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11 juin 2014 3 11 /06 /juin /2014 06:22

PCB-ato-do-15M.jpgMondial, J - 1 : les communistes brésiliens (PCB) dans la rue ... face à un ministre des Sports à l'étiquette « communiste » (PCdoB) !

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

A la veille de la Coupe du monde de football, les pouvoirs publics brésiliens, les sponsors/multi-nationales, la FIFA de Blatter et Platini s'inquiètent : et si le printemps des luttes brésilien venait contester cette fête de moins en moins populaire et toujours plus mercantile ?

 

La grève du métro de Sao Paulo, entamée ce jeudi 5 juin, a fait monter la pression d'un cran : dans la plus grande ville du pays (une agglomération deux fois plus peuplée que Paris), son poumon économique, la cité qui accueille le match inaugural dans la Corinthians Arena.

 

Grèves, manifestations dans tout le Brésil : une majorité de Brésiliens contre le Mondial

 

Le Brésil est en ébullition sociale, pas une semaine sans qu'une grève n'éclate. Nous l'avions annoncé en avril dernier : 16 syndicats catégoriels représentant 4 millions de travailleurs étaient prêts à mobiliser avant et pendant le Mondial pour réclamer des augmentations salariales.

 

Ce fut le cas non seulement des salariés des transports mais aussi des policiers en grève depuis le 7 mai (pour la Police fédérale), ainsi que des enseignants de Rio et de Sao Paulo, depuis la fin du mois d'avril.

 

Du côté des mouvements sociaux, le « Mouvement des sans-abris » a mené des manifestations dans les rues des villes-hôte du pays, réunissant plusieurs milliers de manifestants.

 

Il serait réducteur de faire de cette colère l'expression uniquement de mouvements catégoriels, isolés, à contre-courant. Une majorité de Brésiliens est mécontente de l'organisation de ce Mondial, plus de 54 % selon le dernier sondage, un comble au pays du football.

 

Mais il y a de quoi être en colère : la facture de 10 milliards d'euros en fait la Coupe la plus chère de l'histoire (trois fois plus qu'en Allemagne, en 2006).

 

Une facture payée à 85 % par l'Etat … pour des bénéfices exclusivement privés, puisque l'intégralité des 12 stades sera exploitée par des opérateurs privés.

 

Il est en de même pour les aéroports, ports, massivement cédés à des opérateurs brésiliens et internationaux. Une politique suicidaire pour le budget de l'Etat brésilien déjà grevé pour moitié (48%) par le paiement des intérêts de la dette : 230 milliards d'euros par an !

 

Et pourtant, il ne manque pas de besoins urgents dans un pays comme le Brésil où 3 millions d'enfants et adolescents sont exclus du système scolaire, où la santé privatisée se révèle incapable d'assurer les soins de santé dans des zones entières du pays … forçant la 6 ème économie du monde à appeler les médecins cubains à la rescousse !

 

Le Parti communiste brésilien du côté des luttes contre cette « Coupe des élites capitalistes » ...

 

Alors, de quel côté sont les communistes brésiliens ?

 

Pour le Parti communiste brésilien (PCB), héritier du Parti historique, il n'y a jamais eu le moindre doute : du côté des mouvements sociaux, des travailleurs en lutte, des 250 000 gens du peuple chassées de leurs domiciles, contre une Coupe du monde « élitiste, privatisatrice et anti-populaire ».

 

Dans toutes les initiatives, généralement organisées par des mouvements sociaux, que ce soient à Rio, à Sao Paulo, mais aussi à Goiania, Brasilia, on retrouve des drapeaux du PCB, agrémentés de banderoles où on pouvait lire entre autres : « FIFA go home ! ».

 

Le PCB a apporté récemment son soutien à la grève des travailleurs du métro de Sao Paulo, avec l'appel de solidarité lancé par sa branche syndicale « Unité de classe ».

 

Le Parti s'était également associé à l'appel lancé par 10 mouvements sociaux et populaires (dont celui des sans-abris) le 15 mai dernier pour organiser des manifestations sur six séries de revendication :

 

logement (contre la spéculation immobilière), justice (contre les lois anti-manifestation), santé (plus d'argent pour la santé publique), éducation, transport (gel des tarifs), souveraineté (« FIFA go home »!).

 

A la question « une Coupe pour qui ? », le PCB répond sans équivoque : pour les élites capitalistes du pays.

 

face à un ministre des Sports (PC do B) qui condamne « la démagogie de la rue » !

 

Or, cette position de principe n'est pas partagée par tout le monde. Et notamment pas par le Parti rival du PCB, le PC do B.

 

Le PC do B est né d'une scission pro-chinoise de 1964 du PCB. Originairement sur des positions gauchistes, le PC do B a glissé depuis les années 1990 vers des positions d'accompagnement du développement capitaliste brésilien.

 

Alors que les deux partis communistes ont apporté leur soutien au départ à l'expérience Lula, le PCB s'en est vite distancié au vu de la continuité de la politique de libéralisation-privatisation, de soutien au patronat local, d'impérialisme régional poursuivie par le PT.

 

Le PC do B a renforcé cette alliance avec le PT, obtenant en échange des positions dans l'appareil d'Etat. Une de ces positions, aujourd'hui d'une grande importance, celle du Ministère des Sports depuis 2003.

 

Le ministre actuel, Aldo Rebelo, est ainsi sur le devant de la scène depuis le début de l'année. Il se distingue par sa description idyllique de la Coupe du monde, sa dénonciation acerbe des manifestations ainsi que par sa foi dans les vertus économiques du Mondial.

 

Il serait vain de détailler toutes les dernières déclarations de Rebelo, la dernière : il se dit « confiant dans la fin de la grève des travailleurs du métro », saluant « la décision de la justice fédérale, qualifiant la grève d'abusive et demandant sa fin ».

 

Un bon attaché de presse du gouvernement Dilma … au ton étonnant pour quelqu'un qui porte l'étiquette communiste.

 

En effet, il y a un mois jour pour jour, il participait à l'émission télévisée « Bom dia ministro » (Bonjour ministre), où il prédisait un Mondial « qui sera celui de la fête et de la fraternisation » (sic), où « les manifestations seront des actes isolés » car « je ne crois pas que les gens veuillent que la Coupe soit perturbée par des manifestations violentes ».

 

Rappelant les manifestations de l'an dernier lors de la Coupe des Confédérations, il faisait noter que celles-ci n'ont pas empêché le déroulement de l'épreuve : on croirait entendre une voix familière, celle du « maintenant quand il y a une grève au Brésil, personne ne s'en aperçoit » !

 

Mais M.Rebelo a foi en … les forces de police : « je crois que les forces de sécurité vont faire leur travail et protéger l'intégrité des joueurs, des supporteurs ».

 

Il a foi en la loi également qui « préviendra les abus en termes de manifestations ». Abus comme des grèves des travailleurs du métro ?

 

Ce 1 er juin, Aldo Rebelo en a remis une couche dans le Diario de Sao Paulo, qualifiant les protestations de « démagogie dans les rues », pestant contre les corporatismes, ces professeurs qui ont osé perturber un entraînement de la sainte Selecao. Un vrai discours de droite !

 

Certes, la situation est complexe, les manifestations ne sont pas exemptes de manœuvres politiciennes de la part de la droite traditionnelle, de coups bien calculés de la part de syndicats à la tradition corporatiste très puissante au Brésil.

 

L'arrêt à quelques jours de la Coupe du monde de la grève des policiers, puis celle des enseignants et enfin celle des travailleurs du métro hier incite à la prudence sur la vigueur de ce « printemps brésilien ».

 

Mais comment soutenir avec autant de zèle une Coupe du monde aussi impopulaire, aussi manifestement liée aux intérêts des grands groupes capitalistes brésiliens, aussi ouvertement entachée de détournement de fonds publics ?

 

1486902_726156624097385_569772357259722660_n.jpgNos camarades disaient : « Il n'y aura pas de Coupe ». Il y aura certainement la Coupe, il n'y a plus qu'à espérer que la compétition réunisse les travailleurs de tous les métiers, les exploités de toutes les villes d'un pays où la coupe est pleine … de corruption et des privatisations !

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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 06:53

nvtc.jpgAu Brésil, l'opposition au Mondial de foot monte en puissance : les syndicats prêts à la grève pour l'ouverture

 

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

En France, la presse est obnubilée par un patriotisme de substitution derrière la compétition, au Brésil, pays du football, l'opposition à la Coupe du monde gagne un ampleur inédite, dans tous les secteurs. Et si la Coupe du monde était éclipsée par un été très chaud de luttes ?

 

Ouvriers des chantiers, usagers des transports, habitants des favelas, activistes sociaux, travailleurs de la santé, leur point commun : ils ne veulent pas de ce Mondial.

 

Alors qu'en 2008, 79 % de la population était favorable à la Coupe du monde, aujourd'hui, en 2014, à quelques semaines de l'ouverture, 54 % de la population brésilienne est opposée à la réalisation du Mondial.

 

Quatre années de grève dans les stades …

 

Jamais un Mondial de football n'avait connu une telle agitation sur ses stades. La preuve en est que sur les 12 stades qui devaient être finis au début de l'année 2014, 6 accusaient un retard important et n'étaient pas encore terminés en janvier de cette année.

 

Les 25 000 ouvriers présents sur les chantiers ont été attirés par les salaires, faibles mais séduisants pour des migrants ruraux – entre 150 et 400 € comme rémunération de base – avec des écarts importants entre les régions.

 

En échange, ils ont été soumis à des conditions de travail extrêmes : mépris des normes de sécurité, travail de nuit, heures supplémentaires non-payées, précarité de l'emploi avec licenciements facilités.

 

Huit ouvriers sont tout de même morts sur les chantiers du Mondial. Si on atteint pas les records morbides du mondial au Qatar, c'est déjà quatre fois plus qu'en Afrique du sud en 2010.

 

Ces conditions de travail et la prise de conscience de l'exploitation salariale ont conduit les ouvriers à développer 26 mouvements de grève, l'équivalent de 1 145 heures de travail d'après le Syndicat du bâtiment brésilien. Aucun stade n'a été épargné.

 

Des victoires ont été conquises. Selon la Fédération internationale des travailleurs du bâtiment, les ouvriers ont obtenu entre 2009 et 2013 des augmentations comprises entre 0,78 et 7,35 points de pourcentage, la moyenne se chiffrant par exemple à 4,10 points pour l'année 2012.

 

Les travailleurs des chantiers ont obtenu au cas par cas diverses améliorations : paiement majoré des heures supplémentaires, avantages sociaux liés au logement, à la santé, droit à des congés pour voir sa famille restée au pays.

 

Une grève générale demain dans les stades :

« pendant la coupe, il va y avoir des luttes ! »

 

C'est en tout cas ce qu'annonçait la Folha de Sao Paulo le 13 avril : au moins 16 syndicats catégoriels représentant 4 millions de travailleurs, se préparent à organiser des mobilisations pendant le Mondial pour réclamer des améliorations salariales.

 

Parmi les secteurs les plus sensibles, celui de l'alimentation, de l’hôtellerie et avant tout les transports qui représentent la moitié des catégories concernées – métro, transport aérien, chemins de fer, bus, taxis.

 

Parmi les confédérations syndicales qui ont lancé des appels à la mobilisation, on retrouve surtout « Força sindical » (FS), qui n'est pas à proprement parler un syndicat révolutionnaire mais qui reste un syndicat critique du compromis social dominant. Dix catégories réunies dans la FS se sont réunis le 17 avril pour décider des méthodes d'actions pendant le Mondial.

 

D'autres syndicats adhérant à l' « Union générale des travailleurs » (UGT), à la « Centrale unique des travailleurs » (CUT) ou à la « Nouvelle centrale syndicale des travailleurs » (NCST) participeront aux manifestations.

 

La confédération syndicale « Conlutas » (Confédération des luttes), syndicat de lutte et anti-capitaliste, a également lancé un appel à la grève pendant le Mondial sous le titre « Nous allons retourner dans la rue : pendant la Coupe, il y aura des luttes ! ».

 

Cet appel marquait la conclusion d'une rencontre entre 2 500 représentants issus de 25 syndicats et collectifs de lutte réunis à Sao Paulo, avec une représentation certaine des syndicats de la Fonction publique, de la santé et et de l'éducation.

 

La privatisation du pays : profits monstres pour le privé, la facture pour la majorité

 

Cette coupe du Monde sera la plus chère de l'histoire : 10 milliards d'euros (contre 3 milliards pour celle en Allemagne en 2006). Sur cette somme, 85 % provient de l'Etat ou des collectivités locales, un chiffre qui atteint les 97 % pour la construction ou rénovation des 12 stades du mondial.



Or, sur ces 12 stades financés par les deniers publics, aucun ne sera sous contrôle public.



Trois stades étaient déjà privés avant le Mondial – ceux de Porto Alegre, Curitiba et Sao Paulo – ils le resteront après.



Cinq autres ont été construits sous un PPP (Partenariat public-privé), ce sont ceux de Salvador, Recife, Belo Horizonte, Fortaleza, Natal. Le consortium à l'origine de la construction du stade obtient alors une concession d'exploitation pour une période allant de 20 à 35 ans.



Enfin, les autres stades construits grâce à l'argent public – souvent par des prêts généreusement accordés par la BNDES (Banque nationale pour le développement) qui centralise le financement des monopoles privés au Brésil – vont aussi être concédés à des exploitants privés.



Deux stades ont notamment défrayé la chronique, celui du « Stade national Garrincha » de Brasilia et celui du mythique « Maracana » de Rio de Janeiro.



Le Maracana représente le caractère populaire du football au Brésil. En 1950, il accueillait près de 200 000 personnes pour la finale du Mondial entre l'Uruguay et le Brésil. Aujourd'hui, sa capacité se trouve réduite à 80 000 places.



Surtout, ce stade légendaire sera désormais sous contrôle privé, pour ce qui constitue un scandale national, et qui a déclenché une onde de manifestations sous le mot d'ordre : « Le Maracana est à nous : non à la privatisation ! ».



En effet, selon les estimations du groupe financier IMX du millardaire Eike Batista – gagnant du contrat public – le Maracana rapporte chaque année 4 millions d'euros par an alors que l’État de Rio a signé un contrat de concession se chiffrant à 1,5 millions par an.



Soit 2,5 millions par an au minimum – sans compter les hausses de prix, la marchandisation du stade – directement dans la poche d'un grand groupe privé.



Privatisation des stades et privatisations de toutes les infrastructures, en premier lieu les ports et les aéroports. Six des principaux aéroports du pays ont ainsi été privatisés, sous prétexte de rénovation dans la perspective du Mondial.



Ainsi, en février 2012, trois aéroports majeurs – les deux de Sao Paulo et celui de Brasilia, représentant 30 % du transport de passagers, 57 % du fret – ont été cédés à des opérateurs privés pour la somme de 8 milliards d'€, en échange de concessions d'exploitation sur 20 à 30 ans.



Parmi les vainqueurs des contrats, ce sont avant tout des monopoles brésiliens qui récoltent la mise – Invepar à Sao Paulo, Aeroportos Brasil à Brasilia –, avec la participation d'entreprises françaises (Egis), argentines et sud-africains.



En 2013, trois autres aéroports ont été cédés au privé, dont un dans la région de Natal (Nord-est) qui fut le premier construit à partir de zéro par un opérateur privé.



Deux autres – celui de Belo Horizonte et l'aéroport international de Rio – ont été octroyés encore une fois à des monopoles brésiliens, le premier à Consorcio Aero, le second à Odrebrecht, dans des consortiums montés avec des entreprises allemandes et chinoises.



Le Brésil vend ses joyaux pour des rentrées d'argent ponctuelles, creusant la dette future. Une dette qui grève déjà le budget public : près de la moitié du budget public (48 %), soit 230 milliards d'€, est réservé aux paiements des intérêts de la dette.



Dans le même temps, le Brésil accumule les budgets d'austérité, en particulier depuis 2011. Ainsi, en 2014, les coupes dans le budget des services publics s'élèvent à 15 milliards d'euros (soit 10 %).



Depuis 2011, ce sont 60 milliards d'économies qui ont été réalisées dans les dépenses publiques, dont 5 milliards dans les budgets de la santé et de l'éducation, « sanctuarisés » depuis l'an dernier.



Or, ce n'est pas que le Brésil ait atteint les objectifs de développement humain pour l'éducation et la santé.



Encore 3,6 millions d'enfants et d'adolescents sont exclus du système scolaire. Ils auraient besoin de 9 000 établissements scolaires pour étudier, pour un coût de construction de 9 milliards d'euros, la somme dépensée pour ce mondial au Brésil.



La santé privatisée au Brésil se révèle incapable d'améliorer sensiblement les indicateurs du pays, au point que la 6 ème économie du monde a été contrainte récemment d'appeler aux médecins cubains pour assister les médecins locaux dans les régions en difficulté.



On comprend mieux le slogan phare des manifestants : « Nous voulons des écoles, des hôpitaux dans l'accord avec la FIFA ! ».



Sachant que dans le même temps, l'Etat brésilien a du accorder (dans la « Loi générale sur la Coupe du monde ») à la FIFA un accord exclusif concernant la vente de produits dérivés liés au Mondial à proximité des sites de la Coupe du monde.



La FIFA bénéficie également d'une exonération fiscale se chiffrant à 400 millions d'euros.



Pendant que les travailleurs brésiliens subissent la hausse des tarifs, les coupes dans les services sociaux, les plus riches brésiliens ne connaissent pas la crise : le pays devrait connaître 17 293 nouveaux millionnaires en 2014, un chiffre en hausse de 9 %, s'ajoutant aux 195 000 existants.



Les 300 plus grandes entreprises brésiliennes ont engrangé 45 milliards d'euros de profits. Sur les 10 entreprises les plus profitables, 5 sont des banques.

 

La militarisation du pays : la réponse aux résistances populaires

 

Ces scandales de privatisation, de pillage des fonds publics ont suscité des manifestations dans toutes les villes du pays.

 

Les opérations de rénovation-gentrification dans les quartiers, accompagnés de déplacements forcés, d'expulsions, d'opérations de police musclés suscitent désormais des émeutes qui ont touché avant-hier une favela de Copacabana, à Rio.

 

Depuis 2008, la « guerre contre le crime organisé » à Rio s'est transformée en une véritable chasse aux populations des favelas, avec les méthodes para-militaires employées par la police, dans le cadre des UPP (« Unité de police pacificatrice »).

 

L'Etat brésilien entame, avec la coupe du Monde, une véritable militarisation du pays. Sur les 170 000 agents de sécurité mobilisés pour la Coupe du monde, 57 000 seront des militaires – le plus grand contingent militaire jamais utilisé pour un événement au Brésil.

 

L'Etat brésilien se réserve également le recours à une force ponctuelle composée de 21 000 militaires en « cas d'urgence », visant avant tout d'éventuelles grèves paralysant certains États pendant le Mondial.

 

Le gouvernement s'apprête également à voter une « loi anti-terrorisme » où le délit de terrorisme serait identifié à la « provocation d'une panique généralisée, par une tentative de porter atteinte à la vie, à l'intégrité physique, la santé ou la liberté d'une personne ».

 

Une définition vague qui permettrait de déchaîner une vague de répression contre le mouvement social au Brésil. Une répression déléguée aux unités de police, à l'armée mais aussi aux organismes de sécurité privés.

 

Il faut savoir que les dépenses privées de sécurité désormais dépassent celles publiques – se chiffrant à 20 milliards d'euros par an. Il y a officiellement 2,3 millions d'agents de sécurité privés … contre 400 000 policiers publics.

 

Que la coupe du Monde au Brésil donne le coup d'envoi d'un été chaud, un été de luttes, de ce côté-ci de l'Atlantique également !

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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 06:01

FIDEL_CASTRO_Y_GARCIA_MARQUEZ.jpgDécès de Gabriel Garcia Marquez : grand homme de lettres, ami intime de Fidel, défenseur de la révolution cubaine

 

 

Nous n'allons pas réaliser une nécrographie de Gabriel Garcia Marquez. Celui qui fut un des plus grands écrivains latino-américains du XX ème siècle, récompensé du Nobel de littérature; a produit une oeuvre poncutée par quelques titres connus de tous – de « Cent ans de solitude » à « l'Amour au temps du choléra ».

 

Il serait futile de résumer en quelques mots une œuvre que l'on a placé sous le signe du « réalisme magique », où les charmes projetés de l'exotisme, du fantastique ont fait oublier en Europe combien Garcia Marquez avait l'ambition de relater d'abord cette réalité latino-américaine, dans la richesse de son syncrétisme culturel comme dans le tragique de ses violences originelles.

 

Ici, nous nous concentrerons sur un aspect négligé dans la presse dominante, son engagement politique auprès des processus révolutionnaires, d'émancipation latino-américains : en premier lieu la révolution cubaine, et la relation spéciale entretenue avec Fidel Castro.

 

Une amitié forte, pour deux hommes qui ont marqué à leur façon l'histoire du XX ème siècle, deux grands révolutionnaires dans leurs champs respectifs.

 

Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

(Article originellement paru dans le journal mexicain « La Jornada »)

 

 

Ami intime de Fidel Castro, Gabriel Garcia Marquez était « un homme qui avait une bonté d'enfant et un talent cosmique » selon le leader de la révolution cubaine qui l'a évoqué comme « un homme de demain, que nous remercions d'avoir vécu cette vie pour nous la raconter ».

 

Les deux hommes – le cubain n'est plus âgé que de sept mois – se connurent dans les premiers jours de la révolution, en janvier 1959, quand Gabo (le surnom de Gabriel Garcia Marquez) arriva sur l'île comme journaliste pour couvrir l'arrivée au pouvoir des guérilleros « barbus » que commandait Castro.

 

S'ensuivirent des décennies d'amitié, avec quelques désaccords entre deux hommes qui aimaient se lancer mutuellement les épithètes de « démesurés », et d' « exagérés ».

 

Critique des dictatures et des régimes autoritaires de droite d'Amérique latine, Garcia Marquez resta toujours fidèle à cette amitié avec Fidel Castro, y compris au risque d'être critiqué, à de multiples reprises.

 

« Notre amitié fut le fruit d'une relation cultivée pendant toute ces années où le nombre de conversations, toujours agréables pour moi, se chiffre par centaines », rappelle Castro en 2008 alors qu'il reçoit Gabo et son épouse Mercedes, deux années après la crise de santé qui l'a conduit à abandonner le pouvoir en 2006.

 

Garcia Marquez, qui restera très longtemps à son domicile à La Havane, a participé en 1959 à la fondation de l'agence cubaine Prensa Latina et en 1986 à la création de la Fondation du nouveau cinéma latino-américain et de l'Ecole internationale de cinéma de San Antonio de los Baños, à 30 km au sud-ouest de la Havane, qui a formé des générations de cinéastes.

 

Des visites nocturnes

 

Gabo, qui recevait dans son foyer de la Havane des visites nocturnes fréquentes de Fidel, soulignait à son tour sa « dévotion pour les mots, son pouvoir de séduction ». « Quand il était fatigué de parler, il se détendait en parlant », écrivait-il sur le leader cubain.



Une de ces nuits, racontait l'écrivain colombien en 1988, il lui demanda ce qu'il aurait aimé le plus faire au monde : « Me poser dans un coin », lui répondit immédiatement Fidel.



Leur histoire commune a pu avoir commencé en Colombie en avril 1948 : le lendemain de l'assassinat de l'homme politique de gauche Jorge Eliecer Gaitan, Fidel Castro et Gabriel Garcia Marquez, tous deux âgés de 21 ans, participèrent à la révolte qui est entrée dans l'histoire sous le nom de « El Bogotazo ».



« Aucun n'avait d'informations sur l'autre. Personne ne nous connaissait, et nous-mêmes, nous ne nous connaissions pas », rappelle Castro dans un article publié en 2002 à l'occasion du lancement du livre « Vivir para contarla » du Prix nobel de littérature.



Toujours un fidèle défenseur de la révolution cubaine, Garcia Marquez fit office d'émissaire spécial du leader cubain auprès du président nord-américain Bill Clinton.



En 1994, il participa à la solution de la crise qui culmina en un accord migratoire entre La Havane et Washington.



En 1997, Gabo porta à Bill Clinton – qui lui avait dit que Cent ans de solitude était son roman préféré – un message de Fidel Castro où il proposait aux Etats-unis une coopération dans la lutte contre le terrorisme.



La coopération cubano-américaine fut éphémère. Washington réagit en incarcérant les combattants anti-terroristes cubains en septembre 1998 qui mettait en garde depuis la Floride sur les plans, attentats criminels qu'organisaient les extrémistes de Miami.



Les amis de Gabo



Gabriel Garcia Marquez fut l'ami d'écrivains tels que Mario Vargas Llosa, Alvaro Mutis, Carlos Fuentes, Julio Cortázar et Pablo Neruda, également du réalisateur espagnol Luis Buñuel.



Mais aucune amitié ne l'a marqué autant que celle qu'il a cultivé pendant un demi-siècle avec Fidel Castro. Ils étaient si proches que, dit-on, Garcia Marquez envoyait les brouillons de ses romans à Fidel pour qu'il les lise avant de les publier.



« Je suis un ami de Fidel et je ne suis pas un ennemi de la révolution. Voilà tout », avait dit à une occasion Garcia Marquez, selon ce que rapporte le livre « Gabo et Fidel ».



Sa santé commença à faiblir en 1999, quand il fut traité d'un cancer lymphatique. En 2012, ses proches expliquèrent qu'il avait des problèmes de mémoire et qu'il avait cessé d'écrire.



Garcia Marquez fut hospitalisé fin mars à cause d'une infection pulmonaire. Et quand on le déclara guéri la semaine passée, les médecins l'avertirent que sa santé restait fragile.



Marié depuis plus que cinquante cinq ans avec Mercedes Barcha, García Márquez avait deux enfants. L'aîné, Rodrigo, a réalisé plusieurs films à Hollywood, comme Nine Lives et Albert Nobbs.



Ces dernières années, il était revenu de temps en temps en Colombie, bien que ce soit pour se réfugier dans sa résidence, dans la ville coloniale de Cartagena de Indias.



Gabo apparut pour la dernière fois en public à la porte de sa maison de Mexico le 6 mars, le jour de son 87 ème anniversaire. Il ne dit même pas un mot, il ne laissa qu'un sourire las aux journalistes qui lui chantèrent las Mañanitas, cette chanson d'anniversaire typiquement mexicaine. Sur le revers de sa veste, il portait une rose jaune.

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7 mars 2014 5 07 /03 /mars /2014 07:01

La_revolucion_ciudadana_Avanza.PNGLe parti de Correa défait aux élections locales en Equateur : une analyse critique de l'avenir de la « Révolution citoyenne »

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Les élections locales du 23 février en Équateur se sont soldées par une défaite inquiétante pour la « révolution citoyenne » en Equateur menée par le président Correa. Quelles leçons peut-on en tirer sur l'avenir de ce processus ?

 

Le président Correa a tenté de présenter le scrutin comme une victoire pour l' « Alianza Pais » (nom de la coalition gouvernementale), affirmant avoir gagné « 70 % des municipalités du pays ».

 

Sauf que le revers face à l'opposition de droite est incontestable : sur les 10 principales villes du pays, le parti de Correa n'en a gagné qu'une, Duran, sixième ville du pays … et en alliance avec le parti centriste « Centre démocratique ».

 

Ailleurs, c'est la débâcle. Non seulement dans la capitale économique Guayaquil où le candidat de droite remporte un triomphe (59,1 %) mais l'alliance gouvernementale perd Cuenca, troisième ville du pays ainsi que la capitale Quito, remportée par le candidat de la droite néo-libérale (58,9 %).

 

Sur les 23 préfectures (régions), le parti gouvernemental n'en remporte que 10. Le parti de droite SUMA en récupère deux, tandis que le parti indigène critique envers Correa, Pachakutik, en récolte quatre en Amazonie, le reste étant réparti entre partis centristes et de droite.

 

Au-delà du symbole, c'est l'avenir même de la « Révolution citoyenne » qui est en péril, l'opposition de droite disposant désormais de fiefs municipaux ou régionaux pour entraver le processus.

 

Toutefois, cette défaite est aussi le résultat d'un désenchantement populaire par rapport aux promesses de la révolution. A Quito même, les militants syndicaux, associatifs reprochaient au maire sortant « corréiste » Barrera de n'avoir guère changé la gestion de la ville.

 

Alors où en est la « révolution équatorienne » ?

 

Les acquis de la « Révolution citoyenne » : un changement réel

 

La grande réussite du mouvement lancé par Correa, indubitablement, est d'avoir changé la vie de millions d'équatoriens, sortis de la misère grâce à un affrontement courageux avec les diktats du FMI, de la Banque mondiale, un refus de l'idéologie néo-libérale.

 

Rompre avec les diktats du FMI, sortir de la dette. L'histoire de l’Équateur au XX ème siècle est celle de dictatures soumises à l'impérialisme américain, et depuis les années 1980 de plans d'ajustement structurel du FMI aux conséquences sociales désastreuses, jusqu'à l'effondrement économique du pays en 2000, contraint d'adopter le dollar comme monnaie nationale.

 

Sa dette extérieure, privée et publique avait augmenté en Equateur de 240 millions de $ en 1976 à 17 milliards de $ en 2006 : une augmentation par 80 ! La seule dette publique atteignait en 2000 les 100 % du PIB, permettant le pillage du pays par les groupes financiers internationaux.

 

Quand Correa arrive au pouvoir, en 2007, il commence par expulser les représentants du FMI, de la Banque mondiale et lancer un « audit de la dette » visant à refuser de payer une partie de la dette considérée comme « illégitime ».

 

Le gouvernement équatorien va alors refuser de payer 70 % de sa dette, laissant leur valeur s'effondrer … avant de les racheter à un tiers de la valeur : avec 800 millions de $, il rachète 3,2 milliards de $ de titres. Avec les intérêts, l'Equateur a économisé en tout plus de 7 milliards de $.

 

Conséquence immédiate : alors que le remboursement de la dette comptait pour 45 % du budget en 2006, sa part est aujourd'hui de 7 %, libérant des ressources immenses pour les dépenses sociales.

 

Des millions d'équatoriens sortis de la pauvreté. C'est la réussite de sept ans de « révolution ». Le taux de pauvreté qui avait dépassé les 60 % en 2000, retombé à 37 % en 2007, a diminué fortement, sous la barre des 25 % en 2013. L'extrême pauvreté, elle, est passée de 17 à 9 %.

 

Le taux de chômage officiel est passé de 9 % en 2006 à 4,5 % en 2013 … chiffre toutefois à nuancer quand on sait qu'entre 45 et 50 % de la population est « sous-employée », souvent du travail à temps partiel considéré insuffisant pour répondre à leurs besoins.

 

Des investissements massifs dans l'éducation et la santé. La libération du poids de la dette ainsi que l'explosion des prix des matières premières (pétrole en tête) ont permis de financer des dépenses sociales, qui sont passées de 7 % à 15 % du PIB en sept ans.

 

De 2006 à 2011 seulement, les dépenses publiques pour la santé et pour l'éducation ont été multipliées par trois. La proportion de la population inscrite à la Sécurité sociale est passée de 38 à 60 % depuis l'arrivée au pouvoir de Correa.

 

Si on prend l'exemple de l'éducation, le gouvernement de Correa a investi en sept ans 30 fois plus que les sept derniers gouvernements réunis. Ce qui a permis notamment la construction d'écoles, le recrutement de professeurs ainsi que la gratuité des manuels scolaires et de la cantine.

 

Grâce à la politique de Correa, l'éducation est à nouveau complètement gratuite, publique et universelle. Le taux de scolarisation est ainsi passé de 76 à 90 % depuis 2006, tandis que 450 000 enfants ont abandonné le travail infantile pour aller à l'école.

 

L’Équateur est aussi désormais le pays d'Amérique latine qui consacre le plus de ressources aux universités : 1,8 % du PIB, 1,6 milliards de $ par an, cinq fois plus qu'en 2006.

 

Correa a hérité d'un système largement privatisé – le nombre d'universités a triplé dans le pays entre 1990 et 2006, 90 % d'entre elles étant privées à but lucratif – qu'il tente de rationaliser, d'une part en finançant les facultés publiques, d'autre part en fermant les établissements privés à la qualité académique faible.

 

Un alter-capitalisme rentier et ses limites :un socialisme sans socialisme ?

 

Pour une « économie moderne » sans changement structurel. Correa le reconnaît : « Nous avons fait globalement la même chose, mais mieux, avec le même modèle d'accumulation que nous n'avons pas changé. Car notre but n'est pas de nuire aux riches, mais de créer une société plus juste », confiait-il au Telegrafo en janvier 2012.

 

Ainsi, ses investissements massifs dans l'éducation, notamment supérieure, s'inscrivent dans le pari de l' « économie de la connaissance mondiale », de la compétitivité de ses étudiants dans les universités internationales, de la commercialisation ensuite de services à haute valeur ajoutée.

 

Depuis 2006, la part du secteur privé dans la production n'a guère été modifiée. Les taux de croissance de 5 à 9 % par an ont permis à la fois de rendre les pauvres moins pauvres … et les riches plus riches, tandis que les entreprises équatoriennes génèrent des bénéfices records.

 

En 2012, 80 % des entreprises équatoriennes réalisent des profits, contre 39 % en 2006. Les 1 000 premières entreprises du pays ont généré 60 milliards de $ de revenus, dont 3,5 milliards de profits.

 

Entre 2011 et 2012, sur les 20 premières entreprises du pays, 18 ont vu leur chiffre d'affaire augmenter, 11 au-dessus de 10 %, révélant des secteurs économiques rentables sous hégémonie du capital privé : grande distribution, agro-alimentaire, banques, automobile, télécoms.

 

La concentration capitaliste atteint des sommets dans le grand commerce : 1 % des entreprises contrôlent 90 % des ventes, 10 % des entreprises 96 % de la distribution ! La chaîne équatorienne de super-marchés « la Favorita » est ainsi la 1 ère entreprise du pays, « El Rosado » la 3 ème.

 

La bourgeoisie équatorienne possède ainsi un pouvoir grandissant sur le pays, par son contrôle du commerce, mais aussi la dépendance croissante du pays envers les exportations.

 

Certes, le gouvernement équatorien a entamé un bras de fer avec la société pétrolière américaine Chevron pour obtenir réparation pour les dégâts causés : 500 000 hectares de terres détruites, 60 milliards de produits toxiques déversés, des centaines de milliers de vies gâchées.

 

Mais la pénalité de 9 milliards de $ proclamée par les tribunaux équatoriens est plus symbolique que réelle. Elle a permis au gouvernement équatorien de re-négocier des contrats pétroliers plus favorables à l’État, sans empêcher les multi-nationales de réaliser des bénéfices.

 

Les multi-nationales, loin de péricliter, se développent et font des profits en Equateur. Parmi les premières entreprises du pays, on trouve les géants mondiaux : l'américain General Motors (automobile), le français Lafarge (bâtiment), le suisse Nestlé (agro-alimentaire), l'hollandais Unilever (agro-alimentaire), l'américain Halliburton (pétrole), le français Schlumberger (pétrole).

 

Comme le dit lui-même Correa auFinancial Timesen 2010 : « Notre désir n'est pas d'annuler les contrats avec les multi-nationales, nous voulons qu'elles comprennent qu'elles doivent respecter les règles que notre pays établit ».

 

A ce jour, neuf entreprises pétrolières opèrent en Equateur, acceptant les conditions fixées par le gouvernement – un tarif fixe de rémunération de 24 à 31 $ par baril extrait (actuellement un tiers du cours officiel).

 

Parmi ces multi-nationales, on retrouve l'espagnole Repsol, l'italienne ENI ou la chinoise Andes Petroleum même si plusieurs entreprises américaines ainsi que la brésilienne Petrobras ont quitté le pays, n'acceptant pas les nouvelles conditions imposées par le pouvoir.

 

Concrètement, aucune nationalisation de secteur stratégique n'a été entreprise. Ni aucune privatisation depuis 2006, ce qui constitue une nouveauté par rapport à la période précédente.

 

Ainsi, dans le pétrole comme dans les Mines, le gouvernement a renégocié favorablement les contrats d'exploitation, augmentant le nombre de concessions. Dans l'eau, aucun plan national de « dé-privatisation » de l'eau, municipalisée puis privatisée dans les années 1990, n'a été entrepris, à commencer par la capitale économique Guayaquil

 

Dans les campagnes, l'introuvable réforme agraire. C'est la grande déception chez les militants paysans, en sept ans de « corréisme », la réforme agraire n'a toujours pas eu lieu. Et le pouvoir des multi-nationales de l'agro-alimentaire, des propriétaires terriens (latifundiaires) reste inchangé.

 

Selon le secrétaire national pour la Planification et le développement : « Nous voyons que les indicateurs d'inégalité dans le cas de la concentration de la terre se sont maintenus. Il faut entamer un processus franc de redistribution des terres, mais aussi de l'eau ».

 

En effet, en 2012, 5 % des grands propriétaires contrôlent 52 % des terres quand 60 % des petits propriétaires ne possèdent que 6 % des terres.

 

Un pays plus dépendant que jamais de la rente pétrolière. Le pari de Correa en 2007 était celui de la croissance économique pour répartir ensuite le gâteau entre riches et pauvres, multi-nationales et travailleurs.

 

Pari réussisi on observe que le taux de croissance a atteint en moyenne de 7 % depuis 2006, si on prend en compte que le prix du pétrole a doublé (de 60 à 120 $ le baril), dopée par les exportations multipliées par deux – alimentées à 80% par la vente de matières premières.

 

Pari très mitigé, si on analyse la répartition des revenus. Certes, les inégalités ont légèrement baissé depuis 2006 (selon l'Indice de Gini, passant de 0,54 à 0,49 mais encore au-dessus du niveau de 1990).

 

Mais les 10 % les plus riches contrôlent encore 38 % des richesses, les 20 % les plus riches la majorité des revenus : exactement le même niveau qu'en 2006. Les 62 plus grandes entreprises du pays monopolisent 41 % du PIB national.

 

Pari manqué, quant au développement du pays sur une autre base que celle « rentière », « extractive » : le pays est plus que jamais dépendant de sa rente pétrolière, de l'extraction et de vente de ses matières premières, donc de leur cours sur le marché global.

 

Ainsi, la balance commerciale légèrement positive en 2006 est désormais légèrement négative. Or, la balance commerciale pétrolière a été multipliée par deux passant d'un excédent net de 4,5 milliards de $ à 8 milliards de $.

 

En réalité, comme au Venezuela, cette exportation de produits pétroliers, la « rente », a conduit à une explosion des importations non-pétrolières, passant de 4 milliards de $ à 8,5 milliards de $ entre 2006 et 2012.

 

Une hausse des importations stimulée par la hausse de la consommation des ménages ( + 70 % depuis 2006), de moyens de production et de matières premières pour l'industrie.

 

Ironie de l'histoire, dans sa course extractive, l'Equateur doit aussi importer des produits sur toute la chaîne pétrolière : machine-outils pour l'extraction, produits intermédiaires pour le raffinage, carburant pour la consommation !

 

Conséquence, l'industrie manufacturière et l'agriculture vivrière reculent au profit de l'exportation de matières premières (agro-business, pétrole, produits miniers) : 70 % de l'économie dépend actuellement de la production de biens primaires, 8 % des services, 20 % de l'industrie.

 

Entre 2006 et 2011, le poids des exportations non-pétrolières correspondant à des biens primaires est passé de 56 à 61 %, tandis que les exportations de produits manufacturiers sont passées de 40 à 36 %. Les seules exportations pétrolières, en valeur, représentent 60 % des exportations.

 

Ceci explique la frénésie pétrolière du gouvernement Correa, prêt en 2013 à renier son engagement à ne pas exploiter le pétrole gisant dans le sous-sol du parc Yasuni, en Amazonie, quitte à s'engager dans la dégradation massive de l’environnement, le déplacement forcé des communautés indigènes.

 

Finalement, le bilan économique et social est plus que mitigé : concentration de richesses inchangé, développement limité à un modèle rentier non-durable, poids durable des grandes entreprises. Mais Correa pouvait-il autre chose, voulait-il autre chose ?

 

« La révolution citoyenne » : une révolution sans révolution ?

 

La « révolution citoyenne » ou le « bien vivre ensemble » entre riches et pauvres. Correa use et abuse des formules, il a nommé sa « révolution » « citoyenne », fait du « bien vivre » son concept central.

 

La « révolution citoyenne », le terme est bien trouvé, il révèle aussi les limites du processus.

 

La « Révolution » de Correa, lui-même la définit comme la reprise en main de la « machine » économique et politique héritée pour la « faire mieux tourner ». Ni changement structurel politique, ni changement structurel économique, une révolution sans révolution.

 

« Citoyen », le terme interpelle quand on reprend la grille d'analyse marxiste. La citoyenneté bourgeoise sert à masquer la structure de classe conflictuelle de la société bourgeoise, l' « égalité formelle » entérine les « inégalités réelles ».

 

Effectivement, ce que propose Correa et qu'il théorise, c'est l' « accession à la citoyenneté » pour une population pauvre urbaine et rurale, autrement dit accès à l'éducation à la santé mais aussi intégration à l'exploitation salariée et à la société de consommation, destruction des communautés rurales et des solidarités urbaines.

 

Il théorise aussi la « juste contribution » des plus riches, des grandes entreprises à la collectivité : elles peuvent continuer à réaliser des profits colossaux, jouir de l'immense part du revenu national tant qu'elle paye leur part de l'impôt à l’État équatorien.

 

Le concept même de « Bien vivre » – emprunté aux communautés autochtones – synthétise bien toute l’ambiguïté de l'idéologie du régime.

 

« Bien vivre », c'est bien-être centré sur sa dimension matérielle. Donc croissance économique dopée par l'exportation de matières premières, répartition de la rente plus égalitaire pour stimuler la consommation de biens importés, intégration contrôlée dans le capitalisme mondialisé.

 

« Bien vivre », c'est aussi vivre ensemble, une idéologie de la conciliation de classe, entre capital et travail, riches et pauvres, qui ne peut s'appuyer que sur une croissance forte – sur le modèle des dites « Trente Glorieuses » – pour alimenter profits et salaires.

 

L' « être humain d'abord », peut-être mais pour quels humains ?: Alors, dans cette optique, que signifient les innombrables déclarations de Correa sur la « prééminence de l'être humain sur le capital » ?

 

Certaines associations de défense de l'environnement mais aussi certaines communautés paysannes, autochtones ont fait remarquer que « l'humain d'abord » de Correa conduisait, en Amazonie, à la destruction de leur environnement, leur cadre de vie au bénéfice des multi-nationales et de l’État.

 

Étrangement, l' « humain » abstrait cédait face aux « humains » concrets que sont les paysans, les autochtones, eux-mêmes dépossédés par des « sociétés humaines » : entreprises et Etat.

 

D'autre part, l' « humain » équatorien cache derrière une égalité formelle (devant Dieu, devant l'Etat ?) d'énormes inégalités.

 

Entre une minorité d'« humains » ayant bénéficié de quatre siècle de colonialisme, de capitalisme prédateur et qui continuent à bénéficier d'une part plus réduite et une majorité d' « humains » toujours soumis à des formes de pauvreté, de chômage, d'accès réduit à l'eau ou à la terre.

 

Ce type de discours sur l' « Humain » abstrait n'est guère surprenant chez Correa, dont la formation philosophique n'est en aucun point marxiste, mais héritée d'une certaine « gauche chrétienne sociale », la formation économique issue des universités américaines, keynésiano-libérale.

 

« Nous ne sommes pas anti-capitalistes, nous sommes une gauche moderne ». C'est peut-être l'illusion de certains observateurs de vouloir voir en Correa un « anti-capitaliste », un « socialiste », là où celui-ci se présente ouvertement comme « alter-capitaliste », favorable au « marché ».

 

Correa dans le texte : « Le socialisme du XXI ème siècle défend la suprématie de l'être humain sur le capital (…) une des erreurs du socialisme traditionnel est d'avoir nié le marché. Une chose, c'est le marché gouvernant les sociétés, une autre les sociétés gouvernant le marché : voilà le socialisme du XXI ème siècle, une troisième voie, qui n'accumule pas pour accumuler ».

 

Une domestication du « capital » par la « société », du « marché » pour l' « humain », dénonciation de la chrématistique au nom de la « juste rémunération » du capital et du travail : on est plus dans du St-Thomas d'Aquin que dans Marx !

 

Mais Correa sait être encore plus clair : « Nous ne sommes pas anti-capitalistes, anti-capitalistes, nous sommes pour la justice sociale, la dignité, la souveraineté.

 

Une des erreurs de la gauche dure, c'est d'être anti-capitalistes, contre la propriété privée. Cette erreur, que même Cuba corrige maintenant, c'est d'avoir nié le marché, ni l'espace pour l'économie capitaliste moderne, sans lequel nos économies s'effondreraient ».

 

Comme ne cesse de le répéter Correa, lui se définit comme faisant partie de la « gauche moderne », la « gauche responsable » … une gauche sans révolution ni socialisme, qui s'accomode fort bien du capitalisme mondialisé tant qu'elle y trouve sa place.

 

Un pays sous dépendance, une « révolution en péril » :

Etats-unis, Chine, Union européenne

 

Or, les illusions sur une intégration gagnante de l'Equateur dans la mondialisation commencent à s'effriter avec la crise capitaliste. Depuis 2010, les exportations ont chuté de moitié, la dette repart à la hausse avec un déficit budgétaire qui pour la seconde année consécutive dépasse les 10 %.

 

Un « pays dollarisé », sous dépendance américaine. En dépit des grands discours de Correa, l'Equateur reste un pays sous la coupe des Etats-unis.

 

D'une part, l'Equateur est le plus grand pays à avoir le dollar américain comme monnaie officielle. Concrètement, cela signifie qu'il n'est pas un Etat souverain, sa politique monétaire est fixée depuis Washington, qui profite d'un impôt spécial, « droit de seigneuriage », pour l'émission de ses billets.

 

L'adoption du dollar a des avantages pour certains secteurs – il augmente les revenus de la rente pétrolière, facilite le commerce international – mais d'énormes inconvénients, essentiellement l'impossible compétitivité de l'industrie et l'agriculture équatoriennes, renforçant la voie d'un « capitalisme dépendant », rentier.

 

Les Etats-unis restent par ailleurs le premier partenaire commercial de l'Equateur, dépendant de l'évolution de l'économie américaine : 43 % des exportations sont dirigées vers les Etats-unis !

 

Les surplus générés par l'Equateur – finançant les programmes sociaux – dépendent ainsi de la balance commerciale positive avec les Etats-unis : 1,1 milliard de $ de surplus l'an dernier, compensés par les 460 millions de $ de déficit dans les produits non-pétroliers.

 

Du côté des importations, si les chiffres divergent, les importations viennent encore à 30 % des Etats-unis, loin devant la Colombie (13 %) et la Chine (11 %), en pleine expansion.

 

L'économie équatorienne est donc complètement à la merci des décisions économiques prises à Washington bien plus que du soutien réel apporté par les Etats-unis à divers programmes de déstabilisation en Equateur, de financement de l'opposition, d'émergence d'une « société civile ».

 

On se souvient de la tentative de coup d'Etat en 2010 lancé contre le président Correa. On sait le soutien qu'apportent les diverses officines américaines comme USAID, la NED à divers groupes d'opposition.

 

Récemment, la NED (National endowment for democracy), cette organisation cherchant à déstabiliser les régimes contraires à l'impérialisme américain, a même financé la constitution d'une agence de presse privée destinée à critiquer ouvertement le pouvoir équatorien.

 

Traité de libre-échange avec l'Union européenne, une menace. Mais l'impérialisme américain n'est pas la seule menace pour la « révolution », l'impérialisme européen s'installe en Equateur, par l'entremise de ses multi-nationales (Unilever, ENI, Repsol, Nestlé).

 

Les entreprises françaises ont leur part du gâteau en Equateur. C'est la banque d'affaires Lazard qui a aidé Correa à restructurer sa dette en 2008, récupérant une commission substantielle. C'est aussi Veolia qui gère désormais le réseau d'eau de Guayaquil, au grand dam des militants de terrain.

 

On pourrait citer encore Vinci qui a récupéré le chantier du contrat du métro-tram de Quito, Lafarge premier investisseur dans le pays, sans oublier Alcatel, Hôtel Mercure, Schneider, Sanofi Aventis, Coface, Bic, CGG, Pernod Ricard, Alstom.

 

Certes, les pays européens ne représentent encore que 15 % des exportations du pays et 9 % des importations (la moitié venant d'Allemagne bien sûr), mais cela pourrait changer avec l'adoption du Traité de libre-échange (TLC) avec l'Equateur.

 

Ce traité qui va être adopté au cours de l'année suivrait la voie entreprise par les pays néo-libéraux, soumis aux Etats-unis, que sont la Colombie et le Pérou, après avoir longtemps affirmé qu'il refuserait de signer un tel traité.

 

Ce traité ouvrirait complètement l'Equateur aux investissements et aux produits européens, un marché juteux surtout dans l'agro-alimentaire, tandis que l'agriculture locale, les communautés paysannes seraient mises en péril.

 

Une dépendance chinoise de plus en plus forte. Enfin, dernier point et non le moins inquiétant, l'Equateur a pu sortir de la crise de la dette en 2006, s'intégrer dans la mondialisation capitaliste, par une collaboration accrue avec la Chine.

 

Concrètement, le deal avec la Chine est désormais le suivant : une livraison toujours accrue de pétrole brut à la Chine en échange de prêts (à intérêt) finançant le développement d'infrastructures pétrolières ou hydro-électriques ainsi que le déficit public équatorien.

 

Ainsi, pour 2013, la Chine a accepté de financer à hauteur de 60 % le déficit équatorien, accordant un nouveau prêt de 3 milliards de $, le septième en cinq ans. Désormais, la majorité de la dette publique équatorienne est détenue par des fonds chinois

 

Depuis 2009, la Chine bénéficie donc de la livraison de près de 10 millions de barrils par mois venant d'Equateur, sur les 15 millions qu'il extrait officiellement. Les nouveaux prêts risquent de faire gonfler la facture, on parle de 90 % du pétrole équatorien vers la Chine d'ici 2016, ce qui explique la nécessité pour Correa de passer en force dans l'exploitation du pétrole en Amazonie.

 

Pour la Chine, ce jeu est gagnant à coup sûr, non seulement elle se garantit une source pérenne de pétrole – par l'endettement – mais aussi elle se contente pour l'instant de revendre le pétrole équatorien, réalisant un bénéfice commercial net.

 

La Chine a obtenu également la co-propriété de méga-projets d'infrastructure tel ce projet de raffinerie en Equateur dans lequel le pays asiatique envisage d'injecter 10 milliards de $.

 

Gagnante, la Chine l'est également par les importations massives de produits manufacturés chinois en échange du développement de l'Equateur. Le déficit commercial en produits non-pétroliers atteint désormais les 700 millions de $ avec la Chine.

 

Entre 2008 et 2013, les importations chinoises ont été multipliées par dix, passant de 360 millions de $ à 3 milliards de $.

 

Si l'Equateur a pu ainsi se relever après l'effondrement de 2000, la « faillite contrôlée » de 2006, de la dépendance uni-latérale envers les Etats-unis, le FMI, c'est aujourd'hui au prix d'une dépendance multi-latérale envers les Etats-unis, l'UE et surtout la Chine.

 

L'Union pour la « révolution » équatorienne est un combat !

 

En dépit de ses limites patentes, de ses illusions – parfois plus projetés par les acteurs européens que par les protagonistes de la « révolution » – le processus révolutionnaire entamé par Correa en 2006 a été un progrès pour le peuple équatorien, elle a aussi posé la question de l'alternative.

 

Suivant en cela l'analyse de nos camarades équatoriens – alliés critiques du processus depuis 2006 – la « révolution » nécessite désormais d'être vraiment commencée, dépassant ses illusions bourgeoises, capitalistes, pensant la transition au socialisme.

 

Il y a de quoi être critique aussi sur l'absence de direction collective révolutionnaire, le personnalisme (caudillisme) de Correa, son mépris pour ses alliés quand ils émettent une critique, qualifiant alors de « gauche infantile » ceux qui ne reconnaissent pas l' « économie de marché ».

 

L'infiltration de l'appareil d'Etat par des « révolutionnaires du lendemain », bureaucrates d'hier, le partage du butin pétrolier par une multitude d'acteurs publics et privés, peut rendre pessimiste. Tout comme les alliances avec les partis de centre-droit, déjà expérimentés au niveau local, évoquées par Correa pour les prochaines élections.

 

 

Toutefois, il existe une alternative. Comme au Vénézuela, avec le parti communiste, avec les communautés paysannes, indigènes, les secteurs ouvriers et populaires, l'approfondissement de la révolution, avec un réel contenu révolutionnaire et socialiste : c'est le défi de la « Révolution citoyenne ».

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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 05:36

d5470-cartaz-marcha-763510En Colombie, 30 militants de la « Marcha Patriotica », opposition de gauche, assassinés depuis 2012 … qui en parle ?

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Les médias occidentaux ont l'émotion sélective. Pendant que les émeutes violentes au Venezuela contre le gouvernement ont fait une dizaine de morts, le silence est total sur le massacre méthodique par le gouvernement colombien de l'opposition de gauche.

 

30 assassinats politiques ciblés depuis avril 2012, date de la création du mouvement politique et social de la « Marcha patriotica », réunissant sur initiative notamment du Parti communiste, partis de gauche, associations de paysans, d'autochtones.

 

Un véritable génocide politique. Selon l'ancienne sénatrice, figure de la paix en Colombie, Piedad Cordoba, au moins 15 leaders paysans et indigènes ont été assassinés par des agents de l'Escadron mobile anti-émeutes (ESMAD) de la Police nationale colombienne.

 

30 militants syndicaux et politiques assassinés depuis la création de la « Marcha patriotica »

 

Cinq autres sont morts lors d'affrontements avec l'ESMAD pendant la révolte agraire de 2013, enfin cinq autres sont tombés sous les balles de l'Armée colombienne. La quasi-totalité des victimes sont des leaders syndicaux et politiques du mouvement paysan, le dernier le 27 janvier 2014.

 

Selon Piedad Cordoba, c'est l'hypocrisie du gouvernement colombien, qui prétend entamer un processus de paix avec les FARC qui est en cause : « d'un côté ils parlent de la paix, de l'autre ils stigmatisent, persécutent et marquent ceux qui posent et cherchent à résoudre la question sociale ».

 

L'ex-sénatrice fait référence notamment aux déclarations du Ministre de la Défense, et de hauts gradés de l'Armée, stigmatisant la « Marcha patriotica » comme une simple vitrine politique légale des FARC.

 

Le spectre du génocide politique de l'Union patriotique : 6 000 militants assassinés dans les années 1980

 

Face à l'hécatombe sociale, Piedad Cordoba questionne : « est-on au début d'un nouveau génocide semblable à celui de l'Union patriotique (UP) ? ».

 

En 1986, les FARC avaient en effet décidé de poser les armes et de former un mouvement politique démocratique, l'Union patriotique. En quelques années, 6 000 militants, cadres, élus de ce mouvement étaient liquidés par les milices para-militaires liées au gouvernement.

 

Ces assassinats politiques se couplent à des menaces contre des dirigeants politiques nationaux. Des menaces de mort exprimées le 2 février dernier par un des groupe para-militaires les plus puissants lié au trafic de drogue (« los rastrojos ») contre 21 dirigeants de la Marcha patriotica.

 

Selon le groupe para-militaire, ils auraient reçu ordre et promesse d'une récompense de 50 millions de $ pour l'assassinat des dirigeants communistes Aida Abella, Carlos Lozano et Jaime Caycedo.

 

Ils auraient également reçu la promesse d'une prime de 35 millions de $ d'autres personnalités politiques de gauche, dont Piedad Cordoba justement.

 

La sénatrice communiste Gloria Inés Ramirez dénonce « une campagne de McCarthysation de la Marche patriotique, l'accusant de liens avec les FARC, orchestrée dans les hautes sphères gouvernementales, visant à tirer dans le dos de la paix ».

 

La Colombie, enfer des militants syndicaux et des défenseurs des droits de l'Homme

 

Elle a rappelé également que la Marcha patriotica est victime également des intimidations gouvernementales, 200 personnes sont actuellement arrêtées et poursuivies en justice pour lien supposé avec les FARC,parmi lesquels Huber Ballesteros leader paysan de la CUT et Francisco Toloza, dirigeant de la Marcha patriotica, dont nous avions relayé l'appel de solidarité.

 

Il faut savoir que la Colombie est le lieu le plus dangereux au monde pour les militants syndicaux et les défenseurs des droits de l'Homme. Pour la seule année 2013, au moins 110 militants syndicaux et 60 défenseurs des droits de l'Homme ont été assassinés en Colombie.

 

La Colombie est de très loin le pays le plus dangereux pour les militants syndicaux : deux syndicalistes sur trois assassinés dans le monde le sont sur ces terres.

 

 

Pourquoi personne ne s'émeut du massacre social en Colombie ? Pourquoi une telle indignation sélective ? Ne cédons pas à la désinformation massive sur le Venezuela et exprimons notre solidarité avec nos camarades qui tombent sous les balles des milices para-militaires, complices d'un gouvernement criminel présenté comme « démocratique » !

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