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23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 06:01

democracyfor-the-few.jpg« Les États-Unis, la plus grande oligarchie du monde »

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Prompts à railler les « oligarques » russes, la « dictature » chinoise, nos médias occidentaux ne tarissent pas de poncifs tout faits pour la « première démocratie du monde » américaine. Une idée reçue balayée par une étude réalisée au sein de la vénérable université de Princeton révélant la réalité de l'oligarchie américaine.

 

Qui gouverne aux Etats-unis ? Quel type de régime connaît la première puissance mondiale ? Le discours de la Guerre froide nous imprègne tellement qu'il nous est difficile de ne pas répondre : une démocratie.

 

Le sens des mots étant dévoyé, il convient de rappeler qu'une démocratie est un régime où – si on reprend la définition classique du président américain Lincoln – il y a « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ».

 

Le contraire de démocratie n'est donc pas dictature (idéologie de Guerre froide oblige) mais bien oligarchie. Il peut donc très bien y avoir des « dictatures du peuple » et des « oligarchies constitutionnelles ».

 

La question prend une nouvelle tournure avec l'étude réalisée par un universitaire de Princeton Martin Gilens, assisté d'un autre professeur de Northwestern university Benjamin Page : « Testing theories of American politics : elites, interest groups and average citizens ».

 

Pour simplifier, ce travail vise à répondre à la question qui divise la science politique américaine depuis un demi-siècle :

 

Thèse 1 – les Etats-unis sont une démocratie caractérisée par le pluralisme, où les intérêts privés concordent avec l'intérêt général, le gouvernement de la majorité avec le respect des minorités – thèse dite de la « démocratie électorale majoritaire » ou du « pluralisme majoritaire ».

 

Thèse 2 – Les Etats-unis sont une oligarchie caractérisée par un « pluralisme biaisé » où certains groupes d'intérêts, les élites économiques, ont le pouvoir d'influencer la politique américaine dans le sens de leurs intérêts particuliers, au détriment de l'opinion de la majorité.

 

Si la première thèse a été majoritaire pendant toute la Guerre froide, synthétisée par Robert Dahl, la seconde résumée par C.Wright Mills pointant la « Power elite » américaine, reprise récemment par Michael Parenti dans sa « Democracy for the few » se révèle de plus en plus pertinente au vu de l'évolution de la politique américaine depuis trois décennies.

 

La méthode du professeur Gilens consiste concrètement à étudier 1 779 cas entre 1981 et 2002 où il est possible à la fois d'obtenir des sondages sur l'avis de la majorité des Américains, de l'élite économique et des groupes d'intérêts les puissants (avant tout économiques), et de mesurer combien l'adoption d'une loi sur ce sujet, ou son blocage, reflète les intérêts de tel ou tel groupe social.

 

Ces projets de loi, changements de politique ont avant tout trait aux questions économiques et sociales – principalement autour de nouveaux impôts, d'exonérations fiscales, ou de réformes des systèmes sociaux – mais aussi sociétales – port d'armes, peine de mort, avortement.

 

Impuissance du peuple américain, toute-puissance de l'élite économique

 

Tout d'abord, l'étude part de l'étude des motivations des trois acteurs étudiés (la majorité des Américains, l'élite économique, les groupes d'intérêts) et constate que les motivations des « groupes d'intérêts », avant tout liés au patronat américain, à l'élite économique, sont souvent opposées à celles de la majorité de la population américaine.

 

Qui l'emporte ?

 

Laissons parler les chercheurs : « l'impact estimé des préférences de l'Américain moyen tombe à un niveau insignifiant, proche de zéro. Ce n'est pas que les citoyens ordinaires n'ont pas seuls un pouvoir important sur les décisions politiques, ils n'ont en fait aucune influence du tout.

 

En revanche, les élites économiques ont un impact important, significatif, indépendant sur les politiques menées. De la même façon, les groupes d'intérêt organisés se révèlent avoir une influence substantielle sur les politiques poursuivies ».

 

Cette affirmation, les chercheurs américains le justifient par un calcul simple : si on neutralise les motivations de l'élite économique, l'impact de l'opinion populaire sur l'adoption d'un changement de politique est nul.

 

Que les citoyens approuvent massivement un projet de loi (à 90 %), ou qu'ils le rejettent tout aussi massivement (10 % d'adhésion), la probabilité que ce projet devienne une loi est de l'ordre de 30 %.

 

Dans l'autre sens, si les élites économiques sont massivement opposées (10 % d'adhésion) à un changement de politique (ex : de nouveaux impôts pénalisant les riches), celui-ci n'a que très peu de chances – pas plus de 5 % – d'être adopté.

 

Si les élites économiques apportent un soutien massif à un projet (plus de 90 %), comme par exemple ceux portant sur des exonérations fiscales, la probabilité que ce changement politique soit acté dépasse les 50 %.

 

Une démocratie pour les riches

 

Les chercheurs nuancent l'idée : « cela ne signifie pas que le citoyen moyen perd systématiquement dans ce système ». Et ils donnent deux exemples, illustrant bien le biais en faveur des plus riches :

 

1 – « quand les préférences des citoyens moyens sont conformes à celles des élites économiques, alors les citoyens moyens obtiennent ce qu'ils veulent, même si ils ne sont pas à l'origine de la victoire ».

 

Quand la bourgeoisie américaine est arrivée à imposer ses préoccupations à la majorité de la population (ex : la propagande sur les baisses d'impôt, sur les fraudeurs à la Sécurité sociale), le peuple peut gagner une victoire. Prime à l'idéologie ultra-libérale !

 

Même si les chercheurs rappellent que « les questions sur lesquelles élites économiques et citoyens ordinaires sont en désaccord restent importantes : restrictions commerciales, politiques fiscales, réglementation sur les entreprises, avortement, religion – et les pertes politiques enregistrées par les citoyens sont loin d'être anodines ». Pour le moins !

 

2 – les chercheurs notent que le système politique américain basé sur le fédéralisme, la séparation des pouvoirs, le bi-caméralisme « introduit un certain biais au statu-quo ».

 

« Quand des majorités politiques sont en faveur du statu quo, s'opposent à un changement de politique, elles peuvent arriver à leurs fins. Mais quand ces mêmes majorités – même très largement – veulent le changement, elles risquent de ne pas l'obtenir ».

 

Ainsi, quand une majorité de la population veut un changement de politique concret, elle n'obtient gain de cause que 30 % des cas. Même quand il s'agit d'une majorité écrasante (plus de 80 % d'adhésion), le taux d'adoption d'un projet de loi ne dépasse pas 43 %. Prime au conservatisme !

 

Les limites de l'enquête, une sous-estimation … du pouvoir des 1 % !

 

Les chercheurs sont eux-mêmes lucides sur les limites de leur enquête.

 

En premier lieu, leur définition d'un côté peut-être trop extensive de la définition d' « élites économiques » : 10 % les plus riches en termes de revenus un chiffre qui pourrait être réduit à 1 %, ou au 1 % des détenteurs de patrimoine.

 

Deuxièmement, la définition peut-être trop restrictive des « groupes d'intérêt » réduite ici à une trentaine de groupes de pression, là où des centaines influencent la vie politique américaine, locale ou nationale.

 

Paradoxalement, cette auto-critique irait plutôt dans le sens, dans cette enquête, d'une minimisation du pouvoir des plus riches, de l'élite économique sur les décisions politiques. Une analyse plus fine révélerait sans doute des corrélations plus directes entre certains acteurs et les décisions prises.

 

Ce qui est certain pour les responsables de l'enquête, c'est que la majorité de la population n'a et n'aurait de toute façon aucune influence sur le processus politique.

 

C'est la conclusion à laquelle arrivent les chercheurs sur l'avenir de la démocratie en Amérique : « d'une part, ce que nos chiffres révèlent, c'est que la majorité ne gouverne pas aux Etats-unis. Quand une majorité de citoyens est en désaccord avec les élites économiques, elle perd ».

 

Selon les auteurs, en guise de conclusion : « nous pensons que si le processus de décision politique est dominé par de puissantes organisations patronales et un petit nombre d'Américains très riches, alors les prétentions de l'Amérique à être une société démocratique sont sérieusement menacées ».

 

On se souvient des mots de Lénine, dans l'Etat et la Révolution : « La société capitaliste nous offre une démocratie plus ou moins complète. Mais cette démocratie est toujours confinée dans le cadre étroit de l'exploitation capitaliste et, de ce fait, elle reste toujours, quant au fond, une démocratie pour la minorité, uniquement pour les classes possédantes, uniquement pour les riches ».

 

On pourrait citer également l'avertissement de Thomas Jefferson à la fin de sa vie, en 1825, dans une lettre à William Branch Giles :

 

« il y a désormais des parvenus, qui n'ont que mépris pour les valeurs démocratiques de 1776, et qui ont acquis un pouvoir formidable : ils visent désormais à être une aristocratie, basée sur le pouvoir des institutions bancaires et des grandes entreprises, se drapant derrière leurs succès dans l'industrie et le commerce pour mieux dominer le travailleur spolié et le paysan paupérisé ».

 

Au vu de la situation de la démocratie en Amérique, combien les analyses de Lénine et les inquiétudes de Jefferson sont vérifiées aujourd'hui : dernière le vernis démocratique, la même domination étriquée et plus puissantes des plus riches, d'une infime minorité !

 

Voir le document d'origine sur le site de l'Université de Princeton : http://www.princeton.edu/~mgilens/Gilens%20homepage%20materials/Gilens%20and%20Page/Gilens%20and%20Page%202014-Testing%20Theories%203-7-14.pdf.

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17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 05:22

fast-food-demo.jpgGrève historique aux Etats-unis : les salariés des fast food en lutte pour « un salaire qui leur permette de vivre »

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Which side are you on ? La chanson des mineurs américains vit à travers la grève historique des salariés des fast food américains : du côté de l’Empire des richissimes, des marchands de canons ou d’une majorité réduite à l’exploitation la plus brutale ?

 

Les salariés des fast-food – secteur symbolique du capitalisme américain – ne veulent plus se laisser faire. La grève historique du 6 décembre, malgré l’intimidation patronale, a été un succès, mobilisant plusieurs milliers de salariés dans une centaine de villes du pays.

 

La première grève dans le secteur date de novembre 2012, lorsque plusieurs centaines de travailleurs ont arrêté le travail dans 20 restaurants new-yorkais. En août 2013, c’est la première grève nationale dans une cinquantaine de villes du pays.

 

Le 26 novembre, pour le « Black Friday » – jour de solde habituel aux États-Unis – une partie des salariés du grand groupe de distribution Wal-Mart ont protesté pour obtenir un salaire décent et le droit à se syndiquer.

 

Jeudi dernier, le mouvement a été particulièrement suivi dans les grandes concentrations à Boston, Detroit, New York, Los Angeles mais aussi dans des villes qui connaissaient parfois pour la première fois ce type de grèves, comme Charleston ou Pittsburgh.

 

McDonald, Burger King, Wendy’s, Macy’s, toutes les chaînes de fast food ont été touchées. On comptait neuf grèves simultanées à Chicago tandis qu’à New York une centaine de manifestants envahissaient successivement un McDonald puis le Wendy’s de Brooklyn.

 

Ce que revendiquent les salariés, c’est le minimum : un salaire minimum décent, le respect du droit à se syndiquer, enfin la fin des contrats précaires à temps partiel. En somme, ce qui transforme ces salariés en « travailleurs pauvres », en esclaves modernes du système.

 

Le salaire minimum horaire est fixé à 7,5 $ (5 €), les salariés demandent qu’il soit relevé à 15 $ (10 €). Dans une ville comme New York, le loyer moyen pour un appartement familial est de 3 000 $, inaccessible pour un ménage salarié dans les fast food.

 

Le salaire médian d’un « travailleur d’exécution » dans les fast food est de 8,9 $, ils composent 90 % de la main d’œuvre de ce secteur d’activité qui est le deuxième du pays, avec 4 millions de salariés aux États-Unis.

 

Selon le Bureau du travail, un salarié des fast food gagne en moyenne 1 500 $ par mois (1 000 €), un revenu qui le place juste au niveau du seuil de pauvreté. Bon nombre de salariés tombent même en-dessous de ce seuil, travaillant 10 ou 20 h par semaine.

 

« On ne peut pas survivre avec 7,5 $ », c’était le mot d’ordre scandé à New York, Détroit ou Phoenix, aussi grâce au soutien apporté par le Syndicat des employés des services (SEIU, en anglais).

 

Le SEIU est aujourd’hui un des rares syndicats américains en plein essor, après avoir longtemps eu des problèmes à organiser les salariés des services, dans un secteur où règnent la terreur patronale, des taux de turn-over élevés et la concurrence entre employés.

 

Le SEIU est connu pour ses positions de lutte, fondamentalement critiques envers l’AFL-CIO, la centrale syndicale unitaire qu’il a quittée en 2005, lassé de ses positions de collaboration avec les pouvoirs en place.

 

Face à la pression populaire, le président Obama avait promis de relever le salaire minimum à une barre encore modeste de 9 $ (6 €). Pour l’instant sans conséquence effective.

 

Des motifs d’espoir existent pourtant pour les salariés du secteur des services aux Etats-unis, ils viennent des luttes. Les 6 000 salariés de l’aéroport de Seattle viennent justement de gagner justement la hausse de leurs salaires de 7,5 à 15 $.

 

 

La lutte continue au cœur du système capitaliste mondial, comme partout ailleurs, pour des salaires qui permettent de vivre, des emplois stables et le droit fondamental à se syndiquer, à défendre ses intérêts !

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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 07:28

owsdeblasiosupporterjpg.jpgUn maire « progressiste » à New York après une campagne sur la fracture sociale … sans froisser les intérêts de Wall Street

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

La campagne du nouveau maire de New York, axée sur la réduction de la fracture sociale, en dit long sur la radicalisation de la société américaine en temps de crise … mais le profil du vainqueur reste éclairant sur le verrouillage créatif de la vie politique par la classe dominante.

 

73 %, c'est le score du candidat démocrate Bill de Blasio, élu maire de New York ce mercredi. Qui aurait prédire que celui qui n'était que l'outsider des primaires démocrates allait quelques mois après écraser son candidat républicain ?

 

Une victoire conquise auprès des jeunes, des minorités hispaniques et noires. Et surtout auprès des couches populaires et moyennes de la ville exaspérées par sa transformation en métropole pour les « super-riches », sous la gouvernance du milliardaire Michael Bloomberg.

 

Une victoire aussi à relativiser. Moins de 20 % des électeurs se sont déplacés aux urnes, dans une ville qui a voté à 80 % pour Barack Obama, lors des élections présidentielles de 2012.

 

Toutefois, cette victoire est éclairante à la fois sur les transformations de New-York – à mettre en parallèle avec celles de Paris – mais aussi sur la structure de classe de la société américaine, et la prie de conscience progressive de sa réalité au sein de la population.

 

Une conscience diffuse de classe dans la ville des millionnaires et des miséreux, transformée par le milliardaire Bloomberg

 

New York est la ville des super-millionnaires : elle en compte 400 000 dans la deuxième ville du monde, au PIB équivalent à celui de l'Espagne. La proportion de ménages touchant plus de 200 000 $ annuels a doublé en dix ans.

 

C'est aussi la ville des miséreux. 21 % de la population, 1,7 million de personnes vivent sous le seuil de pauvreté,. Près de la moitié des habitants de la « grande pomme » sont soit en-dessous, soit juste au-dessus du seuil de pauvreté, 20 % de la population survit grâce aux bons alimentaires.

 

Au cours de la dernière décennie, le revenu médian a baissé de 4 % - révélant un appauvrissement de la majorité – tandis que les dépenses contraintes (loyer, électricité, gaz) ont augmenté de 9 %.

 

L'explosion des loyers chasse les pauvres, mais aussi les classes moyennes du centre-ville. Elle prive même ceux qui ont un travail de l'accès au logement, 15 % des sans-abris sont salariés.

 

Le « conte des deux villes », métaphore de la fracture sociale entre une ville de « super-riches » et la ville des miséreux évoquée pendant la campagne par De Blasio a fait mouche. Elle visait la décennie Bloomberg (2002-2013), d'enrichissement forcené d'une petite minorité.

 

L'homme de Wall Street, septième fortune du monde, avait pu se faire passer pour un progressiste. Défenseur du mariage gay, partisan de la ville écologique, promoteur des pistes cyclables, son programme n'aurait pas été renié par un Bertrand Delanoe ou un Gérard Collomb !

 

Dans sa politique de classe, Bloomberg a livré la ville aux intérêts privés, étendant la privatisation aux hôpitaux, au ramassage des déchets, l'entretien des voies … jusqu'aux parcs et parc-mètres !

 

Tandis que les écoles et hôpitaux publics ont vu leurs services se dégrader, les établissements fermer, les revenus des super-riches ont grimpé en flèche : 1 % des New-Yorkais contrôlent désormais 40 % de la richesse de la ville. C'était 12 % en 1980.

 

La spéculation immobilière, alimentée par les grands projets urbains – on peut penser à la gentrification d'Harlem – a appauvri jusqu'aux classes moyennes et enrichi les promoteurs et financiers, qui s'échangent des immeubles de Manhattan en millions de dollars !

 

Face à cette ville pour les « super-riches » construite par Bloomberg, De Blasio a su habilement manier l'arme électorale de la « taxation des riches », modeste avec la hausse de l'impôt municipal sur le revenu de 3,8 à 4,4 %, au-dessus de 500 000 $ de revenus par an.

 

Une mesure censéer permettre de dégager 530 millions de $ et financer la pré-scolarisation (« prekindergarten ») des enfants dans des crèches publiques, tandis que le futur maire a promis aussi de financer les hôpitaux publics et les écoles, tout en construisant 200 000 logements sociaux.

 

Dans une ville où s'est développé le tout-sécuritaire, la stigmatisation des minorités – avec le dispositif « stop and frisk »/arrête et fouille, institutionnalisant le délit de faciès et les fouilles inopinées – De Blasio a aussi promis de transformer en profondeur la police municipale.

 

Ce discours répond à une très vague conscience sociale née du « mouvement des 99% », de l'opposition entre les intérêts d'une immense majorité et celle des « 1% », des super-riches.

 

Un sondage du Pew Research center, en janvier 2012, révélait que deux-tiers (66%) des Américains estimaient qu'il y avait de « forts conflits de classe entre les riches et les pauvres » aux Etats-unis, contre 47 % en 2009.

 

Le pouvoir de l'argent aux Etats-unis : un outsider adoubé par Wall Street

 

Bill de Blasio est-il un marxiste ? La question peut faire sourire, elle a enflammé les milieux conservateurs américains. Bien qu'il en soit très loin, la radicalité de sa campagne peut trancher avec la tiédeur d'une Anne Hidalgo ou d'un François Hollande ces derniers mois.

 

Sur le plan seulement de son discours, De Blasio se revendique de l'héritage du « New Deal de Roosevelt et de la social-démocratie européenne », cette idéologie d'un capitalisme régulé suffit à le classer à l'extrême-gauche de l'échiquier politique américain !

 

La personnalité de De Blasio, de son passé politique incitent à relativiser son statut d'outsider. Tacticien rusé, sa rhétorique populiste a su saisir l'esprit de son temps, profitant des erreurs aussi de ses concurrents, telle la favorite démocrate Christine Quinn, trop proche de l'ancien maire.

 

Les médias conservateurs aiment à rappeler ses voyages de jeunesse dans le Nicaragua sandiniste, sa lune de miel à Cuba, marques des idéaux de sa jeunesse. Son passé récent d'homme politique au cœur du système politique américain est plus révélateur

 

De Blasio est d'abord un clintonien. Entré en politique comme membre de l'équipe new-yorkaise pour la campagne présidentielle de Clinton en 1992, il est le chef d'équipe d'Hillary Clinton dans sa campagne pour le Sénat en 2000.

 

Elu conseiller municipal à Brooklyn en 2002, il se distingue alors par sa propension à voter systématiquement tous les grands projets de spéculation immobilière – tels Atlantic Yards et Brooklyn Bridge Park – qui ont contribué à la gentrification du quartier.

 

Le président de la Chambre de commerce de Brooklyn, Carlo Scissura, vante lui un « pragmatique », avec qui il travaille depuis dix ans, dont le « discours de campagne cessera lorsque son règne commencera ».

 

Même son de cloche du côté des financiers de Wall Street, que De Blasio a rencontré le 11 octobre dernier pour les assurer qu'il ne toucherait pas à « cette industrie locale ».

 

Pendant la campagne, il a rencontré les barons de la finance Llloyd Blankfein (PDG de Goldman Sachs), Neil Mitchell (PDG de Morgan Stanley), les magnats de la presse Mort Zuckerman et Rupert Murdoch vendant une image de « progressiste pragmatique, responsable ».

 

Parmi ses conseillers proches, on trouve les financiers Orin Kramer ou William Marlow. Un de ses principaux soutiens se trouve être le spéculateur George Soros. Pendant sa campagne, le démocrate de Blasio a levé trois fois plus de fonds que le républicain Lhota.

 

Parmi ses principaux donateurs de campagne, on retrouve le puissant lobby de l'industrie du taxi ou encore plusieurs grands promoteurs immobiliers, dont Bruce Ratner … dont il a soutenu les projets à Brooklyn qui ont conduit à l'explosion des loyers.

 

Pour ces grands patrons, De Blasio peut être celui qui réconciliera capital et travail – il bénéficie du soutien unanime des syndicats – pour donner un nouvel élan au développement de la ville.

 

Vers une nouvelle désillusion : un Obama bis ?

 

La comparaison avec Obama saute aux yeux. Outsider au profil progressiste, capable de mobiliser les minorités – grâce à sa femme afro-américaine, bi-sexuelle, féministe, ses enfants métis –, donner l'espoir du changement.

 

Une différence est marquante. Le climat de la campagne, beaucoup plus radicalisé à New York. L'effet d'une crise qui depuis 2008, dans la ville du « mouvement Occupy », a fait évoluer les consciences, et a discrédité le discours pro-capitaliste d'un Bloomberg ou d'une Christine Quinn.

 

Obama était un « modéré » dès 2008, à droite sur les questions sociales d'Hillary Clinton ou du « progressiste » John Edwards. De Blasio était le candidat « radical », à gauche par rapport à Anthony Weiser ou Christine Quinn.

 

Une similitude toutefois, encore à révéler dans la pratique. Le hiatus entre ce qu'a pu promettre de Blasio et ce qu'il sera en mesure de réaliser, au vu de ses attaches de classe, ses liens avec les promoteurs immobiliers et les financiers de Wall Street.

 

Son programme de développement des services publics, de construction de logements sociaux, de taxation des riches est ambitieux, au moins autant que le programme initial de couverture santé d'Obama. Irréalisable sans s'attaquer aux pouvoirs des 1 % les plus riches.

 

Or, cinq ans après, Obama n'a adopté aucune mesure sociale progressiste. L' « Obamacare », négocié avec les Républicains, ressemble plus à un plan d'ouverture de nouveaux secteurs de profits pour l'industrie de la santé qu'à une couverture médicale universelle.

 

Au contraire, il a impulsé en 2008 le plus grand plan de renflouement de l'industrie et des banques de l'histoire mondiale, et est en train de négocier des coupes budgétaires automatiques (« sequester ») dans les services sociaux qui toucheront d'abord les plus modestes.

 

Le projet de réduction, voire de suppression, des bons alimentaires pourraient déjà mettre en péril la survie de centaines de milliers de New-Yorkais, qui dépendent chaque jour des « food stamps ».

 

De Blasio doit aussi faire avec l'héritage de la politique ultra-libérale de Bloomberg : un trou de 2 milliards de $ creusé par les privatisations et les cadeaux aux riches, et un conflit social avec les 300 000 employés de la ville, en arriérés de salaire depuis … 7 ans, soit 7 milliards de $.

 

Ce sera le premier test pour le nouveau maire, qui pourrait déjà sonner le glas des illusions de la gauche américaine, si De Blasio décide de ne pas lâcher face aux revendications des employés municipaux.

 

En tout état de cause, l’élection du liberal (radical, aux Etats-unis) de Blasio est instructive à la fois sur la capacité de la classe dominante à maîtriser, canaliser mais aussi réagir avec souplesse à la radicalisation d'une population, en attente d'une alternative introuvable.

 

 

 

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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 05:41

republicans-for-obama-275x275-e1328773370639.jpgSur le « shutdown »/« lock-out » aux États-Unis : jeu de dupe entre Obama et Républicains, consensus total sur l'hyper-austérité

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Le défaut de paiement de la première économie mondiale n'aura pas lieu. Sans surprise, Démocrates et Républicains ont trouvé l'accord budgétaire mettant fin à une crise budgétaire montée de toute pièce pour justifier un plan d'austérité de plusieurs centaines de milliards.

 

Les ficelles étaient grosses. Le monde pendu à un hypothétique « défaut de paiement » américain aux conséquences inconnues, un président « progressiste » pris en otage par une frange d' « extrémistes », le tout sous un compte-à-rebours digne d'un thriller.

 

La mise en scène médiatique était rodée, la réalité est tout autre. Les marchés financiers en sont un bon indicateur. Ils n'ont jamais paniqué. Wall Street, dont les cours ont fluctué au gré des négociations, a clôturé en nette hausse mercredi, à l'annonce de l'accord budgétaire.

 

L'accord voté à une large majorité au Congrès est celui prévu par les marchés : relèvement du plafond de la dette pour financer le gouvernement jusqu'en janvier 2014, accord sur les coupes budgétaires automatiques avant de relancer les négociations pour un plan de coupes structurelles.

 

Ce « shutdown », le 18 ème de l'histoire des Etats-unis. n'a rien d'exceptionnel. Il suivi le scénario habituel, celui de la crise de 1996 sous Clinton, ou de 2011 sous Obama déjà, servant à faire passer comme une dure nécessité des plans de rigueur adoptés par un président « progressiste ».

 

Un président démocrate instrumentalisant la frange extrémiste du camp républicain pour feindre l'intransigeance, avant de jouer l'impuissance pour mieux masquer le consensus général entre Parti démocrate et majorité Républicaine sur une politique économique ultra-libérale.

 

Plutôt un « lock-out » que « shutdown » : le peuple nord-américain pris en otage

 

Depuis le 1 er octobre, 800 000 fonctionnaires américains étaient au chômage technique, ceux des services publics dits « non-essentiels », fermés pour l'occasion.

 

« Services non-essentiels » : le terme est révélateur. On parle des services centraux de la santé, de l'éducation, des transports, de la justice, de l'énergie. L'essentiel de ces services étant par ailleurs déjà soit sous la responsabilité des États fédérés, soit privatisés.

 

Dans le même temps, les « services essentiels », notamment ceux travaillant pour la sécurité nationale (NSA, CIA, police, hauts fonctionnaires), eux ne connaissent pas la crise.

 

Des allocations vitales pour des millions d'américains ont été suspendues : le « Head Start » pour l'aide à l'éducation dans les milieux défavorisés, « WIC » (« Women, infant and child program ») pour l'aide alimentaire qui concerne 9 millions de familles en détresse.

 

Le « shutdown » ressemble prosaïquement à un « lock-out », une gigantesque grève patronale visant à placer délibérément les salariés dans une situation financière délicate, pour imposer un cadre favorable à des coupes dans les salaires, les aides sociales.

 

Contrairement au discours médiatique ambiant, au nom de la crise de la dette et des déficits, ce ne sont pas les Républicains qui ont pris en otage Obama, mais plutôt la classe capitaliste et ses serviteurs démocrates et républicains qui ont pris en otage le peuple américain.

 

« Obamacare » : fausse pomme de discorde, vrai consensus autour d'une opération de privatisation de la santé

 

Les médias ont fait de la « réforme de l'assurance santé » promue par Obama en 2010 le théâtre d'une opposition irréductible entre Républicains et Démocrates. La réalité est bien différente.

 

Le « Patient protection and affordable act », de son nom officiel, ou « Obamacare » comme l’appelaient ses détracteurs était une des promesses d'Obama en 2008. L'idée était de fournir une assurance santé universelle aux 50 millions d'Américains actuellement sans couverture.

 

Or, le projet est très loin d'une Sécurité sociale universelle et publique. Le système ressemble au modèle défendu par les think tank libéraux proches des Républicains, celui mis en œuvre … par l'ancien candidat républicain Mitt Romney dans son État du Massachussets.

 

Concrètement, le système qui est mis en place à partir du 1 er octobre s'apparente à un vaste plan de marchandisation de l'assurance-santé, offrant de nouveaux débouchés aux entreprises du secteur de la santé, des assurances, et de l'industrie pharmaceutique.

 

25 millions d'Américains, sous condition de ressources auront désormais accès à une couverture maladie (ce qui en laisse toujours 25 millions sur le carreau) qu'ils trouveront sur le « marché des assureurs privés », l’État assurant la solvabilité des plus modestes, par des aides et garanties.

 

La fronde républicaine a été d'abord massive, fustigeant une « réforme socialiste », jouant la carte identitaire de la défense de la liberté individuelle pour contenter un électorat conservateur.

 

Le « Tea Party » en est une illustration extrême, reflet tant d'un mouvement de fond aux relents fascisants dans la société américaine qu'habile épouvantail destiné à faire passer Obama pour un « radical » et les Républicains lambda comme des « modérés ».

 

Pourtant ces derniers mois, les ralliements à l' « Obamacare » se sont multipliés dans le camp républicain. Sous pression de l'industrie de la santé et des assurances, au moins cinq gouverneurs républicains avaient apporté leur soutien en mars denier au projet d'Obama.

 

Pendant la crise, les élus républicains ont fait passer le message que la lutte contre l'Obamacare n'était pas la bataille centrale, que l'essentiel était ailleurs : sur la politique d'austérité, sur le démantèlement de l'Etat-providence américain mis en place dans les années 1930 puis 1960.

 

Consensus entre Républicains et démocrates sur l'austérité et le démantèlement de la Sécurité sociale

 

Un accord a pourtant été trouvé sur l' « Obamacare ». Le système sera mis en place, avec de nouvelles restrictions sur les conditions d'éligibilité. Loin d'être une défaite des Républicains, il s'agit d'une victoire de la classe dominante américaine. Elle a aussi masqué l'ampleur du consensus.

 

Car le véritable enjeu, c'était la poursuite des coupes budgétaires, de la politique d'austérité dont l'instigateur est depuis 2008 le président Obama, en concertation avec les Républicains.

 

Ces trois dernières années, les salaires des fonctionnaires ont été gelés, tandis que plus de 750 000 d'entre eux ont perdu leur emploi, effet des politiques d'austérité, tandis que les budgets des services sociaux ont été drastiquement réduits. Voilà pour la politique sociale réelle d'Obama.

 

On peut rappeler qu'au même moment le gouvernement américain a lâché plus de 380 milliards de $ pour renflouer les banques (Citigroup, Bank of America), les grands groupes industriels (General Motors) menacés de faillite.

 

Entre 2008 et 2013, la dette a doublé, passant de 9 000 milliards (69%) à 16 000 milliards (104% du PIB). Son origine, outre la progression du déficit commercial, se trouve dans cette politique de financement public du grand capital financier.

 

Pourtant le prétexte de la dette a permis à Obama de mettre en place son innovation, un programme de coupes budgétaires automatiques, les « sequester ». En l'absence d'accord budgétaire spécifique, il s'applique chaque année sur les « services publics non-essentiels ».

 

En 2013, ces coupes se sont élevées à 85 milliards de $. Elles devraient se chiffrer à plus de 1 000 milliards de $ sur les huit prochaines années. C'est sur la défense de ces « sequester » que s'est réalisé le consensus entre Républicains et Démocrates au Congrès.

 

Certes, le relèvement du plafond de la dette n'accorde qu'un répit avant une deuxième phase de négociations, début 2014, sur les plans budgétaires à long-terme pour l’État américain.

 

Des tensions existent, notamment sur la question de la hausse des impôts, idéologiquement sensible pour les Républicains, bien que les deux partis ne soient pas enclins à faire contribuer grandes entreprises et plus riches.

 

Le gros morceau à venir, c'est le démantèlement de la Sécurité sociale américaine, enfin ce qu'il en reste, avant tout les dispositifs Medicare ou Medicaid, des assurances sociales partielles publiques, réservées aux retraités et aux plus pauvres.

 

Ces allocations, inscrites dans un système globalement privatisé, contribuent déjà à engraisser le secteur privé de la santé, elles ont déjà été attaquées – notamment sous la période Clinton – en durcissant ses conditions d'accès.

 

Le président Obama avait présenté en mars dernier son plan à long-terme pour Medicare et Medicaid : un plan d'économies de 400 milliards de $ d'ici 2020, inscrit dans un plan d'économie sur la décennie de près de 1,8 mille milliards de $.

 

Ce plan reposait notamment sur des coupes massives dans le budget des hôpitaux, des déremboursements généralisés et un changement du mode de calcul des aides, permettant de diminuer drastiquement le montant des aides.

 

Obama a insisté sur le fait que la réduction des déficits, et de la mise en place des « réformes structurelles » dans le secteur de la protection sociale, la priorité de son mandat. Le responsable de la commission budgétaire au Congrès, Paul Ryan (du Tea Party) a déclaré partager ces priorités.

 

Son programme « Obamacare » s'inscrit aussi dans cette grande transformation, à la fois vers plus d'austérité et plus de privatisation. Cela explique le consensus entre Républicains et Démocrates, masqué derrière un jeu de dupe destiné à tromper leurs électorats respectifs.

 

Bien loin les illusions sur l' « humanisation » du capitalisme américain avec l'élection d'Obama, le consensus entre les deux partis du capital américain est plus fort que jamais pour maintenir les privilèges d'une petite mince couche de la population américaine.

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25 juillet 2013 4 25 /07 /juillet /2013 06:32

lac-megantic-disaster-firefighter.jpgDéraillement du train de Lac-Megantic au Canada : une tragédie provoquée par la privatisation du chemin de fer



Communiqué du Parti communiste de Canada (PCC)



Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Le 6 juillet dernier, un déraillement de wagons-citernes transportant du pétrole brut, au coeur de Lac-Méngantic fut une terrible catastrophe, causant la mort de près de 50 personnes, avec des dégâts considétables matériels comme environnementaux. Le Parti communiste du Canada et le Parti communiste du Québec expriment leurs condoléances aux familles et à la population de Lac-Megantic ayant souffert de cette tragédie.



Au milieu de cette tristesse et cette détresse, un profond sentiment de colère monte contre les reponsables – la Montreal, Maine and Atlantic Railway (MMA) et Transport Canada, et leurs politiques d'austérité, orientées vers le profit.



MMA gère 820 km de chemins de fer passant dans les villes du Québec et du Maine, et n'est qu'une des filliales de la Rail World, une multi-nationale basée dans l'Illinois, qui gère et investit dans les chemins de fer dans le monde entier, y compris en Pologne, Ukraine, Estonie, Lettonie et les Pays-Bas. L'objectif affiché de Rail World est « d'encourager la privatisation de l'industrie du chemin de fer en se rapprochant des agences gouvernementales désireuses de vendre leurs parts au capital privé, avec son expertise managériale. »



Rail Word a racheté MMA en 2003 pour 50 millions de $, avec près de 15 millions de $ investis par la Caisse de dépôts du Québec, et a donc reçu par la suite des dizaines de millions de dollars de prêts et de subventions au titre des programmes d'infrastructure gouvernementaux.



On connaît les pratiques agressives de MMA pour réduire les coûts : réduire les effectifs, négliger l'entretien de son réseau, utiliser des équipements hors d'usage ainsi que 111 wagons-citernes, déjà reconnus comme inadaptés au transport de pétrole. Entre 2003 et 2010, l'entreprise a viré 35% de son personnel et imposé une réduction de salaire de 15%.



L'an dernier, Transport Canada a accordé à MMA une dérogation aux règles de sécurité, permettant à l'entreprise de faire rouler des trains avec un seul mécanicien à bord. Dans le même temps, le gouvernement conservateur a imposé des coupes massives dans les dépenses à Transport Canada, dans le cadre de ses mesures d'austérité qui ont cassé de nombreux services publics. En mai 2013, près de 500 employés de Transport Canada ont reçu des avis de licenciements. Ces attaques contre les services publics ont directement compromis le droit qu'a la population à bénéficier de conditions de sécurité durables et fiables.



En parallèle à ces mesures d'austérité, le gouvernement conservateur accélère la privatisation de nombreux services publics. Les conservateurs et leurs prédécesseurs ont encouragé, facilité les privatisations, avec des subventions généreuses pour les rachats par des entreprises privées et une remise en cause des règles minimales de sécurité, afin d'augmenter les marges de profit. Pendant une dizaine d'années, le Québec avait une loi qui obligeait les entreprises de chemins de fer à fournir aux municipalités la liste des produits dangereux transportés sur son territoire. Toutefois, cette loi n'a jamais réellement été appliquée.



Parmi les éléments qui se trouvent derrière la tragédie de Lac-Megantic, c'est la campagne effrénée pour le développement et l'exportation massive d'hydrocarbures, y compris le pétrole des sables bitumineux d'Alberta. Une conséquence de cette politique, c'est une augmentation spectaculaire du transport de produits pétroliers par train. Canadian National, par exemple, a vu une augmentation du nombre de wagons-citernes de 5 000 par an en 2010 à 30 000 en 2012.



Pour MMA et Rail World, l'explosion du transport de pétrole est une opportunité de profit dans laquelle se sont engagées ces entreprises, fonçant sans se soucier des infrastructures inadaptées et peu sûres. Cette évolution augmente terriblement le risque de nouveaux accidents et de menaces pesant sur l'environnement, en particulier dans un contexte de coupes et de dérégulation de Transport Canada.



Les grands groupes pétroliers, et les gouvernements qui les singent, utiliseront le désastre de Lac-Megantic comme d'un argument pour le développement des oléoducs. Le lendemain, le Globe and Mail avançait que « la tragédie au Québec nous rappelle que les oléoducs sont le moyen le plus sûr pour transporter le pétrole », et qu' « il est temps d'accélérer l'adoption du plan de construction d'un nouvel oléoduc en Amérique du nord. »



De telles observations opportunistes, qui exploitent la tragédie pour maximiser les profits, sont honteuses et doivent être condamnées. Ce dont on a besoin en toute urgence, d'autre part, c'est un débat public général sur les politiques économiques menées, et comment elles sont liées à d'autres questions d'intérêt public, telle que la sécurité, la préservation de l'environnement, l'emploi et les besoins sociaux. Comme l'affirme Amir Khadir, député de Québec solidaire : « la tragédie de Lac-Megantic doit, je crois, nous conduire à réfléchir sur la place qu'occupe le pétrole dans notre économie ». Les sables bitumineux sont, en soi, une catastrophe écologique. Il est nécessaire de passer une industrie énergétique privée, centrée sur les ressources non-renouvelables, à une industrie publique et contrôlée démocratiquement, engagée dans la voie des énergies renouvelables.



L'enquête en cours sur la tragédie de Lac-Megantic se focalisera sur l'enchaînement des événements qui ont conduit au déraillement du train, et elle pourra détermine certaines responsabilités individuelles. Mais se focaliser uniquement sur les causes immédiates, et les acteurs impliqués dans le déraillement, ne permettra pas d'identifier les causes profondes de la catastrophe et d'empêcher que de tels événements ne se produisent à nouveau.



Le problème est bien plus vaste et se trouve dans la logique même du capitalisme – la quête du profit avant tout, les pressions à la privatisation et la dérégulation massive ces dernières décennies. Tout comme nous luttons pour reconstruire Lac-Megantic et améliorer la sécurité du rail, nous devons aussi lutter pour un système qui mette les besoins des gens avant la soif de profits des entreprises, pour le socialisme.



Le Parti communiste appelle :



  • à renforcer et faire appliquer immédiatement les régulations sur la sécurité du chemin de fer ;



  • à la nationalisation des chemins fer, les plaçant sous propriété publique et contrôle démocratique, et des réparations et améliorations immédiates du réseau et des infrastructures ferroviaires ;

 

  • à la nationalisation de toutes les ressources naturelles, énergétiques, pour former la base d'une économique qui mettra la priorité sur les besoins et les intérêts des gens et de l'environnement plutôt que sur ceux des grandes entreprises ;

 

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