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    Le site Solidarité Internationale PCF publie des traductions de déclaration, des communiqués, des articles théoriques et d'actualité provenant de partis communistes du monde entier ainsi que des analyses françaises sur le mouvement communiste international et la politique étrangère de la France. La ligne éditoriale du site suit les positions du Réseau "Faire vivre et renforcer le PCF" (site http://vivelepcf.fr/) qui refuse la dérive réformiste du PCF suivant le PGE. Notre site s'efforce de faire vivre la conception de la solidarité internationale portée historiquement par le PCF.

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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 20:41

130397969920061107110818-manifestacion-avt2Grève générale historique en Espagne

 

11 millions de grévistes, 3 millions dans les rues contre la réforme du travail poussent les syndicats prompts au « dialogue social »

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Sixième grève générale en trente ans en Espagne, et d'après les chiffres divulgués par les syndicats, il s'agirait de la grève la plus suivie de ces trois dernières décennies, bien au-delà des journées de grève de 2002 ou 2010.

 

D'après les syndicats, 77% des salariés espagnols auraient participé à cette journée de grève générale du 29 mars, soit près de 11 millions de travailleurs qui ont répondu à l'appel lancé par les Commissions ouvrières (CC.OO) et l'UGT.

 

Cette journée de grève générale était convoquée sous le mot d'ordre « Non à la réforme du travail ! ».

 

La réforme du gouvernement de droite prévoit notamment une réduction des indemnités de licenciement, 33 jours par année travaillée (et seulement 20 en cas de licenciement économique) au lieu de 45, etl'institutionnalisation de « contrats aidés », payés par l'Etat pour le privé, contratsprécarisés au salaire minimum.

 

Si le patronat et le gouvernement ont tenté de minimiser le grève, ils ne pouvaient masquer l'ampleur d'une grève qui a paralysé les transports urbains des grandes villes : seuls 30% des métros de Madrid étaient en état de marche, 30% des trains régionaux et 20% des trains régionaux. Une grève qui a fait chuter la consommation d'électricité de 23%, preuve de la paralysie du pays.


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Cette grève se concluait ce soir par 111 manifestations dans tout le pays qui ont mobilisé sans doute au-delà des 2 millions de manifestants du 19 février dernier.

 

Les premiers chiffres dans des petites villes de province donnaient déjà le vertige : 100 000 à Vigo, 60 000 à La Corogne 50.000 manifestantes àValladolid ou 60 000 à Palma de Majorquec'est du jamais vu. D'après les derniers chiffres, on serait à 1 million de manifestants à Madrid, 400 000 dans les diverses cités d'Andalousie, 300 000 à Barcelone et à Valence.

 

« Le succès indiscutable » d'une grève qui touche tout le pays et tous les secteurs, et en premier lieu l'industrie

 

« Cette grève a été un succès indiscutable »a déclaré le secrétaire de l'UGT Candido Mendez lors de la conférence de presse. Ignacio Fernandez Toxo, des CC.OO, a partagé le constat ajoutant toutefois que « son ampleur a été plus importante dans l'industrie que dans les services ».

 

Difficile de contester, même dans les services, le succès d'une grève qui a mobilisé 70% du personnel de l'Education nationale, 70% des agents des collectivités locales, 85% du personnel universitaire et surtout 95% des travailleurs des transports.

 

Dans les secteurs où la grève a été moins suivie, comme dans la santé et les administrations centrales, un travailleur sur deux a arrêté le travail.

 

1245150.jpgC'est dans l'industrie que la grève a été le plus largement suivie, avec 97% de grévistes.

 

49 sites industriels ont été arrêtés et occupés par les travailleurs : dans les grandes usines autombiles (Nissan, Renault, Mercedes, Seat, General Motors), leurs équipementiers (Mann-Hummel, Fico Mirrors, Valéo), les mines (Hullera Vasco-Leonesa), l'aéronautique (EADS), la sidérurgie (Acerinox, Siderurgica Balboa, Sidenor).

 

Face à des manifestants qui appellent à une « grève générale illimitée », les syndicats lancent un appel à la « négociation » pour corriger la réforme !


Le potentiel de mobilisation est inédit en Espagne, 15 millions de personnes en grève, 3 milions dans les rues, une combativité qui se mesurait au mot d'ordre scandé par les manifestants à Madrid et ailleurs : « Allez, allez, ne reculons pas d'un pas sur la réforme. Grève générale ! »

 

Le mot d'ordre des syndicats lors de la conférence de presse étaient tout autre. Ainsi, Ignacio Fernandez Toxo, secrétaire des CC.OO, et président de la CES (Confédération européenne des syndicats) : « La grève est une grande occasion pour changer de cap et ouvrir une phase de dialogue. Nous sommes ouverts à la négociation, nous avons des propositions et des alternatives ».

 

Mais le dirigeant syndical met en garde le gouvernement, si il veut aller à la confrontation, « le conflit social ira en s'intensifiant, jusqu'à ce que nous obtenions la modification de la réforme du travail ».

 

Pas de retrait de la loi, mais sa modification ainsi qu'un appel à la « concertation », on est loin des attentes des grévistes du 29 mars.

 

Une « concertation sociale » déjà mise en œuvre par les deux syndicats qui avaient négocié avec le gouvernement des « services minimums »dans les grands services publics et dont Fernandez Toxo s'est revendiqué : « Nous avons respecté scrupuleusement les services minimums ! », a-t-il déclaré à la presse.

 

Le PSOE, responsable de 6 des 8 dernières lois de libéralisation du marché du travail, prompt à la récupération !

 

Un mouvement énorme freiné par les syndicats, et dont le PSOE, fidèle à sa tradition, est prompt à récupérer. A la tête de la manifestation madrilène, se trouvait outre le coordinateur général d'Izquierda Unida Cayo Lara, le secrétaire à l'organisation du PS, Oscar Lopez.

 

On retrouvait dans le cortège plusieurs dirigeants socialistes dont Manuel Chavez, ancien ministre du travail de 1986 à 1989,lui qui fut aussi le maître d’œuvre d'une contre-réforme du marché du travail dans le gouvernement Gonzalez, et qui a connu une des six grèves générales de l'après-franquisme, en décembre 1988.

 

C'est un comble que les socialistes qui furent à l'origine de six des huit contre-réformes du travail depuis la chute du franquisme, qui ont mis en œuvre avec zèle sous Zapatero la politique d'austérité de 2008 à 2011, puissent se faire passer pour l'opposition aux projets gouvernementaux !

 

L'avenir du mouvement social espagnol, entre pression de la base pour une grève générale illimitée et freins de directions syndicales acquises à la ligne du « dialogue social », est incertain. Toutefois, comme au Portugal et en Grèce, le potentiel existe pour construire un mouvement de convergence des luttes susceptible de mettre en échec les plans du gouvernement Rajoy.

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 23:03

valencia manifGrève et manifestations étudiantes massives en Espagne : plus de 100 000 étudiants et lycéens dans les rues de Barcelone et Valence contre les coupes dans l'éducation

 

 

Article AC pour http://jeunescommunistes-paris15.over-blog.com/ et pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

La colère monte en Espagne, après les deux millions de manifestants travailleurs dans les rues le 19 février, ce sont plus de 100 000 étudiants et lycéens qui sont descendus dans la rue, dans 40 villes du pays, pour protester contre les coupes gouvernementales et régionales dans l'éducation.

Les manifestations étudiantes, répondant à un appel à la grève générale lancé par le Syndicat des Étudiants a complètement éclipsé la « journée de mobilisation » convoquée par la CES, à laquelle les syndicats CC.OO et UGT n'avaient joint aucun appel à la grève.

Les cortèges ont été massifs dans deux villes du pays, à Barcelone avec 70 000 manifestants selon les organisateurs et à Valence, avec entre 30 et 40 000 étudiants et lycéens, rejoints également par des parents et enseignants. Ailleurs, les cortèges étaient plus modestes mais combatifs, avec plusieurs milliers de manifestants à Madrid, en Galice ou en Aragon.

Le « printemps valencien » : la lutte massive des étudiants contre la privatisation face à la violence policière

Le point de départ de la mobilisation étudiante est Valence où les coupes dans l’Éducation secondaires et supérieures réalisées par le gouvernement régional de droite ont des conséquences de plus en plus dramatiques, non seulement une suppression drastique du nombre d'enseignant (- 10% à l'université de Valence) mais aussi des restrictions d'eau, de chauffage ou encore d'électricité.

Depuis deux semaines, la mobilisation est de plus en plus massive à Valence, à partir de l'université mais aussi du lycée (Instituto) Lluis Vives, devenu emblème de la contestation. Face aux premières manifestations, la répression policière a été violente, plusieurs lycéens et étudiants passés à tabac par les forces de l'ordre, un lycéen détenu même dans des conditions tout à fait illégales.

Le 16 février, une manifestation de soutien avait mobilisé 20 000 étudiants dans les rues de Valence, depuis la mobilisation de faiblit pas en dépit de la répression policière.

« Grève, grève, grève générale », un mot d'ordre combatif qui tranche avec les appels au « dialogue social » des syndicats de salariés

Ce 29 février, il s'agissait donc à la fois d'exprimer une opposition à la répression policière constatée à Valence qu'un rejet plus large des politiques de coupes et de privatisation, renforcées par la régionalisation de l'éducation en Espagne, dans un pays où un jeune sur deux est au chômage.

Et ce sont les mots d'ordre qui sont ressortis des manifestations de Madrid où dominaient les slogans comme « L'argent du banquier pour le lycée du travailleur », ou à Valence avec le simple « Non à la privatisation » ou le plus poétique « Vous pouvez couper les fleurs, vous n'arrêterez pas le printemps valencien ».

A Madrid, à Barcelone comme à Valence, le cri de « Grève, grève, Grève générale » s'est imposée, et a déjà été mis en pratique à Valence où l'appel à la grève étudiante, élargie au personnel enseignant, a été suivie par 46% des étudiants et lycéens, selon les chiffres des autorités, alors que plusieurs lycées et facultés étaient occupés par les élèves.

La combativité des mots d'ordre des étudiants valenciens ou barcelonais tranche avec les appels au « dialogue » lancés encore une fois en cette « journée de mobilisation européenne » de la CES par les dirigeants syndicaux Candido Mendez (UGT/socialiste) et surtout Ignacio Fernandez Toxo (CC.OO/ex-communiste).

Les deux dirigeants ont écarté une nouvelle fois, tout comme après les manifs géantes du 19 février, tout appel à la grève et ont appelé le gouvernement à écouter leurs appels au « dialogue » et à la rectification de la contre-réforme du travail, qui achève la précarisation du salariat espagnol.

La suite du mouvement étudiant comme de la mobilisation des travailleurs manifestée par les deux millions de personnes dans les rues le 19 février dépend aussi de la capacité des salariés et des étudiants espagnols à pallier la défaillance de plus en plus nette des appareils syndicaux réformistes, empêtrés dans la ligne de concertation sociale défendue à l'échelle européenne par la CES.

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 07:28

centro-madrid ASTIMA20120220 0005 5Deux millions de manifestants en Espagne contre la nouvelle réforme du travail

 

Un immense potentiel de lutte face à des syndicats qui prônent le « dialogue social »

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

    La dernière réforme mise en œuvre par le nouveau gouvernement de droite de Mariano Rajoy, une nouvelle contre-réforme du code du travail (la neuvième en vingt ans), est peut-être l'étincelle qui a mis le feu à la poudrière sociale espagnole.

    Dans un pays où le chômage concerne une personne sur quatre, et un jeune de moins de 25 ans sur deux, où près de 40% des travailleurs subissent un contrat précaire et où 10 millions de personnes sont en dessous du seuil de pauvreté, le projet du gouvernement visant à achever la précarisation du salariat espagnol est apparu comme l'affront de trop.

    Parmi les mesures prévues par cette nouvelle réforme, une réduction des indemnités de licenciement pour le patron limitées à 33 jours par année travaillée contre 45 actuellement, et à 20 jours en cas de licenciement économique, ainsi que l'institutionnalisation de « contrats aidés » avec d'importantes subventions publiques pour l'embauche de jeunes non-qualifiés, dans le privé, dans des contrats précaires, au salaire minimum. Le projet de contrat unique, uniformisant la multitude de contrats précaires actuellement en vigueur, reste en débat.

    Autrement dit, une mesure qui acte de nouveaux les cadeaux au patronat tout en approfondissant la précarisation des travailleurs.

    La réponse des travailleurs a été massive ce samedi 19 février, peut-être la plus grande manifestation de ces dernières années, avec près de deux millions de travailleurs dans les rues, répartis entre 57 cortèges dont 500 000 à Madrid, 400 000 à Barcelone, 220 000 à Valence, 150 000 en Galice, 130 000 en Andalousie, 80 000 dans les Asturies et en Castille-Léon, 60 000 en Aragon.

    Un potentiel immense existe en Espagne pour mettre en échec la politique du patronat, appliquée désormais par le gouvernement de droite (PP) du Parti populaire mais avec le soutien explicite du PSOE, qui a mis en place tous les plans d'austérité précédents depuis 2008.

    Le cri de « Grève générale ! » est monté dans toutes les manifestations du pays, se joignant puis dépassant le mot d'ordre officiel de « Non à la réforme du travail ! ». Toutefois, cette perspective évidente pour les travailleurs qui se sont mobilisés en masse samedi ne l'est pas pour les directions des deux grandes centrales syndicales espagnoles.

Face à l'appel de la base à la « grève générale », les directions syndicales avancent le dialogue social

    Les dirigeants des deux grandes centrales syndicales espagnoles, de l'UGT (tradition socialiste) et des Commissions ouvrières (tradition communiste, aujourd'hui « a-politique »), se sont empressés de rassurer le gouvernement sur leur résolution à refuser l'affrontement et à ouvrir au plus vite le 'dialogue social' :

« Notre objectif, a déclaré le secrétaire de l'UGT Candido Mendez, n'est pas de chercher l'affrontement, mais bien ce corriger ce qui est un égarement, du point de vue social et du travail ».

Même son de cloche chez le secrétaire-général des Commissions ouvrières (CC.OO), Ignacio Fernandez Toxo : « Les syndicats ne cherchent pas l'affrontement, mais bien la rectification de la réforme du travail, et visent à offrir un exutoire aux citoyens, afin qu'ils expriment leur opposition à cette politique de coupes et de licenciements que tente d'imposer le Gouvernement ».

    Il ne faut pas oublier que cette manifestation, organisée sciemment un samedi, ne s'accompagnait pas d'un appel national à la grève, et que la question d'une « grève générale » posée par les bases syndicales reste contournée par les directions syndicales.

    Ainsi, le secrétaire-général des CC.OO lance un appel à Mariano Rajoy : « J'espère sincèrement que nous ne serons pas contraints à aller jusqu'à la grève, et cela dépend du gouvernement ». Cette réforme de précarisation des travailleurs corrigée conviendrait donc au secrétaire du syndicat historiquement sur des positions de classe en Espagne.

Un cas isolé ou une ligne coordonnée à l'échelle européenne ?

    Mais si les dirigeants de l'UGT et des CC.OO freinent jusqu'à présent tout appel à la grève générale, porté par les militants syndicaux, ils se sont empressés samedi de lancer un appel à la mobilisation pour le... 29 février, jour de la mobilisation européenne convoquée par la Confédération européenne des syndicats (CES).

    Ce n'est pas un hasard si les deux dirigeants syndicaux ont été parmi les premiers signataires d'un appel européen signé par huit responsables de grands syndicats membres de la CES dont Susanna Camusso de la CGIL, Michael Sommer de la DGB, mais aussi François Chérèque de la CFDT et Bernard Thibault de la CGT (Le social doit être le ciment de l'UE) prenant la défense du « modèle social européen » supposément trahi par la politique d'austérité actuelle.

    Un communiqué où il est entre autres affirmé qu'il n'y a « pas d’autre solution que l’approfondissement du projet européen », qui appelle à « une gouvernance économique forte de la zone euro », à une « future révision des traités intégrant la dimension sociale » et qui se conclut par l'idée que pour sortir de la crise, « il faut agir dans un cadre commun européen et ainsi renforcer le dialogue social ».

    La position des dirigeants syndicaux espagnols est tout sauf un hasard, elle correspond à la lettre à la politique de la CES à l'échelle de toute l'Europe, freiner le développement des luttes, prôner le dialogue social, enfermer la perspective vers un cadre institutionnel européen.

    Mais en Espagne, comme ailleurs, rien n'est écrit et la mobilisation des bases peut aussi créer les conditions d'un mouvement de lutte dépassant les compromissions des centrales réformistes et mettant en échec les plans anti-sociaux du patronat et de l'UE, ainsi que des partis qui les servent.

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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 09:37

logopce-partidotrabajadores.jpgLe PCE s'oppose à la gravissime réforme du travail du gouvernement de droite de Rajoy qui n'apportera qu'augmentation du chômage et réduction des droits des travailleurs

Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Le Parti communiste d'Espagne rejette la réforme du travail adoptée au conseil des ministres d'aujourd'hui par le gouvernement de Mariano Rajoy, considérant que cela ne contribuera qu'à ravir aux travailleurs de ce pays leurs droits et leurs emplois, et annonce qu'il exprimera son opposition à ces mesures dans la rue.

Après un an de réformes successives de la part du gouvernement socialiste, qui se sont révélées un échec total non seulement dans la création d'emplois mais aussi dans la lutte contre la hausse du chômage, le Parti populaire, dans ce qui est une nouvelle concession au patronat espagnol, adopte une nouvelle réforme du travail qui facilite les licenciements, en créant un contrat unique « indéterminé » avec 33 jours d'indemnisation par année de travail, ce qui marque la fin du plafond de 45 jours, et en la limitant à 20 jours d'indemnisation sur une période d'un an pour les licenciements économiques.

Les communistes veulent également dénoncer les changements assez peu clairs dans les contrats à temps partiel et les cadeaux faits au patronat pour l'embauche de jeunes et de chômeurs de longue durée qui ne réussiront, dans le meilleur des cas, qu'à perpétuer la précarité la plus absolue et ouvrir la porte à une nouvelle vague d'accidents du travail, tout en impliquant de nouvelles subventions à fonds perdus pour le patronat. Le nouveau contrat « indéterminé » pour les petites entreprises s'inscrit dans la même idée. En même temps, nous estimons que la convergence entre chômage et salaire ne conduira qu'à des économies de salaires pour les patrons et à la perte de droits au chômage.

Pour le PCE, apparaît très inquiétante la suppression de la prorogation automatique des conventions collectives à partir de deux ans, car elle permet au patronat de refuser la négociation et d'ouvrir la voie à une escalade des conflits sociaux, et d'avoir la possibilité de ne pas respecter les accords conclus lors de la négociation collective sur les salaires et les droits, et permettre aux employeurs de se passer de l'autorisation préalable de l'Administration pour mettre en œuvre un plan social sera à l'origine d'une perte nette de salaires et de droits pour la majorité des travailleurs.

Par ailleurs, pour nous communistes, il est très grave que les Agences de travail temporaires puissent travailler comme des agences pour l'emploi et que les chômeurs aient à réaliser des « travaux d'intérêt général », à côté de leur recherche d'emploi et de leurs stages de formation. Tout cela correspond à la logique selon laquelle le travailleur est coupable d'être sans emploi, comme en témoigne l’obsession des « chômeurs volontaires » et de la fraude au chômage. Et elle mise par ailleurs sur une nouvelle dégradation du secteur public, avec un approfondissement de la politique de privatisation des services publics.

En tant que PCE, nous voulons lancer un appel au mouvement syndical pour qu'il s'oppose de toutes ses forces à cette réforme, en les assurant comme l'a déjà fait savoir notre secrétaire-général mercredi que nous irons dans la rue côte à côte pour mettre en échec ces mesures, qui s'ajoute aux autres adoptées ces derniers mois par le gouvernement du PP qui nous plonge dans la récession, avec plus de chômage, de précarité et en sanctionnant les travailleurs alors qu'ils ne sont pas les responsables de la crise.

Communistes, nous désapprouvons le fait que dans cette situation, et alors que cette réforme était déjà annoncée, aient été conclus avec le patronat une forte dérégulation des conventions collectives et un gel des salaires sans contre-partie du côté patronal. L'accord pour l'emploi et la négociation collective signé entre syndicats et patronat souffre d'un manque de crédibilité entre autres en raison du cynisme de Rajoy, qui pousse les partenaires sociaux à conclure un accord pour ensuite le déchirer en légiférant selon d'autres intérêts qui n'ont rien à voir avec l'emploi.

Le PCE encourage les syndicats à ne pas lâcher et à redoubler d'efforts dans la mobilisation sociale pour transformer la situation, passer à l'offensive pour faire obstacle à la marée néo-libérale européenne qui vise à en finir avec nous tous, en soutenant sans attendre les mobilisations qui vont être convoquées.

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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 20:20

fernando-hernc3a1ndez-sc3a1nchez-guerra-o-revolucic3b3n-el.jpegEntretien avec Fernando Hernandez Sanchez, auteur du livre 'Guerre ou révolution. Le PCE dans la guerre civile'

« Le PCE est devenu pendant la guerre le meilleur parti républicain de l'histoire de l'Espagne »

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Mario Amorós / Le Monde Diplomatique (édition espagnole)

« Le PCE fut, sans aucun doute, une des colonnes maîtresses de la mobilisation de masse pour faire face à l'effort de guerre à l'ère de la 'guerre totale'. Il s'est érigé en pilier de l'effort de guerre républicain, contribuant à rendre possible ce qu'aucune autre nation européenne n'avait mis en œuvre avant elle : résister avec les armes à l'imposition du joug fasciste. Il est resté loyal jusqu'à la fin envers le gouvernement Negrin, qui se proposait de mener jusqu'au bout la bataille en sauvegardant la dignité nationale et les vies des combattants engagés. »

Voilà une des conclusions que Fernando Hernández Sánchez (Madrid, 1961), docteur en Histoire contemporaine pour l'UNED, expose dans la dernière partie de Guerre ou Révolution. Le Parti communiste d'Espagne dans la guerre civile (Critica). Fruit d'un travail de plusieurs années, avec un examen rigoureux de la documentation issu de neuf centres d'archives, de la presse de l'époque et d'une vaste littérature citée en 979 notes, ce livre de 574 pages, très bien écrit, met fin à 70 ans de manipulations et de propagande et est déjà l’œuvre de référence sur le sujet qu'il traite. Auteur également du livre sur le dirigeant communiste Jesús Hernández et co-auteur avec Angel Viñas de l'indispensable La Construction de la république. Hernández Sánchez, professeur à l'IES Sefarad de Fuenlabrada (Madrid) arrive à l'heure à notre rendez-vous aux Archives historiques du Parti communiste d'Espagne.

Avec la proclamation de la IInde République, le PCE a retrouvé la légalité, mais est une force marginale. Quelles raisons expliquent sa croissance dans la période suivante ?

C'est une histoire étonnante, le passage d'une position ultra-périphérique dans le système politique à une position centrale dans une période très courte, et cela a beaucoup à voir avec la dynamique de ce moment historique. Sur le plan de la politique communiste, il y eut plusieurs événements déterminants. D'une part, le remplacement en 1932 de l'ancienne direction qui restait attachée à l'idéologie radicale « classe contre classe » et du « social-fascisme », qui était alors la ligne de l'Internationale communiste, par la nouvelle direction de José Diaz, de la Pasionaria, d'Hernandez, d'Uribe... Et, d'autre part, le tournant d'une très grande importance qui se produisit en 1935 avec le VIIème Congrès de l'Internationale communiste et la constitution des fronts populaires. Le PCE a cessé d'être une force symbolique, qui entretenait un discours ultra-radical et idéaliste, pour adopter des positions plus pragmatiques et se rendre plus visible pour la classe ouvrière, surtout à partir de la revendication des événements d'octobre 1934 en Asturies.

Un parti ne conquiert pas seulement un espace politique parce qu'il le mérite, mais aussi parce que d'autres le lui cède. Dans ce cas-ci, le Parti socialiste et Largo Caballero ont renoncé concrètement à se revendiquer de ce qui s'était produit en Asturies, qui fut un exemple de résistance face à ce qui aurait pu être la mise en place d'un totalitarisme par la voie parlementaire, comme cela finit par arriver en Allemagne ou en Autriche. En revanche, le PCE a développé une campagne très intense et efficace d'agitation autour des prisonniers, de leurs familles, des orphelins... ce qui a commencé à en faire une force politique plus visible.

Que fut son rôle dans la naissance du Front populaire, créé pour les élections de février 1936 ?

La formation du Front populaire a bénéficié de ce changement de ligne politique des communistes à l'échelle internationale, mais étant donnée l'influence limitée qu'avait alors le PCE, il reposait essentiellement sur l'alliance des républicains et des socialistes. Dans le cadre de ce pacte, Largo Caballero a vu dans le rapprochement avec les communistes et les autres forces de gauche une façon de faire contre-poids aux traits réformistes que l'aile centriste de son parti et les républicains bourgeois désiraient imprimer au Front populaire. Comme il n'était pas assez fort pour lui apporter un contenu socialisant, l'engagement fondamental du PCE dans ce pacte fut de garantir, par son travail de mobilisation et d'intensification de sa présence, que son contenu réformiste soit mené à bien intégralement.

Dès les premières semaines de la guerre, le Parti communiste, qui avait créé le Cinquième régiment des milices populaires, avait misé sur la formation d'une Armée populaire avec discipline et unité de direction, la mise à niveau de l'industrie de guerre, l'organisation de fer des arrières pour assurer la production et l'approvisionnement...

Voilà peut-être une des clés de sa croissance considérable durant la guerre. Le Parti communiste a compris fort justement, avec le précédent de la Première guerre mondiale, qu'il s'agissait d'une « guerre totale », non d'un conflit classique d'armées contre armées, mais qu'il impliquerait toute la société et mobiliserait tous les secteurs pour atteindre l'objectif de la victoire face à un ennemi qui ne serait enclin à aucun type de négociation. Par conséquent, sa première décision fut de recréer une armée reposant sur une base populaire car il pensait que les milices étaient parfaites pour constituer le noyau dur de la première résistance, mais étaient insuffisantes pour faire face à une armée professionnelle qui comptait par ailleurs sur les unités d'élite de l'époque (la légion, les troupes régulières, les mercenaires marocains) et par la suite sur l'aide de la Légion Condor et des corps d'armée volontaires italiens.

Le PCE a proposé alors de dépasser le plus vite possible l'étape des milices et de mobiliser toute l'économie du pays, avec la création d'une industrie de guerre qui fournirait l'armement et la force matérielle nécessaire pour s'opposer au soulèvement, et logiquement cela supposait d'oublier pour le moment les expériences socialisantes et les collectivisations. Il défendit tout cela, par ailleurs, en mobilisant les ressources qu'il connaissait très bien et qu'il mettait en pratique avec beaucoup d'efficacité, l'agitation et la propagande, avec le mythe de la Révolution bolchévique, qui bénéficiait alors d'un prestige populaire certain.

Le 9 septembre, lors d'un rassemblement devant le Comité provincial de Madrid, Antonio Mije a parlé du « peuple travailleur » comme la base sociale – inter-classiste – que prétendait représenter le PCE. Comment ce discours se concrétisa-t-il dans l'action communiste ?

Le concept est intéressant, car lorsque j'ai analysé la composition sociale du PCE durant cette période, j'en arrive à la conclusion qu'elle était une reproduction, à l'échelle des classes travailleuses, de la société espagnole de la République. Alors, j'ai cherché le dénominateur commun qui pouvait unir toutes ces couches ; à savoir que comparé au concept de révolution prolétarienne, qui aurait mobilisé certaines couches mais en auraient démobilisé d'autres, les concepts employés par le PCE de « révolution démocratique », de « guerre national-révolutionnaire » et de « classes populaires » ou de « classes laborieuses » ont doté l'effort de résistance républicaine d'un dénominateur commun.

Cela s'est articulé autour d'une idéologie populaire de gauche créée par le républicanisme radical dès la fin du XIXème siècle, qui repose fondamentalement sur l'aspiration à des réformes sociales profondes, réformes économiques, éducation populaire, laïcité ou indépendance nationale. C'était une idéologie transversale capable de mobiliser divers secteurs qui partageaient l'idéal anti-fasciste. Cela devint son discours dominant pendant la guerre et ses traits patriotiques se sont même accentués à partir de 1938, lorsque l'idée s'installa de plus en plus selon laquelle nous n'étions pas seulement confrontés à une guerre face à un soulèvement fasciste, mais bien aussi face à une guerre d'occupation de la part des puissances de l'Axe.

Le 4 septembre, Largo Caballero devenait président du Gouvernement et pour la première fois dans l'histoire de l'Espagne (et de l'Occident) se trouvaient dans son cabinet des ministres communistes (Jesús Hernández à la tête de l'Instruction publique et Vicente Uribe à l'Agriculture)...

La première chose à dire, c'est que les communistes sont entrés au Gouvernement contre la volonté de Staline ; la décision a été prise par la direction du PCE en accord avec Largo Caballero et Staline a dû ensuite l'accepter.

Depuis sa position gouvernementale, le PCE a appelé à combattre aussi l'ennemi caché dans les arrières, une affaire bien compliquée...

C'est une question complexe, mais il ne faut pas avoir peur de l'aborder. Le soulèvement civico-militaire lancé par les secteurs ultra-conservateurs a désarticulé l’État républicain. En fait, dans les premiers mois l’État républicain a été pratiquement détruit, car il dût faire sans une bonne partie de l'armée et des forces de police, et logiquement la nécessité d'assurer l'ordre à l'arrière incombait alors à ces forces qui se montraient disposés à combattre d'une manière efficace la présence de l'ennemi.

Ce « nettoyage des arrières », comme on l'appelait à l'époque, fut mené par ces nouvelles forces qui ont contribué à la reconstruction des forces de l'ordre, comme les « milices des arrières », les organisations mêmes du Front populaire qui avaient acquis l'armement nécessaire pour la mener à bien et, il n'y a pas lieu de le nier, il y eut alors des excès, que tout le monde connaît bien. Des excès qui ont fait que ces mois furent ceux où la violence fut la plus concentrée et où s'accumula une répression à la marge des procédures légales, mais on y mit fin dans les premiers mois de l'année 1937 avec la reconstruction de l’État républicain et d'un appareil judiciaire et politique qui put récupérer ses compétences concernant l'ordre public et le monopole de la violence.

Cependant, dans ces premiers mois chaque force politique, rentrant parfois en contradiction avec les autres, a fait son possible pour assurer l'ordre aux arrières. Surtout, il faut prendre en compte un cas particulier, celui de Madrid, une des premières villes bombardées par voie aérienne, vers laquelle convergeaient alors les masses de réfugiés de la vallée du Tage et d'Extrémadure qui emportaient avec eux le récit de ce qui s'était produit derrière l'avancée de la colonne de Yagüe et de Castejón en direction de Tolède [NdT : Les généraux franquistes Yagüe et Castejón ont été auteurs de massacres de masse notamment dans la ville de Badajoz où plus de 4 000 civils auraient été tués par leurs troupes]. Cela a logiquement suscité un sentiment de terreur que l'on a tenté d'exorciser par l'élimination de possibles ennemis incrustés dans les arrières républicains.

Quelle importance a eu la Défense de Madrid (octobre-novembre 1936) pour le prestige du PCE ?

Ce fut un des moments qui se sont constitués comme un pilier fondamental de l'imaginaire communiste concernant la guerre. Le gouvernement s'est délocalisé à Valence, car, entre autres, une bonne partie de ses dirigeants, à commencer par Largo Caballero lui-même, pensait qu'aucune résistance n'était possible à Madrid, puisqu'il s'agit d'une ville qui manque des éléments naturels nécessaires à la défense. Le « miracle de Madrid », comme on le qualifiait alors, la résistance et le coup de frein porté à l'offensive des troupes franquistes contre la capitale fut un des éléments qui a contribué à rehausser le prestige du PCE. Qui plus est, cela se produit dans un moment charnière : les Brigades internationales entraient en scène et les premières avions soviétiques arrivaient, commençant à disputer l'espace aérien de Madrid aux bombardiers qui jusqu'alors avaient réduit la ville en cendres.

Vous analysez également en profondeur le niveau d'affrontement atteint durant les premiers mois de l'année 1937 dans les arrières républicains, qui a culminé dans les « événements de mai » à Barcelone...

Par rapport aux « événements de mai », j'ai tenté de les remettre en perspective, puisqu'il s'agit de faits très graves qui ont laissé une empreinte très profonde dans l'image forgée par la suite de la République en guerre, car ils furent le point culminant de toute période, qui découle des premiers moments de la guerre, de concurrence entre organisations qui aspiraient à imposer leur hégémonie. Ce conflit hégémonique, dont le PCE a pris l'initiative parmi les deux forces historiques du mouvement ouvrier, s'est manifesté fréquemment par des frictions violentes, surtout avec les anarcho-synidcalistes et essentiellement dans certaines régions, comme en Aragon, dans l'arrière-pays Catalan ou même parfois sur le front Madrilène.

Cet affrontement permanent a finalement éclaté en mai 1937, car ce fut le moment où il fallait opérer un choix dans le dilemme classique de la guerre : ou on approfondissait cette décentralisation ce qui supposait, à certains égards, le maintien du contrôle de secteurs-clés de l'économie par certaines organisations, ou alors on coordonnait l'effort de guerre pour diriger toutes les forces dans une seule et même direction, celle de la résistance, ce qui supposait logiquement que chacun renonce à une partie de ses positions pour reconstruire l’État républicain dans son intégralité. Comme les forces qui s'opposaient à cette centralisation avaient les forces potentielles suffisantes pour tenir la confrontation, celle-ci a éclaté.

La campagne de discrédit et la lutte contre le POUM (comprenant l’assassinat d'Andreu Nin par des agents soviétiques) est un des épisodes les plus négatifs de l'action du PCE durant la guerre civile ?

En effet, c'est une tâche, il était absolument absurde de porter de telles accusations... Et qui plus est, le POUM n'était même pas vraiment trotskiste, il avait été désavoué par Trotsky au début de l'année 1936 lorsqu'il a signé le pacte du Front populaire. Mais, en admettant qu'on puisse les qualifier de trotskistes, les accuser de « cinquième colonne du nazisme international » était absolument absurde. Ce fut la lutte typique entre deux secteurs qui étaient « faits de la même matière », qui se connaissaient depuis longtemps, qui avaient combattu pour l'hégémonie au sein même du PCE dans les années 1930 et, après avoir été mis en minorité Maurín, Nin et ceux qui allaient former le POUM, devinrent une force bien gênante en Catalogne pour l'hégémonie du parti communiste catalan, le PSUC.

Le POUM, qui maintenait le feu sacré du cycle révolutionnaire de l'Octobre soviétique, à mon avis, s'est trompé dans sa lecture de la guerre à plusieurs reprises et finit par se mettre lui-même hors sujet. Les événements de Barcelone, concrètement, furent décisifs, il ne les a pas impulsé, il ne les a pas mené, mais il a rejoint une initiative qui partait de secteurs mécontents de la collaboration des anarcho-syndicalistes au gouvernement. Bien qu'il s'agissait d'une erreur, ils ont rejoint l'insurrection, ils l'ont défendu, l'ont soutenu, s'en sont revendiqués. Dans un contexte comme celui de la guerre civile, cela signifiait se situer en point de mire et fournir à ses ennemis des arguments fallacieux, mais qui pouvaient alors apparaître à certains comme vraisemblables, qui alimentaient une entreprise d'affaiblissement de la République qui ne pouvait que bénéficier au camp opposé.

En mai 1937, eut également lieu le remplacement de Largo Caballero par Negrín à la tête du Gouvernement, un fait dont on accuse traditionnellement les communistes d'être à l'origine...

Au printemps 1937, l'image de Largo Caballero commençait à se dégrader à cause des erreurs commises dans la conduite de la guerre, qui avaient mené entre autres à la perte de Málaga, et les communistes ont commencé à prendre la tête d'un mouvement pour le remplacer à la tête du Gouvernement ou, tout du moins, à la tête du Ministère de la Guerre. Largo Caballero était un dirigeant peu flexible, et cela les communistes n'étaient pas les seuls à le dire, c'était le cas également d'Azaña et des républicains eux-mêmes. On a toujours attribué sa chute exclusivement aux communistes mais, même si ils ont joué le rôle de fer de lance, il y eut bien d'autres secteurs impliqués dans l'affaire.

Pourquoi Negrín? Parce que lui posait clairement comme priorité absolue la résistance tant que l'on ne parviendrait pas à passer à l'offensive, ayant en tête la possibilité que se produise une détérioration de la situation européenne qui conduise à une guerre de plus grande ampleur dans la quelle pourrait s'insérer la guerre civile européenne. En attendant, il croyait qu'il fallait mener la politique de guerre avec un puissant effort de centralisation qui dépasse les intérêts particuliers des partis et des syndicats, chose qui n'était pas aussi claire pour Largo Caballero. Et logiquement il y eut ici un rapprochement avec le PCE, mais pas du tout une subordination de Negrín aux communistes; c'est eux qui au contraire suivirent Negrín la plupart du temps.

Vous exprimez également votre accord avec Helen Graham (spécialiste renommée de l'évolution du PSOE pour ce qui est de cette période) en affirmant : « Le PCE devint pendant la guerre le meilleur parti républicain jamais connu dans l'histoire de l'Espagne »...

Le PCE a apporté pour la première fois un militantisme de masses à ce projet et il le fit en outre en le dotant de techniques de propagande d'avant-garde. C'était un parti de masses avec des organisations modernes qui agissaient, se déployaient dans la rue et mobilisaient par l'emploi du cinéma, des affiches, de la presse, de la radio... Il a apporté pour la première fois une base sociale importante à cette idéologie transversale, républicaine, patriotique, radicale, réformatrice... car les partis républicains avaient été des partis de notables, d'intellectuels comme Azaña, Giral ou Martínez Barrio.

Cependant, tout au long de l'année 1938, couvait « un isolement croissant du PCE ». Pour quelles raisons ?

Tout d'abord, lorsque non seulement on ne gagnait pas la guerre, mais que l'on commençait à perdre rapidement du terrain, la base sociale a logiquement vacillé. 1938 fut l'année de la rupture du front républicain : la Catalogne d'une part, et la région centre-sud d'autre part. Ce fut également l'année de la capitulation des démocraties face à Hitler et Mussolini à Munich et, donc, de l'abandon de la perspective selon laquelle la guerre aurait pu s'achever par une négociation dans les intérêts des républicains ou recevoir le soutien des démocraties occidentales. Le PCE, qui maintenait ce discours galvanisateur autour de la guerre, devint cela, le parti de la guerre, et comme les gens croyaient de moins en moins en la victoire, la confiance envers ceux qui défendaient la poursuite de la guerre a commencé se détériorer progressivement.

Par ailleurs, le parti a également commis des erreurs : une confiance en soi excessive en raison de l'explosion de ses effectifs militants l'année précédente, un traitement parfois dédaigneux de ses alliés potentiels, l'exacerbation d'une propagande omnipotente et omniprésente qui le fit apparaître comme une force étouffante et irrésistible... Lorsque dans les autres forces républicains on commença à envisager plus sérieusement la possibilité d'une armistice, celles-ci partirent de la nécessité que, si les deux piliers les plus solides de l'effort de guerre et ceux qui n'accepteraient jamais une capitulation étaient le PCE et Negrín, il fallait se débarrasser des deux et cela conduit à la mise en place d'une coalition de forces et de personnalités qui étaient présentes lors du putsch de Casado en mars 1939.

Pour les forces républicaines, la guerre civile s'est achevée de la pire des manières, non seulement en raison des événements dramatiques de mars 1939, mais aussi du boulet du ressentiment qui a plombé la période d'exil.

Le 22 février, le bureau politique du PCE avait publié un manifeste dans lequel il avertissait : « Le triomphe du fascisme dans notre pays ne sera pas une courte étape transitoire de gouvernement réactionnaire (…) Ce sera la fin de tout ce que les ouvriers ont gagné pendant des décennies d'efforts et de durs combats... »

Sans nul doute. Ce qui est impressionnant quand tu analyses les réactions ce certains des protagonistes de l'époque qui ont soutenu le putsch de Casado fut leur erreur d'appréciation considérable sur la possibilité d'une paix honorable.


Les “tuteurs” de l'Internationale

Guerre ou Révolution. Le Parti communiste d'Espagne dans la guerre civile démonte une bonne partie de la propagande qui sept décennies durant, et avec divers arguments, a diffamé les agissements du PCE entre 1936 et 1939, depuis la bibliographie franquiste jusqu'aux classiques de la littérature trotskiste comme La guerre civile espagnole: Révolution et contre-révolution de Burnett Bolloten. Une des idées-force qui traverse tous ces ouvrages, tout comme le discours de dirigeants socialistes importants en exil comme Indalecio Prieto, fut que le PCE n'était rien d'autre qu'une marionnette manipulée depuis Moscou par Staline à travers les agents de l'Internationale communiste avec l'intention d'instaurer un régime similaire à ceux qui après la Seconde guerre mondiale furent mis en place en Europe de l'Est.

Hernández Sánchez rappelle, tout d'abord, que le Komintern avait toujours envoyé en Espagne des « tuteurs » pour le PCE, qui s'auto-définissait alors comme la « Section espagnole de l'Internationale communiste ». En 1937 arrivèrent deux d'entre eux, le bulgare Stoyan Minev (Stepanov) et l'italien Palmiro Togliatti, dont la mission fondamentale fut, à mon avis, bien différente : « L'Union soviétique n'était pas intéressée par la mise en place du communisme en Espagne, comme l'a affirmé plus tard une certaine propagande ; l'URSS, fondamentalement, souhaitait que la guerre espagnole ne déséquilibre pas le système de sécurité collective européenne qu'il avait mis beaucoup de temps à redessiner et qui reposait sur le maintien d'un pacte avec la France et de fait avec l'Angleterre pour faire obstacle à l'expansionnisme allemand ou, en dernier recours, obliger Hitler à combattre sur deux fronts ».

« La guerre civile – conclut-il – déséquilibrait ce système de sécurité et mettait en danger son rapprochement avec les démocraties occidentales, ce qui fait que le travail fondamental des délégués de l'Internationale fut de maintenir le conflit espagnol dans ce cadre, en évitant les débordements, chose qu'il eut parfois beaucoup de mal à éviter ».

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Espagne
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