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24 décembre 2014 3 24 /12 /décembre /2014 06:33

ad5950af-6214-43ac-a00c-954c0d868d96-620x372.jpegDans l'atelier chinois du Père Noël : enquête dans la ville aux 600 usines qui produit la majorité des décorations de Noël

 

Traduction JC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/



Le toujours intéressant journal britannique « The Guardian » propose cette semaine une enquête dans le « village de Noel », Yiwou en Chine (plus d'1 million d'habitants) où il n'y a ni neige ni lutins, juste 600 usines qui produisent 60 % des décorations du monde.



Il y a du rouge au plafond et du rouge sur le sol, du rouge qui dégouline des rebords de fenêtre et des globules rouges éclaboussés sur le murs. C'est comme si on avait laissé l'artiste Anish Kappor en toute liberté avec son canon à peinture. Mais c'est, en réalité, ce à quoi ressemble vraiment Noël ; nous voici au cœur de l'atelier du Père Noël – à des milliers de kilomètres du Pôle Nord, dans la ville chinoise de Yiwou.



9c6004c5-6972-40d9-85e5-4bc17b79d71b-620x372.jpegLa mythologie de Noël laisse notre imagination produire ce rêve d'un Noël fait de lutins aux joues roses travaillant dur dans une cabane en rondins enneigée, au fin fond du Cercle Arctique. Mais on n'en est loin. La vérité, c'est que la plupart des boules de Noël, des guirlandes, des ampoules dont vous avez orné généreusement votre maison viennent de Yiwou, à 300 km de Shanghai – où il n'y a ni sapin (réel) ni flocons de neige (naturels) à portée de vue.



Le « village chinois de Noel », Yiwou abrite 600 usines qui produisent collectivement, à la chaîne, plus de 60 % de l'ensemble des décorations et accessoires de Noël, des arbres éclairés à la fibre optique jusqu'aux bonnets du Père Noël. Les « lutins » qui occupent ces usines sont principalement des travailleurs migrants, travaillant 12 heures par jour, pour un maximum de 250 à 400 € par mois – et il s’avère qu'ils ne sont pas tout à fait sûrs de savoir ce que Noël est en réalité.



« Peut-être que c'est l'équivalent du Nouvel an Chinois pour les étrangers », affirme Wei, 19 ans, un travailleur qui est venu à Yiwou après avoir quitté la province rurale de Guiznhou cette année, et qui se confie à l'agence de presse chinoise Sina.



7f6ad3f1-37a7-4d04-9980-9ff4e4b83753-620x372.jpegAvec son père, il travaille de longues heures dans une antre toute rouge, prenant des flocons de neige en polystyrène, les plongeant dans un bain de colle, puis les glissant dans une machine qui leur administre une couche de peinture jusqu'à ce qu'ils deviennent rouge – et ils en font 5 000 chaque jour.



Dans le processus, les deux finissent par être, de la tête aux pieds, couvert d'une fine poudre rougie. Son père porte un bonnet de père Noël (non dans un esprit de fête, dit-il, mais pour éviter que ses cheveux ne deviennent rouge) et les deux se couvrent d'au moins 10 masques faciaux par jour, essayant de ne pas respirer cette poussière.



C'est un travail fatiguant et ils ne le feront probablement pas l'année prochaine : une fois qu'ils auront acquis suffisamment d'argent pour que Wei puisse se marier, ils envisagent de revenir à Guizhou et espèrent ne jamais revoir un bac empli de cette poudre rouge.



15641947348_6e2d7f9772_o-620x372.jpegEmballés dans des sacs plastique, leur flocons rouges étincelants pendent à côté de tout un tas de décorations festives, dans toute la ville, pour le Marché international de Yiwou, autrement dit la Ville marchande de Chine (China commodity city), 4 millions de 2 m2 d'un monde féerique tout en babioles de plastique.



C'est un paradis du bazar à bon marché, une foire tentaculaire de tout ce que le monde n'a pas besoin et peut toutefois, dans certains moments d’irrationalité, se sentir contraints d'acheter.



Il y a des rues dans ce complexe dédaléen consacrées aux fleurs artificielles et au jouets increvables, ensuite ce sont les parapluies et les anoraks, les seaux et les horloges en plastique.



Un monument à plusieurs étages, plein à craquer, dédié à la consommation mondiale, comme si le contenu de toutes les décharges du monde entier avaient été exhumées, rassemblées et méticuleusement rangées dans 62 000 stands.



Le complexe a été déclaré par l'ONU le « plus grand marché de biens de consommation au monde » et l'ampleur de l'opération nécessite une sorte de plan urbain, avec ce festival commercial organisé dans 5 différents districts. Le 2ème district est celui de Noël.



Des couloirs entiers où on ne trouve rien d'autre que des guirlandes, des rues rythmées par les lumières des ampoules LED, des chaussettes de Noël de toutes les tailles, des arbres de plastique bleus et jaune, et même rose fluo, des cônes en plastique pour les sapins, tout d'or et d'argent vêtus.



Certains semblent juste perdus ici en Chine : il y a des moutons sur les bonnets de Noël et des caribous brodés en tartan, et bien sûr beaucoup de ces inexplicables produits de base, pour les Chinois, comme le père Noël jouant du saxophone.



Cela a tout l'air d'une abondance merveilleuse, mais les jours heureux du marché semblent derrière eux : ils perdent du terrain face aux géants d'Internet, tels Alibaba et Made in China.



Sur Alibaba, vous pouvez commander 1,4 million de décorations différentes de Noël, qu'on peut vous livrer chez vous, juste en cliquant sur un bouton. Le marché de Yiwou, à titre de comparaison, ne stocke que 400 000 produits.



Visant le marché du bas-de-gamme, les ventes de Yiwou ont augmenté pendant la récession, alors que le monde visait des festivités à moindre coût, mais les ventes internationales sont à la baisse cette année.



Toutefois, selon Cai Qingliang, vice-président de l'Association de l'industrie des produits de Noël de Yiwou, la demande locale ne cesse de croître, alors que la Chine accueille le festival annuel de Mammon. Le père Noël, d'après The Economist, est désormais plus connu à la plupart des Chinois que Jésus.



Les rayonnants VRP du marché de Yiwou ne peuvent guère pouvoir être plus heureux qu'avec leur condamnation à vie à subir cette éternelle période de Noël.



Selon Cheng Yaping, co-fondateur de l'Atelier de Boyang, qui gère un stand décoré comme un pays de merveilles hivernal miniature : « M’asseoir ici chaque jour, pouvoir admirer ses magnifiques décorations, c'est vraiment formidable pour votre moral ».



Il est toutefois fort peu probable que ceux qui se trouvent de l'autre côté de la chaîne de production, condamnés à plonger des flocons de neige dans le rouge des ateliers, afin que nous puissions les faire passer à la caisse pour 1 €, soient du même avis.

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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 06:14

HK-manif.jpgLa CES (Confédération européenne des syndicats) comdamne la Chine sur Hong-Kong.

 

Pourquoi ne condamne-t-elle pas l'Europe du capital ?



Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/



En pleine crise de l'UE du capital, la CES (Confédération européenne des syndicats) frappe par sa couardise ici : aucune convergence des luttes, une critique absente de cette Europe de l'argent. La CES réserve sa témérité pour critiquer les vrais ennemis des peuples européens : la Russie, la Chine, autrement dit les rivaux du capitalisme européen.



La CES vient d'émettre une déclaration sur les événements à Hong-Kong. Nous vous la communiquons avant de la commenter :



« La Confédération européenne des syndicats (CES) s’est jointe aujourd’hui à la Confédération des syndicats de Hong Kong (HKCTU) pour exiger démocratie et justice sociale.



Elle condamne le gouvernement chinois pour avoir rompu son engagement inscrit dans la déclaration commune sino-britannique de 1984 à développer la démocratie à Hong Kong après la rétrocession du territoire à la Chine. En 2007, le Congrès national du peuple chinois (CNP) avait également adopté une résolution convenant que le Chef de l’exécutif de Hong Kong serait élu au suffrage universel en 2017.



En dépit de ces engagements, et contrairement à la volonté du peuple de Hong Kong, le gouvernement chinois a maintenant l’intention de remanier arbitrairement le processus électoral en imposant un comité de nominations politiquement contrôlé et en instaurant des tests biaisés portant sur la loyauté des candidats aux élections prévues en 2017.



La Secrétaire générale de la CES, Bernadette Ségol, a déclaré :« Les agissements des autorités chinoises soulèvent de sérieuses questions de confiance. Elles ont rompu leur promesse de donner au peuple de Hong Kong la possibilité d’élire démocratiquement le Chef de leur exécutif au suffrage universel. Pouvons-nous leur faire confiance pour qu’elles jouent franc-jeu dans leurs relations avec l’Union européenne ? Il faut assurément que l’Europe rejette leur exigence de statut d’économie de marché. »



« Démocratie », « justice sociale » : pourquoi la CES est muette sur leur état désastreux en Europe ?



Cette intervention de la CES emmène beaucoup de questions. La première, sur l'exigence de « démocratie et de justice sociale ». La CES ne peut peser que sur l'Union europénne qui est l'organisation qui bafoue la « démocratie » et la « justice sociale » quotidiennement en Europe.



Que dit la CES sur la démocratie en Europe ? On se souvient qu'en 2005, la CES elle avait soutenu – par la voix de son secrétaire d'alors, le baron John Monks – l'anti-démocratique Constitution européenne. Elle n'a rien trouvé à redire quand le gouvernement français, comme celui irlandais, commeles autorités européennes ont bafoué le vote des peuples.



La CES n'a pas non plus élevé la voix quand les autorités européennes ont imposé contre la volonté des peuples leurs dirigeants amis des banquiers en Grèce ou en Italie, avec l'ancien commissaire européen Mario Monti, pour faire passer la pire politique d'austérité.



Que dit la CES sur la justice sociale en Europe ? Lisons ses trois dernières interventions : encourager M.Juncker à « réaliser son plan ambitieux pour la croissance et l'emploi », saluer les intentions de M.Draghi pour relancer la croissance, soulever l'espoir que le Traité de libre-échange trans-atlantique (NAFTA) ait un contenu populaire.



Une ode à l'Europe actuelle de la finance et ses dirigeants adeptes de la politique d'austérité !



Pourquoi la CES organise les manifestations à Hong-Kong contre la Chine, et pas à Paris, Berlin, Londres contre la politique du capital européen ?



Pourquoi la CES n'est pas là pour faire converger les manifs, les luttes en Europe ? La CES est prêt à monter sur les barricades en Ukraine, à Hong-Kong … partout où l'Union européenne est sur le front idéologique et politique de lutte contre ses impérialismes rivaux.



Par contre, en Europe, les luttes se multiplient, souvent dans les mêmes secteurs – transports, éducation, santé, sidérurgie, ports. Jamais la CES ne contribue à la convergence des luttes, à identifier dans la politique de l'UE actuelle un ennemi commun à combattre.



Le cas des luttes dans les transports au printemps en Allemagne, Belgique, France, Portugal ou en Suède qui n'ont pas trouvé de débouchés, d'instrument de coordination européen, en est le symptôme patent.



Sur la Chine, la CES est indifférente aux conditions de travail des ouvriers chinois dans une situation contradictoire



Revenons au cœur du grief de la CES : la dénonciation de la politique de la Chine, tout comme la CES a déjà publié des déclarations audacieuses pour condamner l'ingérence extérieure russe en Ukraine, ou soutenir les sanctions européennes contre la Biélorussie, alliée de la Russie.



On le voit, les attaques ne concernent qu'une cible : les rivaux internationaux de l'impérialisme européen, les puissances émergentes russes ou chinoises. Rien ou si peu récemment sur les pays qui bafouent la « démocratie et la justice sociale » quand ils sont nos alliés.



Ainsi, les luttes récentes très dures de la classe ouvrière en Corée du sud contre un pouvoir autoritaire, contre le despotisme patronal, n'ont pas trouvé le même écho au sein de la CES.



Surtout, le soutien de la CES aux « indignés de Hong-Kong », à la « révolution colorée » se fait sur tout .. ce qui ne concerne pas le monde du travail, qui devrait être le premier souci de la CES. On parle de non-respect des règles électorales, de procédures démocratiques, des conditions de l'autonomie. Jamais de démocratie à l'entreprise, de conditions de travail, de sécurité sociale.



Or, c'est sur ces points que la CES pourrait intervenir sur la situation en Chine. L' « atelier du monde » chinois est là les multi-nationales européennes profitent d'une main d'oeuvre peu onéreuse pour la sur-exploiter avec des horaires, des cadences, des salaires souvent peu dignes.



La situation est très contradictoire. D'un côté, la Chine est dans le même lot que ces autres pays comme l'Indonésie, le Bangladesh, le Vietnam, la Thailande qui offre des conditions salariales, de travail, syndicales très avantageuses pour le patronat.



De l'autre, comme le soulignent certains experts de l'OIT ainsi que le révèle le récit des luttes sociales en Chine (comme au Vietnam), la situation est différente par rapport à l'Indonésie ou le Bangladesh, plus favorables dans la pratique aux luttes sociales des travailleurs. Ce, en vertu de l'histoire, de la situation politique, du niveau de conscience propres à la Chine et au Vietnam.



Les syndicats gouvernementaux jouent un rôle ambivalent, reflet de la politique générale de l'Etat chinois. D'un côté, défendre les investissements étrangers attirés par la maximisation de leurs profits. De l'autre, défendre certains droits à la Sécurité sociale, la hausse des salaires, voire même une forme de défense syndicale autonome dans l'entreprise.



Résultat,de plus en plus souvent dans les luttes sociales, les forces représentant l'Etat chinois sont perçues comme un rempart pour les ouvriers chinois face aux milices privées patronales. Face aux syndicats officiels, les ouvriers sont tiraillés entre adhésion et défiance, selon les cas.



Aujourd'hui, le salaire des ouvriers chinois augmente, lentement mais sûrement, leurs conditions de travail, d'accès à la Sécurité sociale progressent. Ironie de l'histoire, aujourd'hui un ouvrier chinois est mieux payé qu'un ouvrier mexicain ou ukrainien … pays qui ont subi de plein fouet le capitalisme occidental, le Traité de libre-échange nord-américain pour l'un (ALENA), le renversement du communisme pour l'autre !



La situation est extrêmement difficile à démêler, assurément, tout comme l'évaluation de l'ensemble du processus chinois (« restauration du capitalisme », « voie originale vers le socialisme », « processus contradictoire » ...).



Pourquoi la CES ne défend pas la « démocratie à l'entreprise » face au « despotisme patronal » des multi-nationales ?



Au lieu de soutenir des revendications démocratiques liés à des agendas peu clairs, la CES devrait défendre la « démocratie à l'entreprise » contre le « despotisme patronal » imposé par les multi-nationales européennes, américaines ou sud-coréennes.



La HKCTU (Confédération des syndicats de Hong-Kong) qui organise les « manifestations démocratiques » contre le pouvoir chinois s'est fondée dans les années 1990 sur la base des syndicats de cadres, cols blancs, au moment où la Grande-Bretagne cédait le territoire à la Chine.



Elle est liée au « Parti démocrate » (démocrate-libéral, pro-capitaliste, comparable à son homonyme américain), et son cheval de bataille est le combat pour les « libertés démocratiques » (à l'occidentale) en Chine, notamment le multi-partisme, le pluralisme syndical, qui éroderait le système socialise chinois et la direction du Parti communiste.



C'est peu dire que cet agenda trouve de nombreuses convergences avec celui des impérialismes occidentaux. Ce n'est pas tout à fait un hasard qu'autant de drapeaux britanniques, d'anciens drapeaux de l'Hong-kong coloniale avec Union Kack aient fleuri dans les cortèges.



Le seul outil qu'aurait la CES pour peser : dénoncer la politique des multi-nationales européennes qui sont les acteurs de cette négation de ces droits démocratiques et syndicaux. Ce serait aussi dénoncer l'Union européenne qui n'y trouve rien à redire dans ses accords commerciaux au nom de la « liberté de commerce ».



« Que l'UE retire à la Chine le statut d'économie de marché », la CES se dévoile comme la voix du capitalisme européen !



Au lieu de cela, que réclame la CES face à une Chine qui ne joue « pas franc-jeu avec l'UE » (le Chinois est fourbe, naturellement) ? « Il faut assurément que l’Europe rejette leur exigence de statut d’économie de marché. », selon la secrétaire de la CES Bernadette Ségol.



On croît rêver ! Il faut que l'Union européenne adopte des sanctions envers la Chine. La première doit être symbolique, retirer à la Chine communiste la prétention à « être reconnu comme une économie de marché ».



Au moins, la proposition de la CES a le mérite d'être clair. Non seulement elle se fiche des droits syndicaux, des conditions de travail des ouvriers chinois, mais la « démocratie et la justice sociale » sont aussi le cadet de ses soucis. Seule l'économie de marché, nom de code pour capitalisme, compte.



Puisqu'en Chine, la liberté de commerce, la liberté de circulation des travailleurs, la liberté de choisir ses maîtres tous les 3 ou 6 ans – comme disaient Rousseau ou Marx – est bafouée, alors il faut lui ôter le droit d'être reconnu comme « une économie de marché » !



La CES se révèle telle quelle. Cette organisation, d'après ses objectifs (sur son site internet), se fixe comme objectifs : défendre « l'Europe sociale », d'exporter le « modèle social européen », de promouvoir l' « intégration européenne », de favoriser la « libre circulation des travailleurs en Europe ». Tout pour l'Europe du capital, rien pour les peuples et les travailleurs.



Sur l'histoire de la CES : une machine de guerre anti-communiste, de collaboration de classe au service de l'impérialisme européen



La CES a été une machine de guerre d'abord du bloc américain et ouest-européen dans la guerre froide contre le bloc communiste (soviétique et chinois). Elle le reste.



La CES a été fondée en 1973 avec l'entrée des syndicats démocrates-chrétiens dans ce qui était la branche européenne de la CISL (Confédération internationale des syndicats libres), ces syndicats qui ont rompu avec la FSM (Fédération syndicale mondiale) communiste, avec l'appui de la CIA, pour créer un syndicalisme atlantiste, européiste, pro-patronal.



Parmi ces syndicats alors, la DGB allemande, le TUC anglais, l'UIL italienne et FO en France. Encore aujourd'hui, sur les 85 syndicats membres de la CES, une immense majorité sont démocrates-chrétiens, libéraux, sociaux-démocrates, anti-communistes.



La CES a été l'alibi syndical de la construction de l'UE du capital, elle s'est developpée en parallèle à l'intégration européenne : comité de coordination avec la CECA en 1951, secrétariat européen avec la CEE en 1957, et après 1992 elle devient pleinement une structure fédérale.



Depuis les années 1970, elle est la machine à (dés-)intégrer les ex-syndicats de lutte pour les transformer en « partenaires sociaux » dociles au patronat : la CGIL italienne l'a intégré en 1974, les CC.OO espagnoles en 1988, la CGT en 2000. Leur adhésion à la CES a marqué leur adhésion à un syndicalisme de compromis, de co-gestion, d'abandon de la lutte de classes.



Que la CGT ait émis un communiqué de soutien – dans des termes analogues à ceux de la CES – aux manifestations de Hong-Kong est révélateur et inquiétant. Sans recul critique, analyse des contradictions en Chine, prudence à l'ère du choc entre impérialismes rivaux.



La CES aujourd'hui sonne le clairon de la guerre contre la Chine, la Russie au nom de la « liberté » (de commerce, de circulation, d'élection), de l' « économie de marché » (donc du capitalisme). Mais elle agite le drapeau blanc de la paix sociale, celui jaune de la collaboration de classe en Europe louant la politique de Juncker, Draghi et le pacte trans-atlantique !



La CES a choisi son camp dans la guerre impérialiste à venir. Pour les peuples, il ne s'agit pas de choisir un impérialisme ou un autre, mais de combattre SON impérialisme, celui français, européen et de reprendre le mot d'ordre de Lénine : transformons la guerre impérialiste entre les peuples qu'on nous propose en guerre civile des classes opprimée contre les oppresseurs !

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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 06:17

13870761235_a0b9e04cb5_o.jpgGrève massive en Chine : 40 000 ouvriers paralysent la plus grande usine de chaussures au monde, fournisseur d'Adidas et Nike

 

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Qui a dit que rien ne bougeait en Chine ? Depuis plusieurs mois une vague de grèves remet en cause la toute-puissance des multi-nationales, rendue possible par la connivence du gouvernement, et permet d'arracher certains droits, certaines revalorisations salariales.

 

Ce mercredi 16 avril, on attaque le troisième jour de grève dans les usines du groupe taiwanais « Yue Yuen » à Dongguan, dans la province de Guangdong, dans le sud-ouest de la Chine, aux portes de Hong-Kong.

 

Ce sont d'abord 10 000 salariés le lundi, puis plus de 40 000 ouvriers répartis sur les six sites du groupe qui ont arrêté le travail, dans ce qui constitue peut-être la plus grande grève de ces dernières années sur le territoire chinois.

 

La grève s'est accompagnée de sit-in, de manifestations aux abords des sites de production, la principale mobilisant lundi plusieurs milliers de salariés. La police a alors répondu par un assaut, et l'incarcération de ceux qui portaient des banderoles et pancartes de protestation.

 

Les ouvriers de « Yue Yuen » avaient déjà lancé une journée de grève le 5 avril dernier. Ils exigent le paiement d'arriérés de cotisations sociales patronales et donc de prestations sociales, ainsi que les subventions-logement auxquels ils ont droit selon la loi chinoise.

 

Or, l'entreprise taiwanaiseet les autorités publiques chinoises – locales ou nationales – se sont entendues pour dissimuler à une partie des travailleurs migrants leur droit à l'adhésion à un système de sécurité sociale, tandis que la majorité a bénéficié de taux de cotisations sensiblement inférieurs à la norme, profitant de l'opacité du système de protection sociale.

 

Le scandale a éclaté lorsqu'un salarié de l'entreprise, après 18 ans de service dans la boîte, s'est retrouvé avec une pension d'un niveau ridiculement bas. Selon certaines estimations, l'entreprise aurait en moyenne évité de payer les cotisations dues de 20 € (200 yuan) par mois depuis deux décennies.

 

« Yue Yuen » n'est pas n'importe quelle entreprise, elle se définit elle-même comme le « plus grand producteur de chaussures » du monde avec 300 millions d'unités à l'année, l'entreprise étant le fournisseur privilégié d'Adidas, Nike, Reebok, Asics, Converse ou encore Timberland.

 

Le principal site se trouve en Chine, mais l'entreprise a également d'autres lieux de production, Indonésie, Vietnam et même Mexique.

 

Des grèves dans tous les secteurs en Chine …

la classe ouvrière s'organise, les multi-nationales contraintes de reculer !

 

Il serait fastidieux de citer tous les cas de mouvements de grèves qui ont touché la Chine ces derniers mois. Selon le China Labour Bulletin, la Chine aurait connu 1 171 grèves entre juin 2011 et décembre 2013.

 

Sur les trois premiers mois de 2014, on compte déjà 202 mouvements de grève, 31 % de plus que l'an passé, dont 119 pour le seul mois de mars.

 

Des grèves concentrées pour 40 % dans l'industrie, et à plus de 60 % dans la province de Guangdong (Canton), où se trouve notamment la Zone économique spéciale (ZES) de Shenzhen. Les secteurs des transports, de la santé et de l'éducation ont également été touchés.

 

Parmi les entreprises concernées durant ces derniers mois par ces mobilisations, on retrouve quelques-unes des principales multi-nationales : Samsung, IBM, Wal-Mart, Nokia.

 

Dans ces mouvements de grève qui ont impliqué à chaque fois plusieurs milliers de travailleurs, on trouve les mêmes revendications : hausse des salaires mais aussi bataille pour les droits à la Sécurité sociale, le paiement des arriérés, pour garder les emplois, pour faire respecter leurs droits.

 

Toujours, selon le China Labour Bulletin, un tiers des grèves dans le secteur industriel ont trait au paiement d'arriérés de salaire, un quart au maintien d'emplois et à l'obtention d'indemnités en cas de plan social – ce qui révèle l'ampleur du phénomène de fermeture/relocalisation d'usines en Chine – et moins d'un dixième portent spécifiquement sur des hausses de salaire.

 

Des mouvements de grève avaient déjà frappé le secteur du textile, de la production de chaussures avec le mouvement dans l'usine de Ciyu, dans la ville de Shenzhen.

 

Ciyu fournit les marques américaines New Balance et Crocs. Lors d'un changement de donneur d'ordres, le salaire des ouvriers avait été brusquement divisé par deux en mars – passant de 600 à 300 $ – provoquant une grève de trois jours pour réclamer le maintien des salaires.

 

Les ouvriers sont soumis à des procédures d'intimidation, de division entre les salariés comme chez Wal-Mart qui a prévu de supprimer 20 de ses grands magasins en Chine, dont celui de Changde (province de Hunan, au sud-est du pays) occupé depuis un mois par une centaine de salariés.

 

A l'annonce du plan de licenciement le 4 mars, la direction laisse deux semaines aux salariés pour accepter le plan avec proposition de « mutation interne » sachant qu'il n'y a aucun Wal-Mart à moins de 150 km. Une proposition bien entendue refusée par les salariés.

 

Dès lors, la direction tente de déloger par la force les occupants, propose à certains de les acheter en leur proposant des primes de licenciement, mais les travailleurs tiennent bon unis derrière une structure syndicale forte.

 

La lutte a payé, elle a déjà fait reculer les multi-nationales. Ce fut le cas chez Samsung, réputée pour ses pratiques anti-syndicales.

 

Une grève a commencé le 27 mars, touchant d'abord les chaînes d'assemblage où les ouvriers sont soumis à des cadences inhumaines (4 secondes pour assembler un portable, 10 h par jour, 6 jours sur 7), elle s'est étendue à tous les départements après l'annonce de la décision de l'entreprise sud-coréenne de déduire les cotisations sociales patronales du salaire des travailleurs.

 

Finalement, face à l'ampleur d'un mouvement qui a uni les 5 000 salariés du site de Dongguan, toujours dans la province de Guangdong, la direction a reculé, acceptant de doubler les primes, de majorer le taux salarial des heures supplémentaires. Une victoire symbolique forte.

 

La Chine populaire … devenue paradis des milliardaires !

 

Pas facile de s'organiser dans un pays dirigé par un Parti communiste censé représenter les intérêts des ouvriers, des paysans, des salariés mais de plus en plus au service des grandes fortunes chinoises, et des multi-nationales.

 

La Chine est le pays où le développement des millionnaires et milliardaires est le plus spectaculaire. En dix ans, la Chine a vu son nombre de millionnaires multiplié par sept, passant de 147 000 en 2002 à 858 000 en 2012.

 

Le pays a vu son nombre de milliardaires doubler en deux ans, de 2010 à 2012, passant de 189 à 356, selon le classement chinois Hurun. La Chine est désormais le deuxième pays pour son nombre de milliardaires derrière les Etats-unis.

 

Plus frappant, le Congrès du peuple compte désormais 83 milliardaires, qui totalisent une fortune globale de 100 milliards de $, soit 15 fois plus que tous les membres du Congrès américain réunis !

 

Des milliardaires évidemment encartés au Parti communiste, tout comme un tiers des millionnaires qui ont leur carte au « parti des ouvriers et des paysans », au parti héritier de Mao.

 

Un tableau troublant, hélas confirmé par la répartition de la valeur ajoutée entre capital et travail, de plus en plus favorable au premier.

 

La part dévolue aux salaires est passée de 53 % en 1980 à 42 % en 2007, même si la courbe est depuis légèrement revenue à la hausse, effet des luttes menées par les travailleurs chinois essentiellement.

 

La Chine se caractérise également par des inégalités croissantes, entre riches et pauvres, espaces urbains et campagnes, capital et travail.

 

Même si la persistance d'une partie de l'héritage communiste, notamment certains filets de protection sociale, permet de les atténuer par rapport à certains autres pays dits « émergents », inscrits dans la trajectoire d'un système capitaliste permanent.

 

Ainsi, si ces grèves sont souvent déclenchées par le non-respect de la loi par ces entreprises, le paiement d'arriérés de cotisations sociales, la bataille pour des droits sociaux au logement ou à la santé, c'est souvent que ces droits existent en Chine, même si ils tombent en déshérence.

 

Les salaires qui sont l'objet d'âpres luttes entre employeurs et salariés se chiffrent souvent entre 200 et 600 $, là où au Bangladesh ou en Indonésie, les salaires tournent généralement autour du seuil de pauvreté absolue, soit 1 ou 2 $ par jour.

 

Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons qu'exprimer notre solidarité avec la lutte des ouvriers chinois dans l' « atelier du monde » : ce sont les chaussures qu'ils fabriquent que nous portons, à nous de les soutenir pour qu'ils obtiennent la juste rémunération de leur travail !

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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 07:29

mao-49.jpgMao Tsé-Tsoung aurait 120 ans : une analyse critique de la pensée et l'action d'une figure révolutionnaire du XX ème siècle



Cette fin d'année 2013 marquait le 120 ème anniversaire de la naissance d'un révolutionnaire controversé. Le journaliste britannique Ben Chacko, envoyé spécial du Morning Star en Chine, propose une analyse équilibrée de son héritage.



Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Ce mois-ci, à Shenzhen, une statue en or, jade, et matières précieuses de 50 kilos de Mao Tsé-Tsoung a été érigée pour célébrer le 120 ème anniversaire du révolutionnaire chinois, qui tombait le 26 décembre.



Une statue en or de Mao à Shenzhen, la ville-modèle de la conversion de la Chine à l'économie de marché !



Cet hommage semble plutôt ironique. Le farouchement égalitaire Mao aurait-il apprécié d'être sculpté dans de tels matériaux?



Est-ce que Shenzhen – la première « zone économique spéciale » en Chine, bordant l'ancienne enclave britannique de Hong Kong, et lieu où le flirt controversé du Parti communiste chinois avec l'économie de marché commença – est un site approprié pour rendre hommage à un homme qui a mené une sanglante révolution culturelle contre les supposés « compagnons de route capitalistes » ?



Pourtant c'était bien un hommage qu'on lui rendait, en dépit des jugements de ceux qui comme celui qui fut un temps mon professeur à l'université, le Dr Rana Mitter, qui imaginait que les fantômes de Mao et de son adversaire nationaliste Tchang Kai-Tchek continuaient à hanter la Chine contemporaine – mais que Mao grinçait des dents, pendant que Tchang triomphait.



La réputation de Mao a peut-être subi le plus grand retournement de situation que n'ait connu aucun autre dirigeant communiste du 20 ème siècle, en Occident.



Son culte de personnalité fut frénétique sous la révolution culturelle dans son pays d'origine – il était « possible de compter les étoiles dans les cieux, mais impossible de compter sa contribution à l'Humanité » - mais il s'est aussi diffusé en Europe et aux Etats-unis, où étudiants et hippies qui auraient récusé toute association avec le socialisme soviétique chantaient « Mao, président du monde » et brandissait ces petits livres rouges.



Désormais, il est perçu de façon fort différente comme un tyran sans pitié qui aurait écrasé ses opposants et déclenché une catastrophe économique sans précédent pour son pays.



Il est juste de faire remarquer que ce portrait entièrement négatif de Mao si bien exprimé par la diabolisation littéraire du dirigeant chinois par les livres tant célébrés de Jung Tchiang, est tout autant exagéré que les louanges que lui dressaient ses légions de gardes rouges.



Comme la statue de Shenzhen le montre, les Chinois adopter une attitude plus nuancée vis-à-vis de celui que l'on désigne toujours comme « le président ».



Les erreurs du socialisme chinois : Grand bond en avant et Révolution culturelle



Des millions se pressent pour voir son corps embaumé place Tiananmen, mais l'adoration servile n'est plus d'actualité. Le Parti communiste déclare qu'il avait globalement raison jusqu'en 1956 mais après ce « fut mitigé pour le meilleur, et souvent erroné ».



Cette vision était clairement celle de Chen Yun, architecte des réformes économiques des années 1980, qui faisait remarquer que si Mao était mort en 1956, on s'en rappellerait encore comme d'un grand héros révolutionnaire, mais comme il est mort en 1976, « on ne peut plus rien y faire ».



Les deux campagnes de Mao après cette date furent des catastrophes, sur une telle envergure que ce jugement lugubre de est parfaitement compréhensible.



Le Grand bond en avant était une tentative de passer directement au communisme – en passant outre le socialisme – ce qui a détruit l'industrie et provoqué une terrible famine.



La révolution culturelle a déchaîné une brutalité généralisée et aléatoire, détruisant des milliers de trésors culturels ainsi que le système éducatif pour une bonne décennie.



On connaît beaucoup moins l'impact sur l'environnement. Une définition assez brute de tous les animaux non directement utiles aux gens comme des « plaies » a conduit à la quasi-extermination de l'alligator chinois et du tigre du Sud de la Chine, qui jusqu'en 1950 était le tigre le plus commun dans le monde.



Depuis les années 1980, le gouvernement chinois tente désespérément de revenir en arrière, développant des mécanismes pour sauver les deux espèces, mais elles restent en état d'extinction.



La Chine de Mao, un internationalisme inconséquent



Les communistes auront d'autres accusations à réserver au « grand timonier ».



Bien que la conférence du Parti communiste de 1935 à Zunyi, lors de la Grande marche, a eu raison de conclure qu'une révolution chinoise ne serait possible que par la paysannerie et non par la mince couche urbaine ouvrière, la fixation initiale paysanne chez Mao conduisit à un retard économique.



La Chine était le seul pays sur le globe où la proportion de gens vivant dans les villes avait décliné entre les années 50 et 70.



Encore plus important, c'était un internationaliste peu conséquent.



La Chine s'adressa au monde en voie de développement dès les années 1950, apportant une aide économique à l'Afrique en particulier, et ses efforts pendant la guerre de Corée – dans laquelle le propre fils de Mao mourut au front – furent décisifs pour empêcher une victoire américaine.



Mais la rupture avec les Soviétiques fut un coup dur au socialisme et son attitude après – traitant qui conque d'anti-soviétique comme un allié, y compris des bouchers comme le Général Pinochet et Pol Pot – assombrit la réputation du pays.



Les années de Mao ne furent pas une catastrophe : unification nationale, croissance économique, éducation et santé pour tous



Son dossier est plutôt lourd. Alors pourquoi la Chine ne l'oublie pas ?



Pourquoi la pensée de Mao Tsé-Tsoung accompagne toujours le marxisme-léninisme comme idéologie guidant le parti ? Pourquoi les docteurs et infirmières portent des badges de Mao pour indiquer leur opposition à la privatisation de la santé ? Pourquoi Mao est perçu comme un symbole universel de bonne fortune, à tel point que son image orne les rétroviseurs des voitures pour empêcher les accidents de voiture ?



La vérité, c'est que l'héritage de Mao porte tout autant d'éléments positifs.



Il est temps aussi d'en finir avec certains mythes. Les années Mao ne furent pas une catastrophe nationale.



La croissance économique, comme le notait Eric Hobsbawm, était bien plus impressionnante que dans la plupart des pays en voie de développement, y compris l'Inde voisine. Le pays fut unifié après une guerre civile longue et douloureuse et une invasion génocidaire du Japon impérial.



La contribution de Mao à ces victoires fut importante. Sa tactique de guérilla influença plus tard la lutte Vietnamienne contre l'impérialisme et son livre « De la guerre révolutionnaire » est toujours étudié par les officiers militaires du monde entier – y compris en Grande-Bretagne.



Des maladies telles que la lèpre et la peste bubonique furent éradiquées et l'espérance de vie passa de 35 à 65 ans sous la direction de Mao. Un pays largement illettré apprit à lire et à écrire.



La dette du peuple chinois envers Mao : « quand l'Armée rouge est venue, ils m'ont donné ma première paire de chaussures et un nom »



Et le Parti communiste chinois, c'est à son crédit, ne s'est jamais soumis à une dictature personnelle. Mao n'a pas exécuté ses opposants politiques – en fait la plupart de la direction du parti des années 1980 était composée de ces hommes.



Le Comité central s'est fréquemment opposé aux politiques de Mao, et des éléments critiques ont ferraillé avec lui jusqu'à la fin – Deng Xiaoping, par exemple, fut purgé plus d'une fois et dénoncé dans des campagnes nationaux, mais il fut toujours capable de revenir en grâce. Il poussait même jusqu'à provoquerMao en manifestant ouvertement son mépris lorsque le président parlait en public.



Permettre à des figures politiques de garder cette liberté d'action est une tradition estimable que le Parti communiste a maintenu – des anciens dirigeants, que ce soient déposés comme Hua Guofeng ou retraités comme Jiang Zemin, sont restés membre du Comité central et ont continué à contribuer à la prise de décision nationale.



Mais la dernière raison pour laquelleil ne faut pas effacer la contribution de Mao, ce sont les réalisations de la révolution chinoise.



Lors du 60 ème anniversaire de la fondation de la République populaire, je me rappelle que j'ai vu des gens être interviewés à la télévision chinoise.



Un ancien soldat américain, déployé dans le pays dans les années 1940, se rappelait la misère, la famine et la désolation qu'il avait vu, accompagné de l'injustice du système mi-féodal mi-colonial qui régnait en Chine, et contrastant avec la puissance économique qu'est le pays aujourd'hui.



Un ancien esclave tibétain se rappelait le jour où les possessions des monastères furent démantelées et où on lui a dit qu'il était libre.



Mais peut-être que la personne la plus émouvante était celle vieille femme qui avait rejoint le Parti communiste pendant la Longue marche. Née illégitime, elle n'a jamais bénéficié d'un statut égal aux autres dans son village. En fait, elle n'avait jamais eu de nom, et on l'appelait seulement la « fille ».



« Je me rappelle quand l'Armée rouge est venue », disait-elle. « Ils m'ont donné ma première paire de chaussures. Et ils m'ont donné un nom. »



C'est cette histoire de dignité humaine qui définit la force de la Révolution chinoise.



Comme l'affirmait Mao aux portes de la Cité interdite – dont l'entrée signifiait la mort pour le commun des mortels à l'ère impériale – « les Chinois se sont levés ». Pas seulement pour refuser une domination étrangère mais aussi pour briser les chaînes de la vieille société.



Et comme le dit Deng Xiaoping, qui a longtemps subi les brimades de l'homme qui l'a purgé deux fois : « sans Mao, il n'y aurait pas de Chine nouvelle ».



C'est pourquoi, en dépit de toutes ses innombrables et graves fautes, on ne doit pas avoir honte de lever un verre au président en son jour d'anniversaire.

 

 

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Chine
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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 08:13

photo verybig 129825Où va la Chine ?



Beaucoup d'analyses ont été livrées à gauche, dans le monde communiste, souvent contradictoires, sur les résolutions adoptées au dernier plénum du Parti communiste chinois (PCC), qui semble laisser une place encore plus importante à l' « économie de marché ». Nous soumettons à réflexion cette analyse pertinente publiée dans un premier temps sur le site du Parti du travail de Belgique.



La Chine veut désormais accorder un rôle « décisif » au marché plutôt qu’un rôle « de base ». Ainsi en a décidé la direction du Parti communiste chinois lors du troisième Plenum qui s’est tenu du 9 au 12 novembre. Une décision annonciatrice d’un changement majeur.

Article de Jo Cottenier, repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

 Un rôle « décisif » plutôt qu’un rôle « de base » pour le marché. Ce serait une lourde erreur de minimiser ce changement de qualificatif. En effet, dans la langue « codée », l’usage de ce terme marque la décision la plus importante prise par le Comité central du Parti communiste chinois, qui s’est réuni en session plénière (« le Plenum ») du 9 au 12 novembre. Une décision très lourde de conséquences.

 

Voici exactement un an, le 18e Congrès du parti nommait une nouvelle direction de parti (ou Comité central)1 et un nouveau président, Xi Jinping. La direction du parti annonçait depuis des mois que le troisième plenum déciderait de réformes profondes. Cela faisait aussi pas mal de temps qu’on lisait que d’autres choses resteraient inchangées, comme la position du Parti communiste et le rôle central des entreprises publiques dans les secteurs stratégiques. Les médias de droite et les observateurs désireux de voir disparaître le socialisme chinois le plus vite possible se sont donc montrés déçus des réformes annoncées. Logique : ils ne seront satisfaits que si la Chine marche au pas du capitalisme et que le Parti communiste chinois suive la voie de Gorbatchev. Pourtant, il ne faut pas se leurrer à la lecture de ce genre de commentaires. C’est bel et bien un glissement de terrain qui est en train de s’opérer.

 

Le triple saut



Ce n’est pas la première fois qu’un troisième plenum opère un important virage de stratégie. Le premier grand basculement vers les mécanismes de marché dans l’agriculture a été décidé lors du troisième plenum du 11e Comité central2 en 1978. Ce qui a marqué le début d’une lente libéralisation de l’économie. Ce processus a en effet mené à la création d’un marché libre sur lequel les entreprises publiques ont été mises en concurrence avec les entreprises privées tout juste créées. Avec les années, ce marché a grandi et, avec la fixation des prix par sa « main invisible », a fait peu à peu rétrécir le domaine de l’économie de plan.

 

En 1993, le troisième plenum du 14e Comité central a décidé de remplacer l’économie de plan par une entière économie de marché. Le marché est devenu « la base » de la régulation de l’économie. Les entreprises non rentables devaient dès lors fermer et l’Etat se concentrerait sur les 500 à 1.000 plus grandes entreprises dans les secteurs les plus importants. En même temps, les entreprises privées ont reçu le champ libre. Ou du moins presque, puisque nombre de barrières sont restées en place, comme le monopole d’Etat dans le secteur financier, le secteur de l’énergie, les télécommunications et la recherche spatiale.

 

Pour pouvoir entrer dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001, la Chine a dû prouver l’existence d’un véritable marché libre, mais les plaintes ont depuis continué à pleuvoir pour dénoncer le soutien indirect de l’Etat aux grandes entreprises publiques. Ces entreprises d’Etat pouvaient en effet obtenir bien plus facilement des crédits des banques d’Etat que les entreprises privées. C’est pourquoi les entreprises privées ont de plus en plus fait appel à des banques non officielles, qui travaillent dans l’ombre à des taux usuraires. Les entreprises d’Etat avaient aussi le monopole de conclure des joint-ventures avec des entreprises étrangères, alors que les privées devaient, elles, rattraper leur retard technologique par leur propres forces. Depuis des mois, il était de plus en plus perceptible dans les publications chinoises que les entreprises privées se verraient octroyer une place plus importante.

 

Le troisième plenum du 18e Comité central a donc annoncé que le marché reçoit un « rôle décisif » au lieu d’un « rôle de base ». En Chine, un tel changement de mots a une signification radicale. Pour le président Xi Jinping, ce changement est basé sur une nouvelle conception théorique du rôle du marché : « La Chine doit respecter la loi fondamentale de l’économie de marché et travailler aux problèmes que posent un système de marché sous-développé, l’intervention exagérée de l’Etat et le contrôle insuffisant du marché. »3

 

 

Les réformes concrètes



1. L’Etat se retirera davantage et créera encore seulement un cadre pour un marché devenu « décisif » dans le choix des investissements et la répartition du capital (quoi et où). Les décisions d’investissements seront moins contrôlées par l’Etat et laissées à « la main invisible » du marché. L’Etat posera moins d’entraves à un libre marché et laissera jouer « plus honnêtement » la concurrence entre entreprises publiques et privées. On table sur le fait que le marché devrait résoudre le problème de surcapacité dans des secteurs comme l’acier, l’aluminium, le verre plat, le ciment et les chantiers navals. La concurrence devrait donc faire disparaître la capacité excédentaire. Il existera dorénavant aussi un « marché » pour les terres : les paysans qui partent à la ville pourront vendre leur terrain. Les prix des terres et des matières premières, les taux d’intérêt et les prix des services publics suivront plus étroitement le marché. Le gouvernement s’attachera davantage à la création d’un cadre légal, de l’infrastructure et de la sécurité sociale, et à la résolution de problèmes comme la pollution et la sécurité alimentaire. Xi Jinping: « Le gouvernement fournira une macro-économie stable, offrira des services publics, garantira une concurrence honnête, contrôlera et régulera le marché, promouvra un développement durable et prendra l’initiative lorsque le marché sera défaillant. »

 

 

2. Une importante réforme est prévue pour le secteur des services en général et le secteur financier en particulier. Le pays s’ouvrira davantage aux investissements étrangers dans le secteur des services, « y compris les finances, l’éducation, la culture et la santé ».4 C’est ni plus ni moins une évolution marquante, certainement pour le secteur social et culturel. Le document précise même que les limitations existantes sur les investissements dans les soins aux enfants et aux personnes âgées seront assouplies. Par ailleurs, le capital étranger est autorisé à fonder des petites ou moyennes banques privées. La fin du monopole d’Etat dans ce secteur ouvre surtout de nouvelles possibilités aux les entreprises privées qui se plaignent de « répression financière » en raison des banques d’Etat.

 

Et ce n’est que le début. Un projet pilote flambant neuf a démarré à Shanghai, une zone de libre-échange de 29 km² où la monnaie chinoise (le renminbi) peut être changée et où les investissements étrangers dans une série de secteurs (comme les banques et les assurances) seront entièrement libres. Shanghai doit par là devenir le nouveau centre financier qui rivalise avec Hongkong. Mais, en même temps, le projet pilote de Shanghai ouvre une perspective qui tôt ou tard peut prendre de l’ampleur et essaimer en d’autres centres ailleurs dans le pays.

 

 

3. L’accès pour des entreprises privées à des secteurs plus ou moins protégés est assoupli. Il y aura plus de marché et plus de concurrence dans des secteurs comme l’eau, le pétrole, le gaz, l’électricité, les chemins de fer et les télécommunications. On compte dans une mesure croissante sur le secteur privé pour des percées technologique et pour l’augmentation de la productivité. Cela fait partie du processus de conversion vers une économie de haute technologie avec un fort secteur des services. L’innovation et le pouvoir d’achat intérieur sont les axes-clés pour continuer à garantir la croissance chinoise. Comme les salaires augmentent, on peut moins compter sur un accroissement de l’exportation. La stimulation du « secteur non public » doit donner un coup de fouet à la concurrence sur le marché et à l’innovation et la recherche centrées sur le marché intérieur. Egalement ici, les pouvoirs publics doivent davantage pratiquer la macro-régulation plutôt que le contrôle direct, par exemple en favorisant la collaboration entre les entreprises, les universités et les instituts de recherche. Les investissements et les reprises à l’étranger sont encouragés. Le démarrage de nouvelles entreprises et l’initiative privée sont facilités.

 

 

Troisième grande réforme



Il ne s’agit pas ici d’un aperçu exhaustif des décisions, mais d’expliquer la portée du terme « décisif ». Ce seul mot suffit en effet pour affirmer qu’une troisième grande réforme s’entame, après celles de 1978 et de 1992. Une réforme qui rendra encore plus hybride le « socialisme à la chinoise ». Celui-ci se dirige vers une économie qui en essence ne diffère pas d’une économie capitaliste, avec maintien d’une structure socialiste de l’Etat et sous la direction d’un parti communiste. Après ce troisième plenum, on peut réellement se demander combien de temps une telle option est tenable.

 

 

La menace étrangère s’intensifie



Autre décision marquante du troisième plenum : la création d’une Commission de sécurité sous la direction directe du président Xi Jinping. Cette Commission est en charge de toutes les questions de sécurité, tant intérieures qu’extérieures.

 

Le gouvernement américain veut à tout prix conserver sa prédominance absolue sur le monde et il sait que l’impact chinois constitue à cet égard la plus importante menace. La croissance rapide de la Chine vers la position de deuxième plus grande économie du monde a incité le président américain Obama à officiellement proclamer la région du Sud-est asiatique zone d’intérêts la plus importante et à régler sa stratégie militaire en conséquence. La présence de la flotte américaine en Mer de Chine méridionale a été renforcée et des accords de coopération militaire ont été conclus avec le Japon et les Philippines. Tous les points litigieux dans la région deviennent ainsi un potentiel foyer d’incendie : le statut de Taiwan, les querelles sur les îles, le Tibet... La mise sur pied de la Commission de sécurité montre que les dirigeants chinois ne réalisent que trop bien que les tensions s’accroissent.

 


[1] Le Parti communiste chinois compte 82 millions de membres, dont 2.270 étaient délégués au 18e Congrès du parti. Le Comité central plénier compte 204 membres et 169 suppléants. Les réunions plénières du Comité central sont appelées plenums. Le Comité central a élu un Bureau politique qui compte 25 membres.

[2] Le 11e Comité central est celui qui a été élu lors du 11e Congrès du parti.

 

 

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