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14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 05:06

0125evo articleEvo Morales réélu avec 61 % au 1er tour

 

 

La révolution bolivienne à un tournant :

 

 

transition au socialisme ou réaction capitaliste

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

La presse française joue tous les 4 ans la partition de la chute annoncée de Morales, comme de Chavez jadis. A chaque élection, en Bolivie, le peuple ré-élit triomphalement le leader du Mouvement vers le socialisme (MAS). Mais la révolution bolivienne est à la croisée des chemins : transition vers le socialisme ou réaction capitaliste.

 

En France, notre président « socialiste » (social-démocrate) d'étiquette, libéral de fait bénéficie d'une cote de popularité ridiculement basse (10 %). En Bolivie, un président « socialiste » (réel!) en parole et en acte est ré-élu pour la troisième fois avec 61 % des voix. Tout est dit.

 

Certes Morales connaît une légère inflexion depuis 2009, où il a été élu avec 64 % des voix au premier tour. Mais avec 61 % au premier tour, il devance largement le candidat de droite Samuel Doria Medina avec 24 %, et le chrétien-démocrate Quiroga (9 %).

 

Le « Mouvement vers le socialisme » (MAS) d'Evo Morales empoche 111 des 130 sièges, 25 des 36 postes au Sénat.

 

Un recul de la pauvreté, des réformes sociales audacieuses

financés par les nationalisations

 

Le processus de révolution en Bolivie, de « transition vers le socialisme » est émaillé de contradictions, menacé par des élites capitalistes toujours dominantes économiquement mais depuis huit ans, Evo Morales a transformé la Bolivie, dans les intérêts des classes populaires.

 

Longtemps un des pays les plus pauvres, la Bolivie est – avec l'Equateur et le Venezuela – le pays qui a connu le plus spectaculaire recul de la pauvreté en Amérique latine : un million de Boliviens sont sortis de la pauvreté entre 2006 et 2012.

 

Selon la CEPAL (Commission économique pour l'Amérique latine), la pauvreté s'est réduite de 61 à 49 % entre 2007 et 2011, la pauvreté extrême a elle reculé de 34 à 25 %. C'est toujours trop, mais c'est une dynamique encourageante, après trente années de néo-libéralisme destructeur.

 

Cette réduction de la pauvreté a été possible par une série de réformes sociales, aidant les familles les plus pauvres,les plus vulnérables comme les femmes, les anciens, les enfants.

 

Ce furent par exemple le Bon Juana Azurdui, qui offre une assistance médicale gratuite à 200 000 femmes enceintes ou nouvelles mères ;laRenta dignidad, qui garantit une allocation vieillesse de 20€/mois (un quart du salaire moyen) à 700 000 personnes âgées n'ayant pas droit à la retraite ; enfin leBon Juancito Pino, qui assure aux parents de 2 millions d'enfants une allocation de rentrée scolaire de 20€ pour couvrir les dépenses les plus urgentes.

 

Des réformes hautement symboliques et qui améliorent considérablement la vie des Boliviens ont été mises en œuvre. On pense à l'abaissement de l'âge de la retraite de 65 à 58 ans en 2010 … au moment où on la reculait en France !

 

Ces politiques sociales ont été financées par un processus de re-nationalisation des secteurs stratégiques, au grand dam des multi-nationales espagnoles, dépossédées : le gaz en 2006, les télécoms en 2008, la distribution d'électricité en 2012, enfin les aéroports en 2013, sans oublier la nationalisation de certaines mines.

 

Par ailleurs, là où le gouvernement pratique les cadeaux au patronat en France, en Bolivie, ce sont des cadeaux pour les travailleurs : en décembre 2013, le gouvernement a ainsi accordé un 13 ème mois aux travailleurs, puis un 14 ème mois après que le taux de croissance a dépassé les 6 %.

 

Les contradictions du processus révolutionnaire bolivien

 

Alors, tout va mieux pour meilleur des mondes en Bolivie ? Hélas, non.

 

Il ne faut pas se gargariser de la rhétorique du gouvernement qui parle de « transition vers le socialisme », a fait voter une Constitution magnifiant l' « Etat pluri-national », les diverses communautés, jonglent avec les concepts consensuels de « Mère Terre », de « Vivre bien » ou encore « développement intégral », cachant une réalité très contradictoire.

 

Le capital étranger, tout comme les élites oligarchiques locales, se sont engouffrées dans ces brèches pour maintenir leur pouvoir, déstabiliser le régime.

 

La première contradiction qu'on peut identifier est entre le développementalisme basé sur l'extraction des matières premières et la protection de l'environnement.

 

C'est celle que nos médias adorent mettre en avant, elle révèle les failles du discours dominant de Morales sur la « Terre Mère » car la Bolivie dépend cruellement de ses exportations de matières premières, qui suppose une course à l'extraction de ressources minières et d'hydrocarbures.

 

Entre 2000 et 2010, la part des revenus de l'Etat dépendant des ressources naturelles est passée de 20 à 30 %. Face à la réalité économique crue, les grands discours s'envolent, et les projets de développements miniers, gaziers se sont multipliés ces dernières années – tout comme le projet d'infrastructure amazonien reliant Bolivie et Brésil – suscitant l'ire des communautés locales.

 

Derrière la bannière de l'environnementalisme, mobilisant les couches moyennes urbaines de La Paz ou Cochabamba, c'est aussi pour la presse locale, au service de l'oligarchie nationale, l'occasion de retourner le discours de Morales contre lui-même.

 

Deuxièmement, entre l'Etat central et les autorités décentralisées. Encore une contradiction entre le discours, de l'ordre constitutionnel qui insiste sur la diversité, sur la décentralisation … et la réalité d'un pouvoir qui, pour passer au socialisme, a besoin de ressources au niveau central.

 

Les élites capitalistes traditionnelles, les latifundiaires, la bourgeoisie compradore l'ont bien compris. Elles se sont retranchées sur leurs fiefs locaux, les provinces comme Santa Cruz jusqu'à menacer la Bolivie de sécession entre 2006 et 2009.

 

Les élites locales – en particulier de l'agro-business – ont obtenu ce qu'elles voulaient : le statu quo politique leur permettant notamment de toucher une part importante des revenus de l'extraction de matières premières.

 

En effet, 30 % des revenus des hydrocarbures reviennent en Bolivie aux communes. Ce n'est pas un hasard si, pour la première fois, Morales est majoritaire en 2014 dans la province de Santa Cruz.

 

Troisièmement, une lutte de classes aux formes paradoxales. Avec le « vivre bien », le « socialisme communautaire » Morales nie la réalité de toute division en classes en Bolivie, prône même l'alliance avec ces « entrepreneurs nationaux » contre l'impérialisme yankee.

 

Cela permet d'une part aux élites traditionnelles de conserver une bonne partie de leurs prérogratives, quoique de plus en plus limitées. D'autre part, les conflits sociaux se multiplient en Bolivie, mais ils opposent parfois les travailleurs avec eux, plus souvent à l'Etat.

 

Ainsi, on a pu constater 21 conflits majeurs dans le secteur minier en 4 ans. Au printemps 2014, ces conflits ont été particulièrement violents, causant la mort de deux ouvriers.

 

La manne minière, comme celle gazière, ou encore l'exploitation du bois suscitent des réactions conflictuelles, contradictoires chez les populations : tantôt rejet pur et simple (des communautés indigènes), tantôt tentative d'obtenir légitimement sa part du gâteau de façon corporatiste ou intéressée (ouvriers mineurs, mais aussi indigènes).

 

Les tentatives de régulation par l'Etat échouent souvent face à la réalité économique, face aux luttes sur le terrain.

 

Ainsi, la Loi Forestière protectrice est inappliquée, quand les cocaleros (travailleurs de coca), campesinos (paysans), indigènes sont prêts à la contourner pour le gain économique issu de l'exploitation du bois, pour leur survie dans un pays où 1 personne sur 2 vit avec moins de 2 $ par jour.

 

Au printemps 2014, c'est la Loi minière qui a déclenché une révolte des mineurs de la région de Cochabamba. Le gouvernement voulait limiter le droit des coopératives ouvrières ou locales à pouvoir bénéficier de droits, avantages financiers liés aux concessions minières, au détriment du pouvoir central.

 

Quatrièmement, c'est l'emprise des multi-nationales américaines ou européennes sur le pays. C'est le paradoxe derrière la rhétorique anti-impérialiste, la Bolivie reste un pays dépendant, des Etats-unis comme des pays capitalistes voisins.

 

Le Brésil émergent est de loin le premier partenaire commercial (32 % des exportations, 17 % des importations). En 2006, Morales était allé au conflit avec le géant pétrolier Petrobras, il a depuis incité l'entreprise à revenir en Bolivie, ayant besoin de son expertise, tout en facilitant le projet TIPNIS d'infrastructure routière reliant Bolivie et Brésil.

 

Les Etats-unis sont le deuxième partenaire commercial (16 % des exportations, 10 % des importations). Même si le gouvernement a de façon spectaculaire fait partir certaines entreprises emblématiques de l'impérialisme comme Coca-Cola ou McDonald, les investissements américains restent prédominants, notamment dans le secteur des hydrocarbures.

 

Globalement, le cas des hydrocarbures illustre bien les contradictions du processus. La nationalisation du gaz n'a pas exclu les multi-nationales, elle a permis de re-négocier des contrats plus favorables à l'Etat, donc au peuple bolivien.

 

Avant 2006, les entreprises pétrolières et gazières captaient 71 % des revenus des hydrocarbures, soit 832 millions de profits sur 1,1 milliard de $. Après 2006, c'est l'Etat qui empochait 73 % des revenus via diverses taxes, parts, royalties, les opérateurs privés ne prenant plus que 27 %.

 

Toutefois, en termes absolus, avec l'augmentation de l'extraction de matières premières, la hausse des prix sur le marché mondial, les multi-nationales n'ont rien perdu : elles touchaient 832 millions de profits en 2004, elles touchent encore 830 millions en 2010.

 

En 2012, le gouvernement bolivien a même fait passer incitations fiscales pour que les entreprises étrangères soient poussées à ré-investir leurs profits en Bolivie.

 

Le gouvernement d'Evo Morales, un point d'appui pour les transformations révolutionnaires en Amérique latine

 

Il serait illusoire de se cacher les contradictions du processus, mais il serait peu dialectique de ne voir combien le gouvernement de Morales est un formidable point d'appui pour les luttes en Bolivie et dans toute l'Amérique latine pour une autre société.

 

La contradiction du processus se manifeste dans le bi-céphalisme à la tête de l'Etat : d'un côté le président Morales qui parle de « socialisme du XXI ème siècle », de l'autre le vice-président Garcia Linera qui préfère le « capitalisme andino-amazonien ».

 

La Centrale ouvrière bolivienne (COB), comme les associations paysannes, les communautés indigènes, sont conscientes de ces contradictions. Elles ne cachent pas leurs désaccords, vont parfois au conflit, mais rejoignent le MAS de Morales sur l'essentiel. Le triomphe de Morales en 2014 est aussi le succès d'une alliance des classes populaires solide entre ouvriers et paysans.

 

Mais Evo Morales incarne aussi un anti-impérialisme qui n'est pas seulement rhétorique. Il s'est toujours affirmé comme le meilleur allié de Cuba socialiste, le premier partenaire du Vénézuela bolivarien, participant à cette forme de coopération régionale solidaire qu'est l'ALBA.

 

Evo Morales était même allé, en mars 2012, jusqu'à se revendiquer du marxisme-léninisme, du communisme pour protester contre l'exclusion toujours en vigueur de Cuba de l'OEA (Organisation des Etats américains) :

 

« Aujourd’hui, il y a beaucoup de présidents de tendance communiste marxiste-léniniste, j'en fais partie et je demande qu'on m'expulse de l'OEA, puisque c'est sous ce prétexte qu'ils ont expulsé auparavant l'OEA ».

 

Certes, Evo Morales n'est sans doute pas réellement marxiste-léniniste ni communiste.

 

Mais il est ce qui se fait de meilleur sur le continent latino-américain, et peut-être dans le monde, au moment où les socialistes en France et en Europe trahissent chaque jour passant les espoirs des peuples, mènent la politique du capital financier et des marchands de canons.

 

Soyons lucides sur ce qui se passe en Bolivie, conscients du péril de réaction capitaliste pure, mais levons notre verre au camarade Evo : c'est moins à lui, qu'au peuple bolivien organisé à triompher de la réaction, à engager enfin la transition vers le socialisme.

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11 octobre 2014 6 11 /10 /octobre /2014 06:22

RTR48VTA.jpgAu Mexique, 49 étudiants « disparus » retrouvés dans des fosses communes : 50 000 manifestants dénoncent un crime d'Etat

 

Article pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/ *

 

Le Mexique est rempli d'effroi. Ce 26 septembre, entre 49 et 63 étudiants ont été massacrés dans l'Etat de Guerrero, au sud du pays – par une alliance sordide entre la police locale et des gangs mafieux. Pour nos dirigeants, il n'y a pas de quoi s'émouvoir dans un pays soumis aux intérêts américains.

 

C'est sans doute le plus grand massacre de militants étudiants au Mexique depuis le tristement fameux 2 octobre 1968 – juste avant les Jeux olympiques – quand le pouvoir avait assassiné 300 étudiants sur la place centrale de Mexico.

 

« Disparus », « massacres », « gangs para-militaires » : bienvenue dans la « démocratie » au Mexique en 2014 !

 

Nous sommes en 2014, et on parle de « disparus », de « massacres », d' « escadrons de la mort ». Et on est au Mexique, présenté comme une « démocratie » en Europe, partenaire économique modèle – car soumis aux USA – dans le Traité de libre-échange nord-américain (ALENA).

 

Dans ce pays « démocratique », ce 26 septembre, dans le village d'Ayotzinapa, Etat de Guerrero, 6 étudiants ont été tués de sang froid par la police locale qui empêchait le bus des étudiants-professeurs syndicalistes, marqués à gauche, de l'Ecole normale de sortir de la Gare centrale pour se rendre à une mobilisation sociale dans la ville de Chilpancingo.

 

Des 43 « disparus » aux fosses communes

 

RTR49ATL.jpg57 autres ont été arrêtés – ce que confirment les caméras de sécurité –, emmenés au poste de la police de la ville d'Iguala puis portés « disparus » le lendemain. La presse locale fait état par la suite de 43 « disparus ».

 

Hélas, l'incertitude ne dure pas longtemps. Le 4 octobre, quatre fosses communes révèlent le corps de 28 jeunes gens, calcinés, méconnaissables, mais rapidement identifiés comme correspondant à ceux des « disparus ». Le sort des autres ne fait plus aucun doute.

 

Le lendemain, 5 octobre, deux tueurs membres du gang mafieux « Guerrero unidos » – lié au puissant cartel de la drogue Beltran-Leyva – reconnaissent en avoir tué au moins 17, les avoir torturé puis ensuite avoir brûlé leurs cadavres.

 

Les liaisons dangereuses : gangs mafieux et police locale

 

Depuis, l'enquête lancée par le Procureur général révèle les liaisons dangereuses entre pouvoir local et trafiquants de drogue.

 

Concernant le massacre, c'est le chef de la sécurité locale qui a donné l'ordre d'arrêter les étudiants – en coordination avec des hommes du gang « Guerrero unidos » – mais ce seraient les mafieux qui auraient décidé finalement de les tuer. Telle est la version officielle.

 

Au sens le plus large, il apparaît désormais que la police locale (comme celle régionale) est organiquement liée aux gangs mafieux, para-militaires : 30 policiers ont été identifiés comme proches du gang, 22 arrêtés car impliqués directement dans le massacre. Du sang des étudiants a même été retrouvé sur plusieurs voitures de police.

 

Cela ne se limite pas à la police. Le maire d'Iguala (troisième ville de l'Etat) José Luis Abarca ainsi que sa famille se révèlent avoir conclu un pacte de pouvoir avec les trafiquants de drogue, collaborant avec la police locale pour intimider les opposants, en échange de l'impunité sur leurs kidnappings, cambriolages, racket des commerçants locaux et trafic de drogue naturellement

 

Actuellement, le maire d'Iguala, comme le chef de la sécurité locale sont en fuite. De plus en plus, l'étau se resserre également sur le gouverneur régional. Mais les responsabilités de l'Etat fédéral ne peuvent être éludées non plus.

 

Entre 50 et 100 000 manifestants dans la rue :

syndicats étudiants, zapatistes, militants communistes

 

A l'ampleur du massacre a répondu l'ampleur de la mobilisation de solidarité, de l'hommage venant de l'ensemble de la gauche militante mexicaine, avec sans doute entre 50 et 100 000 militants dans les rues.

 

Miles-Ciudad-Mexico-Iguala-DPA_CLAIMA20141009_0141_27.jpgCe mercredi 8 octobre, on comptait 15 000 manifestants à Mexico qui ont occupé la place centrale du Zocalo exigeant la justice, militants étudiants mais aussi syndicalistes ouvriers et paysans.

 

A Chilpancingo, ville majeure de l'Etat de Guerrero, 10 000 manifestants étudiants et enseignants ont participé à une marche de la colère.

 

Dans l'Etat de Guerrero, les militants du Parti communiste du Mexique (PCM) a occupé le siège du gouvernement de l'Etat de Guerrero.

 

Enfin, dans le Chiapas, les militants de l'EZLN (Armée zapatiste de libération nationale) ont manifesté dans le silence, ils étaient 20 000 dans les rues de San Cristobal de las Casas, fief des révolutionnaires zapatistes.

 

Pourquoi s'indigner face à si peu au Vénézuela, en Chine, et se couvrir de silence au Mexique ou en Colombie ?

 

Les jeunes communistes français ont de quoi être indignés, révoltés même par le traitement médiatique ici, inexistant, de ce scandale.

 

On se souvient du battage contre le Vénézuela révolutionnaire au printemps, quand des manifestants étudiants violents ont embrasé Caracas, causant la mort de 6 manifestants dans des scénarios de guerre de rue. On remarque aujourd'hui la condamnation de la Chine qui n'a pas tué le moindre manifestant étudiant à Hong-Kong, dans des troubles à l'agenda politique peu clair.

 

Ici, au Mexique, on abat de sang-froid 49 étudiants désarmés, pacifiques, avec la complicité de la mafia locale, mais rien de nouveau dans la « démocratie » du Mexique, comme on parle de démocratie en Colombie, le pays au monde où on tue le plus de syndicalistes par an.

 

Mexique, un pays à la dérive depuis l'Accord de libre-échange avec les USA : misère, émigration, casse de la production et dépendance américaine

 

Le Mexique, au moins depuis 1994 et l'Accord de libre-échange avec les Etats-unis (ALENA), est un pays à la dérive : l'image même du capitalisme du désastre, alors que ce fut des années 1960 aux années 1980 un pays relativement développé, indépendant.

 

Aujourd'hui, c'est un pays qui connaît la misère et la famine : 53 % de la population (63 millions de personnes!) sont pauvres, alors que le pays abrite l'homme le plus riche du monde : Carlos Slim.

 

Le pays – longtemps auto-suffisant en produits alimentaires – connaît désormais la famine, comme l'a révélée la « crise de la tortilla » en 2007, où les Mexicains ne pouvaient plus acheter leur plat de base, victime de la spéculation internationale.

 

C'est un pays qui brade ses ressources naturelles aux multi-nationales. Ont déjà été vendus les banques, la sidérurgie, les chemins de fer, les télécoms, l'électricité. Maintenant, c'est le joyau national qui va être vendu aux multi-nationales américaines : le pétrole

 

C'est un pays soumis aux intérêts des Etats-unis qui ont cassé l'appareil productif national, et contraint son peuple à la migration de masse.

 

L'industrie mexicaine a été réduite aux « maquiladoras » à la frontière, fournissant une main d'oeuvre pas chère pour les entreprises américaines de l'automobile ou du textile. Aujourd'hui, un ouvrier mexicain est moins bien payé qu'un ouvrier chinois !

 

La petite agriculture mexicaine a été détruite forçant des millions de Mexicains à emprunter la voie de l'émigration : environ 7 millions de Mexicains ont quitté le pays pour aller aux Etats-unis entre 1990 et 2010.

 

C'est un pays où le crime organisé règne et sème la terreur avec la complicité du pouvoir. Depuis 8 ans, il y a eu au Mexique 150 000 assassinats, dont seulement 23 000 pour l'an dernier, soit une moyenne terrifiante de 62 assasinats par jour.

 

Le Mexique est devenu – avec la complicité d'une partie des autorités, l'hypocrisie des Etats-unis – le paradis des trafiquants de drogue, qui règnent en maître sur les territoires.

 

Car le trafic de drogue brasse des sommes colossales : on parle d'entre 10 et 40 milliards de $ par an, selon les estimations prudentes. De quoi alimenter une corruption généralisée, à tous les niveaux de l'appareil d'Etat.

 

Sur les dizaines de milliers d'assassinats, un certain nombre sont des personnes « gênantes » pour le pouvoir : syndicalistes paysans et étudiants, militants politiques révolutionnaires.

 

Le Parti communiste rappelle que dans le seul Etat de Guerrero, 7 de ses militants ont été assassinés depuis 2008. En mai 2006, à San Salvador de Atenco, 5 militants communistes avaient été tués par la police locale.

 

Nous exprimons toutes nos condoléances à nos camarades, nos frères du Mexique. Et nous souhaitons questionner nos dirigeants sur leur silence face à ce crime d'Etat, sur leur indignation sélective qui nous révolte tout particulièrement.

 

* Article d'abord paru sur http://jeunescommunistes-paris15.over-blog.com/

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19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 05:45

Livro-Saldanha.jpgCe militant communiste qui a entraîné la plus grande sélection brésilienne de football de l'histoire, c'était en 1970 ...



Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



La coupe du monde vient de se terminer pour le Brésil sur fond de contestation sociale en dehors du terrain, d'humiliation sur le terrain. L'occasion de revenir sur une histoire méconnue : celle de la rencontre d'un militant communiste avec la plus grande seleção de tous les temps.



Qui connaît Joao Saldanha ? Inconnu en France, ce nom est connu de tous les passionnés de football de plus de 35 ans. Pendant près de 30 ans, il fut la voix du football au Brésil sur les radios, dans la presse écrite mais aussi un éphémère et brillant entraîneur.



Joao Saldanha est d'abord un joueur de football à la carrière et la jambe brisées, à la fin des années 1930 dans le club carioca (de Rio de Janeiro) de Botafogo. Il retrouvera le club de Botafogo comme entraîneur en 1957 et, sans la moindre expérience jusque-là, il remporte le championnat de Rio.



« Jean sans peur » : le journaliste le plus adulé et craint du pays



Saldanha change donc de vocation. Après des études de droit puis de journalisme, il devient chroniqueur sportif en 1960, devenant le journaliste le plus populaire du pays, présent sur les ondes de Radio Nacional, Globo, dans les quotidiens nationaux Última Hora, O Globo, Jornal do Brasil.



Sa popularité, Saldanha le doit à son ton sans concession à l'antenne, critiquant ouvertement joueurs, entraîneurs mais aussi dirigeants.



Sa verve, son franc-parler lui ont valu le surnom de « Jean sans peur » tant ses expressions, non exemptes de critique sociale durant la période de la dictature, pénétraient l'imaginaire populaire comme « si on gagnait des matchs par la concentration (de joueurs/en formant un bloc compact), c'est l'équipe des prisonniers qui serait championne ! ».



Saldanha était en effet un apôtre du beau jeu, construite autour d'une organisation rigoureuse, mettant les individualités au service du collectif.



Un journaliste communiste à la tête de la Seleção !



Après le fiasco de la Coupe du monde 1966, la Confédération de football brésilienne (CFB) décide de mettre son pire détracteur à la tête de la sélection : le journaliste sportif Joao Saldanha !



Nul doute que le machiavélique homme de pouvoir Joao Havelange – plus tard président corrompu de la FIFA – avait comme idée de se mettre dans la poche le milieu critique des journalistes, le peuple dont Saldanha était la voix.



Mais c'était un pari risqué car Saldanha était aussi un militant communiste du PCB depuis ses années universitaires, qui se revendiquait comme tel, qui utilisait sa tribune médiatique pour exprimer son opposition à la dictature qui s'était imposée à partir de 1964.



Sur le terrain, ce fut un triomphe. Son 4-2-4 au jeu chatoyant, renouant avec le schéma de l'épopée de 1958 parvenait à une alchimie rare avec un quatuor offensif de rêve : Jairzinho, Tostao, Rivelino et Pelé bien sûr.



Le dictateur obtient la tête de Saldanha



Le Brésil remporte tous ses matchs de qualification pour la Coupe du monde 1970 avec Saldanha comme sélectionneur, avec des démonstrations en particulier contre le Paraguay ou le Vénézuela, contre lequel le Brésil passe six buts.



Le peuple brésilien loue la renaissance de la Selecao de Saldanha, une équipe qu'il a même qualifié des « bêtes de Saldanha ». En effet, Saldanha avait annoncé dès sa nomination son intention de ne « convoquer que des bêtes » !



Mais l'idylle va tourner court. Saldanha agace jusqu'au Président de la République, le dictateur et général Emilio Médici, inquiet de l'influence de ce communiste à ce poste sensible.



Médici prend comme prétexte la non-sélection de la star de l'Atlético Mineiro Dario Maravilha. Saldanha ne bouge pas de sa position : « C'est un bon joueur, mais pas assez pour mon équipe (…) Si j'accepte Dario, c'est une humiliation, je ne vais pas me laisser humilier ».



La tension monte, et Saldanha sort de sa tannière. Il refuse de rencontrer le dictateur à Porto Alegre, sur invitation de la Fédération de football et se justifie dans la presse :



« Je n'aurais aucun plaisir à serrer la main d'un homme qui a tué plusieurs de mes amis. Je ne sais pas si c'est lui qui a donné l'ordre ou s'il a laissé faire. Ce qui est sûr, c'est que plus de 300 personnes sont mortes sous ce gouvernement, le plus assassin de l'histoire du Brésil ».



Saldanha ne survivra pas à cette sortie saignante. La décision de sa démission dépassa le cadre de la Fédération, et est discuté à la tête du régime. La junte préfère se séparer de ce communiste bien dérangeant, et fait pression sur la Fédération qui nomme Mario Zagallo à sa place.



Zagallo récupère les « bêtes de Saldanha » et gagne avec cette équipe extraordinaire la troisième coupe du monde du Brésil, aux yeux de beaucoup d'observateurs, la plus belle remportée par la Selecao.



Saldanha a continué sa carrière de journaliste, critique de plus en plus acerbe de la professionnalisation, marchandisation du football mais aussi du caractère de plus en plus conservateur, défensif mais aussi individualiste du jeu brésilien.



Il resta fidèle jusqu'à la fin de sa vie à son militantisme communiste, lui qui fut dans les années 1940-1950 un cadre du Parti dans la clandestinité, aidant à l'organisation d'une guérilla paysanne dans l'Etat du Parana entre 1947 et 1951, écrivant dans la presse clandestine du parti.



 

Saldanha est mort en 1990, à Rome, en commentant la Coupe du monde en Italie. Avec Oscar Niemeyer, il reste aux yeux des brésiliens le plus célèbre des communistes du pays, le plus aimé également.

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5 juillet 2014 6 05 /07 /juillet /2014 05:36

Fidel-Castro-y-Maradona-580x464.jpgLettre de Fidel à Maradona



Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Mon inoubliable ami,



Tous les jours, j'ai le plaisir de suivre ton programme, pour Telesur, sur cette spectaculaire Coupe du monde de football, grâce à cela, j'ai pu observer le niveau extraordinaire de ce sport universel.



Je ne crois pas possible une éducation adéquate pour les jeunes, de quelque pays que ce soit, sans le sport, et dans le cas spécifique des jeunes garçons, sans inclure le football.



Aujourd'hui je suis un homme politique, mais lorsque j'étais enfant, adolescent et jeune, j'ai été sportif, et j'ai consacré à cette noble pratique l'essentiel de mon temps libre.



J'admire ta conduite pour de nombreuses raisons. J'ai eu le privilège de te connaître lorsque les idées les plus justes de notre peuple triomphaient, et aucun pouvoir n'a pu les écraser.



Comme latino-américains, nos relations n'ont alors jamais été aussi étroites. Tu as triomphé des épreuves les plus difficiles, comme athlète et comme jeune d'origine modeste.



Comme toi, je salue Messi, formidable athlète qui remplit de gloire le noble peuple d'Argentine, rien ne peut séparer vous deux, qui avez la gloire et le prestige, si ce n'est les efforts mesquins des intrigants.



Je félicite également Telesur, qui a agrémenté heureusement cet été brûlant, et je salue fraternellement, comme toi, les excellents et prestigieux footballeurs de Notre Amérique, sans oublier évidemment, le magnifique et visionnaire Victor Hugo Morales, qui nous fait découvrir tes qualités et qui a tant fait pour la diffusion de la noble valeur du sport, et vous deux représentez honorablement le peuple argentin.



Naturellement, Diego, je n'oublierai jamais l’amitié et le soutien que tu as toujours apporté au Lider Bolivarien Hugo Chavez, promoteur du sport et de la Révolution d'Amérique latine et des peuples opprimés du monde.



Fraternellement

Fidel Castro Ruz



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20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 06:00

W-PAZ-ES-JUSTICIA-SOCIAL-PALOMA-LUCHA.jpgRé-élection de Santos en Colombie : les communistes vigilants et mobilisés dans la lutte pour la paix, contre l'injustice sociale

 

Communiqué du Parti communiste colombien (PCC) sur les élections présidentielles



Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



L'élection de Juan Manuel Santos au second tour face à Oscar Ivan Zuluaga clôt pour le moment l'incertitude née de la position de l'extrême-droite militariste, déterminée à mettre fin au processus de dialogue et aux accords négociés entre les FARC et le gouvernement colombien.



Au premier tour, Zuluaga devançait Santos de près d'un demi-million de voix. Aujourd'hui, la différence en faveur de Santos de 900 000 voix est suffisamment claire.



Ce changement ne fut possible que grâce au soutien explicite de la gauche, avec l'appui du Parti communiste colombien (PCC) et de l'Union patriotique (UP).



La coalition unitaire de Clara Lopez et Aida Avella [NdT : la candidature de « gauche » portée par le Pôle démocratique alternatif comprenant le PCC et l'UP, elle a obtenu 15,3 % au premier tour] a rempli avec succès sa tâche.



Le triomphe de Santos n'élimine pas la contradiction entre les couches dominantes, qui prétendent perpétuer par la guerre leurs odieuses sources d'enrichissement, et l'immense majorité qui souhaite une solution politique pour mettre fin au drame de la guerre contre-insurrectionnelle.



Santos gouvernera avec une forte pression de sa propre classe, par rapport à son modèle social néo-libéral et aux puissants éléments bellicistes ancrés dans le pouvoir économique et dans l’État.



Le rapport de forces qui a soutenu sa candidature depuis la gauche, les mouvements sociaux et l'opinion publique craignant un retour d'Uribe exige l'adoption de positions fermes face aux attitudes revanchardes, à l'échafaudage para-militaire associé au gouvernement surtout aux niveaux régionaux, les menaces et les crimes contre l'opposition démocratique.



Le droit à la critique, à la protestation populaire, à la récupération des terres usurpées, à la mobilisation et à la défense de la vie doivent être protégés face à toute remise en cause de la part des agents étatiques ou para-étatiques.



La lutte contre le fascisme et les manifestations du terrorisme d'Etat est toujours actuelle.



Nous soutenons la déclaration commune des candidates de la gauche Clara Lopez et Aida Avella quant à la réaffirmation de la nécessité de donner un nouvel élan au processus de dialogue, l'importance de l'unité, la justesse du vote, l'indépendance et la non-participation au gouvernement tout comme la réaffirmation de leur opposition au modèle économique, social et politique existant.



La vigilance et la mobilisation populaire sont à l'ordre du jour.



La bannière du cessez-le-feu bilatéral, de la fin des bombardements dans les régions rurales, des « faux positifs » [NdT : des opposants pacifiques au gouvernement assassinés, présentés comme guérilleros et morts dans la lutte contre-insurrectionnelle], la reconnaissance et la libération des prisonniers politiques, des garanties pour l'expression d'une opposition populaire, est toujours d'actualité.



C'est la même chose pour la lutte pour les réformes politiques électorales, le statut de l'opposition, la réforme agraire, réforme du travail, de la santé et de l'éducation. L'heure est à la mobilisation populaire.



L'expérience de la convergence et de l'unité gagnent de nouveaux éléments. De nouveaux espaces se sont ouverts, et de nouveaux interlocuteurs émergent dans la perspective d'un large front pour la paix avec justice sociale. Sa force ne peut se trouver que dans la mobilisation populaire organisée et combative.



En appelant à travailler pour affiner les points de programme et la coordination des activités destinées à renforcer la base sociale, politique et culturelle du processus de dialogue pour la paix, nous insistons sur l'ampleur de cette tâche et la responsabilité des forces avancées pour répondre de façon conséquente à ce nouveau moment unitaire.

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Amérique Latine
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