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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 05:14

neruda.jpgEn 1963, le prix Nobel de littérature a été refusé à Pablo Neruda ... parce qu'il était communiste

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

C'est la saison des Nobels. On sait combien la décision d'octroi de ce prix prestigieux est un enjeu politique, célébrant une vision capitaliste (néo-libérale) de l'économie, une conception de la paix célébrant les chefs de guerre. Le Nobel de littérature n'y a jamais non plus échappé.

 

La France récompensée par l'Académie suédoise en économie et en littérature, les hommages se multiplient. Les esprits plus critiques soulignent le caractère idéologique du prix en économie. Il ne faut pas oublier que la littérature a toujours été aussi un enjeu politique et idéologique.

 

Il suffit de rappeler l'octroi des prix en 1958 à Boris Pasternak, à 1970 à Alexandre Soljenitsine. Au-delà de leur indéniable talent littéraire, il fallait être trop naif pour y voir aussi une arme idéologique contre le bloc communiste, en ces temps de guerre froide.

 

Jean-Paul Sartre avait avec dignité refuser ce prix en 1964 car ses sympathies allaient « au bloc de l'Est », « au socialisme ». Souvent rapproché à lui, un certain Albert Camus, en voie de panthéonisation, n'avait pas eu la même classe, si l'on peut dire.

 

On pourrait souligner qu'un certain Louis Aragon – et combien d'autres écrivains brillants affiliés au monde intellectuel communiste – n'a jamais eu une telle distinction.

 

Avait-il moins de talent qu'André Gide, Saint-John Perse ou Franois Mauriac, la postérité de leurs œuvres respectives parle d'elle-même.

 

Une révélation récente jette même une autre lumière sur le caractère prétendument objectif de ce prix. Pablo Neruda, peut-être l'homme de lettres le plus brillant qu'ait connu l'Amérique latine, a du attendre l'année 1971 pour être primé. Il était pressenti depuis une dizaine d'années comme lauréat.

 

Le journal conservateur « Svenska Daglabet » a révélé au début de l'année que Pablo Neruda avait été écarté en 1963 pour des raisons politiques, par le secrétaire de l'Académie, Anders Osterling.

 

Selon Osterling, Neruda ne pouvait recevoir le prix car il était communiste : « Sa tendance communiste, de plus en plus prégnante dans sa poésie, n'est pas compatible avec le prix Nobel ».

 

Les révélations des archives nous en apprennent beaucoup sur les délibérations. La même année, le grand écrivain soviétique Mikhail Cholokhov était censuré, car trop communiste.

 

Samuel Beckett, perçu comme nihiliste, et Vladimir Nabokov, jugé immoral, n'ont pas connu un sort plus enviable. Le prix sera remis à un écrivain plus consensuel, classique, et relativement oublié par rapport aux autres noms mentionnés, le Grec Giorgios Seferis.

 

Aux laudateurs du prix Nobel, on a encore envie de citer Sartre qui évoquait dans sa lettre au Comité du Nobel en 1964 les raisons de son refus, à la fois personnelles et objectives :

 

« Les raisons personnelles : j'ai toujours décliné les distinctions officielles. (...) L'écrivain doit donc refuser de se laisser transformer en institution même si cela a lieu sous les formes les plus honorables comme c'est le cas.


Mes raisons objectives sont les suivantes : le seul combat actuellement possible sur le front de la culture est celui pour la coexistence pacifique des deux cultures, celles de l'est et celle de l'ouest.

 

Je ne veux pas dire qu'il faut qu'on s'embrasse, je sais bien que la confrontation entre ces deux cultures doit nécessairement prendre la forme d'un conflit, mais elle doit avoir lieu entre les hommes et entre les cultures, sans intervention des institutions.

 

Mes sympathies vont indéniablement au socialisme et à ce qu'on appelle le bloc de l'est, mais je suis né et j'ai été élevé dans une famille bourgeoise. J'espère cependant bien entendu que « le meilleur gagne », c'est à dire le socialisme. »

 

 

Quoi qu'on pense de Sartre politique, philosophe, Homme, son geste nous paraît aujourd'hui plus subversif que les thuriféraires des Nobel – y compris dans notre propre camp. Pour reconnaître le talent d'un Neruda ou d'un Aragon, pas besoin d'une Académie suédoise !

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6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 05:37

Les-Duvalier-un-regne-de-30-ans-sur-Haiti_article_main.jpgLe sanguinaire, corrompu « Bébé Doc » Duvalier n'est plus, le massacre de 50 000 Haitiens restera impuni.

 

 

Etre ami des USA, de la France, une belle assurance-vie !


 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/


 

Les Duvalier ont marqué de leur empreinte 30 ans de l'histoire d'Haiti. 30 ans de dictature impitoyable, de corruption éhontée, de misère effroyable pour le peuple haitien. Mais le fils comme le père étaient des amis de la France, des alliés des Usa, ils ne seront jamais inquiétés.

 

Jean-Claude Duvalier, alias « Bébé Doc » est mort, à l'âge de 63 ans, comme le général Pinochet au Chili, Videla en Argentine ou Suharto en Indonésie, il est mort sans jamais être inquiété pour ses crimes contre l'humanité. Il avait choisi le « camp du bien » pendant la Guerre froide, celui de l'anti-communisme, celui du néo-colonialisme.

 

Ces derniers années, il a versé des larmes de crocodile sur ses 'erreurs' pendant ces 15 années de règne, de 1971 à 1986. Les dizaines de milliers de Haitiens – entre 30 et 60 000 – morts dans ses prisons, sous les coups des « Tontons Macoutes » ne sont plus là pour témoigner.

 

Comprendre la dynastie Duvalier, c'est comprendre la tragédie haitienne, du premier pays noir à se libérer du colonialisme en 1804. La métropole française lui fera payer cher en endettement, dépendance économique, échange inégal et régimes autoritaires imposés.

 

Papa Doc, la terreur des « Tontons macoutes » bénie par les USA, le Vatican et la France

 

Dans les années 1950, Cuba et Haiti croupissaient dans la misère, l'humiliation coloniale. Cuba du Che et de Fidel a choisi la révolution communiste, anti-colonaliste contre les USA. Haiti a choisi la soumission colonialiste aux USA.

 

Le choix d'Haiti a été imposé par les Etats-unis, par la France, ce fut le pouvoir autocratique de « Papa Doc », François Duvalier qui en 1957 impose une dictature impitoyable : suppression de l'opposition, des libertés civiles, mise au pas de la justice, de l'armée, abolition du parlement. En 1961, il est réélu président à 100 %, et en 1964 président à vie.

 

A partir de 1958, il crée un corps de volontaires nationaux surnommés « Tontons macoutes ». Ce groupe terroriste d'Etat de près de 10 000 voyous sème la terreur dans les rues, multiplie les viols, enlèvement, assassinats, qui feront des dizaines de milliers de victimes sous son règne.

 

Pourtant, « Papa Doc » ne fut jamais condamné. Mieux, il fut soutenu. Par les Etats-unis qui apprécièrent sa position pro-américaine face à Cuba la rouge, face au bloc communiste.

 

Par le Vatican qui a lui a pardonné sa reprise en main musclée de l'Eglise locale, et cautionné ses dérives vaudous – justifiant son culte de la personnalité – ainsi que sa gestion despotique et instrumentale du clergé national, avec le Concordat réaffirmé en 1966.

 

Jean-Claude Duvalier ou « Bébé doc », non, non rien n'a changé. Corruption, anti-communisme, terreur de masse

 

Malade à la fin des années 1960, l'autocrate Duvalier fait nommer son fils comme son successeur, en tant que président à vie. En 1971, à l'âge de 19 ans, Jean-Claude Duvalier, aka « Bébé Doc », devient président de Haiti ad vitam eternam.

 

Soucieux de l'image de ses alliés, les pays occidentaux auront tôt fait de lui coller l'étiquette de « réformateur ». Ou tout du moins d'un dirigeant « pragmatique », préférant confier la politique aux spécialistes, plus soucieux de diners mondains, amoureux de la bonne chair et de jolies femmes.

 

Réformateur, « Bébé Doc » ne le fut pas. Il y a l'adage « tout changer pour que rien ne change ». Lui, il n'a rien changé pour que rien ne change ! La justice est restée impuissante, l'armée sous contrôle, les libertés civiles supprimées, les élections faussées, la répression organisée conjointement par la police, les services de renseignement et les « Tontons macoutes ».

 

Le rapport d'Amnesty International publié en septembre 2011 est édifiant. Selon ce rapport, la répression sous le fils Duvalier n'avait rien à envier à celle du père, dans son ampleur d'abord, avec sans doute près de 100 000 morts directement imputables au régime dynastique.

 

Dans les méthodes aussi : tortures systématiques, morts en détention, conditions d'incarcération inhumaines, disparations forcées, assassinats ciblés. Le tout dans la plus complète impunité, au nom de la « lutte contre la subversion communiste », déclarée crime en 1969.

 

Amnesty admet une différence majeure. La terreur sous Duvalier Père était visible, flamboyante, indifférenciée : fusillades en pleine rue, tortures à l'aéroport, furie des Tontons Macoutes. Sous le fils Duvalier, la terreur fut secrète, sélective, méthodique : enlèvements mystérieux, tortures dans des lieux secrets, cible des opposants subversifs. C'est sans doute pire.

 

Le rapport d'Amnesty rappelle les cas précis de dizaines de « disparus » dont nous ne saurons jamais le sort. On peut rappeler le cas de notre camarade Rock Charles Derose, militant du Parti communiste unifié des Haitiens (PCUH), arrêté en 1981 car il voulait fonder un syndicat dans son entreprise, torturé puis porté disparu. On n'eut plus jamais de nouvelles de lui

 

La topologie des crimes contre l'Humanité sous Duvalier fils est connue de tous.

 

D'un côté le « Camp de Fort Dimanche », ce camp de concentration effroyable où on ne rentre mais on ne sort pas, de l'autre la Caserne Dessalines, le lieu des interrogatoires, tortures raffinées des services spéciaux, enfin le Pénitiencier national, où on meurt dans les prisons avec des cellules de 13 m 2 où s'entassent entre 40 et 50 détenus.

 

La marotte des tortionnaires haitiens, c'est le « djak » réservé aux « communistes présumés » : les détenus voient leurs mains et leurs pieds attachés, sont accrochés à une perche ou un bâton, roulés en boule puis violemment fouettés et bastonnés sur les parties du corps laissées vulnérables.

 

Pragmatique, oui, à coup sûr, quand il s'est agi de s'enrichir, lui et sa famille. Flambeur, coureur, personnage superficiel, « Bébé doc » a laissé la politique aux experts groupés autour de sa mère et des « dinosaures » de la vielle garde paternelle.

 

Mais il n'a pas perdu le nord, accumulant des millions d'euros par la corruption massive, le détournement de fonds, l'enrichissement sur le dos d'un peuple miséreux.

 

Selon Transparency International, il était en 2004 le 6 ème leader le plus corrompu du monde avec jusqu'à 800 millions d'€ de fonds détournés. Il aurait ainsi détourné les ¾ de l'aide humanitaire adressée à l'île sinistrée.

 

Dans un pays où aujourd'hui 78 % de la population vit dans la pauvreté absolue, Duvalier fils pratiquait le mépris ostentatoire. On raconte que son mariage lui a coûté 3 millions d'euros, lui se contentait de jeter l'argent par les fenêtres à chacune de ses sorties publiques.

 

Pas plus que son père, Jean-Claude Duvalier ne fut inquiété. Les Etats-unis ont même développé les relations les plus cordiales avec lui en particulier sous les présidences Nixon et Ford. Après un refroidissement dans la période Carter, Ronald Reagan a renoué avec son amitié avec un pilier de l'anti-communisme en Amérique latine face à l' « Empire du mal ».

 

Lorsque Jean-Claude Duvalier fut chassé du pouvoir par une révolte populaire en 1986, il a naturellement trouvé refuge … en France où il resta en exil pendant 25 ans, avec près d'1 milliard d'€ détourné aux Haitiens, soit le tiers du PIB du pays !

 

Bilan de 30 ans de dictature Duvalier, misère partout, justice nulle part - Surtout ne comparez pas avec Cuba !

 

Haiti ne s'est pas relevé des trente ans de terreur, de corruption, de misère imposée par en haut.

 

Aujourd'hui, c'est l'un des pays les pauvres du monde : il compte 78 % de personnes en pauvreté absolue, c'est-à-dire vivant avec moins de 2 $ par jour. Le PIB par habitant y est de 550 € par an, soit 50 € par mois, ou encore 1,7 € par jour !

 

La situation sanitaire y est désastreuse : l'espérance de vie est de 62 ans, la mortalité infantile de 50 pour 1 000 (5 %!), il y a 1 médecin pour 3 000 habitants. Le développement du SIDA est endémique, tandis que le choléra a tué par milliers en 2010.

 

Vu le niveau des infrastructures, l'état de la santé sur place, la misère des gens, la déforestation qui atteint les 98 % (!), chaque catastrophe naturelle est une tragédie humaine. Le séisme de 2010 a ainsi fait près de 250 000 morts, un chiffre inédit pour la région.

 

Impuissant à faire face, le gouvernement « capitaliste » haitien a du faire appel au gouvernement « communiste » cubain. Des milliers de médecins cubains sont alors venus aider le peuple haitien, sauvant des milliers de vies face au séisme et à l'épidémie de choléra.

 

Surtout, ne comparez pas Haiti à Cuba, vous comprendriez la tragédie du capitalisme dépendant haitien, la réussite du communisme indépendant cubain.

 

Pour la même population, Cuba communiste possède un PIB huit fois supérieur à celui d'Haiti capitaliste. Son PIB par habitant est de 4 500 € par an, soit 430 € par mois. Sachant que la santé, l'éducation, la culture, les loyers sont gratuits !

 

Et quelle santé, quelle éducation. Cuba est le seul pays du continent latino-américain à avoir un taux d'alphabétisation et de scolarisation de 100 %, le meilleur système d'éducation du sous-continent dixit l'UNESCO.

 

Dans la santé, le système cubain dépasse maintenant celui des Etats-unis, avec une espérance de vie égale de 78 ans, un taux de mortalité inférieur avec 5 pour 1 000 (8 pour 1 000 aux USA). Cuba est même le pays où il y a le plus de médecins par habitant au monde (1 pour 160!).

 

La réussite est telle que désormais les centres de recherche cubains sont à l'avant-garde de l'investigation sur les vaccins contre le SIDA ou certains cancers. Les citoyens canadiens ou brésiliens préfèrent même se faire soigner à Cuba au vu de la qualité du service, de son faible prix !

 

Duvalier protégé par la France, les progressistes chassés par les USA : quand est-ce qu'Haiti pourra se développer librement ?

 

Haiti n'est pas libre malgré la chute de Duvalier fils en 1986. Il est mort hier, il ne sera jamais jugé, on ne pourra jamais tourner la page sainement en Haiti du crime permanent.

 

Depuis 1986, les Etats-unis manoeuvrent pour empêcher toute transition progressiste sur l'île. Il suffit de penser à la trajectoire du prêtre Jean-Bertrand Aristide, homme de gauche, partisan de la théologie de la libération, soucieux d'égalité sociale et de liberté politique.

 

Aristide est élu triomphalement en février 1991 à 67 % contre le candidat de droite soutenu par les USA, le clergé, le business local. En décembre 1991, il est déposé par un coup d'Etat fomenté par l'armée, les élites locales et les services secrets financés par la CIA.

 

En 1994, Aristide revient dans le fourgon des troupes de l'ONU, tandis que les USA sous pression de la communauté haitienne exilée tâchent de se refaire une virginité politique.

 

Mais les choses ne tournent pas comme prévu pour les Etats-unis. Aristide refuse les plans d'ajustement structurel du FMI, de la Banque mondiale, les privatisations massives. Les Etats-unis refusent qu'Aristide – au nom de la Constitution – réalise un autre mandat. Quand on sait qu'ils ons appuyé 30 ans de dictature, un coup d'Etat contre lui en 1991 contre lui, c'est un comble !

 

Aristide tend la joue droite, après avoir été frappé sur celle gauche. Il se retire mais revient en 2001, après avoir été élu à 93 % avec une participation populaire ridicule. La démocratie haitienne est déjà morte née.

 

Le gouvernement d'Aristide est alors déstabilisé par une rebellion armée, déposé par un coup d'Etat en 2004 bénéficiant de la bienveillance américaine. Aristide est sommé de quitter Haiti, transporté hors de son pays où il fut élu à bord d'un avion américain.

 

Pour Aristide, contraint à l'exil en Afrique du sud, il ne fait pas de doute que la France et les Etats-unis l'ont renversé, dans ce qui s'apparente au « kidnapping » d'un président démocratiquement élu.

 

« Papa Doc » est mort, « Bébé Doc » est mort : mais l'héritage des tontons macoutes, du capitalisme de la misère, de la terreur anti-communiste, du colonialisme dépendant est toujours là. Quand est-ce que l'on va rétablir la vérité sur l'histoire du XX ème siècle ?

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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 06:01

marcador-chile.jpg« Chili-URSS 1973 : le match qui n'a jamais eu lieu » : quand l'URSS sacrifie sa participation au Mondial par solidarité avec le peuple chilien

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

11 septembre 1973 : l'espoir d'une révolution socialiste pacifique est balayée par un coup d’État soutenu par les États-Unis. Au milieu de cette tragédie, un match de football : Chili-URSS. Alors que le « bloc de l'ouest » baisse les yeux,, l'Union soviétique va faire un geste fort

 

futbolfrio.jpg21 novembre 1973, Estadio nacional : l'avant-centre chilien Francisco Valdés marque après 2 minutes de jeu dans le but soviétique vide devant 40 000 supporters en liesse : c'est, dira-t-on, le « but le plus tôt de l'histoire du football ». L'arbitre siffle la fin du match, Chili 1 URSS 0.

 

Chili-URSS, barrage retour des éliminatoires de la Coupe du monde 1974, c'est « le match qui n'a jamais eu lieu » mais qui va priver la sélection soviétique du génial Oleg Blokhine d'un mondial qui leur tendait les bras, après un 0-0 au Stade Lénine à Moscou dominé par l'URSS.

 

Alors pourquoi la sélection soviétique – qui avait triomphé de la France dans son groupe de qualification – a-t-elle laissé cette opportunité en or ? Parce qu'elle a mis des valeurs éthiques, un combat politique au-dessus des contingences sportives, de la gloire nationale.

 

Le 'stade de la mort' : doit-on jouer dans un camp de concentration ?

 

Le 11 septembre 1973, le coup d’État du général Pinochet mettait fin à l'expérience démocratique de construction du socialisme par la voie pacifique derrière le socialiste Salvador Allende, en alliance avec le Parti communiste du Chili.

 

urss_1.jpgLes Etats-unis avaient contribué à déstabiliser le pays dès 1970, ils soutiendront le putsch et se féliciteront de la fin du « régime marxiste » d'Allende. Pendant ce temps, l'URSS, comme Cuba, dénoncent le coup fasciste qui met fin à l'espoir ou illusion du « socialisme démocratique ».

 

Pendant les premières semaines, l'« Estadio nacional » sert de camp de concentration pour les opposants politiques. Près de 40 000 militants passeront dans le camp, seront détenus, torturés, parfois battus à mort comme le chanteur communiste Victor Jara, la voix de la révolution chilienne, dont les mains sont broyés avant d'être fusillé le 16 septembre.

 

Le match aller, le 26 septembre à Moscou, s'était soldé par un 0-0 miraculeux pour les Chiliens assiégés sur leur propre but, aidés par un arbitrage clément. Selon le journaliste chilien Hugo Gasc :

 

« L'arbitre était un anti-communiste féroce. Le président de la fédération (Francisco Fluxa) l'avait convaincu qu'il ne pouvait pas nous faire perdre. Et son arbitrage nous a pas mal aidé.

 

Les Soviétiques sont attendus à l' « Estadio nacional » le 21 novembre pour le retour. Ils savent la nature fasciste du nouveau régime chilien, ils savent que des militants démocrates, socialistes, combattus sont détenus, torturés, assassinés dans ce stade devenu camp de concentration.

 

Pour la FIFA, « l'ordre règne à Santiago »

 

La Fédération chilienne de football sait l'usage du stade par les militaires, son président Francisco Fluxa propose à Pinochet de jouer la revanche à Vina del Mar, loin des travées ensanglantées de Santiago. Pinochet refuse : c'est El Estadio nacional ou rien.

 

Une délégation de la FIFA vient à Santiago le 24 octobre pour inspecter le stade, dirigée par le vice-président brésilien Abilio d'Almeida et le secrétaire-général suisse Helmuth Kaeser. Les militaires éliminent toutes les traces de sang, de torture, dans un stade qui abrite encore 7 000 détenus.

 

Accompagnés du ministère de la Défense, l'amiral Carvajal, ils donnent une conférence de presse où ils confirment « que le rapport que nous avait adressé les autorités est le reflet de ce que nous avons vu : tout est calme à Santiago ».

 

L'émissaire brésilien, dans un pays qui vit depuis 1964 sous une dictature militaire, se permit même de confier aux nouveaux maîtres du Chili : « Ne vous inquiétez pas de la campagne journalistique internationale contre le Chili. On a connu la même chose au Chili, cela va passer bien vite ». La FIFA a fermé les yeux et donné sa bénédiction au stade de la mort.

 

Blokhine : « on voulait pas jouer parce que Pinochet était au pouvoir »

 

La Fédération chilienne et la FIFA confirment l' « Estadio nacional » – le stade de la mort – comme lieu du match retour. Que vont faire les Soviétiques ?

 

Oleg Blokhine, la star de l'équipe et du Dinamo Kiev, futur ballon d'or 1975 se souvient : 

 

« J'étais là pour le 0-0 à Moscou. On a parlé avec le groupe et nous avons décidé de ne pas jouer le match retour. On ne voulait pas parce que Pinochet était au pouvoir. C'était dangereux pour nous de jouer au Chili, on a exprimé nos préoccupations à la Fédération de football. Finalement, on a préféré abandonner les éliminatoires. »

 

« l'URSS ne jouera pas dans un stade souillé du sang des patriotes chiliens »

 

La décision est approuvée non seulement par la Fédération de football mais aussi par le Kremlin. Le communiqué rendu par la Fédération de football soviétique se révèle sobre, digne et cinglant, accusant le régime criminel de Pinochet, dénonçant ses complices :

 

« pour des considérations morales, les sportifs soviétiques ne peuvent pas jouer en ce moment au stade de Santiago, souillé du sang des patriotes chiliens. L'URSS exprime une protestation ferme et déclare que dans les conditions actuelles, quand la FIFA, agissant contre le bon sens, permet que les réactionnaires chiliens les mènent par le bout du nez, on doit refuser de participer à ce match sur le sol chilien, ceci par la faute de l'administration de la FIFA ».

 

L'Allemagne de l'est, la Pologne, la Bulgarie menacent, elles aussi, de boycotter le Mondial. Ce qu'elles ne feront pas. L'URSS va jusqu'au bout, alors que la presse chilienne présente le « match le plus triste de l'histoire » comme une victoire du nouveau régime contre les communistes.

 

Quarante-ans après, les scrupules ont pris certains des acteurs comme le président de la Fédération Francisco Fluxa pour qui ce match était « éthiquement questionnable » et qui pense aujourd'hui « qu'il n'était pas éthique de nier qu'il y ait eu des détenus au Stade. Mais à l'époque, on ne pensait qu'à aller au Mondial ». Les sportifs soviétiques avaient d'autres préoccupations.

 

Quand la star chilienne communiste entre en résistance contre le dictateur

 

L'ailier droit de la sélection chilienne Carlos Caszely était lui la star de l'équipe, jouant alors en Espagne, proche du Parti communiste sous le gouvernement d'Allende. Il se rappelle la terreur avant le match :

 

« On nous a dit que les Soviétiques ne viendraient pas. Tous ceux qui étions épris de liberté étaient terriblement tristes. Les familles des disparus venaient nous voir et nous demander : et Chinois (surnom de Caszely), toi qui seras dans le stade, essaie de découvrir où est mon fils, ou mon camarade de l'université ».

 

Caszely raconte que lorsque la partie a commencé, il voulait lancer le ballon en touche mais il donne finalement le ballon à Valdes – autre footballeur identifié à la gauche – qui marque le but de la honte, avant de célébrer sobrement le but dans le virage … vide de supporters. Un hommage alors obscur à ceux qui étaient tombés dans le Stade de la mort.

 

Pinochet se permettra de railler cyniquement l'ailier de gauche : « Vous êtes le premier joueur de gauche à jouer pour la droite ». Caszely lui répond alors, gêné mais frondeur : « C'est vrai que je joue … sur l'aile-droite ».

 

Caszely n'acceptera jamais la dictature de Pinochet. Lors du départ de la sélection pour l'Allemagne, Pinochet passe en revue tous les joueurs. Il est le seul à refuser de lui serrer la main.

 

Lors du premier match du Chili contre la RFA, il est expulsé pour un coup de poing sur le défenseur allemand Berti Vogts. Il est le premier joueur expulsé en coupe du monde.

 

Son « camarade », le maoiste Paul Breitner marque le but de la RFA qui permet de battre le Chili. Ses « camarades » de la RDA prendront par ailleurs sa revanche en battant à la surprise générale la RFA, 1-0, lors du match d'ouverture. Avant que le Brésil n'humilie le Chili par un 5-0 cinglant transformant l'épopée du Chili de Pinochet en déroute mémorable.

 

urss28.jpgCaszely paiera sa révolte au prix fort. Non seulement il sera interdit de sélection nationale pendant six ans mais sa mère est enlevée et torturée par les militaires. L'attaquant n'abandonnera pas son combat, il sera une des figures du « Non » au référendum de 1988 pour le maintien de Pinochet. Il continue encore aujourd'hui à porter la voix des disparus, des victimes de la dictature.

 

 

Ce 21 novembre 1973, contrairement à ce que pensait la presse chilienne, c'est bien l'URSS communiste qui avait triomphé de la dictature militaire, néo-libérale, anti-communiste de Pinochet et de ses complices occidentaux, et inspira les résistants d'Amérique latine. En mettant son combat politique, ses valeurs morales au-dessus d'une simple partie de football.

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11 septembre 2014 4 11 /09 /septembre /2014 05:26

Ilya_Efimovich_Repin_-1844-1930-_-_Portrait_of_Leo_Tolstoy_.jpgMort de Tolstoi

 

 

Par Vladimir Ilitch Lénine



Traduction réalisée en 1968 par une équipe Editions sociales/Editions du Progrès (cf plus bas) reprise par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Légende: Portrait de Tolstoi réalisé par le peintre russe Ilya Repine en 1887



« Il expliquera aux masses la critique du capitalisme faite par Tolstoi, non pour que les masses se bornent à maudire le capital et le pouvoir de l'argent, mais pour qu'elles apprennent à s'appuyer, à chaque pas de leur vie et de leur lutte, sur les conquêtes techniques et sociales du capitalisme, pour qu'elles apprennent à se fondre en une seule armée de millions de combattants socialistes, qui renverseront le capitalisme et créeront une société nouvelle sans misère du peuple, sans exploitation de l'homme par l'homme. »



Léon Tolstoi est mort. Son importance mondiale comme artiste, sa renommée mondiale de penseur et de prédicateur traduisent, l'une et l'autre, l'importance mondiale de la révolution russe



Léon Tolstoi s'est fait connaître comme grand écrivain dès l'époque du servage. Dans une série d'œuvres géniales qu'il composa au cours de sa carrière littéraire de plus d'un demi-siècle, il peignit surtout la vieille Russie d'avant la révolution, demeurée, même après 1861, dans un état de demi-servitude, la Russie rurale, la Russie du propriétaire foncier et du paysan. Décrivant cette période historique de la vie russe, Léon Tolstoi a su poser dans ses écrits un si grand nombre d'immenses problèmes, il a su atteindre à une telle puissance artistique que ses œuvres se classent parmi les meilleures de la littérature mondiale. La période de la préparation de la révolution dans un des pays opprimés par les tenants du servage apparut, grâce à la peinture géniale de Tolstoi, comme un pas en avant dans le développement artistique de l'humanité tout entière.



Tolstoi artiste n'est connu que d'une infime minorité, même en Russie. Pour que ses œuvres grandioses puissent effectivement être mises à la portée de tous, il faut lutter et lutter encore contre l'ordre social qui a condamné des millions et des dizaines de millions d'hommes à l'ignorance, à l'hébétement, à un labeur de forçat et à la misère; il faut la révolution socialiste.



Et Tolstoi n'a pas seulement créé des œuvres d'art que les masses apprécieront et liront toujours, quand, après avoir brisé le joug des grands propriétaires fonciers et des capitalistes, elles se seront créé des conditions humaines d'existence, il a su rendre, avec une force remarquable, l'état d'esprit des grandes masses, opprimées par le régime actuel; décrire leur situation, exprimer leur sentiment spontané de protestation et de colère. Appartenant surtout à l'époque qui va de 1861 à 1904, Tolstoi a incarné, dans ses oeuvres, avec un relief extraordinaire – comme artiste, comme penseur et prédicateur – les traits historiques particuliers de la première révolution socialiste tout entière, sa force et sa faiblesse.



Un des principaux traits distinctifs de notre révolution, c'est qu'elle fut une révolution bourgeoise paysanne, à une époque où le capitalisme avait atteint un degré de développement extrémement élevé dans le monde entier et relativement élevé en Russie. Ce fut une révolution bourgeoise, car elle avait pour tâche immédiate de renverser l'autocratie tsariste, la monarchie tsariste et de détruire la propriété foncière des hobereaux, et non de renverser la domination de la bourgeoisie. La paysannerie, surtout, ne se rendait pas compte de ce qu'était cette dernière tâche, ni en quoi elle différait des objectifs plus proches et plus immédiats de la lutte. Ce fut aussi une révolution bourgeoise paysanne, car les conditions objectives avaient mis en avant le problème de la transformation des conditions fondamentales de la vie des paysans, de la destruction de l'ancien régime moyenâgeux de possession foncière, du « déblaiement du terrain » pour le capitalisme; les conditiobs objectives poussèrent les masses paysannes dans l'arène d'une action historique plus ou moins indépendante.



Dans les oeuvres de Tolstoi se sont exprimées et la force et la faiblesse, et la puissance et l'étroitesse du mouvement paysan de masse. Sa protestation chaleureuse, passionnée, parfois impitoyablement acerbe, contre l'État et l'Église officielle policière, traduit les sentiments de la démocratie paysanne primitive, au sein de laquelle des siècles de servage, d'arbitraire et de brigandage administratifs, de jésuitisme clérical, de mensonges et d'escroqueries, ont accumulé des montagnes de colère et de haine. Sa négation intransigeante de la propriété foncière privée traduit la mentalité de la masse paysanne à un moment historique de l'ancien régime moyenâgeux de possession foncière, des hobereaux, de la couronne et des « apanages » avait fini par former un obstacle intolérable au développement du pays et devait, inéluctablement, être détruit de la manière la plus rigoureuse et la plus impitoyable. Sa dénonciation incessante du capitalisme, empreinte du sentiment le plus profond et de la plus véhémente indignation, exprime toute l'horreur du paysan patriarcal qui voit s'avancer sur lui un nouvel ennemi, invisible, inconcevable, venant de la ville ou de l'étranger, détruisant tous les « fondements » de la vie rurale, apportant une ruine sans précédent, la misère, la mort par la famine, l'ensauvagement, la prostitution, la syphilis – tous les fléaux de l' « époque de l'accumulation primitive », aggravés au centuple par le transfert sur le sol russe des procédés les plus modernes de brigandage, élaborés par Monsieur Coupon, (1)



Mais, en même temps, l'ardent protestaire, l'accusateur passionné, le grand critique, montra, dans ses oeuvres, une incompréhension des causes de la crise qui fonçait sur la Russie et des moyens d'en sortir, digne tout au plus d'un naif paysan patriarcal, mais non d'un écrivain de formation européenne. La lutte contre l'Etat féodal et policier, contre la monarchie, se réduisit, chez lui, à nier la politique, conduisit à l'enseignement de la « non-résistance au mal », aboutit à l'écarter complètement de la lutte révolutionnaire des masses en 1905-1907. La lutte contre l'Eglise officielles'accompagnade la prédication d'une religion nouvelle, épurée, c'est-à-dire d'un nouveau poisonépuré, raffiné, à l'usage des masses opprimées. La négation de la propriété foncière privée conduisit non pas à concentrer toute la lutte contre l'ennemi véritable, la propriété foncière des hobereaux et son instrument de domination politique, la monarchie, mais à des soupirs rêveurs, vagues et impuissants. La dénonciation du capitalisme et des fléaux qu'il apporte aux masses s'accompagna d'une attitude absolument apathique à l'égard de la lutte libératrice que mène à l'échelle mondiale le prolétariat socialiste international.



Les contradictions dans les vues de Tolstoi ne sont pas celles de sa pensée strictement personnelle; elles sont le reflet des conditions et des influences sociales, des traditions historiques au plus haut point complexes et contradictoires, qui ont déterminé la psychologie des différentes classes et des différentes couches de la société russe à l'époque postérieureà la réforme, mais antérieureà la révolution.



Aussi n'est-il possible de porter un jugement exact sur Tolstoi qu'en se plaçant au point de vue de la classe qui, par son rôle politique et sa lutte lors du premier règlement de ses contradictions, lors de la révolution, a prouvé sa vocation de chef dans le combat pour la liberté et pour l'affranchissement des masses exploitées, prouvé son attachement indéfectible à la cause de la démocratie et ses capacités de lutte contre l'étroitesse et l'inconséquence de la démocratie bourgeoise (y compris la démocratie paysanne): ce jugement n'est possible que du point de vue du prolétariat social-démocrate.



Voyez le jugement que portent sur Tolstoi les journaux du gouvernement. Ils versent des larmes de crocodile, protestant de leur respect à l'égard du « grand écrivain », et défendant en même temps le « Saint » Synode. Or, les saints pères viennent de perpétrer une vilenie, particulièrement abjecte, en dépêchant des popes auprès du moribond, afin de duper le peuple et dire que Tolstoi « s'est repenti ». Le Saint Synode a excommunié Tolstoi. Tant mieux. Il lui sera tenu compte de cet exploit à l'heure où le peuple réglera ses comptes avec les fonctionnaires en soutane, les gendarmes en Jésus-Christ, les sinistres inquisiteurs qui ont encouragé les pogroms antijuifs et les autres exploits de la bande tsariste des Cent-Noirs.



Voyez le jugement que portent sur Tolstoi les journaux libéraux. Ils s'en tirent avec ces phrases creuses, ces poncifs libéraux, ces lieux communs professoraux sur la « voix de l'humanité civilisée », l' « écho mondial unanime », les « idées de la vérité, du bien », etc., pour lesquels Tolstoi avait si fort – et si justement – stigmatisé la science bourgeoise. Ils ne peuvent pas exprimer clairement et franchement leur point de vue sur les opinions de Tolstoi concernant l'Etat, l'Eglise,la propriété foncière privée, le capitalisme – non parce que la censure les en empêche; au contraire, la censure leur permet de se tirer d'embarras! – mais parce que chaque affirmation dans la critique faite par Tolstoi est une gifle administrée au libéralisme bourgeois; parce que le seul énoncé intrépide, franc, d'une âpreté implacable, des problèmes les plus douloureux, les plus maudits de notre temps, porte un coup droit aux phrases stéréotypées, aux pirouettes banales, aux mensonges « civilisés » évasifs de notre presse libérale (et libérale populiste). Les libéraux sont tout feu, tout flamme pour Tolstoi, contre le synode – et en même temps, ils sont pour... les adeptes desViekhi, avec lesquels « on peut discuter », mais avec qui « on doit » s'accomoder au sein d'un même parti, « on doit » travailler ensemble en littérature et en politique. Or, les gens des Viekhi reçoivent les embrassades d'Antoni Volynski (2)



Les libéraux mettent en avant que Tolstoi a été une « grande conscience ». N'est-ce pas là une phrase creuse que répètent sur tous les modes le « Novoie Vrémia » (3) et tous ses pareils? N'est-ce pas là une échappatoire aux problèmes concrets de la démocratie et du socialisme, posés par Tolstoi? Cela ne met-il pas au premier plan ce qui, en Tolstoi, exprime ses préjugés et non sa raison, ce qui, en lui, appartient au passé et non à l'avenir, à sa négation de politique et sa prédication d'auto-perfectionnement moral, et non à sa protestation véhémente contre toute domination de classe?



Tolstoi est mort, et la Russie d'avant la révolution a sombré dans le passé, la Russie dont la faiblesse et l'impuissance se sont exprimées dans la philosophie et ont été dépeintes dans les oeuvres du génial artiste. Mais il y a, dans son héritage, ce qui ne sombre pas dans le passé, ce qui appartient à l'avenir. Cet héritage, le prolétariat de Russie le recueille, et il l'étudie. Il expliquera aux masses des travailleurs et des exploités le sens de la critique tolstoienne de l'État, de l'Église, de la propriété foncière privée, non pour que les masses se bornent à leur auto-perfectionnement et à des soupirs en invoquant une vie selon Dieu, mais pour qu'elles se lèvent pour porter un nouveau coup à la monarchie tsariste et à la grande propriété foncière qui, en 1905, n'ont été que légèrement entamées et qu'il faut anéantir. Il expliquera aux masses la critique du capitalisme faite par Tolstoi, non pour que les masses se bornent à maudire le capital et le pouvoir de l'argent, mais pour qu'elles apprennent à s'appuyer, à chaque pas de leur vie et de leur lutte, sur les conquêtes techniques et sociales du capitalisme, pour qu'elles apprennent à se fondre en une seule armée de millions de combattants socialistes, qui renverseront le capitalisme et créeront une société nouvelle sans misère du peuple, sans exploitation de l'homme par l'homme.



Notes:



--1) « Monsieur Coupon »: expression imagée employée dans les années 80 et 90 pour désigner le capital et les capitalistes. Elle fut lancée par l'écrivain Gleb Ouspenski dans ses essais « Graves péchés »



--2) Antonius Volynsky, prélat orthodoxe ultra-réactionnaire



--3) « Le temps nouveau », quotidien des milieux réactionnaires publié à St-Pétersbourg entre 1868 et 1917



Extrait du « Social-démocrate », n 18, 16 (29) novembre 1910 – in Oeuvres, tome XVI, p 340-345 – Editions sociales/Editions du Progrès – 1968



Traduction supervisée par Roger Garaudy – Réalisée par Michèle Coudrée, Robert Chabanne, Nikita Siberoff, Olga Tatarinova

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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 05:17

GramsciGramsci sur le génocide arménien : « Un tel fait nous indigne que lorsqu'on peut s'identifier aux victimes, sinon on l'oublie »

 

Article d'Antonio Gramsci, 11 mars 1916, dans le « Grido del popolo »



Cet article fort méconnu – même en Italien – est écrit par le jeune Gramsci (25 ans) pendant la Première Guerre mondiale alors qu'il est encore un jeune militant turinois du Parti socialiste.



Un article à la plume déjà acérée, fine, empli de l'idéalisme de celui qui deviendra le fondateur du Parti communiste italien en 1921.



Un article toujours d'actualité au vu des derniers événements, à Gaza, en Irak et ailleurs



Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Cela se passe toujours ainsi. Pour qu'un fait nous intéresse, nous émeuve, qu'il devienne une partie de nôtre vie intérieure, il faut qu'il se passe près de nous, près de gens dont nous avons entendu parlé et qui sont en cela dans l'horizon de notre humanité.



Dans le Père Goriot, Balzac fait en sorte de poser une question à Rastignac : « Si tu savais que chaque fois que tu manges une orange, un chinois devait mourir, t'arrêterais-tu de manger des oranges ? » et Rastignac répond du tac au tac : « Les oranges, elles sont proches de moi, je les connais, les chinois sont si loin, et en fait je ne suis même pas sûr qu'ils existent ».



La réponse cynique de Rastignac, nous ne la prononcerions jamais, c'est vrai : mais toutefois, quand nous avons entendu que les turcs avaient massacré par milliers d'Arméniens, avons-nous ressenti cette déchirure lancinante de la chair que nous éprouvons chaque fois que nos yeux tombent sur de la pauvre chair martyrisée, et que nous avons ressenti cruellement tout de suite après que les Allemands ont envahi la Belgique ?



C'est une grande souffrance que de ne pas être reconnu. Cela veut dire rester isolés, enfermés dans sa propre douleur, sans possibilité d'aide, de réconfort. Pour un peuple, pour une race, cela signifie sa lente dissolution, l'annihilation progressive de tout lien international, l'abandon à soi-même, désarmés face à ceux qui n'ont d'autre raison que le glaive et la conscience d'obéir à une obligation religieuse, celle de détruire les infidèles.



Ainsi l'Arménie ne reçut jamais, dans ses pires moments, plus que quelque affirmation platonique de pitié, de mépris pour ses bourreaux ; les « massacres arméniens » devinrent proverbiaux, mais ils n'étaient que des mots qui sonnaient creux, qui ne réussissaient pas à faire vivre en chair et en os les fantômes de ses hommes sacrifiés.



Il aurait été possible de contraindre la Turquie, liée par tant d'intérêts à toutes les nations européennes, à ne pas réduire à un tel supplice ceux qui ne demandaient rien d'autre, au fond, que d'être laissés en paix. Rien ne fut fait, ou au moins rien qui n'ait donné des résultats concrets.



Oui, Vico Mantegazza – éditorialiste du Corriera della Sera – a parlé quelques fois de l'Arménie, dans ses divagations prolixes portant sur la politique orientale.



La guerre européenne a mis de nouveau sur le tapis la question arménien. Mais sans beaucoup de conviction.



A la chute d'Erzerum entre les mains des Russes, au possible retrait des Turcs d'Arménie, il ne fut même pas accordé la même place dans les journaux qu'à l’atterrissage d'un « Zeppelin » en France.



Les Arméniens qui sont disséminés en Europe devraient faire connaître leur patrie, leur histoire, leur littérature. Il se passe, en petit, ce qui s'est passé en grand pour la Perse.



Qui sait que les plus grands Arabes (Averroès, Avicenne, etc.) sont en fait … des Perses ? Qui sait que ce qu'on appelle habituellement la civilisation arabe est en réalité pour bonne partie perse ? Et ainsi combien savent que les dernières tentatives de réformer la Turquie sont dus aux Arméniens et aux Juifs ?



Les Arméniens devraient faire connaître l'Arménie, la rendre vivante dans la conscience de ceux qui ignorent, ne savent pas, ne ressentent pas.



A Turin, quelque chose a été fait. Depuis quelques mois, sort une revue intitulée justement « Arménie » qui avec divers collaborateurs, de façon sérieuse, dit ce qu'est, ce que veut, ce que devrait devenir le peuple arménien.



 

De la revue devrait partir l'initiative d'une collection de livres qui cherche à démontrer de la façon la plus efficace pour les Italiens ce qu'est la langue, l'histoire, la culture, la poésie du peuple arménien.

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