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    Le site Solidarité Internationale PCF publie des traductions de déclaration, des communiqués, des articles théoriques et d'actualité provenant de partis communistes du monde entier ainsi que des analyses françaises sur le mouvement communiste international et la politique étrangère de la France. La ligne éditoriale du site suit les positions du Réseau "Faire vivre et renforcer le PCF" (site http://vivelepcf.fr/) qui refuse la dérive réformiste du PCF suivant le PGE. Notre site s'efforce de faire vivre la conception de la solidarité internationale portée historiquement par le PCF.

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8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 17:24
Affiche du candidat socialiste Eugène Debs aux présidentielles américaines de 1912

Affiche du candidat socialiste Eugène Debs aux présidentielles américaines de 1912

Dans ce bref article, que nous reproduisons, Lénine commente les résultats des élections présidentielles américaines de 1912. Il s’applique bien encore à la situation d’aujourd’hui : aussi bien dans la critique du bipartisme « républicains/démocrates », le plus « efficace » pour « empêcher la formation d’un parti ouvrier indépendant », dans l’analyse de la crise – déjà – de cette démocratie bourgeoise, que dans les capacités de renouvellement de cette dernière face à la montée de la contestation populaire. Les élections aux Etats-Unis en 1912 ont connu le plus important résultat pour un candidat d’un parti socialiste, Eugène Debs, 6%. Le système répond à ce qu’exprime notamment cette poussée par la création d’un éphémère « Parti progressiste », dissident du Parti républicain, aux accents plus étatistes et sociaux (socio-démocrates ?) pour mieux tromper les travailleurs. Après la participation américaine à la guerre impérialiste 1916/1918, les deux partis traditionnels sauront intégrer cette dimension, en particulier face au changement du rapport de force mondial après la Révolution d’Octobre.

 

Résultats et signification des élections présidentielles américaines (Lénine 1912)

C’est le « démocrate » Wilson qui a été élu président des Etats-Unis d’Amérique. Il a obtenu plus de 6 millions de voix contre moins de cinq millions à Roosevelt (« Parti national progressiste » nouvellement constitué) et moins de quatre millions à Taft (« Parti républicain »). Pour ce qui est du candidat socialiste, Eugène Debs, il en a récolté neuf cent mille.

Si les élections américaines ont une importance mondiale, c’est d’une part parce que le nombre des voix socialistes a beaucoup augmenté, mais surtout c’est parce qu’elles ont fait apparaître une grave crise des partis bourgeois dont la décomposition a été mise en évidence de façon frappante. Enfin, l’importance de ces élections vient de ce qu’elles ont montré on ne peut clairement que le réformisme bourgeois était un moyen de lutte contre le socialisme.

Dans tous les pays bourgeois, les partis qui défendent le point de vue du capitalisme, c’est-à-dire les partis bourgeois, existent depuis très longtemps et sont d’autant plus solides que la liberté politique est plus grande.

L’Amérique est le pays où il y a le plus de liberté. Et pendant tout un demi-siècle (depuis la fin de la guerre de Sécession de 1860 – 1865), elle a eu deux partis bourgeois d’une force et d’une stabilité tout à fait remarquables. Les anciens propriétaires d’esclaves sont groupés dans le soi-disant « Parti démocrate » et les capitalistes partisans de la libération des noirs forment le « Parti républicain ».

Après l’abolition de l’esclavage, les différences existant entre les deux partis n’ont cessé de s’atténuer. Le principal objet de la lutte qui les a opposés était les tarifs douaniers, et comme cette lutte n’avait aucune espèce de signification sérieuse pour la masse du peuple, chacun des deux partis s’est employé à la tromper, à la détourner de ses intérêts vitaux au moyen de duels aussi spectaculaires que vides de contenu.

Ce « bipartisme » qui a régné tant en Amérique qu’en Angleterre a été l’un des moyens pour empêcher le plus efficacement la formation d’un parti ouvrier indépendant, réellement socialiste.

Or, voici qu’en Amérique, dans le pays qui est à l’avant-garde du capitalisme, le bipartisme vient de faire faillite ! A quoi cette faillite est-elle due ?

A la force du mouvement ouvrier, au développement du socialisme.

Alors que les vieux partis bourgeois (« démocrate » et « républicain ») étaient tournés vers le passé, vers l’époque de l’abolition de l’esclavage, le « Parti progressiste national » qui est le nouveau parti bourgeois est tourné vers l’avenir. Le capitalisme doit-il oui ou non continuer à exister : tout son programme tourne autour de cette question et plus précisément autour du problème de la protection des ouvriers et du problème des « trusts ».

Les anciens partis sont le produit d’une époque qui avait pour tâche d’accélérer au maximum le développement du capitalisme, et leurs désaccords portaient sur les méthodes à employer pour faciliter le plus possible cette accélération.

Le nouveau parti, par contre, est le produit de l’époque contemporaine, où c’est le problème de l’existence même du capitalisme qui est posé. Et comme l’Amérique est le pays qui est le plus libre et le plus avancé, c’est là que ce problème se pose avec le plus de netteté et le plus d’accuité.

Tout le programme, toute la propagande de Roosevelt et des « progressistes » visent à sauver le capitalisme … au moyen de réformes bourgeoises.

Alors que dans la vieille Europe, le réformisme bourgeois n’est qu’un bavardage de professeurs libéraux, on voit qu’en Amérique il s’incarne d’emblée dans un parti de quatre millions d’électeurs. Style américain.

Nous sauverons le capitalisme par des réformes, proclame ce parti. Nous instaurerons la législation ouvrière la plus avancée du monde. Nous soumettrons tous les trusts (en Amérique cela signifie toute l’industrie) au contrôle de l’Etat. Nous instituerons ce contrôle d’Etat afin de faire disparaître la misère, afin que tout le monde reçoive un salaire « décent ». Nous ferons régner la « justice sociale et industrielle ». Nous favoriserons toutes les réformes… La seule dont nous ne voulons pas, c’est l’expropriation des capitalistes.

En Amérique, la richesse nationale totale d’élève à 120 milliards de dollars, soit environ 240 milliards de roubles. Sur cette somme, il y en a environ 80 milliards, soit à peu près un tiers, qui appartient aux deux trusts Rockfeller et Morgan ou qui est contrôlé par eux ! Ces deux trusts composés tout au plus de 40.000 familles règnent sur 80 millions d’esclaves salariés.

D’évidence, tant que ces modernes propriétaires d’esclaves existeront, toutes les « réformes » ne seront que des mensonges. Les milliardaires matois ont manifestement loué les services de Roosevelt pour prêcher ces mensonges. Tant que le capital restera aux mains des capitalistes, le « contrôle d’Etat » promis par Roosevelt se transformera inévitablement en un moyen permettant de combattre et d’étouffer les grèves.

Mais le prolétariat américain ne reste pas endormi. Il monte la garde et il accueille les succès de Roosevelt avec une saine ironie, comme pour dire : Vous avez réussi à fourvoyer 4 millions de personnes par vos promesses de réformes, monsieur le charlatan Roosevelt ? Très bien ! Ces quatre millions de personnes qui ne vous ont suivi que parce qu’elles sentent qu’il est impossible de continuer à vivre comme par le passé, ne tarderons pas à s’apercevoir que vos promesses ne sont que des mensonges.

La « Pravda » n°164, 9 novembre 1912, signé V.I.

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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 16:54

 

Rencontres de la revue CAHIERS COMMUNISTES, avec le concours du site internet « Solidarité internationale PCF ».

 

Elections américaines 2016 : La crise de la démocratie bourgeoise US, reflet de l’aggravation de la crise globale du capitalisme ? Conséquences pour le monde, état et perspectives du mouvement ouvrier américain.

 

DEBAT PUBLIC, mercredi 5 octobre 2016, à 18h30, au 61 rue Violet (métros Emile-Zola ou La-Motte-Piquet)

 

Interviendront :

  • Roger KEERAN, historien marxiste américain (auteur notamment de « Le socialisme trahi, les causes de la chute de l’Union soviétique », publié en français aux éditions Delga).

  • Andrew EISENHAUER, enseignant américain en France

  • Russel YATES, militant communiste américano-français

  • Emmanuel DANG TRAN, membre du Conseil national du PCF, corédacteur de la motion du 37ème congrès, « Reconstruisons le parti de classe. Priorité au rassemblement dans les luttes ».

Le système politique américain présente, depuis des décennies, une caricature de la stérilité et de l’imposture de la « démocratie » bourgeoise : alternance entre deux partis aux positions fondamentales similaires, abstention massive des travailleurs, politique spectacle. Au moment où la campagne des présidentielles en France rejoint ce bas niveau (ex : primaires), ce système semble montrer des signes de craquement aux Etats-Unis. De façon très différente, les résultats de Bernie Sanders aux primaires démocrates, sur un discours social-démocrate, et la victoire aux primaires républicaines de Donald Trump, populiste aux positions incongrues, traduisent une aspiration nouvelle au changement politique. Nous y voyons un effet de l’aggravation de la crise globale du capitalisme dans ce qui reste sa première puissance. La paupérisation des travailleurs américains s’accélère durement. Loin de se résorber, les tensions raciales et communautaires s’accentuent. Relativement affaibli dans le monde, l’impérialisme américain se précipite dans une nouvelle surenchère agressive, commerciale et militaire, notamment au Moyen-Orient, aux conséquences également lourdes sur la population américaine.Pour autant, le début de crise politique ne laisse pas entrevoir d’issue progressiste, comme si les rôles avaient été partagés entre Clinton, Trump et Sanders. Le milliardaire Trump déstabilise un peu l’establishment sur certains points mais ne conteste nullement le système. Il fait craindre, aussi bien si Clinton est élue, un durcissement répressif du régime. De son côté, Sanders a rallié, comme l’ex-président George Bush senior, la représentante de Wall Street et des « faucons » fauteurs de guerre qui paraît en situation d’aggraver encore le cours actuel.Dans notre débat, nous souhaitons approfondir et confronter ce début d’analyse, informer sur l’état des résistances et de l’organisation de la classe ouvrière aux Etats-Unis, mesurer les conséquences pour le monde et la France de la campagne et du résultat des élections américaines. Les interventions seront prononcées en français et en anglais avec traduction.

Que devraient faire maintenant les partisans de Bernie Sanders ?

Bernie Sanders : « Occupy Wall Street » ? Oui, mais aux côtés d’Hilary Clinton!

Renseignements : pcfparis15@orange.fr

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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 23:02
Que devraient faire maintenant les partisans de Bernie Sanders ?

Nous publions la réflexion collective de la rédaction du site internet américain ami, « Marxism-Leninism Today », le 12 juillet 2016, après le ralliement plat de Sanders à Clinton. Elle donne une analyse globale de la campagne électorale aux Etats-Unis, sans entrer dans les détails sur Sanders. Elle conduit à appeler les partisans de Sanders à refuser le soi-disant « choix du moindre mal » derrière Hillary Clinton. Elle conduit à appeler à la constitution d’une nouvelle forme d’organisation politique indépendante des partis du système. Traduction MlN pour « Solidarité internationale PCF – Vive le PCF ».

Voir aussi sur vivelepcf: USA : Bernie Sanders s’aligne platement sur la représentante de Wall Street et du Pentagone. Tout sauf une surprise !

Les élections de 2016 sont le reflet de l’approfondissement de la crise du système économique capitaliste en général et du système politique américain, et de ses partis, en particulier.

Les primaires démocrates sont terminées. Sanders a apporté son soutien à Clinton. Les partisans de Bernie Sanders sont incités à accepter docilement la candidate démocrate liée au monde des affaires, Hillary Clinton, comme le moindre mal. Certains insinuent que cela laisse présager, suivant on ne sait quelle alchimie, une « présidence progressiste retentissante ».

Ainsi le magazine « The Nation » (22/27 juin), bastion libéral [sens américain du mot « libéral »] qui a soutenu Sanders, déploie le drapeau blanc de la reddition en ces termes : « Un Parti démocrate qui intègre et adopte les idéaux de la campagne de Sanders et les gens qui l’ont soutenue se trouvera en meilleure position pour battre Donald Trump en novembre et pour gouverner le pays avec un mandat progressiste retentissant dans les années à venir ».

C’est de la pure magie. Déjà, à la réunion d’élaboration de la plateforme démocrate qui s’est tenue à Orlando en Floride, les positions de Sanders sur des sujets tels que le partenariat transpacifique, les droits des Palestiniens, le système de santé à payeur unique, ont été repoussées par les Clintoniens.

Pourtant, une opportunité se présente en ce moment. L’aggravation du mécontentement social suscite des frondes au sein des deux grands partis. Alors que les différences entre les deux partis qui monopolisent la vie politique se font encore plus minces, le réflexe du « vote pour le moindre mal » a de moins en moins de sens chez les électeurs en général, encore moins chez les partisans de Sanders.

Et la révolte est venue.

Il s’est passé quelque chose de nouveau pendant la saison des primaires de 2016. Le mouvement électoral vers Trump et Sanders a représenté un degré nouveau dans la désaffection à l’égard du système et des habitudes politiques.

Tout le monde s’attendait, à un moment ou un autre, à l’irruption de la colère des électeurs. Quarante ans de stagnation ou de baisse des salaires, les délocalisations d’emplois et la désindustrialisation, la croissance des inégalités, la violence policière contre la jeunesse noire, l’incarcération de masse, les attaques contre les droits syndicaux et le droit du travail, la réduction de la protection sociale, les guerres sans fin, la grande récession de 2008 puis la reprise hésitante, les blocages au Congrès, l’accroissement de la pauvreté et de l’insécurité : tout cela a modifié la conscience de dizaines de millions de personnes.

La colère des électeurs a finalement trouvé une expression politique dans les urnes.

La façon dont elle s’est exprimée n’est pas symétrique. Dans le cas des Démocrates, Bernie Sanders – contre une opposante démocrate adoubée par les milieux d’affaires – a mis en avant une social-démocratie à la scandinave. L’indépendance politique ne faisait pas partie de son projet. Dès le départ, il a promis de soutenir le vainqueur des primaires. A son crédit, on peut mettre qu’il a opéré un mouvement à gauche sur plusieurs sujets importants. Sa campagne a inspiré des segments de la base démocrate, spécialement dans la jeunesse. Sanders a fini avec 12 millions de voix aux primaires, à comparer aux 16 millions pour Clinton.

Les frondes progressistes ou libérales [au sens américain] ne sont pas nouvelles dans le Parti démocrate : Ted Kennedy contre Jimmy Carter en 1980 ; Jesse Jackson en 1984 et 1988 ; Howard Dean en 2004 ; Dennis Kucinich en 2004 et 2008. Dans tous les cas, ces frondes ont tourné court. La plupart des démocrates ont fini par voter pour le candidat démocrate désigné, apparaissant comme un « moindre mal » par rapport à un candidat républicain résolument réactionnaire.

L’appareil du Parti démocrate sait rassembler ses brebis égarées.

Des conférences sont organisées pour que les militants pro-Sanders puissent se défouler, mais, à y regarder, l’ordre du jour se limite simplement à une liste de vœux sur ce que seraient des politiques publiques progressistes. Il n’est pas mis à l’ordre du jour d’idée concrète pour s’organiser en vue d’une indépendance politique vis-à-vis des deux partis du système. Ce serait la conférence qui vaudrait la peine d’être organisée. Dans une conférence à Chicago, la candidate à la présidence du Parti Vert, Jill Stein, a été empêchée de parler à l’assistance.

Le camp Clinton et ses représentants cherchent à ramener au bercail les partisans de Sanders, par exemple, en parlant du « fascisme », du « Mac-Carthysme » de Trump ou de l’indicible horreur de « perdre » le contrôle de la Cour Suprême des Etats-Unis.

Deux maux équivalents

L’argument du moindre mal n’a jamais été plus faible que maintenant.

Ce fait nouveau est de haute importance.

Si, au niveau présidentiel, les deux grands partis sont également mauvais, alors il incombe aux progressistes d’entamer un travail politique systématique pour une sortie du système bipartisan, pour l’indépendance.

Trump et Clinton sont tout aussi mauvais, mais de façon différente. Sur les questions nationales (à l’exception du commerce), Trump est évidemment pire que Clinton, mais, en politique étrangère, Clinton est plus dangereuse que Trump et c’est démontrable.

Trump représente une longue tradition américaine de populisme de droite qui mêle racisme, xénophobie, nationalisme et isolationnisme avec la nostalgie de l’âge d’or. Le populisme de droite associe des attaques contre des groupes socialement opprimés avec une défiance déformée vis-à-vis des élites, tout en désignant des boucs émissaires. George Wallace dans les années 60 et 70 et Patrick Buchanan dans les années 90 en sont des exemples récents. Dans les années 30, le mouvement mené par le Père Coughlin, qui prêchait l’antisémitisme à la radio, était un exemple de ce populisme de droite.

Le système politique est secoué

Les partis politiques ont un caractère de classe. Les partis sont l’expression de classes sociales. Ils constituent l’un des instruments les plus importants au moyen desquels les classes sociales se battent pour leurs intérêts et pour le pouvoir politique. Aux Etats-Unis aujourd’hui, la classe dominante dispose de deux partis, les Républicains et les Démocrates. Effectivement, leur base de masse diffère, mais ce qui est décisif, ce sont leurs bailleurs de fonds et leurs directions. Celles-ci partagent les mêmes vues et servent les intérêts de la même classe dominante, même au moyen de tactiques différentes.

Si les deux partis sont des partis capitalistes, comment expliquer les conflits ? Les révoltes portées aussi bien par Trump que par Sanders reflètent la colère populaire devant la façon dont les dirigeants des deux partis ont ouvertement servi les intérêts capitalistes en sacrifiant les intérêts des travailleurs. S’ils capitalisent sur cette colère, ni le racisme et l’isolationnisme de Trump, ni la social-démocratie de Sanders ne menacent le capitalisme. Mais les deux hommes menacent certains intérêts particuliers dans les entreprises et les partis. Cela explique la panique devant Trump et la désertion de certains Républicains et la panique devant Sanders et les efforts de certains Démocrates pour courtiser ses partisans.

Cette nature de classe des deux partis du capitalisme monopoliste, qu’ils nient toujours, apparaît clairement en temps de crise et sur des questions politiques fondamentales. Dans une situation « normale », un parti peut manœuvrer politiquement et faire quelques concessions au peuple. Le Parti démocrate, presque tout au long du vingtième siècle, s’est évertué à obtenir l’allégeance des travailleurs et des minorités en concédant de petites réformes pour maintenir cette alliance.

L’autre parti, le Républicains, gouverne habituellement avec des méthodes résolument réactionnaires et travaille à réaliser ses objectifs résolument réactionnaires.

Au fond, les deux partis sont en fin de compte sont la propriété des riches et des puissants, des plus grandes entreprises et des banques. Ils ont pour mission de préserver les relations économiques et sociales existantes.

Mouvement vers la droite et différences de plus en plus minces

Depuis la fin des années 70, il s’est produit une double évolution dans le système partisan américain. Les deux partis dominants des Etats-Unis ont tous les deux évolué vers la droite et, en même temps, ils se sont rapprochés – du moins sur les questions fondamentales. Admettons que des différences subsistent sur les questions « sociales ».

L’emprise des monopoles est devenue encore plus évidente maintenant, après l’arrêt de la Cour suprême intitulé « United Citizens - Unité des citoyens » pris en 2010. Ce jugement a levé des contraintes sur le financement occulte des campagnes électorales par les milliardaires. En 2016, jusqu’à présent, Hillary Clinton est de très loin la favorite des financeurs de Wall Street.

La dérive droitière des deux partis principaux du capital monopoliste américain est apparue d’abord avec l’aiguisement de la crise capitaliste et l’effondrement du Keynésianisme au milieu des années 70. Une évolution encore plus à droite est venue avec la montée du Reaganisme et du Thatchérisme au début des années 80.

Les différences entre les deux partis du grand capital n’ont cessé de se réduire à partir de la présidence de Jimmy Carter à la fin des années 70. Le Parti démocrate a abandonné toute prétention à compléter le programme inachevé du New Deal, ce qu’il s’était efforcé de faire, jusqu’à un certain point, dans les années Kennedy-Johnson. En 1981, Reagan a repris l’essentiel du programme économique de Carter.

Dans les années 90, le « nouveau Démocrate » autoproclamé Bill Clinton et son « Democratic Leadership Council » ont été au cœur du travail pour redessiner le Parti démocrate. Au fil du temps, le Parti démocrate est devenu le Parti « républicain – bis » qu’il est maintenant.

Des facteurs historiques mondiaux ont été la toile de fond de ces tendances nouvelles dans le système partisan des Etats-Unis. La chute de tant d’Etat socialistes dans les années 1989-1991, et la fin d’un système social alternatif en concurrence auprès des travailleurs ont ôté une bonne part de l’attrait du système bipartisan pour les cercles gouvernants. Depuis la fin du New Deal, ils s’étaient satisfaits d’une formule stable : un parti conservateur de centre-droit, les Républicains, en alternance au gouvernement avec un parti de centre gauche, modérément réformiste, les Démocrates.

La perte d’influence de la logique du moindre mal

Un électeur américain de la classe ouvrière, du moins jusqu’à récemment, pouvait faire le calcul plausible que la misère sociale pourrait être, d’une certaine façon, un peu moins aigüe avec un Démocrate, plutôt qu’un Républicain à la Maison Blanche. Cet électeur a pu voter pour le « moindre mal ».

Le marxisme, cependant, garde comme repère un point de vue de classe stratégique de longue portée. D’abord, le marxisme ne considère pas que les élections sont toute la politique. Ensuite, la contribution spécifique du marxisme est d’introduire un point de vue de classe dans toute la politique. En politique électorale, cela doit conduire à mettre fin à l’intégration de la classe ouvrière aux deux partis des monopoles.

Le socialisme signifie gouvernement par la classe ouvrière et transformation révolutionnaire de la société. Une classe ouvrière qui s’installe dans la logique du moindre mal ne peut pas gagner le socialisme. Pour les marxistes, accepter le raisonnement de « bon sens » - savoir qui est le candidat ou le parti le moins mauvais - est totalement indéfendable. La logique du moindre mal conduit toujours la classe ouvrière à s’aligner derrière un parti de la classe dominante ou un autre.

Tant qu’ils seront liés à l’attelage politique du grand capital, les travailleurs ne pourront remporter aucune victoire fondamentale. L’indépendance politique, basée en premier lieu sur l’action dans le mouvement ouvrier, est un préalable. Les monopoles ont compris depuis longtemps la place potentielle du monde du travail au cœur d’une coalition électorale antimonopoliste. Le capital utilise toutes les méthodes possibles pour empêcher le monde du travail de construire ses propres organisations politiques et électorales.

Trump représente-t-il un danger tel qu’il faille soutenir Clinton ?

Trump est mauvais mais ce n’est pas un fasciste. Le marxisme a une définition scientifique, éprouvée, du fascisme : « Le fascisme est la dictature ouverte, terroriste des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capital financier ». Cela ne se mesure pas aux déclarations de Trump (souvent contradictoires) pas plus qu’aux actions de voyou de certains de ses partisans.

Ce qui est décisif plutôt, c’est les classes qui sont derrière Trump. A l’heure où nous écrivons ces lignes (début juillet 2016), son populisme et son caractère imprévisible effrayent une bonne part de Wall Street et des autres grands donateurs ainsi que l’establishment républicain. Certains ont été apeurés au point de soutenir Clinton qui reçoit une aide généreuse de Wall Street.

Un autre élément à mesurer réside dans les circonstances historiques. A la différence de l’Allemagne du début des années 30, où la révolution était une possibilité, le capitalisme américain ne traverse aucune crise existentielle. Le pouvoir d’Etat n’est pas en train d’échapper des mains des représentants de Wall Street. Certes, c’est un peu la pagaille au Parti républicain. Il reste à voir si la fronde massive de la base du Parti républicain aux primaires de 2016 aura des effets dans la durée.

Est-ce que la composition de la Cour suprême des Etats-Unis est une raison suffisante pour soutenir Clinton ? Seulement si l’on croit que des vies américaines sont plus importantes que les vies des innocents à l’étranger qui vont mourir encore sous le coup de la politique étrangère d’Hillary Clinton.

Clinton a fait ses preuves comme criminelle de guerre et interventionniste. Les peuples de Libye, de Syrie, d’Irak, du Honduras et d’ailleurs en savent quelque chose. Elle est allée plus loin que de vouloir sacrifier les intérêts des travailleurs et des minorités dans notre pays aux intérêts de Wall Street et des multinationales.

En conséquence, il ne saurait y avoir de moindre mal entre ces deux choix présidentiels.

Quelle perspective pour les partisans de Sanders ?

Soutenir Hillary Clinton n’est pas une perspective.

Les firmes qui contrôlent les actions d’Hillary Clinton feront sauter les quelques modifications mineures que les partisans de Sanders ont pu placer dans la plate-forme du Parti démocrate.

Les partisans de Bernie Sanders ne peuvent progressivement obtenir d’autre changements qu’en faisant monter la pression à gauche, en renforçant ce qui existe de politiquement indépendant des deux grands partis. En parlant « d’indépendance », il va de soi que nous parlons d’indépendance de classe – d’indépendance à l’égard des financements et du contrôle du capital.

L’histoire des Etats-Unis nous apprend que d’importants nouveaux partis politiques sont nés quand une crise a causé une rupture de masse dans les allégeances à l’ancien parti et que des forces avancées avaient patiemment préparé le terrain. Le meilleur exemple : les Abolitionnistes et leurs alliés, après s’être abstenus, peu judicieusement, de participer à la politique électorale, s’y sont essayés, parti après parti, le « Liberty Party », le « Free Soil Party », et finalement le Parti républicain.

A la fin des années 1850, la crise sur la question de l’esclavage a atteint un tournant. Les vieux partis politiques, comme le « Whigs », les « Démocrates » et les « Know Nothing » se sont désintégrés ou ont éclaté sur cette question. Mais la coalition antiesclavagiste était prête : elle avait son candidat, Lincoln, une revendication centrale, la non-extension de l’esclavage aux territoires, et un parti, les Républicains.

La lutte contre le pouvoir des trusts au 21ème siècle est semblable à la lutte contre le pouvoir des propriétaires d’esclaves au 19ème siècle. La tâche suprême est maintenant de construire un parti de masse pour contenir le pouvoir des trusts. Cela ne se fera pas sans une avant-garde révolutionnaire organisée. Les Abolitionnistes étaient une avant-garde de ce type à leur époque. Un parti marxiste-léniniste le sera à la nôtre.

L’avenir nous dira si une rupture de masse dans les allégeances aux anciens partis est en cours.

Quoi qu’il en soit, les partisans de Sanders peuvent et devraient s’organiser de façon indépendante maintenant. Ce sera une tâche difficile à long terme. Beaucoup de questions ne trouvent pas de réponse facile : comment mettre en mouvement pour un changement radical la classe ouvrière, les autres classes déterminantes et les forces sociales, encore souvent embourbées dans la logique du moindre mal.

En rejetant Hillary Clinton, même comme moindre mal, et, de façon plus décisive, en prenant la résolution de construire une indépendance politique, les militants et les partisans de la campagne de Sanders peuvent faire de 2016 l’’année d’une véritable « révolution politique ».

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9 août 2016 2 09 /08 /août /2016 22:03
« Hiroshima : un crime qui paie encore, mais gare au jugement de l’histoire », par Diana Johnstone

Cet article de la journaliste américaine Diana Johnstone a été publié originellement en anglais sur le site américain de gauche « Counterpunch » le 5 août 2016. Nous avons repris la traduction en français disponible sur le site « Le Grand soir » en la remaniant pour « Solidarité internationale PCF – Vive le PCF ».

 

 

Lors de sa visite à Hiroshima en mai dernier, Obama n’a pas, comme certains l’avaient vainement espéré, présenté d’excuses pour le bombardement atomique de la ville, le 6 août 1945. Au lieu de cela, il a prononcé un discours ronflant et lénifiant contre la guerre. Il l’a fait alors même qu’il poursuivait sa guerre de drones contre des ennemis sans défense dans des pays lointains et approuvait des plans pour dépenser mille milliards de dollars pour une mise à niveau de l’arsenal nucléaire américain.

Des excuses auraient été aussi inutiles que son discours. Des paroles creuses ne changent rien. Mais voici une chose que Obama aurait pu dire qui aurait eu un véritable impact : la vérité.

Il aurait pu dire :

« Les bombes atomiques n’ont pas été larguées sur Hiroshima et Nagasaki "pour sauver des vies en mettant fin à la guerre". Ce fut un mensonge officiel. Les bombes ont été larguées pour observer leurs effets et pour montrer au monde que les États-Unis possédaient une puissance destructrice illimitée. »

Mais il n’y avait aucune chance qu’Obama dise cela. Officiellement, le bombardement « a sauvé des vies » et cela donc en « valait le coup ». Comme les villages vietnamiens que nous avons détruits pour les sauver, comme les innombrables enfants irakiens qui sont morts à la suite des sanctions américaines, les centaines de milliers de femmes et d’enfants agonisant dans deux villes japonaises figurent encore au passif des comptes que les États-Unis ont à rendre à l’humanité, une dette toujours impayée et impunie.

« Cela en valait le coup »

La décision de détruire Hiroshima et Nagasaki fut une décision politique et non militaire. Les objectifs ne furent pas militaires, les effets ne furent pas militaires. Les attaques furent menées contre la volonté de tous les grands chefs militaires. L’Amiral William Leahy, chef d’État-major interarmées à l’époque, écrit dans ses mémoires que « l’utilisation de cette arme barbare à Hiroshima et Nagasaki n’était d’aucune aide matérielle dans notre guerre contre le Japon. Les Japonais étaient déjà vaincus et prêts à se rendre ... » Le général Eisenhower, le général MacArthur, et même le général Hap Arnold, commandant de l’armée de l’air, se sont opposés à l’usage de cette arme. Le Japon était déjà dévasté par des bombes incendiaires, faisait face à une famine généralisée à cause du blocus naval des États-Unis, se retrouvait démoralisé par la reddition de son allié allemand, et craignait une attaque russe imminente. En réalité, la guerre était terminée. Tous les hauts dirigeants américains savaient que le Japon était vaincu et cherchait à se rendre.

La décision d’utiliser les bombes atomiques fut une décision purement politique prise presque uniquement par deux politiciens seuls : un président novice, joueur de poker, et son mentor, le secrétaire d’État James F. Byrnes [1]

Le président Harry S. Truman était en réunion avec Churchill et Staline dans la banlieue berlinoise, à Potsdam, lorsqu’il apprit l’information secrète que l’essai atomique dans le Nouveau-Mexique avait été un succès. Les observateurs se souviennent que Truman devint « un autre homme », rendu euphorique par la possession d’un tel pouvoir. Alors que d’autres hommes moins superficiels furent ébranlés devant les implications d’une telle force destructrice, pour Truman et, en connivence, son secrétaire d’Etat, James Byrnes, le message voulait dire : « Maintenant, on peut tout se permettre »

A partir de là, meurs actes allaient procéder de cette conception - en premier lieu, dans leurs relations avec Moscou.

En réponse aux appels pressants des Etats-Unis depuis des mois, Staline avait promis d’entrer en guerre en Asie, trois mois après la défaite de l’Allemagne nazie, qui eut lieu au début de mai 1945. Il était bien connu que les forces d’occupation japonaises en Chine et en Mandchourie ne pourraient pas résister à l’Armée rouge. Il était clair que deux choses entraineraient la reddition immédiate du Japon : l’entrée de la Russie dans la guerre et l’assurance des Etats-Unis que les membres de la famille royale ne serait pas traitée comme des criminels de guerre. Ces deux événements se sont produits dans les jours qui ont suivi le bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki.

Mais ils ont été éclipsés par la bombe atomique.

Et c’était bien l’objectif recherché.

Car ainsi, le crédit de la fin de la guerre fut attribué aux bombes atomiques américaines.

Mais ce n’est pas tout.

La possession confirmée d’une telle arme donna à Truman et Byrnes un tel sentiment de puissance qu’ils pouvaient revenir sur les promesses antérieures faites aux Russes et tenter d’intimider Moscou en Europe. En ce sens, les bombes sur Hiroshima et Nagasaki ont non seulement tué sans raison des centaines de milliers de civils mais ont également déclenché la guerre froide.

Hiroshima et la guerre froide

Une observation très importante sur les effets de la bombe atomique est attribuée au général Dwight D. Eisenhower. Comme son fils l’a raconté, il était profondément abattu en apprenant à la dernière minute que la bombe serait utilisée. Peu après Hiroshima, Eisenhower aurait dit en privé :

« Avant l’utilisation de la bombe, j’aurais dit oui, tant j’étais sûr que nous pourrions préserver la paix avec la Russie. Maintenant, je ne sais pas. Jusqu’à présent, j’aurais dit qu’à nous trois, la Grande-Bretagne avec sa puissante flotte, l’Amérique avec la plus puissante force aérienne, et la Russie avec la plus grande force terrestre sur le continent, nous trois, nous aurions pu garantir la paix du monde pendant une longue, très longue période à venir. Mais maintenant, je ne sais pas. Partout les gens ont peur et sont troublés. Tout le monde se sent en insécurité à nouveau ». [2]

En tant que commandant suprême des Forces alliées en Europe, Eisenhower avait appris qu’il était possible de travailler avec les Russes. Les systèmes économiques et politiques intérieurs des États-Unis et de l’URSS étaient totalement différents, mais sur la scène internationale, ils pouvaient coopérer. En tant qu’alliés, leurs différences étaient principalement dues à la défiance et pouvaient être surmontées.

L’Union soviétique victorieuse avait été dévastée par la guerre : les villes en ruines, quelque vingtaine de millions de morts. Les Russes voulaient de l’aide pour reconstruire. Auparavant, sous Roosevelt, il avait été convenu que l’Union soviétique obtiendrait des réparations de l’Allemagne, ainsi que des crédits des États-Unis. Tout à coup, il n’en était plus question. Lorsque la nouvelle de l’essai au Nouveau-Mexique est tombée, Truman s’écria : « Maintenant, les Russes vont marcher droit. » Parce qu’ils se sentaient tout à coup tout-puissants, Truman et Byrnes décidèrent de faire preuve de fermeté avec les Russes.

On dit à Staline que la Russie ne pourrait prélever de réparations que sur la partie orientale de l’Allemagne, en grande partie agricole, occupée par l’Armée rouge. Ce fut la première étape de la division de l’Allemagne, à laquelle Moscou s’opposait en réalité.

Puisque plusieurs des pays d’Europe de l’Est s’étaient alliés à l’Allemagne nazie, et comptaient de puissants éléments anti-russes, la seule condition posée par Staline pour ces pays (alors occupés par l’Armée rouge) était que leurs gouvernements ne devaient pas être activement hostiles à l’URSS. Pour cette raison, Moscou privilégiait la formule des « démocraties populaires », c’est-à-dire de coalitions excluant les partis d’extrême droite.

Se sentant tout-puissants, les Etats-Unis haussèrent le niveau de leurs exigences en demandant des « élections libres » dans l’espoir d’installer des gouvernements anticommunistes. Ce qui se retourna contre eux. Au lieu de céder à la menace atomique implicite, l’Union soviétique s’est braquée sur sa position. Au lieu de desserrer le contrôle politique sur l’Europe de l’Est, Moscou imposa des régimes tenus par des partis communistes - et accéléra son propre programme de bombe atomique. La course aux armements nucléaires était lancée.

« Le beurre et l’argent du beurre »

John J. McCloy, qualifié par son biographe Kai Bird comme le « président informel de l’establishment américain », déclara à l’époque au Secrétaire à la guerre, Henry Stimson, que : « J’ai toujours défendu la position que nous devions avoir le beurre et l’argent du beurre, que nous devions agir avec les mains libres, en vertu du présent accord régional, en Amérique du Sud, et, en même temps, intervenir rapidement en Europe; que nous ne devions céder aucun de ces points... » [3] Stimson répondit : « Je pense que oui, absolument. »

En bref, les États-Unis devaient conserver leur sphère d’influence sur tout le continent américain, revendiquée par la doctrine Monroe, tout en privant la Russie de sa propre zone tampon.

Il est nécessaire ici d’établir une distinction nette entre politique intérieure et politique étrangère. La nature du régime intérieur soviétique a pu être aussi mauvaise qu’on l’a décrit, mais en matière de politique étrangère, Staline respectait scrupuleusement les accords passés avec les alliés occidentaux - abandonnant, par exemple, les communistes grecs lorsqu’ils ont été écrasés par les Anglo-Américains après la guerre. Ce sont les États-Unis qui sont revenus sur les accords passés à Yalta, présentés ensuite pour cela comme autant de concessions faites à « l’agression communiste ». Staline n’avait nullement le souhait de promouvoir la révolution communiste en Europe occidentale, encore moins d’envahir ces pays. En fait, son refus de promouvoir la révolution mondiale a été précisément à la base de la campagne contre le « stalinisme » lancée par les Trotskystes - y compris de Trotskystes dont la dévotion à la révolution mondiale s’est maintenant déplacée en défense des guerres US déclenchée pour renverser tel ou tel régime.

Il y a une doctrine dominante à l’ouest selon laquelle les dictatures font la guerre et les démocraties font la paix. Rien ne le démontre. Des dictatures (prenez l’Espagne de Franco) peuvent être conservatrices et autocentrées. Les plus grandes puissances impérialistes, la Grande-Bretagne et la France, étaient des démocraties. L’Amérique démocratique est loin d’être pacifique.

Tandis que l’Union soviétique développait son propre arsenal nucléaire, les États-Unis furent incapables d’interférer efficacement en Europe de l’Est et se retournèrent vers des ennemis plus faibles, renversant les gouvernements en Iran et au Guatemala, s’enlisant au Vietnam, selon la théorie qu’ils n’étaient que des agents de l’ennemi communiste soviétique. Mais maintenant que l’Union soviétique s’est effondrée, abandonnant la zone tampon de la Russie en Europe de l’Est, semble apparaître une résurgence de la confiance qui submergea Truman : l’euphorie du pouvoir sans limites. Sinon, pourquoi le Pentagone lancerait-il un programme de mille milliards de dollars pour renouveler l’arsenal nucléaire des Etats-Unis, tout en positionnant des troupes et des armes offensives aussi près que possible de la frontière russe ?

Dans son livre de 1974, The President Is Calling [Le Président appelle],sur ses relations avec son frère Dwight, Milton Eisenhower écrit : « Notre emploi de cette nouvelle force à Hiroshima et Nagasaki fut une provocation suprême à l’égard des autres nations, en particulier l’Union Soviétique. » Et il ajoute, « Certainement, ce qui est arrivé à Hiroshima et Nagasaki restera à jamais sur la conscience du peuple américain. »

Hélas, à ce jour, tout prouve le contraire. Les critiques s’inquiétant ont été marginalisées. Les mensonges officiels systématiques sur la « nécessité de sauver des vies américaines », ont entretenu une totale bonne conscience collective dans le peuple américain, tandis que le pouvoir procuré par la bombe a suscité un sentiment durable d’ « exceptionnalité » moralisatrice parmi les dirigeants du pays. Il n’y a que nous les Américains qui puissions faire ce que les autres ne peuvent pas faire, parce que nous sommes « libres » et « démocratiques » et les autres – si nous le décidons ainsi - ne le sont pas. D’autres pays, parce que non « démocratiques », peuvent être détruits afin d’être libérés. Ou juste détruits. Voilà la quintessence de « l’exceptionnalité » qui, pour Washington, tient lieu de « conscience du peuple américain », une conscience qui n’a pas été éveillée par Hiroshima, mais asphyxiée.

La morale en sommeil

En tant qu’invité à Hiroshima, Obama a pontifié habilement :

« Les guerres de l’ère moderne nous enseignent cette vérité. Hiroshima enseigne cette vérité. Les progrès technologiques sans progrès équivalents des institutions humaines peuvent nous condamner. La révolution scientifique qui a conduit à la fission d’un atome nécessite une révolution morale. »

Eh bien oui, mais une telle révolution morale n’a pas eu lieu.

« ... La mémoire du matin du 6 août 1945 ne doit jamais s’effacer. Cette mémoire permet de combattre la complaisance. Elle alimente notre imagination morale. Il nous permet de changer. »

« Le changement » est une spécialité d’Obama. Mais il n’a rien fait pour changer notre politique sur les armes nucléaires, sauf pour la renforcer. Aucune trace d’« imagination morale » imaginant la dévastation vers laquelle cette politique nous mène. Pas d’idées imaginatives pour atteindre le désarmement nucléaire. Juste des promesses de ne pas laisser les méchants s’emparer de telles armes, parce qu’elles sont à nous.

« Et depuis ce jour fatidique, » a poursuivi Obama, « nous avons fait des choix qui nous donnent espoir. Les États-Unis et le Japon ont forgé non seulement une alliance, mais une amitié qui a apporté beaucoup plus pour notre peuple que nous n’aurions jamais pu obtenir par la guerre. »

Cette phrase est sinistre. En réalité, c’est précisément par la guerre que les États-Unis ont forgé cette alliance et cette amitié - que les États-Unis essaient maintenant de militariser dans leur « pivot asiatique ». Cela signifie que nous pouvons rayer de la carte avec des armes nucléaires deux villes d’un pays et finir avec « non seulement une alliance, mais une amitié ». Alors pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Pourquoi ne pas se faire plus « d’amis » de ce genre, par exemple en Iran, pays que Hillary Clinton s’est dit prête à « anéantir » si les circonstances le demandent.

« Voilà un avenir que nous pouvons choisir », a déclaré Obama, « un avenir dans lequel Hiroshima et Nagasaki sont connus non pas comme l’aube de la guerre atomique, mais comme le début de notre propre éveil moral. »

Mais jusqu’à présent, Hiroshima et Nagasaki sont très loin de marquer le « début de notre propre éveil moral ». Au contraire. L’illusion de posséder un pouvoir sans limites ôte toute nécessité d’auto-examen critique, toute besoin de faire un véritable effort pour comprendre ceux qui ne sont pas comme nous et qui ne veulent pas être comme nous, mais pourraient partager la planète en paix si nous les laissions tranquilles.

Puisque nous sommes tout-puissants, nous devons être une force du bien. En réalité, nous ne sommes ni l’un ni l’autre. Mais nous semblons incapables de reconnaître les limites de notre « exceptionnalité ».

Les bombes sur Hiroshima et Nagasaki ont plongé les dirigeants des États-Unis dans un sommeil moral dont ils ont encore à se réveiller.

Diana Johnstone

Notes.

[1] Tout cela est connu des experts. Les preuves documentaires ont été présentées par Gar Alperovitz dans les 800 pages de son livre de 1995, The Decision to Use the Atom Bomb [la décision d’utiliser la bombe atomique]. Cependant, les mensonges officiels survivent à une réfutation documentée.

[2] Alperovitz pp 352-3.

[3] p.254 Ibid.

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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 06:47

oil-strike.jpgLes salariés des raffineries américaines entrent dans leur deuxième semaine de grève : une première depuis 1980

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

Du jamais vu depuis trente ans, un mouvement de grève national dans les raffineries aux États-Unis, secteur stratégique de la première économie du monde. Si elle n'est pas encore à la paralyser, elle suscite les inquiétudes de la classe dirigeante nord-américaine.



Jusqu'où peut aller la grève des employés du secteur pétrolier aux États-Unis ? La question se pose après que la grève touchant les raffineries entre dans sa deuxième semaine, et touche de nouveaux centres de raffinage.



Le 1er février, le Syndicat des métallurgistes (USW), rassemblant les salariés des raffineries, lance un mouvement de grève dans 9 raffineries, du Kentucky au Texas en passant par la Californie pour protester contre les conditions de la nouvelle convention collective, jugées inacceptables.



3 800 salariés du secteur pétrolier en grève : une première depuis 1980



Les syndicats exigent une hausse de salaires de 6 %, un renforcement de la législation concernant la sécurité et la durée du temps de travail – alors que les incidents, parfois mortels, se multiplient – enfin l'intégration des travailleurs précaires non-syndiqués, auquel les entreprises pétrolières font se plus en plus recours, aux protections offertes par la convention collective.



Mais les compagnies pétrolières n'ont pas l'intention de lâcher, sur rien. Shell, qui fait office de négociateur pour l'ensemble du secteur patronal du pétrole, a offert six propositions de nouvelle convention. Aucune n'intégrant les doléances des syndicats.



Après une semaine, les 3 800 salariés impliqués dans la grève sur les 30 000 syndiqués de l'USW, bloquent toujours 10 % de la production pétrolière américaine.



On est loin d'une « grève générale » paralysant le secteur, mais cela reste, pour les syndicats, le premier mouvement de cette ampleur depuis 1980.



La grève étendue à 11 raffineries : BP, Shell, Tesoro touchés



Les 9 raffineries touchées appartiennent au groupe hollando-britannique Shell, aux entreprises américaines Tesoro et Marathon, ainsi qu'au consortium américano-britannique LyondellBasel.



Mais le mouvement s'étendra la semaine prochaine à deux raffineries appartenant au britannique BP, situées dans l'Indiana et l'Ohio. 1 600 salariés de plus dans la grève, 11 raffineries touchées et désormais près de 15 % de la production pétrolière du pays en sursis.



L'USW a décidé de faire monter la pression ce samedi 7 février avec des piquets d'information devant les 65 raffineries où le syndicat est présent – représentant les deux-tiers de la capacité de raffinage du pays – et des manifestations dans plusieurs villes.



Ainsi, ils étaient 250 dans le centre-ville de Houston à protester devant le QG de Shell aux Etats-unis demandant un « fair contract », une convention collective juste, répondant à leurs revendications.



Vers une généralisation du conflit qui inquiète le gouvernement



Pour le moment, les compagnies comme Shell, BP, Tesoro ont répondu par le mépris et par la formation accélérée de travailleurs non-syndiqués, et non-qualifiés, pour faire tourner les raffineries.



Cette décision faisant fi de la sécurité tant des employés que de l'environnement a déjà des conséquences. Les raffineries de Tesoro, près de Los Angeles, et de Marathon au Texas, ont déjà enregistré des fuites qui inquiètent les régulateurs publics.



Le succès de la grève dépend aussi de la capacité du syndicat à créer l'unité sur le lieu de travail mais aussi à élargir le mouvement aux raffineries détenues par les géants pétroliers tel Exxon, Chevron que le syndicat n'ose pas, ou ne veut pas, affronter.



Silencieuse jusque-là, la Maison Blanche s'est fendu d'un communiqué jeudi dernier exigeant une « résolution rapide » du conflit entre employeurs et salariés. Le gouvernement américain craint que ce type de mouvement ne touche d'autres secteurs sensibles, épuisés par la dépression salariale de ces dernières années.



Si la productivité moyenne a augmenté aux Etats-unis de 24 % depuis 2000, le salaire moyen n'a augmenté dans le secteur privé que de … 1 % dans la même période, l'essentiel des gains de productivité allant vers le capital.



Selon les statistiques du Bureau du travail, la part du travail dans le revenu total est passé de 66% en 2000 à 58 % en 2013. L'élection du président Obama n'a pas inversé la tendance, elle l'a accompagnée.



Quelle que soit l'issue, les limites de ce mouvement de grève, il est révélateur qu'aux États-Unis la phase de démobilisation et de résignation est peut-être en phase d'être infléchie, si ce n'est inversée. Un processus qui ne peut susciter que notre curiosité, et notre soutien.



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