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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 15:25

communist-party-usaRépression McCarthyste et résistance communiste: Le Parti Communiste des Etats-Unis de 1949 à 1959


 

par Norman Markowitz, pour Political Affairs, mensuel du Parti Communiste des Etats-Unis


 

Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



« Le procès-verbal montre que notre objectif, ainsi que la perspective de reconstituer le Parti Communiste, était de devenir une force ouvrière plus influente et plus efficace dans la lutte de l'après-guerre pour préserver notre peuple de la force et de la violence de la réaction monopoliste, des lynchages et de la guerre atomique (…) Probablement que la plupart d'entre vous, jurés, n'avaient jamais vu un Communiste en chair et en os avant de venir à Foley Square. Peut-être étiez-vous surpris de trouver à la direction de notre parti des descendants de Daniel Bonne, de John et Priscilla Alden ainsi que des descendants d'esclaves Noirs héroïques. Vous devez avoir noté que près de la moitié de ces témoins étaient des vétérans de la Seconde Guerre Mondiale (…) Personne n'a à être ni un communiste ni un sympathisant communiste, même un progressiste ou un syndicaliste pour reconnaître la différence entre des personnes de bonnes et de mauvaises intentions. Personne n'a à comprendre un seul principe Marxiste, ou à être en accord avec un seul mot écrit par Lénine, pour reconnaître la véritable conspiration symbolisée par cette persécution avec ses faux témoins; ou pour reconnaître que les accusés et les témoins de la défense soient des hommes et des femmes qui sont dévoués à la défense des intérêts du peuple Américain – Noirs et blancs, et cherchent à promouvoir la paix et le progrès démocratique. » Eugène Dennis, « Défense de votre liberté » (Procès à Foley Square/Smith Act, 1949), dans Highlights of Fighting History: 60 Years of the Communist Party, USA, p 280-281



Le plus grand procès politique de l'histoire américaine a commencé fin 1949. L'année précédente, l'administration Truman avait inculpé 12 membres du bureau politique du Parti Communiste pour 'conspiration', lorsqu'ils ont aidé à reconstituer le Parti Communiste en 1945, un événement public largement diffusé par la presse de l'époque.



William Z.Foster, le célèbre dirigeant du Parti Communiste, a été jugé séparément. Les 11 autres accusés ont dû affronter le juge fédéral Harold Medina, un vieux briscard de la politique qui se plaignait que des agents communistes tentaient, dans l'audience du tribunal, de l'hypnotiser. Medina s'est montré extrêmement méfiant envers la défense tout au long du procès. Mais tout était joué d'avance, puisque l'accusation et le juge avait soigneusement choisi le jury, tout comme dans d'autres grands procès politiques de l'époque – le second procès Hiss et le procès Rosenberg – pour s'assurer qu'ils n'auraient aucune sympathie envers les accusés et qu'ils ne seraient pas disposés à défendre les droits de ceux avec qui ils avaient des désaccords politiques.



Ces premiers procès sous les termes du Smith Act n'étaient que le début. Des procès ultérieurs se sont tenus après l'arrestation et l'incarcération de Elizabeth Gurley Flynn et d'autres dirigeants moins connus du Parti Communiste. Avec la guerre de Corée qui fait rage en 1950, le Congrès adopte l'acte McCarran dit de Sécurité Intérieure passant outre le veto de Truman. Son grand promoteur a été le sénateur de droite du Nevada, Pat McCarran, qui a plus tard servi comme modèle de sénateur corrompu dans le roman de Mario Puzo Le Parrain et dans le film « Le Parrain II »



La loi qui a inventé les catégories d'organisations « sous contrôle communiste » et « sous influence communiste » a mis en place un Bureau de contrôle des activités subversives pour forcer les responsables de ces organisations à s'inscrire et à présenter leurs listes d'adhérents au Bureau sous peine de devoir affronter de lourdes amendes ou des peines de prison. La loi a également créé une disposition spéciale, introduit à l'origine par le sénateur Démocrate libéral Hubert Humphrey, comme alternative au projet de loi, la constitution d'une liste d'individus à arrêter, sans procédure régulière d'arrestation, et placés dans des camps de détention en cas « d'urgence nationale ».



A côté des actes Smith et McCarran, les autorités locales et fédérales ont commencé à mettre sur la liste noire des fonctionnaires, des ouvriers, des gens de la culture, des scientifiques et des intellectuels que l'on pensait associés d'une manière ou d'une autre avec le Parti Communiste.



Rien de nouveau...



Les « Red Scares » (La peur des rouges) et la répression politique n'étaient pas quelque chose de nouveau aux Etats-Unis. En fait, le Parti Communiste s'est tout d'abord organisé dans un climat de terreur et de répression, financée par le patronat, contre la Gauche en 1919. Mais personne n'avait jamais encore vu quelque chose comme les méthodes répressives du gouvernement Américain dans les années 1950.



Les actes Alien et Sedition de la fin des années 1790 ont duré seulement quelques années. Les tentatives politiques pour enlever les droits constitutionnels des abolitionnistes avant la Guerre Civile ont connu un échec cuisant dans les états non-esclavagistes, et les Red Scares précédentes contre les organisations ouvrières ont été relativement clémentes.



Dans les années 1950, les dirigeants du Parti Communiste et certains de ces membres ont été contraints de se cacher, et le gouvernement a fini par incarcérer un certain nombre d'entre eux. Les responsables d'organisations qui ont refusé de se conformer aux dispositions de l'acte McCarran, qui exigeait d'eux qu'ils s'enregistrent et qu'ils fournissent une liste d'adhérents « subversifs », ont également été menacés d'emprisonnement. Durant toute la période, le Parti Communiste a refusé de s'inscrire selon les dispositions de l'Acte McCarran. La loi visait à isoler le Parti Communiste et toute autre organisation que le gouvernement désapprouvait. L'objectif fondamental de la loi était de créer une ligne de démarcation politique qui pouvait être tracé par les autorités fédérales pour « protéger » le grand public de la dissidence politique.



A l'échelle nationale, ces politiques ont fini par être associées à Joseph McCarthy, ce sénateur républicain originaire du Wisconsin, instable psychologiquement et alcoolique notoire. McCarthy s'est fait connaître au cours de l'hiver 1950, à l'extrême-droite de l'échiquier politique, lorsqu'il a lancé des accusations largement infondées contre des dizaines voire des centaines (les chiffres variaient constamment) d' « agents communistes » au sein du Département d'Etat. Ces subversifs étaient supposément responsables de tout depuis la Révolution Chinoise jusqu'à l'explosion d'une bombe atomique Soviétique. McCarthy s'est rapidement aperçu qu'il pouvait s'en sortir en continuant de lancer de telles accusations, que la presse diffusait consciencieusement. Il s'est également rendu compte que plus la charge était grossière et violente, plus son étoile brillait.



Le Parti Communiste a reconnu le danger particulier représenté par McCarthy, que les Communistes et les non-communistes, que ce soient aux Etats-Unis ou dans le monde, voyaient comme un leader fasciste potentiel. Ils ont aussi compris que les réactionnaires étaient en train d'utiliser de manière cynique les déclarations violentes de McCarthy pour passer du nouveau « consensus anti-communiste » (qui était déjà parvenu à saper le Bill of Rights et à entamer les forces ouvrières et progressistes) à l'hystérie la plus totale.


Ce qui est si remarquable à propos de cette répression, et si instructif pour les étudiants en histoire américaine, c'est sa longévité et son caractère multiforme. A la fin des années 1950, les décisions de la Cour Suprême ont affaibli l'Acte Smith et mis fin aux persécutions, et d'illustres figures comme Paul Robeson et W.E.B. Du Bois, à qui on avait refusé le droit à voyager à cause de leurs liens supposés avec le Parti Communiste, ont pu récupérer leurs passeports. Le gouvernement a continué à persécuter à la fois les Communistes et les anciens Communistes en vertu de l'acte McCarran, cependant. L'administration Kennedy, par exemple, a poursuivi en 1961 le Parti communiste pour ne pas s'être inscrit comme le prévoyait l'Acte McCarran, et est logiquement parvenu à accuser et faire condamner les dirigeants du parti Gus Hall et Benjamin Davis, tandis qu'ils infligeaient au parti une amende de 120 000 dollars. Davis est décédé en 1964, les poursuites contre Gus Hall et le Parti Communiste ont été finalement abandonné en 1966 et 1967, respectivement.



Résister à la répression



En général, les faits concernant la répression d'après-guerre sont bien connus. Bien moins connue, toutefois, est la résistance communiste et sa contribution d'une part au déclin du McCarthysme et d'autre part à la mise en échec du danger bien réel représenté par l'avènement d'un fascisme pur et dur, qui dans les années 1950 aurait apporté avec lui la probabilité d'une troisième guerre mondiale nucléaire.



Les Communistes ont adopté une politique que l'on pourrait appeler de « semi-clandestinité ». Une grande partie de la direction du Parti s'est trouvée soit dans la clandestinité soit dans la lutte pour sortir de prison. L'ensemble des adhérents du Parti ont dû affronter un harcèlement implacable de la part du FBI. Dans de nombreux cas, les Communistes ont été contraints d'abandonner les organisations qu'ils avaient aidé à construire dans les années 1940. Pendant toutes ces années, les Communistes ont lutté pour maintenir leur visée stratégique de long-terme, qui liait la lutte pour les droits des travailleurs avec la lutte pour la paix et contre le racisme.



McCarthyand CohnTout d'abord, regardons brièvement ce qui en est du déclin du McCarthysme. Les Communistes sont arrivés à obtenir un soutien populaire grâce à la campagne de masse « Joe Must Go » (Joe doit s'en aller), lancée initialement par des Républicains libéraux du Wisconsin en 1952, et ils ont continué à faire campagne même après la ré-élection de McCarthy au Sénat en 1952. McCarthy aimait à dire que le Parti Communiste avait inventé le terme McCarthysme, ce que, bien sûr, il ne cessait de répéter, dans son style tout à fait égocentrique. Bien que toute la carrière de McCarthy ne soit basée que sur des mensonges, il n'avait pas complètement tort à cet égard. Le « consensus anti-communiste » était ancré dans des politiques brutales de type dictatorial qui ont à la fois précédé McCarthy et qui ont survécu à sa chute, des actes mis en oeuvre par le FBI, des bureaucrates et des hommes politiques tout à fait hors de contrôle du jeune sénateur du Wisconsin.



Le « programme de loyauté » de Truman, la liste du Procureur Général, l'arrestation de la direction nationale du Parti, l'attaque raciste de la foule à Peekskill (New York) contre Paul Robeson et tolérée par l'Etat, ainsi que les purges et les listes noires, tout cela n'était que des violations de la Constitution Américaine et du Bill of Rights – qu'elles soient mises en oeuvre par des dirigeants syndicaux comme Walter Reuther, par le Président Démocrate Harry Truman, ou tolérées par l'Union des Libertés Civiles Américaines, qui refusait de défendre les communistes. Bon nombre de ces abus ont été justifiés publiquement par le fait que les Communistes devaient être purgés pour sauver les syndicats ou sauver les acquis sociaux, alors que les Communistes ont joué un rôle un rôle central pour les obtenir. Pour utiliser la fameuse description du Richard Nixon de 1952 par Adlai Stevenson, il y avait de nombreux « McCarthystes en col blanc », des McCarthystes respectables avec des positions institutionnelles qui tentaient justement d'institutionnaliser la répression.



Mais avec McCarthy, l'extrémisme et l'injustice de tout ce processus ne pouvaient plus être dissmulé. En concentrant toutes les attentions sur McCarthy et ses sbires, les militants du Parti Communiste ont donné à tout ce processus un nom et un visage et ont contribué à ce que l'ensemble de la gauche la combatte de manière plus efficace. Tout cela s'est déroulé dans un climat où les manifestations anti-McCarthystes dans les campus universitaires et les quartiers autour du slogan « Joe Must Go » - et plus tard la campaigne universitaire « Green Feather » (La plume verte – campagnée lancée dans l'université d'Indiana après que la rectrice de l'université ait envisagé d'interdire Robin des Bois de l'enseignement au nom de son message supposé communiste. En protestation, les étudiants ont adopté la plume verte de Robin des Bois comme signe dinstinctif)- ont été assez peu relayées par la presse, mais ces campagnes ont encouragé des libéraux tels que Edward R.Murrow à risquer de faire le jour sur certains abus de McCarthy à la télévision. A Milwaukee, par exemple, les militants du Parti ont imprimé et distribué plus de 20 000 tracts anti-McCarthystes, bien qu'ils aient été poursuivis et harcelés par des agents du FBI.



Les McCarthystes vont trop loin



Finalement, l'administration Eisenhower, elle-même menacée par la tentative de McCarthy d'obtenir une commission de l'Armée pour son homme de main G. David Schine, a rendu public certaines de ses activités, ce qui a conduit à des auditions télévisées qui ont sérieusement nui à l'image du sénateur.



L'anti-communisme, sous toutes ses formes, a été le principal obstacle à l'organisation d'une campagne anti-McCarthyste efficace. La droite a attaqué tous ceux qui ont refusé de courber l'échine face à la répression comme étant des « anti-anti-communistes », et beaucoup sont tombés dans le piège, contre-balançant leurs critiques sur les actions de McCarthy par des condamnations du mouvement Communiste. Truman a lancé cette mode en 1950 quand, en réponse à la première série d'accusations de McCarthy, il a caractérisé McCarthy comme étant « le meilleur atout du Kremlin ». De nombreux autres ont rejoint le choeur en prétendant que McCarthy, en sapant la confiance dans le gouvernement, « aidait les communistes ».



Harcelés par la droite, de nombreux politiciens Démocrates ont utilisé l'anti-communiste pour sauver leurs carrières. En 1954, candidat à sa ré-élection, le sénateur du Minnesota Hubert Humphrey, comme l'histoire le raconte, a été accosté par un homme qui ne cessait de le traiter de Communiste. Humphrey lui a répondu alors qu'il était un « anti-communiste », ce à quoi l'homme a pu répliquer, « Je me fiche de savoir quel type de communiste vous êtes ». Humphrey a consolidé sa base de soutien en parrainant une nouvelle législation anti-communiste, que la presse a crûment appelé: « L'Acte de contrôle des Communistes »



Pourtant, beaucoup de gens ont vu dans les élections de 1954 un référendum sur le McCarthysme. Les Démocrates ont repris le contrôle des deux chambres du Congrès, ce qui a été interprété judicieusement comme une défaite importante à la fois pour McCarthy et pour le McCarthysme. McCarthy a été rapidement abandonné par ceux qui l'avaient soutenu jusqu'alors et a sombré encore plus profondément dans l'alcoolisme qui devait le tuer trois ans plus tard. Mais McCarthy n'a pas changé. Il a continué à lancer de violentes accusations, et sans doute il était arrivé à croire à certaines d'entre elles, mais de moins en moins de personnes les prenaient au sérieux, désormais.



Les accusations du genre de celles que lançait McCarthy sont devenues un petit plus que de fragiles théories du complot. Par exemple, quand David Greenglass, dont le témoignage a envoyé sa soeur et son beau-frère, Ethel et Julius Rosenberg, à la chaise électrique en 1953 en tant qu' « espions Soviétiques » qui avaient volé « le secret de la bombe atomique », a porté l'idée en 1957, après le lancement du satellite Sputnik, que Julius Rosenberg avait donné la technologie spatiale aux Soviétiques, personne en dehors de l'extrême-droite a pris l'attaque au sérieux.



Ces déclarations tapageuses et ce genre de théories du complot ont en fait divisé le Parti Républicain. L'extrême-droite, y compris les industriels et les chefs militaires à la retraite enragés par le changement de politique qu'il voyait au sein de l'administration Eisenhower, a formé la société John Birch pour faire revivre le McCarthysme. Leur leader, le fabriquant de bonbons Robert Welch, a même prétendu que les manquements à la lutte contre le communisme et au combat pour la destruction de l'Union Soviétique fournissaient la preuve que le Président Eisenhower était un communiste. Certains des partisans de McCarthy ont proposé Welch comme candidat Républicain potentiel au début des années 1950. A la fin des années 1950, cependant, les méthodes McCarthystes, autrefois au cœur du Parti, ont été de plus en plus marginalisées à l'extrême-droite.



La disgrâce de McCarthy et le déclin du McCarthysme pouvaient également être vus à la manière dont agissait la direction du FBI, dans le cadre de son Programme de Contre-Espionnage (Cointelpro). Dirigé exclusivement contre le Parti Communiste, depuis sa fondation en 1956, le Cointelpro a mené des milliers de provocations contre les communistes. Mais il a été contraint de le faire en cachette, ce qui contrastait avec le harcèlement à visage découvert du Parti Communiste immédiatement après la Seconde guerre mondiale.



Ainsi, la campagne anti-McCarthyste du Parti communiste a contribué à sauver les Américains du cauchemar politique dans lequel voulait nous plonger l'aile McCarthyste de la droite.



La lutte continue



Les purges dans les syndicats ont été particulièrement dévastatrices pour les syndicalistes Afro-Américains, qui étaient dans leur immense majorité des militants de gauche. Les communistes avec d'autres ont organisé le Conseil ouvrier noir américain (National Negro Labor Council) en 1951, qui, s'il devait être de courte durée face à la persécution politique, a servi de centre de recrutement de militants Afro-Américains qui allaient plus tard se distinguer dans les luttes ouvrières ainsi que pour les droits civils. Les communistes ont également joué un rôle de premier plan avec une campagne aux Etats-Unis, et dans le monde entier, contre l'exécution de Julius et Ethel Rosenberg entre 1951, quand la peine de mort a été prononcée, et 1953 quand elle a été exécutée. William Patterson, grande figure communiste Afro-Américaine, a su emmener 3 000 manifestants à la prison de Sing Sing en 1953 où l'exécution se déroulait. Cet événement, que les médias ont refusé de couvrir, était un acte de grand courage, comme l'a été la manifestation beaucoup plus importante organisée à Union Square, à New York, alors que l'heure de l'exécution approchait.



Les communistes ont condamné l'intervention militaire Américaine en Corée et ont révélé au grand jour l'instrumentalisation de l'ONU par l'administration Truman, à une époque où peu à gauche se prononçaient sur la question. Dans ce qui a été probablement la plus grande réalisation du Parti Communiste dans la période, les adhérents du Parti et leurs alliés ont réuni 2,5 millions de signatures pour la pétition sur l'Appel de Stockholm contre la militarisation, la prolifération nucléaire et la guerre.



Les communistes ont apporté une contribution majeure à la lutte contre la terreur raciste qui s'est intensifiée dans les premières années de la Guerre Froide. Les communistes, blancs et noirs, aux côtés d'autres militants progressistes dans les syndicats et dans les organisations de quartier pour les droits civils se sont retrouvés dans une lutte sur deux fronts, pour la défense des droits civils des opprimés et pour leurs propres libertés civiles, alors même que des organisations majeures comme le NAACP était plus timides. Par exemple, le Congrès des Droits Civils (Civil Rights Congress – CRC), fondé par les Communistes et ses alliés après la Seconde guerre mondiale, s'est saisi de batailles juridiques majeures dans lesquelles la NAACP craignait de s'engager, et a aidé à rassembler des données sur les délits à caractère raciste à tel point que le CRC est devenu une cible privilégiée des attaques du FBI.



En 1951, le dirigeant du CRC William Patterson et Paul Robeson ont rendu leur « Nous accusons de Génocide: Pétition historique aux Nations Unies pour une enquête sur le crime du gouvernement des Etats-Unis contre le peuple Noir » au Bureau du Secrétaire-général des Nations Unies à New York. Alors que le document est resté largement ignoré ou, si ce n'est pas mentionné du tout, en tout cas méprisé par les médias américains dominants, il a été publié dans le monde entier et a introduit de nombreuses personnes, en particulier dans les nations émergeant du colonialisme, à la sordide histoire du racisme aux Etats-Unis. En dénonçant le racisme à la face du monde à une époque où les Etats-Unis combattaient, dans le cadre de la guerre froide, contre les mouvements de libération nationale, Communistes et anti-racistes, « Nous accusons de génocide » a contribué à faire de la question du racisme américain un boulet pour les Etats-Unis et a donc renforcé dans notre pays le développement du mouvement pour les droits civils.



Les communistes restent indissociablement liés au mouvement pour les droits civiques. En 1953, le Parti a proposé un nouveau programme centré sur la promotion de la lutte pour la libération de l'ensemble du peuple du Sud. Le leader du Parti, James Jackson, a rédigé « Le programme commun des peuples du Sud », qui a lié la question de l'abolition de la ségrégation à celle de la lutte contre les politiques anti-sociales et anti-démocratiques, et a montré comment le dépassement de telles politiques serait profitable économiquement et socialement à tous les travailleurs du Sud. Plus de 100 000 exemplaires du programme ont été distribués dans tout le Sud en une seule journée, une stratégie ingénieuse qui a réussi à contrer les tentatives du FBI et des racistes locaux pour empêcher la diffusion du document.



Les Communistes ont soutenu activement la campagne réussie de boycott des bus de Montgomery, une victoire qui a ouvert une nouveau chapitre dans la lutte pour l'égalité des Afro-Américains. L'école Highlander Folk, où les communistes ont joué un rôle important, a servi comme centre de formation des militants des campagnes pour les droits civiques à la fois avant et après Montgomery. Bien que l'historien Maurice Issermann et d'autres aient beaucoup écrit sur le rôle des « anciens membres du Parti » dans ces campagnes comme dans d'autres, le rôle capital joué par ceux qui n'avaient pas quitté le parti et par le parti lui-même n'a pas encore été suffisamment étudié en détail. Cela est dû, en grande partie, à une déformation de l'histoire du mouvement pour les droits civiques, qui vient de loin, et qui a été alimentée par l'idéologie et les politiques anti-communistes, pendant une période où toutes les attaques contre le Parti étaient acceptés sans même les sous-peser ou les mettre en doute.





La plupart de ceux qui ont quitté le Parti entre 1946 et 1956 l'ont fait à cause de la répression. Certains ont quitté la politique. D'autres ont continué à travailler avec d'anciens camarades dans de nouvelles organisations, comme la Lutte des Femmes pour la Paix. Les anti-communistes présents dans les mouvements pour la paix, les droits civiques, les organisations de jeunesse ainsi que les syndicats ont, cependant, constamment sapé ces organisations en consacrant tout leur temps et leur énergie à lutter contre « l'infiltration communiste ». Aussi, une fois que vous aviez gratté la surface du libéralisme anti-communiste de gauche, il devenait évident que leur opposition aux communistes était utilisée pour dissimuler leurs propres pratiques conservatrices ou leur opposition à l'activité militante sous n'importe quelle forme. Ainsi, ceux à la direction de groupes comme le Comité pour une politique nucléaire SAINE, les Etudiants pour une société démocratique, et dans d'autres organisations de masse, qui se définissent d'ordinaire comme des libéraux, ont en réalité été des conservateurs masqués qui recherchaient une légitimité de la part des institutions qu'ils étaient censés combattre. Comme leurs homologues dans les syndicats, cela ne faisait que les rendre plus hypocrites et plus virulents dans leurs attaques contre les communistes, et contre la gauche plus largement, que les conservateurs eux-même.



Ce qui est le plus remarquable sur cette période, c'est que des milliers de membres sont restés au Parti, même confrontés à une sévère répression.



Luttes entre factions



En 1956, un « rapport secret » du Secrétaire général du PCUS Nikita Khrouchtchev au 20ème congrès du Parti communiste de l'Union soviétique dénonce la politique de Joseph Staline et appelle à la «déstalinisation» des institutions soviétiques. Un transfuge polonais donne alors le rapport à la CIA, qui le publie immédiatement. En plus des critiques exprimées vis-à-vis de la politique soviétique en Pologne et en Hongrie, le discours a aussi produit des conflits entre factions et des pertes d'adhérents dans de nombreux pays et la constitution de partis communistes dissidents dans certains cas. Aux Etats-Unis, John Gates, éditeur du journal du Parti Communiste, le Daily Worker, a décidé de son propre chef que le discours de Khrouchtchev serait l'occasion pour émettre une série de critiques sur la direction et la ligne du Parti, provoquant dissensions et conflits au sein même des sections du Parti. Le FBI et les autres institutions policières ont vu dans ce conflit une grand succès de leurs activités puisqu'ils ont intensifié leur campagne pour semer la discorde dans le parti.



La lutte entre factions au sein du Parti Communiste a débouché sur une des plus dures périodes de répression qui a vu la majorité de la direction du parti emprisonnée ou poursuivie et les adhérents soumis à des attaques continues. Des dirigeants chevronnés du Parti à tous les niveaux, qui auraient pu être mieux armés pour organiser de larges débats dans le Parti sur les événements en Union Soviétique, se sont trouvés pris dans des batailles juridiques ou dans la clandestinité et incapable de répondre aux attaques de Gates. Alors que la lutte entre factions s'intensifiait, cela a fait la une des journaux dans tout le pays. Les luttes des communistes contre le McCarthysme, pour les droits des travailleurs, les droits civils et la paix étaient invisibles dans les médias américains pendant toutes ces années. Maintenant, cependant, des experts libéraux ou de la gauche autorisée ont pu avancer l'idée que cela signifiait la fin du Parti Communiste, et a pu proclamer son inutilité et affirmer qu'en quelque sorte, comme par magie, après qu'il a cessé d'exister, cela permettrait l'émergence d'une sorte de « gauche démocratique ».



A l'intérieur du Parti, Gates et ses partisans ont été désapprouvés et ont quitté le parti. D'autres ont suivi puisque les querelles internes couplées à la répression extérieure les avaient usé. Ces luttes n'ont pas signifié la fin du Parti Communiste, bien que l'histoire officielle a entretenu le mythe qu'il n'a plus, dès lors, joué un rôle important aux Etats-Unis.



La lutte entre factions a nui gravement au Parti à ce moment crucial. Les pertes d'adhérents ont affaibli le Parti Communiste à un moment où les forces progressistes se regroupaient autour des luttes pour les droits civils et pour la paix. Dans les luttes syndicales en particulier, les pertes d'adhérents ont limité la possibilité pour les Communistes et la gauche d'effectuer un retour en force à une époque où la clause anti-Communiste de l'Acte Taft-Hartley était rejetée dans les tribunaux



Le Parti Communiste a soutenu la fusion AFL-CIO en 1955 comme une nécessité face aux attaques contre les droits des travailleurs. Mais le parti a été très critique de l'échec des directions de l'AFL-CIO à porter les revendications salariales et de réduction du temps de travail, son soutien aux heures supplémentaires comme une rustine pour gonfler artificiellement les salaires des travailleurs syndiqués au lieu à la fois d'augmenter le salaire horaire et de créer des emplois, et son refus de mettre en avant des politiques qui réduiraient l'écart salarial entre les travailleurs blancs et Afro-Américains. Est-ce qu'un Parti Communiste plus grand et plus fort aurait utilisé sa présence dans les usines pour porter plus efficacement des politiques progressistes au sein de l'AFL-CIO sur la question des droits civils, des droits des travailleurs, et de la paix, ou de faire le lien avec les nouveaux mouvements sociaux qui ont fleuri dans les années 1960? Bien sûr. Mais nous pouvons aussi dire que la vision et la stratégie articulées par le Parti Communiste dans cette période difficile ont continué à offrir la meilleure voie pour un changement progressiste à long-terme. Pourtant, nous pouvons seulement imaginer ce que l'histoire aurait pu être si le Parti était parvenu à retrouver dans les années 1960 le même nombre d'adhérents et de sympathisants qu'il avait dans les années 1930.



A la fin de l'année 1959, alors que le Parti entrait dans sa cinquième décennie de vie avec de moindres forces, des millions d'Américains avaient répudié les conséquences du McCarthysme, incarnées dans un conservatisme sur la défensive et sclérosé dont les slogans de l'époque étaient « Ne faisons pas de vagues » ou « Pensons à nous d'abord ». Dans le même temps, des Démocrates typiques de la Guerre Froide comme le sénateur John F.Kennedy ont décidé de laisser la chasse au sorcière des années 1950 derrière eux et ont parlé « de remettre de nouveau le pays en ordre de marche », bien qu'il refusait de dire dans quelle direction et dans quel but. Rapidement, les sit-ins étudiants dans le Sud ont ouvert une nouvelle étape dans l'engagement pour le mouvement des droits civils, et les conflits de Guerre Froide à Cuba et au Viet-Nam ont donné un nouvel élan aux effortds pour la paix. Le Parti Communiste, toujours sous le feu des attaques massives des autorités fédérales, a commencé cette nouvelle période avec à sa tête trois vétérans communistes Gus Hall, Ben Davis et Elizabeth Gurley Flynn.



Site de Political Affairs: http://www.politicalaffairs.net/

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Etats Unis-Canada
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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 23:53

Capitalism-A-Love-StoryLa crise continue pour les travailleurs américains


Des millions de pauvres et de chômeurs supplémentaires



Traduit par MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/




Tandis que les grands groupes financiers annonçaient la distribution de milliards de dollars en bonus à leurs actionnaires et à leurs cadres dirigeants, des millions de travailleurs nord-américains étaient mis à la porte, venant grossir le nombre de plus en plus important de pauvres dans le pays.



A la fin du mois de Décembre, ce sont 85 000 emplois supplémentaires qui ont été détruits dans le secteur privé, faisant passer le taux de chômage reconnu par le Département du Travail des Etats-Unis au-dessus de la barre des 10%.



Bien que cela soit un niveau record pour les dernières décennies, les chiffres officiels cachent une partie de la réalité. Si étaient comptabilisés les travailleurs qui ne sont plus inscrits aux agences pour l'emploi parce qu'ils ont arrêté de chercher du travail face à la pénurie patente d'offre, et les travailleurs qui travaillent à mi-temps, ou sous n'importe quelle autre forme de temps partiel, le taux de chômage grimperait alors à 17,3% de la population active.



Ce chiffre vient confirmer les informations selon lesquelles, seulement l'an passé, plus de 4,2 millions d'emplois ont été détruits en conséquence de la crise capitaliste. On passe même la barre des 8 millions si on prend en compte la destruction d'emplois aux Etats-Unis depuis 2007.



Des bons d'alimentation contre la faim



Dans ce contexte, il n'est pas étonnant que plus de 6 millions de nord-américains n'aient pas d'autre source de revenu que les bons d'alimentation fournis par l'Etat.



Des calculs du New York Times, basés sur des données officielles, affirment qu'un 1 citoyen américain sur 50 n'a rien d'autre que 100 ou 200 dollars par mois en bons d'alimentation, parmi lesquels un grand nombre se trouve être des personnes ayant perdu leur emploi au cours des dernières années ou ayant vu leur revenu s'effondrer.



Le total de nord-américains sans aucune source de revenu a augmenté, dans les dernières années, en moyenne, de 50%, selon le journal. Dans l'État du Nevada, le chiffre a triplé, tandis qu'en Floride et à New York, il a doublé, et au Minnesota ainsi que dans l'Utah, il a augmenté de près de 90%.



Une telle situation n'est pas seulement due à l'indifférence de l'administration Obama pour les répercussions que peut avoir la crise sur les travailleurs et la population laborieuse, mais est aussi due à une réforme datant de 1996, et adoptée sous la présidence de Bill Clinton. Démocrates et Républicains s'étaient mis d'accord alors pour imposer des coupes et des limitations sévères dans l'accès aux prestations sociales et pour mettre fin à l'universalité de l'accès aux aides sociales, en vigueur depuis les années 1930. L'argument était alors celui de la « nécessité » de mettre fin au cercle vicieux de la « dépendance vis-à-vis des aides d'Etat »



Au total, 36 millions de personnes – un adulte sur huit et un enfant sur quatre – sont sous la dépendance du programme de distribution de bons d'alimentation. Dans 800 comtés américains, au moins 1/3 des enfants sont alimentés avec des tickets de rationnement.



A la fin de l'année dernière, une étude de l'Université Washington de St-Louis a révélé que la moitié des enfants nord-américains et 90% des enfants afro-américains recevaient, à un moment de leur vie, des tickets pour l'achat de biens alimentaires avant l'âge de 20 ans.



Des données officielles indiquent encore que le nombre de ceux qui ont besoin de cette aide croît actuellement au rythme de 20 000 personnes par jour, mais les mêmes entités estiment que seulement les 2/3 de ceux qui devraient y accéder finissent par en bénéficier.



A cela il faut ajouter que des milliers de familles survivent dans des tentes, un scénario qui contraste avec l'abondance obscène de fonds publics mobilisés par le gouvernement dirigé par Barack Obama pour gonfler les profits que le grand capital amasse grâce à la crise et aux guerres impérialistes outre-mers.



Faillites privées en cascade



Pour illustrer l'urgence sociale de la situation dans laquelle se trouve des millions de nord-américains, il est utile également de mentionner les statistiques qui révèlent une augmentation de 32% du nombre de familles et d'entreprises qui se sont déclarées en faillite l'an passé. Au total, ce sont plus d'1,4 millions de faillites qui ont été présentées aux organismes publics, parmi lesquelles celles de plus de 140 organismes de crédit.



En Arizona, l'augmentation du nombre de banqueroutes déclarées a été de 77%, tandis que dans les Etats de Californie, du Wyoming et du Nevada, on constate une augmentation de 50%.



L'année qui s'annonce ne paraît pas vraiment prometteuse. Dès les premiers jours de l'année 2010, El Horizon Bank, de l'Etat de Washington, a annoncé sa banqueroute due à son incapacité à combler ses pertes, dont une bonne partie est due à l'énorme quantité de familles qui n'ont pas pu payer leurs crédits immobiliers respectifs.



Ceux qui semblent être en mesure de s'en sortir mieux, ce sont les institutions bancaires locales concurrentes qui, dans la logique du système, se préparent à absorber les actifs des entreprises les plus faibles.



Obama déjà aussi impopulaire que... Reagan



Si le taux d'approbation de Barack Obama approchait les 68% dans les premiers jours de l'entrée en fonction de la nouvelle administration Démocrate, presque un an plus tard, le président des Etats-Unis recueille désormais l'approbation d'à peine la moitié des personnes interrogées par Gallup.



Le même sondage, réalisé entre le 2 et le 4 janvier, révèle également que 44% des nord-américains désapprouvent l'activité politique de l'ancien sénateur de l'Illinois.



Selon Gallup, seul le président Ronald Reagan a commencé sa seconde année de mandat avec un taux d'approbation plus bas, 49%, bien que le total des personnes qui désapprouvaient sa gestion était plus faible, seulement 40% contre 44% qui désapprouvent déjà la gestion Obama.



Article du numéro 1885, du 14 janvier d' Avante, hebdomadaire du PC Portugais



Site d'Avante: http://www.avante.pt/

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30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 02:23

howard zinHoward Zinn: un historien populaire

 

Par Norman Markowitz, pour People's World (quotidien du Parti Communiste des Etats-Unis)



Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Howard Zinn est mort hier mais il continuera à vivre tant que les générations futures liront son Histoire populaire des Etats-Unis et diront « Wow! » - en les comparant à la fois aux anciennes et nouvelles idées reçues que l'on nous apprend à accepter.



Je connaissais Howard Zinn, pas très bien mais suffisamment pour me sentir personnellement triste de sa disparition. Sa vision du monde était celle d'un homme de gauche, de ceux que C. Wright Mills dans les années 1950 appelaient dans les années 1950 les « véritables marxistes ». Il était à la fois un universitaire et un militant, un « intellectuel organique », un « intellectuel public », toute cette sorte de choses sur lesquelles les autres écrivent, construisent leurs carrières, mais qu'ils sont rarement eux-mêmes. Il n'a jamais été un homme de la « fin des idéologies », du « pas de jugements de valeur » dans les années 1950 et 1960. Des concepts comme le « post-modernisme », le post-marxisme, les nouveaux idéalismes de la subjectivité et de l'identité, chacuns à leur manière beaucoup plus difficile à attaquer que les vieux dogmes à cause de leur caractère insaisissable, n'ont jamais eu aucune place dans son travail.



Né dans une famille ouvrière Juive, Howard Zinn a été bombardier pendant la seconde guerre mondiale et a vécu les horreurs de la guerre – horreurs qui ne l'ont jamais quitté. Le GI Bill lui a permis d'accès à une éducation supérieure, et d'obtenir un doctorat en science politique. Cela l'a emmené à enseigner au Spelman College, une université Afro-Américaine, en 1956 alors que le mouvement des droits civiques commençait sa marche en avant. Son soutien aux étudiants radicaux à Spelman lui a coûté son poste. En 1964, il devient professeur associé à la Boston University, où il restera jusqu'à sa retraite officielle.



Il commence alors à écrire des livres et des articles en faveur des mouvements populaires, pour les droits civiques et contre la guerre, que les universitaires établis vont largement ignorer et les critiques de journaux violemment attaquer. Mais les progressistes ont réalisé qu'il n'y avait rien d'anormal à cela, et les jeunes, galvanisés par les mouvements des droits civiques et anti-guerres comme beaucoup le sont encore aujourd'hui par la victoire d'Obama, ont lu ces livres qui leur ont apporté une nourriture intellectuelle contre la tambouille intellectuelle produite en série qu'ils s'attendaient à ingurgiter et à digérer pour le reste de leurs vies.



Ces travaux comprenaient SNCC: Les Nouveaux Abolitionnistes (1965), Vietnam: La Logique du Retrait (1967), et Désobéissance et Démocratie (1968)



zinnEn 1980, Zinn a publié la première édition de son Histoire populaire des Etats-Unis, qui a été lu par des millions de personnes dans le monde entier et leur a donné une certaine vision de l'histoire des luttes sociales aux Etats-Unis contre ceux qui défendaient l'esclavage au nom de la liberté, la conquête de l'ouest et la destruction des peuples indigènes au nom de la destinée manifeste, et l'exploitation des travailleurs et la mise en place d'un empire mondial au nom de la démocratie.



Zinn a pu tirer des royalties non-négligeables de son travail, ce dont il avait besoin, depuis que John Silber, le tyrannique président de la Boston University, lui-même figure de proue de l'establishment, a gelé le salaire de Zinn, lui a refusé l'octroi d'assistants pour ses cours dans lesquels les étudiants affluaient, et l'a vilipendé en public et en privé.



Entre autres, Zinn a été actif en essayant de former un syndicat à la Boston University, tentative brisée avec succès par Silber. Je me rappelle que l'on m'avait demandé, il y a quelques décennies, d'aller à la Boston University et de participer à une soutenance de thèse d'un étudiant. J'y ai répondu positivement parce qu'Howard Zinn, ainsi qu'un ancien professeur que j'ai connu depuis mes années passées à l'Université de Michigan, faisait partie du jury. J'étais censé recevoir une modeste compensation pour mon voyage (le coût de l'essence et de l'hôtel) et les documents étaient prêts. Plus tard, on m'a dit que le département d'histoire ne pouvait pas le prendre en charge parce que le Président Silber, apprenant que Zinn faisait partie du jury, y avait opposé son veto.



En fait, j'étais même un peu flatté. C'était peut-être la seule fois dans ma vie, dans les nombreuses situations dans lesquelles on m'a refusé quelque chose pour des raisons politiques, que j'étais seulement un « spectateur innocent » des événements.



Silber, un moment le président d'université le mieux payé de tous les Etats-Unis, est parti et a été heureusement oublié, sauf de ceux qu'il a blessé et qui en garderont à jamais un mauvais souvenir. Howard Zinn ne sera jamais oublié grâce à son travail.



Zinn a pris sa retraite de la Boston University en 1988 mais a continué à écrire et à parler. Je recommanderais en particulier You Can't be Neutral on a Moving Train: A Personal History of Our Times [On ne peut pas rester neutre devant un train en marche: une histoire personnelle de notre temps] écrit en 1994 . Vous pouvez aussi le trouver sur YouTube déclamer contre l'Empire Américain, ou lire sa dernière œuvre, Terrorisme et Guerre (2002) sur le post 11 septembre. Vous pouvez même lire les attaques anti-communistes lancé contre lui par les chiens de garde de la droite, qui sont toutes parties du siège de la Fox, des hommes de Rupert Murdoch. Vous pouvez lire et peut-être voir sa pièce, Marx à Soho. Howard Zinn est ici, là et partout.



Laissez-moi conclure cette hommage à Howard avec les dernières lignes de la dernière édition de son Histoire populaire des Etats-Unis. Martin Fitzwater, attaché de presse de George Bush père, répondait aux journalistes qui l'interrogent lors d'un diner présidentiel où de grandes entreprises avaient versé de grosses sommes d'argent pour avoir le « privilège » d'y assister. Fitzwater a dit honnêtement: « Elles payent leur droit d'accès au système. Oui, c'est cela ». Quand on lui a demandé ce que devaient faire ceux qui n'ont pas cet argent pour avoir ce droit d'accès. Fitzwater a répliqué, « Ils devront demander ce droit d'accès par d'autres moyens ».



Les derniers commentaires de Zinn sont les suivants: « Cela devrait être un indice pour la plupart des Américains qui veulent un véritable changement. Ils devrait demander leur droit d'accès par leurs propres moyens. » Et cela aujourd'hui, face aux banques monopolistes, aux compagnies d'assurances rapaces et à la vache toujours sacrée du complexe militaro-industriel, c'est ce que justement, avec l'aide du travail d'Howard Zinn, ils peuvent et doivent faire.



Site de People's World: http://www.peoplesworld.org/



 

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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 20:23

Le mouvement pour la paix aux Etats-Unis



le-blanc.jpgInterview de Judith Le Blanc par Anna Pha pour The Guardian, hebdomadaire du Parti Communiste d'Australie



Judith Le Blanc est la coordinatrice nationale de « United for Peace and Justice », la plus grande coalition états-unienne pour la paix, et vice-présidente du Parti Communiste des Etats-Unis.



Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Partie 1: Le mouvement pour la paix aux Etats-Unis: la portée de l'élection d'Obama

Partie 2:La lutte pendant la crise économique aux Etats-Unis: Pas de paix sans justice

Partie 3: Le Parti Communiste: S'organiser pour le changement

Partie 4: Militarisme et population amérindienne/lutte pour la couverture maladie universelle



Partie 1: Le mouvement pour la paix aux Etats-Unis



Cette semaine, Judith nous parle du mouvement pour la paux et de la portée de l'élection d'Obama



Guardian: Judith, pouvez-vous nous parler de « United for Peace and Justice? »

United_For_Peace_and_Justice.jpg

Judith le Blanc: United for Peace and Justice est née de la lutte contre la guerre en Irak, et du rassemblement de groupes pour la paix et le désarmement traditionnellement organisés sur un plan national, et d'une série de coalitions locales pour la paix et la justice ainsi que de groupes de base qui ont émergé de cette lutte contre la guerre. On a commencé avec 300 organisations et maintenant on en est à 1400.



Aujourd'hui, nous sommes au coeur d'une réorganisation du mouvement pour la paix, pour ainsi dire, en trouvant de nouvelles manières d'impliquer les gens dans la lutte contre la guerre en Afghanistan et en faisant des efforts pour se rapprocher d'un mouvement qui, à plus long-terme, permettra de mettre fin à la militarisation du pays et de notre budget national.



Guardian: Quelle est l'attitude des Etats-Uniens vis-à-vis de cette guerre?



JB: Je pense que le mouvement pour la paix a remporté une incroyable victoire avec l'élection de Barack Obama, et par le fait qu'il ait tenu sa promesse de fixer une date butoir, un calendrier pour le retrait des troupes américaines d'Irak. Bien sûr, le calendrier qui a été fixé par la nouvelle administration n'est pas tout à fait ce que nous aurions souhaité. Mais vous ne remportez jamais une victoire totale, vous remportez toujours des victoires partielles et vous continuez à lutter.



Nous ressentons à bien des égards que notre travail pour mettre fin à la guerre en Irak et à l'occupation de l'Afghanistan repose sur des bases solides. La majorité de l'opinion publique était opposée à la guerre [en Irak] et s'est mobilisée pour battre McCain.



Maintenant, nous essayons d'impliquer ce mouvement qui a émergé en faveur de l'élection d'Obama et dans l'opposition majoritaire à la guerre en Irak dans un nouveau dialogue national sur l'histoire et l'impact de la guerre et de l'occupation de l'Afghanistan.



La guerre en Afghanistan a commencé en 2001. Elle a fait partie de la guerre mondiale contre le terrorisme que Bush a déclenchée à ce moment-là pour maintenir la dominantion militaire états-unienne par sa politique de la frappe préventive et de la guerre perpétuelle.



A ce moment-là, après le 11 septembre, il y a avait des gens qui ont pu ressentir cela comme une déclaration de guerre. Nous, au sein du mouvement pour la paix, avons bien sûr élevé nos voix et dit que le 11 septembre n'était pas une déclaration de guerre mais en fait une occasion de discuter, au niveau national, de ce qui a pu donner lieu à de tels actes terroristes.



Un nouvel espace politique



Maintenant nous évoluons dans un nouvel environnement, dans un nouvel espace politique dans lequel nous pourrions parvenir à aider les gens à comprendre que l'on ne peut pas résoudre les questions de sécurité nationale par la guerre. Que la simple présence des troupes américaines dans des pays comme l'Irak et l'Afghanistan débouche sur l'insurrection. Donc nous voulons aider le peuple Américain pour qu'il commence à faire pression sur le Congrès et sur l'Administration Obama afin qu'ils fasse marche arrière et qu'ils nous disent quel est leur plan de retrait.



Nous voulons aussi mettre une grosse pression sur l'administration Obama pour qu'ils mettent en oeuvre sa promesse électorale, qui était que la pierre angulaire de sa poltique étrangère serait: la diplomatie d'abord.



Nous croyons, comme près de 80% des Afghans, que le seul moyen pour que la situation en Afghanistan soit stabilisée est l'ouverture de négociations et le retrait des troupes américaines. Nous voulons mobiliser les gens pour qu'ils comprennent l'impact que l'offensive militaire états-unienne en cours a sur la région. Elle a fortement déstabilisé le Pakistan et le Pakistan est un pays qui dispose de l'arme nucléaire. L'enjeu est considérable, et il y a des coûts économiques à prendre en compte, évidemment avec la crise. Il est encore temps d'arrêter cette spirale infernale.



Donc, le mouvement pour la paix, les mouvements sociaux dans notre pays, sont-ils prêts à occuper l'espace politique que l'élection d'Obama a ouvert? Pas totalement, mais je pense que le mouvement pour la paix a accumulé suffisamment d'expérience pendant ces six années de lutte contre la guerre en Irak pour savoir qu'il va falloir un mouvement fort, bien organisé, qui élève la voix pour réaliser les changements qui sont nécessaires.



G: Jusqu'ici, comment jugez-vous la politique étrangère d'Obama?



JB: Après six mois, certains à gauche et dans le mouvement pour la paix disent que peut-être Obama est pro-impérialiste alors qu'en fait après six moints, rien n'est clair sur les orientations de l'administration Obama en termes de politique étrangère. Mais nous savons qu'une chose est claire: que le pouvoir de la pression publique peut faire changer cette administration, que l'opinion publique peut les influencer.



L'administration Obama est mis sur la sellette à cause de ce qu'a fait l'administration Bush dans le monde. Elle est mise au défi de donner un nouveau rôle aux Etats-Unis dans le monde et de refonder les relations qu'ont les Etats-Unis avec les autres pays. Sans refondation de ces relations sur une autre base que celle de la diplomatie, du respect pour le droit international et la souveraineté nationale, sans changement dans cette direction, les dépenses militaires seront sans fin. Les seuls qui en profiteront seront le complexe militaro-industriel.



Je pense que l'administration Obama a fait des progrès et a initié des changements sur le plan de la politique étrangère. Elle a parlé d'un traitement différent dans sa relation à Cuba, de son rôle pour pousser à la conclusion d'une paix juste au Proche-Orient entre Palestine et Israel, de son rapport avec le monde Musulman. Mais la vérité, c'est que pour que ces mots deviennent réalité, nous avons besoin d'un mouvement pour la paix encore plus fort et qui puisse mettre en avant avec force et de manière significative le lien direct entre la paix et la justice, entre la politique intérieure et la politique extérieure.



Guerre contre le terrorisme



Je pense que l'administration Obama a fait un bon travail en pensant qu'en lançant ce que l'administration Bush a appelé la « guerre mondiale contre la terreur », elle a suscité des peurs considérables et causé la mort d'un nombre considérables de personnes, ainsi qu'une colère et un ressentiment généralisé, et en abandonnant ainsi cette terminologie. Malheureusement, elle n'a pas mis fin à la pratique militariste qui veut qu'on mène la guerre au nom de la sécurité nationale en Afghanistan.



Je pense que les objectifs de démantèlement, de désarmement, et de destruction d'Al-Qaeda sont purement et simplement une fausse route. C'est l'approche de l'administration Obama. Il y a de nombreux anciens dignitaires du Pentagone, du Département d'Etat qui disent que la menace de la terreur ne pourra pas être combattue par l'action militaire.



L'objectif général de lutte contre le terrorisme forme la base de l'escalade réalisée par l'administration Obama en envoyant 20 000 troupes supplémentaires en Afghanistan et en utilisant des drônes, ces bombardiers sans équipage. Des gens meurent, des civils meurent en masse. L'instabilité en Afghanistan s'est intensifiée et on assiste désormais à la déstabilisation du Pakistan où nous avons des millions de personnes, de réfugiés, déplacées en conséquence des attaques de drône et des violations par les Etats-Unis de la souveraineté nationale du Pakistan.



Désarmement nucléaire



Le rapport réalisé par Obama lorsqu'il était au Sénat sur la question, et il a maintenu cette position depuis qu'il est président, se basait sur la nécessité de la réduction des armes nucléaires, sur la nécessité de la ratification du Traité d'Interdiction des Essais Nucléaires. Il tient sa promesse en entamant des négociations avec la Russie sur la réduction des armements nucléaires. Nous espérons, comme il l'a déclaré dans un discours à Prague récemment, que cela ne soit pas seulement le responsabilitaté morale des Etats-Unis de réduire l'armement nucléaire mais que cela soit une nécessité d'aller vers l'abolition des armes nucléaires.



La lutte pour le désarmement nucléaire et l'abolition des armes nucléaires est une question cruciale pour le rassemblement et la réorganisation du mouvement pour la paix et pour la construction d'un mouvement de masse autour de cette question. Nous avons eu un mouvement très fort et passionné autour du désarmement nucléaire dans les années 1980.



Nous espérons que les promesses d'Obama [sur le désarmement nucléaire] se réaliseront et nous construisons un mouvement qui revendique l'abolition des armes nucléaires dès maintenant. Nous sommes occupés à plannifier la mise en route – avec nos partenaires internationaux – d'une pétition nationale qui circulera tout au long de l'année pour interpeller Obama et le pousser à abolir les armes nucléaires.



Nous la lançons pour l'anniversaire du bombardement d'Hiroshima et Nagasaki et pensons rendre cette pétition aux alentours de mai 2010, pour la Conférence aux Nations Unies sur le Traité de Non-Prolifération Nucléaire.



Nous espérons pouvoir faire pression massivement sur l'administration Obama pour qu'elle avance rapidement, pas seulement vers la signature de la déclaration commune avec la Russie pour réduire les têtes nucléaires, mais aussi vers la fin des essais pour les nouvelles armes nucléaires et la ratification du Traité d'Interdiction des Essais Nucléaires au Congrès et qu'elle fasse tout cela avant la Conférence de 2010 sur le Traité de Non-Prolifération Nucléaire.



Nous avons bon espoir de pouvoir construire ce mouvement de masse car les gens comprennent la nature de la guerre d'une manière différente à cause de l'Irak et à cause de ce qui se passe maintenant en Afghanistan. Ils savent aussi que l'administration Obama ne sera pas l'acteur du changement, mais le vecteur du changement. Nous pensons que la question des armes nucléaires est un bon point de départ.



Partie 2:La lutte pendant la crise économique aux Etats-Unis



Pas de justice sans paix, ni de paix sans justice



Cette semaine, elle continue avec la crise économique, les dépenses militaires et la construction du mouvement pour la paix et la justice.



Judith Le Blanc: Les conséquences de la crise économique se retrouvent dans la hausse du taux de pauvreté chez les communautés de couleur; Noirs-Américains, Indiens, Latino-Américains, qui ont toujours été les plus touchés, et qui maintenant s'enfoncent encore plus dans la pauvreté, avec la crise.



La vague de saisies immobilières, les millions de personnes qui ont perdu leurs maisons, ont vraiment eu un gros impact dans l'opinion car le Rêve Américain s'est toujours basé sur la propriété de sa maison, sur le fait d'avoir un jardin, une balançoire, un toboggan pour les enfants dans le jardin, et ce rêve est devenu un cauchemar. Ce sont ces personnes qui ont travaillé très dur et qui sont arrivés à devenir propriétaires de leur maison qui perdent leur maison aux quatre coins du pays.



Des millions et des millions d'emplois ont été supprimés, je pense que l'on parle de 14 millions d'emplois perdus. On vient juste d'annocer [le 3 Juillet], la plus grande perte d'emplois en un mois, au cours du mois de Juin, enregistrée dans l'histoire des Etats-Unis.



Cela touche tous les secteurs de travail. Ce n'est pas seulement une industrie mais toutes les industries, y compris les immigrés qui travaillent dans les emplois les moins bien payés dans notre pays. Tous ont été touchés par ce chômage de masse. Donc, les conséquences de la crise touchent toute la société, et donc, les solutions doivent être aussi massives que les conséquences de la crise.



Budget militaire



Le budget militaire Etats-Unien est plus important que celui de n'importe quel autre pays dans le monde. Le budget militare des Etats-Unis représente aujourd'hui 58% des dépenses fédérales discrétionnaires qu'on peut comparer au fait que 11% des dépenses discrétionnaires sont consacrées à la santé, l'éducation et à l'environnement. Donc on peut voir qu'il y a une disparité énorme et des priorités qui passent avant toutes les autres.



Les couts actuels de la guerre pourrait torpiller d'une certaine manière les plans de l'administration Obama en termes de politique intérieure.



En mettant fin aux guerres en Irak et en Afghanistan, on libérerait une masse d'argent incroyable qui pourrait être consacrée à la satisfaction des besoins humains.



L'intervention du gouvernement nécessaire



Les investissements privés sont au plus bas, le prix de l'immobilier chute, alors que les prix à la consommation augmentent. Donc, sans une nouvelle intervention massive du gouvernement, une seconde intervention, on ne mettra pas fin à la spirale. Cela signifie que l'administration Obama doit relever le défi de la restructuration et la démocratisation, en profondeur, de l'économie.



On aura fait un grand pas en avant dans le traitement de la crise économique mais nous savons bien que la crise cyclique du capitalisme interviendra de manière intermittente dans ce processus. Mais le premier pas vers le traitement de la paupérisation massive du peuple des Etats-Unis et dans le monde suppose l'intervention du gouvernement, le changement des priorités du budget fédéral afin que plus d'argent aille à la satisfaction des besoins humains et pacifiques. La guerre ne crée pas d'emplois, elle ne rend pas les gens en bonne santé, elle détruit l'environnement et mène à la perte de vies humaines.



Le fait est que la crise économique ne sera pas résolue aux Etats-Unis et dans la plupart des pays sans une intervention gouvernementale massive.



Un projet de relance qui redonne des emplois aux travailleurs fera beaucoup pour mettre fin aux déficits, fera beaucoup pour remédier à la chute des recettes constatée dans les budgeets locaux, c'est notre combat, c'est l'espace politique qui s'est ouvert [avec Obama].



Il y a deux grandes interventions dans les six derniers mois. Le premier a servi à renflouer les banques, 700 milliards. Le suivant a été un acte de relance qui a en fait créé des emplois et a permis de combler le manque à gagner pour les collectivités locales de façon à ce qu'il y ait moins de licenciements, moins de coupes dans les dépenses pour des services humains essentiels. Le prochain pack de relance devra nécessairement créer des emplois pour les gens.



Déjà, la droite fait entendre sa voix dans l'opposition. L'administration Obama n'a même pas commencé à parler d'une autre étape dans l'intervention du gouvernement ou dans le plan de relance que la droite affirme que le déficit va peser sur les épaules des générations futures et que l'administration Obama jette l'argent par les fenêtres. En réalité, l'essentiel de cet argent a servi à renflouer un système bancaire défaillant ainsi que des industries qui devaient être converties en un autre type de production.



Donc, nous avons du pain sur la planche, en proposant un type de plan qui pourrait permettre de répondre aux besoins des communautés et des gens qui souffrent le plus de la crise.



En somme, ce qu'il faut maintenant, c'est un énorme mouvement mené par les travailleurs pour lutter pour une relance qui soit rééllement une bonne relance pour la création d'emplois verts.



Mouvement pour le changement



Nous avons beaucoup à faire pour faire basculer l'opinion publique car la droite aux Etats-Unis a le dessus depuis près de 30 ans et qu'elle a contrôlé le gouvernement pendant presque toutes ces années. Cela les a aidé à être très, très efficaces dans la bataille d'idées.



Il y a un certain nombre de campagnes qui ont été lancées pour se battre pour le droit des travailleurs à s'organiser, une question cruciale si nous voulons élever les niveaux de vie dans l'ensemble du pays, de l'ensemble des travailleurs.



Il y a une loi appelée « the Employee Free Choice Act » qui a rencontré l'opposition violente du patronat et un accueil chalereux parmi les travailleurs,les syndicats et les associations communautaires dans tout le pays. En fait, il s'est passé un évenement assez émouvant à Los Angeles quand des vétérans des guerres d'Irak et d'Afghanistan se sont adressés publiquement à leur sénateur, le Sénateur Boxer, sur la nécessité d'avoir des « emplois protégés » – des emplois bien payés afin de commencer à reconstruire leurs vies après les horreurs de la guerre qu'ils ont eu à endurer.



Des mouvements locaux et communautaires voient le jour dans tout le pays et essaient de reprendre possession de la terre, les gens reprennent les maisons qui ont été saisies et abandonnées, avec l'espoir de sauver l'existence de leurs communautés. Dans une communauté, quand une maison est saisie et les gens chassés, cela se passe généralement par vagues, ce qui met en péril la valeur des propriétés et la sécurité de la communauté avoisinante dans son ensemble.



Il y a beaucoup de luttes au niveau local autour des budgets locaux et des Etats remaniés avec la crise économique.



Nous avons des défis à relever, notamment celui de mieux coordonner à l'échelle nationale nos efforts pour répondre à la crise économique. A bien des égards, le mouvement né de l'élection d'Obama n'est pas totalement prêt à prendre le dessus dans cette crise économie, car justement celle-ci a pris des proportions vraiment énormes.



D'une certaine manière, les gens sont sous le choc et le mouvement ouvrier subit des vagues de licenciements inimaginables. Il y a des luttes au sein du mouvement ouvrier autour de la question des programmes et de l'unité.



Nous n'allons jamais remettre sur pied les industries qui ont été détruites au cours des 30 dernières années. Ce qu'il faut, c'est une nouvelle restructuration industrielle de l'économie afin que l'on pose les bases d'une politique gouvernementale visant à inciter, à soutenir et à participer à la création d'une nouvelle base industrielle reposant sur des emplois et des nouvelles technologies vertes. Nous pouvons reconstruire une économique qui soit bien plus démocratique dans sa plannification, bien plus en accords avec les besoins du peuple et de l'environnement. Cela ne peut se passer qu'à travers l'action du gouvernement.



Un mouvment basé sur ce type de revendications est vraiment nécessaire, et il doit être mené par les travailleurs et accompagné par tous les mouvements sociaux. On constate que de nombreuses alliances stratégiques se nouent entre le mouvement ouvrier et le mouvement écologiste et il y a des initiatives visant à rassembler des deux mouvements.



Paix ET justice



Le mouvement pour la paix est confronté à la nécessité de former et de construire des relations plus étroites avec les mouvements visant une plus grande justice économique. Le mouvement « United for Peace and Justice » s'appelle bien justement « Unis pour la paix et la justice ». Le mot « Justice » a été rajouté de manière totalement consciente lors de notre fondation il y a six ans pour mettre en évidence le fait, qu'à plus long-terme, il ne peut y avoir de paix sans justice et qu'il ne peut y avoir de justice sans paix.



Nous sommes tous d'accord qu'il y a une nécessité pressante de créer des emplois mais il y a une nécessité pressante aussi d'arrêter de donner de l'argent au budget militaire.



Par conséquent, cette idée que la paix et la justice sont fortement liées et interdépendentes doit être portée de manière plus conséquente. Je pense que l'avenir offre la possibilité de la faire progresser, à cause de la crise économique. Je pense que Roosevelt a dit quelque chose du genre, il n'avait jamais vu une crise qui ne représentait pas une occasion pour le changement.



C'est un de ces moments uniques où une restructuration et une démocratisation radicale de l'économie est possible. Cela représente aussi une occasion unique pour les mouvements ouvriers et sociaux pour mettre en place un nouveau cadre d'analyse, une nouvelle vision du monde pour l'avenir et sur la manière dont l'économie peut fonctionner sur une base plus pacifique et plus juste et contribuer à un monde qui soit plus pacifique et plus juste.



Cela met évidence l'importance de construire un vaste mouvement contre le militarisme et contre la guerre; la guerre est tout simplement obsolète. Les plus grands problèmes du monde, que ce soient le terrorisme, les menaces à la sécurité nationale, la couverture maladie, la faim, le droit à l'eau potable, ils ne peuvent être résolus en fin de compte seulement par des moyens pacifiques, la coopération internationale, la collaboration, en partant du principe que nous formons un seul mondeavec un avenir commun.



Partie 3: Le Parti Communiste



S'organiser pour le changement



Cette semaine, elle nous parle du travail du Parti Communiste.



cpusa.jpgLe Parti Communiste



Le Parti a gagné du terrain et s'est renforcé politiquement en estimant très précisément et justement l'importance et la signification du mouvement né autour de la défaite de McCain et de l'élection d'Obama. Un immense fossé racial a été comblé pour permettre l'élection du premier président noir. Cela a été rendu possible grâce au rassemblement des forces communautaires et ouvrières qui ont comprises, qu'en réalité, ce qui nous unit est plus important que ce qui nous divise.



Ainsi nous avons pu nous renforcer et gagner du terrain dans cette lutte. Nous sommes un très, très petit parti dans un très, très grand pays avec une classe dirigeante très puissante. Nous entreprenons désormais de réorganiser complètement notre travail afin d'être capable de faire converger et de renforcer ces mouvements qui sont indispensables pour pouvoir occuper l'espace politique ouvert par l'élection d'Obama.



C'est un rôle crucial que le Parti Communiste et la gauche doivent jouer dans ces mouvements. Les mouvements actuels doivent se battre sur ces problèmes vraiment dramatiques auxquels les gens font face aujourd'hui, à la fois au pays et sur la scène internationale, tout en renforçant et en préparant à plus long-terme, l'adoption de solutions plus radicales et plus progressistes.





Construire la gauche



Nous avons une situation dans le pays où la majorité des gens comprennent et croient, comme nous, que le capitalisme ne fonctionne pas. Ce capitalisme est en crise et il y a des caractéristiques inhérentes au système capitaliste qui mènent inévitablement à ce type de crises. Quand vous avez un système qui est basé sur l'idée que les riches deviennent plus riches et les pauvres encore plus pauvres, on ne peut pas mettre fin à la misère du peuple.



Nous n'avons pas d'opinion majoritaire sur ce que nous devons faire de ce système en faillite et sur les alternatives qui existent. Donc nous avons besoin d'un Parti Communiste plus fort, plus visible, plus actif et d'une gauche plus unie. Nous voyons que les éléments de la classe ouvrière, de gauche, impliqués dans la campagne électorale d'Obama sont aussi très actifs dans les luttes communautaires et les luttes pour la paix. Il faut une plus grande collaboration et plus d'initiatives pour avoir un dialogue sur la manière d'avancer vers le développement d'un point de vue de gauche aux Etats-Unis.



Nous croyons aussi que le Parti Communiste doit être en phase avec le développement des nouvelles technologies par son impact sur la construction d'une conscience sociale et de mouvements sociaux. Dans le mouvement anti-guerre, dans le mouvement démocratique, il y a eu une utilisation massive de l'organisation en-ligne.



Organisation en-ligne



La campagne d'Obama a profité pleinement de cette occasion pour rentrer dans les foyers des gens, les toucher, les impliquer, les faire contribuer à la campagne pour permettre le changement social, lors des élections mais aussi dans d'autres domaines de la vie. La campagne MoveOn.org [en-ligne] est probablement l'exemple le plus visible et le plus excitant de la manière dont des millions de personnes ont été capables d'influencer tant les votes des Congressistes que l'opinion publique.



Donc nous pensons que le développement de l'organisation en ligne du Parti Communiste est d'une grande importance, par sa capacité à toucher les gens dans leurs foyers tout comme cela se passe pour les luttes locales et dans les mouvements ouvriers et communautaires.



Ainsi, nous avons en ligne – mis à jour quotidiennement – nos deux publications, People's Weekly World et Political Affairs, depuis quelques temps maintenant. Nous envisageons de faire, d'ici à Janvier, de People's Weekly World une publication exclusivement en-ligne. Nous nous préparons à ce que des sections locales soient capables d'avoir des éditions imprimées de People's Weekly World avec aussi bien des articles locaux que des articles nationaux et des éditoriaux.



Nous n'imprimerons pas de publications hebdomadaires. Cela libérera des ressources pour améliorer notre visiblité en-ligne, améliorer le contenu mis en ligne sur une base quotidienne en se basant plus sur des reporters qui sont volontaires, mais cela nous permettra donc aussi d'allouer du personnel et des ressources à des sections locales qui imprimeront ces éditions locales.



Construire le Parti



Nous n'avons aucune illusion sur l'organisation en-ligne. Nous comprenons que cela constitue une plate-forme qui nous permet d'atteindre des millions de personnes, mais nous continuerons à renforcer l'organisation du Parti Communiste et de la Jeunesse Communiste comme cela a toujours été le cas.



C'est vieux comme le monde; vous avez besoin d'un contact en face-à-face, de personne à personne, de porte à porte, dans le lieu de travail, dans les lieux de culte, dans les écoles pour construire un Parti Communiste et une Jeunesse Communiste fortes et actives. Donc l'organisation en-ligne ne remplacera pas ce qui est une nécessité absolue pour chaque communiste, celle d'être impliqué dans la lutte des masses, mais elle permettra à nos idées d'avoir une nouvelle diffusion.



Maintenant, les idées, l'agitation, la propagande sont un élément très important pour élever la conscience de classe. Mais un autre élément important, c'est quand les gens se mobilisent. Mais, dans le fond, les Communistes construiront le Parti dans les quartiers et dans leurs lieux de travail.



Je trouve que c'est très excitant car cela va impliquer de nombreux militants, de nombreux dirigeants de différents mouvements comme moi-même, cela va nous forcer à écrire. De nombreux organisateurs et de nombreux militants s'appuient sur la tradition orale des discours et de l'agitation. Mais la plupart des gens en fin de compte ont besoin d'analyses écrites pour développer une compréhension plus profonde de ces questions et de ce qui est en jeu, et de la stratégie et des tactiques pour permettre le changement social.



Political Affairs [qui a cessé son édition imprimée il y a quelques temps] a augmenté son nombre de lecteurs, le nombre de lecteurs atteint des sommets, la croissance est exponentielle. Nous avons tiré des leçons de cela. Nous allons aussi changer la nature de notre présence en-ligne. Nous allons avoir plus de blogs où des membres de la direction discuteront en direct, de l'actualité politique, des derniers événements politiques.



La plupart de nos souscriptions ont été obtenues en ligne, donc c'est un autre élément qui souligne l'importance pour nous d'utiliser cette technologie qui permet de toucher des millions de personnes. Etant donné la taille du parti, nous ne pourrons jamais toucher des millions de personnes en restant seulement aux coins des rues.



Partie 4: Militarisme et population Amér-Indienne



Judith est également une Amérindienne, membre de la tribu Caddo de l'Oklahoma. Dans cette dernière partie de l'interview accordé au Guardian, Judith nous parle de l'impact de la militarisation sur la population indigène aux Etats-Unis, ainsi que de la crise de l'assurance-maladie.



Un génocide basé sur le miltiarisme



Judith: Il y a un million d'Amérindiens, nous représentons 1% de la population mais pour chaque indicateur – couverture maladie, éducation, chômage – nous nous retrouvons en dernière position. Un exemple dramatique des conséquences du chômage de longue durée dans les réserves est que désormais un peu plus de la moitié des Amérindiens vit dans les villes et que le reste vit dans des réserves. La plupart des réserves ont des taux de chômage qui dépassent les 80%



L'employeur principal des Amérindiens est le gouvernement fédéral. Mais, en son sein, le s taux de recrutement de l'Armée dans les réserves sont incroyables. En ce moment, si vous rejoignez l'Armée, où que vous soyez, on vous envoie tout de suite au front, soit en Irak soit en Afghanistan. Depuis quelques années maintenant, les immigrés, les Amérindiens et la jeunesse ouvrière ont été achetés avec des primes de signature allant de 10 000$ à 20 000$.



« La conscription des pauvres »



Pour la jeunesse ouvrière, pour la jeunesse Indienne dans les réserves, il est difficile de résister à l'idée d'avoir 10 000, 15 000 ou 20 000$ dans sa poche, même si vous devez partir pour le front. Donc, nous avons commencé à parler, dans le mouvement contre la guerre, de la conscription des pauvres. Le chômage est élevé, et bon nombre d'Indiens et de jeunes issus de la classe ouvrière ont toujours vu dans l'Armée un moyen de se payer plus tard l'accès à l'université



Je sais que ma famille, mes frères ont fait la même chose, ils ont rejoint l'Armée avec l'espoir de continuer leurs études plus tard. Par chance, ils ont rejoint l'Armée à un moment où il n'y avait pas de conflit armé. Bien sûr dans ces années-là, après le Vietnam, beaucoup de vétérans ont pu aller à l'université grâce au GI Bill (programme fédéral d'aide à la réinsertion des anciens combattants – notamment à travers le paiement des études universitaires des vétérans)



Une des choses qu'Obama a proposé, c'est un nouveau GI Bill, plus ambitieux; ce qui est une nécessité à cause de tous ces vétérans qui vont revenir au pays. Donc, les réserves Indiennes sont une sorte de microcosme du militarisme et de la militarisation du budget fédéral.



J'ai participé à des initiatives de contre-information vis-à-vis des initiatives de recrutement de l'Armée à la Réserve Indienne de Pine Reach où j'ai vécu une année dans les années 70, à l'époque de l'occupation de Wounded Knee par le mouvement Amérindien. J'y suis retrournée il y a quelques années pour une nouvelle initiative de contre-information auprès d'une soixantaine de jeunes. La plupart de leurs parents avaient été au Vietnam. Nous y avions quelques vétérans de la guerre du Golfe là-bas. Le débat avaient été très passionnel et intense sur le fait qu'il fallait, et que nous devrions y avoir le droit, des alternatives, pour une vie meilleure, à l'entrée dans l'Armée.



Les Amérindiens ont toujours servi massivement dans l'Armée, même si on regarde en arrière, pendant la Deuxième Guerre Mondiale, avant que nous ayons la citoyennneté ou le droit de vote. Nous avons servi dans des unités séparées pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Bon nombre des plus vieux disent que notre peuple est un peuple très patriotique. C'est notre pays, notre terre, notre terre natale, donc il y a toujours eu une tendance lourde à servir dans l'Armée, et à en être fier.



Notre peuple a une forte tradition guerrière, de lutte pour sauver nos terres pendant la période coloniale et cela a entretenu l'idée qu'il fallait protéger notre terre en rejoignant l'Armée, même sous la contrainte, même dans des situations de ségrégation, avant que nous ayons le droit de vote. Nous devons transformer cette tradition guerrière en une tradition de lutte pour la paix et pour le droit à une vie décente.



Les Horreurs de la guerre



Nous avons eu, d'une certaine manière, un example très émouvant des conséquences dramatiques de la guerre en Irak puisque la première femme [de l'Armée Américaine] à mourir en Irak a été une Amérindienne, une Navaho de l'Arizona qui avait confié ses deux enfants à ses parents et qui avait rejoint l'Armée avec l'espoir d'aller à l'école plus tard. Elle avait un don unique pour les langues. Elle avait étudié dans des écoles Arabes et a été envoyé en Irak, non comme personnel militaire mais à la prison d'Abu Gharib. Elle a été le témoin de tortures insoutenables.



Elle a été la première femme américiane à mourir. Cela a été une nouvelle qui a fait beaucoup de bruit au niveau national, et c'est seulement quelques années plus tard, l'année dernière, que ses parents ont appris par le Pentagone qu'elle s'était suicidée et qu'il y avait un mot. Elle avait été dans la prison, avait assisté à des séances de torture et était horrfiée, émotionnellement dérangée, et réagissant de manière normale et humaine et refusait de continuer à servir là-bas. Ils ont des services de conseil pour le personnel militaire dans les zones de combat qui pense au suicide. Elle y est allé pour se faire aider, elle voulait partir et a senti toutefois, en fin de compte, qu'il n'y avait aucun moyen de s'échapper et elle s'est suicidée.



Donc, en résumé, c'est un exemple de ce que notre peuple a à affronter. Ce n'est pas un génocide au sens originel du colonialisme américain et britannique. C'est un génocide d'un type diffrent, un génocide basé sur le militarisme, un génocide qui laisse le militarisme détruire l'avenir de nos jeunes. Donc, quand nous parlons de changer les politiques de l'Administration Obama, l'enjeu est considérable.



Un Amérindien a été nommé à la tête du Bureau aux Affaires Amérindiennes. La lutte pour un financement des services de santé publique pour les Indiens, des services d'éducation, universitaires et la création d'emplous verts dans les réserves sont des éléments essentiels du mouvement Amérindien pour la justice raciale.



Les mines d'uranium



L'industrie de guerre et les guerres menées ont eu des conséquences à plus long-terme sur un certain nombre de réserves où l'uranium est extrait. Il y a des dépôts importants d'uranium sur les terres Indiennes. Pendant des années, il y a eu une lutt pour obtenir des réparations de la part du gouvernement pour la mort et les maladies dont ont souffet les mineurs Indiens, et pour ceux que l'on appelle les « down-winders » [personnes contaminées par la proximité avec des zones radioactives]. Des civils, qui ne sont pas employés des compagnies minières, ont eu des cancers ainsi que d'autres maladies du même genre à cause de cette détérioriation de l'environnement qui n'est pas seulement dûe à l'extraction de l'uranium mais aussi au stockage de déchets d'uraniums et à la manipulation de matériaux radioactifs.



Voilà encore un example de la manière dont le mépris de l'environnement, l'extraction de l'uranium et le développement d'armes nucléaires est une menace pour la planète. Cela a eu des conséquences particulièrement tragiques pour les communautés indiennes dans de nombreux Etats. On en a peu parlé et quasiment rien n'a été fait par le gouvernement pour rectifier la situation.



Donc, la lutte pour la paix, la lutte contre les armes nucléaires et la lutte pour redéfinir les priorités du gouvernement sont au centre de la lutte des Amérindiens pour l'égalité et pour la justice.



La crise de l'assurance-maladie



Il y a près de 50 millions de personnes qui n'ont pas d'assurance santé, pas de couverture maladie. De nombreuses personnes avaient traditionnellement une couverture maladie par le biais de leurs employeurs. Avec la crise économique et la course au profit dans l'industrie de la santé, le coût de l'assurance santé a explosé.



Medicaid et Medicare, les programmes publics pour les plus âgés et les plus pauvres, n'ont pas augmenté le montant des remboursements en conséquence. Un nombre croissant de docteurs refusent de prendre ces patients dépendants de l'aide étatique.



Seulement ceux avec un revenu très faible sont éligibles au Medicaid. Tous les seniors ne sont éligibles au Medicare, pour un remboursement intégral. Il y a des remboursements partiels; certains doivent payer de leur poche pour des consultations et d'autres services médicaux.



La grande majorité des personnes sont poussées par leur employeurs à payer plus pour leur couverture maladie ou sont incapables de payer les frais complémentaires et donc n'ont pas de couverture. Les plus touchés sont, bien sûr, les enfants et les personnes agées.



L'administration Obama a proposé qu'il y ait une couverture médicale publique pour la grande majorité des personnes qui n'ont pas de couverture maladie en ce moment.



Ce qu'Obama dit, c'est que le choix d'une couverture publique créera plus de concurrence sur le marché, ce qui aboutira à une diminution des coûts. Nous savons que ça ne marche pas nécessairement comme ça. Donc, nous avons maintenant une lutte dans laquelle l'opportunité d'avoir une couverture publique, les possibilités que ces différentes options soient mises en place, sont débattues dans les mouvements pour une réforme de l'assurance-maladie.



Il y a une tendance, dans laquelle sont impliqués les travailleurs, qui en appelle à un système unique où tout le monde serait couvert par un système médical où les employeurs et le gouvernement paieraient, et qui éliminerait, donc, les prérogatives de l'industrie privée.



La plupart des grandes entreprises et des employeurs sont farouchement contre car ils ne veulent pas payer. Les docteurs et les pharmaciens ne veulent pas toucher à leurs profits. Donc la grande question est: est-ce que nous arriverons, oui ou non, à une couverture publique universelle?



C'est une example clair de la raison pour laquelle tout changement politique nécessaire, doit reposer sur un mouvement de masse capable de se faire entendre, fort, pour que les élus, Obama y compris, soient poussés à faire ce qui est juste.



Nous, Parti Communiste et Jeunesses Communistes, sommes vraiment engagés dans cette lutte. C'est unelutte décisive et un point d'appui, je pense, pour montrer ce dont le capitalisme est réellement porteur dans sa forme la plus pure. Le droit à l'assurance-maladie est un droit humain fondamental.



J'ai assisté au discours d'ouverture d'un bal dernièrement, c'était le Bal de la Paix. Harry Belafonte s'est adressé au public... et a dit quelque chose qui a réellement touché la corde sensible de la foule, quelque chose qui, pour moi personnellement, voulait dire beaucoup: « Si Obama échoue, cela signifie que nous aurons tous échoué ».



Site du Guardian, hebdomadaire du Parti Communiste Australien: http://www.cpa.org.au/guardian/













































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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Etats Unis-Canada
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20 juin 2009 6 20 /06 /juin /2009 04:54

« Le capitalisme peut-il durer? » Une interview avec Daniel Rubin


 

       Interview de Daniel Rubin par le magazine Political Affairs

 

Daniel Rubin est l'auteur de plusieurs livres sur la théorie Marxiste dont son dernier livre « Le capitalisme peut-il durer? » (« Can capitalism last? » en anglais). Rubin est un membre de la commission à l'éducation du Parti Communiste des Etats-Unis


 

Traduction AC pour Solidarité-Internationale-PCF


 

PA: Qu'est-ce qui a inspiré l'écriture de votre nouveau livre, « Le capitalisme peut-il durer? »


 

Daniel Rubin: Pendant des années, j'ai dirigé des groupes d'étude et des cours sur le Marxisme, et les livres qui étaient utilisés à cette fin commençaient à vraiment dater, et ils ne se basaient pas sur l'expérience Américaine. Par exemple il y avait le livre d'Emile Burns (un marxiste Britannique) « Qu'est-ce que le Marxisme? » et sa réédition. Les Soviétiques avaient sorti un livre de 600 pages en 1960 qui couvrait tout l'étendue de la théorie marxiste. La plupart de leurs livres ensuite étaient soit sur le matérialisme dialectique, le matérialisme historique ou sur l'économie politique. Nous n'avons pas eu, à ma connaissance, un livre de ce genre écrit par un marxiste américain dans les dernières années. Il faudrait que nous retournions dans les années 20, peut-être au début des années 30.

 

Je voulais avoir quelque chose qui puisse être utile pour répondre à la question, « Qu'est-ce que le marxisme? », un livre qui serait utile pour les cours, les groupes d'étude et les écoles de formation, et aussi pour ceux qui voudraient répondre à cette question en lisant de leur côté, et, je l'espère, dans une certaine mesure, à ceux qui seraient juste curieux d'en savoir plus sur le Marxisme. Donc, voilà l'effort que j'ai fait, avec quelques modifications par rapport à ce qui était utilisé comme matériel auparavant sur le sujet, ainsi que quelques mises à jour sur des questions théoriques qu'il était nécessaire de faire, après la mort de Staline et la fin de l'Union Soviétique.


 

PA: Dans notre pays, il y a une tendance dans les médias, et parmi les politiciens et idéologues de tous bords, à associer la démocratie au capitalisme, et d'utiliser les deux termes de manière interchangeable? Comment répondez-vous à cela?


 

RUBIN: Nous devons prêter attention, en particulier après les derniers événements, à ceux qui servent la cause du développement de la démocratie – démocratie dans toutes ses dimensions, pas seulement démocratie politique mais aussi démocratie économique et égalité, et en comblant le fossé qui se creuse de plus en plus entre les riches et les pauvres, les travailleurs – et ceux qui font en sorte que nous allions dans la direction opposée. J'énonce dans le livre la position suivante: que le secteur le plus droitier des monopoles trans-nationaux a été à l'origine d'une limitation de plus en plus grande de la démocratie dans tous les aspects de notre vie. Vous pouvez caractériser le gouvernement Bush comme un régime toujours plus conservateur et autoritaire.

 

En fait, dans son livre « L'Impérialisme », Lénine avait prédit qu'avec la fusion du capital bancaire et du capital industriel pour former le capital financier, il y aurait une tendance, qui s'accentuerait avec le temps, à un déplacement du centre de gravité de la scène politique dans un sens réactionnaire, et c'est ce qui s'est passé ici depuis les années 1970 avec la mise sur pied de la domination politique d'une ultra-droite ou de la frange réactionnaire du capital. Donc, si vous regardez ceux qui vont dans une direction et ceux qui vont dans l'autre direction, alors si les défenseurs du capitalisme et les gens qui gèrent le système capitalisme vont dans une certaine direction, contre la démocratie, ce sont les couches populaires, la classe ouvrière, les nationalités opprimées, les femmes, et la jeunesse qui font bouger les choses dans l'autre direction. Et ils sont arrivés à faire un pas en avant avec l'élection de l'administration Obama, et nous pouvons assister maintenant à un processus d'expansion graduelle de la démocratie. C'est ainsi que je répondrais à la question du lien entre capitalisme et démocratie. De bien des manières, c'est juste l'opposé [de l'opinion commune], par rapport aux forces qui font bouger les choses dans un sens ou dans l'autre.


 

PA: Certains idéologues qui défendent le capitalisme dans l'arène politique pourraient reconnaître le bien-fondé de vos positions sur l'ultra-droite. Oui, l'administration Bush a pris une tournure autoritaire. Mais ils pourraient aussi poursuivre en disant qu'au moins le capitalisme offre un espace social pour les mouvements démocratiques, et que le socialisme ne permet pas le développement de ce type de mouvement démocratique. Comment répondez-vous à ce type de réplique?


 

RUBIN: Avant tout, c'est une définition qui limite la démocratie à la démocratie politique et ne l'ouvre pas à la démocratie économique – la question du contrôle sur la production, de la distribution des richesses et ainsi de suite. C'est un aspect. Un autre aspect est que nous allons voir jusqu'à quel point les forces au coeur du système capitalisme vont prendre en compte la pression des masses pour l'extension des droits démocratiques dans la sphère politique et dans les autres sphères. Dans la sphère politique, il y a la question des formes apparentes de démocratie, qui, quand vous y regardez de plus près, posent de grandes limites à son exercice. Michael Bloomberg, par exemple, a des milliards de dollars à sa disposition pour acheter la mairie de New York, et les travailleurs ont bien peu de ressources pour répondre à cela.

 

Maintenant, par rapport au socialisme, je pense que le socialisme comme toute autre chose change et se développe, des toutes premières expériences dans des conditions défavorables, nous en venons à la question du socialisme aux Etats-Unis. Ici, je pense que de nombreux éléments seront différents, qui rendront possible l'extension de la démocratie, à la fois politique et économie. Vous n'aurez pas, par exemple, la question de l'intervention étrangère dans les affaires Américaines. Même à l'intérieur des Etats-Unis, les perspectives pour le capitalisme qui atteint la fin de son parcours historique seront très limitées. Le niveau économique sera bien plus élevé en terme de forces de production, et les niveaux d'éducation seront bien plus élevés également. Ainsi, je pense que de la même manière que le socialisme progresse progresse à travers l'histoire dans les configurations socio-économiques différentes, il y aura une expansion dans la sphère démocratique, combiné à ce que je pense déjà être de bons exemples dans la sphère économique.


 

PA: Pour revenir à l'aspect économique de la question, dans « Le Capitalisme peut-il durer? », vous décrivez et expliquez les bases , caractéristiques et rapports sociaux fondamentaux inhérents au capitalisme. Quel rapport cette description des bases du système a avec les particularités de la crise économique dans laquelle nous sommes actuellement?


 

RUBIN: J'ai une section dans le livre sur la financiarisation. En fait, le livre a été écrit il y a deux étés. Si j'avais à en entamer l'écriture maintenant, je commencerais probablement par la situation économique actuelle et l'administration Obama, je crois qu'il y a un rapport très étroit entre la compréhension des fondaments du système capitalisme et la compréhension de ce qui se passe actuellement, ainsi que pour juger de l'avenir que des solutions d'urgence et de plus long-terme adoptées en ce moment.

 

La théorie Marxiste des cycles économiques, dont je parle dans le livre, part des fondements de l'économie marxiste. Un de ces fondements est qu'en système capitaliste il y a propriété privée des moyens de production, et qu'elle produit en soi une anarchie, qui elle-même est dûe au manque de connaissance qu'un groupe de capitalistes a de ce que les autres capitalistes font, et à l'incapacité à planifier dans une économie où tout est de plus en plus interconnecté, une économie de la connaissance et de l'interdépendance.

 

Un autre fondement est la théorie de la valeur-travail, qui explique comment les capitalistes sont capables d'extraire de la plus-value pour réaliser un profit. Une fois que vous comprenez cet élément de base, alors vous en arrivez aux efforts que font les capitalistes pour maximiser constamment leurs profits. Cela peut être fait essentiellement en montant une classe entière contre une autre classe, et augmenter les profits n'est possible qu'en intensifiant l'exploitation de la classe ouvrière.

 

Maintenant, si vous reliez ses deux éléments et les intégrez dans la théorie des crises économiques, vous en venez à quelque chose qui est inhérent au système capitaliste, précisément que les capitalistes, chacun séparément cherchant à maximiser leurs profits, chercheront à s'étendre par-delà les mers, sans savoir ce que les autres font, et en tentant de remporter le plus de parts de marché, jusqu'à ce que soit atteint le moment où il devient clair que leur production dépasse la capacité de consommation des consommateurs. A ce moment-là vous rentrez dans une période de crise.

 

Vous devez aussi jeter un coup d'oeil à la manière dont les principales mutations du système capitalisme ont influencé les cycles économiques. Dans le stade impérialiste – le capitalisme monopoliste – se forme un marché mondial. Il ne se forme pas seulement un marché qui repose sur les biens matériels, qui sont sur-produits et sous-consommés, mais il amène des formes d'investissement capitaliste qui entraînent certains changements et des crises plus profondes dans un monde de plus en plus interdépendant.

 

C'est à ce moment-là que, dans le cadre du capitalisme monopoliste, vous rentrez dans le stade du capitalisme monopoliste d'Etat, qui suppose l'intervention de l'Etat à la fois pour soutenir la maximisation des profits, mais aussi dans le même temps pour améliorer les conditions de vie des masses, ce que nous avons pu avoir lors de la Grande Dépression aux Etats-Unis avec le New Deal.

 

Ensuite on en vient à la mondialisation, où il existe une plus grande interdépendance au sein du marché mondial, et donc une plus grande synchronisation quand une crise éclate, bien qu'il y ait aussi la possibilité dans le marché mondial, avant qu'il y ait une crise globale, que la prospérité dans une partie du monde puisse compenser les problèmes que l'on connait ailleurs, ce qui peut changer la forme du cycle et retarder l'échéance.

 

Alors vous en venez à la financiarisation. Un des principaux traits de la financiarisation est que la production des biens matériels, et même des biens immatériels, devient de moins en moins importante pour le secteur financier de l'économie capitaliste. Aujourd'hui, par exemple, en plus de la crise dans le secteur du bâtiment (de la construction et du logement) et de la sur-production relative dûe à la recherche infinie du profit maximal et à l'anrchie de la production, vous avez aussi tous ces produits financiers qui sont échangés, vendus et achetés à court-terme, pour maximiser les profits dans une situation d'anarchie. Tôt ou tard vient le moment où la production de ces produits financiers est complétement disconnecté de leur consommation possible. Cela débouche sur un écroulement encore plus complexe et hautement centralisé du système capitaliste dans la phase de crise du cycle.

 

Ces éléments ont, comme je l'ai noté très brièvement ici, produit des changements dans le cycle, ce sont toutefois au fond les même causes sous-jacentes que les bases de l'économie politique marxiste avaient révélé, bien qu'elles deviennent plus complexes et font empirer la solution à partir du moment où est institué la financiarisation de toute chose.


 

PA: Juste pour continuer un peu sur le sujet. Beaucoup de personnes pensent que la maximisation des profits est une bonne chose – le mot cupidité (greed) est parfois utilisé – parce qu'elle est à l'origine du développement technologique et de la création d'emplois et ainsi de suite. Quelle est la force motrice derrière le système socialiste qui en fait un meilleur système que le système capitaliste?


 

RUBIN: C'est une question très large et compliquée. Une réponse est que dans un système socialiste il n'y a pas de capitalistes guidés par la recherche du profit privé. Dans le socialisme, la loi du développement est que les gens cherchent à améliorer le système pour le bien-fait de la société, et de l'économie en particulier. Je dirais que vous pouvez combiner des éléments de compétition avec cela, mais une compétition régulée. Nous voyons l'usage qui est fait du terme compétition dans différents pays qui disent construire le socialisme. Cela est donc lié à l'organisation politique de la société, si les aspirations des masses pour une vie meilleure sont pleinement répercutées dans les décisions prises par les organes gouvernementaux.

 

Il a différents types de propriété publique possibles. Nous pensons habituellement que l'exemple typique de propriété publique est la propriété nationale-étatique, mais vous pouvez aussi avoir une propriété publique à l'échelle municipale. Vous pouvez aussi avoir diverses combinaisons de propriété publique et privée à différents niveaux, qui puisse subordonner certains des avantages que le capitalisme a, et a encore, à un plan, décidé par l'ensemble de la société, sur la meilleure manière d'avancer pour le bien-fait de l'ensemble de la société, à un processus de prise de décision qui ne soit pas influencé par ceux qui cherchent à augmenter encore leurs profits privés en produisant des choses qui ne profitent pas à l'ensemble de la population, mais seulement à eux-mêmes.


 

PA: Vous référez dans votre livre au Marxisme comme étant avant tout une « méthodologie ». En utilisant ce terme, vous vous dinstiguez, je présume, d'une vision traditionnelle du Marxisme comme étant un ensemble de préceptes ou un ensemble de croyances, un système qui doit être suivi méthodiquement, autrement vous n'êtes pas un marxiste. Pouvez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet?


 

RUBIN: Bien, je pense qu'une bonne interprétation du Marxisme a toujours été que c'est, d'un côté, un système qui peut englober toute l'activité et tout le savoir humain, mais aussi un système ouvert. Cela n'a jamais été un système conçu comme étant un outil parfait, final. La conception de Lénine, bien sûr, était que notre connaissance du monde réel autour de nous est absolue dans le sens qu'elle est connaissance de quelque chose qui existe. Ce n'est pas juste une question de perceptions sensibles ou de quelque chose qui nous est donné par une autorité supérieure incompréhensible.

 

D'un autre côté, sa conception était que tout était relatif également, que nous sommes sans cesse capables de parvenir à une plus grande connaissance de cette réalité, sans la moindre limite, et que nous pouvons donc apprendre que nos propositions précédentes était fausses et ne correspondaient pas à la réalité objective. Donc nous pouvons faire des corrections, tout comme nous pouvons nous saisir des nouvelles avancées et découvertes de toutes sortes, et ainsi de suite.

 

Je pense qu'en passant dans certaines mains le Marxisme a été déformé et a été défini comme étant une science. L'ensemble du Marxisme était vu comme une science. Bien sûr, Engels a parfois utilisé cette phraséologie, une « science de la société », mais il a aussi utilisé la phrase un « guide pour l'action », qui n'est pas quelque chose de rigide, et il a utilisé cette phrase à de nombreuses reprises. Donc nous avons une réalité et des processus objectifs, comme l'ensemble des lois du développement social, et nous affirmons que l'économie politique du capitalisme contient des lois. Mais quand vous en venez à la théorie de la révolution socialiste, comment vous vous y prenez pour réaliser une révolution, et sur la question de la stratégie et de la tactique, vous vous trouvez devant un problème, si vous définissez comme Staline et d'autres le Marxisme comme étant une science, où tout ce que le « plus grand scientifique », c'est-à-dire Staline, disait était correct.

 

Nous devons maintenant parler de stratégie et de tactique, ce qui influence les politiques adoptées par les Communistes et les Marxistes pour aller de l'avant. Je pourrais ajouter aussi que les autres forces démocratiques ont aussi leur propres stratégies. Ils ont une approche différente de la stratégie et de la tactique à adopter, mais ces éléments ont une certaine fléxibilité, en particulier la tactique. Ce n'est pas comme en science, où, quand vous connaissez la bonne réponse, tout le monde doit l'accepter et tenter de la comprendre. Dans le domaine des tactiques à adopter, il y a une large place laissée à l'expérimentation, et beaucoup de choses peuvent être apprises de l'expérience. Ce n'est pas une question de lois scientifiques. C'est pour cela que je pense que le Marxisme est aujourd'hui bien plus un système ouvert qui doit être fondamentalement créatif et rejeter toute formule rigide.


 

PA: Cela m'amène à ma dernière question. Vers la fin du livre, vous discutez du Parti Communiste et de son rôle. Vous pouvez nous faire un petit résumé de la question. Quel est le rôle du Parti Communiste et pourquoi est-il nécessaire?


 

RUBIN: Il y a eu des changements, comme je l'ai déjà indiqué, dans la définition de ce qu'est le Marxisme. Aujourd'hui nous le voyons comme un système d'idées et une idéologie qui correspond aux intérêts de la classe ouvrière. Il y a bien sûr en son sein une place pour les lois du développement social et de l'économie politique. Mais il y a une place bien plus importance laissée à la théorie, et la théorie de la révolution socialiste comporte deux éléments. La stratégie et la tactique, guidées tant par les leçons tirés de l'expérience que par la théorie communiste.

 

La nécessité d'un Parti communiste part de l'expérience du parti dans la lutte et dans le travail théorique qui a été fait. Les masses, les travailleurs, dans leur lutte pour l'amélioration de leurs conditions de vie et dans la lutte de classe spontanée, peuvent apprendre beaucoup de choses. Ils développent au fur et à mesure une consience syndicale, et la conscience syndicale est un préalable à la conscience de classe. Ils peuvent aussi développer leur conscience de classe, dans cette lutte. Mais de la seule expérience vécue, ils ne peuvent pas apprendre les lois du développement social. C'est pourquoi nous avons besoin d'un Parti Communiste, car il incarne cela. Et quand le Parti Communiste a une relation étroite avec le mouvement ouvrier, il peut jouer un très grand rôle en l'influençant et en l'aidant à avancer sans grandes difficultés, égarements ou lourdes défaites.

 

Ensuite il y a la question de ce qui s'est passé dans la réalité, dans la pratique. Je défendrais l'idée que la théorie Marxiste a été confirmée par l'expérience, ce qui inclut les changements que le Marxisme lui-même a subi. Cela sous-entend que c'est une théorie valable, et que vous avez besoin d'un Parti Communiste, d'un Parti Communiste de masse, pour parvenir au socialisme. Une fois que vous avez établi un Etat ouvrier, dirigé par la classe ouvrière en alliance avec d'autres classes et d'autres forces sociales, vous êtes ensuite capable d'aller de l'avant et de ne pas faire de grosses erreurs, parce que vous savez quelques trucs sur l'économie et les lois du développement social que vous ne pouvez pas seulement apprendre de la vie quotidienne et de l'expérience vécue.

 

Je dirais que l'expérience a confirmé la validité de cette théorie et qu'il n'y a pas encore d'exemples où la nécessité du rôle du Parti Communiste, comprise dans la théorie marxiste, a été remise en cause. Je pense également que l'évolution de la situation au Vénézuela et dans d'autres pays Latino-Américains, où il y a un regain d'intérêt pour l'étude du Marxisme au sein des mouvements de gauche, débouchera sur une fusion de différents partis ou vers une évolution dans laquelle un Parti Communiste jouera un rôle majeur dans ces pays également.


 

Traduit de l'anglais depuis le site de Political Affairs: http://www.politicalaffairs.net/

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Etats Unis-Canada
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