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    Le site Solidarité Internationale PCF publie des traductions de déclaration, des communiqués, des articles théoriques et d'actualité provenant de partis communistes du monde entier ainsi que des analyses françaises sur le mouvement communiste international et la politique étrangère de la France. La ligne éditoriale du site suit les positions du Réseau "Faire vivre et renforcer le PCF" (site http://vivelepcf.fr/) qui refuse la dérive réformiste du PCF suivant le PGE. Notre site s'efforce de faire vivre la conception de la solidarité internationale portée historiquement par le PCF.

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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 01:02

26kramskoi tolstoi 1873Mort de Tolstoi

 

 

Par Vladimir Ilitch Lénine



Traduction réalisée en 1968 par une équipe Editions sociales/Editions du Progrès (cf plus bas) reprise par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Légende: Portrait de Tolstoi réalisé par le peintre russe Ivan Kramskoi en 1873



« Il expliquera aux masses la critique du capitalisme faite par Tolstoi, non pour que les masses se bornent à maudire le capital et le pouvoir de l'argent, mais pour qu'elles apprennent à s'appuyer, à chaque pas de leur vie et de leur lutte, sur les conquêtes techniques et sociales du capitalisme, pour qu'elles apprennent à se fondre en une seule armée de millions de combattants socialistes, qui renverseront le capitalisme et créeront une société nouvelle sans misère du peuple, sans exploitation de l'homme par l'homme. »



Léon Tolstoi est mort. Son importance mondiale comme artiste, sa renommée mondiale de penseur et de prédicateur traduisent, l'une et l'autre, l'importance mondiale de la révolution russe



Léon Tolstoi s'est fait connaître comme grand écrivain dès l'époque du servage. Dans une série d'œuvres géniales qu'il composa au cours de sa carrière littéraire de plus d'un demi-siècle, il peignit surtout la vieille Russie d'avant la révolution, demeurée, même après 1861, dans un état de demi-servitude, la Russie rurale, la Russie du propriétaire foncier et du paysan. Décrivant cette période historique de la vie russe, Léon Tolstoi a su poser dans ses écrits un si grand nombre d'immenses problèmes, il a su atteindre à une telle puissance artistique que ses œuvres se classent parmi les meilleures de la littérature mondiale. La période de la préparation de la révolution dans un des pays opprimés par les tenants du servage apparut, grâce à la peinture géniale de Tolstoi, comme un pas en avant dans le développement artistique de l'humanité tout entière.



Tolstoi artiste n'est connu que d'une infime minorité, même en Russie. Pour que ses œuvres grandioses puissent effectivement être mises à la portée de tous, il faut lutter et lutter encore contre l'ordre social qui a condamné des millions et des dizaines de millions d'hommes à l'ignorance, à l'hébétement, à un labeur de forçat et à la misère; il faut la révolution socialiste.



Et Tolstoi n'a pas seulement créé des œuvres d'art que les masses apprécieront et liront toujours, quand, après avoir brisé le joug des grands propriétaires fonciers et des capitalistes, elles se seront créé des conditions humaines d'existence, il a su rendre, avec une force remarquable, l'état d'esprit des grandes masses, opprimées par le régime actuel; décrire leur situation, exprimer leur sentiment spontané de protestation et de colère. Appartenant surtout à l'époque qui va de 1861 à 1904, Tolstoi a incarné, dans ses oeuvres, avec un relief extraordinaire – comme artiste, comme penseur et prédicateur – les traits historiques particuliers de la première révolution socialiste tout entière, sa force et sa faiblesse.



Un des principaux traits distinctifs de notre révolution, c'est qu'elle fut une révolution bourgeoise paysanne, à une époque où le capitalisme avait atteint un degré de développement extrémement élevé dans le monde entier et relativement élevé en Russie. Ce fut une révolution bourgeoise, car elle avait pour tâche immédiate de renverser l'autocratie tsariste, la monarchie tsariste et de détruire la propriété foncière des hobereaux, et non de renverser la domination de la bourgeoisie. La paysannerie, surtout, ne se rendait pas compte de ce qu'était cette dernière tâche, ni en quoi elle différait des objectifs plus proches et plus immédiats de la lutte. Ce fut aussi une révolution bourgeoise paysanne, car les conditions objectives avaient mis en avant le problème de la transformation des conditions fondamentales de la vie des paysans, de la destruction de l'ancien régime moyenâgeux de possession foncière, du « déblaiement du terrain » pour le capitalisme; les conditiobs objectives poussèrent les masses paysannes dans l'arène d'une action historique plus ou moins indépendante.



Dans les oeuvres de Tolstoi se sont exprimées et la force et la faiblesse, et la puissance et l'étroitesse du mouvement paysan de masse. Sa protestation chaleureuse, passionnée, parfois impitoyablement acerbe, contre l'État et l'Église officielle policière, traduit les sentiments de la démocratie paysanne primitive, au sein de laquelle des siècles de servage, d'arbitraire et de brigandage administratifs, de jésuitisme clérical, de mensonges et d'escroqueries, ont accumulé des montagnes de colère et de haine. Sa négation intransigeante de la propriété foncière privée traduit la mentalité de la masse paysanne à un moment historique de l'ancien régime moyenâgeux de possession foncière, des hobereaux, de la couronne et des « apanages » avait fini par former un obstacle intolérable au développement du pays et devait, inéluctablement, être détruit de la manière la plus rigoureuse et la plus impitoyable. Sa dénonciation incessante du capitalisme, empreinte du sentiment le plus profond et de la plus véhémente indignation, exprime toute l'horreur du paysan patriarcal qui voit s'avancer sur lui un nouvel ennemi, invisible, inconcevable, venant de la ville ou de l'étranger, détruisant tous les « fondements » de la vie rurale, apportant une ruine sans précédent, la misère, la mort par la famine, l'ensauvagement, la prostitution, la syphilis – tous les fléaux de l' « époque de l'accumulation primitive », aggravés au centuple par le transfert sur le sol russe des procédés les plus modernes de brigandage, élaborés par Monsieur Coupon, (1)



Mais, en même temps, l'ardent protestaire, l'accusateur passionné, le grand critique, montra, dans ses oeuvres, une incompréhension des causes de la crise qui fonçait sur la Russie et des moyens d'en sortir, digne tout au plus d'un naif paysan patriarcal, mais non d'un écrivain de formation européenne. La lutte contre l'Etat féodal et policier, contre la monarchie, se réduisit, chez lui, à nier la politique, conduisit à l'enseignement de la « non-résistance au mal », aboutit à l'écarter complètement de la lutte révolutionnaire des masses en 1905-1907. La lutte contre l'Eglise officielle s'accompagnade la prédication d'une religion nouvelle, épurée, c'est-à-dire d'un nouveau poisonépuré, raffiné, à l'usage des masses opprimées. La négation de la propriété foncière privée conduisit non pas à concentrer toute la lutte contre l'ennemi véritable, la propriété foncière des hobereaux et son instrument de domination politique, la monarchie, mais à des soupirs rêveurs, vagues et impuissants. La dénonciation du capitalisme et des fléaux qu'il apporte aux masses s'accompagna d'une attitude absolument apathique à l'égard de la lutte libératrice que mène à l'échelle mondiale le prolétariat socialiste international.



Les contradictions dans les vues de Tolstoi ne sont pas celles de sa pensée strictement personnelle; elles sont le reflet des conditions et des influences sociales, des traditions historiques au plus haut point complexes et contradictoires, qui ont déterminé la psychologie des différentes classes et des différentes couches de la société russe à l'époque postérieureà la réforme, mais antérieureà la révolution.



Aussi n'est-il possible de porter un jugement exact sur Tolstoi qu'en se plaçant au point de vue de la classe qui, par son rôle politique et sa lutte lors du premier règlement de ses contradictions, lors de la révolution, a prouvé sa vocation de chef dans le combat pour la liberté et pour l'affranchissement des masses exploitées, prouvé son attachement indéfectible à la cause de la démocratie et ses capacités de lutte contre l'étroitesse et l'inconséquence de la démocratie bourgeoise (y compris la démocratie paysanne): ce jugement n'est possible que du point de vue du prolétariat social-démocrate.



Voyez le jugement que portent sur Tolstoi les journaux du gouvernement. Ils versent des larmes de crocodile, protestant de leur respect à l'égard du « grand écrivain », et défendant en même temps le « Saint » Synode. Or, les saints pères viennent de perpétrer une vilenie, particulièrement abjecte, en dépêchant des popes auprès du moribond, afin de duper le peuple et dire que Tolstoi « s'est repenti ». Le Saint Synode a excommunié Tolstoi. Tant mieux. Il lui sera tenu compte de cet exploit à l'heure où le peuple réglera ses comptes avec les fonctionnaires en soutane, les gendarmes en Jésus-Christ, les sinistres inquisiteurs qui ont encouragé les pogroms antijuifs et les autres exploits de la bande tsariste des Cent-Noirs.



Voyez le jugement que portent sur Tolstoi les journaux libéraux. Ils s'en tirent avec ces phrases creuses, ces poncifs libéraux, ces lieux communs professoraux sur la « voix de l'humanité civilisée », l' « écho mondial unanime », les « idées de la vérité, du bien », etc., pour lesquels Tolstoi avait si fort – et si justement – stigmatisé la science bourgeoise. Ils ne peuvent pas exprimer clairement et franchement leur point de vue sur les opinions de Tolstoi concernant l'Etat, l'Eglise,la propriété foncière privée, le capitalisme – non parce que la censure les en empêche; au contraire, la censure leur permet de se tirer d'embarras! – mais parce que chaque affirmation dans la critique faite par Tolstoi est une gifle administrée au libéralisme bourgeois; parce que le seul énoncé intrépide, franc, d'une âpreté implacable, des problèmes les plus douloureux, les plus maudits de notre temps, porte un coup droit aux phrases stéréotypées, aux pirouettes banales, aux mensonges « civilisés » évasifs de notre presse libérale (et libérale populiste). Les libéraux sont tout feu, tout flamme pour Tolstoi, contre le synode – et en même temps, ils sont pour... les adeptes des Viekhi, avec lesquels « on peut discuter », mais avec qui « on doit » s'accomoder au sein d'un même parti, « on doit » travailler ensemble en littérature et en politique. Or, les gens des Viekhi reçoivent les embrassades d'Antoni Volynski (2)



Les libéraux mettent en avant que Tolstoi a été une « grande conscience ». N'est-ce pas là une phrase creuse que répètent sur tous les modes le « Novoie Vrémia » (3) et tous ses pareils? N'est-ce pas là une échappatoire aux problèmes concrets de la démocratie et du socialisme, posés par Tolstoi? Cela ne met-il pas au premier plan ce qui, en Tolstoi, exprime ses préjugés et non sa raison, ce qui, en lui, appartient au passé et non à l'avenir, à sa négation de politique et sa prédication d'auto-perfectionnement moral, et non à sa protestation véhémente contre toute domination de classe?



Tolstoi est mort, et la Russie d'avant la révolution a sombré dans le passé, la Russie dont la faiblesse et l'impuissance se sont exprimées dans la philosophie et ont été dépeintes dans les oeuvres du génial artiste. Mais il y a, dans son héritage, ce qui ne sombre pas dans le passé, ce qui appartient à l'avenir. Cet héritage, le prolétariat de Russie le recueille, et il l'étudie. Il expliquera aux masses des travailleurs et des exploités le sens de la critique tolstoienne de l'État, de l'Église, de la propriété foncière privée, non pour que les masses se bornent à leur auto-perfectionnement et à des soupirs en invoquant une vie selon Dieu, mais pour qu'elles se lèvent pour porter un nouveau coup à la monarchie tsariste et à la grande propriété foncière qui, en 1905, n'ont été que légèrement entamées et qu'il faut anéantir. Il expliquera aux masses la critique du capitalisme faite par Tolstoi, non pour que les masses se bornent à maudire le capital et le pouvoir de l'argent, mais pour qu'elles apprennent à s'appuyer, à chaque pas de leur vie et de leur lutte, sur les conquêtes techniques et sociales du capitalisme, pour qu'elles apprennent à se fondre en une seule armée de millions de combattants socialistes, qui renverseront le capitalisme et créeront une société nouvelle sans misère du peuple, sans exploitation de l'homme par l'homme.



Notes:



--1) « Monsieur Coupon »: expression imagée employée dans les années 80 et 90 pour désigner le capital et les capitalistes. Elle fut lancée par l'écrivain Gleb Ouspenski dans ses essais « Graves péchés »



--2) Antonius Volynsky, prélat orthodoxe ultra-réactionnaire



--3) « Le temps nouveau », quotidien des milieux réactionnaires publié à St-Pétersbourg entre 1868 et 1917



Extrait du « Social-démocrate », n 18, 16 (29) novembre 1910 – in Oeuvres, tome XVI, p 340-345 – Editions sociales/Editions du Progrès – 1968



Traduction supervisée par Roger Garaudy – Réalisée par Michèle Coudrée, Robert Chabanne, Nikita Siberoff, Olga Tatarinova

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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 16:47

Pinochet20 000 documents d'archives déclassifiés dont ceux de la CIA apportent la preuve du soutien des Etats-unis au coup d'Etat de Pinochet au Chili


Traduction JC (depuis le site du PC Colombien) pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Cf notre article précédent: Enregistrements inédits de Nixon et Kissinger sur les agissements de la CIA et des Etats-Unis au Chili et son rôle dans la politique de terreur menant au renversement d'Allende



Plus de 20 000 documents déclassifiés aux Etats-Unis, qui confirment que ce pays a encouragé et soutenu le coup d'Etat d'Augusto Pinochet en 1973, ont été remis aujourd'hui au Chili et seront incorporés à Santiago à la base de données du Musée de la Mémoire et des Droits de l'Homme.



Les documents, qui ont été remis au musée par le directeur du Chile Documentation Projectdes Archives nationales de l'Université George Washington, Peter Kornbluh, confirment de « façon très claire » l'intervention des Etats-unis dans le coup militaire du 11 septembre 1973 et son soutien au régime militaire.



Entre autres, les documents d'archives confirment une conversation qui s'est tenue en juin 1976 à Santiago entre le général Pinochet et le conseiller à la Sécurité National et ensuite Secrétaire d'Etat pendant la présidence de Richard Nixon (1964-1974), Henry Kissinger, lors de laquelle il lui apporte son soutien. « Nous souhaitons que votre régime soit pérenne. Nous voulons vous aider et non faire obstacle à votre travail. », a déclaré alors Kissinger à Pinochet, quelques minutes avant de prononcer un discours sur les Droits de l'Homme devant l'Organisation des états américains (OEA)



nixon kissinger« Tous les groupes de gauche du monde entier s'acharnent sur vous, car votre plus grand pêché n'a été rien d'autre que d'avoir renversé un gouvernement qui s'était converti au communisme », a-t-il ajouté.

 

 

Selon Kornbluh, Kissinger « était l'architecte du programme qui a tenté de renverser Allende entre 1970 et 1973 ». « Il était la personne-clé responsable de l'aide économique et militaire fournie à Pinochet afin de consolider son régime », assure-t-il



Kornbluh, qui est l'auteur de plusieurs livres sur la dictature chilienne, le plus récent étant The Pinochet File: A declassified dossier on atrocity and accountability, a joué un rôle important dans la campagne qui a permis de déclassifier les archives secrètes du gouvernement des Etats-unis. Des près de 24 000 documents remis au Chili, 2 000 sont de la Central Intelligence Agency(CIA) qui, selon ce que confient les archives, dès 1971, soit deux ans avant le coup d'Etat, a poussé en faveur d'un coup d'Etat contre le Gouvernement de Salvador Allende.



Le matériel remis, classé en quatre collections, comprend des transcriptions de certaines des conversations téléphoniques de Kissinger, et qui ont par la suite été dérobées, qui fournissent des informations sur la manière dont Pinochet et l'ancien chef de la police secrète (DINA), Manuel Contreras, ont tenté de couvrir l'attentat contre l'ancien ministre des Affaires étrangères Orlando Letelier, commis à Washington en septembre 1976.



Selon Kornbluh, ces documents pourraient servir dans les procès ouverts actuellement sur des crimes contre les droits de l'Homme commis pendant la dictature, tout en contribuant à forger le « verdict de l'Histoire » et à éduquer la prochaine génération. Après une présentation détaillée des documents, qui ont été exposés aux journalistes, Kornbluh a exhorté les gouvernements à promulguer des lois de transparence et à pousser pour la déclassification de ce type d'archives.

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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 22:33

fidel-y-malcom-x-300x217Il y a 50 ans... la rencontre historique entre Malcolm X et Fidel Castro à New York

 


Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/




« Tant que l'Oncle Sam est contre toi, tu sais que es tu un bon gars », ce fut un des commentaires que fit Malcolm X à Fidel Castro le 19 septembre 1960, quand ils se rencontrèrent à l'Hôtel Theresa de Harlem, pour cette seule et unique occasion.



Fidel était venu à New York pour participer à l'Assemblée générale des Nations Unies. La Révolution cubaine était au pouvoir depuis un peu plus d'un an et demi, mais l'opposition du gouvernement nord-américain au processus naissant était déjà manifeste. Un climat hostile anti-cubain se répandait à travers la presse et les déclarations des porte-paroles du gouvernement états-unien. Les gérants des principaux hôtels new-yorkais refusaient de loger la délégation cubaine. Le seul qui offrait ses services exigeait des conditions humiliantes.



En sac à dos et en treillis de combat, le Premier ministre cubain fit donc irruption à l'improviste à l'ONU et affirma sa détermination de camper dans les jardins du siège de l'organisme mondial. Immédiatement, la solidarité de la communauté latine et afro-américaine fut patente. La délégation cubaine fut invitée à se loger à l'hôtel Theresa, au plein cœur d'Harlem, le quartier pauvre du peuple noir new-yorkais. Parmi les coordinateurs de cette action se trouvait Malcolm X, dirigeant alors de Nation of Islam.



La rencontre entre ces deux leaders, dans la chambre qu'occupait Fidel, fut fraternelle et comprit de nombreuses réflexions philosophiques et politiques. On y parlait de Cuba et du peuple afro-américain, de Lumbumba et d'Afrique, du racisme et de la solidarité. Les mots du Commandant en chef scellèrent la raison qui unissait ces hommes: « Nous luttons pour les opprimés ».



Un des journalistes invités à cette rencontre historique, Ralph D.Matthews écrivit un article pour l'hebdomadaire New York Citizen-Call, qui fut publié le 24 septembre 1960. Cubadebate le reproduit pour ses lecteurs.



Dans la chambre de Fidel



fidel-y-malcom-x-1-580x377Pour voir le premier ministre Fidel Castro après son arrivée à l'Hôtel Theresa de Harlem, il fallait se frayer un chemin parmi une petite armée de policiers de New York qui surveillaient le bâtiment, ainsi que plusieurs agents de sécurité états-uniens et cubains.



Mais une heure après l'arrivée du dirigeant cubain, s'entassaient Jimmy Booker du journal Amsterdam News, le photographe Carl Nesfield et moi-même dans la tempête de la chambre Caribéenne et nous l'écoutons échanger des idées avec le leader musulman Malcolm X.



Le docteur Castro ne voulait pas perdre son temps avec les reporters des quotidiens, mais il accepta de voir à deux représentants de la presse noire.



Malcolm X fut un des rares qui purent entrer parce qu'il avait récemment été nommé pour un Comité d'accueil de dignitaires en visite qui avait été mis sur pied à Harlem par le Conseil de quartier du 28ème district.



Nous suivions Malcolm et ses collaborateurs, Joseph et John X, au bout du couloir du neuvième étage. Fourmillant de photographes, frustrés de ne pas avoir pu voir le barbu Castro, et de reporters vexés d'avoir été refoulés par les agents de sécurité.



Nous passons en les frôlant et, un par un, on nous laissa entrer dans la chambre du docteur Castro. Il se leva et serra la main de chacun d'entre nous. Il semblait être de très bonne humeur. L'accueil enthousiaste que lui avait réservé Harlem semblait encore résonner dans ses oreilles.



Castro portait un treillis militaire vert. Je l'attendais aussi débraillé que les photos des magazines le laissait apparaître. A ma grande surprise, sa tenue décontractée était repassée, immaculée et impeccablement propre.



Sa barbe, dans la faible lumière de la chambre, était couleur café avec juste une pointe de rouge.



Après les présentations, il s'assit au coin du lit, et demanda à Malcolm X de s'asseoir à ses côtés et parla dans un curieux anglais approximatif. Nous qui étions autour de lui n'avons pas saisi les premiers mots qu'il prononça, mais Malcolm les entendit et répondit: « Pour vous, le centre de la vie était glacial. Et ici, c'est chaleureux. »



Le premier ministre sourit, acquiesçant: « Aaah, oui. On sent bien cette chaleur, ici ».



Ensuite le dirigeant musulman, toujours combatif, dit: « Je crois que tu trouveras que le peuple de Harlem n'est pas tant 'accro' à la propagande venue du centre-ville ».



Dans un anglais hésitant, le docteur Castro dit: « Cela, je l'admire. J'ai vu comment la propagande peut changer les gens. Votre peuple vit ici et est confronté constamment à cette propagande et pourtant il comprend les choses. C'est très intéressant. »



« Nous sommes 20 millions », affirma Malcolm, « et nous comprenons toujours ».



Des membres du parti de Castro entrèrent depuis la chambre adjacente, rendant la petite chambre encore plus étroite. La plupart des cubains fumaient de longs cigares et quand quelque chose les amusait, ils penchaient la tête en arrière et expulsaient des bouffées de fumée tout en riant.



Les gestes que faisaient Castro en parlant étaient étranges. Il touchait ses tempes avec ses doigts tendus comme s'il voulait souligner quelque chose ou se taper la poitrine comme pour s'assurer qu'elle était toujours là.



Son interprète traduisait les phrases plus longues de Malcolm X en espagnol et Castro écoutait attentivement et souriait poliment.



Au cours de la conversation, le Castro de Cuba et le Malcolm de Harlem couvrirent un vaste champ philosophique et politique.





Sur ces problèmes avec l'Hôtel Shelbourgne, le docteur Castro déclara: « Ils ont notre argent, 14 000 dollars. Ils ne voulaient pas que nous venions ici. Quand ils surent que nous viendrions ici, ils ont voulu que nous venions accompagnés »



Sur la discrimination raciale, il affirma: « Nous luttons pour tous les opprimés ». Mais il leva une main prudente: « Je ne voudrais pas intervenir dans la politique intérieure du pays ».



Et ensuite, avec une petit ton de mise en garde, en parlant toujours sur la question générale de l'inégalité raciale, le docteur Castro déclara: « Je parlerai à l'Assemblée (Générale des Nations Unies) ».



Sur l'Afrique:



« A-t-on des nouvelles de Lumumba? », Malcolm X répondit par un grand sourire au fait que soit mentionné le dirigeant congolais. Castro leva alors la main: « Nous allons essayer de le défendre (Lumumba) énergiquement ».



« J'espère que Lumumba séjournera ici au Theresa ».



« Il y a 14 nations africaines qui font leur entrée à l'Assemblée. Nous sommes latino-américains. Nous sommes leurs frères ».



Sur les noirs nord-américains:



« Castro lutte contre la discrimination à Cuba, partout ».



« Notre peuple change. Nous sommes désormais un des peuples les plus libres du monde ».



« Vous êtes dépourvus de vos droits et vous les réclamez »



« Aux Etats-unis, les noirs ont plus de conscience politique, une vision claire des choses, que quiconque ».



Sur les relations entre les Etats-unis et Cuba:



En réponse à l'affirmation de Malcolm selon laquelle « Tant que l'Oncle Sam est contre toi, tu sais que tu es un bon gars », le docteur Castro répondit: « Pas l'Oncle Sam, mais ceux qui contrôlent ici les revues et les journaux ».



Sur l'Assemblée générale des Nations unies:



« Il y aura une leçon formidable à tirer de cette session. Bien des choses se passeront lors de cette session et les peuples auront une idée plus claire de leurs droits ».



Le docteur Castro a terminé sa conversation en tentant de citer Lincoln: « On peut tromper une partie du peuple, un moment... », mais l'anglais lui manqua, et il leva les bras comme pour dire: « Vous savez bien ce que je veux dire ».



Malcolm, se levant pour les adieux, expliqua ce qu'était son organisation musulmane à un reporter cubain qui venait d'arriver: « Nous sommes des adeptes de Elijah Muhammad. Lui dit que nous pouvons nous asseoir et prier pour 400 années de plus. Mais si nous voulons nos droits maintenant, il va falloir que... ». Ici, il s'arrêta et sourit énergiquement, « Bien... »



Castro sourit. Il sourit de nouveau quand Malcolm lui renconta une histoire: « Personne ne connaît mieux son maître que ceux qui le servent. Nous avons été des serviteurs depuis que l'on nous a emmené ici. Nous connaissons tous ces petits trucs. Tu comprends? Nous savons tout ce que va faire le maître avant qu'il ne le sache lui-même. »



Le dirigeant cubain écouta la traduction en espagnol et ensuite pencha sa tête en arrière en riant de bon coeur: « Si », dit-il avec enthousiasme, « Si ».



Après les « adieux », nous avons arpenté de nouveau le couloir bondé, pris l'ascenseur qui nous déversa dans la rue, où la foule était toujours massée.



Un riverain de Harlem enfiévré lança dans la nuit un seul cri: « Vive Castro! »

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 15:30

longa-vida-a-revolu--o-de-outubro.jpgNotre Octobre



par Andrea Catone, directeur de L'Ernesto, revue et courant marxiste du Parti de la refondation communiste (PRC) italien



Article datant initialement du juin 2006



 

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Commémorer l'Octobre soviétique n'est plus depuis longtemps à la mode ni politiquement correct pour la gauche. On préfère plutôt rendre hommage à d'autres « octobre »: la « chute du mur de Berlin » en 1989 ou l'insurrection anti-communiste de Budapest en 1956 saluée par le président de la république Napolitano et par le président de l'Assemblée Bertinotti – l'un ancien communiste, l'autre leader d'un parti qui se réclame de la refondation communiste – comme la vraie révolution annonciatrice des « révolutions » de 1989-91 qui marquèrent la fin des démocraties populaires et de l'URSS, de ce long cycle historique qui traverse le « court siècle », inauguré justement par la révolution d'Octobre. La boucle semble se boucler. Le verdict de l'histoire – dit-on – a été prononcé sans discussion possible: cette révolution (mais parmi les repentis du communisme certains ont même épousé la thèse du putsch, du coup d'Etat) a produit d'indicibles horreurs et elle s'est achevée dans un champ de ruines. De là une condamnation sans appel, l'abolition de cette histoire, son effacement du calendrier des anniversaires qu'il convient de rappeler aux nouvelles générations pour leur formation communiste. Et ceux qui veulent se réclamer de l'histoire des révolutions communistes du XXème siècle ouvert par l'Octobre soviétique sont étiquetés de nostalgique, irrémédiablement incapables de lire les défis du temps présent.



C'est actuellement la tendance dominante – exceptées de méritoires exceptions – dans la culture politique de la « gauche », des héritiers de ce que fut le parti communiste italien et de la « nouvelle gauche » soixantehuitarde et post-soixanthuitarde, en Italie et dans de nombreux pays du monde. Cette situation est bien présente aux communistes qui résistent, qui n'acceptent pas l'effacement d'une histoire, d'un projet de société, d'une identité qui a marqué profondément l'histoire du XXème siècle et que l'on veut aujourd'hui condamner au silence et à l'oubli.



Contre cette tendance majoritaire et dévastatrice, qui semble tout renverser dans sa furie iconoclaste, dont ne peuvent être sauvés non seulement les bolchéviques – cela va de soi – mais pas plus Rousseau et les jacobins français et quiconque qui ait l'odeur du révolutionnaire (la seule « révolution » aujourd'hui acceptée est la contre-révolution!), la première réaction immédiate et passionnée est celle de brandir bien haut notre drapeau rouge et de crier de toutes nos forces: vive Lénine! Vive la révolution d'Octobre, qui a ouvert la voie à la libération des peuples du joug colonial et impérialiste! Vive le parti bolchévique qui a su – seul parmi les partis de la Seconde internationale – déclarer la guerre à la guerre et transformer la guerre impérialiste en guerre révolutionnaire! Vive l'Internationale communiste, qui a formé une génération de communistes capables de lutter dans la clandestinité contre le fascisme et de mener les résistances en Europe! Vive l'Union soviétique, qui avec l'armée rouge et la résistance de ses peuples a été déterminante dans la victoire contre le nazisme et le fascisme! Vive l'URSS qui après la guerre a su affronter l'impérialisme américain et a favorisé, par sa seule existence, la résistance vietnamienne, la libération de l'Angola et du Mozambique, les luttes anti-coloniales, la révolution cubaine et les luttes populaires en Amérique latine!



Vive la révolution qui, première dans l'histoire, a essayé de construire une société sans privilèges de caste, sans propriété capitaliste, fondée sur l'idée d'un développement rationnel et équilibré de l'économie par la planification!



Et cela, nous le disons et le rappelons à ceux qui veulent effacer de l'histoire le communisme du XXème siècle. Mais cela ne suffit pas, et au contraire, si cela reste seulement un cri désespéré contre l'infamie et la calomnie, cela peut être également une réaction impuissante, le signe d'une faiblesse stratégique. La commémoration comme fin en soi n'a jamais intéressé les communistes. Le jeune Gramsci dans un de ses articles passionnés accusait le parti socialiste d'avoir réduit Marx à une icône, un saint, à ressortir pour les grandes occasions, les commémorations, les anniversaires, pour ensuite le laisser pourrir au grenier tout le reste de l'année, en évitant scrupuleusement de transformer en action politique vivante sa pensée critique.



Rappeler, défendre, approfondir la mémoire historique est utile et nécessaire dans la mesure où nous réussissons à traduire cette mémoire en action culturelle et politique, en consolidation et accumulation de forces communistes, en formation politique pour les nouvelles générations. Nous ne sommes pas ici pour agiter des drapeaux ou des icônes, nous ne sommes pas les nostalgiques (même si cette « nostalgie » communiste est un sentiment qui mérite le respect) d'un paradis perdu, d'illusions non-réalisées, d'un noble rêve, d'une utopie irréalisable. Si le 7 novembre 1917 est encore une date dont nous devons nous souvenir et que nous devons honorer, ce n'est pas seulement pour rendre un hommage mérité aux furies héroïques d'un temps révolu, nous ne cherchons pas à être les avocats commis d'office de la révolution. L'Octobre soviétique n'en a pas besoin comme les communistes aujourd'hui n'en ont pas non plus besoin.



Par ailleurs, il y a un besoin urgent. En premier lieu, de se réapproprier notre histoire communiste, contre toute diabolisation, mais libres de toute mythification. Le communisme naît comme critique – critique théorique de l'économie politique bourgeoise dans le « Capital » de Marx et critique comme praxis (et l'action théorique est également une action pratique dans la mesure où elle influe sur la transformation des rapports sociaux), pratique politique pour l'abolition de l'état actuel des choses, pour la transformation des rapports de propriété bourgeois en propriété communiste. Il faut savoir se réapproprier de manière critique notre histoire communiste du XXème siècle. Ce sont les autres, le camp bourgeois et anti-communiste, qui écrivent aujourd'hui cette histoire – pour partie de façon très grossière, pour partie avec des moyens plus raffinés qui tirent profit également de centaines de milliers et de millions de documents historiques soviétiques et des pays qui furent des démocraties populaires rendus aujourd'hui accessibles aux chercheurs. Sur ce terrain, nous ne sommes pas à la traîne. Qui a essayé d'écrire en histoire sait que c'est par la sélection que le chercheur opère dans la documentation archivistique qu'il peut tracer tel ou tel cadre d'analyse. Les documents – en en vérifiant philologiquement l'authenticité – rapportent les faits, mais à l'intérieur d'une masse qui comme dans le cas russe est véritablement extraordinaire (6 millions de documents dans les Archives centrales russes) on peut sélectionner certains éléments et en omettre d'autres. Ainsi, l'histoire de l'URSS peut aussi être réduite à celle d'un immense Goulag et la famine en Ukraine dans les années 1930 peut être attribuée à un plan stalinien diabolique d'élimination physique d'une nation. Il est temps de commémorer l'Octobre en dotant les communistes des instruments adéquats pour répondre aux dénigrements et à la démolition de l'expérience historique du communisme du XXème siècle.



Mais il ne s'agit pas seulement de répondre à la diffamation historique.Le travail que les communistes peuvent et doivent entreprendre dans la connaissance de l'histoire des révolutions ne peut pas être principalement « réactif », il ne doit pas naître seulement de la réponse aux attaques. L'étude passionnée et critique de notre histoire doit savoir jouer avec plusieurs coups d'avance – pour le dire par un trait d'esprit: il ne faut attendre août 2008 pour travailler sur une compréhension solide de ce qui a emmené les chars soviétiques à Prague. Les communistes doivent se concevoir et s'organiser comme formation autonome, qui prenne l'initiative également sur le terrain dangereux et fondamental de la lutte culturelle, sans attendre que ce soient les autres qui choisissent et fixent le terrain sur lequel nous affronter.



L'histoire – dans tous ses aspects – des révolutions communistes du XXème siècle doit être étudiée et approfondie en se dotant de tous les instruments appropriés pour un travail collectif critique non seulement pour vaincre le « révisionnisme historique » mais parce qu'elle constitue un bagage d'expériences fondamentales pour la lutte politique d'aujourd'hui, ses perspectives. Pour en citer seulement un aspect: le terrain de la construction d'une nouvelle organisation économique fondée sur une propriété majoritairement publique, étatique, et dans certains cas sociale. Cette organisation économique, tant admirée aussi par les pays en développement parce qu'elle a réussi à doter l'URSS en quelques années d'un grand appareil industriel, l'emmenant à pouvoir faire concurrence dans certains domaines avec les pays capitalistes les plus avancés, n'a pas réussi à passer au stade supérieur d'une économie intensive à haute productivité. Et cela fut certainement une des causes qui ont conduit le pays d'Octobre à sa fin peu glorieuse de 1991. Mais pendant ce temps, les bolchéviques et les communistes des démocraties populaires se sont posés et se sont mesurés à la question de l'organisation et la gestion d'une économie socialisée, avec certains succès à côté de lourdes défaites. Ce grand patrimoine d'expériences, de théorisation de l'économie politique du socialisme, de pratiques, ne peut pas être rejeté dans l'oubli par ceux qui se proposent comme fin le dépassement de la propriété bourgeoise en propriété socialiste. Seuls ceux qui ont embrassé un nouveau bernsteinisme et défendent la thèse que le mouvement est tout et la fin rien – et qu'on ne peut ni ne doit rien dire sur une société socialiste, mais attendre que quelque chose émerge des contradictions seules de la société – peut éluder la référence à cette expérience. Mais les contradictions du capitalisme, comme Walter Benjamin en avait bien l'intuition, ne mènent pas inévitablement au socialisme, et sans l'action consciente et organisée, dirigée vers une fin, peuvent mener à la destruction de la civilisation: socialisme ou barbarie.



La pire conséquence de l'idéologie de la fin des idéologies et de l'élimination de l'histoire communiste est le total obscurcissement des perspectives de transformation future de la société. La tactique, dans un présent sans histoire, sans passé et sans futur, est devenue le pain quotidien d'une bonne partie du personnel politique ex-communiste ou pseudo-communiste. A bien y regarder, ce n'est rien d'autre que l'apologie du capitalisme existant. La couverture de l'oubli qui recouvre l'histoire ouverte avec Octobre vise également – et surtout – à cela: pas seulement à régler ses comptes avec l'histoire communiste, mais surtout à éluder la question de la perspective communiste. La classe politique nihiliste ex-communiste ou pseudo-communiste n'est pas en mesure et ne veut pas aller au-delà de la tactique quotidienne.



Étudier Octobre – et le rappeler aujourd'hui, comme nous l'avons expliqué, ce n'est pas chercher à agiter des drapeaux mais à construire une science communiste pour la construction d'une société socialiste – nous permet au contraire de penser et d'agir stratégiquement, sans élever la tactique en une fin en soi.



Penser en termes stratégiques et pas seulement réactifs. Ce qui nous manque aujourd'hui, ce dont nous avons besoin, cela nous conduit aujourd'hui à commémorer ce grand tournant de l'histoire que fut le 1917 russe. La grandeur de nos maîtres – de Lénine en premier lieu – est d'avoir su placer tout choix tactique à l'intérieur d'une grande perspective, mettant au premier plan la question stratégique. Penser stratégiquement signifie construire les conditions pour que ce soient les communistes qui fixent le terrain sur lequel poser les grandes questions. Réagir, répondre aux attaques et aux provocations de l'adversaire est juste et méritoire, mais la seule réaction ne nous fait pas accomplir le bond qualitatif dont les communistes ont aujourd'hui plus que jamais besoin. L'ordre du jour du monde, des grandes questions culturelles d'importance stratégique, ce ne sont pas les autres qui doivent nous l'imposer, mais c'est aux communistes de le fixer.



Commémorer aujourd'hui Octobre signifie alors penser stratégiquement pour la recomposition et la relance à l'échelle mondiale du mouvement communiste. Un élément important pour cette pensée stratégique est la construction, en coordonnant les forces et les intelligences, capables de lire notre histoire et d'analyser les contradictions mondiales et leur développement, en pensant la révolution, ce qui signifie isoler dans les contradictions de l'impérialisme les prémisses non seulement d'une résistance des peuples aux agressions, mais aussi de la possible transformation de la guerre en révolution, de la résistance nationale en transition socialiste. Commémorer aujourd'hui Octobre signifie passer de la résistance réactive à la « résistance stratégique ». On ne peut pas être seulement « anti »: anti-capitalistes, anti-fascistes, anti-impérialistes. Octobre russe ne fut pas seulement contre la guerre, « pacifiste », elle ne fit pas seulement la « guerre à la guerre », mais a transformé la guerre en révolution sociale.



Penser stratégiquement signifie savoir se doter aujourd'hui également des instruments culturels pour la transformation socialiste au XXIème siècle. Nous ne regarderons pas l'histoire du communisme du XXème siècle comme un témoignage du passé à sauvegarder des intempéries et intempérances des nouveaux barbares, comme les moines coptes qui sauvaient les trésors perdus des classiques antiques, mais comme une mine précieuse, un trésor d'expériences dont on peut apprendre, un patrimoine d'inestimable valeur où doivent s'immerger les racines de notre identité et de notre avenir. Nous ne vivrons pas ainsi plongés dans la tactique quotidienne d'un présent sans histoire, mais dans la perspective stratégique de la construction des conditions de la révolution, qui se trouve dans les choses actuelles.

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Histoire
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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 12:34

giap2100èmeanniversaire du Général Giap



Article publié par EDT premièrement sur http://vivelepcf.over-blog.fr et repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Les plus hautes autorités du Vietnam viennent de célébrer le 100èmeanniversaire du Général Giap, héros national, « vainqueur de Dien Bien Phu », un des principaux dirigeants communistes vietnamiens pendant les guerres révolutionnaires anti-impérialistes contre le colonialisme français puis contre l’agression des Etats-Unis.

 

Communistes français, nous saluons cette grande figure du mouvement communiste international, qui est également liée à l’histoire de notre pays.

 

La personne du Général Giap est en elle-même un point de repère historique et politique, au-delà du symbole national qu’il représente à la suite d’Ho Chi Minh.

 

Nous reproduisons ci-dessous un extrait du livre de notre camarade Léo Figuères, « Je reviens du Vietnam libre », publié en 1951, où il revient sur la vie et l’engagement du Général et raconte son entrevue avec lui, en pleine guerre d’Indochine.


Giap ne s’est pas montré qu’un « fin stratège » mais aussi un des concepteurs de « l’armée nouvelle » (pour reprendre le terme de Jaurès), l’Armée populaire vietnamienne, instrument de la Révolution par l’intervention des masses.


Cette armée, toujours dirigée par Giap, devait réussir à mettre en échec l’impérialisme américain et réaliser l’unité du Viet-Nam.

 

Après 1975, Giap est ministre et membre du bureau politique du Parti communiste vietnamien jusqu’en 1982. Il intervient dans les débats internes du Parti et ne cesse de le faire, y compris parfois publiquement dans un contexte d’évolution accélérée des orientations politiques du pays.  


En 2009, il s’exprime contre la décision de laisser un groupe capitaliste chinois prendre le contrôle de l’exploitation d’un gisement de bauxite au centre du Vietnam mettant notamment en garde contre la perte de souveraineté.

 

Longue vie au Général Giap, grand dirigeant communiste, militant inlassable pour le socialisme dans son pays !



ARTICLE PUBLIE SUR LE JOURNAL EN LIGNE DU PARTI COMMUNISTE VIETNAMIEN :


 

100827 GiapA l'occasion des 100 ans du Général Vo Nguyên Giap (25 août), fêtés le 24 août, le président du Front de la Patrie du Vietnam (FPV), Huynh Dam, est allé lui adresser ses meilleurs vœux de longévité.


Huynh Dam a exprimé la fierté et la reconnaissance profonde du Front de la Patrie et du peuple vietnamiens envers cet élève brillant du Président Hô Chi Minh, qui a grandement contribué à l’œuvre révolutionnaire nationale.



Le chef du FPV lui a souhaité une bonne santé et longévité. Le Général Vo Nguyên Giap demeure toujours un modèle pour les jeunes générations.



Le même jour, le Premier ministre Nguyên Tân Dung, le vice-Premier ministre et ministres des Affaires étrangères, Pham Gia Khiêm, le ministre et chef du Bureau gouvernemental, Nguyên Xuân Phuc, le président de l’Assemblée nationale, Nguyên Phu Trong, et ses chefs adjoints… ont fait de même.



Le gouvernement, a affirmé M. Nguyên Tân Dung, continuera de conjuguer ses efforts avec tout le Parti, tout l’Armée et tout le peuple pour atteindre l'objectif d'un peuple riche, un pays puissant, une société équitable, démocratique et moderne.



Après avoir informé des activités législatives au cours de ces derniers temps,  M. Nguyên Phu Trong a réaffirmé la détermination de l’AN de continuer de progresser sur la voie du socialisme, conformément au choix judicieux du PCV et du Président Hô Chi Minh.



Remerciant tous ces dirigeants, le Général Vo Nguyên Giap a exprimé sa ferme conviction que sous la direction du Parti et la gestion de l’Etat, le Vietnam réaliserait de nouvelles avancées socioéconomiques et dans son intégration nationale.


Khánh Anh

 

EXTRAIT DE « Je reviens du Viet-Nam libre » DE LEO FIGUERES (1951).

 

"Une visite inespérée au Commandant en chef de l’Armée vietnamienne va me permettre de compléter mon opinion.

Sitôt arrivé à destination, après une longue journée de voyage, me voici introduit dans un vaste bureau tapissé de cartes. Le Général sobrement habillé d’un uniforme kaki, aux épaulettes noires sur lesquelles brillent des étoiles d’or, se tient derrière une table revêtue de serge verte.


Un visage extraordinairement jeune, malgré les 40 ans passés, de petite taille mais visiblement très robuste, des yeux mobiles et brillants, une bouche constamment souriante, tel est Vo Nguyen Giap, ministre de la Défense, Commandant en chef des forces armées du Viet-Nam et l’un des dirigeants les plus populaires du pays.


Dans la conversation, je vais pouvoir juger de la vaste culture de cet homme qui possède notre langue d’une façon parfaite.


Giap n’a pas toujours été militaire. Rien ne le prédisposait même à cette carrière puisqu’au sortir de ses brillantes études de lettres, il avait choisi d’enseigner à Hanoï en qualité de professeur libre. Il n’en restait pas moins l’un des animateurs du mouvement vietnamien de libération nationale.

 

Lorsque les Japonais furent introduits par Pétain en Indochine, Giap quitte la capitale, part dans les montagnes et organise la résistance. Sa femme, malheureusement, devait tomber aux mains des colonialistes et succomber des suites de tortures dans un cachot de la prison d’Hanoï.


En 1941, Vo Nguyen Giap reçoit d’Ho Chi Minh la mission de mettre sur pied les premiers groupes de partisans armés. C’est alors que commence sa vie de militaire. Très vite, il se familiarise avec l’art de la guerre. Il surmonte les difficultés et malgré les conditions très rudes de l’action dans la montagne, il arrive à organiser les premières unités de l’armée vietnamienne, puis parvient à les renforcer, à les multiplier…


A la veille de la capitulation japonaise, en août 1945, Giap se trouve à la tête d’une pêtite armée de plusieurs milliers d’hommes avec laquelle il réussit à libérer la quasi-totalité du territoire du nord Viet-Nam avant de pénétrer dans Hanoï avec le gouvernement provisoire constitué sous la présidence de Ho Chi Minh.

 

Devenu ministre de l’Intérieur du premier gouvernement national formé en septembre 1945, il a le mérite de mettre hors d’état de nuire les ennemis intérieurs de la République et d’abord les agents vietnamiens du Kuo-mintang.


Porte-parole de sa délégation à la première conférence franco-vietnamienne de Dalat, qui précéda celle de Fontainebleau, Giap s’y fait remarquer par sa vigueur et sa logique irréfutable pour défendre la cause de son pays. Son éloquence, sa sincérité, son patriotisme, en imposent tellement à tous ses adversaires que le cauteleux Thierry d’Argenlieu, lui-même, se croit obligé de ne l’approcher qu’avec beaucoup de marques de respect.


Durant tout le séjour en France du Président Ho, il eut la lourde charge d’assurer l’intérim de la direction gouvernementale. On se souvient encore du sang-froid avec lequel il fit face aux provocations des colonialistes durant les discussions de Fontainebleau et de la persistance qu’il mit à rechercher un terrain d’entente avec les représentants français.  


Les Hauts-Commissaires en Indochine, d’abord d’Argenlieu, Bollaert ensuite, ont, au moins en apparence, essayé de voir en Giap « l’homme dur » opposé au Président Ho dont il a toujours été l’un des meilleurs disciples et compagnons de lutte. La propagande colonialiste s’est efforcée de faire de Giap un croquemitaine, un « bouffeur de français » qu’on est parfois allé jusqu’à présenter comme d’origine allemande en déformant son prénom de Vo à Von. Le Général est le premier à rire de ces sornettes.


« Je ne suis pas plus antifrançais que n’importe lequel de mes compatriotes. Je n’aime pas les colonialistes, rien n’est plus exact, mais j’aime la vraie France, celle dupeuple ».

 

Et il me raconte comment, en mars 1945, après le désarmement des troupes françaises par les Nippons, il collabora durant une période avec une unité française qui avait réussi à quitter la ville de Cao-Bang avant l’arrivée des Japonais.


« Nous avions créé avec les officiers français un Comité de liaison franco-vietnamien pour la lutte contre les Japonais. Tout allait très bien lorsque ces officiers exprimèrent le désir de passer en Chine, nos conditions de vie leur paraissant sans doute trop rudes.


Après avoir essayé de les convaincre de l’utilité de notre combat commun, je les fis accompagner jusqu’à la frontière chinoise. C’est ainsi que s’acheva le seul cas de collaboration des forces françaises et vietnamiennes dans la guerre contre les impérialistes japonais ».

 

Le généralissime évoque ensuite des souvenirs sur ses relations avec d’Argenlieu, les généraux Leclerc et Morlière, le commissaire Sainteny et d’autres personnages français. Il en parle sans âpreté, mais avec une connaissance extrême des défauts et des qualités de ces hommes qui, s’ils avaient fait preuve d’honnêteté et de bonne volonté, auraient pu en 1946 jeter les bases d’une collaboration durable entre la France et le Viet-Nam.


« La plupart d’entre eux ne croyaient ni à la possibilité d’une telle collaboration, ni à la solidité de notre gouvernement et à son influence sur les masses.


Même lorsqu’ils nous faisaient des sourires, nous restions pour eux des rebelles, et l’espoir de nous mettre hors de cause en un tournemain était dans leur tête.


De notre côté, nous avions besoin de la paix et, quoique nos concessions fussent parfois pénibles au peuple, nous avons recherché jusqu’au dernier jour les possibilités de nous entendre avec les Français.


La guerre nous a été imposée à la suite d’une longue série de violations des accords du 6 mars 1946, du modus vivendi de septembre 1946, et à la suite de multiples provocations sanglantes.


Puisqu’il n’y avait rien d’autre à faire pour sauver les conquêtes d’août 1945, nous avons fait la guerre et nous la poursuivrons désormais jusqu’à la victoire complète ».

 

C’est maintenant le ministre de la Défense nationale qui parle pour m’expliquer les changements intervenus dans la tactique des deux adversaires et le rapport des forces en présence.


Et longuement, patiemment, Vo Nguyen Giap répondra à toutes mes questions sur la situation militaire et ses perspectives en me disant au terme de notre entrevue :

 

« Nous savons que de grandes difficultés nous attendent. Nous aurons encore de durs moments à passer avant de contraindre les colonialistes à quitter notre pays. Mais quand nous jetons un regard en arrière et constatons le chemin parcouru depuis 1941, la victoire finale ne fait plus aucun doute pour nous ».  



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