträger » (porteurs de performance).

 

5 – Le « contrat à 400 € » (mini-job) pour les jeunes : c'est la conséquence la plus connue des « réformes Hartz » dont le IV ème volet prévoyait la suppression des allocations chômage après un refus d'emploi.

 

Après cette date, l'allocation-minimum chômage était conditionnée à un emploi à temps partiel rémunéré à 400 €, ce qu'on appelle les mini-job, ou aux « contrats aidés » dans le secteur para-public ou associatif à … 1 € de l'heure (ein euro jobs).

 

Le gouvernement Schroder a par ailleurs facilité le développement de tous les autres contrats précaires : les CDD (à la durée maximale rehaussée pour les « nouvelles entreprises »), l'intérim dont les nouvelles agences privées (PSA, selon le projet « Hartz I ») couplées aux agences pour l'emploi se font les pourvoyeurs.

 

De fait, pour 5 millions de salariés en Allemagne actuellement (décomptés des statistiques du chômage!), souvent jeunes, forment ceux qu'on appelle les « Hartzi », il faut vivre en travaillant, avec 400 € par mois.

 

La « loi sur les stages » qui concerne déjà 2 millions de jeunes français donne un avant-goût de ce qui peut arriver, elle qui généralise les stages à 350 €, avec exonération de cotisations. L'idée d'un « SMIC jeune » rentre dans la même perspective.

 

6 – Auto-entrepreneuriat, auto-exploite toi, une idée de Schroder encore ! : « Ich AG », moi-même ma boîte. C'était aussi la marotte de Schroder dans son « Hartz IV », l'auto-entrepreneuriat ou l'auto-exploitation comme issue aux jeunes chômeurs ou bénéficiaires des « emplois aidés gouvernementaux ».

 

La perspective est guère différente en France où Mme Fioraso en est friand. La « réforme du statut de l'auto-entrepreneur » actée début 2014 devrait aller dans le sens de sa généralisation.

 

Faire payer les travailleurs : le peuple allemand saigné !

 

7 – Augmenter toutes les taxes les plus injustes au nom de l'écologie – l' « éco-taxe » : comment combler le trou des 50 milliards offerts aux entreprises ? Première solution, prendre à l'immense majorité … sous couvert de nobles aspirations à la protection de la planète.

 

L'éco-taxe, ce n'est pas seulement la taxe sur le transit des poids lourds. En Allemagne, ce furent quatre séries de taxes touchant les familles les plus modestes : taxe sur le mazout, taxe sur le carburant (+ 10 cents par litre), taxe sur le gaz, taxe sur l'électricité (+ 2 cents par k/h).

 

En tout, 40 milliards d'euros ont été levés, finançant la baisse des cotisations retraite, avec de nombreuses exonérations patronales : ainsi, les patrons de l'industrie automobile et agro-alimentaire ont bénéficié de 80 % de réduction de leurs taxes sur le chauffage :

 

Si Schroder se gargarisait de n'avoir pas rehaussé la TVA sous son mandat, les conservateurs ont dû le faire en 2007 : la TVA, impôt le plus injuste, passant de 16 à 19 %.

 

8 – Déremboursements massifs, forfait médical : la remise en cause du principe de la cotisation sociale maladie a conduit le gouvernement Schroder à imposer le versement d'un forfait médical de 10 € à chaque consultation d'un médecin, d'un forfait hospitalier de 10 € par jour également, tandis que les patients devaient payer 10 % de leur traitement médicamenteux.

 

Tout un ensemble d'opérations médicales (dentaires, ophtalmologiques), de médicaments (intégrés désormais à un « Festbetrag », prix de référence généralisé, correspondant à un remboursement partiel) sont désormais déremboursés partiellement ou totalement.

 

Enfin, comble du cynisme, le gouvernement Schroder a également augmenté les taxes sur le tabac … au nom de la politique publique de santé bien sûr.

 

9 – La baisse des salaires réels : Schroder avait lancé en 2001 ses appels à la « modération salariale », encourageant le gel des salaires dans le secteur public, tandis qu'il facilitait les « accords d'entreprise » ou de « branche » débouchant sur des baisses de salaire réelles dans les entreprises.

 

Difficile d'estimer l' « effet Schroder » mais, en moyenne, le salaire réel allemand a baissé de 4 % entre 2000 et 2010, alors que l'économie allemande était en plein boom, ce qui représente 100 € par mois, selon l'institut économique DIW.

 

10 – Gel des pensions nominales actuelles, baisse des retraites futures : Schroder est arrivé à faire passer en 2003 le gel total des retraites en les désindexant des prix pour les fixer, jusqu'à nouvel ordre, à taux zéro.

 

Résultat, en 2011, le montant des retraites versées par le caisses publiques allemandes avait baissé en absolu par rapport à 2003. Ce qui laisse imaginer, avec l'inflation, la baisse subie par les retraités allemands.

 

Mais la vraie « réforme des retraites », c'est celle qui a fait passer l'âge de départ à la retraite de 65 à 67 ans, l'âge de départ anticipé de 60 à 65 ans. Celle qui aussi introduit un facteur de durabilité (nachhaltigkeitsfaktor) qui gèle les retraites, tant que le nombre de retraités augmente par rapport à celui des cotisants.

 

Selon les calculs du gouvernement d'alors, l'idée n'est pas de travailler plus mais de partir avec une pension plus faible : ainsi le taux de remplacement (proportion de la retraite par rapport au salaire) passerait de 48 à 39 % entre 2004 et 2030, déjà à 44 % en 2010.

 

Mettre l'éducation au service des entreprises

 

11 – Education primaire, la réforme des rythmes scolaires : la grande réforme dans l'éducation primaire en Allemagne, ce fut celle des rythmes scolaires, dans un pays où les enfants n'avaient traditionnellement pas cours l'après-midi.

 

Les « cours » furent rétablis l'après-midi mais pour des activités péri-scolaires ou les cours de soutien. Dans un système fortement décentralisé comme celui allemand, les communes moins dotées (mais même les mieux doutées par souci de rentabilité) ne peuvent assurer ces activités, confiées à des sociétés privées, contre tarification.

 

Par contre, cette réforme fut une opportunité d'augmenter le temps de travail des enseignants, pour une rémunération guère ré-évaluée, au nom des « projets » des « innovations pédagogiques », du « soutien personnalisé ».

 

12 – Education secondaire, vers une autonomie accrue : les conditions ne sont pas du tout les mêmes en Allemagne et en France, ne serait-ce que par l'absence d'un collège unique en Allemagne (avec un « double système » façonné par les inégalités formelles de classe), ou la régionalisation de l'éducation.

 

Toutefois, les années Schroder ont été marquées par une série de réformes, faisant suite au « choc » des résultats de PISA de 2000, qui ont conduit à une autonomie accrue des lycées, caractérisée par la toute-puissance des chefs d'établissement, devenus managers d'école (Schulleiter).

 

La réforme adoptée sous Schroder introduit les notions de « compétition » dans le système, avec des tests nationaux réguliers, permettant de classer les établissements, de noter les professeurs, tandis que bien sûr les lycées se virent accorder une plus grande « autonomie » financière, pédagogique.

 

13 – Une éducation supérieure soumise aux intérêts privés : Traditionnellement, en tout cas dans la forme, l'éducation supérieure allemande est assez séparée de l'immixtion directe du marché, du financement privé (en 2003, les dépenses privées représentaient 8 % des dépenses d'éducation supérieure en Allemagne, contre 14 % en France, 37 % en Grande-Bretagne, 53 % aux Etats-unis).

 

Les années Schroder furent celles de la mise en place des mesures du « plan de Bologne » : instauration du LMD, des crédits ECTS.

 

Concrètement, Schroder a renforcé l'autonomie – déjà existante en Allemagne – des universités, d'une part en accordant des crédits exceptionnels et la levée de fonds privés pour les 10 « universités d'élite », d'autre part en favorisant les « hochschule » (grandes écoles), ces institutions spécialisées dans l’ingénierie et le commerce.

 

Les premières ont ainsi reçu en 2005 2 milliards d'euros de crédits publics pour développer des projets innovants appelés « initiatives d'excellence » - en partenariat avec les entreprises privées – dont Pécresse s'est inspirée pour ses IDEX.

 

Les secondes sont devenus le laboratoire de l' « américanisation » (ou « européanisation ») du système allemand : précarisation du personnel enseignant (à 50 % du contrat non-titulaire à temps partiel), alternance obligatoire avec stage en entreprises, cursus négocié avec les acteurs privés.

 

Casser l'Etat social, chercher de nouveaux secteurs de profit

 

14 – Les allocations sociales ravagées, le développement des soupes populaires : c'est ce qu'on connaît le mieux des réformes Schroder, les réformes inspirées de Clinton et Blair : « Welfare to work », non plus le droit à une allocation-chômage mais l'obligation de travailler pour obtenir un « reveni minimum ».

 

Une source de profit facile pour les entreprises qui n'ont plus qu'à proposer un salaire cassé aux chômeurs en fin de droit à accepter un job sous-payé plutôt qu'à finir sans rien. Dans le même temps, les organisations caritatives, les banques alimentaires connaissent un plein essor outre-Rhin.

 

15 – La casse des entreprises publiques : certes les entreprises publiques allemandes n'ont jamais eu la place qu'elles ont eu en France. Toutefois, c'est Schroder qui a achevé (et non commencé) le processus de privatisation de trois fleurons : Deutsche Telekom (DT), Deutsche Bahn (DB) et Deutsche Post (DP).

 

La privatisation des Postes et Télécoms allemande a été achevée en 2005 par la vente de la part majoritaire que détenait alors l'Etat dans ces deux entreprises. Quant à la DB, la SNCF allemande, c'est Schroder qui a lancé le plan de privatisation en 2003, bien qu'il ne soit toujours pas achevé.

 

16 – Introduction de la capitalisation dans le système de retraites : oui c'est aussi Schroder ! La réforme « Riester » en 2001 a encouragé le développement d'un système de capitalisation (3 ème pilier) ainsi qu'un système de retraite d'entreprise (2 ème pilier).

 

Ainsi, depuis 2001, un salarié allemand peut donc choisir de contribuer pour une partie de son salaire soit à un fonds octroyé par son employeur, soit par un fonds de pension ou un assureur privé externe, en échange d'exonérations fiscales pour lui et son employeur bien sûr.

 

La « capitalisation », elle, était encore encouragée massivement via des crédits d'impôt (10 milliards de cadeaux fiscaux pour ce dispositif en 2004), qui suppose la capitalisation de 1 % initialement du salaire brut, un chiffre relevé à 4 % en 2008.

 

17 – Vers la privatisation de la santé : enfin la logique du privé s'est installée dans les hôpitaux allemands, toujours sous Schroder, où a été adoptée la « tarification à l'activité » (T2A) en 2000, avec généralisation à tous les hôpitaux entre 2003 et 2009.

 

Par ailleurs, le sous-financement du service public de la santé, les aides accordées au secteur privé ont conduit à la floraison du « secteur privé à but lucratif » : entre 1990 et 2010, le nombre d'hôpitaux privés lucratifs a augmenté de 90 %, le nombre d'hôpitaux publics a baissé de 43 %.

 

Aujourd'hui, il y a plus d'hôpitaux privés à but lucratif (755) que d'hôpitaux publics (630) en Allemagne.

 

La liste pourrait sans doute encore s'allonger, elle est toutefois déjà éclairante. La stratégie de Hollande, c'était celle de Schroder en Allemagne : un plan massif de sur-exploitation du travail pour rehausser le taux de profit du capital, délégué à la social-démocratie.

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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 06:37

Pilots-of-Lufthansa-deman-008.jpgL'aéroport de Francfort paralysé, des grèves historiques à la Lufthansa : la défense du droit de grève en jeu en Allemagne

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Depuis un mois, l'aéroport de Francfort connaît une série de grèves des agents de sécurité, pilotes, travailleurs au sol, qui ont paralysé l'activité des aéroports allemands, en particulier celui de Francfort. L'enjeu fondamental : le droit de grève remis en cause par le patronat.



La presse allemande a parlé de la plus grande grève dans l'histoire du secteur aérien allemand pour qualifier le mouvement des pilotes de la Lufthansa qui a perturbé pendant trois jours d'avril les aéroports allemands, faisant suite à deux autres mouvements des travailleurs au sol.



L'aéroport de Francfort est devenu le théâtre d'une lutte de classe intense ces dernières semaines. Francfort est officiellement le troisième aéroport d'Europe, le premier pour les correspondances internationales, un nœud vital pour l'espace aérien allemand et européen.



Avec 75 000 travailleurs réunis sur un même lieu, l'aéroport de Francfort est de loin la première concentration de travailleurs sur le territoire allemand, dans la première économie européenne.



« La plus grande grève de l'histoire du secteur aérien allemand »



L'affrontement a procédé par étapes. Le premier mouvement de grève fut celui des 5 000 agents de sécurité de l'aéroport de Francfort, le 22 février dernier, appelés à la grève par le syndicat des services Verdi, causant la panique sur place, annulant 90 vols.



Le second mouvement sera celui de tous les travailleurs au sol de l'aéroport de Francfort, on est le 27 mars, la grève est à nouveau convoquée par le syndicat Verdi, mobilisant 1 500 salariés chargés de la logistique, de la sécurité et autres opérations au sol.



Tous les grands aéroports sont touchés : Francfort certes mais aussi Munich, Cologne, Düsseldorf, Hambourg, Hannovre et Stuttgart. A Francfort seul, 600 avions – près de la moitié du matériel de la Lufthansa – sont restés au sol.



Le troisième mouvement marquera cette montée en puissance, c'est la grève de trois jours des 5 400 pilotes de la Lufthansa, entre le 1er et le 4 avril mené par le combatif syndicat de base « Vereinigung Cockpit » (VC).



3 800 vols ont été annulés dans les aéroports allemands, dans cette mobilisation qualifiée de plus grande grève de l'histoire du secteur aérien allemand.



Les pilotes de la Lufthansa réclamaient une hausse de salaire de 10 %, l'annulation du plan de recul de l'âge de la retraite de 55 à 60 ans, enfin le retrait d'un plan de licenciement de 3 500 agents de la plus grande compagnie aérienne d'Europe.



Arguant de la perturbation subie par 420 000 voyageurs – ayant pourtant bénéficié d'avertissements préalables, de solutions de rechange (déviation des vols, remboursement, billet de train – la presse allemande, sous pressions patronale, a lancé la guerre non seulement contre les pilotes de la Lufthansa mais contre le droit de grève en Allemagne.



La lutte autour du droit de grève en Allemagne



Une idée de l'attaque subie par les travailleurs du secteur aérien en Allemagne ? Il suffit de lire Bild qui fustige les privilégiés de l'air : « Qu'ils touchent 180 000 € (par an) ne leur suffit pas ? Est-ce que les pilotes ont perdu les pédales ? »



Ou alors Sueddeutsche Zeitung qui affirme que la « colère monte dans le pays »contre … « un groupe de nantis qui ne semblent pas trouver que leurs poches sont assez pleines ».



Ce matraquage médiatique a culminé dans l'estimation des « coûts » de la grève pour la Lufthansa,et donc l'économie nationale. Selon le chef des opérations de la Lufthansa, « une estimation définitive prendra des jours mais on parle d'entre 35 à 75 millions d'euros de pertes ».



Le président de l'association patronale pour le commerce international (BGA), Anton Boerner, a participé à l'opération d'intoxication :« C'est choquant que des gens qui touchent plus de 200 000 € par an (tiens, le chiffre gonfle!) prennent en otage les passagers, et avec eux l'économie allemande pour prendre leur retraite avant les autres ».



Le ton est donné, préparant l'intervention du PDG de la Lufthansa (Christoph Franz) qui a publiquement emmené le cœur du problème, lors d'un entretien accordé vendredi dans la presse patronale allemande : la remise en cause du droit de grève.



Selon Christoph Franz, si le droit de grève est constitutionnel, « de notre point de vue, il nous faut une garantie que les infrastructures stratégiques puissent continuer à fonctionner, un service mnimum, et cela comprend les chemins de fer et le contrôle du trafic aérien ».



Une intervention loin d'être anodine au moment où la grande coalition a fait passer l'idée du « tariffeinheit », l'unicité de la négociation collective contre le droit de grève, alors que la Cour fédérale du travail avait posé le principe de la « Tariffpluralitat », de la pluralité des conventions collectives, donc d'un droit à la grève reconnu à plusieurs syndicats.



En effet, selon le « tariffeinheit », il s'agirait de reconnaître uniquement un syndicat représentatif par entreprise, son droit à la négociation et donc à la grève.



Face à l'attitude collaboratrice de la DGB avec le patronat allemand, elle qui a qualifié l'accord de grande coalition d' « extrêmement positif » (!), c'est la garantie de la paix sociale.



Dans le même temps, la grande hantise du patronat allemand, c'est le débordement dans les bases de certains syndicats adhérant à la DGB (comme chez Verdi) ou dans certains syndicats de base, syndicats de métier particulièrement combatifs, comme ceux des cheminots ou des pilotes.



C'est donc au nom de la « représentativité » que le syndicat patronal en collaboration avec le principal syndicat de travailleurs, adhérent au « compromis social », vise à casser le droit de grève en Allemagne.



L'offensive patronale ne passe pas dans une population allemande paupérisée



Pourtant, l'offensive patronale ne passe pas en Allemagne.



Alors que le PDG de Lufthansa dénonce ses privilégiés de salariés et promeut son plan de coupes à hauteur de 1,5 milliards d'euros, les pilotes dénoncent la politique de « maximisation de profits » de l'entreprise qui a encore réalisé 400 millions d'€ de profits en 2013, après 1,3 milliards en 2012.



La population allemande soutient majoritairement le mouvement de grève. Selon un sondage réalisé par la chaîne de télévision ARD, 55 % des Allemands soutiennent la mobilisation contre 42 % qui ne la partagent pas.



Il faut dire que depuis dix ans la courbe des profits du grand capital allemand et celle des salaires des travailleurs allemands sont inversement proportionnelles.



La courbe des salaires est à la baisse. Les salaires ont baissé en moyenne de 4 % entre 2000 et 2010, une baisse de 100 €. Les bas salaires (2/3 du revenu médian) touchent désormais 23 % de la population.



Mais la courbe des profits est à la hausse. Le taux de marge des entreprises allemandes est passé de 37 à 41 % entre 2000 et 2012, avec un pic à 45 % en 2007. En 2013, le DAX, équivalent du CAC 40, a réalisé 104 milliards d'€ de profit. Un record.



Symbole de cette victoire du travail sur le capital, la part des salaires dans le partage de la valeur ajoutée a reculé entre 2000 et 2010 de 68 à 63 % du PIB.



Il y a de quoi comprendre que les travailleurs allemands, saignés depuis dix ans, éprouvent naturellement de la sympathie pour les « privilégiés » de l'air ou du rail.



Face à l'offensive patronale contre le droit de grève en Allemagne ou ailleurs, il est temps que le mouvement syndical de classe fasse front et évite les pièges de la « représentativité » et autres illusions du « dialogue social ».

 



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